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extrêmement méthodique, parce que c'est la première condition pour que les faits qu'il exprime puissent se graver dans la mémoire. Pour cette même raison, le plan doit être simple, les divisions naturelles et peu nombreuses ; enfin, il ne faut pas qu'il ait des dimensions exagérées. Cette dernière condition est une des plus difficiles à remplir à notre époque par suite de l'étendue sans cesse croissante des sujets dont traite l'hygiène. Il est pourtant possible de la réaliser.
La première condition pour y parvenir est de bien limiter son domaine. L'hygiène est assez riche de son propre fond pour ne pas empiéter sur celui des autres. Elle doit s'appuyer sur les sciences naturelles, mais elle ne doit pas les englober dans son cadre. Le respect du terrain d'autrui est surtout indispensable dans un ouvrage classique qui doit prendre sa place dans une collection bien définie de livres existant déjà, et qui ne doit pas faire double emploi.
Dans la hiérarchie de l'enseignement, l'hygiène est, comme la thérapeutique, le but et le couronnement des études médicales. L'élève qui les aborde connaît déjà les sciences naturelles, la physiologie et la pathologie ; il est, par conséquent, inutile de les remettre sous ses yeux, comme on le faisait à l'époque où l'hygiène était réduite à vivre d'emprunts. Il est complètement superflu de faire entrer dans un traité d'hygiène un petit cours de géologie, comme l'a fait Michel Levy, qui lui consacre un article de trente pages. L'histoire des premiers âges de la terre et des révolutions du globe n'a rien à revoir avec l'hygiène ; l'anatomie de ses profondeurs lui est également indifférente, parce qu'elles sont sans action sur ce qui se passe à la surface. La couche la plus superficielle est la seule qui nous intéresse, parce que c'est la seule qui ait de l'inflence sur la santé dos populations.
C'est également une superfétation que de faire commencer tous les chapitres d'hygiène par un aperçu de la fonction à laquelle ils se rattachent. La physiologie est connue de l'étudiant; s'il l'a oubliée, il n'a qu'à se reporter aux ouvrages qui la lui ont apprise. J'en dirai autant de la physique. Il est enfin une dernière élimitation dont la nécessité s'impose. Il faut que l'hygiène rompe
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complètement avec la thérapeutique. Prévenir et guérir sont deux choses distinctes. La prophylaxie est surtout collective ; la thérapeutique est nécessairement individuelle. Il existe à cet égard une confusion qu'entretient l'expression impropre d'hygiène thérapeutique. Le médecin qui prescrit à un malade la vie au grand air, le changement de climat^ un régime fortifiant, les distractions^ la promenade, l'exercice, ce médecin-^là ne fait pas de l'hygiène ; il applique à la guérison de son malade des moyens empruntés à cette science, mais c'est de la thérapeutique qu'il fait. La ligne de démarcation est parfaitement tranchée : C'est le fossé qui sépare l'homme malade de l'homme sain.
Ces réductions n'auraient pas suffi pour faire rentrer un traité complet d'hygiène, dans le cadre de 1,000 pages que je me suis assigné, j'ai dû m'en imposer d'autres. J'ai réduit au minimum toutes les questions d'historique et l'exposé des discussions auxquelles ont donné lieu les problèmes aujourd'hui résolus. Qu'importent à celui qui veut s'instruire, les rêveries qui ont traversé l'imagination de ses prédécesseurs, lorsque rien n'est resté debout de leurs systèmes et qu'ils appartiennent aux erreurs du passé ?
J'ai dû retrancher également la plupart des tableaux qui encombrent les traités d'hygiène et que personne ne lit jamais. Ils sont à leur place, dans les monographies, dans les mémoires originaux, parce qu'ils sont la justification des expériences entreprises et qu'ils prouvent l'exactitude des résultats ; mais le lecteur n'a pas besoin de cette démonstration ; il lui suffit de trouver le résumé de ces expériences. C'est à l'auteur à faire ce travail pour lui et à lui présenter la substance de ces tableaux dont il est inutile de lui imposer le dépouillement.
Enfin j'ai supprimé, à cause de leurs inutilité, les bibliographies qu'on a l'habitude de placer au commencement ou à la fin des chapitres. C'est un étalage d'érudition qui peut satisfaire, à peu de frais, l'amour-propre de l'auteur ; mais qui ne facilite guère les études. Il est infiniment préférable, à mon avis, de citer les ouvrages à consulter et notamment ceux auxquels on a fait des emprunts, à l'endroit même où on a mis chacun d'eux à profit, et cela h l'aide d'un renvoi et d'une note au bas de la page. De
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cette façon le lecteur qui veut s'y reporter, sait d'avance ce qu'il y trouvera et à quelle page il faut qu'il ouvre le livre.
Le plan que j'ai adopté diffère de ceux qu'ont suivi mes prédécesseurs. J'ai conservé le titre traditionnel des ouvrages classiques consacrés à l'hygiène, mais je n'ai pas séparé d'une manière complète les considérations relatives à la santé publique de celles qui ont trait à la santé de l'individu. Les moyens de préserver l'une et l'autre sont les mêmes et, quand on veut les séparer dans l'étude, on se condamne à des répétitions sans fin. Dans l'ouvrage de Michel Lévy, chaque sujet revient inévitablement deux fois. Si Boucbardat et M. Proust ne sont pas tombés dans le même inconvénient, c'est qu'ils n'ont conservé la distinction que dans le titre de leurs ouvrages et j'ai suivi leur exemple.
Les anciens auteurs, dans l'ignorance des causes qui président à l'explosion des maladies populaires, préoccupés avant tout de la santé individuelle, se bornaient à indiquer ce qui peut troubler les grandes fonctions de l'économie. Ils divisaient leurs traités en chapitres consacrés aux six choses non naturelles^ empruntées à la doctrine de Galien. par Boerhaave, adoptées par Halle et que Michel Lévy a conservées (1). Chacun de ces chapitres consistait en un aperçu physiologique suivi de conseils très sages sans doute, mais rappelant un peu, par leur naïveté, les axiomes de l'école de Salerne» 11 est bon sans doute de faire des repas réguliers, de se montrer sobre dans le boire et le manger ; il est prudent de se vêtir suivant la saison, de faire de l'exercice, d'avoir des habitudes de propreté, de dormir à ses heures et de ne pas surmener son intelligence ; mais il n'est pas absolument nécessaire d'écrire un livre pour apprendre tout cela. Cette observation ne s'adresse pas, il est inutile de le dire, à l'ouvrage de Lévy, aux mérites duquel j'ai plus haut rendu justice, mais à la méthode qu'il a cru devoir conserver par respect pour les anciens.
L'hygiène qui consiste à éviter tout ce qui peut produire une impression désagréable et un trouble momentané dans l'organisme
(1) Les divisions adoptées par M. Lévy dans la deuxième section de son Hygiène privée sont les suivantes : Chapitre f»»*, Circumfusa ; chapitre 2, fngesta ; chapitre 3, Excréta ; chapitre 4, Applicata ; chapitre 5, Percepta ; chapitre 6, Gesta.
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n'est pas même une bonne conseillère ; une préoccupation semblable est incompatible avec l'exercice normal de la vie, avec les occupations et les devoirs qu'elle impose. Une sollicitude aussi tyrannique n'est pas le fait d'un homme raisonnable. Il y a quelque chose de pire que la maladie, c'est la peur qu'on en a. Ce n'est pas tout de vivre, il faut encore savoir user de l'existence pour les autres et pour soi.
L'équilibre fonctionnel qui constitue la santé peut se maintenir r>y par deux méthodes opposées : l'une consiste à éviter tout ce qui ^ peut y apporter du trouble, l'autre à s'accoutumer graduellement aux impressions nuisibles pour arriver à iie plus les sentir. La première est la doctrine des précautions et nous venons de Texposer^ la seconde est celle de Vendurcissementy et ce sont les philosophes et les pédagogues qui l'ont préconisée. Elle rappelle les noms de Montaigne, de Locke et de J.-J. Rousseau. Leurs écrits et surtout le traité de Locke sur V Éducation des enfants^ ont exercé une influence considérable sur les habitudes hygiéniques de leur époque. Or, leurs ouvrages sont de beaucoup antérieurs à ceux d'Halle, de Londe et de Rostan. Les Essais y de Montaigne, commencés en 1572^ ont été achevés^ en 1580 ; le Traité^ de Locke, est de 1693 et la première édition de VÉmilty de J.-J. Rousseau, a paru en 1763. Les traités d'hygiène auxquels je faisais allusion tout à l'heure sont donc venus bien longtemps après et aucun d'eux n'est entré dans cette voie. Tous se sont attachés à élever, autour de chaque fonction, un rempart de précautions dont l'ensemble constituerait un code de santé presqu'impraticable.
Je me suis souvent demandé ce que serait l'existence d'un homme s'attachant à prendre au pied de la lettre de semblables conseils et à s'y conformer scrupuleusement. Éviter l'humidité du soir^ la fraîcheur du matin, la chaleur du jour, trembler devant un courant d'air, reculer devant toute fatigue, peser ses aliments, doser ses boissons, fuir toutes leâ émotions parce qu'elles usent la vie, imposer silence à son cœur de peur d'en accélérer les battements, telle serait la condition déplorable de cette victime d'un système qui, poussé jusqu'à ses dernières cotiséquences, aboutit fatalement à Thypochondrie. L'homme n'est pas né po«r
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vivre dans une serre, l'œil sur un thermomètre et la main sur son pouls. Pour remplir sa mission sur la terre, il lui faut sa liberté d'action ; il lui faut Tinsouciance de sa personne.
La préoccupation constante de la santé, les soins puérils que cette surveillance entraîne sont incompatibles avec les devoirs élevés que l'existence nous impose ; mais ces précautions ne sont même pas une garantie. Loin d'être nécessaires, elles constituent un danger, lorsqu'on les observe trop servilement. Elles ont pour effet inévitable de développer outre mesure la susceptibilité de ceux qui s'y astreignent et de les rendre plus accessibles aux causes de maladies. Elles vont ainsi à rencontre du but qu'elles se proposent. Quoi qu'on fasse, et à moins de se condamner à un isolement absolu, de s'affranchir de toute obligation sociale, il arrive toujours un moment où la prévoyance est mise en défaut, et le moindre oubli est puni par une indisposition, la moindre infraction par une maladie. Si j'insiste sur ces considérations, ce n'est pas seulement au point de vue de la doctrine^ c'est parce que, dans la pratique, la plupart des enfants des classes élevées souffrent de cet excès de précautions. La crainte des refroidissements, des bronchites et des angines qui hante les mères fait plus de victimes que n'en feraient les écarts les plus capricieux de la température, si l'on ne songeait pas tant à s'en garantir.
La méthode de l'endurcissement a aussi ses dangers. Exclusivement adoptée, suivie avec rigueur, elle aurait pour résultat probable de diminuer le nombre des malades, de rendre les sujets plus robustes ; mais elle en sacrifierait quelques-uns, parce que les chances qu'elle fait courir sont plus graves. Nous ne sommes plus, d'ailleurs, au temps des républiques grecques, et les mœurs des Spartiates ne sont pas notre fait. L'accroissement du bienêtre matériel, le goût des jouissances qu'il procure ne sont pas de nature à développer au sein des sociétés contemporaines les mâles vertus de l'antiquité, peut-être même ne sont-elles plus nécessaires; en tous cas, nous sommes de notre temps; nous devons en accepter les conséquences et conformer notre genre de vie au milieu dans lequel nous sommes placés.
Dans ces conditions, il faut garder une juste mesure, se tracer une ligne de conduite entre les exagérations des deux méthodes
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opposées et pour cela, savoir d'abord qu'elles sont les influences nuisibles qu'une constitution saine peut affronter sans péril, quelles sont celles qui ne comportent pas cette assuétude. L'hygiène est en mesure aujourd'hui d'établir cette distinction. Sans entrer dans la discussion des faits particuliers, on. peut établir comme une loi générale qu'on s'habitue aux intempéries, mais qu'on ne s'accou' tume pas aux intoxications. L'homme bien portant peut supporter la chaleur et le froid, affronter le vent et la pluie» l'humidité et les variations de température ; mails il n'arrivera jamais à respirer impunément un air infect, à boire des eaux contaminées ni à se repaître d'aliments altérés. Une mère peut accoutumer ses enfants à sortir par tous les temps, sans les couvrir outr« mesure, à vivre dans un appartement peu chauffé et dont les fenêtres sont ouvertes, elle ne les conduira pas impunément dans une famille ou règne la diphtérie ou la variole.
Toute la différence entre l'hygiène d'autrefois et celle d'aujour^ d'hui réside dans cette distinction. La prophylaxie a pour condition première la connaissance des causes ; l'hygiène ne peut reposer que sur la pathogénie et c'est la science moderne qui lui a fourni cette base, en lui faisant connaître les organismes producteurs des maladies infectieuses, les plus meurtrières et les plus terribles de toutes. Elles sont évitables pourtant, mais à la faveur de grandes mesures d'ensemble telles que l'assainissement des villes et des rivères, la surveillance des eaux potables, la propreté minutieuse des habitations collectives et la désinfection des locaux contaminés. Toutes ces mesures sont du ressort de l'hygiène publique et de là vient son importance. Elle préserve les masses et protège du même coup la santé des individus qui ne peut pas être sauvegardée autrement. L'homme le plus prudent, le plus ambitieux de longévité, le plus soucieux de sa préservation personnelle, le disciple le plus fervent de la doctrine des précautions pourra bien, en suivant ses préceptes, se préserver du coryza, de la bronchite ou de la dyspepsie ; mais il n'en contractera pas moins la fièvre typhoïde s'il habite une ville infectée et il sera lestement emporté par le choléra, s'il se trouve sur son passage^ voilà pourquoi l'hygiène publique et l'hygiène privée se confondent aujourd'hui, dans une même étude.
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Je me sais également écarté, dans les subdivisions, de la méthode traditionnelle. J'ai divisé Touvrage en huit chapitres : le premier est consacré aux notions d'anthropologie qui sont indispensables à l'hygiéniste. J'ai placé l'homme en tète de mon travail, parce qu'il en est le but et l'objet. Le second chapitre renferme Tétude des milieux auxquels j'ai consacré la vieille dénomination hippocratique. Puis viennent, dans leur ordre d'importance, les grands facteurs de l'hygiène : l'habitation ; l'alimentation ; les vêtements et les soins de propreté ; l'éducation comprenant l'hygiène de Tenfance ; le travail et les professions ; enfin la prophylaxie des maladies évitables, et la police sanitaire.
Cet ordre est simple et rend les recherches faciles. J'ai pu faire rentrer sans effort, dans ces grandes divisions, les sujets si nombreux et si variés que renferme l'hygiène, tout en restant dans les Umites que je m'étais assignées. Ainsi compris, j*espère que eet ouvrage pourra être utile aux étudiants et aux jeunes médecins en vue desquels je l'ai composé.
Jules ROCHARD.