‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 41 sur 141 · IL — ACTION DES CLIMATS SUR LES ÊTRES VIVANTS · texte numérisé non relu

IL — ACTION DES CLIMATS SUR LES ÊTRES VIVANTS

Les influences complexes que nous avons passées en revue dans les articles précédents et dont l'ensemble constitue le climat s'exerce d'une façon différente, suivant qu'on les étudie dans le règne végétal et dans le règne anitnal. Les plantes fixées au sol ne peuvent pas y échapper; elles sont obligées de les subir et succombent lorsqu'elles n'ont pas la force d'y résister. Les animaux au contraire y échappent par l'émigration. A l'époque des grandes commotions du globe, certaines espèces de mammifères ont reculé vers l'équateur, en désertant les contrées septentrionales qu'elles avaient jusqu'alors habitées. L'homme au contraire n'a pas cessé d'étendre son domaine comme nous le dirons bientôt.

I. Végétaux. — On ne voit plus s'opérer, à notre époque, de changements assez considérables dans la climatologie, pour motiver de pareilles migrations. Chaque pays a sa flore et sa faune. Les espèces végétales les plus utiles à l'homme, sont parquées dans des zones qu'elles

ne dépassent guère. De Téquateur au pôle, nous avons la région des dattiers qui ne portent pas de fruits au-delà de Tisotherme de + 20** ; la région des oliviers qui ne dépasse pas le midi de la France : celle de la vigne qui remonte sur certains points jusqu'au 51* degré de latitude; puis vient la région des céréales qui croissent en Amérique jusque sous le 57* degré ; au-delà, les pâturages et les forêts s'étendent jusqu'aux contrées hyperboréennes où le bouleau lui-même ne pousse plus, où les mousses, les lichens seules continuent à croître et qui confinent aux déserts de glace dont nous avons parlé.

Il est toutefois des espèces plus cosmopolites que d'autres; les céréales sont heureusement dans ce cas, aussi leur zone de culture est-elle beaucoup plus étendue, puisqu'on trouve le millet et le maïs au Sénégal, et que l'orge croit encore en Sibérie. La plupart des espèces que nous utilisons sont de provenance exotique et se sont acclimatées chez nous.

IL Animaux. — Leurs déplacements sont plus faciles ; toutefois ils se cantonnent plus volontiers dans les régions qui conviennent à leur organisation. Paul Bert a proposé de répartir les animaux caractéristiques en huit zones, dont les traits essentiels relèvent du climat. Cette conception n'offre pas assez d'intérêt au point de vue de l'hygiène, pour que nous reproduisions ici cette longue classification (i).

Les animaux, comme les plantes, diffèrent sous le rapport de l'aptitude à l'acclimatement. Certaines espèces, celles qui sont difficiles à domestiquer, ne s'y prêtent pas ; d'autres sont presqu'aussi cosmopolites que l'homme et l'accompagnent volontiers dans ses migrations. Le chien, le cheval et un certain nombre de ruminants sont dans ce cas ; mais ces changements de lieu ne se produisent pas sans qu'il survienne des modifications dans la race. Les animaux à longs poils les perdent quand ils émigrent vers les pays chauds ; c'est le contraire pour ceux qui vont habiter les régions septentrionales. II est enfin, dans la classe des oiseaux, des espèces qui voyagent et se déplacent suivant les saisons. Les unes émigrent entièrement, comme les cailles, les hirondelles, les cigognes ; les autres partiellement, comme les rouges-gorges. Les alouettes ne quittent nos contrées que lorsque l'hiver est très rude ; elles se rapprochent alors du littoral de l'Atlantique ; mais toutes ces considérations intéressent plus fortement les agronomes et les chasseurs que les hygié nistes, et nous ne nous y arrêterons pas davantage.

m. Espèce humaine. — Les climats exercent sur l'homme une influence plus complexe. En nous occupant de l'acclimatement, nous étudierons les changements qui se produisent dans la constitution des gens qu'on transplante d'un pays dans un autre ; mais avant d'en finir

(1) Voyez J. Abnould (ioc. cit.), p. 415,

avec la climatologie générale, il est une question qu'il nous faut résoudre. Nous devons nous, demander si les influences climatériques suffisent à elles seules pour produire des maladies, s'il existe des zones nosologiques, comme il existe des régions climatériques.

Cette doctrine a été défendue avec talent par Boudin, qui se Tétait appropriée : « Les maladies, disait-il, sont semblables aux plantes dont

> les unes se trouvent dans presque toutes les contrées du globe, tandis

> que d'autres ne se montrent que d'une manière endémique sur quelques » points plus ou moins circonscrits. Les maladies sont, elles aussi, dis- » séminées sur toute la surface de la terre ou liées à certaines zones, à » certaines localités ; elles ont comme les plantes, leurs habitats^ leurs » stations^ leurs limites géographiques » (1). Nous ne pensons pas qu'il en soit ainsi, nous ne croyons pas à la flore pathologique. Pour que cette expression fut vraie, il faudrait admettre l'existence de Yespèce morbide; il faudrait pouvoir donner au mot espèce en pathologie, la valeur qu'il a en histoire naturelle ; or, il ne peut y prendre place que d'une manière figurée et comme un artifice de langage.

Les maladies ne sont pas des êtres ; elles exigent un support et ne sont que des attributs, des modifications d'individus existant déjà. Les affections parasitaires seules répondent à cette conception étiologique et bien que la bactériolc^ie étende chaque jour le cadre des maladies qui reconnaissent pour cause des êtres vivants évoluant au sein de l'organisme, elles sont loin de remplir le cadre nosologique tout entier. Elles n'ont pas elles-mêmes du reste de zone climatérique bien limitée. Les grands fléaux exotiques franchissent souvent leurs foyers d'endéminité pour parcourir tout le globe et les maladies propres à nos climats s'observent, bien que plus rarement, sous d'autres latitudes. 11 faut pourtant re^K)nnaitre que les maladies n'ont pas été jetées au hasard sur la surface du globe et que les climats manifestent des prédilections pathologiques dont l'hygiène doit tenir compte.

Dans les régions intertropicales, la malaria règne en maîtresse et imprime son cachet à toutes les autres affections. Les maladies de l'appareil digestif, les diarrhées, la dysenterie, les hépatites y causent à elles seules la moitié de la mortalité des Européens ; ^nfin les redoutables épidémies qui viennent de temps en temps effrayer le monde reconnaissent le même point de départ et nous viennent des pays brûlés par le soleil.

Dans les régions chaudes, les maladies a calore que nous venons d'énumérer s'unissent à celles causées par le froid. On y trouve donc le croisement des affections des pays tropicaux avec celles des pays tempérés et on voit la tuberculose, les typhus s'unir à la fièvre jaune, à l'anémie tropicale, etc., pour rendre cette zone une des plus meurtrières.

(1) Boudin, Traité de géographie et de statistique médicales et des Maladies endé' miques^ 1875, t, I, Introduction, p. 43.

Les pays tempérés sont caractérisés particulièrement par les maladies sporadiques. Ce sont de beaucoup les plus habités et les types pathologiques y sont excessivement nombreux ; mais leur gravité est beaucoup moindre. Enfin, dans les régions glaciales, l'homme n*a plus qu'un implacable ennemi, c'est le froid, plus dangereux par la famine qu'il amène que par les maladies dont il est la cause.

On peut donc dire, en thèse générale, que la salubrité d'un climat est d'autant plus grande qu'il est plus éloigné de l'équateur.

A côté des maladies que nous venons d'énumérer et qui semblent naître sous l'influence des climats, citons toutes celles qui sont absolument indépendantes de tout« action climatérique. Les affections chirurgicales, les névroses et toutes les diathèses, herpès, cancer, goutte, syphilis, etc., sont dans ce cas. Elles semblent avoir leur cause dans une prédisposition constitutionnelle.

Malgré tous les dangers dont il est menacé, dans quelque pays qu'il se fixe, l'homme est pourtant susceptible d'habiter sous toutes les latitudes, au moins pour un certain temps. Grâce à l'admirable flexibilité de son organisme, grâce aux ressources que lui fournit son intelligence, il peut supporter des froids de — 75° et des chaleurs de -h 48®. 123 degrés centigrades séparent ces températures extrêmes et la tolérance de l'organisme pourrait encore aller au-delà. Il ne réagit pas avec la même puissance contre les causes infectieuses ; cependant, il n'est pas de point du globe, quelque insalubre qu'on le suppose, dont le séjour soit absolument impossible, où quelque variété de l'espèce humaine ne puisse se maintenir.

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