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III. — CLIMATS EN PARTICULIER

I. Climats torrides. — La zone torride, limitée, dans les deux hémisphères, par l'isotherme de + 25°, est la plus étendue de toutes. Elle représente plus d'un tiers de la surface du globe. C'est la seule qui soit continue ; ses deux parties se touchant à l'équateur. Elle a pour caractères dominants en météorologie, la constance et Tuniformité des influences climatériques ; en hygiène, son extrême insalubrité (1). La température y présente les moyennes les plus élevées qu'il ait été donné de constater et des maxima qui peuvent monter jusqu'à 48° et 49°, comme M. Gestin Ta observé, sur les bords du Sénégal, à l'escale du Coq, sous une double tente et dans un courant d'air.

On éprouve des chaleurs tout aussi fortes en Arabie et sur les bords de la mer Rouge. A Massouah notamment, le thermomètre peut monter

(1) Jules RocHARD, article Ciimats du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiquas.

jusqu'à 50'', et les troupes italiennes qui occupent ces parages souffrent beaucoup de ces températures accablantes.

Lorsque Télément miasmatique vient se joindre à la chaleur, on voit alors éclater ces redoutables maladies endémiques qui ne sévissent nulle part avec autant d'intensité que sous la zone torride. Leur degré de gravité est en rapport avec la constitution zoologique du sol.

Nulles dans les pays complètement arides, elles sont représentées par les formes les plus légères du paludisme dans les régions exemptes de marais et couvertes d'une riche végétation. C'est ce qu'on observe sur les hauts plateaux des Antilles, par exemple. Dans les plaines basses et noyées, sur des terrains d'alluvion sillonnés de cours d'eau, mais couverts de forêts ou de hautes herbes et arrosés par des pluies torrentielles, les émanations du sol, da(is les parties momentanément desséchées, se mêlent à l'humidité de l'air et donnent naissance aux manifestations les plus redoutables de l'intoxication palustre, qui remplit à peu près seule le champ de la pathologie. C'est ce qui s'observe dans les pays franchement marécageux comme la Guyane, la Cochinchine et le littoral de Madagascar. Enfin, dans les pays de marais à inondations périodiques, de nouvelles conditions patholc^ques surgissent ; de nouvelles endémies viennent se joindre aux fièvres intermittentes et les compliquer. A l'époque des pluies équatoriales, les eaux s'infiltrent dans le sol desséché, remplissent les marécages, et y font naître des myriades d'animaux et de végétaux. Quand les pluies cessent, les marais se tarissent, le sol se dessèche, tout ce monde éphémère meurt et se putréfie à la fois, en répandant, dans l'atmosphère, les produits complexes de sa décompo* sition et en faisant naître des maladies également compliquées. Les contrées où ces conditions se réalisent sont les plus malsaines du monde. C'est là qu'on voit régner à la fois la dysenterie, l'hépatite et la fièvre paludéenne ; cette redoutable trilogie décime les Européens, dans les pays insalubres de la zone torride ; mais c'est le paludisme qui l'emporte. Cest le fond de la pathologie intertropicale, la maladie la plus répandue du globe. Ces redoutables climats sont aussi le point de départ des grandes épidémies qui viennent de temps en temps effrayer les populations. Les régions intertropicales sont la patrie de la fièvre jaune et du choléra. C'est là qu*ils ont leurs foyers d'endémie ; c'est de là qu'ils partent pour accomplir leurs excursions meurtrières. Elles sont aussi le pays d'origine de la dengue, cette sorte de fièvre éruptive qui n'épargne personne, mais dont la bénignité contraste avec la gravité des maladies précédentes, du béribéri qui prend depuis une vingtaine d'années une si redoutable extension.

Bien que la zone torride ait sa pathologie spéciale qui domine et fait oublier tout le reste, les maladies infectieuses propres à nos climats n'y sont pas complètement inconnues. La fièvre typhoïde, quoique bien plus rare que dans les pays tempérés, s'y observe cependant chez les

Européens comme chez les indigènes; il en est de même du typhus exan thématique, et la fièvre à rechutes ne se rencontre guère que dans les régions intertropicales. La variole y fait plus de ravages que partout ailleurs, dans les contrées où la vaccine n'a pas pénétré. Les maladies aiguës des voies respiratoires sont beaucoup moins communes chez les Européens que dans les p^ys tempérés ; en revanche elles n'épargnent pas les indigènes. Quant à la phtisie, elle y marche avec une rapidité inconnue dans nos contrées, ainsi que je Tai prouvé, il y a bientôt quarante ans (i).

Les maladies endémiques locales, les affections parasitaires y sont plus communes que partout ailleurs. Certains ulcères phagédéniques sont spéciaux aux régions intertropicales. En revanche, les traumatismes y marchent vers la guérison d'une manière plus rapide. L'action d'une température élevée est très favorable à la guérison des plaies. Elles se cicatricent plus facilement qu'en Europe et les opérations chirurgicales y réussissent mieux. Dans un travail communiqué en 1876 à l'Académie de médecine, j'en ai fourni la preuve, en citant des exemples empruntés à nos expéditions du Sénégal, à celles des Anglais à la côte d'Afrique et des Hollandais à Sumatra. Dans tous les engagements que les troupes ont eu à soutenir dans ces parages, elles ont perdu proportionnellement moins de blessés que dans les guerres européennes. Les complications qui les enlèvent ne sont pas les mêmes. En Europe, ils succombent à la suite d'infection purulente, d'érysipèles, de phlegmons diffus, d'accidents inflammatoires, de gangrène: sous la zone torride, ce sont les hémorragies consécutives ou le tétanos qui les enlèvent. Les hémorrhagies tenaces incoercibles s'observent surtout chez les sujets anémiés, épuisés par le paludisme ou la dysenterie. Le tétanos est à craindre pour tous les blessés, quelle que soit leur race, quel que soit leur état de santé. Il est des pays où cette complication acquiert un degré de fréquence redoutable. Peut-être que les études qui se poursuivent aujourd'hui et qui ont éclairé d'un jour tout nouveau son étiolc^e, permettront-elles d'en diminuer les ravages.

II. Climats chauds. — Les climats chauds sont constitués par deux zones comprises, dans chaque hémisphère, entre les lignes isothermes de + 25" et de + 15*^. Elles ont une moyenne annuelle de température inférieure de 7 à 8 degrés à celle des climats torrides.

La zone septentrionale des climats chauds comprend le midi de l'Europe, le nord de l'Afrique, le centre de l'Asie et le quart environ de l'Amérique du Nord. Les parties qui appartiennent à l'Europe et à

(1) Jules RocHARD, De rinfluence de la navigation et des pays ekauds sur la mar^ê de la phtisie pulmonaire, ouvra^pe couronné par rAcadémie de mMediie le H décembre 1853.

l'Afrique forment le bassin de la Méditerranée, Tune des régions les plus favorisées du monde entier, celle qui attirait autrefois les migrations des barbares et vers laquelle se tournent aujourd'hui les regards de tous ceux qui souffrent, de tous ceux qui aiment la vie douce et facile avec le charme d'un beau climat.

La zone australe offre beaucoup moins d^étendue que celle de l'hémisphère Nord. Elle ne comprend que l'extrémité sud de l'Afrique, la partie moyenne de l'Amérique du Sud et la presque totalité de TOcéanie. Ces contrées se prêtent beaucoup mieux que les pays équatoriauxà l'acclimatement de l'Européen. Les saisons y sont plus tranchées. L'été conserve encore sa prépondérance ; mais l'hiver s'accompagne de froids assez vifs, surtout dans les régions montagneuses comme l'Espagne, le nord de l'Italie et du Thibet. Le printemps et l'automne, qui n'existent qu'à l'état de vestige sous la zone torride, prennent de l'importance et représentent les deux époques les plus agréables de l'année. En somme, au point de vue de la température, les climats chauds comprennent des pays où la chaleur est excessive comme l'Arabie, la Tripolitaine, le sud du Maroc, et certaines parties du Brésil, d'autres régions où il fait très froid en certaines saisons, comme la partie de la Chine qui confine à la Sibérie, et enfin des points où la température est presque toujours égale. Ainsi Madère et Alger, avec leur moyenne de température de 18 à 22 degrés, l'emportent par l'uniformité de leur climat, sur toutes les stations médicales connues.

Les pays chauds sont situés à la limite des vents généraux et des vents variables. L'alizé de nord-est remonte davantage dans l'océan Atlantique en été qu'en hiver, et fait sentir son influence jusque sur la côte de Portugal. L'alizé de sud-est, dans Thémisphère auslral, ne règne pas à une aussi grande distance de l'équateur. Les moussons de l'océan Indien se prolongent aussi jusque dans la zone dont nous nous occupons. Enfin, le bassin de la Méditerranée a aussi ses vents étêsiens et nous ne reviendrons pas sur le sirocco, le mistral, le khamsin et Yharmattan dont nous avons déjà parlé. Au point de rencontre des vents alizés et des courants généraux des latitudes élevées, on trouve des vents variables, des calmes et des tempêtes; mais ces perturbations atmosphériques sont loin d'égaler la violence des ouragans de la zone torride.

La périodicité des pluies disparaît à mesure qu'on s'éloigne de l'équateur. Entre les tropiques, c'est pendant que le soleil est au zénith qu'il tombe le plus d'eau ; dans la zone des pays chauds, c'est le contraire. 11 existe cependant des régions qui font exception à cette règle. Nous citerons pour exemple l'Egypte. 11 n'y tombe de pluies que pendant 25 ou 30 jours par an, et c'est pendant l'été qu'elles ont lieu. Les oscillations barométriques peuvent être très grandes et se produire très rapidement, surtout par certains vents comme le sirocco, qui font tomber brusquement la colonne de mercure ; mais il est impossible de donner des moyennes générales, à cause des altitudes tn»s différentes que pré- Traité d*hygiëne publique et privée. 14

sentent les terres de la zone chaude. Il en est de même de Tétat hygrométrique de Fair, qui présente de grandes variétés suivant les localités et les saisons.

Sous le rapport de la salubrité, les pays chauds, pris dans leur ensemble, tiennent le milieu entre la zone torridc et les pays tempérés. Si quelques contrées favorisées par la nature ou assainies par la civilisation permettent aux Européens d'y vivre dans de bonnes conditions, la majeure partie se ressent du voisinage des régions in ter tropicales et présente les mêmes maladies à la gravité près. C'est encore Tintoxication paludéenne qui domine la pathologie, les pyrexies et les affections abdominales qui viennent ensuite.

III. Climats tempérés. — Les deux zones qui représentent les climats tempérés sont comprises, dans chaque hémisphère, entre les lignes isothermes + 15** et + 5** ; elles sont séparées par une distance moyenne de 1.900 lieues. L'australe est la plus rapprochée de Téquateur, à cause de la différence de température des deux hémisphères. Recouverte par la mer dans presque toute son étendue, elle ne contient que quelques îles de TOcéanie et l'extrémité sud de l'Amérique. Dans la zone septentrionale, au contraire, la terre ferme égale presque la mer en surface. On y trouve les deux grands foyers de la civilisation, l'Europe dans l'ancien monde, les États-Unis dans le nouveau. Placés à égale distance des pôles et de l'équateur, ces beaux pays ne connaissent ni les chaleurs énervantes de la zone torride, ni l'action dépressive des froids polaires.

Tous les éléments de la météorologie s'y font remarquer par leur mobilité qui contraste avec le caractère uniforme des climats extrêmes. La moyenne annuelle de la température est de 9^,37 ; mais les oscillations sont continuelles : Ainsi, tandis que dans certaines localités, les moyennes des mois extrêmes présentent à peine une différence de sept degrés, il en est d'autres où l'écart va jusqu'à quarante. Les saisons y sont bien tranchées et d'une longueur à peu près égale. Elles donnent une idée des chaleurs des pays chauds et des froids rigoureux qu'on rencontre dans la zone située au dessus ; mais la durée de leur influence est si courte qu'elle ne suffit pas pour altérer la santé. Ces changements périodiques lui sont au contraire très salutaires. Nous ne nous étendrons pas sur l'analyse des différents éléments climatériques, car le tableau qu'on en trace d'habitude se rapporte principalement à l'Europe et devient faux quand on en fait l'application aux régions correspondantes de l'Amérique et de l'Asie.

Les pays tempérés sont situés dans la zone des vents variables ; mais parmi ces derniers, il en est qui l'emportent do beaucoup sur les autres. La prédominance des vents de l'ouest par exemple se fait sentir dans l'hémisphère nord. Ils dominent dans toute l'Europe, et sur la côte occi-

dentale de rAmérique; mais, à la côte orientale, les vents régnants affectent une direction différente. Dans Thémisphère sud au contraire, les vents généraux ont la direction nord-ouest.

Les pluies sont moins abondantes et moins régulières que dans les régions plus rapprochées de Téquateur; mais, si la quantité d'eau qui tombe dans le pluviomètre est moindre, le nombre de jours pluvieux est beaucoup plus considérable.

Les pays tempérés pris dans leur ensemble sont salubres. C'est là que la race caucasienne s'est développée dans toute sa puissance et qu'elle subit la mortalité la plus faible. Le cadre nosologique y est beaucoup plus varié que sous les latitudes extrêmes, et plus immédiatement soumis à l'empire des saisons et des vicissitudes atmosphériques. Tandis qu'entre les tropiques, le règne pathologique est dominé par une cause constante et se montre immuable comme elle, dans les pays tempérés, il obéit aux moindres influences et partage la mobilité de leur climat capricieux.

IV. CSlimats fi^oids. — Les climats froids sont compris entre les lignes isothermes de + 5* et de — 5^ ; ils embrassent, dans l'hémisphère boréal, de vastes et importantes contrées ; mais dans l'hémisphère austral, ils ne couvrent que la mer ; des champs de glace et quelques îlots déserts, sur lesquels les explorateurs des régions antarctiques ont seuls mis le pied. Sous ces latitudes, le climat est compatible avec certaines cultures, et la terre peut encore nourrir ses habitants, mais la vie, si facile sous le ciel du Midi, ne se soutient, dans le Nord, que par une lutte incessante. Dans toute cette zone, le thermomètre se maintient au-dessous de 0® pendant Thiver et descend parfois à — 27° ; tandis que la moyenne estivale oscille, suivant les lieux, entre 6° et 20". Plus on s'élève vers le Nord et plus l'été devient court. Dans la Laponie, il ne dure guère que deux mois. La neige fond à la fin de juin et recommence en août. Dans ce court intervalle, la végétation parcourt toutes ses phases, puis le sol reprend pour dix mois son manteau de neige et de glace. Pendant cette saison si courte et si brillante, la longueur des jours compense leur petit nombre. Au solstice d'été ils ont : 18 heures à Stockhlom et à Saint- Pétersbourg, 20 en Islande et à partir de 60°,32' de latitude il arrive un moment où le soleil ne se couche plus. Vers minuit il s'approche de l'horizon ; mais au lieu de s'y plonger, il se relève et recommence un nouveau cercle ; quelques jours après, il s'y enfonce pour quelques instants, puis son immersion devient chaque jour plus longue jusqu'au moment où il finit par ne plus se lever. Le pays est alors plongé pour quelques jours dans une obscurité que tempère l'éclat des auréoles boréales. C'est le seul phénomène électrique de ces latitudes. En remontant vers le nord, les pluies deviennent de plus en plus rares ; elles sont remplacées par la neige et par les brumes ; les oscillations baro-

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métriques vont en augmentant d'amplitude à mesure qu'on s^éloigne de Téquateur.

Les climats froids sont salubres. Sous la zone torride, rien ne peut mettre à Tabri des maladies endémiques ; dans les régions septentrionales, il suffit, pour se bien porter, d'une habitation convenable, de vêtements chauds et d'une nourriture suffisante. Les maladies infectieuses v sont à peu près inconnues. La fièvre intermittente ne remonte pas au delà de l'isoterme de + 5°. Sa limite boréale peut être représentée par une ligne partant de Québec, pour atteindre la côte de Norvège à la hauteur du 59* degré de latitude. La dysenterie ne s'y montre que sous l'influence d'une mauvaise alimentation, et Thépatile y est inconnue. La fièvre typhoïde y est assez répandue, et les fièvres éruptives y font parfois de grands ravages. Les affections de poitrine sont les maladies les plus fréquentes, et pourtant elles diminuent en remontant vers le nord. La phtisie, si redoutable sur tout le globe, s'atténue en approchant des régions polaires. Elle est inconnue en Islande, d'après Schleisner, aux îles Feroe d'après Panum, au Finmark, d'après Martins, et moins fréquente en Russie qu'en Angleterre. Ce n'est pas une raison pour y envoyer les phtisiques. A bord des navires qui croisent dans ces parages, l'état des tuberculeux s'aggrave rapidement et la grippe revêt quelquefois, dans ces contrées, une gravité exceptionnelle.

y. Climats polaires. — Les régions dont il nous reste à nous occuper sont des déserts glacés que fréquentent seuls les pécheurs de phoques et qui ne sont habités que par quelques tribus d'Esquimaux. Groupées autour des pôles, elles représentent deux calottes sphériques dont la septentrionale seule est bien connue. Celle-là comprend le SpUzberg^ la Nouvelle-Zemble, le nord de la Sibérie et de la Nouvelle-Bretagne, la terre de Baffin^ le Groenland et les iles de la mer polaire comprises sous la dénomination de terres Arctiques. Tous ces pays se ressemblent et il est impossible d'établir entre eux des divisions climatériques comme celles que nous avons adoptées jusqu'ici.

Rien ne peut peindre l'aspect sinistre de ces solitudes glacées. L'œil n'y rencontre que des mers immobiles, que des glaciers et des champs de neige au-dessus desquels se dressent des rochers nus, et se dessine, de loin en loin, la silhouette d'un renne ou d'un ours blanc. Lés ravons du soleil, traversant avec peine un épais rideau de brume, éclairent d'un jour douteux ces grandes surfaces blanches, pendant le cours d'un long été sans nuits, puis l'astre disparait et sa lueur pâle fait place à l'éclat des aurores boréales. Au cap Nord le soleil reste pendant deux mois au-dessous de l'horizon, pendant trois mois au Spitzberg, et au pôle, une nuit de six mois succède à un jour de même durée.

Météorologie, - Le froid sous ces latitudes, atteint une intensité telle qu'on a peine à comprendre que des hommes puissent y résister.

Les observations recueillies par John Ross pendant un séjour de quatre an9 entre le 70® et le 74* de latitude, donnent pour la moyenne de Tannée — 13**,9, pour celle des six mois les plus chauds — 4**,5, pour celle des six mois les plus froids — 23*»,3. Les extrêmes observés ont été 10^ et — 49^ (1). Ce ne sont pas là les froids les plus rigoureux qui aient été constatés. Les tables de Kaemtz indiquent six localités où la moyenne annuelle est inférieure à celle-là. La plus basse, celle de Tîle Melville, est de — 18°,7 ; la moyenne du mois de juillet est de — 5**,8, celle du mois de janvier de — 35^,8. Ces observations ont été faites par Parry en 1819 (2). il n'a jamais vu le thermomètre descendre au-dessous de — 47<>, tandis qu'à bord de VAiert, or a constaté des températures de — 75*. Il parait du reste que la température ne continue pas à s*abaisser en se rapprochant des pôles. Berghauss estime, d'après ses calculs, qu'il (loit y avoir deux pôles de froid dans l'hémisphère nord, l'un en Amérique, par 78'» de latitude et 92° de longitude ouest, l'autre en Asie par 79*»,3Ç de latitude et 118° de longitude est. Il assigne au premier une température moyenne de — 19° et au second une moyenne de — 17^,2. Quant à l'hémisphère austral, on en est encore réduit aux conjectures.

Dans ces contrées, les variations de température sont brusques. Parfois, en quelques heures, le thermomètre tombe de 10 à 12 degrés. On voit souvent succéder à un calme plat une de ces bourrasques qui disloquent les montagnes de glace et menacent d'engloutir les navires. La neige qui tombe presque toute l'année, alterne avec des brouillards épais, subits, qui mouillent comme de la pluie ; mais les orages sont inconnus sous ces latitudes et jamais le bruit du tonnerre ne trouble le silence de ces mornes solitudes.

Malgré l'effrayante rigueur de leur climat, les régions polaires ne sont pas malsaines. Toutes les relations en font foi et pour ne citer que les plus récentes : L'expédition do la Resolute, envoyée à la recherche de Franklin, n'a perdu que 8 des 300 hommes composant les équipages de ses dix navires. Les expéditions de la Germania, de la Hansa, du Tegethof^ du Polaris, de la Jeannette^ de la Vega^ n'ont pas été moins favorisées; celle de XAlert et de la Discovery a été moins heureuse, mais en général, et à part les accidents, on enregistre quelques cas de mort par le scorbut et c'est tout.

La pathologie de ces contrées présente une particularité remarquable, c'est l'absence presque complète de maladies de poitrine. Tant que la température est basse, personne ne tousse, mais quand le thermomètre remonte au-dessus de 0° et que l'humidité augmente, tout le monde est pris de bronchite avec fièvre et courbature, on dirait d'une épidémie

(1) John Ross, lirttition iVun voyage fait à la recherche d'un passage au nortf ouest, et de sa résidence dans les régions arctiques peidant les années 1820 à 1830, traduit par de Faucoiipret, Paris, 1835.

(2) Parry (W.-Ed.-, Quatre voyages au pôle Nord, Londres, 1833.

de grippe. Les Esquimaux sont sujets à des pleurésies qui les enlèvent rapidement. Quant aux rares phtisiques qui succombent, les capitaines signalent tous la lenteur avec laquelle la maladie évolue sous ces latitudes.

Dans les régions polaires, les causes de mort sont négatives ; on succombe au froid ou à la faim, quand on vient à manquer de combustible ou de vivres ; mais on y jouirait d'une bonne santé s'il était possible de s'y entourer du confortable nécessaire. Le scorbut, les congélations et rophthalmie des neiges sont les seules maladies que les explorateurs aient à redouter.

Le scorbut a été, de tout temps, le fléau des longues campagnes et, dans les mers polaires, toutes les causes qui peuvent le faire naître sont réunies. Malgré les progrès de Thygiène navale, les précautions sans nombre dont les explorateurs s'entourent, ils ne parviennent pas à s'en préserver. Les équipages du Tegethof, de la Vega, de YAlert^ de la Discovery^ en ont été atteints comme ceux de Dumont d'Urville, de Phipps et de Parry.

Les congélations superficielles des parties exposées à l'air (Frost bites des Anglais) n'épargnent personne dans les régions polaires. Presque toutes les relations parlent d'orteils et de pieds congelés. Ces accidents sont aggravés par la lenteur avec laquelle les plaies se cicatrisent dans les pays très froids. Les blessures les plus légères, les simples érosions même s'irritent et s'ulcèrent. Elles se compliquent parfois d'angéioleucite, d'érysipèle et même de tétanos quoiqu'on ait singulièrement exagéré la fréquence de cette redoutable affection dans les pays froids, ainsi qu'on peut le constater en lisant les relations des explorateurs. Enfin le froid, à un degré plus intense ou par une action plus prolongée, peut déterminer la mort, par l'abaissement progressif de la température da corps.

L'ophtalmie des neiges (Snow'blindness des Anglais) tient autant de place que les congélations dans les récits des anciens navigateurs. Ross rapporte que, dans quelques-unes de ses excursions, tous ses hommes en furent atteints à la fois. Ils ne pouvaient plus distingtier leur route ; mais au bout de quelques jours, ils étaient tous guéris. Belot en parle dans les mêmes termes. Le docteur Berlin a étudié cette maladie avec soin pendant l'expédition de Nordenskiôld au Groenland et il a pu en tracer le domaine géographique. Elle remonte au noi*d aussi haut qu'on a pu s*y élever : mais elle ne dépasse pas la latitude de 53"" nord sur le continent américain et elle est inconnue en Scandinavie. D'après l'étude qu'il en a faite et qui est conforme aux descriptions antérieures, ce n'est qu'une blepharo-conjonctivite de cause externe, déterminée par le vent glacé qui frappe les yeux, par les particules de neige dure, par les fines aiguilles de glace qu'il emporte et surtout, d'après le docteur Berlin, par la sécheresse de l'air qui laisse arriver les rayons calorifiques du soleil

sans les absorber (1). C'est également sous cette forme que l'ophtalmie des régions polaires se montre chez les Esquimaux aux yeux rouges, aux paupières bouffies, ulcérées, privées de cils et chez eux, là fumée de leurs huttes vient se joindre aux causes que nous avons énumérées plus haut.

Quant à Tamaurose produite par l'éclat de la neige, à la cécité subite qui en résulte et qu'on a longtemps admise, nous n'avons pu en trouver d'observations nulle part.

Indépendamment des maladies des yeux, les indigènes des régions polaires sont sujets à des flux intestinaux provenant de leurs longues abstinences et de leur gloutonnerie. La diarrhée et la dysenterie sont très communes chez les Esquimaux, le py rosis et les affections vermineuses parmi les Lapons. Les Indiens des bords de la baie d'Hudson sont décimés par la phtisie et les flux de ventre ; ils arrivent rarement à la vieillesse (2).

Il en est de même des Groenlandais. Ils sont de plus en proie à la variole qui a été importée par les Danois en 1731 et qui à cette date enleva dans certains districts plus de la moitié de la population. Les indigènes des régions polaires sont tous atteints de maladies cutanées. Le favus, la gale, le psoriasis, le prurigo et surtout l'icthyose et l'eczéma sont extrêmement répandus parmi ces populations^ auxquelles la propreté est absolument inconnue.

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