‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 48 sur 141 · TOTAUX · texte numérisé non relu

TOTAUX

Blessés.

Morte.

LHABITATION. 255

et de salubrité de la Seine, et à laquelle est annexée une instruction rédigée par cette même commission (1). Les gardiens de la paix ont été exercés à donner les premiers soins aux blessés, dont il a été reçu 681, dans les postes, en 1889.

Des boites de secours pour les noyés et les asphyxiés sont également déposées dans les postes de secours situés sur les berges de la Seine, à bord des bateaux-lavoirs, dans les établissements de bain et sur les bateaux à vapeur. Une instruction semblable à la précédente et émanant de la même source y est annexée. De plus, en 1887, le préfet de police a fait élever, sur les berges de la rivière, seize petits pavillons munis de tous les appareils reconnus efficaces. Devant chacun d'entre eux, est amarré un bateau de sauvetage muni de ses agrès, et les gardit^ns de ces pavillons ont été exercés par les médecins de la préfecture de police aux manœuvres à Taide desquelles on peut secourir les noyés. Ces seize pavillons ont reçu en 1889, 370 noyés, dont 359 ont été rappelés à la vie.

Des secours analogues ont été organisés dans la plupart des grandes villes de l'étranger. En 1881, Esmarch a fondé à Kiel, la Société des Samaritains, qui compte aujourd'hui 73 comités affiliés dans le reste de l'Empire. Il existait à Berlin, en 1883, six corps de garde de santé (Saintâtswachen) renfermant les appareils et médicaments nécessaires pour secourir les malades et les blessés ; mais ces établissements ne sont pas municipaux et ne fonctionnent que la nuit. Il existe aussi à Berlin des caisses de secours et, il y a quelques années, la police royale a provoqué la création de stations de sauvetage pour les noyés, qui sont très nombreux dans cette ville que traverse la Sprée et que sillonnent de nombreux canaux (2).

A Bruxelles, le service de secours en cas d'accident et de maladie subite, est placé sous la direction du bureau d'hygiène ; il comprend huit postes de secours avec cabinet médical et matériel complet, et quatre postes qui n'ont qu'une boite de secours et un hamac roulant (3).

Londres, Francfort-sur-le-Mein, Gothenbourg, Amsterdam ont des services de secours organisés de différentes façons, mais destinés surtout aux novés.

A Vienne, les secours sont donnés dans les postes de police qui sont au nombre de 78. Ils renferment un brancard, une caisse de médicaments et des objets de pansement. Quatorze de ces postes sont en rapport avec les ponts du Danube et disposent d*une barque munie de ses agrès et d'appareils pour réchauffer les noyés.

3* Ambulances urbaines, — Ce service qui fonctionne depuis longtemps en Amérique et notamment à New- York, a été importé à Paris, il y a

(1) Cette commission était composée de MM. les docteurs Brouardel, Léon Colin, Levraud, Voisin et J. Rochard, rapporteur. Ses conclusions ont été adoptées à la séance du 7 août 1891.

(2) Arhodld, La Voie publique (Encyclopéiie d'hygiène {loc. cit.), p. 144).

(3) Ezposilion universelle d* Anvers (Catalogue spécial de la ville de Bruxelles, p. 75j.

quelques années, par le docteur Henri Nachtel qui, à force de persévérance, est arrivé à le faire adopter. Il s*est adressé à TAcadémie de médecine, au Conseil municipal de Paris, au Conseil de salubrité de la Seine, qui ont émis des avis favorables ; mais cette approbation platonique n'a pas eu de résultat, et Tœuvre a été créée par l'initiative privée.

En 1888, l'assistance publique a autorisé l'installation de ce service. L'hôpital Saint-Louis a été relié par des lignes téléphoniques spéciales avec vingt-sept postes avertisseurs placés dans les différents quartiers de Paris et dans un périmètre de huit kilomètres, chez les pharmaciens et dans les bureaux de police. Lorsqu'un accident a lieu sur la voie publique, les passants en informent le poste avertisseur le plus voisin ; avis est donné par le téléphone à l'hôpital Saint-Louis, où des internes se tiennent en permanence. La voiture spéciale, toujours attelée, part au premier signal avec l'un d'eux, et le malade est soigné, transporté à l'hôpital ou à son domicile, dans un laps de temps très court. Ce service a fonctionné par lui-même jusque dans ces derniers temps et d'une façon très satisfaisante ; il a recueilli de 1888 à 1893, 14.000 personnes.

En 1894, Y Œuvre des ambulances urbaines a proposé au conseil municipal de lui faire la remise complète de son service, avec ses frais et charges et le conseil municipal, après avoir entendu le rapport de M. Paul Strauss (1), a accepté cette offre, en s'engageant à développer le fonctionnement de l'institution par la création de deux postes nouveaux, l'un sur la rive droite, l'autre sur la rive gauche de la Seine et à maintenir la séparation absolue qui existe aujourd'hui entre le service des ambulances urbaines et celui du transport des contagieux qui a été organisé en 1881. La remise du service à la ville a eu lieu le 1* janvier

Aujourd'hui la ville de Paris est pourvue de trois services de secours : l"" La Préfecture de la Seine a les ambulances municipales et les ambulances urbaines ; 2° la Préfecture de police a les postes de secours des mairies, des commissariats de police, les voitures de l'Hôtel-Dieu et de l'hôpital Saint-Louis pour le transport des contagieux, les pavillons de secours aux noyés ; 3"" l'Assistance publique a les brancards déposés dans les hôpitaux, les hospices, les maisons de secours, etc.

2<* Bruits et fêtes foraines, — Le bruit des rues est produit par des causes très variées. Le retentissement des pieds des chevaux et des roues des voitures sur le pavé en forme le fond et la trépidation des édifices y participe. A ce murmure sourd et monotone viennent se joindre les cris de la rue, les musiques qui passent, les instruments à l'aide desquels les industriels ambulants signalent leur présence, le claquement des fouets et les jurons des cochers, le sifflet ou la trompe des tramways, etc., etc.

(1) Rapport présenté par M. Paul Strauss^ au nom de la 5« Commission, sur la remise do l'Œuvre des ambulances urbaines à la ville de Paris^ 1894, n« 20.

A Paris, ce charivari commence avant le jour et ne cesse qu'à une heure fort avancée de la nuit. Entre la sortie des spectacles et l'entrée des voitures des maraîchers, c'est à peine si la grande ville se tait pendant trois ou quatre heures.

Ce tapage continu est particulièrement désagréable dans les rues populeuses. Ce n'est pas seulement une incommodité, c'est une cause de fatigue et d'ébranlement nerveux pour les personnes impressionnables ; c'est un danger pour les blessés, les malades, les femmes en couches qui ont besoin de repos, de calme et de sommeil. Dans les cas graves, la police autorise la famille à faire étendre de la paille sur la chaussée, devant la maison, pour assourdir le bruit des voitures ; mais en dehors de ces circonstances exceptionnelles, il faut bien endurer ce supplice et beaucoup de gens, de femmes surtout, s'en trouvent sérieusement incommodés. J'ai eu l'occasion d'observer des accidents nerveux d'un caractère assez grave, chez des jeunes filles élevées dans le calme et le silence des petites villes et que les circonstances avaient amenées à vivre dans le centre de Paris. Elles ne pouvaient pas s'habituer à ce tapage, à cette trépidation incessante et il fallut changer de quartier.

Toutefois ces bruits, auxquels les Parisiens sont acclimatés, ne sont rien à côté du tapage infernal que font les fêtes foraines. Le bruit est pourtant encore le moindre de leurs inconvénients. Ces réunions se tenaient autrefois dans la banlieue, mais en 1860, on leur permit de s'établir à rintérieur de Paris, pour donner satisfaction aux communes qu'on venait d'annexer et dans lesquelles elles avaient lieu auparavant. Pendant dix ans, elles ont été organisées par les soins des municipalités ; mais, depuis 1870, ce sont des comités locaux qui s'en chargent et qui paient une redevance à la Caisse des écoles.

Sous ce nouveau régime, elles se sont multipliées dans des proportions nuisibles à la santé publique et ont envahi les boulevards extérieurs ainsi que les places excentriques. A diverses reprises, le Conseil d'hygiène publique et de salubrité de la Seine s'en est ému. J'ai moi-même adressé en son nom, au Préfet de police, un rapport tendant à les supprimer (1). Des tentatives ont été faites depuis pour en réduire le nombre ; mais elles se sont heurtées à la mauvaise volonté du conseil municipal.

Les fêtes foraines sont des foires permanentes qui maintiennent les lieux où elles se tiennent dans un état d'insigne malpropreté. Les ordures s^amassent et se décomposent autour des ménageries, des théâtres forains, sous les voitures des saltimbanques. Les déjections des bétes féroces, les urines, les eaux ménagères s'infiltrent dans le sol, y croupissent, baignent le pied des arbres, les font mourir et la ville est obligée de les remplacer. Les riverains réclament surtout contre le vacarme que

(I) Rapport sur les fêtes foraines à Paris, présenté au Conseil d'hy^^iène et de salubrité, par le docteur J. Rochard et approuvé le 18 février 1887.

Traité d*bygiéne publique et privée. il

font les tambours, les orgues à vapeur (1), les hurlements des bêtes fauves et les cris de la foule. Ce tapage qui se prolonge jusqu'à une heure avancée, trouble le sommeil des riverains qui exercent pour la plupart des professions matinales. Il faut ajouter à ces inconvénients, le danger d'incendie dans les théâtres en planches très insuffisamment machinés, celui des tirs dont les parois ne sont pas assez résistantes pour empêcher les balles de s'égarer. Si Ton tient compte de plus des dépenses inutiles qu'y font les ouvriers et des détestables fréquentations qu'y rencontrent les jeunes gens des deux sexes, on comprendra l'insistance que mettent les hygiénistes à demander la suppression de ces réunions malsaines.

§ IV. — LA Vir.LE SOUTERaAlNE. — LE SOUS-SOL

La voie publique n'est pas la partie la plus importante de la viabilité urbaine ; c'est dans leur sous-sol que les villes renferment les organes principaux de leur vitalité ; c'est là que se trouve la double canalisation à l'aide de laquelle elles reçoivent l'eau qui leur est nécessaire et se débarrassent de leurs immondices, c'est là que sont posés les fils télégraphiques, téléphoniques et ceux qui servent à l'éclairage électrique.

La plupart des villes sont situées sur des terrains d'alluvion, sujets aux infiltrations provenant des cours d'eau et des sources qui les traversent. La nappe souterraine est à une profondeur qui varie suivant l'épaisseur de la couche perméable et elle est soumise aux fluctuations dont nous avons indiqué le mécanisme dans le chapitre précédent. Cette nappe ne reçoit pas seulement les eaux pluviales chargées de toutes les impuretés qu'elles entraînent, en lavant les toîts des maisons, les cours et la voie publique ; elle est souillée par les infiltrations des fosses d'aisance, des puisards, des égouts qui ne sont pas toujours étanches, ainsi que par les résidus des usines. Lorsque son niveau s'élève, elle imbibe un sol desséché et lorsqu'il s'abaisse l'air qui vient prendre la place des eaux souillées provoque, dans ce marais souterrain, des fermentations et des décompositions organiques plus dangereuses encore que celles qui s'opèrent à ciel ouvert ; aussi le drainage des villes est-il une nécessité que tous les hygiénistes ont comprise.

Il est en usage en Angleterre depuis un demi siècle (2) et la mortalité a baissé d'une manière sensible dans les villes qui y ont eu recours. Le docteur Buchanam en a cité 25 qui ont vu diminuer notablement, après avoir été drainées, le chiffre de leur décès par fièvre typhoïde. Simon et Corfield ont cité un certain nombre d'autres villes, comme Salisbury,

(1 ^'iisaje de ces orgues a 6té interdit par la police.

(2) Heilfh ofTowfK. sororid report of the cornmi<.ii mne'S inquiring in to the state of lanif townx popu/ous dlshicts London, 1845.

Ely, Rugby, Bansburg, etc., où le chiffre des phthisiques a diminué du tiers ou de la moitié à la suite du drainage. A Leicestcr, il s'est abaissé de 41 pour 100, tandis que, dans les localités où les travaux d'assécliement ont été nuls ou incomplets, les victimes de la phlbisie ont augmenté de nombre(l). Il est évident qu'il y a beaucoup d'exagération dans les allégations qui précèdent ; il n'en est pas moins certain que le drainage assainit les villes et les quartiers humides ; car, ainsi que le fait observer M. Ch. de Freycinet, il ne suffit pas, pour les rendre salubres, de les débarrrasser de leurs eaux impures, il faut encore les affranchir par le drainage de l'humidité dont leur sol est imprégné (2).

A Paris, la Commission des logements insalubres n'a pas cessé de réclamer l'application du drainage aux quartiers humides dont les maisons ont souvent leurs caves inondées. Fonssagrives a prêté l'appui de son autorité à cette pratique et nous ne saunons trop l'encourager. 11 faut reconnaiire toutefois qu'elle n'est pas toujours applicable. Il est rare que les villes se construisent de toutes pièces ; cela n'arrive guère qu'aux Etats-Unis où elles sortent de terre comme par enchantement. On peut alors drainer le sous-sol partout où cette opération est nécessaire, avant de bâtir les maisons ; mais, dans la vieille Europe, les villes remontent à une époque où on n'avait guère souci de l'hygiène et l'on ne peut pas les raser pour drainer le terrain qui les supporte. La seule chose que l'on puisse faire, c'est d'appliquer le drainage à la voie publique et aux terrains sur lesquels on élève des constructions nouvelles.

Pour la voie publique on peut établir, de chaque côté de la chaussée, une rangée de drains. Nous avons décrit, dans le deuxième chapitre, les règles qui doivent présider à leur placement ; dans les villes, ils doivent être plus rapprochés, et il est parfois nécessaire, pour assurer la ' régularité de leur écoulement, de placer, aux points d'intersection des collecteurs, des regards formés de gros tuyaux disposés verticalement sur une base en pierre ou en terre cuite, où viennent aboutir les draina <^p05és. Ces regards (fig. 8) sont couverts, à peu de dislance du sol, par

Fig. 8. — Drains collecteur!

(I) W. H. CoMnELD, A DigetU of faeli ececllire to the beati tewagt.t' éàltion, Londan, 1S7I, p. )68.

(3) Cb. DE Fkeycinet, Rapport lur i'ais^inissanenl imluslriel el Parii, IggR. p 197.

i( and utilisation of

260 TRAITÉ D'HYiJlKNE PUBLIQUE ET PRIVEE

une plaque en pierre ou en terre cuite pouvant être facilement déplacée. Lorsqu'on ne peut pas diriger les eaux vers un canal ou une rivière voisine, force est bien de les déverser dans le réseau d'égouts. Cet écoulement nécessite un dispositif spécial pour empêcher le reflux ; mais, comme le fait observer M. Léon Faucher, lorsque les égouts sont bien faits, ils constituent, par eux-mêmes, un drainage assez puissant pour que la nappe souterraine ne puisse pas dépasser le niveau de la canalisation (1).

§ V. — LKS p:aux urbaines

L'impureté de la nappe souterraine ne permet pas d'y puiser sans danger Teau destinée à la boisson et aux usages culinaires. Cette notion est (le date récente et, depuis qu'elle s'est vulgarisée, les villes s'imposent les plus grands sacrifices pouraller chercher au loin des eaux abondantes et de bonne qualité. De 1884 à 1892, le Comité consultatif d'hygiène de France a étudié 455 projets d'amenées d'eau (docteur Brouardel, président du comité ; rapport au ministre, séance du 14 novembre 1898). Cependant, il résulte d'une enquête faite par M. Bechmann et dont il a communiqué les résultats à la Société de médecine publique, qu'il n'y avait encore à cette époque que 308 villes en France sur 588 qui possédassent une distribution d'eau quelconque (Re^me d'hygiène et de police sanitaire^ 1892, t. XIV, p. 514). On a pris l'habitude d'user largement de Teau, non seulement pour les usages domestiques, mais pour la propreté des habitations et de la voie publique, pour l'arrosage des rues et des promenades ; nous aurons donc à nous occuper des besoins auxquels les eaux sont destinées à faire face, de la quantité que chacun d'eux réclame, des moyens de se les procurer, de les amener en ville et d'en opérer la distribution.

I. Usages des eaux. — La nature des besoins que les eaux doivent satisfaire, varie suivant l'importance des localités. Plus les villes sont grandes, et plus l'eau doit y être prodiguée. On peut admettre, sans exagération, que l'insalubrité des villes croit comme le carré de leur population. On se demande d'après cela comment le chiffre des habitants peut s'élever à plusieurs millions, comme à Paris et à Londres, sans les transformer en d'immenses foyers d'infection, ainsi que Tétaient les grandes villes du moyen-âge. C'est le triomphe de la civilisation et de l'hygiène ; c'est le fait de la propreté dont l'habitude se répand partout et qui a pour condition essentielle l'usage abondant, j'allais dire le gaspillage de l'eau.

(I) Léon Faucher, Enci/dopé lie d' hygiène et de médecine publique^ t. lU. p. 330.

L*einploi de Teau dans les villes, comprend la distribution dans la maison, dans la rue et dans les usines. C'est ce qu'on nomme, en langage technique, le service privé, le service public et le service indusfriel,

1 • Le service privé comprend : Talimentation, les usages culinaires, la propreté individuelle, le lavage de la vaisselle, des vôtements, des appartements et des cours, les bains, les water-closets, l'entretien des jardins et le jeu des ascenseurs.

2? Le service public comprend le lavage des ruisseaux et des égouts, Farrosage des chaussées, trottoirs, pelouses et jardins publics, l'alimentation des fontaines, des urinoirs publics, des établissements de bains, des piscines de natation et des bouches d'incendie.

3** Le service industriel comprend la distribution de l'eau à toutes les industries qui l'emploient comme dissolvant, ou comme véhicule (sucreries, teintureries, etc., etc.), comme matière première (brasseries, fabriques d'eaux minérales), comme moyen de lavage ou comme force motrice.

La plupart de ces usages sont inconnus des petites villes ; elles ont donc besoin d'une quantité d'eau proportionnellement moindn^ : elles ont aussi moins de ressources pour s'en procurer.

U. Quantité nécessaire. — Pour la déterminer, il faut tenir compte d'abord du chiffre de la population, de son augmentation future et de ses exigences croissantes, puis du climat, des habitudes et des différents genres d'industrie. Partout la consommation augmente dans des proportions imprévues et qui trompent toutes les prévisions. En 1789, Paris distribuait à sa population 13 litres d*eau par jour et par tète, et personne ne se plaignait ; aujourd'hui, il en délivre 300 et nous ne trouvons pas que ce soit assezf.

i« Mode d'évaluation, — On a l'habitude d'évaluer la quantité d'eau fournie à une ville, en divisant le nombre de litres dont elle dispose chaque jour, par If chiffre de ses habitants. Cette base n'est pas rigoureuse, parce qu'elle ne tient pas compte des exigences éminemment variables du service public et du service industriel ; mais elle est commode, et l'usage a consacré ce mode d'évaluation.

2*» Statistique, — M. Bechmann, dans un ouvrage auquel je ferai plus d'un emprunt (1), a dressé le tableau de l'alimentation en eaux potables de 84 villes de la France et de l'étranger. La moyenne est de 185 litres par jour et par habitant. Les différences sont considérables. Elles vont de 1.000 litres pour Rome, à 15 litres pour Madrid. C'est l'Amérique qui est la plus richement dotée, Washington distribue 700 litres d'eau par jour à ses 112.000 habitants; la France vient ensuite. Marseille donne

(1) G. Becrmann, Salubrité urbaine, distribution (Veau^ assainisscinent^ Paris, 1888,

262 TIUITÉ D'HYGIÈNK PUBLIQUE ET PRIVÉE.

500 litres par tète. Paris en distribue aujourd'hui 300 et Grenoble 1.000, autant que Rome (1). L'Allemagne vient en troisième lieu et TAnglelerre en quatrième; TEspagne arrive au dernier rang. En. somme, sur les 84 villes qui figurent au tableau de M. Bechmann, il n'y en a que 24 qui distribuent plus de 200 litres d'eau par jour et par tête à leur population et on en compte 22 qui en donnent moins de 100.

On se demande comment les habitants d'une capitale comme Madrid peuvent, à notre époque, se contenter de 15 litres d'eau par tète. Cette pénurie est incompatible avec la propreté de la voie publique, des maisons et des personnes. On admet aujourd'hui que, pour les grands travaux d'approvisionnement à entreprendre, il faut tabler sur un chiffre de 200 litres par jour et par habitant. 11 est bien entendu que cela ne suffit pas dans les grands centres de population pour lesquels l'eau est un luxe, et que les petites localités sont souvent forcées de se contenter à moins ; j'estime toutefois que lorsqu'elles font les frais d'une amenée d'eau, elles ne doivent pas, dans leurs prévisions, descendre au-dessous de 100 litres par jour et par tète. Il faut en effet tenir compte des pertes résultant de l'étanchéité imparfaite des conduites et des appareils. On ne connaît pas, dit M. Bechmann, de système de joints qui résiste indéfiniment à la pression de l'eau, pas do robinet ou d'appareil qui ne s'use et, au bout d'un certain temps, l'eau s'échappe par une foule de petites fissures. La perte résultant de ces fuites varie du quart à la moitié dé la quantité d'eau dépensée.

Il faut également tenir compte du gaspillage qui est d'autant plus grand que la distribution est plus large. Le système du compteur ne l'empêche jamais complètement. C'est à l'époque des chaleurs, au moment où l'eau commence à se faire rare, que le gaspillage est au summum ; il en résulte une pénurie qui survient partout au même moment.

III. Recherche et captage des eaux. — Les travaux à exécuter pour fournir aux villes les eaux qui leur sont nécessaires, sont du ressort des ingénieurs ; toutefois les hygiénistes ne doivent pas y être étrangers, parce qu'ils ont à émettre leur avis sur tout ce qui concerne ces entreprises. Le décret du 30 septembre 1884, en réorganisant le Comité consultatif d'hygiène publique, a placé le régime des eaux sous sa surveillance (2), et la circulaire du ministre du commerce, en date du 29 octobre de la même année, a tracé la marche à suivre pour exercer ce contrôle d'une manière efficace (3). Aux termes de cette législation,

(I) Rapport de M. Langlet à la Chambre des députés, séance du 13 juillet 1892^ N» 2034.

(2, Pour le texte de ce décret, voyez le Journal officiel du \^^ octobre I88i et le Recueil des traraiix du Comité consultatif d'hi/giène publique, pour Tannée 18St, t. XIV, p. 6V8.

(3) Mode d'instruction à suivre pour les affaires qui se rapportent au régime des eaux .Circulaire ministérielle du 29 octobre 188i, Hccueil des travaux du Conilé consultatifs t. XIV, p. 670).

tout ce qui concerne les amenées d'eau rentre dans les attributions des conseils d'hygiène et de salubrité des arrondissements, et en dernier ressort du Comité consultatif d*hygiène publique. Ils ne sont pas seulement appelés à donner leur avis sur la qualité des eaux, mais aussi sur les travaux de captage, de canalisation, de distribution, etc.* Depuis quatre ans que le Comité consultatif est investi de ce contrôle, les questions d'amenées d'eau sont au nombre de celles qui tiennent le plus de place dans ses délibérations. Il est donc indispensable d*en dire un mot dans un traité d'hygiène.

1" Recherche des eaux. — La première chose à faire consiste à chercher dans le voisinage de la localité qu'il s'agit d'approvisionner, une petite rivière, un ruisseau ou des sources d'un débit suffisant pour fournir, en tout temps, à la population la quantité d'eau nécessaire, en se basant sur les évaluations indiquées plus haut. On est quelquefois forcé d'aller les chercher au loin ; mais il est rare qu'on en soit réduit à s'adresser à des fleuves, à des lacs ou de creuser des puits artésiens.

Pour découvrir les sources, il ne faut pas se contenter d'examiner les cours d'eau apparents, il faut étudier la structure géologique du sol. Les terrains imperméables ne présentent que peu de ressources ; la pluie, les ravine, se creuse un petit lit dans chaque pli de terrain et va rejoindre le ruisseau le plus voisin. Les terrains perméables au contraire absorbent l'eau comme des éponges et la transmettent à la couche souterraine dont la crue est lente et le débit régulier. Les premiers se reconnaissent à la fréquence des ruisseaux, au nombre des ppnts, à leur grand débouché ; les autres se signalent par des caractères opposés.

Quand l'examen des eaux apparentes ne donne pas de renseignements suffisants, on peut avoir des présomptions sur Texislence de la nappe souterraine, par l'examen des puits, des travaux accomplis dans la contrée dans un autre but, par la nature de la végétation qui couvre le sol, par les vapeurs qui sVn exhalent, par la présence des grenouilles, des insectes qui fréquentent les cours d'eau. Les anciens étaient experts en ces sortes de recherches. Les Grecs et les Romains, dit M. Bechmann, avaient les plus grands égards pour les chercheurs d'eau ou aquilèçes, et rhydroscopie compte encore aujourd'hui de nombreux adeptes. Il y a quarante ans, l'abbé Paramelle, curé de Saint-Céré, s'est fait une réputation dans cet art dont il a exposé les règles dans un ouvrage qui a son intérêt. En Bretagne, les découvreurs de sources ne sont pas rares ; ils se servent d'une baguette de saule ou de coudrier qui se redresse irrésistiblement dans la main du chercheur, lorsqu'il arrive au-dessus d'une source. Je connais deux ou trois de ces sorciers dans mon département. Les ingénieurs qui sont des sceptiques préfèrent recourir à la sonde.

La source découverte, il s'agit de la jauger. On a pour cela recours à des procédés assez délicats, mais qui sont par trop techniques pour nous arrêter; il suffit à l'hygiéniste de savoir que ce débit est très variable

et qu'il faut observer le régime d'une source pendant une année entière, pour connaître le minimum de son débit, lequel doit suffire aux besoins de la localité, en vue de laquelle les travaux sont entrepris.

2° Captage, — Lorsque la source n'est pas apparente, il faut aller à la recherche des filets d'eau qui courent dans le sol, les dégager, les suivre et en recueillir le produit. On creuse pour cela des tranchées en différents sens, on pose des drains, ou l'on pratique des galeries de nombre et de dimensions suffisantes. Celles-ci doivent être en maçonnerie et le fond en ciment ; on les recouvre habituellement de dalles, puis d'une couche perméable de cailloux concassés et on étend au-dessus un gazon ou une couche de terre pilonnée.

Lorsque la source émerge du sol et coule à sa surface, il suffit d'y plonger une conduite de prise d'eau, sans rien changer aux dispositions naturelles. Lorsqu'il s'agit d'un ruisseau, on le barre à l'aide d'une digue de retenue qu'on élève plus ou moins suivant la quantité d'eau qu'on veut retenir dans le réservoir. On n'obtient ainsi qu'un étang artificiel où l'eau s'altérerait rapidement, si on n'avait la précaution de le curer à fond dans toute son étendue. On y puise l'eau à l'aide d'une conduite en fonte ou en poterie qui l'amène à sa destination ; le trop plein s'écoule par dessus le barrage.

Ce système est simple et peu coûteux, quand il s'agit de l'alimentation d'un village ; mais on a parfois recours aux réserves et alors ce sont des travaux considérables. Sans parler des lacs d'Egypte et des innombrables réserves de l'Inde, on fait encore des barrages en Algérie et des villes importantes d'Angleterre et d'Amérique ont des distributions d'eau basées sur la constitution de vastes réserves artificielles. Ainsi, New- York a barré le Croton, Washington emprunte l'eau du Potomac, Philadelphie utilise le Tohickon, affluent du Delaware, Memphis la rivière Wolff.

Les digues qu'on établit dans ce cas doivent être en maçonnerie et construites avec le plus grand soin, pour résister aux formidables pressions qu'elles doivent supporter. Elles constituent une menace permanente pour la ville dont elles assurent l'alimentation et que leur rupture peut anéantir en quelques instants. On se souvient encore en Espagne de la rupture du barrage de Guentes, qui détruisit 89 maisons et noj*a 608 personnes ; l'Angleterre n'a pas oublié l'effondrement de la digue de Sheffield qui engloutit 98 maisons et noya 238 personnes et ces désastres nu sont rien à côté de celui qui est arrivé en Amérique, en 1889, lorsque la ville de Jackson et sa population tout entière furent emportées en quelques instants par la rupture de la digue qui retenait leurs réserves d'eau.

Lorsqu'au lieu de sources ou de petits cours d'eau qu'il importe de recueillir en entier, on a affaire à une rivière ou à un fleuve et qu'on veut se borner à leur faire un emprunt, on dispose un ouvrage partiteur

de manière à diviser le courant et à en détourner la partie qu'on veut utiliser.

Dans tous les cas où on capte des eaux courantes, il faut établir la prise au-dessus de toutes les causes de contamination (fermes, villages, lavoirs, usines). Cela n'est possible que lorsque la dérivation a lieu très près de la source. Lorsqu'il s'agit d'une rivière qui a déjà reçu des impuretés de toute sorte, on place à l'ouverture des conduites, des grilles fîxes ou mobiles à mailles plus ou moins serrées pour arrêter les corps flottants.

Il est rare, ai-je dit, qu'on soit réduit en France à utiliser l'eau des lacs pour l'alimentation des villes ; mais cela se fait en Angleterre, en ' Suisse et aux Etats-Unis. C'est ainsi que Glascow est alimenté par le lac Katrin, Boston par le lac Cochituate, Chicago par le Michigan et Zurich par le lac qui porte son nom. La dérivation est toujours abondante et ne présente aucune difficulté ; toutefois, il faut placer la prise d'eau assez bas pour avoir toujours un débit suffisant et pour éviter l'introduction des corps flottants dans les conduites. Quand les lacs reçoivent les eaux d'égout des villes, il faut puiser l'eau à grande distance des rives contaminées. Chicago à dû faire la sienne à plus de trois kilomètres du bord, au moyen d'un tunnel souterrain aboutissant à une énorme tour isolée au milieu du lac et pourvue de vannes à différentes hauteurs. Depuis cette époque, la population de la ville a tellement augmenté (elle est maintenant de 1,500,000 habitants) que la souillure a gagné la prise d'eau et la ville fait creuser, en ce moment, un canal à grand débit qui déversera ses eaux vannes dans le Mississipi, par l'intermédiaire de la rivière des Plaines et de i'Illinois {Cosmos^ n^ du 5 janvier 1895). L'eau des lacs comme celle des rivières est toujours un peu suspecte et ne vaut jamais l'eau de source.

Les puits artésiens, très utiles dans les contrées déshéritées comme le voisinage du Sahara, ne sont guère employés en Europe. 11 faut creuser à des profondeurs de 500 ou 600 mètres et on n'obtient qu'une eau minérale par sa température et sa composition. Leur forage est une opération longue, délicate, leur débit est insconstant; aussi, lorsqu'on y a recours dans les grandes villes, on n'utilise leur produit que pour le service public et pour le service industriel. C'est à cet usage que sont consacrées les eaux des quatre puits artésiens de Paris (1).

IV. Épuration des eaux. — 11 n'est pas toujours possible de se procurer, en quantité suffisante, des eaux claires et limpides. Lorsqu'on dérive celles d'une rivière ou d'un fleuve, elles sont souvent troublées par des sables, des graviers, des dépôts vaseux et il est indispensable de

(i) Le puits de Grenelle, le puits de Passy, celui de la barrière dç Fontainçbleau et celui de La Cliapelle.

les clarifier avant de s'en servir. L'épuration de ces grandes masses d'eau ne peut s'obtenir que par deux moyens : la décantation et la nitration (1).

1° Décantation, — Ce procédé a été appliqué aux eaux de la Durance, Avant leur arrivée à Marseille, elles traversent quatre bassins, de 84.132 mètres cubes de capacité chacun. On les nettoie tous les quatre mois, et le dépôt a de 35 à 40 centimètres d'épaisseur. A Londres on a creusé, sur les bords de la Tamise, d'immenses bassins suffisants pour emmagasiner la quantité d'eau nécessaire à l'alimentation de la ville, afin de ne pas faire d'emprunt au fleuve pendant les crues qui durent deux on trois semaines au moins par an.

L'épuration par le repos est très lente à s'opérer. Il faut de sept à dixjours pour qu'elle soit complète, ce qui oblige à donner aux réservoirs des proportions qui les rendent très dispendieux. D'un autre côté, l'eau s'altère par l'immobilité prolongée jointe à l'action de l'air et de la chaleur, par le développement des végétaux et la putréfaction des insectes qui y tombent de l'atmosphère ; aussi n'a-t-on recours à la décantation que comme opération préliminaire et pour débarrasser les eaux des corps lourds, des matières grossières, avant de les soumettra à la filtration.

î*' Filtration, — Celle-ci s'opère au moyen de bassins semblables aux précédents, mais dont le fond est couvert de couches superposées de sable fin,' de gravier fin, de gros gravier de cailloux et de moOllons. Tous ces éléments ne sont pas réunis dans les mêmes bassins Ceux de Londres qui ont servi de modèle depuis 1839, époque à laquelle M. Simpson, ingénieur de la compagnie de Chelsea, les a installés (2) ont trois ou quatre couches filtrantes seulement, et cela suffit pour épurer de !""',oOO à 3'"' par jour et par mètre carré de surface (3). Ce procédé s'est répandu depuis en Europe et en Amérique. Une application des plus intéressantes en a été faite, il y a quelques années, par la Compagnie générale cfe» eaux pour V étranger^ dans les travaux qu'elle a faits pour amener à Venise les eaux de la Brenta. Ces eaux ne sont pas toujours limpides et, avant de les introduire dans la conduite sublagunaire, la Compagnie jugea convenable de les soumettre à une filtration artificielle. Elle creusa, à cet effet, à Moranzani, quatre bassins contigus communiquant deux à

(1) Les différents procédés de Hltratiou à domicile des eaux destinées à l'alimentation seront exposés dans le chapitre suivant à Tarticlc des « eaux potables » ; il n'est question ici que de Tépuration en grand et avant la distribution.

(2) Londres ne boit guère que do Tcau de rivière Les machines élévatoires qui la prennent dans la Tamise remontent à 1582, les grandes compagnies datent : Chelsea de 172i, Lambeth de 1785, Grand-Junction de 1708. C'est depuis une trentaine d'années seulement que la compagnie Kent fournit de l'eau puisée à Deptfort à l'aide de puits profonds (ârnould, E?icyclopédie d'hijf/iène, t. III, p. 25).

(3) Voyez pour la description de ces filtres : Bechmann, Salubrité urbaine^ distribution d'eau ^ assainissement, Paris, 1888, p. 179.

LHABITATIUN, 261

' deux cl dont le fond psl recouverl de ileux couches fillrantes. La plus superricielle est rornu^e de sable pur, la plus prorondc est constilut'c par du gravier de rivière (fig. 9).

LLes quatre bassins ont ensemble une surface de 1.2i4 miMres carrés, us on udmttt que l'un d'eux sera toujours inactif, ce qui réduit la sarface utile à 918 mètres carrés (1).

Les bassins filtrants ont l'inconvénient de s'encrasser rapidement, el le dépôt qui se forme à la surface cmpiVlie bientôt l'eau de passer ; si

fl) Nclicc tur la ilnlribittion d'eaii de ¥ ■ ponr t'âlnoger, Pirii, 188»,

368 TRAITÉ D HÏGIÈNE PURLiyUE ET PRIVÉE.

on augmente la pi'ossion, le liquide se. creuse, dans le sable, des fissures à travers lesquelles il s'écoule sans être filtré,

H. Charles Gamier a (^xposi), il y a qualrc ans, devant la Société d'b;giéne, un nouveau sjstf'rac de bassins fillrants qui repose sur un principe très ingénieux. Ils sont divisés en un certain nombre de compartiments par des cloisons verticales, dont les unes son! pleines et les autres percées inférieurement d'une ouverture (fig. 10).

L'eau les parcourt successivement en descendant dans l'un et remontant dans l'autre jusqu'à l'extrémité du bassin. Dans ce système, la pression atmosphérique se'fait opposition à elle-même, le cours de IVau est lent

et régulier, et l'encrassement ne se produit que dans le premier compartiment, dont on peut changer le sable sans toucher aux autres (1).

Quelques villes de France, forcées de puisor leurs eaux dans le fleuve qui les traverse, ont recours pour les épurer à dos galeries filtrantes, parallèles à son cours, inférieures à son lit et creusées à une petite distance de ce dornicr. Ce mode d'épuration a été imaginé, en 1817, par M. d'Aubuisson des Voisins pour la ville de Toulouse et appliqué « la Garonne. La ville do Lyon s'alimenle également à l'aide d'une dérivation du Rhône située en amont de la ville. L'eau arrive à travers une couche de gravier d'environ 15 mètres d'épaisseur dans des bassins et des galeries où elle est puisée par des machines élévatoires et versée dans les conduites de distribution.

Les galeries filtrantes onl les mêmes inconvénients que les bassins et sont encore plus défectueuses, parce qu'on ne peut pas les nettoyer. La

■,l) BuiMin de la Société française d'hygiène {Journal d'hi/giéne, 1 p. 231).

li 1B90, I. XV.

couche de gravier et de galets est à la longue minée par les eaux, ainsi que cela est arrivé à Lyon ; il s*y forme des fissures, des renards par lesquels tout passe ; dans d'autres cas, la masse de vase et de matières organiques obstrue les pores au point qu'il faut abandonner les galeries et en creust^r d'autres. L'eau du Rhône qu'on consomme à Lyon, malgré sa limpidité et sa fraîcheur, laisse déposer sur les filtres Chamberland un limon glaireux, onctueux au toucher, dans lesquels MM. Lortet et Despeignes ont trouvé de nombreuses bactéries qu'il leur a été possible d'isoler les unes des autres par une culture méthodique et le dépôt injecté à des cobayes a causé leur mort (1).

Le Comité consultatif d'hygiène publique s'est toujours prononcé en principe contre le système des galeries filtrantes. 11 ne les a jamais autorisées qu'à regret et lorsqu'il s'agissait de petites rivières, de localités de peu d'importance et qu'il leur était impossible de s'approvisionner autrement. Lyon songe à renoncer à ce système et cherche, dans les bassins qui l'entourent, des sources d'un débit suffisant, pour alimenter sa population. Vienne a déjà abandonné les galeries filtrantes du Danube ; en 4873, elle est allée chercher, au pied des Alpes Noriques, les sources de Kaiserbrunnen et de Stixenstein qui sont excellentes, mais d'un débit insuffisant.

Les bassins filtrants ne valent pas mieux. Ceux qui fonctionnent depuis quelques années à Berlin et qui passaient pour supérieurs à tous les autres, ont été de la part de Fnenkel et de Piefke l'objet des critiques les plus vives dans un mémoire qu'ils ont inséré dans la Deutsche Viertéljahreschrift fur ôffentliche Gesundheilspflege^ t. XXIIi, p. 38, 1890 (2), et dans la communication qu'ils ont faite au Congrès des hygiénistes allemands à Brunswick en 1890. Ces bassins laissent passer les bactéries et les champignons. Des végétaux plus élevés, certaines mucédinées franchissent aussi la barrière qu'oppose le sable et il est probable qu'il en est de même des animaux inférieurs ou amibes, qui sont aussi petits et qui entrent dans l'étiologie de la dysenterie (3).

On a fait il y a trois ans, à Nantes, l'essai d'un nouveau système qui parait avoir donné de meilleurs résultats ; c'est celui des puits filtrants. M. Lefort, ingénieur en chef de la ville, a eu l'idée d'utiliser, pour la filtration des eaux de la Loire, un banc de sable situé au milieu du fleuve

(1) Recherches sur les microbes pathogènes des eaux potables distribuées à la ville de Lyon^ par MM. Lordef, doyen de la Faculté de médecine, et Despeignes, chef des travaux (Revue d'hygiène, mai 1890, t. Xll, p. 3P8).

(2) Voyei l'analyse de cet important Mémoire dans la Revue d'hygiène^ 1891. Voyez aussi pour tout ce qui lient à la flltration des eaux, Touvrage de Tingénieur Donato Spataro, intitulé Hygiène délie aàitazioni, Milano, 1891 et 1892, doot le docteur Vallin a lait ranalysc dans la Revue d'hygiène, 1893, t. XV, p. 263.

(3) CoRRiL, Mode de filtration de Ceau des fleuves {Journal des Connaiisances médi' €ales,M90, no 24, p. 188).

et à deux kilomètres en amont de la ville. Il a fait construire, sur ce banc, une tour-puits bien étanche depuis sa base jusqu'à un niveau inférieur d'un mètre environ à celui des plus basses eaux et percée, à partir de ce point jusqu'à son sommet, d'ouvertures mobiles dites ôarbacanes, La tour fut enveloppée à distance d'une ceinture de rochers, présentant un diamètre d'environ 15 mètres. L'intervalle compris entre la tour et le rempart de pierres fut rempli d'une couche uniforme de sable demi-fin disposé en tronc de cône, et le fond du puits fut mis en communication avec une pompe aspirante et foulante (1).

Après avoir traversé ce grand filtre, l'eau ne présentait plus que 73 bactéries par mètre cube au lieu de 9.530 qu'elle contenait auparavant. Il reste à savoir si le sable ne s'encrassera pas avec le temps et si l'eau du fleuve poussée par le courant n'y creusera pas des fissures.

Le système de la filtration en grand des eaux destinées à l'alimentation (les villes est condamné en principe par l'hygiène. Il a cependant trouvé un défenseur dans la personne du docteur Vaillard. Dans un rapport lu à la Société médicale des hôpitaux (2), il a proposé de recourir à la filtration des eaux de la Seine, pour remédier à l'insuffisance de l'eau de source pendant les chaleurs. M. Emile Trélat a combattu ce projet, devant la Société de médecine publique, le 26 mars 1890. Il a montré qu'il faudrait 200 hectares de bassins pour filtrer l'eau nécessaire à la consommation de Paris. « Il serait, dit-il, impossible de les » placer sur les bords de la Seine et ruineux de les établir ailleurs. D » suffit du reste de se rappeler ce que sont les imnjenses installations » de Londres, pour comprendre qu'il faut éviter, à tout pris, l'établis- » sèment d'un filtrage général par bassins, à Paris » (3).

On n'a pas renoncé à ce mode d'épuration des eaux à tilre d'expédient et quand on ne peut pas faire mieux. C'est ce qui est arrivé à la suite de la dernière épidémie de choléra qui a surtout sévi dans la banlieue nord-ouest de Paris. Les habitants des cinq communes que dessert la Compagnie des eaux ont fait entendre de nouvelles protestations sur la détestable qualité de l'eau de Seine qu'on leur délivre et qui est puisée en aval de Paris, près du pont de Sèvres.

La Compagnie s'est émue de ces plaintes et elle a pris le parti d'établir trois prises d'eau en amont de Paris, l'une à Choisy-le-Roi, l'autre à Neuilly-sur-Marne, la troisième à Nogent-sur-Marne. Les eaux puisées sur ces trois points seront amenées à destination par deux conduites de 50 centimètres de diamètre et traitées par le procédé Andersen.

(1) Kxpériences de ta ville de Nantes sur te système filtrant^ Lefort. Mémoipes lus, le 16 novembre 1891, à la Société française d'hygiène {Journal d'hygiène, t. XVI, p. 9).

(2) Séance du 26 mars 1890. Voyez aussi : Veau filtrée à Nantes et le puits Le fort, par le professeur JoOoN (Revue d'hygiène et de police sanitaire^ 1891, t. XIII, p. 119).

(3) Emile Trélat, Venu prise à Paris (Revue d'hygiène et de police sanitaire, 1890, t. XII, p. 316.

Ce procédé qui a été adopté à Anvers pour le traitement des eaux de la Nèthe et plus récemment à Boulogne, consiste à faire passer l'eau lentement dans un cylindre tournant nommé revolver et rempli d'une multitude de petits morceaux de fer. L'eau se charge d'une forte proportion de ce métal à l'état de protosel ; on la fait ensuite entrer dans des réservoirs où on l'agite, où le fer se suroxyde et se dépose, en entraînant les impuretés en suspension et les microbes. De là elle passe dans des bassins filtrants qui en épurent cinq mètres cubes par jour et par mètre carré de surface, puis elle se rend dans les réservoirs de puisage (1). Elle y arrive dans des conditions de pureté satisfaisantes. Ce procédé n'est cependant pas l'idéal de la filtration, car le conseil municipal de Paris a ouvert, en 1894, un concours pour le meilleur mode d'épuration des eaux (2).

On a eu recours tout récemment en Amérique à un autre système, celui de la filtration intermittente. La ville de Lawrence (Massachusetts), a installé, le long du Merrimac, un filtre de sable d'un hectare par lequel on ne fait passer l'eau que 16 heures par jour. Pendant les 8 autres, l'air circule librement à travers le sable et fait périr les bactéries dans une très forte proportion (3).

L'approvisionnement de Paris et de sa banlieue est depuis longtemps l'objet des préoccupations de tous ceux qu'intéresse la santé publique. Son alimentation est mixte. Dans l'impossibilité de se procurer de l'eau de source pour tous les usages, elle l'a réservée pour le service privé et se contente, pour les autres, de l'eau de Seine et de celle du canal de l'Ourcq. Elle possédait en 1890, cinq dérivations, dont trois considérables, quatre puits artésiens, vingt usines élévatoires, avec quarante-et-une machines à vapeur et vingt-deux moteurs hydrauliques représentant ensemble une force de plus de 4.000 chevaux. Depuis cette époque, elL' a fait venir à Paris, en 1893, l'eau de l'Avre qui lui a permis de distribuer liO.OOO mètres cubes de plus par jour ; elle s'apprête à y amener les sources des vallées du Loing et du Lunain qui doivent en fournir BO.OOO (4), ce qui portera à 300.000 mètres cubes la quantité d'eau de source destinée au service privé, et comme la quantité d'eau de rivière du service public s'élève déjà à 450.000 mètres cubes, et que de nouvelles prises Taugmenteront encore, on pourra disposer dans quelques années de 800.000 mètres cubes d'eau par jour.

(i) Communication de M. Hélier, ingénieur en chef de la ville^ au Conseil d*hygiène et de salubrité de la Seine, à la séance du 12 mai 1893.

(2) Le programme du concours a été inséré dans le numéro du 8 août 1894 du Bulletin municipal officiel de la ville de Paris.

(3) Cosmos^ du le** décembre 1894.

(4) La dépense prévue est de 23 millions. Dans Tcmprunt que la ville a été autorisée à contracter par la loi du 12 juillet 1894, figure une dépense de 50 millions pour cette dérivation et pour l'achèvoment de la distribution d'eau de Paris.

V. Amenée de l'eau. — Lorsque les e-aux sont captées, il s'agit de les amener en ville. Il faut souvent pour cela leur faire franchir de grandes distances. Les dérivations de la Dhuys et de la Vanne ont Tune 131 et l'autre 173 kilomètres; celle des sources de la Vigne et de Verneuil en ont 102.

11 faut également tenir compte de la différence de niveau. Si le point

de départ est plus élevé que celui d'arrivée, la pesanteur suffit pour faire parcourir à Teau la distance qui les sépare. C'est ainsi que les eaux de la Vigne et de Ve^ neuil qui émergent à une altitude de 146 à ISO mètres

Fig. 11. — Rigole en terre (d'après Bechmann).

arrivent par une pente naturelle sur le plateau de Montretout, qui n'i que 100 mètres d'élévation. Lorsque le point d'arrivé ..^ est plus haut que celui d'émergence, il faut recourir à des machines élévatoires.

Dérivations, — On désigne sous ce nom les conduites à l'aide desquelles on amène l'eau dans une ville par la seule pesanteur. Tantét les eaux cheminent à ciel ouvert, tantôt elles sont contenues dans des aqueducs couverts.

j(i..JUa Rigoles. — Le type primitif des dérivations sont les rigoles en terre ^analogues au lit naturel des rivières (fig. 11). L'exécution en est facile

Fig. 12. — Section de Taqueduc de la Dhuys (d'après Bechmann).

Fig. 13. — Section deTaquedac de la Vanne (diaprés Bechmann).

et peu dispendieuse ; mais elles ont l'inconvénient de perdre beaucoup d'eau par les infiltrations ; elles sont souillées par les corps étrangers qui tombent de l'atmosphère ou se détachent des parois et, comme elles sont soumises à l'action du soleil et du vent, elles passent par toutes les alternatives de température. Elles glacent pendant l'hiver et s'altèrent à l'époque des grandes chaleurs.

Les eaux qui cheminent dans les rigoles n'ont donc ni la fraîcheur ni

la pureté de celles qui sont amenées dans des aqueducs couverts (1). Celles-ci sont toujours limpides et ont une température constante, lorsqu'elles sont ensevelies à un mètre de profondeur dans nos pays et à deux mètres dans les climats très froids. Les eaux de la Dhuys et de la Vanne conservent, à un degré près, leur température initiale pendant leur long parcours. Les aqueducs sont construits en maçonnerie ; leur section est habituellement ovoïde à grosse extrémité comme celle de la Dhuys (fig. 12) ou circulaire comme celle de la Vanne (fig. 13).

Les questions techniques concernant le tracé et la construction de ces galeries sont du ressort des ingénieurs, il suffit à Tliygiène que les enduits soient de bonne qualité, pour que l'eau ne s'échappe pas par des fissures et que les impuretés et les herbes ne s'introduisent pas dans les conduites.

Fig. 14. — Pont du Gard (d'après Beclimann).

On se sert parfois de tuyaux en poterie ou en grès pour les aqueducs de petite dimension. On en fabrique aujourd'hui qui ont depuis 5 jusqu'à 46 centimètres de diamètre et qui sont très résistants.

Si le terrain formait toujours un plan incliné depuis le point de départ jusqu*à l'arrivée, l'aqueduc pourrait être en entier construit à fleur de sol ; mais, pour peu que la distance soit un peu considérable, on rencontre, sur sa route, des vallées et des collines. Pour traverser les premières, il faut construire un pont ou des arcades, pour franchir les secondes, il faut creuser un tunnel.

Arcades, — Les arcades constituaient le moyen le plus usité chez les anciens. La campagne de Rome en est sillonnée; on en trouve également dans tous les pays soumis à la domination romaine, et le pont du Gard, qui supportait l'aqueduc destiné à la ville de Nimes, est un spécimen devenu classique de ces monuments gigantesques qui ont résisté à répreuve des temps (fig. 14).

(1) Les eaux de la Durance sont amenées à Marseille par des rigoles qui n*ont pas moins de 81.754 mètres de longueur. Le môme système est employé pour les étangs de Versailles. (BccBMAim, loc. cit,, p. 188).

274 TRAITÉ D'HYCilÈNK PUBLIQUE ET PRIVEE.

On compte en France un grand nombre de travaux semblables et, pour n'en citer qu'un exemple, les innombrables arcades de la dérivation de la Vanne ne mesurent pas moins de 16.600 mètres do longueur.

Lorsqu'il s'agit de traverser une vallée étroite et profonde, on trouve de l'avantage à construire un pont qui se compose alors d'une seule arche ou d'une poutre métallique.

Conduites forcées. — Les progrès de la métallurgie ont permis à l'industrie contemporaine de s'affranchir de la nécessité de construire des arcades pour traverser les vallées. On se sert aujourd'hui, dans presque tous les cas, de siphons métalliques pour porter l'eau d'un coteau à l'autre, en suivant les inflexions du terrain. Ces siphons sont des conduites forcées dans lesquelles l'eau remonte contre son propre poids, sous l'impulsion de celle qui la suit, jusqu'à ce qu'elle fasse équilibre à celle-ci. Les tuyaux sont donc soumis à une pression considérable et

f ^'^T^^»^!^T'^'55r?rr.r: *^--* «••• •

Fig. 15. — Pont-siphon du Loing (d'après Bechuiann).

doivent offrir une résistance proportionnelle à l'effort qu'ils ont à supporter. Ils sont en fonte de fer ; on leur donne de ^'"jKO à 4*" de longueur ; on les réunit par emboîtement et les joints sont faits à la corde goudronnée et au plomb. Le diamètre des tuyaux de fonte va aujourd'hui jusqu'à i'",30.

Lorsque le terrain n'est pas trop inégal, on se borne à ensevelir les siphons dans le sol ; mais, lorsqu'il se présente une petite vallée très profonde, on élève les conduites au-dessus de la partie la plus basse, en les plaçant sur une substruction quelconque. Ces ponts-siphons, dont nous donnons un exemple (fig. 13), sont tantôt en maçonnerie, tantôt en métal, parfois même on fait porter le tuyau lui-même sur des piliers plus ou moins écartés.

Les siphons, en raison de la pression qu'ils supportc^nt, sont exposés aux ruptures et, comme tout accident arrête immédiatement le service, on a l'habitude, aujourd'hui pour plus de sécurité, de dédoubler la conduite et de la composer de plusieurs files de tuyaux parallèles suffisamment espacés pour être indépendants. La distribution d'eau de Naples qui ne remonte encore qu'à dix ans, présente un des plus beaux exemples de ce genre de travail. Dans la première partie dc^ son cours, l'amenée d'eau traverse deux ravins profonds dont l'un, celui des Tronti, est

L'HABlTiTION.

franchi k l'aide d'un siphon d^ 588 mètres de long, composé de quatre files de tayaux do 0",80 de diamètre (fig. 16).

Dans ta seconde partie, c'est-à-dire depuis la colline do Cancello jusqu'à Naples, elle traverse la plaine basse d'Acerra qui a près de 20 kilomètres

Fig. 16. — Siphon des Tronti.

de longueur, à l'aide d'un système de siphon dont nous donnons ci-dessous I» disposition au point de départ (fig. 17).

Les conduites forcées permettent encore de surmonter des diffîcultés d'une autre nature, de traverser un marais, un fleuve, une lagune, en se posant sur la vase du Tond ce qui, sans elles, serait impraticable. C'est par une conduite en fonte de 80 centimètres de diamètre, qu'on a fait parvenir à Venise, à travers la lagune, l'eau des bassins de Moraniani que nous avons décrits plus haut.

ajplions lie Cancello (distribution de Naples).

' Tunni^ls. — Quand le tracé d'une dérivation rencontre une colline, il faut la tourner ou passer au travers. Grâce à l'outillage moderne, les ingénieurs préfèrent en général recourir à ce d<'rnier moyen. Toutes les amenées d'eau récentes présentent de nombreux souterrains. Celle de la Durance en a 18 kilomètres, la Dhuys 12 et la Vanne 42. La section d'un souterrain ne peut pas être inférieure à l'espace qu'exige le travail d'un

TRAITÉ D'HTGIËNE PUBLIQUE ET PIllVËE.

ir, c'osl-à-diro à environ l'^jSO dp hauteur sur (V",80 de largeur et la forme ovoïde s'impose. Si le terrain est friable, on lui donne un rev^ tcment en maçonnerie: on s'en passe, s'il est dur et compact (fig. i8).

Les aqueducs de dérivation comportent un certain nombre d'ouvnifEt« accessoires que nous nous bornerons à l'-numi'rer. Ce sont les puits d'aération, les ventousex, les bondes, les vannes du vidange et d'arrêt, les rigoles de décharge, les enregistreurs de niveau, les appareils de jaugeage, etc. Leur construction est l'œuvre de l'ingénieur, il suffit à l'hygiétiisle d'en connaître l'existence et le fonctionnement.

2° Elévation de l'eau. — Lorsque le point de départ des eaux est moins élevé que leur point d'arrivée, il faut recourir à l'emploi des machines. Toutes les formes, toutes les dispositions ont été conçues et réalisées dans les siècles antérieurs au nôtre; mais, depuis la généralisation de l'emploi de la vapeur, on y a recours de préférence. Aujourd'hui, pour l'alimentation des villes, on n'emploie plus que les machines hydrauliques et les appareils à vapeur, soit concurremment comme à Paris, soit alternativement comme dans les petites localités. Ouanl au choix du moteur, k son installation, ce sont des questions qui n'intéressent pas rhygiéne.

VI. Distribution de l'eau. — L'eau, à son arrivée sur la colline qu'on a choisie pour point de départ do la distribution, est reçue dans des réservoirs qui ne i^ont pas destinés à contenir l'approvisioaneimenl de la ville, mais tout simplement à n'-gulariser la dépense, en permettant d'emmagasiner la quantité d'eau que n'absorbe pas le service quand il est nul ou réduit au minimum, comme cela arrive pendant la nuit.

1° Réservoirs. — Il faut qu'ils soient assez vastes pour contenir an moins la moitié de la consommation d'une journée; mais on ne s'en tient jamais là. L'ensemble des réservoirs dont le service des eaux à Paris dispose, renferme un approvisionnement un peu supérieur à la consommation d'une journée, et ceux de la Dhuys, à Ménilmonlant, peuvent contenir deux fois et demi le volume que peut fournir l'aqueduc coulant à plein débit. Ces grands réservoirs sont extrêmement dispendieux et l'élévation artificielle do l'eau permet de s'en passer, parce qu'un peut régler le volume d'eau élevé par les pompes sur les exigences de la consommation, arrêter leur jeu pendant la nuit et se contenter de petits réservoirs.

L'emplacement, la forme et la construction de ces grands ouvrages

Fie. iv

L'HABITATION. 2'êl

ne nous intéressent pas; mais, lorsque les hygiénistes sont appelés à énaetlpc leur avis, ils doivent demander que les réservoirs ne soient pas trop profonds pour éviter les changements de niveau et les différences de pression trop considérables, qu'ils soient couverts pour que Teau soit à l'abri des poussières et des débris de toute sorte, que les conduites de départ soient placées à une distance suffisante du fond pour ne pas entraîner la vase qui s'y dépose et assez loin de la conduite d'(»ntrée pour qu'il n'y ait pas, dans les bassins, de partie stagnante et qu'on puisse compter sur un renouvellement complet et continu. Ils doivent veiller à ce que les bassins soient vidés et nettoyés d'autant plus fréquemment que les eaux sont plus troubles ; mais, quant à la manœuvre des vannes, des bâches de distribution, des robinets et des flotteurs, ils n'ont pas à s'en occuper.

î» Canalisation. — En sortant des réservoirs, Teau pénètre dans le réseau de conduites destinées à la répandre dans la ville tout entière. Le service est dit constant^ lorsqu'elle coule incessamment, que les conduites sont toujours pleines et en pression. Lorsque Teau n est lancée dans les conduites qu'à certaines heures, il est dit intermittent. Le premier de ces systèmes est sans contredit le meilleur ; c'est le seul usité en France et sur le continent. 11 n'a qu'un inconvénient, c'est de consommer une quantité d'eau considérable par suite des fuites Inévitables dans des conduites toujours en pression et du gaspillage que facilite la possibilité de se procurer de l'eau à tout instant : mais ces inconvénients ne sont rien à côté de ceux du service intermittent.

Il n'est guère en usage qu'en Angleterre. Dans quelques villes du Royaume-Uni, l'eau n'est versée, dans le réseau, qu'à certaines heures et, dans certaines localités, qu'à certains jours de la semaine. Le plus souvent, la distribution est suspendue pendant la nuit. Dans tous les cas, chaque famille est obligée de faire sa provision au moment où l'eau coule et d'avoir pour cela un récipient où elle s échauffe et s'altèrr. Tout service rt^gulier de lavage et d'arrosage de la voie publique est impossible, avec ce système, sans parler des entraves qu'il apporte à l'extinction des incendies et à Talimentation des fontaines d'ornement. Pour toutes ces raisons, il est aujourd'hui admis en principe que, dans les distributions d'eau à créer, il faut baser ses prévisions et ses calculs sur le service constant. Il faut également s'arranger de façon à obtenir une pression suffisante pour faire monter l'eau à tous les étages. On ne peut plus se contenter d'un service de rez-de-chaussée.

Tout réseau do canalisation se compose de conduites maîtresses destinées à porter de grandes quantités d'eau et de conduites accessoires chargées de la répartir entre les conduites de service, sur l(»squelles se font les branchements qui aboutissent aux orifices de puisage. Tantôt ce réseau est constitué comme l'arbn» artérit^l par un tronc commun qui se divise en branches régulièremc^it décroissantes, il porte alors le nom de

réseau ramifié ; tantôt la canalisation se compose de conduites périphériques dites de ceinture et de conduites transversales. Leur ensemble forme un réseau maillé dans lequel Teau n'a pas de sens déterminé. Cette dernière disposition est généralement préférée, parce qu'elle répartit plus également la pression, qu'elle n'expose pas à l'interruption du service dans tout un quartier, quand un accident arrive à la conduite qui l'alimente, et qu'elle empoche la stagnation et les dépôts qui en sont la conséquence.

Le diamètre des conduites doit être en rapport avec la quantité d^eau qu'elles transportent et, comme la vitesse de l'écoulement est en raison inverse du diamètre, il ne faut ni exagérer ce dernier, ce qui expose à des dépôts, ni le trop réduire de crainte de donner lieu à des coups de bélier^ en augmentant trop la vitesse. Celle-ci ne doit pas dépasser 0",75 par seconde dans les petites conduites et 2 mètres dans les plus grosses.

On ne se sert guère aujourd'hui, pour les conduites de fort calibre, que de tuyaux en fonte de fer. Lorsque la métallurgie était encore dans son enfance, on employait à peu près exclusivement le plomb pour les tuyaux. On en coulait de 4 mètres de long et de 20 centimètres de diamètre ; il y en a môme de plus gros à Versailles. On n'y a plus recours aujourd'hui que pour les branchements de prise qui vont des conduites aux maisons, pour les colonnes montantes et la distribution intérieure. C'est le seul métal assez flexible pour s'accommoder à toutes les courbures, et comme il fond à une basse température, il est précieux pour les raccordements et les réparations par voie de soudure ; mais c'est un métal dangereux et toujours suspect aux hygiénistes. Bien que les tuyaux de plomb aient été employés pour les conduites d'eau depuis qu'elles existent (1), ils n'inspirent pas une confiance complète. On redoute surtout les conduites mixtes de fer et de plomb. Les deux métaux juxtaposés forment un couple hydro-électrique qui doit facilitiîr l'action de l'eau. Dès 1833, Bouchardat avait établi que deux métaux mis en contact sont plus vivement attaqués que quand ils sont isolés, et plus récemment M. Gabriel Pouchet a démontré le fait pour les tuyaux de fer et de plomb (2). Les petites épidémies de colique saturnine causées par l'usage des tuyaux en plomb ne se comptent plus, et M. Armand Gautier, qui a fait une étude spéciale de cette question, estime que les branchements

(li Belgrand fait remonter, d'après ISaron, à Tan de Rome 442, la construction da premier aqueduc amenant Teau dans la voie Appiennc et les conduites étaient en plomb (Comptes-rendus de rAcadémie des sciences, 20 novembre 1873). 11 en était de même dans toutes les villes anciennes. On a également employé le bois et en particulier le sapin. On trouve encore des conduites de ce genre à Londres et aux Etats-Unis. On en fait en béton de ciment, comme i^ Nice, en tôle plombée comme les tuyaux Chameroi^ en fer asphalté ou revêtu de ciinent, et enfin en grès.

(2) Ciabriel Pouchet, Rapport sur les dangers présentés par les conduites mixtes de fer et de plomb dafis la canalisation des eaux destinées à V alimentation des villes {Recueil des travaux du Comité consultatif d'ht/giéne, t. XVI, p. 289, i88&).

\ L'HABÎTAÏION. 279

en plomb qui conduisent l'eau de la rue dans nos appartements, ne doivent pas nous inspirer une sécurité absolue. Il faut remarquer toutefois que cette association du fer et du plomb pour les conduites d'eau existe à Paris et dans presque toutes les villes qui ont, depuis quarante ans, développé leur canalisation et qu'on n'y entend cependant pas parler d'intoxication saturnine. Cependant, il est prudent, lorsqu'on a une conduite de plomb neuve et sur laquelle Peau n'a pas encore formé de dépôt protecteur, de la laisser couler quelque temps avant de la boire. La même précaution est bonne à prendre quand on s'est absenté de son appartement, p(*ndant un certain temps.

Pour éviter toute chance d'intoxication, MM. Hamon en France et Haine en Angleterre, ont proposé d'étamer les tuyaux en plomb à l'intérieur ; mais cette opération en double le prix et ne donne pas une sécurité parfaite. Bouchardat pensait même qu'elle pouvait accroître le danger. « Je n'ai pas voulu, dit il, d'accord avec Bc^lgrand, encourager » l'usage, pour les conduites d'eau, de tuyaux de plomb recouverts d'une » lame d'étain. Je redouterais une attaque plus vive dans les parties » présentant des fissures » (1).

Les conduites de distribution posées sous la voie publique sont ensevelies en terre ou placées dans des galeries, ou logées dans les égouts comme à Paris. Quand on les place en terre, il faut les ensevelir à une profondeur suffisante pour qu'elles ne soient pas écrasées et que l'eau n'y gèle pas.

Les conduites doivent être pourvues de vannes et de robinets, elles doivent avoir des appareils de décharge dans les parties les plus déclives de la canalisation et des tuyaux d'évent dans les points les plus élevés ; elles doivent enfin être l'objet d'une surveillance incessante. Il s'y forme des dépôts dans les endroits où le courant se ralentit et dans les parties où il se termine en cul-de-sac ; il suffit alors du moindre changement dans la direction des filets liquides pour remuer ces petits amas de boue et troubler l'eau. D'un autre côté, les sels calcaires forment, à l'intérieur des canaux, une couche d'un blanc jaunâtre à surface rugueuse qui augmente les frottements, favorise les dépôts et gêne le jeu des robinets. Parfois même, quand les eaux sont séléniteuses, elles produisent des incrustations qui diminuent le calibre des tuyaux et finissent par les oblitérer.

L'eau n'attaque que très difficilement les tuyaux de fonte ; elle se borne à y produire un peu de rouille et prend un aspect rougeâtre et une saveur atramentaire ; mais, dans quelques cas rares, elle y produit une altération particulière qui les fait ressembler à de la plombagine ; il se produit en même lemps, à la surface intérieure, des excroissances qui vont parfois jusqu'à les obstruer. Ces tubercules ont été

(1; A. Bouchardat, Traité d hygiène puhlique et prwée, 2» édition 1883, p. 153.

observées à Grenoble, à Cherbourg, à Saint-Etionne, à Utrecht, à Boston. On n'en connaît pas bien la cause ; on sait seulement que leur formation est favorisée par la présence des matières organiques. Certaines eaui saumâtres déterminent également le ramollissement de la fonte. Il se développe parfois des végétaux et des organismes microscopiques dans les points où l'eau reste stagnante. C'est ainsi qu'à Berlin et à Lille, on a observé une véritable invasion de crénothrix ayant communiqué à Teau une couleur analogue à celle de la rouille. Cette pullulation n'est possible que dans les eaux impures et chargées de matières organiques. Notons enfin la présence de mollusques dans certaines conduites.

La mise en valeur d*un organisme aussi délicat et aussi compliqué que vcelui d'une distribution d eau nécessite l'emploi d'un personnel nombreux et bien dirigé. Les manœuvres y sont incessantes ; la moindre erreur cause des dégâts, entraîne des fuites, nécessite des réparations coûteuses et interrompt le service. Quoiqu'on fasse, il faut, comme nous l'avons dit, compter sur une perte considérable ; M. Deacon estime qu'en Angleterre, il n'y a pas plus de 30 p. 100 de l'eau d'utilisée ; il faut donc en amener le plus possible et l'économiser de son mieux.

VII. Emploi de Teau. — Le terme de la canalisation est représenté par les branchements qui conduisent aux orifices de puisage et aux colonnes montantes des maisons. Nous avons énuméré en commençant les différents emplois auxquels cette eau est destinée. La distribution pour le service public a été indiquée dans l'article précédent, celle des maisons le sera dans le prochain, et quant aux questions administratives que soulève la vente et la livraison de l'eau, l'hygiène ne doit sen occuper que pour réclamer les mesures les plus libérales. Elle doit exiger que Teau pénètre dans les plus pauvres logements, que l'abonnement soit obligatoire pour les propriétaires et, dans les villes à double canalisation comme Paris, qu'on ne puisse pas introduire dans les conduites du service privé, l'eau- de mauvaise qualité destinée au lavage et à l'arrosage de la voie publique.

§ VI. — LKS KGOUTS

Quand les eaux ont été distribuées dans une ville, qu'elles y ont été employées aux différents services que nous avons énumérés, elles sont souillées et devenues nuisibles ; il faut les évacuer le plus promptement possible et les utiliser pour entraîner les immondices. Dans les villages et souvent dans les petites villes, ces eaux impures s'écoulent à ciel ouvert et se rendent, par les ruisseaux des rues, dans le cours d'eau le plus voisin ; mais ces ruisseaux laissent filtrer les liquides dans le sol

et comme leur fond est très inégal, les matières solides s'y arrêtent et se putréfient à l'air et au soleil.

Cet état de choses est à peine tolérable dans les villages, bien que le grand air et le voisinage de la campagne tempèrent quelque peu les dangers de cette incurie, mais dans les villes, Tinfection qui en résulte est la principale cause des petites épidémies qu'on y constate si souvent.

I. Ëgouts des principales villes. — Très peu de villes de second ordre ont des égouts convenables. Il résulte d'une enquête faite en 1892 par M. Bechmann et dont j'ai déjà parlé à propos des eaux potables, que sur 588 villes de France, il n'y en a que 397 qui aient des égouts, plus ou moins imparfaits, et 18 seulement accusent l'envoi total ou partiel des vidanges dans leurs égouts. Dans beaucoup de chefs-lieux de département, il n'y en a que quelques tronçons sans écoulement, souvent encombrés de tessons, de cailloux, de détritus de toute espèce et pleins d'une boue noirâtre, qui infecte l'atmosphère, en attendant qu'une pluie torrentielle vienne l'emporter.

Il n'existe de véritables égouts que dans les grandes villes, et encore sont-ils le plus souvent insuffisants. La plupart de celles du Midi en ont de déplorables. J'ai déjà parlé, sous ce rapport, de Marseille, de Toulon et des efforts qu'on fait pour les assainir. Toulouse n'a que 22 kilomètres d'égouts qui se rendent à la Garonne et sont très mal construits. Lyon n'a guère que le tiers de son réseau de terminé. Bordeaux n'a que 52 kilomètres d'égouts pour 220 kilomètres de rues ; Rouen, 12 kilomètres d'égouts pour 160 kilomètres de rues; Le Havre, 37 kilomètres sur 119; Saint-Etienne, 37 kilomètres; Mulhouse, Rennes, Arras, Limoges, Montpellier, Nîmes, Cette, Carcassonne sont encore plus mal partagées.

Paris possède le réseau le plus complet et le mieux entretenu de France. Il le doit à Belgrand, comme sa canalisation d'eau de source. Son réseau avait, au 31 décembre 1891, 913.406 mètres de longueur, il lui en reste encore 126.594 mètres à construire pour atteindre le chiffre de 1.040 kilomètres fixé par le projet de Belgrand, mais il faut espérer que ce travail va marcher rapidement, car la ville a consacré à l'achèvement de son réseau d'égout 35.200.000 francs sur les 117 millons qu'elle a été autorisée à emprunter au mois d'août 1894. Le système des égouts publics est complété par environ 400 kilomètres de branchements particuliers. La longueur totale du réseau dépasse le plus grand diamètre de la France. Il a pour base trois grands collecteurs : 1® celui d'Asnières qui va déboucher dans la Seine à côté et en aval d'Asnières ; 2** celui de la rive gauche qui part de la Bièvre qu'il absorbe, longe le quai, franchit la Seine au pont de l'Aima, par un siphon d'un mètre de diamètre, et va rejoindre le précédent, non loin de son débouché ; 3° le collecteur départemental qui se développe au pied des coteaux du Nord-Est, sort d^ ParU par la porte c|e la Chapelle et va rejoindre l^ Seine à Saint-

Denis. Ces trois collecteurs reçoivent tous les égouts secondaires. Ceux-ci sont de quinze types différents et charrient les eaux-vannes, les liquides des urinoirs, les vidanges d*un certain nombre de maisons et d*établissements publics. Ils renferment de plus les conduites d'eau, les fils télégraphiques et téléphoniques, ainsi que les tubes pneumatiques dans lesquels circulent les cartes-télégrammes.

Ce magnifique réseau a ses imperfections. Elles proviennent de ce que toutes ses parties n'ont pas été construites à la même époque. 11 en résulte des disproportions de calibre, des différences de niveau, des pentes insuffisantes qui en rendent le nettoyage difficile. Ces défauts se corrigent tous les jours ; mais il faudra encore bien des années avant qu'il fonctionne aussi bien que les réseaux, construits d'un seul coup et d'après un plan d'ensemble, comme ceux de Londres et de Berlin par exemple.

Londres avait, il y a quarante aps, des égouts déplorables. Il sortait de la Tamise des exhalaisons empestées. En 1856, on entreprit de l'assainir. Les travaux ont été dirigés par Bazalgett. Le réseau actuel a 800 kilomètres de longueur et il en aura 1,100 lorsque les travaux seront terminés. Il se compose de cinq grands collecteurs (trois pour la rive gauche et deux pour la droite). Leur développement total est de 132 kilomètres. Ils ont de {"^,^0 à 3*^,10 de diamètre et toutes les conduites accessoires viennent y aboutir. Ils reçoivent tous les produits liquides, toutes les déjections de la plus grande ville du monde et vont les déverser, dans la Tamise, à 30 kilomètres au-dessous de Londres, à Barking-Creek et à Crossness-Poinl. En cet endroit, elle a 700 mètres de largeur; les eaux d'égout sont noyées dans la masse énorme de celles du fleuve que le jeu des marées agite incessamment (1).

Berlin, dont la population a décuplé depuis un siècle, a subi la même transformation depuis 1873. Le réseau commencé à cette époque, a été rapidement terminé. Sa disposition est différente de celle de Londres et de Paris. On a adopté le système dit radial, La ville a été divisée en cinq segments ayant chacun leur collecteur. Ceux-ci reçoivent tous les égouts accessoires, amènent les eaux-vannes et les déjections à* cinq usines élévatoires, qui les refoulent dans les conduites, par lesquelles elles parviennent aux champs d'épuration situés au nord et au sud de Berlin (2).

Dantzig et Breslau ont subi des transformations analogues. On y a également appliqué le système du tout d Cégout^ et la mortalité y a diminué de plus d'un quart (3).

(1) A. Dorand-Claye, Situation de la question cfes eaux (Végoyt m France et en Angleterre (Annales des ponts et chaussées, février 1873).

^2) A. Proust, Les champs d'épuration de Berlin [Revue ft' hygiène et de police sanitaire, 1888, t. X, p. 281;.

(3) Durand-Claye, Les travawc d'assainissement de Dantzig (Revue d'hygiène, 1881. t. III, p. 10). - Les travaux d*assainissement de Breslau (Revue d'hygiène, 1881, t. III, p. 112).

Le réseau de Bruxelles est une combinaison de ceux de Paris et de Londres. Il se compose d'un émissaire de cinq kilomètres de longueur divisé dans la traversée de la ville en deux branches parallèles, prises dans le même massif de maçonnerie. Les travaux datent d'une trentaine d'années (1).

L'Autriche n'est pas aussi avancée que TAllemagne. A Vienne, la question des égouts a moins d'importance, parce que les eaux du Danube emportent tout dans leur cours rapide. Un projet récent prévoit pourtant un canal collecteur sur la rive droite. 11 ira de Wissdorff à Simmering et coûtera 12 millions de francs (2).

L'Italie est également en voie de transformation sanitaire. Rome ne se contente plus de ses égouts remontant aux Tarquins ; elle a développé sa canalisation et l'a reliée à deux grands collecteurs placés sur les deux rives du Tibre et sous ses quais récemment construits (3).

Turin a commencé son réseau en 1726 sous le règne de Victor Amédée II. Il a maintenant 35 kilomètres d'égouts. Ils reçoivent eaux-vannes et déjections et versent leur contenu dans le Pô et dans la Doire. Milan en est encore aux canaux à ciel ouvert qui remontent à 1176 et ont été à peine améliorés en 1457. Ils vont se rendre dans la Vetabbia qui conduit les eaux par un canal tortueux sur des prairies qu'elles fertilisent (4).

Nous avons parlé des travaux qui sont en cours d'exécution à Naples et qui en feront une ville de premier ordre au point de vue de la salubrité, s'ils répondent à la belle distribution d'eau que nous avons décrite. Le projet prévoit en effet un magnifique réseau d'égouts destiné à tout recevoir. Le tout à Végout est déjà appliqué à Coni, il est à l'étude à Florence, à Bologne, à Brescia, à Palerme, à Messine, à Catane, etc.

L'Espagne et le Portugal n'ont pas encore suivi le mouvement qui entraine l'Europe dans la voie du progrès sanitaire. Quant à la Turquie, le sultan a fait un effort dans ce sens lors du choléra de 1892. Il a consacré une forte sommet à l'assainissement de Constantinople. On a répandu le phénol à flots dans le réseau très imparfait de la ville ; mais le grand égout de Kassim-Pacha continue à rouler, sous un soleil de plomb, la boue noire et fétide provenant des déjections et des immondices de toute sorte qui tombent des masures surplombant cet affreux ravin. Sur ce flot fangeux nagent des cadavres d'animaux sans nombre, et il s'en exhale une insupportable odeur de putréfaction et de vidange.

Aux États-Unis, la question des égouts a reçu les solutions les plus

(1) Charles Terrier, Etude sur les égouts de Londres, de Bruxelles et de Paris, Paris, 1878, p. 17.

(2) C ZuBER, L Exposition d'hygiène à Berlin (Revue d hygiène, 1883, t. V, p. 738).

(3) Jacinthe Pacchiotti, Note sur les avantages du système du tout à Végout, Paris,

(4) JadnUie PACCUom, Note sur Us avantages du tout à Ngout, Paris, 1889.

variées. Toutefois les systèmes qui ont prévalu sont ceux qui se recommandent, par la simplicité de l'exécution et par Téconomie.

U. Disposition générale des égouts. — Nous avons déjà indiqué les principales dispositions qu'on peut adopter, lorsqu'il s'agit de créer un réseau d'égouts de toutes pièces. Dans les villes traversées par un fleuve comme Paris, on établit sur chaque rive un ou plusieurs collecteurs qui reçoivent les égouts accessoires. Pour celles qui se composent d'une série de vallons, comme Marseille, on établit dans chacun d'eux un égout principal qui va déboucher dans un collecteur unique, lequel se rend à la mer ou sur des champs d'épandage ; enfin les villes situées en plaine comme Berlin, à défaut de pente naturelle, peuvent adopter le système radial avec une usine élévatoire pour chaque secteur.

Fig. !9. — Section du collecteur d'Asnières (d'après Bechmann)

Fig. 20. — Section de l'égdut de la rue de Rivoli (d'après Bechmann\

1** Pente, — Quelle que soit la disposition du tracé, il faut que les canaux aient une pente suffisante pour que les liquides y circulent avec une vitesse de 1"*,I5 par seconde dans les petits, 1 mètre dans les moyens et de 70 centimètres dans les grands. Les pentes les plus favorables sont comprises entre un et trois centimètres par mètre. Les sables commencent à se déposer quand la déclivité du radier est inférieure à 15 millimètres, les vases, quand elle s'abaisse à cinq, et les dépôts se forment rapidement quand elle tombe au-dessous de trois. Un excès de pente supérieure i trois centimètres rend le radier glissant, et au-dessus de cinq, il devient impraticable pour les ouvriers. On éprouve des difficultés considérables pour ménager des pentes suffisantes dans les villes dont le sol a partout le même niveau ; mais elles sont trop techniques pour nous y arrêter.

La disposition des égouts est toujours commandée par le tracé des rues. Celles qui sont larges en ont un sous chaque trottoir; dans les rues étroites, il n'y en a qu'un qui suit le milieu de la chaussée et reçoit, de chaque côté, les embrançhenients qui lui viennent des maison?.

3ft5

Sh Forme et dimensions. -* La forme arrondie est celle qui oonvienl le nieux pour résister à la pression latérale des terres, à la pression

Fig. 21. — Section d'un égout du type n» 12 bis (réseau de Paris).

verticale du remblai, et pour rendre la vitesse de l'écoulement uniforme, malgré les variations du débit ; aussi les sections des égouts modernes

sont-elles généralement circulaires ou ovoïdes (fig. 19

Ffg. 22. — Section de la cuvette de Tégout du type

n* 12 bit.

et 20).

La forme circulaire est préférable pour la résistance, la section ovoïde, à grosse extrémité supérieure, donne une surface mouillée plus avantageuse dans les faibles débits (fig. 21 et 22).

La dimension des égouts varie suivant les villes et le système adopté. A Paris, il y en a aujourd'hui 15 types (1). Les égouts des

maisons ont, en général, moins de 50 centimètres, ceux des rues n'ont jamais moins d'un mètre. Les collecteurs de rue ont 2°',30 de hauteur

(i) Voyer tableau des égoata aa 34 décembre 1891 (Annuaire statistique de la ville de Paru, 1893, p. 94, 95).

sur 1«,30 de largour ; le grand collecteur a 4™,40 de hauteur sur 5»,60 de largeur. 11 est par conséquent plus grand que la cloaca maxima de Rome qui n'a que 4'",25 de diamètre.

3° Matériaux, — Les égouts sont faits en maçonnerie de pierre ou de briques, en tuyaux de grès, de poterie et parfois de métal. A Paris, tous les égouts sont en maçonnerie et faits avec de la meulière et du mortier de ciment à prise rapide. La paroi intérieure est recouverte d'un enduit lisse sur tout le pourtour, y compris la voûte. On a adopté, en France, le principe de Tétanchéité complète et on Tobtient. Il se produit même un fait assez curieux que Wibel a constaté. Lorsque les égouts ne sont pss complètement imperméables, Teau du dehors y pénètre, mais l'inverse ne se produit pas et, autour de canaux, qui servent depuis vingt-cinq ans, on n'a pu, ni par la vue, ni par Tanalyse, déceler la moindre souillure du sol. Wibel explique cette anomalie apparente par un phénomène physique qu'il a également découvert ; c'est que, lorsque deux liquides sont séparés par une membrane, si l'un des deux est en mouvement, c'est l'autre qui va vers lui (i). Les canaux construits en briques et en ciment, comme on les fait en Allemagne, ne sont pas étanches au début, mais ils le deviennent au bout de quelques années. Le fait a été constaté par Wolffhûgel pour les égouts de Munich. Ceux qu'on fait à Paris, en maçonnerie et en béton sont, non seulement imperméables, mais capables de travailler en pression comme des tuyaux de métal.

A Londres, le tiers du réseau est constitué par des conduites en grès émaillé ou en métal. En Allemagne, on emploie presque partout les tuyaux en poterie. A Berlin, les collecteurs seuls sont en briques. A Dantzig, à Breslau, il en est de môme ; enfin le système Waring dont nous parlerons plus loin, n'emploie que des conduites en terre vitrifiée de 6 à 20 pouces de diamètre. Les tuyaux en poterie réalisent une économie considérable et font un bon service, quand il n'y a pas de très grandes masses d'eau à éconduire. M. Masson, inspecteur de l'assainissement de Paris, a proposé, en 1887, un système d'égout basé sur l'emploi presque exclusif de conduites de ce genre (2).

4° Ouvrages accessoires. — La plupart des égouts qu'on perce aujourd'hui en France sont visitables. Tout le réseau de Paris est dans ce cas. Il n'en est pas de même de ceux de Londres et de Berlin. A Londres les collecteurs seuls sont accessibles.

On descend dans les égouts à l'aide de regards ou de trous d'hommes. Ce sont des puits verticaux qui donnent accès dans les galeries souterraines. Ils s'ouvrent de distance en distance sur les trottoirs et sont

(l Jules Arnould, Nouveaux éléments d'hygiène, 2« édition, Paris, 1889, p. 742.

(2) Louis Masson, Quelques indications sur l'assainissement des villes (Comptes-rendvs (le rAssociatioii française pour ravancemcnt des sciences, Mi* session, 1887, 2* partie, p. 1027). — Conférences sur les villes assainies (Compte-rendu du 4« Congrès proTineiil des architectes, Toulouse, 1888, brochures avec atlas).

recouverts par une plaque de fonte pleine ou à jours qui sert de tampon. Lorsqu'ils sont ouverts, on entoure rentrée du puits d*un garde-corps mobile et on y place un gardien pour prévenir les passants.

Indépendamment de ces ouvertures habituellement fermées, il en est d'autres qui sont constamment ouvertes et destinées à donner accès à l'eau des ruisseaux ; ce sont les bouches âHégout, Ces larges fentes, placées sous la bordure du trottoir, communiquent avec la galerie souterraine par un branchement cimenté dont la pente doit être suffisante pour que les ordures et les sables y soient entraînés rapidement par 1 eau des ruisseaux. Pour retenir les corps volumineux, on les garnit à Berlin d'une grille mobile autour d'un axe et située à 18 centimètres en contre-bas du trottoir. A Paris, on a pris une disposition analogue pour les Halles centrales où les débris végétaux sont très abondants. Au-dessous de chaque bouche d'égout est appendu un panier en tôle percé de trous, qu'une trappe mobile permet d'enlever facilement et qu'on vide tous les jours.

Un réseau d'égouts complets et bien établi coûte des sommes énormes, et son entretien est très dispendieux. Celui de Londres a coûté 180 millions. Le grand collecteur de Paris revient à 300 francs le mètre courant ; les égouts de 2°*,30, à 100 et 120 francs le mètre ; les plus petits, à 80 fr. en moyenne; ce qui fait plus de 100 millions pour le réseau tout entier; mais l'hygiène n'exige pas qu'on puisse se promener dans les égouts en bateau ou en wagon, et y faire des parties de plaisir. Il suffit qu'ils aient les dimensions nécessaires pour laisser passer la masse de produits qu'ils doivent éconduire, qu'ils aient des pentes suffisantes, qu'ils soient lisses, étanches et bien entretenus. On peut obtenir ce résultat sans dépenses exagérées, surtout en ayant recours aux tuyaux en poterie. Le réseau de Dantzig n'a coûté que 2.625.000 francs, celui de Breslau, 2.500.000 francs, et les grandes villes de France peuvent supporter aisément de pareils sacrifices.

lU. Nettoyage des égouts. — Quelque bien fait que soit un réseau, il est impossible qu'il ne se produise pas des dépôts dans quelques points de son étendue. Les matières que charrient les eaux flottantes sont : l"* des corps flottants de toute sorte qui suivent le fil de l'eau ; 2"^ des boues ou vases très légères qui se tiennent en suspension tant que l'eau est agitée ou animée d'une vitesse de 15 à 30 centimètres par seconde ; 3* des sables fins qui se déposent immédiatement, mais qui sont entraînés quand la vitesse acquiert 30 centimètres; 4'' enfin des sables et des cailloux qui exigent, pour être mis en mouvement, une vitesse de 30 à 60 centimètres. Les parties lourdes, formées de sables mêlés de pierres et de cailloux dans lesquelles viennent s'enchevêtrer d'autres matières, finissent par constituer de véritables bancs d'immondices (1).

(1) Rapports et avis de la Commission d'assainissement de Paris, instituée par le Ministre

Les ingénieurs classent tous ces dépôts en trois catégories, les fumien qui sont plus légers que l*eau, les vtuès qui ont à peu près la même densité qu'elle, les sables provenant de l'usure des chaussées qui ont une densité à peu près double. Les sables sont les plus difficiles à enlever et c'est là ce qui rend le réseau de Paris si coûteux à entretenir. Il reçoit en effet une quantité considérable de sable provenant du macadam. M. Humblot en estimait, il y a dix ans, la quantité à 80.000 mètres cubes par an ; mais elle diminue depuis lors par la substitution progressive da pavage en bois au macadam.

Les sables sont une cause d'insalubrité par l'encombrement qu'ils causent. Les eaux souillées, ainsi retenues, laissent déposer les matières fétides qu'elles tiennent en suspension, et les sables eux-mêmes s'en imprègnent. L'encombrement qu'ils causent se produit au moment des orages et surtout pendant les crues de la Seine (i). En i883, la commission de l'assainissement de Paris demanda qu'il fut placé 2.000 réser* voirs mobiles sous les bouches d'égouts pour diminuer la quantité de sable à extraire.

i* Curage. — Pour entraîner les dépôts formés dans les égouts, on a deux moyens : le premier consiste à y opérer des chasses à l'aide d'un courant d'eau qui entraine tout dans son tourbillon ; le second, à enlever les dépôts à la main ou à les pousser jusqu'au bout du ruisseau à l'aide d'appareils spéciaux.

Les chasses s'opèrent soit à l'aide des eaux d'égout qu'on retient pir des barrages, soit par l'ouverture brusque d'un réservoir alimenté par l'eau de la distribution, soit enfin par le jeu de réservoirs automatiques. La Commission de l'assainissement de Paris décida qu'il serait établi des réservoirs de cettp sorte en tète et le long des égouts, à des distances maxima de 250 mètres. On en mit immédiatement 800 en service. Ils contiennent chacun dix mètres cubes d'eau fournis par le service public et se vident automatiquement toutes les vingt-quatre heures. On y dispose à la fois deux appareils distincts. L'un (fig. 23) se vide de lui-même, lorsque le niveau de l'eau s'élève assez haut pour amorcer le siphon; l'autre présente une petite vanne que les égoutiers ouvrent pour s'aider dans leur travail (fig. 24).

Les chasses ne suffisent pas toujours pour entraîner les sables et les matières adhérentes, il faut alors recourir à des moyens plus directs.

Les égouts trop petits pour laisser passer un homme, se ramonent

de ragricuUurc et du commerce, par arrôté en date du 28 septembœ 1880* en Yue d*étiicUer les causes de rinfection signalée dans le département de la Seine, ainsi que les moyem d*y remédier, Paris, 1883, p. 49.

(i) M. Humblot a vu, lors d'une crue survenue en 1882, un dép6t de 40 à 30 cenUmètrei de vase se former sur les banquettes du collecteur d'Asnières. La quantité de sable accumulée dans les collecteurs et leurs affluents s'élevait à 20.000 mètres cubes II fallut desi mois et demi de travail pour remettre le réseau dans son état normal, et cela coûta 85.000 francs (Léon Colin, article Paris^ du Dictionnaire Encyclopédique).

comme les cheminées avec des brosses, des rabots portés sur une longue t^; les autres se nettoient à la pelle et au balai, et les dépôts sont emportés par des wagonnets ou par des seaux qu'on remonte par les regards et qu'on vide dans des tombereaux. Les égouts de grande dimension sont curés par des vannes-mobiles portées par des bateaux en fer, par des wagons-vannes ou des wagonnets ; les égouts moyens sont nettoyés par des brouetlea-mitraillemes qui portent la vanne ; dans les

petits, celle-ci est placée au bout d'un manche et prend le nom de mitrailleuse. Le double siphon du pont de l'Aima est nettoyé par une boule en bois qu'on abandonne au fil de l'eau et qui, poussée par celle-ei, chasse devant elle les sables jusqu'à l'autre extrémité.

Les dépôts arrivent dans les collecteurs poussés par les vannes et pourraient être conduits par elles jusqu'à leur débouché; mais, pour diminuer la distance à parcourir, on a ménagé de distance en distance des réservoirs d sable formés de deux bassins accolés et mis alternativement en service (fig. S!5). On vide l'un pendant que l'autre se remplit.

Le curage s'opère deux fois par semaine dans les collecteurs et les grands égouts.

2' Ventilation. — Tout le monde est convaincu aujourd'hui de la nécessité de renouveler l'air des égouts pour empêcher le méphîtisme. On a pourtant prétendu le contraire. Cornfield a soutenu que des égouts bien construits n'ont pas besoin d'être ventilés, et qu'on peut impunément fermer les bouches et les orifices des rues. Il suffit de sentir l'odeur qui s'exhale de ceux de Paris, lorsqu'on lève la plaque d'un regard, poor se faire une idée de ce qui se passerait si on les tenait toujours clos.

L-'air des égouts ne diffère pas sensiblement de la normale par sa composition chimique. Il renferme un peu moins d'oxygène et d'azote, Traité d'h^fiène publique ol privte. 11»

290 TRAITÉ DHT61ÉNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.

et un peu plus d'acide carbonique (1) ; mais il est imprégné de gaz délétères. La Commission de l'assainissement de Paris y a trouvé de l'ammoniaque, de l'acide sulfhydrique et du sulfhydrate d'ammoniaque, à l'état libre, mais en très petite quantité. Des papiers imbibés d'un sel de plomb, mouillés et tenus à la main, pendant une visite de trois heures, n'ont éprouvé qu'une légère modification dans leur teinte. Cela tient à ce qu'une partie de l'acide sulfhydrique s'oxyde dans l'air humide, et que le reste se dépose sur les parois et sur les tubes métalliques imprégnés d'eau que renferment les égouts. Ce qui le prouve, c'est que le papier de plomb mis en contact avec les gouttelettes de liquide qui couvrent ces tuyaux, brunit immédiatement.

L'air des égouts est très pauvre en microbes. M. Miquel a démontré qu'on peut évaporer, jusqu'à siccité, de l'eau chargée de matières organiques en putréfaction, sans qu*un seul des micro-organismes quelle renferme passe dans l'atmosphère L'air des égouts, toujours humide, n'en contient que très peu. M. Miquel en a trouvé 880 par centimètre cube dans celui de la rue de Rivoli (2). Fut-il sec qu'il en serait encore de même. Wernich a prouvé qu'il n'existait pas de courant d'air assez fort pour enlever à des amas de micro-organismes compacts et desséchés des germes reproductibles (3). Les expériences faites à Londres ont donné des résultats semblables. Le professeur Koch n'a trouvé qu'une ou deux bactéries dans cinquante ou soixante litres d'air pris, dans un collecteuri près de la porte de Postdam. Soyka, de son côté, a démontré depuis longtemps la pauvreté en organismes de l'air des égouts. Les microbes qui se trouvent dans l'eau courante y restent et ceux qui sont contre les parois y demeurent accolés par l'humidité (4). Le professeur Poîncaré, de Nancy, a pourtant trouvé des quantités notables de bactéries dans l'air des égouts de cette ville. Les chiffres qu'il produit dans son mémoire (5) oscillent entre 48.456 bactéries pour un litre d'air pris dans l'égout de la rue Stanislas et 2.401 par litre d'air pris dans celui de la rue Charles IIL En somme, si l'air des égouts n'est pas aussi dangereux

(1) L'air des égouts de Londres a donné à l'analyse 18.79 d'azote, 20.71 d'oxygène et 0.5i d'acide carbonique Erismann a trouvé comme moyenne d'un grand nombre d'analyses ayant porté sur de l'air pris dans difTérents égouts de Londies, dans ceux de Piddîngton et de Munich, 0.352 pour 100 d'acide carbonique, pour maximum 0.522, pour minimum 0.106.

(2) Miquel, Etude générale sur les bactéries de l'atmosphère (Annuafre de Montsouris pour l'année 1881. p. 40, 56)

(3) Wernich, Die Luft als Tri^gerin Enlwkkeiungs fahigcr Keine { Virchow^s Archiv.^ t. LXIX, p. 824).

(4) CoBNiL, Rapport fait au Sénat au nom de la Commission chargée d'examiner le projet de loi ayant pour objet l'utilisation agricole des eaux d'égout de Paris et l'assainissement de la Seine, Paris, 1888, N» 108, p. 2S

(5) PoiNCARÉ, Etude sur les circonstances gui peuvent faire varier la richesse des égouts en microbes et leur action nocive {Revue d'hygiène et de police sanitaire^ 1889, t. XI, p. 894).

qu'on pourrait le croire, il est cependant important de le renouveler, ne fût-ce que pour les odeurs qu'il répand.

Tout le rnonde a remarqué la buée infecte qui s'échappe, par les temps secs et froids, des égouts sans courant sérieux ; il n'en sort pas des canaux où Teau circule abondamment, et cela tient à ce que le courant liquide détermine un courant de mémo sens dans Tair qui le surmonte. Cette question a été posée par la neuvième réunion des hygiénistes allemands qui s'est réunie à Vienne le 15 septembre 1881. Le docteur Rozsahigyi qui lui avait déjà consacré un important article dans le Journal de Pettenhofer (1), l'y a traitée de nouveau. Ses recherches avaient porté sur les nouveaux égouts de Munich. Les observations avaient été faites à l'aide de l'anémomètre d'une part, et de l'autre en dégageant de rhydrogène sulfuré dans un égout et en suivant sa marche, à l'aide de l'odorat et du papier réactif. Ces deux genres de recherches ont donné le même résultat. Elles ont démontré l'existence du courant d'air suivant la marche du liquide et montré que l'air se dirige habituellement de la rue vers les maisons et que, lorsque deux conduites de maisons sont très rapprochées, l'air y circule en sens inverse, descendant dans l'une et montant dans l'autre. Lissauer, à la suite d'expériences faites en 1879 à Dantzig, a constaté au contraire que le courant d'air marchait des maisons vers l'égout (2). Lindley (de Francfort-sur-le-Mein) a observé un courant ascendant dans les conduites, mais cela n'a rien de surprenant, puisque le réseau de cette ville a une pente très forte et se termine à sa périphérie, par une série de tours de ventilation.

Les gaz qui sortent des égouts sont-ils aussi malfaisants qu'on le pense! Bouchardat professait qu'ils sont plus désagréables que malsains (3). Cette opinion a été fortement combattue en Angleterre. C'est la patrie de Murchison qui fait jouer un rôle prépondérant aux gaz délétères dans la production des maladies zymotiques et en particulier de la fièvre typhoïde.

La doctrine de la nocivité des gaz d'égout, sewer gases theory^ a été défendue par Drysdale au Congrès d'hygiène de 1878, et par M. Gueneau de Mussy à l'Académie de médecine de Paris. Elle a été combattue au Congrès des hygiénistes allemands par des observateurs appartenant à l'école d'hygiène pratique de Munich. Le docteur J. Soyka notamment s'était chargé de réfuter les arguments de Buchanan qui qualifie la fièvre typhoïde de fièvre des égouts [sewer fever)^ et il a conclu de ses

(1) Veber Die Lufrœwegung in den Mùnchener Sieien (Zeitschri/t fur Biologie. i XXV, 1881. p. 23).

(2) Ueùer Bas Eindrigen von Canalgasen in die Wohraume {Deutsche Vierteljahrsschri/t fur Ôffentliche GesundheitspfUge^ l. XIII, p. 346, Ana'yse dans la Revue d'hygiène^

1882. t. IV, p. 345).

(3) A. Bouchardat, Traité d'hygiène publique et privée basée sur Vétio/ngie^ Paris,

longues recherches, que la démonstration positive d'un rapport de cause à effet entre les gaz d'égouts et la propagation des maladies épidémiques n'est pas faite. C'est également la conclusion à laquelle est arrivée le docteur Zuber (i).

Quoi qu'il en soit, il faut empêcher les gaz d'égout de remonter dans les maisons en protégeant celles-ci par des occlusions aussi parfaites que possible, et il faut neutraliser leur influence sur l'air des rues par une bonne ventilation. Elle s'opère d'elle-même dans les villes qui possèdent un réseau en bon état et bien entretenu ; mais, dans les autres, il faut recourir à un moyen artificiel. Dans certaines villes on place, sur les points les plus élevés du réseau, des cheminées d'appel munies de fourneaux sur lesquels se brûlent les matières oi^aniques et les gaz combustibles. En Angleterre, on a remplacé les fourneaux par des appareils mécaniques. En 1870, il y avait, à Liverpool, 1.200 tours en fer de cette sorte, munies d'une vis d'Archimède. Parkes et Sanderson en ont constaté les bons effets à l'aide de l'anémomètre. A Penzancc on ventile les embranchements à l'aide de tuyaux d'évent, indépendants des tuyaux de chute qui sont munis de syphons hydrauliques. Les ingénieurs américains simplifient ce système en supprimant le syphon, ce qui fait da tuyau de chute un tuyau d'évent ; enfin on a proposé de produire un fort courant d'air dans les égouts, à l'aide de ventilateurs mécaniques

Tous ces moyens artificiels n'ont produit que de médiocres résultats et n'ont pu prévaloir sur la ventilation naturelle qui s'effectue par les bouches d'égout lorsqu'elles sont bien disposées et suffisamment multipliées.

rV. Eaux d'égout. — Les eaux d'égout, le sewage anglais, représentent la réunion de tous les liquides et d'une partie des solides impurs que produit une ville. Même dans celles qui ne pratiquent pas le tout à l'égout, les eaux renferment les excréments des animaux, les liquides des urinoirs et les matières fécales qui y sont jetées clandestinement par les vidangeurs. Cette petite quantité d'excréments est tellement diluée dans la masse énorme des eaux qu'emportent les collecteurs qu'elle n'en augmentent pas notablement la souillure. La composition chimique des eaux des villes qui pratiquent le tout à l'égout ne diffère pas sensiblement de celles des localités qui ont des fosses fixes. Fried Sander a dressé le tableau de 15 villes anglaises à fosses fixes et de 16 à waterclosets, et la proportion des matières dissoutes dans leurs eaux d'égout est à peu de chose près la même (2). Les eaux que Londres, où l'on

(i) ZuBEft, Des gaz d'égout et de leur influence sur la santé publique {Revue cTAygiène^ 1881, t. 11 1, p. 648). — De l'influence pathogénique des gaz d'égout {Revue cTh^' giène, L IV, p. 41 0:.

'2) Arnould, Nouveaux éléments d'hygiène {loc. ci7.), p. 572.

pratique le tout à l*égout, verse dans la Tamise, ressemblent beaucoup à celles que le collecteur d'Asnière jette dans la Seine (1).

!• Volume et propriétés physiques, — La quantité d*eau que charrient les égouts est toujours de beaucoup inférieure à celle; que reçoivent les villes. A Paris, les collecteurs en éconduisent chaque jour de 250.000 à 260.000 mètres cubes représentant environ 70 p. 100 de l'entrée en ville. A Londres, pour une population d'environ 4 millions d'habitants, on admet un volume de 400.000 mètres cubes, soit 100 litres par tète. Cette quantité varie suivant la saison, l'heure du jour et les circonstances telles que la sécheresse, les« pluies, les orages. En somme on admet qu'elle varie entre 100 et 150 litres par habitant, pour les villes ordinaires et qu'elle s'élève à peu près au double, dans les cités industrielles (2).

Les eaux d'égout sont troubles et grisâtres dans les collecteurs, noirâtres dans les petites conduites et quand elles sont stagnantes. Elles se recouvrent alors d'une écume que traversent de grosses bulles de gaz et qui est très riche en matières grasses. Traitée par l'éther après avoir été desséchée, elle lui en cède jusqu'à 10 p. 100 (3).

La densité des eaux d'égout varie de 1.005 à 1.002, dans les collecteurs qui représentent la synthèse de toutes les eaux-vannes de Paris. Leur température ne descend jamais au-dessous de -j- 4^" et ne s'élève jamais au-dessus de + 20<».

J? Analyse chimique, — D'après les examens faits, depuis de longues années dans le laboratoire des ponts et chaussées, elles contiennent par mètre cube, au moment où elles arrivent dans la Seine (4).

Axote 45 gr. j

Autres matières combustibles ou volatiles (orga- \ 723 gr.',

niques en grande partie) 678

Acide phosphorique 1^

Potasse 37 ) ;2.908gr.

Chaux 401

Magnésie 223

Résidu insoluble dans les acides (silice spécialement) 728

Matières minérales diverses 893 •'

H. Charles Girard, directeur du laboratoire de la préfecture de police,

(1) Voyez Tanalyse comparative faite par Frankland, dans le rapport de M.M. Schlœ^ing •i Durand-Claye au Congrès intemationa/ rf hygiène, tenu à Paris en 1878. (Compte-rendus da Congrès, t. 1, p. 310).

(2) ScHLCESiifG et Durand-Clate, Rapport au Congrès international d'hygiène (loc. cit . (Compte-rendus, t. I, p. 308).

(3) WiiRTZ, Etudes chimiques sur les eaux d'égout (Rapport de la Commission d'assainissement de Paris).

(4) SCHLŒSUIG et Dorard-Clatb (loc. cit.), p. 308.

en distillant Teau des égouts de Paris et en essayant le produit au moyen du réactif de Nessler, a trouvé, par litre, en moyenne (1) :

Ammoniaque libre 8 gr. 0214

Ammoniaque albuminoïde 0 0018

Permanganate de potasse réduit 2 5000

Le dosage des sulfures par la liqueur d'iode titrée a donné par litre 0«f%0009 d'hydrogène sulfuré. Les nitrates, dosés par Taluminium en présence de la soude, ont donné après réduction en vases clos 0*^,0009 pour Tammoniaque correspondant aux nitrates. Le métaphénylène dianime a déidé de faibles traces de nitrites.

Les eaux d'égout sont, comme on le voit, très riches en matières organiques. Les deux tiers environ des matières qu'elles contiennent sont solides et formées de sables ou de débris enlevés à la voie publique; les substances dissoutes formant le troisième tiers renferment la moitié de l'azote et des matières organiques, ainsi que la presque totalité de la potasse. Les eaux de Londres sont moins chargées de matières solides que celles de Paris et plus riches en azote (2). Gela s'explique par la présence des sables provenant du macadam dans la deuxième et des matières de vidange en plus grande quantité dans les autres.

3® Analyse bactériologique, — Les eaux d'égout, d'après le professeur Cornil, renferment environ 80.000 bactéries par mètre cube. La plupart sont inoffensives. Lorsqu'un égout est bien ventilé, ce sont les microbes aérobies qui prédominent ; dans les égouts soustraits à l'air, ce sont les microbes anaérobies\ les fermentations qu'ils déterminent ont pour résultat le dégagement d'ammoniaque et la formation de sulfures.

Le professeur Poincaré, dans les recherches que nous avons citées plus haut, a trouvé pour maximum 93.120 microbes par centimètre cube dans l'eau de l'égout de la rue de la Boucherie à Nancy, et pour minimum 4.166 dans celui de la \isitation (3). L'abondance des microbes est d'autant plus grande que les égouts ont moins de pente et sont plus mal entretenus : M. Poincaré a pratiqué sur des cobayes 58 injections avec de l'eau d'égout et 58 avec de l'eau de lavage de l'air d'égout. Sur les 116 cobayes inoculés, il n'en a succombé que 7. Les animaux sont morts de septicémie.

Le degré de nocuité ne paraît pas tenir autant à la quantité des microbes qu'à leur qualité, car les liquides à effet mortel ne sont pas les

(1) (iharlcs Girard, Analyses d'eaux et de boues d'égout^ exécutées sur la demande ai la commimon dUissainissement de Paris (Rapports et avis de la Commission, note €, p 123).

(2) ScHLŒSiNG et Durand-Claye, Rapport cité, p. 309.

(3) Poincaré, Elude sur les circojis tances qui peuvent faire varier la richesse des égouts en microbes et leur action nocive (fievue (CUygiène et de police sanitaire, !889, t. XI, p, 902).

plus chargés. La difficulté consiste toujours à reconnaître les microbes pathogènes de ceux qui ne le sont pas. Le docteur Karlinski croit avoir trouvé un caractère. Il a reconnu, dans ses expériences, que les bacilles pathogènes sont détruits, dans les eaux de source, à la température de + 8®, par les bactéries aquatiques qui pullulent en leur présence et semblent s'en nourrir. Dans les eaux souillées, c'est-à-dire nourricières, c'est encore aux bactéries banales que cette nourriture profite et non aux bacilles pathogènes. Karlinski a ensemencé de Teau d'égout avec des bacilles typhiques, à raison de 30.000 par centimètre cube, et le lendemain il n'^n restait plus de traces (i).

Les eaux d'égout sont, comme on le voit, profondément souillées ; il faut que les villes s'en débarrassent le plus promptement possible ; soit en les rejetant dans la rivière la plus voisine ou à la mer, soit en les répandant sur des terrains arides qu'elles fertilisent en s'épurant.

4® Déversement aux rivières ou à la mer, — C'est le procédé le plus simple et le plus anciennement employé ; mais il a de graves inconvénients.

Les eaux d'égout empoisonnent les cours d'eau dans lesquels on les déverse, à moins que ceux-ci ne soient de grands fleuves à cours rapide, comme le Rhin, le Rhône, le Danube qui peuvent, sans grave inconvénient, recevoir les immondices des villes qu'ils traversent; mais il n'en est pas de même de la Tamise et de la Seine. Bien que Londres déverse comme nous l'avons dit ses eaux di;:ns le fleuve à trente kilomètres audessous de la ville, on se plaint encore de l'envasement de la rivière en ce point et du refoulement fréquent des eaux d'égout jusqu'à Londres par les grandes marées. La Corporation de Londres, comme autorité sanitaire, est en tète des attaques dirigées contre le conseil des travaux de la Métropole pour avoir pollué les eaux de la Tamise avec des matières de vidanges (2).

La Seine est bien autrement souillée quand elle sort de Paris. Avani d'y entrer, elle a reçu les déjections de toutes les localités situées sur les bords et sur ceux de la Marne, et dont la population dépasse 100.000 âmes. Dans son cours à travers la ville, elle reçoit les eaux-vannes et les vidanges de la cité et de l'Ile Saint-Louis qui n'ont pas d'autre déversoir; enfin, une fois sortie de Paris, elle reçoit en aval du pont d'Asnières la presque totalité des eaux d'égout de Paris, puisque c'est à peine s'il en est versé le quart sur les terrains d'épandage.

A partir de ce moment, l'eau qui pouvait encore nourrir les poissons

[\) Justin Karlinski, Ueder dass Verhalten einiger pathogenev Bactesieii in Trinkwassef' {Archiv fur hygiène^ l. IX| p. 113, 1889).

(2) The Luncet, 31 mars 1883. Londres songe, dit M. Arnould, h épurer chimiquement ses eaux et à transporter à 75 kilomètres au large les gâteaux de vase sortant dtS flltrcspresse, sur un bateau du prix de 400. OUO fr. Cette solution est désavouée d'avance par Corfield et Prankland.

et des végétaux d'un ordre élevé change brusquement de caractère. Le courant noirâtre qui étend sur la Seine sa courbe parabolique en couvre à peu près la moitié. Cette eau d^un aspect répugnant est couverte d'une couche graisseuse sur laquelle flottent des détritus de toute sorte et des cadavres d'animaux. Une vase grise tapisse le lit de la rivière et forme sur la rive droite des bancs de trois mètres d'épaisseur. La fermentation qui se produit dans ces amas fétides se traduit par la formation d'énormes bulles de gaz et, quand le passage d'un bateau à vapeur remue ces eaux empestées, il se produit dans le sillage une véritable ébullition. L'eau va ensuite en s'épurant et en se troublant alternativement au passage de chaque ville jusqu'à Meulan où toute trace d'infection a disparu.

Chemin faisant, les matières organiques sont transformées par l'oxygène que l'eau contient, mais lorsqu'elles l'ont consommée, la décomposition putride s'en empare, et l'eau exhale une odeur de croupi. La quantité d'oxygène, qui en amont du pont d'Asnières est encore de plus de 5 centilitres par litre d'eau, devient presque nulle après le débouché du collecteur, puis remonte peu à peu. Elle est déjà de ï««"*,91 à Harly et en arrivant à Rouen elle est remontée à 10^^42. La proportion d'azote suit une marche inverse. Il se développe en même temps des germes nombreux d'organismes animaux et végétaux.

Le déversement à la mer n'est pas plus hygiénique. Dans les ports de la Manche et de l'Océan, où les marées sont très fortes, le mouvement de flux et de reflux entraine toutes les impuretés au large et opère deux fois par jour un nettoyage suffisant. Toutefois, la mer en se retirant laisse, devant le débouché des égouts, de petits bancs de vase infecte et, quand le vent souffle de ce côté, il s'engouffre dans les ouvertures en refoulant les gaz dans la ville et jusque dans les maisons. C'est bien autre chose dans la Méditerranée, où la mer ne marne pas» surtout lorsqu'on verse les eaux souillées dans les ports. Ceux-ci sont bientôt transformés en fosses d'aisances, où les matières croupissent sous une couche d'eau infecte. Une odeur sut generis règne en tout temps sur les quais. Le Port-Vieux de Marseille, et la petite darse de Toulon ont, à cet égard, une réputation méritée.

Lorsqu'on transporte les eaux loin de la ville, sur un point éloigné de la côte, comme dans le projet de M. Cartier pour Marseille, l'inconvénient est moins grave, mais les villages qui avoisinent le lieu de déversement n'en deviennent pas moins inhabitables. Parmi les solutions qui ont été proposées pour mettre un terme à l'infection de la Seine, il en est une qui consiste à conduire à la mer les eaux d'égout de Paris et de la banlieue. Cette idée a de tout temps hanté les ingénieurs et cinq projets ont été successivement proposés. Comme aucun d'eux n'a été suivi d'exécution et que pas un n'a la chance de l'être, je ne les énumérerai pas. La solution elle-même est impraticable pour deux raisons. La première, c'est qu'il n'y a pas sur le littoral de la Manche un seul point qoi

ne soit habité. Toutes les plages sont couvertes de villages, de maisons de campagne, de stations de bain de mer qu'il faudrait déserter sur le champ. Le Havre, qui n'a pas le vingtième de la population de Paris, déverse ses eaux d'égout à Saint-Adresse et infecte le rivage à grande distance.

La seconde raison est d'ordre technique. Léon Faucher a calculé que pour contenir les eaux d'égout de la capitale, pendant le temps où le déversement serait empêché par la marée, il faudrait construire des bassins d'attente pouvant en contenir 180.000 mètres cubes. Il faudrait leur donner un kilomètre de longueur (1). En laissant en dehors la question des réservoirs, le canal lui-même coûterait 120 millions pour sa construction, d'après l'estimation d'Alphand, et 6 à 7 millions par an pour faire fonctionner les machines élévatoires.

Il faut donc renoncer à tout projet consistant à conduire à la mer la totalité des eaux d'égout de Paris. Quant à ceux qui consistent à faire un canal se dirigeant vers la mer, avec utilisation agricole sur le parcours, ce n'est qu'un mode d'épandage et nous en parlerons plus loin.

5* Épuration artificielle. — On a proposé pour épurer les eaux d'égouts, les mêmes moyens que pour clarifier les eaux potables et on y a renoncé pour les mêmes motifs.

La décantation a été essayée surtout en Angleterre. A Birmingham, à Blackbum, à Newcastle, on a creusé de grands bassins dans lesquels on laissait séjourner les eaux ; mais on a reconnu partout l'imperfection et le danger de ce système. Les eaux décantées conservent en effet toutes les substances dissoutes, et on ne sait que faire des masses énormes de dépôts formés au fond des bassins. La filtration plus difficile encore a les mêmes inconvénients.

L'épuration par les procédés chimiques n'a pas mieux réussi. Le but qu'on se propose consiste à produire, dans les eaux, un précipité gélatineux ou floconneux qui tombe lentement au fond des bassins en entraînant, comme un filet, toutes les parties solides, tandis que l'eau clarifiée s'échappe par un déversoir. Le nombre des réactifs proposés pour atteindre ce résultat est considérable. En Angleterre seulement on en a breveté 421 de 1856 à 1876 (2) et le nombre s'en est accru depuis. Les plus employés sont la chaux, le sulfate et le phosphate d'alumine.

La chaux est le plus efficace des réactifs. L'eau reste limpide tant qu'f lie en renferme en excès, mais lorsqu'elle est saturée par l'acide carbonique, les bactéries de la putréfaction y reparaissent et y pullulent, ainsi que l'ont démontré les recherches de Mârckner, Degener, F. Cohn, Weigmann et Kœnig, sans compter qu'elle contient encore de la chaux

(1) Léon Fauciir, Communication au Conseil d*hygiène et de salubrité de la Seine. Séance du 16 mars 1888.

(2) Voyez Fénuméralion de ces réactifs dans le rapport déjà cité de MM. Schloesing et Durand-Glaye {Comptes-rendus du Congrès (f hygiène de 1878, p. 320)^

libre, des matières minérales et de 30 à 45 milligrammes par litre d'azote organique ou amoniacal (1).

L'expérience en grand a, du reste, confirmé les recherches de laboratoire. Le système Wickssed, basé sur remploi du lait de chaux et d'appareils mécaniques perfectionnés, a complètement échoué à Leicester. Celui de l'ingénieur Le Chatelier qui employait le sulfate d'alumine a été essayé à Gennevilliers et n'a pas mieux réussi. En Angleterre, toutes les entreprises fondées sur l'emploi des réactifs chimiques pour l'épuration dès eaux d'égout, ont discontinué leurs opérations après avoir subi des pertes considérables. En Belgique, après une enquête consciencieuse, on y a également renoncé (2).

Il n'en est pas de môme en Allemagne. La question y a été reprise à la Réunion des hygiénistes allemands qui s'est tenue à Breslau en 1886(3) et au Congrès des hygiénistes allemands qui a eu lieu à Francfort-sur-le- Mein, au mois de septembre 1888 (4). Les rapporteurs étaient choisis parmi les ingénieurs qui avaient exécuté les travaux et dirigé le fonctionnement des systèmes mis en usage à Francfort, à Wiesbaden, à Essen, à Hallc-sur-la-Saale (5).

Tous ces systèmes sont mixtes et reposent tout à la fois sur l'emploi des réactifs et des appareils mécaniques, tous sont compliqués, dispendieux, ne produisent qu'une épuration incomplète et amènent l'accumulation de monceaux de boue dont on ne peut pas se débarrasser.

En i894, on a fait l'essai à La Rochelle d'un procédé dû à deux professeurs, MM. C. Piottro et J. Dumas. Ils font agir successivement, sur les eaux-vannes, la chaux, l'hypochlorite de soude ou de chaux, du chlore résultant de l'électrolyse du sel marin, et enfin un fort courant d'acide carbonique (6). Il est certain que les microbes ne peuvent pas résister à l'emploi do moyens aussi compliqués, mais je doute qu'un pareil système fasse fortune.

Dans ces dernières années, on a essayé en Angleterre, de l'électricité pour purifier les eaux d'égout. Le procédé imaginé par M. William Webster consiste à faire traverser les eaux par un courant de 370 ampères

(1) De Freycinet, Emploi des eaux d'égout en France et à Vétrangey^ Paris, 1868 p. 129).

(2) L'épuration des eaux urbaines, par M. le docteur Jules Arnould« professeur (l*hjgiène à la faculté de Lille {Revue d'hygiène, 1888, t. X, p. 319).

(S) Des moyens d'épuration des eaux urbaines (Voir le compte-rendu dans la Revue d'hygiène, 1888, t. X, p. 322).

(4) Vierteljarsschrift f. ôffentl, Gesundheitspflege, 1889, p 71.

(5) M. LiNDLEY, ingénieur à Francfort-sur-le-Mein, a rendu compte des résultats obtenus dans celte ville ; M. Wintcr, directeur du service des eaux de Wiesbaden, a fait de même pour celle ville, cl M. Wieber pour Essen^ dont il est Tingénieur (Voyez, pour Texposé détaillé de ces systèmes, le compte-rendu fait par M. Richard, dans la Revue et hygiène^ 1889, t. XI, p. 277).

(6) Génie civil, M» 608, 3 février 1894.

(23/00 d'ampère par gallon et par heure). Ce courant réduit de 61 p. 100 la quantité des matières en solution et fait périr la presque totalité des micro-organismes (1). En 1892, M. Max de Nansouty a entrepris une campagne, dans le Génie civil, en faveur de Télectrolyse des eaux-vannes, et Tannée suivante, une application de ce principe a été faite au Havre, dans le quartier Saint-François, le plus malsain de la ville, à l'aide du système Hermitte,

Ce système est basé sur l'emploi d'un liquide désinfectant très énergique, obtenu par l'électrolyse de l'eau de mer, dans une machine appelée électroliseur. Dans les villes éloignées de la mer, on peut remplacer cette eau par une solution de chlorure de sodium ou de magnésium. Le composé chloré qui se forme sous Tinfluence du courant électrique, jouit d'un pouvoir désinfectant très énergique ; l'eau de mer électrolysée décompose les matières organiques et tue les microbes. MM. Duclaux et Chantemesse ont montré qu'en la faisant agir sur un liquide infecté de bacilles, on pouvait constater, au bout de quelques instants, leur disparition complète.

L'électrolyse est employée en Amérique pour désinfecter les eaux d'égout déversées par la ville de Brewsters et qui venaient souiller les eaux potables de New- York. C'est le système Wolf qui y est en usage* Il a été décrit par YElectrical Enginer en 1893, et Edison, en face des résultats obtenus, en recommande l'application.

Tous les systèmes que nous venons de passer en revue ne sont que des expédients ingénieux, mais peu pratiques. Ils entraînent des frais considérables et sont complètement inapplicables quand il s'agit de masses d'eau comme celles que charrient les égouts de Paris.

6** Epandage, — L'épuration par le sol est le seul moyen pratique de se débarrasser des eaux-vannes des grandes villes. Vépandage est de tous les systèmes le plus simple, le plus économique et le plus sûr. 11 a été mis en usage, il y a six cents ans, en Espagne et en Italie ; on y a recours depuis un demi-siècle en Angleterre, où 134 villes l'avaient adopté dès 1881. En France, les premiers essais ne remontent qu'à 1867. Ils ont eu lieu à Clichy sous la direction de Mille et de Durand-Claye (2). Ce dernier les a poursuivis depuis à Gennevilliers, il a fait sienne cette question de l'épandage et il en a démontre les avantages avec un incomparable talent.

Aujourd'hui 800 hectares sont consacrés à l'épandage dans la presqu'île de Gennevilliers. Les terrains d'Achères qui ont fini par être concédés à la ville après de longs et regrettables débats, fourniront 800 nouveaux hectares pour l'irrigation, lorsque^ les travaux d'adduction qui

(1) M. NVilliam Webster a décrit son procédé dans un mémoire dont il a donné lecture à TAitociation britannique, à Newcastle-sur-Tyne, en 1889 'Journal iV hygiène^ 20 février ISttO^ p. 95).

(2) Pour rhistorique de l'épandage, voyez ï Encyclopédie d hygiène^ t. Hl, p. 261-275.

f m TR/VITE D'HïiJIÈNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.

sont on cours seront terminés. On s'occupe déjà d'approprier II destination le plateau sablonneux des Muraux et les grands terrains quo la ville possède à Mérj -sur-Oise. Ces derniers, dont l'altitude est pliu élevée, exigeront l'emploi d'une machine élévatoîre. On arrivera à épurer ainsi la plus grande partie des eaux d'égout, el le reste dn sol nécessaire se trouvera dans la vallée de la Seine. H. Adolphe Carnot, ingénieur en chef des mines et membre de la Commission d'assainissement de Paris, a prouvé qu'il existait dans les environs de la ville 30.000 hectares de terrains propres aux irrigations (1).

La province a profité des études que la question de l'épandage a provoquées. Poitiers, Montélimart, Saint-Léonard, Reims, Monlpellier, Âurillac, Dijon, Limoges, etc., ont installé des champs d'épandage que fertilisent leurs eaux d'égouls. Le progrès a élé aussi rapide en Allemagne et dans la plupart des pays civilisés.

L'épuration par le sol est en effet la véritable solution du problème. C'est la seule qui permette de profiter du fumier liquide que renferment les eaux d'égoul. On estime qu'à Londres, la matière jotA chaque année à la Tamise représente une valeur de quarante millions. Partout où on pratique l'épandage on voit des terrains sablonneux et jusqu'alors improductifs se couvrir de gazons splendîdes ou d'une riche culture maraîchère ; les terrains ainsi fertilisés augmentent de valeur d tous les propriétaires riverains demandent à jouir de ces avants: A Gennevilliers les terrains ont décuplé de prix et rien n'égale la b des légumes qu'on y récolte. Les champs d'épandage de Berlin, culli! en prairies, donnent deux récoltes par an, nourrissent 600 à 700 l^te»jl bétail et font l'admiration des visiteurs. A Dantzig, les terrains d'il Uon sont transformés en jardins qui produisent des fruits qu'on resi la ville et des fleurs qu'on expédie à Paris.

La terre est le filtre par excellence ; le système de l'irrigation ne I qu'imiter la nature qui, par l'intermédiaire des pluies, entraîne à trav le sol toutes les impuretés atmosphériques et autres, pour les soum à l'oxydation progressive, à la transformation lente que nous a diée dans le chapitre précédent (2).

On choisit de préférence les terrains sablonneux, quoique l'épura y soit plus lente à se produire, parce qu'ils sont improductifs el t l'épandage les met en valeur. Il suffit d'une couche de 2 mètres pour que l'épuration soit complète. Frankland a reconnu [mr des expt'irienc^rs directes qu'un mètre de sable épure par jour de 2S à 33 litres d'eau de« égouts de Londres et qu'un mètre de sable mêlé de craie produit h' même effet. Des terres sableuses, argileuses, tourbeuses lui ont fourni des résultats égaux et même supérieurs.

(S) Chapitre II, article i", S 3, p. 74.

Les expériences faites à Gennevilliers ont confirmé celles de Frankland. Durand^laye et M. Schloesing ont de plus reconnu qu'un sol caillouteux, comme celui de la presqu'île, retient encore 150 litres d'eau par mètre cube après avoir été égoutté. Lorsque la couche filtrante a 2 mètres, cela fait par conséquent 300 litres. Us ont constaté de plus qu'il fallait vingt jours pour une épuration complète et en ont conclu qu'on ne doit pas déverser dans ce laps de temps plus de 300 litres d'eau sur chaque mètre de surface, ce qui donne K4.750 mètres cubes par an et par hectare. Jamais on n^en a versé plus de 45.000 à Gennevilliers et l'Etat, pour répondre à toutes les objections, a fixé à 40.000 la quantité maximum à répandre sur les terrains d'Achères. Pour que l'épuration soit complète, il faut que Teau soit, autant que possible, versée à intervalles réguliers et par petites quantités chaque jour, comme le demande Frankland. Cependant, dans les essais faits à la station expérimentale de Lawrence (Massachussets), M. Hiram Mils est arrivé à la faveur de l'irrigation intermittente à épurer 1.350 mètres cubes d'eau d'égout par hectare et par jour, ce qui donne la quantité invraisemblable de 492.000 mètres cubes par hectare et par an (1).

L'eau qui s'écoule par les drains est limpide, sans odeur et sans saveur désagréable, ainsi que je m'en suis assuré en visitant, avec Durand-Glaye, les champs de Gennevilliers. La pureté est attestée par les analyses suivantes que j'emprunte au rapport de M. Cornil.

L Analyse chimique des eaux d^égout, de drainage, de la nappe hydrotimétrique souterraine de Qennevilliers (Mois de février 1888, A. LévY).

Page 1