I*^ — CONSTRUCTION
L'emplacement des habitations est d'une importance capitale pour leur salubrité. On sait à quel point sont malsains les quartiers situés trop près des rivières, sur des terrains marécageux, combien le voisinage des grands établissements insalubres est à éviter ; mais il est rare qu'on ait le choix de l'emplacement, lorsqu'il s'agit de construire une maison. Un ne peut que préparer le sol sur lequel elle s'élèvera, se mettre en garde contre l'humidité et faciliter le renouvellement de l'air par la bonne disposition des ouvertures.
I. Assainissement du sol. — Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit plus haut, de la perméabilité du sol et de rinfluence de la nappe souterraine. Avant de creuser les fondations, il faut déblayer le terrain, enlever la terre végétale, les dépôts argileux, marneux et les matériaux de démolition toujours suspects. Si la nappe souterraine est trop rapprochée de la surface, si le sol est humide, il faut le drainer comme nous l'avons exposé précédemment, et si cette opération n'est pas possible, il faut le couvrir d'une couche imperméable d'argile ou
3UG TRAITÉ D'HÏGIÈSE PUBLIQUE ET PRtVÉE.
mieux encore de béton hydraulique appliqua; par couches successives. Dans les Touilles noyées, on remplit de béton un des coins de l'emplacement jusqu'au dessus de la surface des eaux, qu'on refoule ensuite de proche en proche par des couelies successives formant redans (fig. 26). Les précautions sont surtout nécessaires dans les villes anciennes oà le sous-sol a été converti en une sorte de fumier où pullulent les germes des maladies infectieuses.
n. Matériaux. — Les matériaux dont on se sert pour les constroetions sont les pierres, les briques, la chaux, le plâtre, le bois pour les murs ; le bois et te fer pour les charpentes ; les ardoises, les tuiles, le zinc et le plomb pour les toitures..
Le fer tend de plus en plus à remplacer le bois et même la pierre ; on s'en sert aujourd'hui pour les palàtres, les colonnes qui servent de
support. Cotte substitution s'opère surtout en Amérique. On espérait obtenir ainsi des maisons incomiuistibles, mais récemment, k Chicago, le feu a dévort^ nue maison de dix étaf,'es eu acier et en pierre, qui n'était pas encore terminée. La façade en pierres calcaires surchaufft'-es, s'est effritée au contact de l'eau lancée par les pompes ; les poutres métalliques en se dilatant par la chaleur se sont allongées, ont repoussé les murs et les ont fuit tomber.
En France on a eu une idée plus radicale. En 1884, le docle.ur Jules Félix a proposé de construire des maisons en tôlo d'acier galvanisées et embouties, à double paroi et avec matelas d'air. La Compagnie des mines de Lens (Pas-de-Calais) a mis tout récemment cette idée à exécution. Elle a fait b&tir à Hautmont (Nord) une é<;lise complètement en (oie d'acier. Les éléments de la construction sont des caissons emboutis et assemblés de manière à renfermer, entre leurs parois opposées, un matelas d'air de 16 à 50 centimètres d'épaisseur. Dos fers en T entrecroisent les panneaux et donnent à l'ensemble la rigidité nécessaire ; l'air circule ou reste immobile à volonté. Ces constructions sont solides et promptes à édifier ; mais, si l'on en juge par les navires à coques métalliques, elles doivent être humides, glaciales dans l'hiver et très chaudes en et»'.
Citons encore, à titre de curiosité, les maisons en verre et à tempe-
rature constante du médecin hollandais Van der Hevden. Il vient d en faire construire une à Yokohama où il réside. Les murs et les plafonds sont formés par des caissons de verre qu'on remplit d*un liquide spécial, dont la faible conductibilité entretient l'égalité de la température dans l'édirice.
A Chicago, on a construit également un groupe de maisons en verre,
mais ce ne sont pas des caissons ; ce sont de simples briques qu'on
'obtient en soufflant du verre dans un moule et qu'on fait recuire ensuite.
Leur assemblage ne présente aucune difficulté ; les joints sont faits au
ciment.
Si nous avons cité ces bizarreries, c'est parce qu'il faut enregistrer tous les essais qui se produisent. L'un d'eux peut renfermer une idée que l'avenir se chargera de féconder. ^
Le choix des matériaux n'intéresse l'hygiène que sous le rapport de
tZD- -^
Fig. 27.
leur perméabilité pour l'air et pour l'eau et sous celui des altérations qu'ils peuvent subir.
^'* Perméabilité pour Vair. —r Tous les matériaux de construction, siuf les métaux et l'asphalte, sont perméables à l'air. Pettenkofer l'a prouvé par une expérience très simple. Elle consiste à découper un cylindre dans le bloc de pierre, dans la brique ou dans la pièce de bois qu'on veut expérimenter, à recouvrir sa surface extérieure d'une couche de cire et à adapter un entonnoir en verre à chacune de ces bases. L'appareil ainsi disposé, on souffle dans Tun des tubes en plaçant une bougie allumée devant l'extrémité de l'autre, et l'on voit la flamme s'allonger et s'éteindre sous l'impulsion du courant d'air qui a passé à travers le cylindre (fig. 27).
Marker(i), et Schûrmann (2), en Allemagne, ont déterminé le degré de perméabilité des différents matériaux ; MM. Hudelo et Somasco ont fait des expériences analogues que M. E. Tretat a exposées au Congrès
(1) Marker, Untfr i^uchungen ùber die naturalische ventilation^ cité par J. Uffelmann, Handbuch der Hygiène Wien uud^ Leipzig. 1889, p. 342.
(21 SCHURMARN, Jahresbericht Der chemischen Central stelte fur offentliche gesund hattapftege, Dresde, 1874, p. 43-80.
308 TRAITÉ D*HYGiÊNE PUBLIQUE £T PRIVÉE.
d'hygiène de Genève en 1882 (1) ; elles ont conduit à des résultats semblables et Ton peut en tirer les conclusions suivantes (2) :
Les quantités d'air qui passent à travers les murs sont proportionnelles aux pressions initiales. Elles diminuent très faiblement quand Tépaisseur traversée augmente. Un mur de pierre teodre de cinquante centimètres d'épaisseur, sous des pressions variant de 1 à 30 millimètres d*eau, laisse passer de 12 à 350 litres d'air par mètre et par heure. Quand les matériaux sont mouillés, ils ne laissent plus passer que 40 à 50 p. 100 de Tair qui les traverse à Tétat sec (Hudelo). Les marbres et le bois ne sont pas perméables sous des pressions inférieures à 30 millimètres d'eau. Le plâtre sec, qui est aussi perméable que le calcaire tendre, est rendu presque imperméable par deux couches de peinture (Somasco).
La perméabilité des murs est notablement diminuée par la peinture à la chaux et surtout à la colle , plus encore par les tentures en papiers glacés et même par les papiers ordinaires quand ils sont posés avec une forte couche de colle. La peinture à Thuile supprime presque complet tement la perméabilité des murs, lorsqu'elle est appliquée en couches bien couvrantes qu'on laisse bien sécher. Il est inutile de faire ressortir l'iniportance de ces observations au point de vue de l'hygiène des appartements.
2° Perméabilité 2)our l'eau, — Elle est aussi variable que l'autre. La quantité d'eau que peuvent absorber les matériaux a été déterminée expérimentalement par Schûrmann (3), par Lang (4) et par Poincaré {de Nancy) (5). Elle varie de 50.9 p. 100, quantité retenue par le plâtre, i 17.9 que conservent les briques moulées à la main ; elle tombe à 0 avec les briques émaillées (6).
La gelée; supprime la perméabilité des murs humides; mais elle a de plus la propriété de fendre certaines pierres dites pour cela gelives. Il en est même qui s'égrènent complètement et qui compromettent ainsi la solidité de la construction. D'autres pierres ont la propriété de se salpétrer, c'est-à-dire qu'elles peuvent, en raison de leur extrême perméabilité, donner accès à Tair et à l'eau chargée de matières organiques. Elles deviennent ainsi le foyer d'une fermentation nitrique et de la formation d'une proportion notable de salpêtre.. La gélivité et le salpêtrage des pierres intéressent l'hygiène au même titre, ces deux propriétés ayant pour effet commun d'entretenir, dans les murs, une humidité qu'il
(1) Congrès international d'hygiène et de démographie Je Genève [Comptes-t^endus et mémoires^ t. If, p. 3*)).
(2) F. et E. PuTZEYS, L'Hygiène dans la construction des habitations ptivéen, p. tS.
(3) Schûrmann, Jahvcsberecht dcr Chcmischen (ioc. cit.). (i) Lang, Zeitschrift fur Biologie (Ioc cit.).
(5) L. Poincaré, Sur fhygroscopité des mat-friaux de construction {Annales d*hygiènet t. VI, 1881, p. 36).
(8) Pour les tableaux et les chiffres relatifs à la perméabilité des matériaux (Voyez Léon Faucher et Richard (Encyclopédie d'hygiène^ t. 111, p. 335).
est presque impossible de faire disparaître. Il faut donc proscrire remploi de pareils matériaux.
2* Propriétés thermiques, - Pour conserver une température uniforme à l'intérieur des habitations, les matériaux doivent être mauvais conducteurs du calorique.
La conductibilité de tous les matériaux usités pour les constructions a été étudiée expérimentalement par Péclet (1), par D. Galton (2), par les frères Putzeys (3). Les tableaux qu'ils ont dressés sont très intéressants pour les architectes, mais les hygiénistes n'ont besoin d'en connaître que les résultats principaux qui sont les suivants :
Les pierres compactes, comme les marbres, les calcaires, figurent au premier rang parmi les mieitériaux qui sont bons conducteurs du calorique ; le verre vient ensuite ; les bois, le liège en troisième lieu ; les tissus de ehanvre, de laine, de coton, le papier sont au dernier rang de l'échelle. L'expérience de tout le monde avait à cet égard devancé les observations des savants. Chacun sait en effet combien les murs nus sont froids et combien les boiseries, les planches, les tentures conservent la chaleur des appartements.
La faible conductibilité de l'air stagnant ejt moins généralement connue, et pourtant c'est une des grandes ressources de l'architecture contemporaine pour assurer l'égalité de température dans les habitations. Les briques creuses sont très précieuses sous ce rapport et l'établissement de deux murs parallèles séparés par un matelas d'air immobile, préserve mieux l'intérieur qu'un mur solide d'une égale épaisseur. Les toitures doubles et les doubles tentes rendent des services analogues en arrêtant l'ardeur des rayons du soleil. De tous les malériaux, ce sont les métaux qui sont les meilleurs conducteurs du calorique, et leur emploi dans les constructions augmente chaque jour. Le fer tend à remplacer partout le l)ois. Il y a avantage pour la légèreté et pour l'incombustibilité, mais non pour l'équilibre de la température. Les toitures de zinc notamment rendent les mansardes presque inhabitables.
4" Matériaux toxiques, — Parmi les substances suspectes qu'on emploie dans les constructions, il faut citer en première ligne le plomb dont nous avons déjà parlé à l'occasion des conduites d'eau. Si le plomb métallique peut être considéré comme inoffensif, avec les précautions que nous avons indiquées, il n'en est pas de même de ses composés. La céruse qu'on emploie encore couramment pour la peinture à l'huile, malgré les anathèmes des hygiénistes, et qui sert à la fabrication des papiers blancs veloutés, dont elle recouvre la surface comme une poussière, la céruse est la cause la plus fréquente deTintoxication saturnine: le minium est aussi dangereux, mais on l'emploie plus rarement; il sert
(1 Peclet, Traité de la chaleur, 3« édition, Paris, 1878, t. I, p. 553.
(2) D. Galtok, Heathy Duellmgs.
(3) E. et p. Putzeys, Lhygiène dam la construction {loc. cit.), p. 13.
pourtant à recouvrir les réservoirs métalliques et à peindre la carène des navires en fer.
Les couleurs arsenicales et notamment le vert de Schweinfurt ser\ent aussi pour les peintures murales et pour la coloration des papiers de tenture. Sous cette dernière forme elles sont d'autant plus dangereuses que les papiers sont posés depuis plus longtemps et des accidents très graves en ont été maintes fois la conséquence (1). La poussière qui s'en détache n'est pas seule à redouter. Fleck a prouvé que Tair des appartements dont les tentures sont peintes au vert de Schweinfurt, renferme de Tarsenic en quantité notable par suite de la décomposition de la colle d'amidon qui produit de l'hydrogène sulfuré et ultérieurement de l'hydrogène arsénié (2).
Les dangers provenant des peintures vénéneuses sont faciles à conjurer. Elles peuvent toutes être remplacées par des couleurs inoffensives aussi vives, aussi solides et d'un coloris aussi riche, ainsi que l'a prouvé M. Turpin, dans un mémoire qu'il a adressé au Comité consultatif d'hygiène publique et sur lequel j'ai fait un rapport le i£9 juillet 1879.
o® Antisepsie des viatêriaux, — Dans certaines circonstances, des microbes peuvent se développer au sein des matériaux de construction. Les premières recherches à ce sujet ont été faites en France par le professeur Layet (3) et par M. Poincaré (4) ; mais c'est surtout en Allemagne qu'on s'en est occupé. On y a signalé les dangers que le bois présente, par sa perméabilité et sa décomposition facile qui en font un terrain propice au développement des moisissures et des microbes. Les observateurs de ce pays ont découvert un champignon particulier, le meruUm lacri/mans, qui se développe surtout dans le bois des- conifères, en longs filaments qui atteignent à la maturité plusieurs mètres, et finissent par transformer toute la masse ligneuse en une poudre dont Faction sur la santé est signalée comme dangereuse (5).
D'autres auteurs allemands, tels que Emmerich, UtpadeL Bonome ont reconnu l'existence de micro-organismes pathogènes, dans la masse des matériaux de construction, et même dans le mortier, où la chaux ne suffit pas à détruire ces germes dangereux (6).
Cette question a été reprise récemment en France par M. Victor Bovet(7).
(1) Annales (Thygicne publique, 2" série, t. XXXIX, p. 427, et Uevue d'hygiène, 18*9, p. 411.
(2) Fleck, Zeitsschrift fur Biologie, résumé ilans la Hevue dC hygiène, 1819, p. 77.
(3) Layet, De la porosité des mniériaux considérée au point de vue de Vhygiène {Revue d'hygiène, 1881. p. 461).
(4) PoiNCARRÉ, Recherches sur les conditions hygiéniques des matériaux de construction {Annales dliygiène, t. VIII, p. 193).
(5) L'FFELMANN, loc. cit., p. 346.
(6) ///., ihid.
{1} Annales de micrographie, décembre 1889. Résumé dans la Repue scientifique, t. XLV, p. 252.
Dans une série (inexpériences fort complètes, il a établi que le gypse en poudre, dont on fait le pl&tre de nos murs et de nos plafonds, n*est pas stérile avant d'être g&ché, et qu'en plus, il laisse intacte la vitalité des microbes introduits presque forcément dans Teau servant au gâchage.
Tous les matériaux de construction poreux peuvent, en s'imbibant des liquides, absorber les germes qui y sont contenus. Le bois neuf est assez réfractaire à l'absorption des organismes, mais lorsqu'il est criblé de fissures, il peut renfermer des microbes vivants dans des particules de bois, prises à 1 ou 2 millimètres de profondeur.
Les draperies et les tapisseries, ainsi que les papiers peints, peuvent également donner asile à de nombreux microbes.
Finalement, Bovet propose de n employer, dans le g&chage du plâtre et la préparation des mortiers, que de l'eau saturée (à 5 p. 100) de salicylate de zinc, antiseptique réellement efficace. La même solution peut être également employée pour rendre antiseptiques les papiers de tentures, les draperies et les tapisseries dont elle n'altère pas les couleurs. Pour les matériaux d'entrevous, Bovet propose d'ajouter de 3 à 4 p. 100 de naphtol carbonique en poudre fine ^u sable ou au coke employé pour le remplissage, ce qui garantirait ces matériaux de toute infection et aurait l'avantage de prévenir l'invasion des souris, des insectes, des moisissures et autres parasites.
Les résultats des expériences de M. Bovet ont été récemment contestés par le docteur Alfonso Montefusco, de Naples (1). Il a reconnu d'abord, comme Peltenkofer l'avait fait dès 1874, que l'hydrate de chaux tue tous l€*s microorganisme ; il a constaté que le mortier, grâce à la chaux qu'il contient, est complètementprivé de micro-organismes un mois après sa préparation, et qu'il détruit ceux qui se trouvent dans l'eau qu'il absorbe ultérieurement. Il s'est assuré que l'air qui passe à travers les matériaux est absolument dépouillé de ses germes en arrivant dans l'intérieur des maisons. Il en conclut qu'il n'y a pas lieu de stériliser les matériaux de construction comme le conseille M. Bovet.
UL Fondations. — Elles constituent la partie de la construction la plus importante pour l'hygiène. Il est indispensable de les prémunir contre l'humidité du sol qui tend à remonter par capillarité dans leur épaisseur, lorsqu'on n'y oppose pas un obstacle.
En Angleterre, le règlement relatif à la construction des rues et des maisons^ en fait une obligation aux propriétaires et la formule dans les termes suivants :
« Toute habitation sera isolée du sol par une couche d'asphalte ou de béton de 15 centimètres d'épaisseur au moins.
» Les fondations reposeront sur un sol ferme, sur une couche de béton ou de toute autre matière convenable.
(1) Docteur Alfonso Montefusco, / materiali da contruzione in rapporta ai microorganismi, Napolî, 189). Analysé dans la Hevue ttàt/giéne, 1892, t. XIV, p. 719.
■ Afin d'empêcher que l'humidité ne monte à travers les murs, ceui-ci seront isoli's, par des Teuilles de plomb, de l'asphalte, de l'ardoise o» autres substances imperméables. Cotte couche isolante sera placée au-dessous des poutres du plancher inférieur, et au moins à 15 centimètres au-dessus de la surface du sol voisin > (I).
Fig. 28.
Kn Belgique, on a recours pour atteindre le même but à des plaques d'isolation à base d'asphalte comprimé (fig. 28).
On les remonte sur leurs faces latérales, lorsque le terrain est très humide, de manière que le b&timent se trouve placé dans une cave imperméable (fig. 29).
Quand les eaux soulerraines exercent une trop forte pression, on
Fig. î9.
dispose des voiUcs renversées entre les murs de fondation et les plaques d'isolation se placent dessus et en épousent les courbures (fig. 30).
Lorsque l'ensemble de la construction doit être établi sur un plateau de bélon.avanl de couler la dernière couche, on fait remonter les plaques d'isolation le long des parois verticales (fig. 31).
On se sert aussi, en Belgique, de feutres asphaltiques qui s'emploient de la même façon.
En Angleterre et en Allemagne, on a Itiabitude de laisser, enlre les
il| Albcrl I'ai.hrehg, Traité <le l'hyjiènt iiiililii/iitj, d'aprte ses applications ilant diflï'rciits pays ilc l'Eurupc. Traduit ilu juËiJois par .M. A. Hahoh. P»tit, IgSt, p. 6%
fondations et le sol environnant, un espace libre qu'on désigne sous le nom à'area. Ce fossé recouvert d'une grille et dont le fond est bétonné est muni d'un égout spécial avec siphon. Lorsque cette disposition' ne peut pas être adoptée, on élève une seconde muraille k câté de la première, pour ména-
^^^___ g'^r un canal plein d'air,
I tout autour des fondations (fig. 32). Cassie a également imaginé de
construire à ce niveau des murs creux avec des briques en argile vitrifiée reliées au mur principal par d'autres briques creuses mises en
. -^ j travers (fig. 33).
En Angleterre, les pj 3, doubles murailles doi-
vent être réunies par des crochets en fer; une couche isolante doit être placée à la base et une seconde à la partie supérieure de la double muraille (2).
Os précautions ne sont en usage que dans les pays oii le sol est plat et la nappe souterraine voisine do la surface. En France et notamment à Paris, on se borne à couler dans le fond de la tranchée, une couche de
(1) Art. Il du Réglcmenl, relaliri la construïtiun des rues el îles maiions. (A. l'itriinEiiG, Truite de t'hjgifne piMiqiie, d'après ses ap|i1ïcaIion9 dans dilTércnli |>ays de l'Kuraue
3i4 TRAITÉ D'HYGIÈNE PUBLIQUE ET PRIvÉE.
béton de 0°»,50 à 0",80 ; on maçonne par dessus, en pierres meulières, jusqu'au niveau du sol et on place les pierres de taille^par dessus, sans intermédiaire.
IV. Murs. — L'épaisseur des murailles a sur la température intérieure une influence qui se comprend sans peine. Lorsqu'elles sont trop minces les habitants ont trop froid en hiver et trop chaud en élé. Autrefois on donnait aux parois des maisons l'épaisseur des murs d*une forteresse; aujourd'hui, pour économiser sur les frais de construction, on donne dans l'excès opposé. On voit s'élever des maisons de cinq étages dont les murs n'ont que cinquante centimètres d^épaisseur quand on les construit en pierres calcaires, et de trente-cinq quand on les fait en briques. M. E. Trélat s'est élevé contre cette tendance au Congrès international d'hygiène de Londres. Pour assurer, a-t-il dit, l'uniformité de température intérieure dans nos climats, il faudrait donner aux murs deux mètres et plus d'épaisseur (i).
11 est possible d'élever des constructions légères, en maintenant la température intérieure dans un équilibre satisfaisant; il suffit pour cela de prolonger jusqu'au sommet de l'édifice la disposition adoptée pour les fondations dans les maisons anglaises. Ces murs à double paroi ont été mis en usage dans la construction des casernes élevées par M. Tollet. Les pavillons ont un double mur en briques, avec matelas d'air dans l'intervalle, et comme l'air est très mauvais conducteur du calorique, on a pu, grâce à celte disposition, réduire l'épaisseur de la paroi à 22 et même à 15 centimètres. Pour les maisons d'habitation cette pratique ne s'est pas généralisée* ; prol)ablement parc(^ qu'elle est trop dispendieuse.
Les murs une fois construits sont habituellement revêtus d'un crépissage qui a pour l)ut d'en assurer la durée et de les préserver de l'humidité. Ils sont de plus recouverts à l'intérieur d'enduits, de peintures, de papiers qui les protègent et en masquent la nudité. Autiefois on les doublait d'une boiserie intérieure, mais aujourd'hui cela coûterait trop cher. Ces revêtements rendent les appartements moins froids, moins humides; ce qui est incontestablement un avantage quoique Nageli ait dit le contraire ; mais, ainsi que nous Tarons vu plus haut, ils diminuent la porosité des murs, et la plupart des hygiénistes regardent cela comme un inconvénient. Suivant M. E. Trelat, celte respiration intrapariétale entretient des échanges utiles à la santé et prévient l'infection des vieux murs. On ne peut pourtant pas dans les maisons confortables laisser les murs nus à l'intérieur ou les badigeonner à la chaux ; M. Trelat lui-même recommande pour en diminuer la conductibilité, de les revêtir à Tintérieur d'une doublure faite en matériaux très isolants (2). Il faut bien
(1) Coniplc-rcndu du Congrès iiilcninlional d'hygiène de Londres (Revite (f hygiène et île police sanitaire, 1801, l. XIII, p. 792).
(2) E. Trélat, Sur fa construction hygiénique des habitations, Coromunicalion au Congrès de Londres (Revue d'hygiène, 1891, t. XIII, p. 79i).
d*ailleurs les peindre ou les tapisser, et dans les deux cas, les échanges entre Tair du dehors et Tatmosphère extérieure sont supprimés ; seulement on peut laver les peintures à Thuilé, tandis qu'on n'a pas de moyens de nelloyer les papiers de tapisserie. 11 faut éviter surtout ceux qui sont veloutés ou peints à relief, parce que les poussières s'y attachent. Cet inconvénient est encore plus à craindre avec les tentures qui sont à la mode aujourd'hui ; ce sont de véritables réceptacles pour les poussières et les miasmes qui flottent dans l'appartement, et comme elles ont du prix on n'ose pas les nettoyer à fond, et encore moins les envoyer à l'éluve.
E. Ësmarch (de Berlin) a cherché à déterminer la quantité de microorganismes qui se déposent ainsi sur les parois des appartements. Il a trouvé qu'on pouvait en compter à peu près un million sur les murs d'une pièce de 3 mètres de hauteur et de 5 mètres dans les autres dimensions. Ils comprennent des moisissures et des schizomycètes. Les écuries, les laboratoires sont les endroits où on en trouve davantage. Les cabinets d'aisances qu'on ne fréquente que rarement, en renferment peu. Les tentures lisses, les parois polies n'empêchent pas le dépôt des germes. Ils deviennent de plus en plus rares, à mesure qu'on se rapproche du plafond. C'est exactement comme pour les poussières.
Les murs de refend et les cloisons doivent être imperméables surtout dans les habitations collectives, pour ne pas permettre l'échange des atmosphères viciées.
V. Planchers et plafonds. — Les planchers conviennent dans les habitations privées, parce qu'ils ne sont pas soumis aux lavages fréquents et aux efforts qu'ils doivent supporter dans les habitations collectives. Pour les appartements, les meilleurs sont les parquets en bois de chêne assemblés avec soin et cirés. Ils sont moins froids que le dallage et ne s'imprègnent pas de liquides fermentescibles comme les planchers de sapin. On peut, il est vrai, rendre ceux-ci imperméables, à l'aide d'une couche d'encaustique ou tout simplement en les passant à l'huile de lin bouillante, comme le professeur Morache le conseille pour les planchers des casernes, ou bien encore en les imprégnant de paraffine comme on l'a proposé plus récemment (1).
Le carrelage est préféré pour les rez-de-chaussée et les sous-sols. On y a recours aussi pour les chambres, dans les pays chauds, où le froid des dalles n'est pas à craindre. Les carreaux rouges, polis, non poreux sont ceux qu'il faut choisir, quand on ne peut pas faire les frais des carreaux céramiques plus élégants et plus artistiques.
Les tapis dont on recouvre aujourd'hui le parquet dans toutes les maisons aisées, ont les mêmes avantages et les mêmes inconvénients
(1; Revue d'hygiène et de police sanitaire^ 1892, t. XIV, p. 38.
3i6 TRAITÉ D'HYGIÈNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.
que les tentures en étoffes. Ils constituent un luxe et un confort très appréciables ; mais il faut les faire battre souvent au grand air et les envoyer à Tétuve toutes les fois qu'une maladie contagieuse a été traitée dans la pièce où ils sont étendus.
Les plafonds on plâtre blanc uni, sans renfoncement ni saillies sont, au point de vue de Thygiène, préférables aux plafonds historiés, aux caissons multicolores que Tusage remet à la mode. Leurs moulures ne servent qu'à retenir les miasmes et à nuire à Taération.
VI. Toitures. — Le toit est le couronnement de l'édifice. Il doit le protéger contre la pluie, la neige et le vent, et cependant permettre à l'air vicié de s'échapper librement.
L'inclinaison du toit doit être suffisante pour permettre l'écoulement des eaux pluviales et pas assez forte pour l'accélérer au point de rompre* les tuyaux de conduite. Elle doit être proportionnelle à la perméabilité des matériaux employés. Ceux dont on se sert sont les tuiles, les ardoises, le zinc, le plomb et la tôle. Les matériaux combustibles comme le bois, le chaume, le carton bitumé doivent être proscrits.
Les tuiles très poreuses, sont favorables à la ventilation, mais se laissent facilement traverser par la pluie. Elles exigent une inclinaison de 40 à 60 degrés. Avec les ardoises moins perméables, on peut se contenter d'une pente de 28 à 45 degrés et même de 15 à 23®, si l'on emploie le grand modèle. En revanche, comme elles laissent moins bien passer l'air, il faut multiplier ou agrandir les ouvertures. Cette précaution est encore plus indispensable avec les métaux dont l'emploi se répand de plus en plus, parce qu'ils ont l'avantage de ne pas nécessiter d'aussi fréquentes réparations. Le zinc et la tôle galvanisée sont les seuls qu'on emploie aujourd'hui. Le zinc a partout remplacé le plomb ; il est moins cher et permet de recueillir dans des citernes et d'utiliser l'eau de pluie. Il n'exige qu'une charpente légère et ne nécessite qu'une pente de 18 à 21 degrés. 11 en est de même pour la tôle galvanisée. Tous deux se dilatent fortement par la chaleur et pour obvier à l'extension et au retrait qui résultent des changements de température, on a eu l'idée d'en canneler les feuilles. La conductibilité des métaux pour le calorique est un inconvénient grave ; elle rend les combles peu habitables ainsi que nous l'avons dit.
On emploie en Allemagne pour les édifices publics, un mode de toiture un peu compliqué qui a été récemment adopté pour le grand hôpital de Hambourg. C'est la couverture en holzcement. Elle se compose d'un chevronnage assez résistant pour supporter le plafond, et on le recouvre d'un voligeage jointif en sapin léger de 1 centimètre : On déroule sur le voligeage des plaques de holzcement^ sorte d'aggloméré de sciure de bois et de brai de goudron ; les joints de ces plaques posées à recouvrement sont scellés au bitume et à chaud. Une gouttière en forme de V fait le tour du toit et est bordée à Tintérieur par un rebord en zinc de
L*H4BITAT10N. 317
8 à 10 centimètres percé de trous. On recouvre les plaques de holzcement d'une couche de terre de 6 centimètres maintenue par le rebord en zinc.
Au bout d'un certain temps, la couche de terre se recouvre d'une végétation qu'on laisse se développer. On trouve à ce mode de toiture l'avantage d'être bien isolant et de pouvoir durer quinze ans sans réparation. Je ne crois pas que son usage se répande en France.
Les ouvertures du toit sont des fenêtres ou des lucarnes ; leur dimension doit être en rapport avec celle des pièces qu'elles desservent et avec les exigences de la ventilation de l'édifice. Le toit est de plus traversé par les cheminées et par les tuyaux de ventilation. Enfin, dans es usines, pour donner issue à la fumée et aux gaz, on laisse un intervalle libre entre les deux plans qui composent la toiture et on recouvre cette fente à l'aide d'un surtoit. Dans les habitations privées, on surmonte également la cage de l'escalier d'un lanterneau qui la ventile et l'éclairé.
Les eaux pluviales se rendent dans les gouttières placées sous les bords du toit; celles-ci les transmettent aux tuyaux de chute ou de décharge qui les déversent dans l'égout ou dans le ruisseau quand on ne les recueille pas dans une citerne. Les gouttières se font en zinc ou en tôle, les tuyaux de décharge également ; parfois cependant ces derniers sont en fonte. Dans tous les cas, ils doivent être placés à une distance de 5 à 8 centimètres du mur contre lequel ils sont appliqués ; ils doivent avoir de 8 à 16 centimètres de diamètre et être munis d'un siphon hydraulique quand ils vont à l'égout (1). L'entretien des gouttières est d'une grande importance pour la salubrité et pour la conservation des édifices. Lorsqu'elles sont obstruées ou percées par l'oxydation, l'eau s'infiltre dans le mur et rend la maison humide.
Enfin les toitures des édifices publies, des palais, des ch&teaux, sont surmontées d'un paratonnerre.
VII. Humidité des constructions récentes. — Les matériaux de construction sont pour la plupart employés à l'état humide. Le mortier, le plâtre, le ciment, les peintures renferment une quantité d'eau qu'on a estimée à 83.500 litres pour une maison ordinaire de trois étages. 11 faut que la plus grande partie en soit expulsée avant qu'on puisse l'habiter sans inconvénient. Tout le monde connaît l'inconvénient d'essut/er les plâtres. Le temps qu'exige le dessèchement varie suivant la saison et le climat; mais, d'après le3 calculs d'Ârnould, il faut un mètre cube d'air pour enlever 2*'*,4 d'eau, il en faudrait par conséquent près de 35 millions pour dessécher une maison de trois étages. L'été, il suffit de laisser les portes et les fenêtres ouvertes pour sécher les appartements ; mais l'hiver il faut bien plus de temps. Rien ne sert de chauffer si l'on ne ventile pas ; on ne fait que déplacer l'humidité. Â Paris, dans les mai-
(I) Arrêté du préfet de police du iO novembre 1886, art. n.
318 TRAITÉ D'HYGIÈNE PUBLIQUE Ef PRIVÉE.
sons en construction, on installe le calorifère le plus tôt possible et on le fait fonctionner pendant que l'édifice s'achève. On sèche ainsi les murs pendant qu'on termina les aménagements intérieurs et c'est toujours du temps de gagné.
On estime qu'il faut un an pour sécher une petite maison et deux ans pour une grande bâtisse ; mais nulle part on n'attend aussi longtemps pour occuper les appartements. On estime qu'on peut s'y loger lorsqu'un été tout entier a passé sur la construction ; mais c'est toujours une imprudence que de venir sécher les plâtres.