II. — DISPOSITION DES DIFFÉRENTES PARTIES
Les habitations particulières varient dans leur étendue et leurs dispositions suivant le climat, les habitudes et la position sociale de ceux qai doivent y vivre.
Dans les pays du Nord, tout est sacrifié à la solidité, à la protection contre le froid, le vent et la neige : murs épais, maisons spacieuses, portes solides, doubles fenêtres, poêles immenses allumés tout l'hiver et chauffant tout l'édifice. Dans les pays à bourrasques, les maisons sont bâties en vue des assauts qu'elles sont destinées à subir. C'est en Suisse surtout qu'on remarque ce genre d'habitations.
Sous les tropiques, au contraire, le but qu'on se propose est de se préserver de la chaleur et du soleil. Dans l'Inde, à Calcutta par exemple, les palais de l'aristocratie anglaise sont d'immenses b&tisses garanties contre le soleil par de larges galeries sur lesquelles s'ouvrent toutes les pièces. Des stores de vétiver sont tendus entre les colonnes qui supportent ces galeries; on les arrose tout le jour et l'évàporation de cette eau parfumée rafraîchit Tair des appartements ventilés jour et nuit à l'aide de grands éventails en forme de cloisons mobiles appelées pancas^ auxquelles un Indien invisible imprime un mouvement de pendule.
Dans nos colonies et à Bourbon notamment, les maisons situées au milieu d'un emplacement séparé de la rue par une grille sont ensevelies sous la verdure et sous les fleurs. Dans le Nord de l'Afrique, les dispositions sont différentes, mais tendent au même but. A Alger les maisons arabes sont un modèle de confortable et d'élégance originale. Ces maisons carrées, à toits plats, sans fenêtres extérieures, n'ont rien de séduisant quand on les regarde du dehors ; mais lorsqu'on entre dans la cour intérieure silencieuse, intime, entourée d'une galerie et égayée par un jet d'eau, on éprouve une sensation de fraîcheur, de calme et de bien-être qui contraste avec l'atmosphère étouffante des maisons européennes bâties par la spéculation.
La disposition des habitations est parfois commandée par des conditions toutes locales. On ne peut pas construire en pierres dans les pays sujets aux tremblements de terre, parce que les murs en maçonnerie s'écroulent comme des châteaux de carte, lorsque le volcan fait trembler le sol. Aux Antilles, les toits sont emportés par les ouragans quand ils ne sont pas bien solides et les murs en pisé ne résistent pas aux inondations. Un modèle de construction uniforme ne saurait donc convenir dans tous les pays.
I. Dimensions. — Les dimensions et la distribution des habitations privées se règlent sur la position sociale de ceux auxquelles elles sont destinées. Les hôtels, les maisons des familles riches sont confortables, et l'hygiène peut s'en désintéresser. Il n'en est pas de même des maisons de rapport bâties par la spéculation, pour loger de nombreux habitants. La place y fait toujours défaut, et les dispositions intérieures laissent souvent à désirer.
La dimension des maisons varie aussi suivant les localités. Quand les villes peuvent s'étaler, on a de la tendance à bâtir de petites maisons, à élargir les cours, à se donner le luxe d'un petit jardin. Lorsque la cité est entourée de murailles et qu'elle ne peut plus s'accroître qu'en hauteur, on est forcé de construire d'immenses bâtiments pouvant contenir de nombreuses familles. Ainsi, tandis qu'à Londres où le terrain ne fait pas défaut, on ne compte que 8 habitants par maison, il y en a 28 à Paris, 32 à Berlin, 52 à Saint-Pétersbourg et 55 à Vienne.
Cet encombrement, dans des logements superposés, est une grande cause d'insalubrité. Il vicie l'air et favorise la propagation des maladies infectieuses. La statistique Ta démontré.
Les recherches faites en 1886 à Glascow, par Russel (1), lui ont prouvé que la mortalité augmente proportionnellement au nombre des habitants que contiennent les maisons. Korosi est arrivé aux mêmes conclusions, dans un travail sur la mortalité causée à Buda-Pest par les maladies infectieuses en 1872 et 1873. Sur 1.000 individus atteints, on en compta 20 dans les logements contenant une ou deux personnes par chambre, 29 quand il y en avait de 3 à 5 par pièce, 32 quand elles en renfermaient de 6 à 10, et 79 quand le nombre d'habitants s*élevait au-dessus de 10 par chambre (2). Il est évident que dans ce cas Tencombrement n'était pas seul en cause, mais il faut reconnaître qu*il était la principale cause de ces différences. •
Lorsque les villes sont resserrées dans un espace étroit, que la population y est très dense, les maisons sont forcées de gagner en hauteur ce
(I' Russel, Vital Statixlics of Glascow, 1886.
(2) Konosi, Die Slet'blichkeit'Verhdlhnith von, Budapesl, cilé par S. Cffelmaiin, Handbuch der Hygiène^ Wi^n und Leipzig, 188U, p. 551).
qui leur manque en surface. Dans les grandes villes, les règlemenU municipaux fixent, comme nous Tavons vu, un maximum d'élé^'alkm proportionnel à la hauteur des rues. En Prusse, les maisons ne doiveDl pas avoir plus de £2 mèlres de hauteur et plus de 18 de largeur. A Paris, la hauteur maximum est de 20 mètres, à Lyon de 22, à Bruxelles de 21, à Vienne elle peut aller jusqu*à 25, en Suède elles ne doivent pas dépasser 20^,23. A Londres, on ne voyait autrefois que. des maisons basses, mais à présent, la population s'augmentant sans cesse, on a été obligé de les élever; on en fait à présent qui ont jusqu'à 13 et 14 étages, ce qui leur donne une hauteur de 40 à 50 mètres (1).
C'est en Amérique qu'on trouve les plus grandes maisons. A New-York on en voit qui dépassent 50 mètres et qui ont jusqu'à 15 étages. A Chicago, il y en a de 22 étages qui ont 85 mètres de hauteur, comme le Temple maçonnique. Une compagnie immobilière a fait bâtir un groupe de maisons de 18 étages qui s'appelle le Manhattan-Bloch, et compte généraliser ce mode de construction. L'hôtel du Nord, le théâtre de Schiller ont également 18 étages. Des ascenseurs placés aux quatre angles de U bâtisse donnent accès à tous les étages. Les constructions sont en pierre et en fer, surtout en fer et éclairées à Télectricité (2).
Dans un certain nombre de villes, les règlements ont également déterminé l'étendue maximum que doivent occuper les édifices sor un terrain d'une dimension déterminée. Les hygiénistes estiment que les bâtisses ne doivent pas couvrir plus de (i5 p. 100 de la surfaee totale.
II. Distribution. — Chacun des éléments de Thabitation a son hygiène et demande une étude particulière.
1*> Caves et soussoL — Les caves sont la condition indispensable de la salubrité d'une maison. Elles protègent le rez-de-chaussée contre l'humidité et servent de magasin. Elles sont toujours, quoiqu'on fasse, humides, froides, sombres et insuffisamment ventilées. Ce n'est pas un milieu habitable. Les familles qui sont forcées de s'y loger s'éteignent dans l'anémie et la tuberculose. Les caves de Lille ont laissé de tristes souvenirs; celles de Londres, d'Amsterdam, abritent encore une population hâve et maladive, décimée par les maladies infectieuses. A Berlin, où le dixième de la population totale loge encore dans des caves, la mortalité est plus forte dans ces régions souterraines que dans les étages plus élevés, les combles exceptés (3). Cet excédant' devient surtout sen-
(1) E. Trelat, Communication au Congrès d*hygiènc de Lonàres {Revue d'hygiène, 1991, t. 111, p. 794).
(2) Le journal VIl/ustrntio7i dans son numéro du 11 février 1893 a donné U descriptkm et le dessin de sept de ces maisons colossales.
3) Le docteur Scuwabe a communiqué aux Congrès des hygiénistes alleniaiHls, à
sible au moment des épidémies : A Budapest, Fodor et Rôzsahegyi ont constaté que les épidémies de chotéra et de fièvre typhoïde faisaient moins de ravages dans les maisons élevées sur des caves que dans celles qui en étaient dépourvues. Dans la même ville Korosi a constaté que l'habitation des caves abrège de deux à trois ans Texistence (1).
Les résultats sont moins désastreux dans les contrées méridionales où la population passe sa vie dehors, où le climat est plus sec. Ainsi, à Naples, où en 1882, sur 86.713 famijles composant la population, il y en avait 50.000 logées dans des caves sans air et sans lumière, on n'a pas signalé une mortalité égale à celles que nous venons d'indiquer.
Le projet de règlement pour la ville de Paris (2) interdit formellement d'habiter les caves. A New- York, on exige, pour permettre d'y loger, qu'elles aient au moins 2'",15 du sol au plafond et qu'elles présentent les conditions de^salubrité imposées aux logements ordinaires (3).
Les sous-sols des hôtels et des grandes maisons qu'on élève aujourd'hui sont dans de meilleures conditions. Une partie de leur hauteur est audessus du niveau de la rue; le sol est dallé, les voûtes plafonnées; les murs sont stuqués ou peints à l'huile et les soupiraux sont de véritables fenêtres fermant bien, munies de vitres et de rideaux. D'ime autre part les fourneaux des cuisines, la flamme des becs de gaz qu'il faut allumer pendant une partie de la journée pour suppléer à l'insuffisance de la lumière solaire, entretiennent dans les sous-sols une température suffisante et y produisent une certaine ventilation. Toutefois, ce n'est pas un milieu salubre et, bien qu'ils n'y couchent pas, les cuisiniers s'y anémient et y contractent des rhumatismes.
2" Rez-de-chaussée, — L'humidité et le défaut de lumière sont les inconvénients habituels des rez-de-chaussée. Lorsqu'il n'y a pas de caves sous la maison, il faut ménager un intervalle de 50 à 60 centimètres entre
Dantzig, la staiistique suivante de morlalité suivant les étages, recueillie à Berlin de 1860
Habitations. Décès pour l.(K)0 habitanis.
Cave» 25 3
Rez-de-chaussée 22.0
Premier étage 21 . 6
Deuxième étage 21.8
Troisième étage 22. 6
Quatrième et au-dessus 28 . 2
Si la mortalité e; t plus forte dans les étages supérieurs, c'est qu'ils sont habités par des pauvres, tandis que les caves donnent asile à des gens plus aisés, à des boutiquiers, des marchands de comestibles et de boissons.
(I) Abnould, Nouveaux élémenU d'hygiène {loc. cit.), p. 536.
(2] Voyei pour tout ce qui touche à la réglementation des constructions : Gustave Jourdan, Pouvoirs des maires en matière de salubrité des habitations^ Paris, 1890, p. 15.
(3) A.-J. Marti?! et Louis Massow, Réglementation des habitations à New-York {Revue cThygiène et de police sanitaire, 1886, t. VIII, p. 317).
le sol et le parquet et le remplir avec des scories, des graviers bien secs ou des fragments de briques ; jamais le plancher ne doit reposer sur le sol ni être placé sur des lambourdes encastrées dans la terre. Cette disposition est réglementaire en Angleterre. Un espace vide d'au moins 8 centimètres doit exister sous la maison et communiquer librement avec Tair extérieur.
Les parquets doivent être plus solides et mieux joints que dans le reste de la maison, et il est de règle de donner 20 ou 30 centimètres en hauteur de plus au rez-de-chaussée qu'aux étages, ce qui rend réclairage et Taération plus faciles. A Paris, toute loge de conciei^e doit avoir an moins 30 mètres cubes,
3<» Etages. — A Paris le décret du 24 juillet 1884 limite le nombre des étages à sept y compris Tentresol. En Prusse, les maisons ne doivent pas en avoir plus de cinq, y compris les mansardes. A Edimbourg celles qui en ont dix ne sont pas rares et nous avons vu qu'en Amérique on allait beaucoup plus loin.
La hauteur des étages est fixée par des règlements dans la plupart des Etats de l'Europe. En Prusse, elle doit être de 2^,75 au moins dans les villes de plus de 7.000 âmes et de 2'",60 dans celles qui sont moins peuplées. En Belgique, la limite est de 2"',60 à 2",80, sauf pour les entresols qui doivent avoir 3 mètres de hauteur. A Paris, le rez-de-<;haussée ne doit pas avoir moins de 2'",80 sous plafond et les autres étages 2",60, entresol compris (1).
Dans les constructions récentes, l'espace est si parcimonieusement ménagé qu'on fait en général les chambres beaucoup trop petites. Tout est sacrifié à la réception, au salon et à la salle à manger. Dans les familles peu aisées, on fait souvent coucher plusieurs personnes dans la même pièce. Les hygiénistes pensent que les chambres à coucher devraient toujours avoir au minimum 25 mètres cubes par personne, sans compter l'espace occupé par les meubles et les objets de toute sorte dont on a la mauvaise habitude d'encombrer les appartements. Il est rare que cette règle soit respectée.
La dimension des fenêtres doit être en rapport avec celle des pièces qu'elles éclairent. A New- York, elles doivent avoir dans leur ensemble au moins le dixième de la superficie totale. Les fenêtres doivent avoir leur partie supérieure à 2"',28 au minimum au-dessus du plancher et s'ouvrir entièrement. La plus petite chambre à coucher doit avoir une fenêtre au moins d'un mètre carré.
Les alcôves sont condamnées par l'hygiène. Les Anglais les proscrivent d'une manière absolue dans leurs habitations ouvrières. Rien n'est plus insalubre que ces recoins où l'air ne se renouvelle pas, où le dormeur vit dans une atmosphère confinée. Du reste, la mode en est
(1) Décret du 23 juillet 1884, article viii.
L*HABITATI0N. 3â3
passée. Un n'en fait plus dans les maisons neuves et, dans les chambres à coucher élégantes, on place le lit perpendiculairement au mur, pour qu'il soit accessible des deux côtés. Les placards sont également proscrits par rhygiène, parce que Fair ne s'y renouvelle pas et que les provisions s'y lurent. Les armoires mobiles sont préférables.
Les cheminées, malgré les progrès du chauffage, sont encore nécessaires dans les chambres à coucher. En France, les règlements exigent qu'elles soient en matériaux incombustibles ; ils déterminent la hauteur à donner aux tuyaux de fumée et défendent de les pratiquer dans les murs donnant sur la voie publique (1). L'ordonnance de police du 15 septembre 1875, concernant les incendies, prescrit de disposer les cheminées et les autres appareils de chauffage, de façon à ce qu'ils puissent être visités et nettoyés facilement; elle interdit de les adosser à des pans de bois ou cloisons, sans les en isoler par une charge de plâtre d'au moins 16 centimètres et prescrit de placer, sous leurs foyers, des trémies en matériaux incombustibles, dont ils fixent la largeur (2).
Tous les tuyaux de cheminée doivent s'élever isolément jusqu'au faite de l'édifice. Lorsqu'ils ^'abouchent, comme cela arrive encore dans les vieilles maisons, ils rendent les deux pièces solidaires; lorsqu'on fait du feu dans Tune, la fumée et les gaz de la combustion peuvent redescendre dans l'autre, en renversant le courant à partir du point de jonction. Des accidents mortels ont souvent eu lieu de cette façon, ainsi que nous le verrons, lorsqu'il sera question du chauffage.
Dans les appartements confortables, chaque chambre à coucher doit avoir son cabinet de toilette, c'est-à-dire une petite pièce à côté de la grande, avec armoires, garde-robes, toilette et lavabo, avec arrivée d'eau au-dessus de la cuvette et décharge directe. Nous reviendrons sur ce dernier point à l'occasion de la distribution d'eau dans la maison.
Dans les appartements complets, on ferait bien d'installer une chambre de malade, bien isolée des autres, donnant sur la cour ou le jardin, ayant au moins les 30 mètres cubes exigés dans les hôpitaux et pourvues de deux fenêtres avec vasistas ou vitres perforées. Les angles de la pièce seraient arrondis, au point d'intersection des murs et du plafond ; les murs seraient stuqués et le plancher imperméabilisé comme dans les hôpitaux (3). Cette chambre serait occupée en temps ordinaire et ne recevrait sa destination spéciale qu'en cas de maladie infectieuse.
4** Combles. — Les mansardes et les greniers sont aussi indispen-
(\) Arrêts de la Cour de cassation des 16 novembre 1837, i3 avril 1849, 30 mai 184V, 14 mars 1833, 17 janvier 1815, 13 mars 1852, 6 avril 1867 (Gustave Jourdan, Pouvoir des maires [loc. a7.), p. 22.
(2) Ordonnance de police du 15 septembre 1875, concernant les incendies (Gustave JOUR- PAH, Pouvoir des maires {loc. cit., p. 77).
(3) F. et E. PDTIEY8, L'hygiène dans la construction des habitations privées {loc. cit.), p, 9i.
324 TRAITÉ D'HYGIÈNE PUBLIQUE fT PRIVEE.
sables dans une maison bien installée que les caves et le sous-sol. Ils Fassèchent par le haut, comme les autres par le bas et laissent circuler au-dessus des étages une couche d'air qui les ventile et y maintient une température uniforme ; mais ce sont de mauvais logements, trop chauds en été, trop froids en hiver et cela surtout dans les habitations modernes qui on{ des toits métalliques à faible pente. On peut pallier cet inconvénient en disposant entre la toiture et le plafond de la mansarde, un vasistas d'air ou une couche de laine de scories. Cette substance isolante recommandée par M. Bourrit (de Genève), est légère et ne charge pas les plafonds. Elle a la même composition que les scories des hauts fourneaux, résiste comme elles aux températures les plus élevées et constitue un moyen de protection peu dispendieux. Le calfeutrage en laine de scories coûte de 3 fr. 50 à 4 fr. 50 le mètre carré (1). Le ciment ligneux ' de M. G. F. Weber (de Leipzig) ou celui de M. Hausler (de Hirrschbeiy), peuvent atteindre le même but.
La ventilation des combles est facile à réaliser, il suffit de multiplier les ouvertures et, comme on nVst pas gêné par la symétrie, on peut choisir entre les fenêtres, les lucarnes et les tabatières, ou les employer concurremment.
Quoiqu'on fasse, les mansardes constituent toujours de mauvais logements. On y relègue les domestiques dans les grandes maisons ; on les loue à de pauvres familles dans les autres et cela ne vaut pas mieux, il est inhumain de faire loger sous les toits et d'exposer à tous les extrêmes de température des femmes qui passent leur journée à la cuisine, à l'office ou dans les chambres à coucher ; il est immoral de les exposer à la promiscuité de cette partie de la maison où toute surveillance est impossible, où elles se perdent très souvent. En France comme en Angleterre on se préoccupe de cet état de choses, et il est convenu en principe que les ingénieurs installeront à l'avenir le logement des domestiques à côté de celui des maîtres.
Quand les mansardes sont louées à des familles pauvres, il en résulte des dangers d'une autre nature ; c'est l'encombrement, la viciation de Tair, la malpropreté et la propagation des maladies infectieuses qui en est la conséquence. Nous avons vu plus haut combien la mortalité y est élevée, à lk»rlin, d'après la statistique de Schwabe. Vircho>%* a émis l'opinion que la nécessité de gravir plusieurs fois par jour quatre ou cinq étages devaient compromettre la grossesse des femmes qui habitent à cette hauteur, et Sommerbrodt a constaté que le chiffre des mort-nés avait augmenté à Berlin, en même temps que le nombre des maisons de quatre étages. Il est impossible de leur éviter cette fatigue, car le moment où toutes les maisons seront pourvues d'ascenseurs est encore loin de
(I) II. RouRRiT (de (ieiièvc), Communication an Congrès mtemational (Vkygiène fft de dèmoyraphie df: (tVwét'e (Comptes-rendu du Congrès, t. II, p. 373).
nous; mais on peut diminuer les dangers de rencombremeht en augmentant la hauteur des combles, en revenant, comme le proposent les frères Pufzeys, à la conception de Mansard, et en leur donnant au minimum 2» ,50 de hauteur.
^ Cuisines. — Il y aurait grand avantage pour Thygiène à ce que la cuisine put toujours être placée en dehors de l'appartement. C'est ce qui se fait aux colonies. Dans quelques cottages anglais on la place sous le toit. Dans les grands hôtels, on Tinstalle dans le sous-sol avec toutes ses dépendances. Elle est au rez-de-chaussée, à côté de Toffice et de la salle à manger, dans les petites habitations bourgeoises. Dans les grandes maisons de rapport, où chaque étage loge une ou plusieurs familles, chaque appartement a sa cuisine à Tétage et c'est toujours la pièce sacrifiée. Petite, sombre, mal aérée, donnant sur la cour, elle devient une cause d'insalubrité par la vapeur d'eau, la fumée, l'oxyde de carbone qui se dégagent des fourneaux, par l'odeur des débris alimentaires. Pour pallier ces inconvénients, il faut que les cuisines soient éloignées des chambres à coucher, qu'elles aient un cubage de 40 mètres pour un appartement ordinaire, et une large fenêtre dont la partie supérieure puisse s'ouvrir isolément. Il faut que le fourneau et le foyer aient un tirage puissant.
Pour faciliter l'évacuation des vapeurs et des gaz, Degen recommande remploi d*un manteau de cheminée en maçonnerie enveloppant le tuyau de fumée, séparé de lui par un intervalle de 25 centimètres environ et d*une hotte en tôle couvrant tout le fourneau. L'espace compris entre le manteau et le tuyau de fumée étant toujours chauffé, il s'y établit un courant ascendant qui entraine les gaz et les vapeurs (1). Quand la pièce est chauffée au gaz, on peut, suivant le conseil du général Morin, l'utiliser pour le tirage, en allumant un ou doux becs au bas de la cheminée, pendant la cuisson des aliments (2).
Les pierres d'évier sont une cause d'infection, lorsqu'elles ne sont pas bien installées et tenues avec soin. Il faut qu elles soient surmontées d'un robinet à eau et que leur tuyau de chute soit muni d'un siphon hydraulique. Il doit en être de même des vidoirs.
tt° Salles de bains. — Toutes les maisons confortables qu'on bâtit aujourd'hui dans les grandes villes sont pourvues d'une salle de bains par appartement. Cette petite pièce doit cuber au moins 23 mètres et avoir au minimum 3 mètres de hauteur. Elle doit être bien éclairée et bien ventilée pour que les buées soient facilement entraînées. F. et E. Putzeys conseillent de la placer près de la chambre de malade, de la daller et d'en fevjôtir les murs jusqu'à la hauteur de 1"S50, av(»c des plaques d'ardoise, des carreaux ou du stuc. L'eau du bain et le linge
(!) F. et E. Potzeys (loc, cit.), p. 100.
(2) Général MoRiM, Manuel du chauffage et de la ventilation, Paris, 1868, p. 107.
sont chauffés à Taide d'appareils dont nous nous occuperons plus tard, le tuyau qui sert à vider la baignoire doit être muni d'un siphon hydraulique comme celui de Tévier.
7° Cabinets cV aisances. — Ce réduit qui laissait tant à désirer dans les vieilles maisons, est la partie de l'appartement qui a le plus bénéricié des progrès de Thygiène contemporaine. Autrefois, on le reléguait dans un coin de la cour ou du jardin. C'est ce qui se fait encore en Amérique. Il faut pour s'y rendre s'exposer aux regards, braver les intempéries, et cette relégation a pour conséquence presqu'inévitable l'abus de la chaise percée.
En France, le cabinet fait partie de l'appartement. Chaque logement a le sien, même dans les habitations ouvrières qu'on bâtit aujourd'hui, et c'est la condition à laquelle les hygiénistes tiennent le plus. Dans les grandes maisons, il est éloigné des pièces de réception, placé au fond d'un petit corridor spécial et précédé d'un petit vestibule; mais on ne va pas, comme le demandent les frères Putzeys, jusqu'à exiger une séparation absolue entre ce réduit et le corps du bâtiment, il est plus ou moins spacieux suivant les maisons; mais il doit toujours être éclairé et ventilé par une fenêtre de dimensions suffisantes. C'est une condition sine qua non pour qu'il soit tenu proprement et qu'il ne répande pas de mauvaises odeurs. Ce double résultat peut être atteint aujourd'hui grâce aux appareils perfectionnés que nous décrirons plus loin.
8® Escaliers, Paliers. Corridors. Ascenseurs. — Ces moyens de communication entre les différentes parties d'une même maison sont sacrifiés dans les habitations bâties à l'économie, mais on y attache au contraire un soin particulier dans les maisons de luxe. Au point de vue de l'hygiène, ils accroissent la surface habitée et servent à renouveler l'air des chambres. Ils représentent dans leur ensemble un appareil de ventilation destiné à assainir l'édifice tout entier. Il faut pour cela qu'ils soient suffisamment spacieux et éclairés par de larges fenêtres ou couronnés par des lanterneaux à parois mobiles. Ces conditions sont trop rarement remplies, même dans les maisons modernes.
Les escaliers doivent être larges et faciles à gravir. Cette dernière condition est indispensable dans les grandes villes à population dense, où il faut monter chaque jour un grand nombre d'étages : C'est une fatigue pour tout le monde, un danger pour les personnes atteintes d'affections du cœur ou des poumons, l/aclion de monter, indépendamment de la dépense de force musculaire qu'elle exige, accélère les mouvements respiratoires et les battements du cœur, comme le fait la course. Nous avons vu que Virchow considérait Tascension de nombreux étages, comme une cause possible d'avortement. Les architectes doivent donc adoucir la pente des montées, en multipliant les paliers et en abaissant la hauteur des marches. Plus il y a de hauteur à gravir et moins il doit y avoir d'escarpement.
Les marches se font généralement en bois par économie. Les degrés de pierre donnent moins de poussière, offrent moins de danger en cas d'incendie, mais ils coûtent plus cher. Quant aux escaliers de marbre, on n'en voit que dans les palais. Dans les habitations collectives où les escaliers sont très fréquentés, on garnit quelquefois le bord des marches d'une lame de métal pour en empêcher l'usure. Cette précaution les rend glissantes et multiplie les chutes.
Depuis quelques années, toutes les maisons neuves de quelqu'importance, sont pourvues d'un ascenseur qui épargne, aux habitants et aux visiteurs, la peine de monter les étages. C'est une excellente innovation, et l'hygiène ne peut qu'y applaudir. Elle n'a contre elle que la frayeur qu'elle inspire aux personnes timorées, les accidents qui deviennent de plus en plus rares, et la consommation d'eau qu'il faudra faire entrer en ligne de compte lorsque ces appareils se généraliseront, ainsi que cela ne peut pas manquer d'arriver, dans un avenir prochain.
IV. Dépendances. — Lés habitations particulières sont toutes pourvues de cours plus ou moins spacieuses ; les grandes maisons ont de plus des remises, des écuries et parfois des jardins.
1<> Cours. — La dimension des cours est essentiellement liée à la salubrité des habitations. Dans les villes où la population est très dense, les maisons hautes et rapprochées, les cours ne sont souvent que des puits, de simples fentes entre d'énormes bâtisses, ne laissant parvenir que de l'air vicié et une lumière insuffisante dans les pièces situées sur le derrière. A Paris, un grand nombre de cours ne présentent pas le dixième de la surface des bâtiments qui les entourent (1). Dans presque tous les pays cependant, la législation sanitaire a pris des dispositions à cet égard. En Ecosse, les cours doivent être ouvertes par derrière, de manière à ce que le soleil donne en plein sur le mur dossier. En Suède, la cour doit avoir une surface au moins égale à la moitié de l'espace couvert par les bâtiments, lequel ne doit pas être inférieur à 480 mètres carrés. A Vienne, les courettes situées devant un mur ou une cuisine doivent avoir au moins 12 mètres carrés de surface ; celles qui éclairent un corridor ou un cabinet d'aisances, au moins 6 mètres. En Belgique, on laisse au Collège des bourgmestres et aux échevins, le soin de déterminer la dimension des cours.
Le décret du 23 juillet 1884 (2) a fixé pour Paris les dimensions des cours par les articles 16, 17, 18, 19 et 20. 11 exige qu'elles aient au moins 30 mètres de surface dans les immeubles dont les bâtiments ont moins de 18 mètres, 40 mètres quand ils dépassent cette élévation et
M) Rapport sur la salubrité des habitations, par une Commission composée de MM. A. Petit, Trébachet et Rohault, rapporteur. Paris, 1832.
(2i Voir pour le texte de ce décret, J. Jourdan, Pouvoir (Us maires en matière de salubrité des habitations {loc. cit.), p. 67,
60 lorsque les ailes de ces bâtiments ont également une hauteur de plus de 18 mètres. Les courettes servant à éclairer et à aérer des cuisines doivent avoir au moins 9 mètres de surface et 4 mètres lorsqu'elles sont exclusivement destinées à donner Tair et la lumière à des cabinets d'aisance, à des vestibules ou des couloirs. Des dispositions analogues se retrouvent dans les règlements municipaux des principales villes de France.
En 1875, la Société allemande d'hygiène publique s*est occupée de la question et a fixé avec le plus grand détail les rapports qui doivent exister entre la surface des cours et la dimension des édifices (1). Elle s'est efforcée de concilier les exigences de l'hygiène avec la situation des villes anciennes dans lesquelles aucune règle n'a été antérieurement observée.
Le général Morin a proposé pour ventiler les cours trop étroites, de les couvrir, à la hauteur du premier étage, d'une toiture vitrée formée par un seul plan incliné et munie à sa partie la plus élevée d'une haute cheminée au bas de laquelle on établirait un bec de gaz brûlant jour et nuit et déterminant, par son tirage, un courant d'air suffisant pour renouveler celui de la cour (2),
Cette partie de l'habitation doit être entretenue avec le plus grand soin, elle doit être lavée fréquemment à grande eau et pour cela, il faut qu'elle soit dallée, pavée ou asphaltée, qu'elle présente une pente suffisante pour que les eaux s'écoulent facilement jusqu'au caniveau, qui doit les conduire à la rue ou jusqu'à la conduite de l'égout.
2» Ecuries. - Les hôtels et les maisons particulières ont rarement plus de trois ou quatre chevaux, luxueusement installés dans d'élégantes écuries, où l'hygiène ne trouve rien à redire et n'a pas de surveillance à exercer. 11 n'en est pas de même de celles qui renferment une véritable cavalerie, comme on en trouve chez les loueurs de voitures et de chevaux, dans les manèges et les cirques, dans les grands magasins comme C(mx du Louvre et du Bon-Marché, et enfin dans les dépôts des Compagnies d'omnibus et de petites voitures. Ces écuries-là sont dans les mêmes conditions que celles des quartiers de cavalerie et demandent la même surveillance. Elles sont très nombreuses à Paris. En 1887, Armand (ionbaux fut chargé par le Préfet d(^ police de faire une enquête sur les grandes écuries du département de la Seine. Il visita les 44 dépôts de la (iOmpagnie des Omnibus, 11 des 19 dépôts des petites voitures, les écuries des principaux manèges, celles de la Société du gros camionnage et (h* la C* L(*sage. Ces dépôts renferment chacun de 300 à 1.000 che-
(1 j Vt'hvvdv' liyijicnischeii Anfovdenmgrn an Seuhauten zunâchst in neueti Quartiertn ffi-nss^rrr Stt'hitc. - Bericht ffvs Ausschusses tiffer die 3^' versnmml des deustch, Vereins fur o/ft'nfl. (ifstindheitiip/fege zu Mûnchcn [Deutsche Vierteljahr^ fur off. Gesundh^