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V. — ÉCLAIRAGE

La lumière exerce une influence favorable sur presque tous les êtres vivants. Son action bienfaisante est incontestable pour les animaux supérieurs et notamment pour l'homme. Les ouvriers qui vivent dans l'obscurité et qui travaillent à la lumière artificielle comme les mineurs, les égoutiers, les caliers sont d'une pâleur caractéristique qui les fait reconnaître à première vue. Les familles qui vivent dans des rez-dechaussée obscurs, dans des caves, sont la proie de la tuberculose ; il est vrai que l'humidité et la vicîation de l'air y contribuent beaucoup -plus encore que le manque de lumière ; mais enfin, il est incontestable qu'une des conditions que l'hygiène a le plus d'intérêt à rechercher dans les habitations, c'est qu'elles soient convenablement éclairées.

La lumière artificielle à laquelle l'homme a recours pour suppléer celle du soleil quand elle fait défaut, ne peut pas la remplacer au point de vue de l'hygiène. Bien que de Candolle ait remarqué que la lumière des lampes a quelqu'action sur les fonctions de l'économie ; bien que Siemens et Deherain aient prouvé que la lumière électrique active les phénomènes de la végétation, tout le monde peut constater que les personnes qui, par suite de leur profession ou de leurs habitudes, vivent dans des milieux artificiellement éclairés, n'ont pas le coloris, la fraîcheur et l'air de santé de celles qui vivent en plein air et à la lumière du soleil.

Nous n'insisterons pas sur ce sujet, pas plus que sur l'étude de la lumière en elle-même. Cette dernière est du ressort de la physique, et l'action de la lumière sur les êtres vivants appartient à la physiologie, il suffit à l'hygiène de constater que son influence est indispensable à la santé, pour pouvoir exposer d'une façon utile les lois de l'éclairage, qu'il soit pâture} ou artificiel.

A. Eclairage naturel. — I. Sources de l'éclairage .naturel. — L'éclairage diurne est produit par le soleil seul, réclairage nocturne par la lune et les étoiles.

i<» Lumiûre solaire, — Son intensité, son éclat, sont incomparables. L'éclairement qu'elle produit est égal à celui de soixante mille bougies placées à un mètre de distance (Wollaston et Thompson). Cette intensité est à son summum à midi et lorsque le temps est très clair. Ses variations ont pour cause unique Tatmosphèrc céleste qui absorbe la lumière, par les gaz, les vapeurs et les poussières qu'elle contient. Leur effet est d autant plus prononcé que la couche atmosphérique traversée par les rayons solaires est plus épaisse, ou en d'autres termes, que ces rayons sont dirigï'S plus obliquement par rapport à la surface du sol. C'est pour cela que la lumière du soleil est d'autant plus vive qu'il est plus près du zénith, et qu'on se rapproche davantage de l'équaleur. Son summum d'intensité est à midi sous la ligne. C'est le lieu et l'instant où les rayons tombent perpendiculaireuKMît sur la terre, où la mâture des navires ne fait plus d'ombre.

Les nuages interceptent une quantité de lumière d'autant plus grande qu'ils sont plus épais.

L'action du soleil n'est pas toujours directe. Elle peut s'exercer par l'intermédiaire de la voûte céleste et par diffusion.

L'éclat d(^ la voûte céleste est incomparablement moindre que celui du soleil ; on peut s'en convaincre lorsque cet astre est encore au-dessous de l'horizon. Au moment où son disque apparaît, l'int^^nsité de la lumière augmente subitcîment et elle diminue de même lorsqu'il se cache. Ce contraste est surtout sensible» dans les régions intertropicales.

L'éclairement par diffusion est le résultat de l'action tles surfaces sur lesquelles tombe la lumièn» solaire. Elle est d'autant plus vive que la couleur de ces surfaces s(^ rapproche davantage du blanc. Elle a surtout une grande importance dans les villes où la presque totalité de la voûte céleste est cachée par les maisons, où les rayons directs sont presque partout interceptés, où l'éclairement des habitations ne se pro<iuit guère que par la diffusion sur les bâtiments voisins.

2° Kdairatjc nocturne, — Il est dû à la lumière de la lune et à celle des étoiles. Cette dernière n'est pas une quantité négligeable, ainsi qu'on peut s'en rendre compte lorsqui^ la lune n'est pas au-dessus de l'horizon. La lune, d'après les calculs de William Thomson, éclaire 300.000 fois moins que le soleil. 11 estime sa lumière à 0,11) bougies-mètres, alors qu'elle brille de tout son éclat ; mais il faut que l'atmosphèn» soit limpide (^t le plus souvent la clarté est masquée par les nuages ; cept^ndant il ne fait jamais complètement nuit en rase campagne. L'action de la voûte céleste ainsi que la réflexion du sol, sont presque nulles, la nuit ; aussi, les objets (jui ne n^çoivent pas directement la lumière lunaire ne sont-ils pas éclairés : les ombres sont crues, et les couleurs peu distinctes. Celle

qui domine est le bleu et c'est de là que provient la teinte générale de l'éclairage lunaire.

II. Conditions de l'éclairage naturel. — En rase campagne, Téclairement est le produit complexe de l'action directe du soleil, de celle de la voûte céleste et de la réverbération du sol. Il est toujours suffisant et souvent il faut se garantir contre son excès d'intensité ; dans les habitations, au contraire, c'est contre l'obscurité qu'il faut lutter. La première condition à remplir pour cela consiste à donner assez de largeur aux cours et aux rues pour que la lumière émanant de la voûte céleste et les rayons du soleil puissent arriver dans les appartements et qu'on ne soit pas réduit, comme cela se voit si souvent, à se contenter de la lumière diffuse, de celle qu'Emile Trélat appelle la lumière jnorte, La seconde consiste à donner aux édifices des ouvertures suffisantes et bien disposées. Nous sommes à cet égard dans une voie de progrès manifeste. Les larges baies des maisons modernes ne ressemblent pas plus aux fenêtres étroites d'autrefois que leurs grandes glaces sans tain ne ressemblent aux petits vitraux sertis de plomb dont il fallait se contenter jadis (1), que nos larges voies ne ressemblent aux ruelles du moyen-àge. Nos appartements seraient très suffisamment éclairés, si l'on ne prenait pas à tâche de les assombrir avec des rideaux épais et des tentures de couleur foncée.

!• Habitations privées. — On se contente, en général, dans nos maisons, des fenêtres verticales pratiquées dans la façade et le mur dossier. M. Emile Trélat veut qu'elles occupent le quart de leur surface (2) et que le linteau soit placé le plus haut possible, parce que la lumière la plus favorable est celle qui vient d'un point intermédiaire au zénith et à l'hori- «on, sous un angle de 35 à 40 degrés. Or, pour que la lumière arrive avec celte incidence, jusqu'au fond d'une chambre de 4"s50 de profondeur, il faut que la fenêtre ait trois mètres de haut.

Le tableau ci-dessous, tracé par M. E. Trélat indique l'influence de la hauteur et de la largeur d'une fenêtre dans une pièce ayant 3 mètres de profondeur sur 2 mètres de hauteur.

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