‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 68 sur 141 · LARGEUR · texte numérisé non relu

LARGEUR

SI'RFACE

VOLUMS

traversé

par

la lumière

de la baie

ji'éclai-

rage.

du plancher éclairé.

du mur éclairé.

Baie étroite et basse

Baie élanrie

2ni2 40 3 60 3 60

lm37i

Baie exhaussée

(1) La somme de lumière que fournit une fcnôtre dépend beaucoup de la qualité du verre. Les expériences de Douglas-Galton ont prouvé qu'une glace polie de 7 milliinètres d*épaisseur intercepte 13 p. iUO do la lumière ; le verre eu feuilles, 22 pour 100 ; la glace coulée 30 pour iOO et la glace laminée (4 corrugations par 27 millimètres) 53 p. 100.

^2} 11 c»t généralement reconnu que la surface des fenêtres doit représenter le cin-

L'action des rayons solaires est trop intense pour qu'on paisse les laisser entrer librement dans les pièces qui y sont directement exposées. Pour en atténuer les effets on a recours à des persiennes qu'on peut ouvrir ou fermer, à des jalousies dont on peut incliner plos ou moins les lames, à des stores, à des rideaux. Nous avons déjà dit l'abus qu'on fait de ces derniers, il faudrait se contenter de simples rideaux do mousseline, et lorsqu'on a recours à des stores, les dérouler de haut en bas, pour laisser entrer la lumière par la partie supérieure. Cela se fait, d'après Arnould, dans quelques écoles en Autriche ((). M. Trélat a décrit et figuré un arrangement de draperies assez gracieux, dans lequel un rideau unique, glissant dans toute la largeur de la fenêtre, peut se ramener d'un côté de manière à ne boucher que la moitié inférieure de la baie d'éclairage.

Quoi qu'il en soit et quoi qu'on fasse, la lumière directe des rayons du soleil est gênante lorsqu'elle pénèlre jusqu'au fond des appartements ta milieu de la journée ; aussi dans notre hémisphère préfère-t-on, pour les pièces où Ton travaille, l'exposition au nord, qui ne les expose qu'aux clartés de la voûte céleste. Elle est de rigueur pour les ateliers des peintres, qui ont besoin d'une lumière uniforme, abondante, tombant d'en haut, entrant par une large baie élevée au-dessus du plancher et que ne trouble aucune réverbération venant des parois ou do parquet. Elle convient également au cabinet de Thomme d'études, aux bureaux du négociant, du banquier, à la chambre de couture, tandis que les chambres à coucher, les salons, la salle à manger seront plus avantageusement exposées au soleil dont les rayons sont des agents d'assainissement pour ces pièces dans lesquelles l'air est soumis à des causes périodiques de viciation (2).

2® Habitations collectives, — Les habitations collectives, comme les casernes, les prisons, les hôpitaux, peuvent recevoir la lumière de tous les côtés ; pour ces derniers, il est nécessaire d'avoir dos rideaux aux fenêtres ; on peut s'en passer pour les autres. Les seuls locaux pour lesquels il y ait lieu de s'occuper sérieusement de l'éclairage sont les ateliers et les écoles.

Ateliers, — Les ateliers où s'accomplissent des opérations délicates ont besoin de beaucoup do lumière, mais il faut qu'elle soit à l'abri des perturbations causées par les rayons directs du soleil se croisant en divers sens et amenant des changements incessants dans l'éclairage. Pour obtenir ce résultat, on a renoncé aux fenêtres latérales, on éclaire les grandes salles par le haut. Dans le principe, on avait eu recours à une

quième, ou au moins le sixième du plancher. R. Baumeister estime que les fenéires doivent avoir au moins un mètre carré par 30 mètres cubes de capacité (F. et E. Putzets, Un, cit., p. 255).

(i) J. ÂRtfOULD, NoHveatix éléments ff hygiène (/oc cit,), p. S6S.

(2) F. et£. PVTZEYS, lov. et/., p. 353.

Mture en verre dépoli couverte par un tanternoau en verre transparent; mais aujourd'hui on prt'rtTe le toit en tlenls de scie (fig. 83). Il est peu flatteur pour le coup d'œil, mais très satisfaisant pour l'éclairage ; îl ne Test pas autant pour l'aération et Arnould regrette, au point de vue de la salubrité, les grandes fenêtres latérales par lesquelles l'air el la lumière se précipitant à la fois.

Ecoles. — Pour les écoles, lu question a plus d'importance encore. La

myopie scolaire est une des conséquences les plus regrettables de notre

mauvais système d'éducation, el rinsuffisancc de ta lumière dans lea

classes, est une des causes qui contribuent le plus à la produire. Le fait

n«été démonlré par la statistique en Suisse, en Angleterre, en Amérique

Kt surtout en Allemagne, le pays classique de la myopie ; il a été constaté

litvctemeut à bord des vaisseaux-écoles de ta marine, le Borda el VAusferlits, où le peu de hauteur des batteries, le ciel sombre qui pèse resque en tout temps sur la rade de Brest, rendent l'éclairage diurne idifficile.

Pour qu'une classe soit suffisamment éclairée, il faut que, dans les points les plus obscurs, on puisse lire sans difficulté un livre imprimé en caracti're diamant. La commission de l'hygiène des écoles de 1882 s demandé qu'un œil placé au niveau do la table, à l'endroit le moins favorisé, puisse voir directement le ciel dans une étendue verticale de 30 centimètres au moins comptée à partir de la partie supérieure des fenêtres.

Il ne suffit pas que la lumière soit suffisante, il faut encore qu'elle vienne dans une bonne direction. Ou ne peut pas la faire tomber d'en haut, comme dans les ateliers, parce que la tête des écoliers projetterait son ombre sur leurs livres et leurs cahiers. On ne peut pas, pour le même motif, la faire venir par derrière. Si on plaçait la fenêtre devant les ékS'es, la lumière les aveuglerait et les empêcherait de voir la figure du

maître, les cartes de géographie, les tableaux placés sur le mur du fond. Il faut donc que la lumière vienne de côté et la question se pose entre l'éclairage unilatéral et le bilatéral. Le premier a pour lui Tautorité de M. Trélat et de presque tous les hygiénistes allemands (Réclam, Varrentrapp, Erisman, Gros, Fahrncr, Cohn, Zwez, Wiel et Gnem), le second a pour dérenseurs MxM. Gariel et Javal ; nous ne pouvons reproduire ici la discussion un peu théorique qui eut lieu sur ce sujet à la Société de médecine publique en 1877 (1), il nous suffira de dire que Téclairage unilatéral a prévalu et qu'on y a recours partout où il est applicable, car il exige certaines conditions qu'on ne peut pas toujours réaliser dans tout un groupe scolaire. 11 faut d'abord que la lumière vienne degauclie, pour que les enfants n'aient pas la main dans leur jour ; il faut de plus que ce c6té de la salle ne soit pas exposé directement aux rayons solaires, afin qu'on ne soit pas obligé de manœuvrer incessamment des rideaux ou des stores ; il faut enfm que la salle ait une hauteur suffisante pour que la lumière puisse arriver jusqu'aux places les plus éloignées des fenêtres. Pour avoir une section d'éclairage aussi grande que possible, M. E. Trélat les réunit toutes en une seule baie, en supprimant les trumeaux. Quant à la ventilation, on Tobtient à l'aide de fenêtres pratiquées dans la paroi opposée, fermées avec des volets pendant les classes et qu^on ouvre largement dans l'intervalle de celles-ci pour laisser entrer Taîr et le soleil.

B. Eclairage artificiel. — La lumière artiTicielIe n'a ni la puissance, ni Téclat, ni les propriétés hygiéniques de la lumière naturelle ; elle élève la température et vicie; l'atmosphère confinée dans laquelle on Tentretient ; toutefois, avec Téclairage électrique, C(*t inconvénient est réduit au minimum. T^*s moyens de produire la lumière artificielle sont de deux sortes: la combustion, Télectricité.

I. EcLAiRAf.K PAR LKS FLAMMES. — Tous Ics corps qui peuvcut cn brûlant produire une lumière vive sont des carbures d'hydrogène. Ils ne brûlent qu'à Tétat gazeux ; il faut au préalable qu'ils fondent s'ils sont solides et qu'ils se gazéifient s'ils sont primitivement liquides. Sous l'influence de la chaleur et de l'oxygène de l'air, le carbure d'hydrogène se décompose, le carbone brûle d'abord, l'hydrogène ensuite.

La flamme se compose de trois parties : l'une centrale sombre, et froide, l'autre moyenne lumineuse», la troisième la plus extérieure tri^s chaude, mais peu lumineuse. Le carbone brûle dans la zone brillante et l'hydrogène dans la zone chaude. On a cru pendant longtemps et certains physiciens professent encore que la luminosité est due aux molécules de charbon qui existent dans la flamme en particules très ténues et devien-

(1) Bulletin fk la Socidld de médecine publique et d'hygiène professionnelle, 1877, p. 32, 112.

nent incandescentes avant de passer à Tétat d'acide carbonique ; mais Frankland,Tyndall, Landolt, Hilgard, Erismann ont prouvé le contraire. L'éclat de la flamme est produit par des vapeurs denses d'hydrocarbures supérieurs (1). L'intensité de la lumière est en rapport avec la température de la flamme et le degré de pression de l'air.

Les substances employées pour l'éclairage sont solides, liquides ou gazeuses.

I*> Substances solides. — On emploie, pour l'éclairage, le suif, la stéarine, la cire, le blanc de baleine, la paraphine et la résine.

Chandelle, — C'est la forme sous laquelle le suif est brûlé (2). Une chandelle des six (à la livre) perd en brûlant il grammes de son poids par heure ; elle chauffe, en une heure, 3°<' 560 d'air de 0* à 100°. Un kilogramme de suif réclame pour brûler iO"« 352 d'air. La combustion est très incomplète ; elle laisse passer des gaz d'une odeur désagréable et irritants pour les bronches, ainsi que du carbone divisé qui teint en noir les crachats des personnes qui font usage de chandelle. La flamme est vacillante, la mèche a souvent besoin d'être mouchée. C'est un mode d'éclairage désagréable et malpropre ; aussi y a-t-on presque complètement renoncé depuis Tinvention de la bougie stéarique

Bougie stéarique, — Cette conquête de l'industrie moderne remonte au commencement du siècle ; elle est due aux travaux de Chevreul. Il a jdonné le moyen pratique de séparer Toléine de la margarine et de la stéarine, en montrant que ces substances sont des sels organiques composés d'une base commune la glycérine, unie à des acides gras, ou en d'autres termes des stéarates, des oléates, des margarates de glycérine. On obtient le principe solide des corps gras (l'acide stéarique) en les saponifiant à l'aide de la chaux et en enlevant cette dernière avec un acide minéral. La première fabrication économique de la bougie stéarique a été instituée en 1831, par de Milly. Depuis lors, cette industrie s'est perfectionnée ; le produit a diminué de prix et maintenant il est répandu partout, même dans les classes pauvres.

La bougie stéarique éclaire mieux que la chandelle (3) ; elle est moins fusible, moins salissante, et ne donne pas d'odeur ; sa flamme est moins large, plus blanche et ne vacille pas; elle n'a pas besoin d'être mouchée, parce que la mèche tordue, nattée, et imprégnée d'acide borique, s'incurve- de manière à ce que son extrémité atteigne la partie extérieure de la flamme, s'y brûle complètement et tombe en cendres. La bougie stéarique perd de 8-%î)l à 10''^4 par heure, et elle consomme la mémo

(1) F. et E. PUTZEYs [hc. cit.), p. 260.

(2) On 8*on sert également pour la confection des lampions, des verres de couleur avec lesquels on illumine dans les fOtes publiques.

(3) L'intensité lumineuse d'une lampe Carcel de 29 millimètres étant représentée par 100 celle delà chandelle des six c^st de 10.66 et celle de la bougie stéarique de 14.30.

480 TRAITÉ D HYiilÊNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.

quantité d'oxygène qu'une chandelle. Un gramme d'acide stéarique fournit 9.700 calories.

Cire^ spermacêtiy paraffine. — Avant l'invention des bougies stéariques, celles de cire constituaient un éclairage de luxe, très agréable, mais très cher. Aujourd'hui la cire ne sert plus qu'à faire des cierges et des rats de cave, encore la mélange-t-on de suif. Les bougies de spermacèti ou blanc de baleine sont en usage en Angleterre et dans les colonies; elles perdent 7^,32 par heure. Celles de paraffine existent aussi dans le commerce ; elles ont des mèches plus minces que celles des bougies stéariques, le point de fusion de la paraffine étant de $4 degrés, tandis que celui de la stéarine est de 68. Elles perdent par heure 7«%7 de leur poids.

La résine servait autrefois à faire de petites chandelles avec lesquelles s'éclairaient les pauvres gens. L'usage s'en est encore conservé dans quelques campagnes bretonnes.

2« SiUtstances liquides. — On employait presque exclusivement autrefois les huiles grasses d'olive, de colza, d'œillette, d'arachide, et dans certains pays les huiles de poisson ; aujourd'hui les huiles volatiles tendent à les remplacer et prennent une part de plus en plus importante dans l'éclairage.

Huiles grasses, — La quantité d'huile brûlée en une heure varie dans des limites très étendues suivant le système de lampe et les dimensions du bec. Nous n'avons pas à faire ici l'historique des perfectionnements par lesquels les lampes ont passé (1), mais nous allons indiquer, d'après F. et E. Putzeys, les quantités d'huile consommées par celles qui sont en usage aujourd'hui. Ils en ont dressé le tableau suivant :

Lampe à miche plate lir^ » par heure.

— astrale . 26 71 —

— Carcel (de Paris) 42 t —

— à réservoir supérieur 45 » —

— à pression mécanique 60 » —

Un kilogramme d'huile de colza consomme en brûlant l'oxygène contenu dans ii°'<',2i9 d'air ; une lampe modérateur élève en une heure la température de 20'"%i67 d'air de 0 à 100.

Huiles volatiles. - L'emploi du pétrole a causé, depuis quelques années, une véritable révolution dans l'éclairage. Il y a longtemps déjà qu'on s'en sert dans les pauvres ménages à cause de l'économie qui en résulte ; mais il a été longtemps repoussé par les classes élevées, en raison du danger qu'il présente ; aujourd'hui, grâce à la sécurité que donnent les appareils perfectionnés, on en use presque partout et les salons les plus élégants sont éclairés par des lampes-phares montées sur de puissants

(1) Voir pour cet historique Encyclopédie d'hygiène^ l, IV, p. 233.

L*HABITATI0N. 4Si

supports et qui projettent une lumière très vive avec beaucoup de chaleur.

Le pétrole, tel que nous Texpédient le Caucase et T Amérique du Nord, est un mélange variable de substances solides à la température ordinaire comme la paraffine, et de gaz dissous dans un liquide d'où se dégagent des vapeurs. Il est surtout formé d'hydrocarbures. Lorsqu'on le soumet à la distillation fractionnée, on en retire : i'* des huiles légères très volatiles ; 2** des huiles lourdes moins volatiles ; 3° une huile riche en paraffine et impropre à l'éclairage ; 4'' un résidu charbonneux ou poisseux. Le pétrole rectifié a une densitc; de 0,795. A 0,804, il est essentiellement constitué par des huiles lourdes, avec des traces de naphte. Il bout entre 26 et 72 degrés centigrades.

En France, le décret du 19 mai 1873 établit deux catégories de ce produit. La première comprend les huiles qui émettent des vapeurs inflammables à une température inférieure à 35°. Celles-là sont désignées sous le nom &esse?ices inflammables et sont l'objet de prescriptions rigoureuses. Les autres, dites huiles minérales, ont plus de liberté. En Amérique on interdit l'usage des pétroles qui entrent en ébullition audessous de 43",5 C. En Allemagne, toute huile qui, à la pression do 770 millimètres, donne des vapeurs inflammables à moins de 21** C, est considérée comme dangereuse et ne peut être employée à Téclairage qu'avec des précautions spéciales. Les vapeurs de pétrole ne s'enflamment qu'à la condition d'être mélangées à l'air ; avec trois volumes d'air, elles brûlent tranquillement ; entre 4 et 8 volumes d'air, elles donnent lieu à une explosion violente.

L'intensité lumineuse du pétrole est considérable. Pour obtenir une clarté égale à celle de cent bougies, il suffit d'en brûler 280 grammes par heure dans une lampe munie d'un grand bec rond (1).

Les lampes à pétrole sont d'un mécanisme plus simple que celles qui consomment des huiles grasses. Il y en a maintenant de toute dimension et de toute forme ; nous ne les décrirons pas plus que les précédentes. Elles ont le danger commun de produire un incendie lorsqu'on les renverse sur un tapis, sur un lit, sur des étoffes. Le liquide imprègne ces tissus, s'étale en surface, donne des vapeurs, s'enflamme et met le feu aux vêtements des personnes qui n'ont pas la précaution de s'en éloigner immédiatement. Il arrive tous les jours des accidents de ce genre. L'explosion est également à craindre, bien que les huiles les plus communes, celles qui entrent en ébullition entre 51 et 52 degrés, n'y donnent lieu que si l'on agite vivement la lampe de manière à mélanger intimement l'air et les vapeurs, et lorsque celles-ci sont chauffées.

S*» Gaz, — Son emploi ne remonte qu'au commencement du siècle ; bien que Dalsénius ait prouvé en 1680 qu'on pouvait obtenir un gaz

(1) F. et E. PUTZEYS (loc, cit.), p. 262.

Traité d*hygiènc publique et privée. 31

482 TRAITÉ DHYCilÈNE PUBLIQUE ET PUIVÉE.

inflammat>lo en distillant les matières organiques. Clayton et Halley avaient fait connaître celui qu'on extrait iU la houille, et Volta avait proposé, en 1777, de substituer Thydrogène à Thuile. Le savant auquel nous devons Téclairage à Taide du ^az tiré de la houille, est Fingt'»nieur français Philippe Lebon, qui fournit à Tlnstitut, en I79Î), un projet pour son emploi. Son mémoire sur les thcnno-lampcs parut en 1801. l/i<lé(» née» (»n France devait passer en Angleterre pour être appliquée. Winsor reprit le proj(»l de L(»bon ; en 1802 Téclairagi^ au gaz apparut dans un(» manufacture de Birmingham, dans un quartier de F-.ondres, et se généralisa bient(M dans cette ville. Kn 18i!0, l'anglais Pawels l'introduisit à Paris: mais ce ne fut qu'après la Uévohition de 1830 que son usage s'y généralisa, grûce au préfet de la Seine, M. de Rambuteau. De Paris, il se répandit dans toutes h's villes de France .et en un demi-siècle, elles furent toutes pourvues de c<» mode dVclairag«» si supérieur à ceux qu'il remplaçait. Aujourd'hui la lumière électrique est à son tour en voie <1(^ remplacer celle du gaz et cette substitution marche à grands pas.

Fabrication, — On peut obtenir le gaz d'éclairagi^ par la distillation d'une foule de substances, mais celle qu'on emploie partout est la houille. On la chauffe dans des cornues en fonte qu'on lute avec soin ol qn*on place sur des fourneaux où elles sont soumises à un feu très vif. Les produits de la distillation, en sortant de la cornue, passent par une série de tubes froids où ils abandonnent le goudron qu'ils tenaient en suspension ; ils traversent ensuit(» les êpurafcurs dans lesquels ils rcnconln^nt des lits de chaux hydratée à laquelh» ils abandonnent les acides volatils dont ils sont chargés : enfin ils sont amenés sous \vsgazomctrcsli travers un(* couche d'eau à laquelle ils cèdent un peu de sulfure de carbone, de sulfhydrate dammoniîujne et de l'huile pyrogénée qui communiquent à ce liquide une extrême» féti<lité (1).

Distributlni}, — l^es f/nzomètres servent à emmagasiner le graz et à lui donner, pendant la consommation, une pn^ssion régulière, sous Tinfluence de la(iuelle il chemine^ dans la canalisation et arrive par des conduits particuliers <lans les habitations. H traverse alors un compteur et vient tcTminer sa course en s échappant par d'étroites ouvertures dans des appareils où il <»st allumé. Ces d(M-niers sont de différents modèles. Les principaux sont h» bec papillon, le bec Argant et le bec à récupération, dont il existe» également plusieurs types pour la description desquels nous renverrons aux ouvrages spéciaux (2).

Composiiion, — Le gaz d'éclairage, après épuration, contient pour 100 partiels :

(1) A. BouCHARDAT, Traité trin/ijime itnhiufup ri privée basée sur Vétiologie, 2« Witioii, 1883, p. 736.

(2) r.AUiF.L, Etfftlnifjf f/rs î'/7/''.< Œnci/clopédie (Thyt/iénr, l. (Il, p. 245).

Hydrogène bicarboné 8

Hydrogène protocarboné 12

Oxyde de carbone. 13

Acide carbonique i

Acide sulfhydriquc 3

Intensité lumineuse, — Le pouvoir éclairant du gaz est considérable. Pour obtenir une intensité lumineuse égale à celle de la lampe Carcel de 29 millimètres que nous avons prise précédemment pour terme de comparaison, il faut en brûler des quantités qui varient, avec le genre d'appareil, dans les proportions suivantes :

Consommation Nonnbre

par heure. de ralorles.

Becs bougies 200 litres. i .040 calories.

Becs papillons 127 — 660 ~

BecsArgand 105 — 546 —

BccsVioche 80 — 468 —

Lampes à récupération 31,5 — 136 —

Chaleur produite. — La lampe à récupération, comme on le voit, est celle qui donne le moins de chaleur à lumière égale ; c'est un avantage considérable car le vice capital de Téclairage au gaz est Télévation de la température. Dans les salles de cours, de spectacles, où la lumière doit être intense, la température s'élève rapidement et devient très gênante, et la flamme du gaz y contribue pour une bien plus large part que les personnes qui y sont réunies. La fraîcheur relative qui règne dans ces locaux, depuis qu'on les éclaire à Télectricité, en a fourni la preuve.

Pour remédier à cet excès de chaleur qui n'est pas sans danger, on est forcé d'élever les becs de gaz, de les éloigner de la télé des assistants. Les becs à récupération du petit modèle doivent être placés à 2™,50 du sol et les grands à 3 mètres. Il en résulte une grande perle de lumière, car l'intensité lumineuse décroît en raison directe du carré des distances. On parvient également à modérer la chaleur rayonnante, à l'aide de globes ou d'écrans de verre, qui laissent passer les rayons lumineux et interceptent une partie des rayons calorifiques, car on sait que les deux spectres ne se superposent pas exactement (1). Ainsi, le verre, le mica, absorbent une partie de la chaleur dégagée. A l'aide d'un écran en verre mince placé obliquement devant la cheminée en verre d'un bec de gaz, et composé de deux feuilles séparées par un intervalle de trois ou quatre millimètres dans lequel l'air circule librement, on parvient à absorber de 45 à 60 p. 100 de la chaleur rayonnée et, en appliquant à leur surface une couche mince de gélatine blanche, on peut porter leur puissance d'absorption jusqu'à 72 p. 100 (2).

(1) E. HiCHARD, Précis (f hygiène appliquée {/oc. c/7.), p. 54V.

(2) CoiNDET, Ei II fie sur le rayonnement de la chaleur considéré d'in< SffS applications à l'éclairage et au chauffage.

m TRAITÉ D*HYG]ÈN£ PUBLIQUE ET PRIVEE.

Viciation de Vair, — Lo gaz, comme les autres moyens d'éclairage par la flamme, a Tinconvénient de vicier Tair, en absorbant Toxygène et en dégageant de Tacide carbonique et de la vapeur d'eau ; mais il répand de plus dans Tatmosphèrc des éléments nuisibles. On y trouve du carbone non brûlé, de Tazote, et des traces de cyanure d'ammonium, d'acide azotique et d'acide sulfurique. Quant à l'oxyde de carbone, il est complètement brûlé dans les appareils bien construits. Quoiqu'il en soit, il faut que ces produits de la combustion soient évacués comme ceux des appareils de chauffage et que les becs soient ventilés. Diverses dispositions sont mises en usage pour cela. La plus simple consiste à les surmonter d'une cloche prolongée par une conduite qui les dirige vers l'extérieur, soit en traversant le plafond ou la muraille, soit en débouchant dans une cheminée. Dans les théâtres, on dispose, au-dessus du lustre, une cheminée d'évacuation, dans laquelle montent, avec les produits de la combustion, l'air chaud et vicié de la salle. L'éclairage devient ainsi un puissant moyen de ventilation. Un mètre cube de gaz en brûlant peut évacuer de 120 à 1.200 mètres cubes d*air, suivant que les dispositions sont plus ou moins favorables. Flugge dit qu'un brûleur Bunsen enlève de 600 à 750 mètres cubes d'air par mètre cube de gaz qu'il consomme. On peut, dans la pratique, compter sur une moyenne de 200 mètres cubes d'air évacués par mètre cube de gaz dépensé (I).

Fuites de gaz, — Les produits de la combustion du gaz d'éclairage sont en somme assez peu dangereux ; il n'en est pas ainsi du gaz lui* môme lorsqu'il se mélange à Tair sans avoir été brûlé.

Les fuites de gaz peuvent se produire dans les maisons ou dans les conduites. Dans le premier cas, elles résultent d'une négligence. 11 suffit pour cela d'oublier dr fermer un robinet; dans le second cas, elles sont la conséquence d'érosion de mal-joints ou de ruptures dans la canalisation .

Les fuites qui ont lieu dans les maisons peuvent produire des intoxications ou des explosions. Les cas d'intoxication mortelle ne sont pas rares ; ils sont dus à Toxvde de carbone. Le meilleur moven de les prévenir consisterait à épurer le gaz avec plus de soin. On peut le dépouiller de son oxyde de carbone en le traitant par le protochlorurc de cuivre dissous dans Tacide chlorhydrique, ainsi que l'a prouvé le doclenr Layet, et dans cet éJat, il peut être respiré impunément; mais ce moyen n'est ni simple ni pratique, et en réalité on n'y a pas recours. Il n'est pas plus facile d'éviter les explosions. Elles sont possibles, lorsque l'air renferme de 10 à 20 p. 100 de gaz ; elles ont leur maximum de violence entre 15 et 20 p. 100. Il suffit pour les produire d'entrer dans la pîcHM?où le mélange s'est fait, avec une bougie allumée et c'est ainsi que les accidents ont le plus souvent lieu.

(1) E. HicnARD, Vvédii d'hygiène appliquée {/oc. cit.), p. 555.

Lorsque les fuites de gaz se font par les conduites, il s'infiltre dans le sol qu'il noircit et auquel il communique Todeur caractéristique qu'on ressent dans les rues lorsqu'on y fait des fouilles. Il fait mourir les arbres dont il empoisonne les racines ; enfin il parcourt parfois un assez long trajet sous terre et il pénètre dans le sous-sol ou dans des caves d'habitations parfois fort distantes. On a proposé, pour parer, à ces dangers, des tuyaux de dégagement, des avertisseurs, mais ils ne sont pas passés dans la pratique.

Gaz d'air carburé, — On l'obtient en faisant passer un courant d'air à travers un liquide connu dans le commerce sous le nom de gazoline^ et qui n'est autre chose que de l'essence de pétrole à la densité de 0.650. Le gaz d'air carburé sert aux mêmes usages et se brûle dans les mêmes appareils que le gaz à la houille. Sa lumière est plus blanche et plus belle que celle du gaz ordinaire ; son pouvoir éclairant est double ; il produit aussi plus de chaleur rayonnante ; enfin il ne renferme pas d'oxyde de carbone. Le gaz est économique puisque le mètre cube ne revient qu'à 20 ou 25 centimes ; mais il est plus difficilement transportable, et pour le faire entrer dans la consommation usuelle, les industriels auront à vaincre des difficultés qui ne sont pas encore surmontées (1).

Gaz à Veau, — On l'obtient en faisant passer de la vapeur d'eau sur du charbon chauffé à blanc. L'eau se décompose ; l'oxygène se combine avec le charbon pour former de Toxyde de carbone et de l'acide carbo-' nique et l'hydrogène se dégage en entraînant une forte proportion de ces gaz et surtout du premier, ce qui doit le faire proscrire de l'éclairage. La flamme qu'il produit est du reste p(*u éclairante et très chaude. Pour ol)tenir une lumière suffisante, on y place une sorte de corbeille en fil de platine qui devient rapidenient incandescente. Les applications du gaz à l'eau ont été étudiées en 184(), par Gillard ; mais il n'est pas entré dans la pratique pour les raisons que nous venons de donner (2).

Lumière oxhydrique, — C'est l'application du chalumeau oxhydrique à l'éclairage. Si l'on projette le jet du chalumeau sur un bloc de chaux, celui-ci est porté à l'incandescence i^l devi(^nt une source de lumière blanche très éclairante. C'est la lumière de Drummond, En substituant le gaz d'éclairage à l'hydrogène, on obtient la lumière oxhydrique qu'on a essayé d'utilis<T pour l'éclairage de la voie publique. En 1869, on a fait un essai de ce genre sur le boulevard des Italiens. L'éclairement était suffisant, la teinte acceptable quoiqu'un peu bleuâtre ; mais les points lumineux étaient de trop petite étendue et produisaient des orafbres dures. Le procédé ne fut pas jugé pratique à cause du prix élevé de

(1) E. Richard, Précis dC hygiène appliquée (loc. cit.), p. 534.

(2) Nous ne dirons rien du gaz acétylène parce qu'on n'est pas encore bien flsé sur ses propriétét.

roxygène, ainsi que de la nécessité d'une double canalisation, et IVssai n'eut pas de suites.

Le bec Auér a beaucoup mieux réussi. Il se compose d'un bec circulaire où le gaz brûle à bleu par suite de l'introduction de l'air à la pression ordinaire. Cette flamme peu visible, mais très chaude, est surmontée, d'un chape conique supportée par un cercle métallique, fixé au bec lui-même par une tige verticale. Cette chape est constituée par un tissu de coton à trame très lâche qui a été plongé dans une solution saturée d'oxalate de zircone et desséchée ensuite. Lorsqu'on allume le gaz, ce qui, pour le dire en passant, réclame quelques précautions, la flamme détruit la trame de coton, réduit Toxalate et il ne reste plus que la zircone conservant la forme de la chape et constituant une toile si légère, si peu consistante, que le moindre attouchement la fait tomber en poussière. (Test cette trame qui, portée à l'incandescence par la flamme du gaz, répand la lumière éclatante particulière à ce système.

Le bec Auér est très avantageux ou point de vue de la consommation du gaz, ainsi que le prouve le tableau suivant que nous empruntons à M. Gariel :

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