CHAPITRE IV
L'espèce humaine présente au plus haut degré les caractères de la sexualité individuelle, c'est-à-dire : 4° la séparation parfaite des sexes ; 2° la perfection des appareils de génération; 3° le rapport général de l’organisme avec le sexe. Examinons les différences que la sexualité détermine chez l’homme et chez la femme dans les fonctions, dans les organes, dans l’ensemble ou la forme générale de l'individu, et commençons par les organes, par les fonctions mêmes qui impriment à l’un et à l’autre le cachet d'une destination distincte dans l'office synthétique de la propagation de l'espèce. |
$ 4. — Fonctions de la génération.
On ne saurait méconnaître une différence profonde entre l’homme et la femme, par rapport à l'espèce. Le rôle du premier se borne à la fécondation ; cet acte consommé, il recommence à vivre pour lui-même, et jouit d'une plus grande indépendance dans la sphère de sa vie individuelle. La femme, au contraire, vit pour l'espèce plus que pour elle-même: la série des fonctions qui lui sont imposées pour les fins de la propagation humaine témoigne de cette direction primordiale de son organisation. L'œuvre dont elle est chargée ne se termine point à la copulation, à la fécondation; il faut ensuite qu'elle fasse les frais d’une incubation prolongée, de
(1) Revcillé-Parise, Traité de la vieillesse, hygiénique, médical et philos ophique Fatis, 1853, p. 278, — Flourens, loc. CLIS UDIMTET -
DES SEXES, 121 la parturition et de l'allaitement, et pour qu'elle s'applique en temps opportun à sa mission, la nature l’avertit par l'établissement d’une fonction spéciale, la menstruation, de son aptitude à la remplir. Ces premières manifestations morales sont conformes au but de la nature, elles l’entraînent vers le sexe dont elle doit recevoir la fécondation ; les plaisirs, les chagrins, les devoirs qui se rattachent à ce même but, sont l'occupation de sa vie. Enfin, et comme pour la solliciter plus vivement à la reproduction de l'espèce, la nature a placé du côté de la maternité les chances les plus fortes de santé et de longévité : le célibat est plus funeste aux femmes qu'aux hommes ; les couvents de femmes recèlent plus de maladies et d’existences languissantes que les couvents d'hommes; la fécondation et la grossesse fortifient beaucoup de femmes; et qui n’a remarqué la santé florissante de femmes, mères de nombreux enfants, tandis que la stérilité dessèche et flétrit !
Une destination si énergiquement exprimée par les instincts et par les fonctions doit avoir réglé la structure et les relations des parties : les moyens doivent s’accorder avec le but, et c’est ce qui ressortira d’une exploration rapide de l’organisation féminine.
Le bassin entier de la femme, appelé par Burdach le laboratoire de la génération, est plus développé, plus ouvert en avant et en haut que chez l’homme; le détroit supérieur du petit bassin forme d'avant en arrière un plan oblique plus rapproché de la perpendiculaire chez la femme que chez l’homme: la ligne circulaire que représente ce détroit est plus prononcée à cause de l’écartement plus grand des os costaux : le diamètre antéro-postérieur est de k pouces, l'oblique de 4 pouces et demi, le transverse de 5 pouces. L’excavation du petit bassin doit à l'éloignement des ischions l’augmentation de son diamètre transversal : il est de 4 pouces, ce qui élève son rapport à celui de l’homme : : 123 : 100. Grâce à la courbure du sacrum, l’antéro-postérieur est de 4 pouces et demi ; rapport à celui de l’homme : : 108 : 400; l’oblique a k pouces et demi ; les trous sous-pubiens et les échancrures sciatiques sont plus grandes, et l’axe du bassin décrit une plus forte courbure. Le détroit inférieur est plus large et plus ouvert en devant. En même temps les muscles des lombes et du siége sont plus développés ; les nerfs du plexus pelvien, les branches qui vont des plexus mésentérique supérieur et inférieur aux organes génitaux, sont beaucoup plus volumineux que chez l'homme, et Haller a remarqué qu'il en est de même de l'aorte descendante et des artères iliaques. Il est inutile d’insister sur le concours de ces dispositions organiques
vers un même objet; d’autres encore, que nous omettons, contribuent à faciliter les actes qui se résument dans la reproduction de l'espèce. Nous ne décrirons pas ici l’appareil génital de la femme ; nous rappellerons seulement avec quelle promptitude ses parties externes et internes complètent leur évolution vers l’époque de la puberté. Le mont de Vénus se prononce, les lèvres et les nymphes s’épanouissent, le vagin s'étend, le clitoris acquiert plus de volume et d’excitabilité, l’utérus plus d'épaisseur et d’étendue ; par une connexion de développement, la mamelle s'élève et s’arrondit, le mamelon se forme et rougit. La turgescence des parties génitales externes et internes s’exalte par degrés et finit par se résoudre en un flux sanguin, précédé par les phénomènes suivants, L'utérus se gonfle, rougit à sa face interne, se distend par le bas et descend de manière à se laisser sentir à une moindre hauteur dans le bassin ; son orifice s’arrondit et se ramollit à son pourtour, en même temps que la lèvre postérieure de cette ouverture s’allonge. À ces phénomènes s'ajoutent des tiraillements, des lassitudes, effet de la congestion des vaisseaux pelviens, de la chaleur aux parties génitales, parfois une cuisson douloureuse pendant l’écoulement des urines, et la tension de l'abdomen. L’habitus extérieur trahit l’orage des organes génitaux : les yeux sont cerclés et moins vifs, la face se colore par bouffées, les traits sont légèrement altérés; de la céphalalgie, un peu d'accélération circulatoire par moments, une sensibilité agacée, la diminution de l'appétit, souvent une transpiration d’une odeur caractéristique, parfois la perversion des goûts ou du caractère, annoncent que l’économie entière s’est ébranlée. Peu à peu cet orgasme tombe, mais la susceptibilité nerveuse persiste et augmente même par l'effet de la déperdition sanguine ; la faiblesse succède à l'excitation. Elle disparaît à son tour après la cessation graduelle de l'écoulement, et tout rentre dans l’ordre jusqu'à la réapparition des mêmes effets produits par la même cause, car désormais ce flux sanguin se renouvelle avec une périodicité presque fixe du vingt-septième au vingt-huitième Jour, et, fonction distinctive de la femme, signe précieux de sa fécondité, il exercera sur elle, dans l’état de santé ou de maladie, une influence aussi délicate que profonde.
Toutefois l’hygiéniste n’oubliera point que cette hémorrhagie n'est que l’un des phénomènes constitutifs de la phase menstruelle, qui dépend elle-même de l'ovulation spontanée. Chaque menstruation correspond à la maturation et à la chute d’un œuf ; une vésicule de de Graal, qui a pris sur toutes les autres une prépondérance
DES SEXES. 123 décisive, se déchire pour expulser son œuf à un moment indéterminé de la période menstruelle. Pouchet admet que l'émission de l’ovule a lieu soit immédiatement après le flux cataménial, soit pendant les quatre premiers jours qui lui succèdent. L'œuf met ordinairement de deux à six jours pour franchir la trompe, et séjourne encore deux à six jours dans l'utérus (1). C’est pendant cette migration, que l’ovule peut être fécondé à la suite d’un rapprochement ; au delà des douze à quatorze premiers jours qui suivent les règles, ia fécondation ne serait plus possible d’après Pouchet, l'œuf ayant été entrainé au dehors par la decidua où membrane caduque, sécrétée entre la surface de la muqueuse utérine et son épithélium; et cette sorte de pseudo-membrane se formerait normalement dans la matrice après cette menstruation, et s'en détacherait aussi normalement dans l'intervalle des règles, si la conception n'avait pas eu lieu, sous forme d’un flocon albumineux, élastique, d’une teinte opaline. Longet n’a jamais observé ce flocon, et le rattacherait, d’après la texture même qu'on lui assigne, aux produits de sécrétion muqueuse, analogues à ceux qui proviennent parfois des glandes du col utérin. Quant à la loi de la ponte périodique, s’applique-t-elle d’une manière tout à fait absolue à la femme? Pour les animaux même, on est amené à distinguer, avec Coste, des époques naturelles pour la maturation et la chute des œufs, et des époques pour ainsi dire artificielles qui sont subordonnées aux conditions d’abri, de température, d'alimentation, de cohabitation, etc. Le pigeon sauvage pond une ou deux fois par an; apprivoisé, il niche sept à huit fois dans nos colombiers. Dans l’espèce humaine, les excitations génésiques, le coït auquel elle est toujours apte, etc., ne pourraient-ils accélérer le retour des modifications ovariques, et surtout la chute des œufs ? Quoi qu’il en soit, la maturation spontanée des œufs chez la femme, leur passage des vésicules de de Graaf rompues dans les trompes de Fallope, leur déhiscence chez les femmes vierges comme chez celles qui ne le sont pas, sans coït et indépendamment de l'influence du sperme, sont des phénomènes qui s’accomplissent normalement et périodiquement, et ce travail des ovaires a pour signe extérieur l’éruption des règles. La menstruation n’est done que la manifestation d’une activité vitale dans les organes de la procréation, et elle contribue à son tour à renforcer, par des excitations périodiques, l'énergie
(1) Théorie positive de l'ovulation spontanée et de la fécondation des mammifères et de l'espèce humaine, par Pouchet, Paris, 1847, in-8. et atlas colorié.
propre de ces organes : la turgescence sanguine qu'elle détermine, s'étendant jusqu'aux vaisseaux des ovaires, il est permis de l’envisager avec Schweighœuser (1) comme une maturation périodique de la substance propre à produire le fruit.
Depuis que les travaux de Négrier, Gendrin, Montgomery, Raciborski, Bischoff, Courty, Pouchet, etc., ont démontré des rapports intimes entre la menstruation et les actes qui s’accomplissent dans les ovaires, l'hygiène de cette phase importante de la vie des femmes a reçu elle-même un caractère de précision et une plus utile application de détails; elle doit suivre, dans la direction de cette fonction, les indications de la physiologie et y distinguer avec elle trois périodes : 4° Invasion signalée par l’odeur sui generis que prend le mucus utéro-vaginal et sa coloration brunâtre ; déjà le microscope y décèle la présence de globules sanguins, quoique moins nombreux que les globules muqueux. Cette période dure un ou deux jours. 2 État : l’hémorrhagie utérine atteint son maximum d’intensité, et le sang qu’elle fournit ne diffère du sang artériel que par son mélange avec le mucus vaginal (Brierre de Boismont, Raciborski). D’après l'observation des mammifères, c’est durant cette période que les vésicules de de Graaf se développent et subissent l’hémorrhagie interne qui doit expulser l’œuf formé dans leur cavité, mais elles ne s'ouvrent pas encore. 3° Cessation : le flux cataménial diminue et disparaît, les globules sanguins redeviennent rares au milieu des globules muqueux et des fragments d’épithélium entiers ou déchirés; c'est à la fin de cette période que s’ouvrent les follicules de de Graaf pour l'émission des ovules. La période intermenstruelle se divise aussi en trois phases, offrant des phénomènes spéciaux : 1° Desquamation d’une quantité considérable de plaques épithéliales qui proviennent en partie des parois du vagin. Cette période, qui dure environ dix jours, donne lieu pendant les quatre ou cinq premiers jours à une irritation assez vive des organes génitaux; le mucus qui s'échappe par l'orifice de la vulve, d’abord liquide, s'épaissit du sixième au septième jour, et présente, avec une plus grande quantité de globules muqueux, des amas de plaques épithéliales enchevêtrées, au lieu de ces mêmes produits isolés et nageant dans le fluide comme dans les quatre premiers jours. Vers cette époque, et quelquefois seulement le huitième jour après la cessation des règles, un sentiment de pesanteur et même des douleurs vives se manifestent dans les points du bassin qui correspon-
(1) Sur quelques points de physiologie relalifs au fœtus, p. 2.
dent aux trompes, dues non à l’expulsion des ovules, mais aux contractions des trompes de Fallope, à l’effet d’acheminer l'œuf vers l'utérus. Du dixième au douzième jour, le mucus utéro-vaginal, plus dense encore, ressemble à du lait caillé, par suite de la macération et du gonflement des débris d’épithélium. 2° Du dixième au quinzième jour, le mucus reparaît fluide et très abondant, au point d’humecter la vulve et de couler sur les parties voisines, et, d’après Pouchet, on voit tomber au dehors un flocon atbumineux plus ou moins étendu, élastique, membraniforme : ce produit, nié par Longet, ne s'échappe que si la conception n’a pas lieu. En cas de fécondation, il est employé, dit Pouchet, à protéger l'embryon : on l'appelle alors membrane caduque ou decidua, destinée à retenir la vésicule fécondée sur un point donné de la cavité utérine (4). 3° À partir du dix-huitième jour, c’est-à-dire après l’élimination de ce flocon, jusqu'aux règles suivantes, le mucus utéro-vaginal reprend plus de consistance, et se montre au microscope, comme à l'œil nu, très analogue au mucus du dixième au douzième jour.
La menstruation, considérée dans ses phénomènes locaux, a donc plus d’une analogie avec la grossesse et la parturition : dans ces trois états, l’activité vitale de la matrice se trouve également augmentée. Cette exaltation vitale de l'utérus aux époques menstruelles complète, avec les modifications anatomiques qui surviennent dans l'ovaire, l’opportunité de la reproduction; aussi la faculté génératrice et la menstruation sont étroitement liées : il semble que l’une s’entretienne par l'autre, et que la vitalité de l’utérus soit au prix des excitations périodiques dont il devient le siége. S'il a été réserve à notre époque de vérifier par l'expérience directe la coïncidence de la rupture des vésicules ovariennes avec les époques cataméniales, l'observation empirique a révélé aux médecins, depuis plus de vingt siècles, la fréquence plus grande des conceptions pendant ou immédiatement après la menstruation. Hippocrate recommandait déjà aux femmes désireuses d'enfants, de cohabiter au début ou vers la fin de leurs règles, pendant la durée de celles-ci plutôt qu'après leur cessation. Galien indique que la conception s'opère surtout immédiatement après la menstruation. Bocrhaave affirme que les femmes ne deviennent jamais enceintes qu’à la fin de leurs règles. Ge fait est si connu, dit Haller, que les femmes qui ne veulent pas avoir d'enfants, craignent de cohabiter pendant la menstruation. D’après Boivin et Dugès, cités par Longet,
(1) Velpeau, Ovologie humaine, Paris, 1833, p. 8.
Béclard, dans ses leçons orales, aurait touché de plus près encore à la vérité physiologiqne, en considérant la menstruation comme le résultat d’une excitation générale des organes de la génération, analogue à celle du rut, et dont les ovaires seraient le foyer. Les femmes fécondes, quoique non menstruées, forment une exception; une menstruation active, sans dépasser la limite physiologique, est le gage d’une fécondité plus grande; quand elle disparaît sans retour, c’est fait de la puissance génératrice de la femme. Elle est suppléée par la gestation et par la lactation; dans ces deux derniers états, le sang, ou, comme dit l'école allemande, la force et la substance plastiques se dirigent vers le fœtus et vers l’enfant. Telle est la surabondance de plasticité départie aux femmes pour la reproduction de l’espèce, que lorsqu'elle n’est point dépensée à cette fin, elle doit s’épandre au dehors sous forme d'évacuation périodique : de là l’idée que la menstruation est la compensation de la grossesse qui n’a point lieu (Burdach), une dérivation de la force plastique qui tend à se manifester; elle témoigne que chez la femme la génération est la direction prédominante de la vie, en même temps qu’elle assure sa liberté en empêchant le désir vénérien de dégénérer chez elle en appétence brutale. L'action cérébrale, influencée par cette fonction, influe sur elle à son tour; il suffit d’une émotion forte pour la supprimer : les affections tristes et lentes finissent par produire le même résultat. La menstruation oscille en quelque sorte au gré du cerveau. Le fait le plus démonstratif de cette dépendance est le suivant. Esquirol a connu une dame âgée de cinquante ans dont les règles avaient cessé de paraître depuis un an ; une passion amoureuse vint troubler son repos, et l'écoulement menstruel reparut et dura plusieurs années encore par l'incitation de cette cause morale,
La menstruation détermine des effets généraux qui nous font voir ses connexions intimes avec tout l'organisme; il n’est point de fonction qu'elle n’influence de près ou de loin, et sa suppression peut donner lieu aux états morbides les plus variés {voy. ch. vin, Le l’imminence morbide).
La menstruation est le caractère exclusif et spécifique de l’organisation féminine. L'homme est sujet à des déperditions que l’on comparait naguère encore au flux cataménial, mais. qui ont tout au plus quelque analogie extérieure et superficielle avec cette fonction, considérée seulement comme une spoliation périodique, et dans ses relations avec la vie individuelle. Ainsi, les recherches statiques de Sanctorius ont fait voir que l’homme en santé, soumis à un régime
simple et régulier, augmente chaque mois d’une à deux livres ; alors son humeur s’altère, il devient morose; il éprouve une tendance à la paresse et de la lenteur dans les mouvements. Cet état dure jusqu'à ce qu’une crise, qui s'opère par la transpiration cutanée ou par les urines, et qui porte sur la nature ou sur la quantité de ces excrétions, le réduise à son premier poids et fui restitue les forces dont il jouissait auparavant. Pendant la puberté et dans l’âge viril, la continence produit chez l’homme des pollutions qui sont une sorte de menstruation masculine; elles cessent par l'exercice de la faculté génératrice, comme les règles par la grossesse. Enfin Îles hémorrhoïdes, quoique provoquées surtout par le genre de vie sédentaire, se montrent plus fréquemment chez l’homme que chez la femme; elles sont la crise pléthorique de l’âge mûr; chez quelques femmes elles succèdent aux règles. On les a observées particulièrement chez les sujets efféminés, et, suivant Mojon, chez les eunuques. Toutefois, comme nous le verrons plus tard (Æabifudes morbides), les hémorrhoïdes, tant par leur siége que par la nature de la lésion dont elles sont l'expression symptomatique, constituent toujours une incommodité, souvent une maladie fàcheuse, quoique d’autres organes bénéficient de la perte sanguine qu'elles déterminent avec une périodicité rarement aussi régulière que la menstruation.
Gall insiste aussi sur un dérangement mensuel et critique de la santé de l’homme; les sujets jeunes et robustes ont besoin de s’observér avec une attention particulière pour le constater en eux; mais les hommes faiblement constitués ou fatigués par les souffrances, ou doués d’une irritabilité plus grande, ou qui sont arrivés à l’époque de leur déclin, s’aperçoivent de l’altération que subit tous les mois leur santé : leur teint devient terne, leur haleine plus forte, leur digestion plus laborieuse ; quelquefois les urines se troublent ; le malaise est général, inexprimable, et le moral y participe, car les idées se lorment et s’enchaînent plus difficilement; une tendance à la mélancolie, parfois une irascibilité insolite se joint à l'inertie des facultés intellectuelles. Ces modifications persistent quelques jours et disparaissent sans qu’on ait rien tenté pour les combattre.
L'incubation qui succède à la conception est une autre fonction qui appartient à la femme, et lui fait, pendant une période de neuf mois, des conditions spéciales de santé. Il n’y a pas lieu d’exposer ici les changements que subit la matrice dans le cours de la gestation; mais l’économie entière se ressent de cet état, soit par les sympathies prépondérantes de l'utérus ainsi surexcité, soit par les
effets mécaniques de la pression de ce viscère, devenu très volumineux, sur les organes circonvoisins. L'appareil digestif manifeste des troubles variés, tantôt le défaut absolu de faim, tantôt des appétits bizarres, des nausées, des vomissements, de la salivation. Ces phénomènes insolites et d’autres se réalisent par l'intermédiaire du cerveau; on les observe surtout chez les femmes disposées aux maladies nerveuses, délicates, irritables, vivant dans l’oisiveté passionnée des salons; ils sont beaucoup plus rares chez les femmes de forte complexion, accoutumées au travail, établies à la campagne. D'autres accidents d’origine cérébrale, ou dus à une diminution des globules rouges dans le sang (Cazeaux) et peut-être à l'augmentation progressive des globules blancs (Virchow), traversent la période de gestation, tels que des céphalalgies, des vertiges, des tintements d'oreille, des malaises, des syncopes, parfois de légers accès de convulsion. On connaît les désirs singuliers, les aberrations du goût qu'éprouvent certaines femmes; il en est dont la grossesse est marquée par une série non interrompue d’accidents, sans compter les crampes, l’œdème des pieds, les fréquentes sollicitations expultrices de la vessie ou du rectum, et d’autres incommodités produites par la pression de l'utérus sur les nerfs qui se rendent aux organes pelviens ; enfin l'obstacle qu’oppose le développement de la matrice au libre abaissement du diaphragme, à l’'ampliation de l'estomac, etc., entraîne quelques troubles mécaniques dans les actes de la respiration et de la digestion. La grossesse donne lieu chez beaucoup de femmes à une exubérance de fluides plastiques qui leur vaut une rapide augmentation d’embonpoint; d’autres, au contraire, semblent s’appauvrir de la direction que prend le sang vers le fœtus et s’amaigrissent surtout vers le terme, de la gestation (1).
Nous ne faisons que mentionner la parturition, fonction du genre des excrétions, et qui n’est pas plus une maladie que la dentition : elle appartient à la santé de la femme, quoiqu'’elle la compromette passagèrement. À part les accidents consécutifs aux circonstances de l'accouchement (hémorrhagies, phlegmasies, etc.), notons le rôle immense du cerveau dans cette opération naturelle; il commande
(1) Andral et Gavarret ont recherché l'influence qu’exerce la grossesse sur l'ex halation de l'acide carbonique à travers les voies respiratoires. Hors de cet état et bien menstruées, les femmes consomment en une heure 68,4 de carbone ; quatre femmes parvenues à différentes époques de la gestation ont fourni, par respiration d'une heure, une moyenne de 8 grammes de carbone, c’est-à-dire qu'elles ont respiré comme les femmes arrivées à l’époque de leur retour.
DES SEXES. 129 les efforts, les contractions musculaires si énergiques, si répétées, pour l'expulsion du fœtus; les douleurs déterminées par le travail dont la durée est souvent si longue, sont une autre cause d'épuisement ou d'irritation cérébrale : de là les syncopes, les convalsions qui surviennent quelquelois pendant l’accouchement, sans compter celles qui se lient à une altération de sang (éclampsie albuminurique); de là aussi la prostration musculaire et l’accablement moral qui succèdent à la délivrance; alors l'encéphale, qui a subi en peu de temps l’alternative d’une excitation violente et du collapsus, est sous le coup d’une grave imminence morbide, et pour ainsi dire prêt à faire explosion. Ici, comme pour la gestation, signaler l’origine des déviations physiologiques et la filiation des accidents, c’est indiquer au lecteur l'hygiène qu’exigent ces deux états.
L’allaitement complète l’office complexe de la reproduction. Dès les premiers temps de la conception, le gonflement des mamelles prépare cette fonction ; le sein de la mère devient au nouveau-né ce que sa matrice était au fœtus ; elle l’alimentait directement par son sang, maintenant elle lui verse son sang élaboré sous forme de lait, La lactation place l’organisme dans des conditions spéciales de santé, comme elle est susceptible de se modifier elle-même sous l'influence des causes externes ou organiques. Dérivation de la substance plastique vers les seins, elle a pour effet de diminuer Îles autres sécrétions ; et si le besoin d'alimentation n’est pas augmenté et satisfait, l’amaigrissement, suite de la déperdition laiteuse, peut aller jusqu’à ce fabes connu sous le nom de phthisie des nourrices.
Tels sont les actes dévolus à la femme et qui constituent les conditions différentielles de sa sexualité quant aux organes mêmes de la reproduction.
$ %. — Fonctions plastiques.
1° Digestion.—Les mâchoires, plus arquées chez l’homme, sont un peu Ccomprimées et paraboliques dans la femme; la branche montante du maxillaire inférieur est chez elle plus étroite, plus oblique, moins élevée, et présente moins de surface d'insertion aux muscles masticateurs. La femme conserve ses dents de lait plus fréquemment que l’homme; sa seconde dentition est plus tardive; ses dents sont plus petites, et souvent les dernières mo- Jaires lui font défaut; sa bouche est plus petite, la cavité en es moins étendue en hauteur et en largeur; l'estomac a chez elle moins de capacité, moins d'épaisseur, l'intestin moins de force
musculaire, le foie moins de volume, la sécrétion biliaire moins d'activité; mais son canal intestinal est pourvu d’un plus grand nombre de vaisseaux lymphatiques, le mésentère qui les soutient est plus large, Enfin, une différence digne d’attention, c’est que, chez la femme, l'estomac est plus allongé et l'intestin plus long que chez l’homme qui se rapproche davantage des animaux carnivores par cette différence, ainsi que par la force relative de ses dents canines ; aussi se porte-t-il de préférence vers la nourriture animale, tandis que la femme, docile à ses instincts, puise volontiers ses aliments dans le règne végétal, et ce qui la sollicite le plus parmi les substances d’origine animale, c’est le lait, sorte de nourriture intermédiaire entre celles que fournissent les deux règnes: Les femmes endurent mieux la faim, parce que leur capacité digestive est moindre et leur absorption plus active; on est étonné de la modique ration qui suffit à leurs besoins : il est d’observation que dans les hôpitaux et les prisons leur consommation alimentaire est inférieure d’un cmquième à celle des hommes. On les voit, soit par la force de la volonté, soit par l'effet d’une perturbation du système nerveux , supporter une abstinence de plusieurs semaines, ou si elles la simulent, la quantité de nourriture qu’elles ingèrent est si minime, qu'elle ne suffirait point à sustenter la vie d’un homme pendant le même laps de temps. Jai vu une jeune fille traitée longtemps par le baron Larrey, et qui, affectée depuis plusieurs années de lYpémanie liée à un dérangement menstruel, s'imposait fréquemment une abstinence absolue de huit à dix jours ; nulle prière, nul effort ne pouvait la décider à rompre son jeûne : immobile sur son lit, elle repoussait les aliments présentés par sa mère, et opposait aux tentatives d’ingestion forcée le rempart de ses dents convulsivement serrées. Appelé près d'elle au huitième jour d’une de ces abstinences opiniâtres, j'ai été surpris de la force, du calme et de la régularité que son pouls conservait, et que n’aurait certainement pas offerts le pouls d’un homme placé dans les mêmes conditions. Les nombreux exemples de polyphagie qui sont connus appartiennent tous au sexe masculin. La faiblesse museulaire du canal alimentaire rend la femme plus sujette aux consti: pations et aux maladies qui se rattachent à cette cause : l'énergie plus grande de son absorption donne plus de sécheresse aux produits excrémentitiels de sa digestion. L'homme, dont l’appareil digestif a plus de force musculaire, appète les excitants, les épices, les liqueurs spiritueuses, afin de restituer à sa fibre la vigueur épuisée par les fatigues et les travaux. La femme ressent moins le
DES SEXES. 131 besoin ‘de ces stimulations: elle ne saurait les prodiguer à ses organes sans dégénérer de son sexe, sans encourir la dégradation physique et morale; une nourriture plus légère lui convient, et, comme elle la digère vite, son cerveau ne subit point le despotisme brutal du système digestif ; il n’est point opprimé par l’énorme labeur des digestions du gourmand : le régime, tel qu’il est sollicité par ses instincts, tel qu’il est mdiqué par les conditions de sa structure, contribue puissamment à lui conserver la délicatesse de ses sens et l’aisance naturelle de son esprit.
- 2° Respiration et circulation.— La cavité thoracique de la femme ne présente pas les mêmes dimensions que chez l’homme ; comme le sternum est plus court et que le diaphragme chez elle s'attache antérieurement au cartilage de la sixième côte (de la septième chez l’homme), il s'ensuit qu’elle a moins de hauteur verticale; le diamètre transversal est aussi diminué, parce que les côtes sont plus courtes et plus tordues sur elles mêmes. La saillie plus grande de la colonne vertébrale dans la cavité thoracique diminue le diamètre antéro postérieur ; plus voussurée en arrière sur les côtés du rachis, plus aplatie en avant, le plan de la poitrine égale celui du bassin, tandis que chez l’homme il déborde le plan pelvien. On conclut déjà de cette conformation thoracique que les poumons de la femme sont plus petits; il en est de même de la trachée-artère, du larynx, des fosses nasales. Les côtes inférieures étant plus courtes chez la femme, ses hypochondres, formés presque exclusivement par les parties tendineuses des muscles, sont plus mous, plus élastiques ; l'épigastre est plus élevé à cause de la brièveté du sternum. Suivant Autenrieth, les côtes supérieures qui se portent horizontalement au sternum concourent spécialement à l'inspiration, et les côtes dont l’extrémité antérieure remonte vers le sternum, aux mouvements d'expiration. Chez l’homme c’est la’septième côte, chez la femme la sixième, qui commence à rejoindre le sternum en décrivant une courbe ; il s'ensuit que chez elle le champ de l'inspiration est plus limité que chez l’homme. Cette circonstance et celles qui précèdent font comprendre pourquoi la femme possède une respiration plus faible, consomme une moindre quantité d’oxygène atmosphérique (1). La femme inspire principalement par l’action des
(1) Beau et Maissiat (Arch. gén. de méd., 3° série, t. XV, p. 399\, qui ont adopté trois modes respiratoires, les types abdominal, costo-inférieur et costosupérieur, attribuent ce dernier à la femme: dans ce type, la plus grande étendue des ‘mouvements s'opère sur les côtes supérieures, et surtout sur la pre-
muscles intercostaux, pectoraux, etc.; aussi sa poitrine £e dilate- -elle plus dans le sens horizontal : de là l’alternative plus marquée d’élévation et d’abaissement des seins. On trouve dans ces faits une des raisons de la telérance plus grande de la femme pour la vie sédentaire pour l'air enfermé des salons, des salles de spectacle. Mais ils n'empêchent point que l’hématose ne soit chez elle très productive : circonstance qui, jointe à la vitesse augmentée de sa respiration, nous explique sa disposition aux hémorrhagies et la acilité avec laquelle elle répare ces pertes.
Lecanu a constaté que le sang de la femme est plus riche d’albumine et d’eau, moins riche en principes soiides. Calculée en muilièmes, la proportion est à peu près la suivante :
Sang de l’homme. Sang de la femme.
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«Ïlest donc vrai de dire, fait observer Forget (1), comme on le répétait empiriquement, que la constitution de la femme est, en général, plus molle, plus humide que celle de l’homme (2). »
Le système vasculaire de la femme est plus faible et plus mobile, le pouls plus fréquent, moins résistant, variable et prompt à s’accélérer ; on a remarqué que le pouls des eunuques est aussi moins fort et plus petit que le pouls viril. Ces particularités fonctionnelles dérivent des conditions anatomiques : le cœur de la femme est moins volumineux que celui de l’homme, ses artères ont des parois
mière, qui sont portées en haut et en avant. Bérard (Cours de physiol., t. I, p. 258) le fait consister en un mouvement ascensiounel de Ja totalité du thorax, la clavicule, le sternum et la première côte se soulevant ; cette action se propage, mais en s’affaiblissant de haut en bas, et s'accompagne d’un mouvement de rotation très marqué dans les côtes qui suivent la première,
(1) Dictionnaire de médecine et de chirurgie praliques, t. XIV, p. 477, article SANG,
(2) Becquerel et Rodier ont trouvé pour 1000 gtämmes de sang chez la femme saine :
Moyenne, Maximum. Minimum, Édes oi208) 4 791 813 Tri Globules..,,., 127,2 137,5 113 Albumine.. ... 70,5 YÉES 65
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moins denses, moins fermes, les Iymphatiques et les veines prédominent sur l’élément artériel.
3° Sécrétions et excrétions. — Les décompositions et les sécrétions excrémentitielles sont plus actives chez l'homme, il a des selles plus fréquentes et plus copieuses, il rejette plus de mucosités par la bouche et par le nez; 1l verse plus d'urine que la femme; celle-ei est moins sujette aux affections des voies urinaires, mais elle produit plus de graisse, provision nutritive qu’elle emmagasine dans son tissu celiulaire comme pour suppléer à l'insuffisance de son alimentation. L'activité de la sécrétion graisseuse se lie-t-elle à la prédominance du carbone dans le sang? La respiration plus faible des femmes autorise cette induction.
La peau, cette enveloppe qui délimite la sphère de l’individualité, protége moins la femme et semble l'ouvrir au monde extérieur ; elle est blanche, lisse, fine et transparente, moins pénétrée de sang artériel, mais ondulée de veines; la transpiration cutanée n’a point l'odeur fragrante de celle de l’homme adulte ; la production pileuse n'apparait chez elle que sur la tête, au pubis et sous les aisselles. Chez l'homme, au contraire, elle s'étend des tempes au menton, des aisselles à la poitrine, du pubis à l’ombilic et au périnée, La barbe est le précurseur et comme une garantie de la puissance génératrice; elle manque chez les hommes efféminés, les gynandres, les eunuques ; aussi l’homme a-t-il toujours tiré vanité de cet insigne ‘caractéristique de son sexe :
Du côté de la barbe est la toute-puissance. (MoLIÈRE.)
Moïse a prescrit aux Hébreux la conservation de la barbe ; les Turcs se rasent la tête et ne touchent point à leur barbe; avoir la barbe coupée était, chez les anciens Germains, un mortel affront ; les jeunes Romains faisaient de leur première barbe une offrande à Jupiter Capitolin. Quand le Corse a juré la mort d'un ennemi, il laisse croître sa barbe, sombre enseigne de la vendetta dont il porte au cœur l’inexorable souci. — La femme s’éloigne-t-elle du type de sa sexualité par le progrès de l’âge ou par le fait d’une aberration plastique, elle voit se développer son système pileux ; mais les poils qui viennent à garnir sa lèvre supérieure ct d’autres régions sont plus rares, plus lisses et plus souples que ceux de l'homme.
En somme, la prépondérance de la plasticité est manifeste dans la femme ; la nutrition et la conservation de son individu n’exigent
ni autant de substance ni autant de stimulation que celles de l’homme ; les phases de l'organisme sont plus rapides , l’accroissement et la décroissance ont une vitesse plus grande ; sa puberté devance celle du garçon, sa fécondité s'éteint avant celle de l'homme; la génération qui « est à l'espèce ce que la nutrition est à l'individu (1) », et dont l'exercice est à lui seul la preuve d’une plasticité exubérante ; la génération qui, suivant la belle expression de Lallemand, est une extension de la nutrition, prédomine chez la femme.
$3.— Fonctions de relation.
4° Mouvements. — Le système osso-musculaire est moins développé que chez l’homme. Le tissu musculaire est plus pâle et plus mou; les fibres en sont grêles et faibles. Les muscles, moins denses et recouverts du tissu cellulaire et graisseux, ne prononcent point leurs saillies comme chez l’homme. Les tissus tendineux, moins serrés, contiennent plus de tissu cellulaire ; les cartilages sont plus minces et plus flexibles ; les os, moins compactes, plus lisses, ont leurs éminences ou leurs enfoncements moins marqués; la femme a moins de masse osseuse et, à poids égal de la totalité du corps, son squelette pèse moins que celui de l’homme; la tige du rachis est plus longue, à cause de l'épaisseur plus grande des vertèbres et des cartilages imterposés. Nous avons déjà fait remarquer l'ampleur de son bassin et le volume des muscles qui s’y insèrent; vu lécartement des cavités cotyloïdes et la direction moins oblique des cols des fémurs, les têtes de ces os laissent entre elles un plus grand espace, les deux grands trochanters sont plus distants l’un de l’autre, les genoux plus tournés en dedans. La femme a les membres inférieurs plus courts que l’homme et le point qui partage la bauteur de son corps en deux moitiés égales correspond entre le bassin et l’ombilic, tandis qu'il se trouve chez l’homme au-dessous de la symphyse pubienne. Burdach fait observer naïvement que, par la situation respective de leurs cavités cotyloïdes, la femme et l’homme sont entraînés dans leurs chutes, l’une en arrière et sur le dos, l’autre en avant et sur la face. Quant aux membres thoraciques, des clavicules plus courtes et plus arquées, des omoplates plus petites et serrées contre le tronc, des bras plus courts et plus arronilis, des mains petites et potelées, des doigts effilés , annoncent
(t) Lallemand, Des pertes séminales, etc. Paris, 1841, t. IE, p. 550.
que la femme est appelée à exécuter des mouvements plus aisés, plus gracieux, plus délicats ; la facilité des mouvements compense, pour les membres inférieurs, le manque d'assurance dans la démarche, cette sorte de ballottement qui provient de l’obliquité des cuisses et de l'amplitude du bassin. Comment ne reconnaîitrait-on pas, à cet ensemble de traits, que les travaux mécaniques et pénibles exigeant beaucoup de force musculaire répugnent à l’organisation de la femme et sont une atteinte à sa santé!
2° /nnervation. — Les appareils des sens ont des proportions restremtes chez la femme; son œil, plus petit, est moins enfoncé dans l'orbite et n’est point surmonté de sourcils aussi épais ; l'oreille externe est plus oblongue, plus mince; son conduit auditif étant plus cylindrique qu’en forme d’entonnoir, le son frappe plus directement la membrane du tympan et ne se disperse point sur les parois osseuses , Ce qui permet à la femme de discerner plus habilement que l’homme le ton ou le timbre d’un son même léger, produit à peu de distance. Le nez de la femme est en général plus court, plus resserré ; sa langue, moins volumineuse, est plus mobile; ses doigts sont déliés, et leur agilité, jointe à la mollesse de sa main potelée, lui procure une dextérité singulière pour le tact. Les sens de la femme semblent donc façonnés pour un régime d’impressions douces et délicates ; leur structure, leur rapport avec les objets extérieurs, contre-indiquent toute violence, tout excès dans le plaisir comme dans la douleur ; ils se comportent comme des réactifs d’un ordre plus subtil ; ils analysent jusqu'aux nuances des impressions ; la délicatesse de son tact, la sagacité de son oreille, la justesse de son œil, ne lui assurent pas seulement l'excellence dans les arts d'imitation, mais encore elles préparent, dirigent et rectifient son jugement ; la finesse et le piquant des observations qu'elle émet sur le détail des hommes et des choses tiennent en grande partie au jeu exquis et tempéré de ses organes de perception.
On ne peut retuser à la femme une masse nerveuse spinale plus considérable, car son canal vertébral a plus d’ampleur et les trous intervertébraux pour le passage des nerfs sont plus grands ; en estil de même du cerveau? Les recherches récentes de Parchappe établissent que le volume de la tête est notablement plus petit chez la femme que chez l'homme , non-seulement en somme , mais aussi suivant toutes les dimensions ; il a comparé le poids de l’encéphale chez quatre-vingt -quatorze individus des deux sexes, et il l’a trouvé en moyenne sensiblement plus considérable chez l’homme,
La différence de stature ne peut être opposée à ce résultat, car dans les deux sexes l’encéphale est plus pesant en raison de la taille: si donc il existe un rapport entre la puissance intellectuelle et la masse du cerveau, ce rapport ne s'étend pas à la sensibilité, puisque celle-ci domine chez la femme avec un moindre développement de l’encéphale, suivant Parchappe. Sœmmering est arrivé à d’autres conclusions : il a fait voir que le rapport de la cavité crânienne à la face augmentant d’échelon en échelon dans la série animale (Cuvier), la femme se trouve dans un rapport supérieur à l'homme, comme celui-ci l'emporte sur les animaux : la face de la femme est, en effet, plus courte et plus petite, elle offre moins de saillies osseuses ; ses sinus frontaux et maxillaires sont moins étendus. En s'appuyant sur les recherches de Sæmmering, on reconnaît que la tête et le cerveau, plus petits chez la femme que chez l’homme, ont cependant plus de volume et de poids en proportion du reste du corps, la Vénus de Médicis fournit, pour la hauteur relative du corps et de la tête, le rapport suivant : : 1 : 750 ; l’Apollon du Belvédère : : 1 : 8. Sæmmering et Autenrieth se sont assurés que les os du crâne sont plus pesants chez homme que chez la femme, et Ackermann, cité par Burdach, a constaté que le cerveau de la femme est plus pesant proportionnellement au reste du corps. Nous croyons que de nouvelles investigations sont nécessaires pour fixer ce point intéressant de saine phrénologie. Un fait mieux établi, c'est la vascularité plus grande du cerveau de l’homme; celui de la femme reçoit des vaisseaux de moindre calibre, ainsi que le prouve l’étroitesse relative des trous crâniens qui leur livrent passage : faut-il en conclure que les femmes ont moins à redouter pour leur encéphale l'effet direct ou sympathique des irritations ,; et que ce viscère est plus indépendant chez elles des modifications pathologiques du système sanguin? Les faits répondent diversement : d’une part, Parent-Duchâtelet et Martinet ont trouvé l’encéphalite plus rare chez les femmes que chez Îles hommes (1 : 4); d'autre part, tous les relevés statistiques démontrent chez elles la fréquence relative des aliénations mentales.
3° Expressions. — La femme a la voix plus faible que l’homme, parce que ses voies aériennes présentant moins d'étendue, elle n’en peut expulser une aussi grande quantité d’air à la fois ; elle a en même temps la voix plus aiguë, parce que la trachée-artère étant plus courte, le larynx et la glotte plus étroits, elle en fait vibrer les parois avec plus de rapidité. La flexibilité que possède la voix des femmes et qui leur permet de se jouer de toutes les difficultés du
chant, tient à ce que les muscles sont plus longs et les ligaments moins roides. Au reste, l’âme doit sonner dans la voix; pour être belle, il faut qu’elle s'échappe suave et caressante de la poitrine des femmes, forte et mâle de celle des hommes. La voix est une des expressions qui se nuancent le plus de l’état moral des individus ; elle est, suivant la bouche qui émet, une vibration mécanique ou l'émanation du sentiment.
La prédominance du système nerveux sur le système musculaire permet à la femme de régler avec plus d’art toutes ses attitudes et de les rendre constamment expressives; des muscles très développés, très énergiques, tendent sans cesse à se contracter, même automatiquement, ou dépassent dans leurs mouvements la mesure de l'incitation cérébrale : c’est ce qui arrive à l’homme, toujours porté aux mouvements violents et désordonnés, brusque dans ses gestes, puissant par les muscles, mais inégal dans l'exercice de cette puissance. Avec moins de volume musculaire et plus de sensibilité, la femme se meut pour ainsi dire dans une sphère mieux calculée, proportionne plus habilement ses efforts, varie plus gracieusement ses poses ; la danse lui est naturelle. Plus flexible, plus vibratile, sa langue participe à la mobilité de ses muscles en général. Cette condition expliquerait-elle sa tendance à la loquacité ? Elle explique au moins le jeu de sa versatile physionomie , qui lui fait sa supériorité dans l’art de la mimique. Maîtresse de ses contractions musculaires par la puissance de son système nerveux, elle sait revêtir tous les masques de la passion, dissimuler profondément les émotions qui l’agitent ; avec peu d'instruction et d'étude, elle s'empare des rôles - du théâtre et les traduit avec autant d'animation que de vérité : succès si laborieux pour l’homme et qu’elle doit à l’ardeur de son imagination et de ses sympathies.
$ 4.— Forme générale, différences d'ensemble.
Dans leur forme générale, les deux sexes tendent à la conformité, à l'unité; quand, chez l’un d’eux, tel organe sexuel est situé à l'extérieur, on rencontre au même endroit, chez l’autre, « une partie analogue, mais qui n’a pas la même fonction, qui n’a pas même, à ce qu'il paraît, de fonction essentielle, qui végète comme image inutile de l'organe appartenant au sexe contraire. » (Burdach, loc. cit.) On peut envisager sous ce point de vue les mamelles et le raphé chez l’homme, le clitoris et les grandes lèvres chez la femme ;
c'est par ces organes, quand ils viennent à se développer outre mesure, que les sexes s'obscurcissent en quelque sorte en se confondant, et donnent naissance à l’hermaphrodisme. Il est évident que toutes les différences qui séparent l’homme de la ferme se résolvent dans le fait de la propagation de l'espèce ; mais, si tranchées qu'elles paraissent, elles se correspondent harmonieusement : d’une part, la précision dans les formes, la force dans ses mouvements, l'intelligence pour manifestation dominante de l’activité psychique ; d'autre part, la mollesse dans les contours, la grâce et l'agrément dans les attitudes, le sentiment pour expression de la vie morale.
À la naissance, l'inspection directe des parties génitales fait seule reconnaître le sexe de l'enfant : nul autre caractère ne distingue encore le jeune garçon de la jeune fille ; même indécision des traits du visage, même conformation des membres et du tronc, même mollesse des tissus, même son de voix, mêmes attitudes. Cette ambiguité se maintient quelque temps; mais, à mesure que Îles sens s'érigent et transmettent au cerveau des impressions plus variées, à mesure que les perceptions qui en résultent acquièrent plus de précision et de netteté, des nuances se décèlent aux yeux de l’observateur. Stimulé par les mêmes objets, le système nerveux de la jeune fille ne tarde point à réagir autrement que celui du garçon. C'est vers trois, quatre ou cinq ans, quand l’organisation n’est point retardataire, que le mode de sensibilité propre à chaque sexe se révèle : dans le garçon, impulsif et brusque ; dans la jeune fille, plus délicat et moins agissant. Observez-les dans leurs rapports mutuels ; dès lors ils manifestent la diversité de leur organisation cérébrale par la diversité de leurs sensations, de leurs goûts, de leurs jeux, de leurs naïves inclinations, de leurs allures : d’un côté, plus de pétulance et d’agitation, une audace agressive, la tendance à la domination, un penchant marqué à la violence et au combat ; d’un autre côté, la douceur et la timidité, une volonté plus suppliante qu'impérieuse, la soumission et la finesse ; ce que l'un exige, l’autre le sollicite; où l’un s'irrite et s’emporte, l’autre pleure et caresse. Déjà on reconnaît qu’au garçon sont échues l'initiative et la force, à la jeune fille la mansuétude et la passivité ; la pensée n’est certainement pas le monopole de l'homme, mais le sentiment est surtout l'apanage de la femme: sa vie est de sentir et de réfléchir ses sensations dans le silence de la rêverie : celle de l'homme est d'agir. et telle est l'énergie de sa destination que l'exécution devance souvent la pensée. L'époque de la nubilité.
prononce davantage les différences de l’action nerveuse, et par conséquent du caractère moral dans les deux sexes. Elles vont se renforçant et se consolidant dans le cours de l’adolescence ; elles s'expliquent en grande partie par la loi d’antagonisme entre Île système nerveux et le système musculaire, entre deux modes d’activité de la fibre vivante, la sensibilité et la contractilité ; la première prédominante chez la femme, la seconde chez l’homme : loi de pondération organique et vitale, qui explique non-seulement les aberrations du tempérament sous l'influence de lesprit et des passions de l'âme, mais encore la mesure dans laquelle se développent les organes dans les deux sexes. L'accroissement du système musculaire n’est point enrayé chez l’homme par un excès de susceptibilité nerveuse. Les matériaux que les viscères fournissent à son assimilation semblent plus élaborés; leur sanguification est plus complète ; le système artériel tend à prédominer en lui, et dessine mieux ses extrémités capillaires dans les tissus, le système osseux se consolide plus tôt. L'homme doit à ses conditions élémentaires de sa constitution la résistance et la densité deses tissus, la coloration plus foncée de la peau, la vigueur et le volume de ses connexions articulaires, la décision de ses mouvements, etc. Le muscle l’'emporte en lui sur le nerf, l’action sur le sentiment, la puissance sur la délicatesse. — La femme conserve et stabilise en elle deux caractères organiques de l’enfance, la surabondance des fluides plastiques et l’excessive impressionnabilité du système nerveux. A la première de ces conditions elle doit la rondeur de ses formes et l’agrément de ses traits; à la seconde, sa précocité morale et sexuelle : sa puberté exige moins de frais, si l’on peut ainsi dire, puisque l'organisme n’a pas besoin, pour l'exercice des fonctions geénératrices, du même degré de perfection universelle que chez l’homme.
Au demeurant, les différences que présentent les deux sexes peuvent être ramenées aux suivantes : 1° celles qui émanent de l’organisation de l’encéphale et de ses dépendances; 2 celles qui proviennent de la structure des organes génitaux et des actes importants dont ils sont chargés ou qui se rattachent à leur fonction ; 3° celles qui sont dues à l'empire des habitudes, à l'éducation physique et morale : elles ne nous occuperont point ici. Les deux sexes se rapprochent d'autant plus que les causes précitées ont moins d'activité ; c’est ce qui arrive aux deux périodes extrêmes de la vie, alors que le système nerveux offre dans l'un et l’autre sexe une égale mollesse ou une égale dureté, l'appareil génital un même degré
d'imperfection ou d’atrophie, et que les facultés psychiques dorment encore du même sommeil ou s’affaissent sous le poids d’une décrépitude inévitable pour tous deux.
CILAPI TRE NV:
DE L'HERÉDITÉ.
Commençons par poser des faits :
1° Certaines espèces végétales présentent des variétés qui sont remarquables par la forme, la couleur, les qualités sapides et nutritives; ces variétés se transmettent par les graines, et, en l'absence même de toute culture, elles sont lentes à faire retour au type premier de la nature.
2° Backwell, fermier anglais, à réussi à créer des races d'animaux domestiques d’une conformation parfaitement en rapport avec l'usage auquel il les destinait : « Dans les bœufs réservés pour la boucherie, il voulut que les parties charnues qui constituent Îles morceaux de choix se développassent avec un volume énorme, au préjudice des parties basses ou dites de rebut. Après quinze années d'essais, il put montrer une race nombreuse de bœufs dont la tête et les os étaient réduits aux plus petites dimensions, les jambes courtes, la panse étroite, la peau fine et souple, tandis que la poitrine était vaste, l'intervalle qui sépare les hanches largement développé et les masses musculaires si considérables qu’elles formaient à elles seules plus des deux tiers du poids total de l’animal. Backwell jugea que les cornes des bœufs étaient inutiles et souvent dangereuses ; il créa des espèces complétement dépourvues de cornes, C’est encore à lui que l'Angleterre doit cette belle race de gros chevaux qui font le service du roulage de Londres. La réforme des bêtes à laines fut sans contredit la plus difficile de ses entreprises et le plus beau de ses triomphes. Lui seul est parvenu à obtenir chez ses moutons de Dishley la réunion de deux qualités que certains agronomes regardent encore comme presque incompatibles, la finesse de la laine et le développement des parties charnues (1). »
(1) Organoplastie hygiénique, etc., par H. Royer-Collard (Mémoires de l’Aca-. démie royale de médecine. Paris, 1843, t. X).
DE L'HÉRÉDITÉ. Au D'autres éleveurs célèbres de l'Angleterre, Fowler, Paget, Princeps, ont réussi, comme Backwell, à transporter d’une race à une autre, d’un individu à ses divers produits, telle ou telle proportion de membre ou de partie (1), en associant des mâles et des femelles qui offraient au plus haut degré de développement le caractère . physique qu'il s'agissait de reproduire par transmission. 3° Les effets de l'éducation peuvent aussi se transmettre : les chasseurs savent que les petits issus d’un chien bien dressé sont eux-mêmes d'autant plus faciles à dresser qu’ils ont plus de ressemblance physique avec leur parent. Non-seulement l'aptitude, mais la spécialité de l'aptitude se communiquent par la génération ; plus un chien couchant s’est habitué à aller à l’eau, plus ses petits montrent de disposition naturelle à s’y jeter. Les chevaux dont les parents ont été montés par des écuyers adroits se forment plus aisément au manège. Fréd. Cuvier (2) rapporte que dans les contrées où les renards sont fréquemment traqués par des embûches, les jeunes renards révèlent, dès leur première sortie du terrier, une circonspection qui manque aux doyens de leur espèce dans les contrées moins visitées par les chasseurs, mais infestées de piéges. h° L’hérédité éclate chez l’homme et dans sa forme générale et dans la proportion relative de ses parties; elle se manifeste par les propriétés intimes de la fibre organique, si l’on peut ainsi dire : les mouvements, les allures, les traits du visage, le son de la voix, les singularités fonctionnelles, tout témoigne du rapport vivant qui se continue entre le produit et ses facteurs, même après la séparation de l'être nouveau qui, émancipé de l'incubation utérine, se pose au dehors dans la sphère de son individualité. Nous ne disons pas que les êtres procréateurs se répètent exactement dans leur progéniture, mais ils lui impriment avec la vie une partie de la direction spéciale que la vie avait prise en eux. Ce qui se transmet d’abord des parents à l'enfant, c'est le type physique, la conformation extérieure, la physionomie, la taille, la couleur : il y avait des familles romaines appelées Nasones, Labeones, Buccones, du trait saillant qui accusait sur leur visage l'influence héréditaire. Le tempérament,
(1) Voyez Traité philosophique et physiologique de l'hérédité naturelle dans les élats de santé et de maladie, ele., par le docteur Prosper Lucas, t. I. Paris, 1847, depuis 493 à 340. On trouve en cet ouvrage, à côté de quelques théories abstraites, une véritable opulence de faits et de preuves, et une grande ingéniosité d'induction,
(2) Annales du Muséum d'histoire naturelle. Paris, 1808, t, XI, pi 463,
les idiosynerasies, les caractères généraux de l'organisme qui sé résolvent dans l’idée de constitution, ne se transmettent pas moins que les ressemblances extérieures : Hofaker a démontré chez Îles animaux domestiques l’hérédité des conditions spéciales de la charpente osseuse, du système musculaire; l’aptitude au trait ou à la course est congénitale chez les chevaux. Il en est certainement ainsi chez l'espèce humaine : toute famille a son patrimoine organique ; les éléments dont il se compose lui font ses aptitudes, sa santé, ses chances de vie. La voix populaire, plus souvent écho de vérité que d'erreur, confirme l'induction physiologique : elle parle du beau sang d'une famille, du mauvais sang d’une autre. Les meilleures probabilités d’un long avenir se déduisent de la longévité des ascendants. Qui n’a connu des familles auxquelles semble échu le privilége de la vieillesse patriarcale, et d’autres sur qui la mort prélève presque annuellement un tribut prématuré? .
5° Le croisement des races fournit de nouvelles preuves à l'appui de l’hérédité; les mulets sont, parmi les animaux, un des nombreux exemplaires de l'influence combinée de deux sexes hétérogènes. D'un nègre et d’une femme blanche naît le mulètre dont la peau est d’une couleur jaune enfumiée et les cheveux noirs, non laineux. Le mulâtre, marié avec une femme blanche, engendre le quarteron au teint fortement basané, aux cheveux noirs et longs; déjà les traits du visage s’éloignent de ceux de Îla race africaine. Le quarteron et la blanche donnent le jour à l'octavon, moins basané que le précédent, et plus voisin du type européen. Enfin l'enfant de T'octavon, uni à la blanche, se confond avec les individus de race caucasienne. Quatre générations en sens inverse font redescendre le type blanc au type noir. Ici l’hérédité se déclare par les signes les moins équivoques et perinet à l’observateur de mesurer la part de ses agents,
6° Les vices et les monstruosités primordiaux se transmettent souvent : tels sont la surdi-mutité, l’imbécillité, l’idiotisme, le becde-lièvre, les hernies ombilicales (1), etc.; tous les auteurs citent des exemples d’individus sex-digitaires de père en fils.
7° On cite (2) des cas de mutilation accidentelle, devenue chez les parents un élément d’hérédité pour leur progéniture; on en a observé particulièrement chez les animaux. Ces faits justifient en
(1) Mare, Dictionnaire des sciences médicales.
(2) Burdach, Physiologie, t. I, p. 250. — Piorry, De l’hérédité dans les maladies, p. 40.
DE L'HÉRÉDITÉ. 143 partie l'opinion assez étrange de l’école hippocratique, répétée par Aristote : Gignuntur autem læsi ex lœæsis, claudi ex claudis, ete. (1).
8° L'hérédité intellectuelle et psychique, qu’on la considère comme un effet de la forme plastique sur la forme dynamique de lorganisme, ou comme une émanation parallèle de la source génératrice, ne saurait pas plus être contestée que celle des conditions ci-dessus énumérées ; les dispositions morales, les particularités du caractère, les facultés de l'esprit qui ont distingué le père, se retrouvent souvent chez le fils, quoique modifiées par l'éducation, voilées par les situations ou combattues par l’effort de la volonté. Non que le génie circule de génération en génération; nous parlons ici de la masse commune des intelligences : il est d'observation que des parents doués d’esprit et cultivés par l'éducation procréent en général des enfants plus capables que des groupes imbéciles. Quant à cette puissance exceptionnelle qu’on appelle génie et qui apparait, à long intervalle, incarnée dans des individualités dévolues à l’histoire, elle échappe dans son origine comme dans ses développements à l'analyse de la raison; appelée à créer, elle semble créée elle-même de toutes pièces, et si Minerve sort armée du cerveau de Jupiter, la plupart des hommes de génie ne relèvent de leurs procréateurs physiques que par leur acte de naissance (2).
9° La prédisposition aux maladies est une triste et dernière preuve de la solidarité ascendante qui lie entre elles les générations successives d’une même famille. Ce n’est pas le moindre service que l'hygiène est appelée à rendre aux mdividus, aux familles, à la société, en réprimant par un régime bien ordonné l’efflorescence des principes morbides héréditaires, en corrigeant la constitution physique des races, én purgeant la population des vices qui tendent à la détériorer. [l convient donc de nous arrêter un moment sur cette grave question de l’hérédité morbide, source de tant d’appréhension et de dangers, sujet également sérieux pour le médecin et pour le moraliste.
Distinguons d'abord les maladies héréditaires de celles qui se contractent pendant la vie intra-utérine (morbi connutriti, parentales); ne confondons pas davantage avec elles les maladies que l'enfant peut contracter pendant son passage depuis le col utérin
(1) Histoire des animaux, liv. VIE, chap. 6.
(2) Voyez, dans Prosper Lucas (Trailé de l'hérédité, t. T, p. 371 et suiv.), les preuves d'expérience en faveur de l’hérédité dans les quatre formes du dynamisme pur, sensations, sentiments, intelligence et mouvements.
Ah HYGIÈNE PRIVÉE.
jusqu’au dehors des parties génitales; la syphilis contractée pendant la grossesse et transmise au fœtus, soit avant, soit durant l’accouchement, ne constitue point une maladie héréditaire. Gérardin a fait voir à l’Académie de médecine (1) un nouveau-né variolisé avant la naissance par la variole de sa mère : il n'y a là, comme pour la syphilis communiquée au fœtus pendant la gestation, qu'un effet de contagion opérée par voie de circulation, au lieu de l'être par le toucher immédiat ; il y a là, suivant l'expression si vraie de Louis, une sorte de greffe animale, nullement production d'une lésion héréditaire. |
Les mêmes causes, agissant sur les membres d’une même famille, peuvent déterminer, chez plusieurs d’entre eux, les symptômes de la même affection, sans que la simultanéité et l'identité des lésions dépendent de l'influence héréditaire. Les scrofules se développent aisément dans les habitations humides, mal aérées et qui ne reçoivent point de rayons solaires directs : une famille placée dans ces conditions peut offrir, sans hérédité, plusieurs cas de scrofules, et c'est ce qui arrive dars nos villes du Nord (Lille, Valenciennes, Douai, Béthune, etc.), où nous avons vu avec douleur les classes misérables s’entasser dans les caves creusées à plusieurs mètres de profondeur au-dessous du niveau des rues. Les recherches de Fodéré, Coindet, Humboldt, Bailly, etc., ont fait voir que le goître dépend de causes locales : les deux versants d'une montagne présentent parfois le contraste d'une population saine et d’une population goitreuse. L'espèce de cachexie qui atteint à la longue les populations fébricitantes des pays à marais n’épargne pas les enfants. Villermé (2) a prouvé, d’après les états du mouvement de la population dans nos départements, que les funestes effets de l’impaludation pèsent particulièrement sur le jeune âge. Cette circonstance ferait croire, à tort, à l’influence de l’hérédité dans la production de ces faits; mais si les résultats directs ou éloignés des endémies ne doivent pas être confondus avec ceux de la transmission primordiale, elles entrent à leur tour dans l’hérédité par l’altération graduelle des sources de la population; des parents devenus scrofuleux par l’action prolongée de causes accidentelles procréent des enfants plus disposés à cette maladie qu'ils ne létaient eux-mêmes, et si les enfants deviennent serofuleux par la continuation des conditions d'insalubrité où leurs parents ont vécu, la deuxième génération
(1) Bulletin del’Académie de médecine, t. VUE, p. 297. (2) Annales d'hygiène publique et de médecine légale, t. X et XI.