‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 26 sur 114 · TAILLE, VITALE. TAILLE, VITALE · texte numérisé non relu

TAILLE, VITALE. TAILLE, VITALE

Décilitres. Décilitres,

Au-dessus de 1",820, le rapport entre la taille et la capacité respiratoire n’est plus aussi régulier ni aussi marqué. Chez des enfants de 8 à 145 ans, Hecht a trouvé :

TAILLE. CAPACITÉ RESPIRATOIRE CAPACITÉ RESPIRATOIRL VITALE, TAILLE. VITALE, Décilitres, Décilitres, 45,14 10,0 4,30 14,5 42,24 185 12,92 15,0 12,26 ia 42,38 16,5

Le poids exerce sur le pouvoir respiratoire une influence moins régulière et moins décisive ; il l’affecte néanmoins d’une manière sensible lorsqu'il devient considérable ou excessif. L'examen de 2648 individus a conduit Hutchinson à cette conclusion que tant que le poide moyen du corps n'excède pas 10 pour 100 du poids moyen calculé pour chaque taille, il reste sans effet sur la capacité respiratoire vitale; mais que, cette limite une fois dépassée, chaque augmentation de 1 kilogramme dans le poids du corps entraîne une diminution de 32,8 dans la capacité respiratoire.

Il est donc impossible de méconnaître la coïncidence d’une cer-

taine élévation de la taille et du développement des forces organiques. Une preuve de plus à l’appui de cette conclusion ressort du mouvement des hôpitaux militaires et de la mortalité dans l’armée. Les corps d'élite oules armes spéciales, comme on les appelle, telles que l'artillerie, le génie, les pontonniers, les ouvriers d'état, etc., fournissent un moindre contingent de maladies et de décès que les troupes d'infanterie. Or, pour celles-ci, la taille légale est de 1%,56 — 4 pieds 9 pouces; elle est de 1",706 — 5 pieds 3 pouces pour les armes spéciales. Il suffit de jeter un coup d'œil sur un régiment d'artillerie et sur un régiment de ligne pour être frappé, au premier abord, de la différence des constitutions qui en peuplent les rangs; néanmoins la désignation des recrues pour les différentes armes n’a lieu que d’après les mesures de taille.

En considérant le développement de la taille comme un indice de force générale, nous avons en vue une force moyenne, non les statures les plus élevées; 1l est d'observation que ces dernières, sauf quelques exceptions athlétiques, n’ont souvent de la force que les apparences et le luxe extérieur; nous ne reléguons pas non plus d’une manière générale, parmi les constitutions débiles, les individus de petite taille : lorsqu'ils sont bien conformés et bien pris dans leurs proportions, ils résistent mieux que les gens de stature élancée, mais grêles, à courte poitrine et à membres allongés. Les médecins militaires savent que les constitutions de moyenne et même de petite taille, mais carrées et fermes, qui se rencontrent parmi les voltigeurs et les chasseurs, offrent plus de ressource que les grenadiers, dont un grand nombre, originaires du Nord et de l'Alsace, croulent promptement sous les atteintes de la maladie. Louis (1) et Briquet (2) ont aussi constaté que les sujets de grande taille sont plus disposés à la phthisie pulmonaire.

Nous avons examiné dans quel rapport se trouve la force avec les différences Imdividuelles de l’organisation, telles que tempérament, idiosyncrasies, âge, sexe, hérédité, habitude, taille et poids du corps; il nous reste à la considérer, dans la totalité de l’organisme, aux prises avec les influences du monde ambiant. C'est ici que la distinction de la force habituelle et de la force virtuelle, ou force en réserve, s'applique avec vérité.

L'homme ne conserve son équilibre qu’en réagissant incessamment contre les influences extérieures. Celles-ci ne sont constantes, ni

(1) Louis, Recherches sur la phthisie, 2° édition. Paris, 1843, p. 579 et suiv. (2) Briquet, Revue médicale, février 1842.

daus leur intensité, ni dans leur durée, ni dans la vitesse de leur succession; mais quelles que soient leurs variations, elles ont une latitude comprise entre deux extrêmes fixes, ce qui permet d’en calculer la moyenne, et par suite celle de la résistance que l'homme est obligé de leur opposer. Soit, par exemple, la température du climat : elle oscille entre un maximum et un minimum, elle offre une moyenne annuelle, et dès lors il est aisé de prévoir jusqu’à quel point le pouvoir calorifique de l’homme devra s'exercer pour maintenir la température animale dans une limite à peu près invariable, Tant que les influences extérieures n’excèdent point l'échelle ordinaire de leurs vicissitudes, la résistance que l'homme leur oppose n’exige que le développement de sa force habituelle; mais si elles acquièrent une intensité insolite ; si elles dépassent leur latitude ordinaire de variations, l’organisme doit réagir avec une énergie proportionnelle, il doit développer une force de plus en plus grande, et il vient un moment où, près de s’épuiser, incapable de prolonger sans détriment la lutte, il appelle à lui le secours de tous les moyens propres à la garantir contre l'agression ruincuse des influences du dehors. Dans cette progression de réactions qui à pour termes extrêmes la santé facile et l’imminence morbide, l'homme débute par la dépense de sa force habituelle, se soutient en développant sa force virtuelle, et si l'influence à laquelle 1l résiste n’est surmontée ou ne disparaît, la nature devient insuffisante. Or, ni la force que l'organisme développe habituellement, ni celle qu'il peut développer en raison de sa virtualité, ne sont départies à toutes les constitutions dans une mesure égale : c'est ce qu’il est aisé de vérifier en observant plusieurs individus soumis à l’action perturbatrice d’une même cause. Les cas suivants se présenteront : 4° Perturbation fugace, retour presque immédiat à l’équilibre fonctionnel par la réaction efficace et instantanée de l'organisme. 2° Oscillation de quelque durée et rétablissement dans la plus courte période de temps. 3° Maladie, mais qui, à l’aide du simple régime, se termine spontanément par le retour complet à la santé. 4° Maladie, laquelle abadonnée à elle-même, est suivie d'un rétablissement incomplet, d’une convalescence longue et incertaine. 5° La maladie est plus grave, les soins de l’art sont indispensables; la guérison qu'ils amènent laisse à sa suite faiblesse et langueur. La force revient cependant, mais non plus dans la mesure qui existait avant laccident. 6° Un dernier cas est celui où la guérison ne peut être complétée, même avec le concours des moyens les mieux dirigés et des soins les plus persévérants. Nous avons supposé six individus, im-

pressionnés par la même cause, et se comportant chacun suivant sa nuance de constitution ; mais notre supposition est singulièrement outre-passée par la variété des types organiques, et par conséquent, des manifestations réactionnelles. Pour apprécier les conditions individuelles de l’équilibre qui fait la santé, il y aurait à considérer l'intensité comparée des forces organiques et des influences qu'elles ont à surmonter, la persévérance des unes et des autres dans une même mesure d'action, la promptitude avec laquelle les unes et les autres se développent et parviennent au maximum relatif de leur intensité; ne pouvant entrer dans ces détails, nous résumons notre opinion sur la force envisagée dans la totalité de l'organisme, par cette citation d'Hippocrate : « Selon moi, les constitutions qui se ressentent promptement et fortement de leurs écarts sont plus faibles que les autres; le faible est celui qui se rapproche le plus du malade ; et le malade est encore plus faible : aussi doit-il soutfrir plus que tout autre des fautes du régime (1). »

La constitution se traduit par la force; la force se révèle dans certaines conditions d'organisation et de fonctionnalité; elle s’épuise graduellement ou violemment dans les réactions incessantes de l’organisme contre les influences extérieures. La série de ces réactions compose la vie : la durée de la vie mesure donc en définitive la vertu des constitutions, et la question de force constitutionnelle se résout dans les chiffres comparés de la mortalité. Des lacunes se font sentir ici dans la statistique : on n’a pas encore recherché les proportions de la mortalité suivant la taille, l’hérédité, les tempéraments et les idiosyncrasies; mais elle a fourni des données péremptoires sur les rapports de la mortalité avec l’âge, le sexe et les professions; celles-ci expriment en partie l'influence des habitudes. Ces résultats numériques trouveront place dans la seconde partie de ce livre, d'autant mieux que la macrobie, suivant l’expression de P. Lucas (2), a son origine première dans l'espèce et se rapporte à l'espèce.

(1) Hippocrate, trad. Littré, Traité de l’ancienne médecine, t. 1, p. 597. (2) Traité physiologique de l'hérédité natureile dans les états de santé et de maladie, Paris, 1850, 2 vol. in-8.

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