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CHAPITRE VII

La réaction organique est en raison composée de la constitution et des influences qu’elle reçoit ; la mesure de cette réaction se trouve donc d’une part dans les qualités et la quantité des influences, d'autre part dans les éléments de la constitution. Toutes Îles fois que la réaction devient irrégulière, on doit en chercher la raison dans l’homme ou dans les modificateurs, et plus souvent encore dans l’homme seulement. Ce sont là les deux foyers de l’étiologie des maladies ; et s’il faut leur assigner une importance relative,nous appellerons en première ligne l'attention du médecin sur le rôle que joue la spontanéité organique dans la production des troubles fonctionnels et des états morbides. Nous pensons avec tant d'autres observateurs, que la cause initiale de la plupart des affections non traumatiques réside encore plus dans les conditions de l’organisation individuelle que dans les influences du dehors; celles-ci n’acquièrent l'efficacité nécessaire pour la réalisation de l’état morbide qu'autant qu’elles sont favorisées, quelquefois de très loin, par les prédispositions personnelles. Les prédispositions relèvent de tous les éléments de la constitution précédemment étudiés ; plus ou moins nombreuses, c’est fortune qu’elles se balancent entre elles et se neutralisent par l’antagonisme des actions physiologiques. Bien des santés ne durent qu’au prix de cette pacification précaire des éléments de maladie que recèle l’organisme : trêve de quelques années que vient rompre tôt ou tard la prépondérance d’une partie. Mais le plus souvent cet équilibre incertain n'existe même point ; sous l'impulsion des moindres causes, l'organisme éprouve des déviations que ne suit pas toujours un retour complet à la santé, ainsi que nous l’avons dit plus haut, et qui accusent en lui l’exagération ou l'insuffisance de l’un des agents mêmes de la constitution. Combien est-il d'hommes qui n'aient point, suivant l’expression vulgaire, un organe faible, c’est-à-dire plus sujet à ressentir l'atteinte des influences mo ‘bifères? L'école physiologique appliquait à cette disposition la dénomination de diathèse, et elle admettait ainsi autant de diathèses qu'il y a d'organes et de viscères (1).

(t) L'idée de diathèse a trouvé sa formule la plus nette sous la plume de Littré et de Robin : « Disposition générale en vertu de laquelle un individu est atteint de plusieurs affections du même genre, de même espèce. » (Dictionn, de Nyslen.)

256 HIYGIÈNE PRIVÉE.

Mais diathèse ou prédisposition latente (Chomel), ce n’est qu'un mot; et sans repousser l’idée « d’une modification spéciale, entièrement » inconnue dans son essence, soit de toute l’économie, soit d’une » ou de plusieurs des parties qui la constituent » (1), interrogeons l’économie dans ses conditions propres; rattachons, s’il se peut, tout phénomène à son principe matériel. Alors il apparaîtra que ces diathèses, ces dispositions inconnues dans leur essence qui penchent l’homme vers le maladie, qui lui circonscrivent une sphère particulière d’imminence morbide, se déduisent des éléments de chaque organisation individuelle, et sont en quelque sorte la végétation spontanée du fonds humain.

$ 4, — De l'imminence morbide suivant les tempéraments et les idiosyncrasies.

On a dit que le tempérament est le premier pas vers la maladie : cet axiome est rigoureusement vrai. Et c’est ici que la doctrine des tempéraments révèle toute son importance; 1ls interviennent nonseulement dans la génération des maladies, mais dans leur forme, leur marche et leur terminaison : ces rapports sont tous les jours saisis au lit des malades par les regards du praticien, et 1l puise dans la conscience de son observation la sanction d’une vérité traditionnelle, vainement attaquée ou niée par des adversaires plus exigeants que l'expérience des siècles. C'est à l’âge surtout où les tempéraments se prononcent jusqu'à l'évidence, qu’il est facile d'en apprécier les liaisons avec l'étiologie, la pathogénie et la thérapeutique. Les hôpitaux militaires présentent les meilleures conditions de cette étude : les malades qui sy rendent ont, pour la plupart, acquis leur développement ; ils n'ont plus les formes indécises du premier. âge, les apparences transitoires de l'adolescence; ils n’ont pas encore subi d’altération dans leur aspect extérieur par le progrès des années : aussi nulle part la médecine pratique n’est commandée plus sévèrement par la considération des différences individuelles qui ressortent des tempéraments. Dire que le tempérament sanguin est disposé aux congestions, aux hémorrhagies, aux inflammations, qu'il enveloppe en général les affections morbides d’une phénoménalité active, bruyante, qu'il leur imprime une progression rapide et les précipite vers une solution promptement heureuse ou fatale, c'est répéter des faits vulgaires, mais exacts. Exagéré passagèrement, ou par l'effet de l’organisation primordiale, il donne lieu

(1) Chomel, Pathologie générale, 3° édition, p. 89,

aux accidents connus de l’état pléthorique. Si les sujets sanguins se trouvent, par la mobilité de leur système vasculaire, sous l’imminence incessante de maladies fébriles, aiguës, phlegmasiques, ils sont aussi doués pour y réagir avec efficacité : ils forment cette élite de malades qui prêtent aux traitements énergiques, et plus souvent encore s’en passent par la brusque spontanéité de leur guérison : c’est chez eux que- l’on voit survenir, soit par la peau, soit par la surface muqueuse, soit par l'office d’un appareil spécial d'élimination (rein, foie), ces spoliations abondantes qui, suivies d'une détente soudaine, ont mérité le nom de crise: quelles que soient leurs déperditions, ils les réparent avec facilité.

Les gens nerveux, mais avec un développement médiocre du système musculaire, sont condamnés à des précautions pour se garantir des grandes vicissitudes ; ils ne sauraient les braver avec les mêmes chances d’impunité que les sujets sanguins : des causes qui glissent sur ces derniers leur suscitent des dérangements ; leur santé est toujours menacée de perturbations, mais elles sont peu profondes, quoique accompagnées d’un vif émoi de sympathies : leurs maladies tendent moins à l’inflammation ; elles déterminent des douleurs intenses, mais compromettent rarement la vie. À un degré plus prononcé du tempérament nerveux, la réaction devient plus caractéristique; elle peut simuler l'appareil symptomatique d’une affection des plus graves, quoique légère en elle-même et produite par une cause insignifiante. L'organisation frêle et vibratile de ces êtres délicats qui s’abritent moelleusement dans les boudoirs et s’exaltent par les romans, les spectacles, les bals; celle des littérateurs et des artistes chez qui la vie semble concentrée sur le système nerveux, s'ébranlent avec une déplorable facilité à tout souffle du dehors, et éclatent en réactions désordonnées; 1ls sont pour ainsi dire habituellement dans un état d’imminence spasmodique, convulsive, ataxique. Qu’une lésion survienne, qu'une irritation frappe un de leurs organes, toute l’économie en retentit douloureusement, quand ailleurs elle resterait confinée dans sa localité d’origine, sans trouble ni souffrance; leurs maladies n’ont ni marche régulière ni solution critique. La forme intermittente ataxique, nerveuse, qu’elles revêtent, peut donner le change sur leur nature, et il faut une sagacité exercée pour saisir, derrière le masque d’une phénoménalité trompeuse, la cause réelle, le point d'irradiation. Les névralgies, les viscéralgies, les palpitations nerveuses, l’hystérie, l’épilepsie, l'hypochondrie, les hallucinations, les diverses formes d’aliénation, sont les éléments de l’imminence

morbide qui résulte de ce tempérament ; elle doit être amortie par la dispensation graduelle des influences hygiéniques, par léloignement de tout ce qui peut exciter de fortes émotions, surtout par l’augmentation de la vigueur musculaire au moyen des exercices et d’une alimentation solide. Quant aux médicaments dits antispasmodiques ou narcotiques que tant de médecins emploient même à titre de préservatifs, et comme ils disent, pour éteindre la sensibilité, c'est à peine s'ils méritent confiance pour les cas de maladie : ils doivent être bannis, comme toute espèce de drogue, du domaine de l'hygiène. |

Quand on sonde les prédispositions morbides que récèle le tempérament lymphatique, on reconnaît qu’elles correspondent, d’une part, à l’exagération physiologique des élaborations blanches, d'autre part à l’atonie des systèmes musculaire et nerveux : aux [ymphatiques les engorgements glanduleux, les tumeurs articulaires, les scrofules, les supersécrétions séreuses et muqueuses, les ophthalmies tenaces, en un mot, toutes les maladies sans fin qui semblent l'apanage des constitutions molles et humides. Ce n'est pas qu'ils échappent aux phlegmasies, aux névroses; mais celles-ci ne se montrent guère que chez les Iymphatiques avec prédominance de l'axe cérébro-spinal. Quant aux phlegmasies, elles revêtent chez eux des caractères spécifiques : point d’acuité ni de franche allure; point ou peu de troubles généraux ni de guérisons spontanées. On observe plus fréquemment chez eux les congestions sanguines passives dans les poumons, le foie et ia rate, le goître et le crétinisme. Les femmes Ilymphatiques sont plus sujettes que les autres aux engorgements et aux déviations de l'utérus, au catarrhe vaginal et utérin ; la lenteur de Ja circulation, la paresse du système nerveux rendent les réactions difficiles, les sympathies obscures, la marche des maladies languissante, leur terminaison incertaine. L’exhalation des surfaces affectées augmente ; de là cette forme muqueuse ou pituiteuse qui fixait presque exclusivement l'attention des anciens, et servait à classer les maladies; celles-ci ont, dans le tempérament lymphatique, une tendance visible à la chronicité, les sujets prétant peu au déploiement des médications énergiques et l'organisme. étant frappé d’une sorte d’impuissance radicale. . Nous avons dit (page 9) qu’il existe une affinité entre les tempéraments et les idiosyncrasies; l’étude de Pimminence morbide confirme cette proposition. Chez les sujets sanguins ce sont le cœur et les poumons, souvent aussi le foie, qui reçoivent plus particulièrement l'atteinte des causes morbifiques; le cœur surtout

semble être chez eux le viscère le plus actif. Toutefois les relevés numériques que nous donnons plus bas, et dans lesquels entre une forte proportion d'individus sanguins, tendraient à établir en faveur de cet organe une exception à la loi des idiosyncrasies ; pour être plus activé dans ses fonctions, le cœur ne paraît point plus exposé à la maladie. La prédominance de l'appareil hépatique n’est parfois qu'une idiosyncrasie transitoire liée aux phases annuelles de Ha grande fonction à laquelle il concourt : « L'état des organes digestifs change avec les saisons » (1); mais elle s’observe aussi comme une condition permanente de l'organisme : dans le premier eas, elle influe sur la forme des maladies régnantes et détermine ces épidémies à localisations diverses, mais scellées d’un signe commum, épidémies si bien caractérisées par Stoll et Tissot; dans le second cas, elle centralise l'influence des agents morbifiques dans l'appareil sécréteur de la bile, ou colore pour ainsi dire les manifestations pathologiques des autres organes. C’est iei le lieu de rappeler la distinction déjà faite des idiosyncerasies en actives et en passives, et d'expliquer cette dernière expression. En effet, tandis que les tempéraments résultent de l’exagération anatomique ou physiologique de l’un des systèmes généraux, l’idiosynerasie peut dépendre de la faiblesse relative d’un viscère, d’un appareil d’organes. Ce qui rend un organe vulnérable aux influences morbifères, c’est tantôt l’excès de son activité, tantôt son inertie; robuste, capable d’une résistance prolongée, presque toujours il est exercé jusqu’à l'abus qui engendre la maladie; délicat par je ne sais quelles nuances de sa texture, et d’une mobilité plus grande, il se fatigue plus vite, réagit moins énergiquement, et s’altère par l’action de faibles causes; en un mot, les mêmes différences que nous avons signalées entre la force individuelle des organisations se répètent entre la force relative des organes et des viscères du même individu : de là double pente à l’état morbide par ce que l’on peut appeler les idiosynerasies actives et les idiosyncrasies passives. Si le tempérament est un pas vers la maladie, l’'idiosynérasie en est la halte; elle commande, elle détermine en effet le siége de la maladie comme le tempérament lui imprime son allure et sa forme ; c'est vers l’organe prépondérant par sa vitalité ou désarmé par sa faiblesse relative que convergent les mouvements organiques dans l’état de santé comme dans l’état de maladie. Cette proposition a presque la valeur d’une loi que vérifie l'observation quotidienne. Supposons que trois

(4) Hippocrate, trad, Littré, Deseaux, des airs el des lieux, 4. II, p. 15..

individus appartenant aux trois tempéraments que nous avons admis, mais doués de l’idiosyncrasie pulmonaire, subissent l’action prolongée d’une cause morbifique, telle que le froid humide : le sanguin sera frappé de pleuro-pneumonie, le lymphatique de catarrhe bronchique, le nerveux éprouvera un accès d'asthme, Trois femmes à idiosyncrasie génitale, soumises à la même stimulation, présenteront, chacune suivant son tempérament sanguin, lymphatique ou nerveux, des accidents de métrite, de leucorrhéeou d’hystérie. Diversifiez l’idiosyncrasie sous l’empire du même tempérament, et vous verrez une forte émotion ressentie par trois personnes à la fois produire, chez l’une un ictère, chez l’autre des palpitations, chez la troisième une diarrhée. Le rôle que jouent les idiosyncrasies dans la production des maladies est si constant, si décisif, que Chomel (loc. cit.), qui a émis une théorie assez vague des prédispositions, a proposé d’appeler celles-ci des idiosyncrasies morbifiques; ce qui équivaudrait à qualifier le tempérament sanguin de tempérament morbifique, parce qu’il favorise plus particulièrement le développement des atfections inflammatoires.

$ 2. — Des rapports de l‘imminence morbide avec les âges.

Chaque âge a ses conditions anatomiques et physiologiques : il doit donc avoir ses maladies; ce qui implique une spécialité relative de l'hygiène et de la thérapeutique. Les modifications que subissent les tempéraments aux différentes époques de la vie, le déclassement des idiosyncrasies par les vicissitudes de l'accroissement et du décroissement des organes, expliquent déjà pourquoi l’âge est tour à tour cause prédisposante ou cause efficiente de maladie. L'âge modifie la marche et la phénoménalité de certaines affections ; il en est d’autres qu'il empêche par un véritable antagonisme ; enfin, des affections plus ou moins graves se développent exclusivement à certaines époques de la vie, ou ne peuvent se produire alors que sous une forme déterminée : aussi les a-t-on appelées maladies des âges. L'influence de l’âge se résume donc en ceci : préparer, déterminer, modifier ou bien empêcher le développement d'une maladie (1).

I. Age fœtal et naissance. — Nous avons signalé (pages 112 et 4113) la solidarité qui existe entre la mère et l'enfant ; s’il est des déviations organiques et des maladies congénitales qui, inconnues

(1) Gendrin, De l'influence des âges, thèse de concours, p. 9.

dans leurs origines, échappent à nos moyens prophylactiques, (bydrocéphale, hydrorachis, hernies, encéphalocèles, ichthyose), d’autres peuvent être éludées, prévenues. Les violences extérieures ont occasionné chez le fœtus des fractures, des luxations ; les excès de régime, les abus alcooliques, commis pendant la grossesse, ne paraissent pas étrangers à la production de gastrites, de ramollissements gélatineux de la muqueuse stomacale chez quelques nouveaunés. Vogel, Guersant et Blache ont rencontré la rougeole, la scarlatine, chez des nouveau-nés dont les mères avaient contracté ces affections peu de jours avant l’accouchement. La variole congénitale, niée par Cotugno et par Serres, n’est plus à démontrer. Husson, Clark, Valleix et Fieury ont observé la phthisie congénitale. La femme enceinte évitera donc, et les influences pathogéniques qui peuvent compromettre, troubler ou frapper d’irrégularité le développement du fœtus, et celles qui peuvent l’associer avec sa mère à un état morbide, propre au moins à diminuer sa force et sa santé. Le choléra, la variole, la fièvre typhoïde, la syphilis, sont plus à redouter. Les fièvres éruptives peuvent épargner la mère et atteindre le fœtus; au moins, sous l’empire de certaines constitutions mé. dicales, des mères saines ont mis des enfants au monde qui avaient la rougeole, la variole ou la scarlatine.

La viabilité du nouveau-né est d'autant moins assurée que l’accouchement est plus rapproché du terme naturel, si l'accouchement est long et pénible. Les pressions exercées par les parties osseuses du bassin, ou par les branches du forceps, peuvent occasionner un céphalématome épicrènien ou sus-péricränien (P. Dubois), une hémiplégie faciale (Vernois, P. Dubois, Landouzy), une paralysie du deltoïde { Daguemier), lasphyxie ou l'apoplexie, une fracture du crâne. Une mère infectée de blennorrhagie ou de chancres vénériens donne au passage une ophthalmie purulente à son enfant. Mentionnons encore l’enroulement du cordon ombilical autour du cou, et par suite de la ligature et de la chute de ce cordon, la phlébite ombilicale, linflammation des artères hvpogastriques (Hodgson), un érysipèle, un phlegmon des parois abdominales, des hémorrhagies. C’est de la naissance au cinquième jour (Auvity), et jusqu'au douzième jour (Gardien), que se développe le sclérème, quelquefois lié à une lésion des reins, le plus souvent dû à l'impression des agents atmosphériques, car il est deux fois plus fréquent en automne et en hiver qu’en été, et empruntant ses caractères à ces deux conditions simultanées de la peau, hypérémie physiologique et infiltration séreuse,

IT. Ænfance. — L’injection très prononcée des tissus membraneux chez les enfants facilite les hémorrhagies ; celles de l'intestin grêle, et même de toute la muqueuse digestive affectent les nouveau-nés; ce n’est guère que chez les enfants qu’on observe l’apoplexie méningienne dans laquelle le sang est épanché à la face du cerveau, dans les mailles de la pie-mère ou à l’extrémité inférieure et postérieure du rachis; les hémorrhoïdes ne surviennent à cet âge que sous l'influence de l’hérédité. Toutefois les hémorrhagies primitives ou secondaires aiguës sont rares chez les très jeunes enfants; les premières, plus fréquentes à l’âge de dix à quatorze ans, paraissent se lier aux approches de la puberté et s’observent surtout chez les filles. Les hémorrhagies cachectiques et chroniques sont beaucoup plus fréquentes à l’âge d’un à cinq ans (1). C'est aussi presque exclusivement dans l’enfance qu’on observe la forme d’hémorrhagie appelée constitutionnelle, et qui dépend de l’hérédité. Sur 65 cas de cette maladie, on l’a notée 46 fois dans la première année. Grandidier a compté 88 cas de mort à la suite d’hémorrhagies ombilicales chez des enfants issus de familles où règne l’hémophilie (2). Les lésions de sécrétion se lient encore chez l'enfant à l’activité de la circulation capillaire dans les téguments et à la turgescence des cryptes mucipares du tégument interne et des cryptes sébacés de la peau : de là lichthyose des nouveau-nés, produit d’une sécrétion épidermique anormale qui s'opère en même temps que la desquamation du premier épiderme; de là les concrétions de matière brunâtre et comme adipocireuse sur le front et les tempes du nouveau-né; les diarrhées muqueuses qui accompagnent la première dentition, et qu'il ne faut pas confondre avec les diarrhées lientériques, produites avant la dentition, par la disproportion de la nourriture avec l’état des organes digestifs. L’infiltration séreuse du tissu cellulaire, notée par Rilliet et Barthez chez plus du huitième de leurs malades, se montre plus souvent entre deux et cinq ans qu’au delà de six ans. L’hydrocéphalie, presque toujours consécutive, est aussi plus rare après l’âge de six ans; liée souvent à l’anasarque, aux fièvres éruptives, à la néphrite, etc., elle est plus souvent encore l’une des conséquences de l’infiltration tuberculeuse du tissu sous-araclmoïdien. L'hydropéritonie, primitive et secondaire, atteint plutôt les garçons que les filles, et postérieurement à l’âge de six ans; la forme primitive, comme l’ascite secondaire

(4) Traité des maladies des enfants, etc.; par Rilliet et Barthez, t. II, p. 7. (2) B. Schnepf, Recherches historiques sur l’hémophilie (Gazelte médicale de Paris, novembre 1855), DEP si Liaili 22 301048

aiguë, affecte de préférence les enfants forts et bien constitués, tandis que la forme chronique ou cachectique appartient aux enfants débilités L’œdème du poumon est une des hydropisies les plus fréquentes de l'enfance ; mais presque toujours terminal et à symptômes obscurs, il se rattache à la pneumonie lobaire ou lobulaire, à la gangrène du poumon, au croup, à l’entéro-colite, surtout à la néphrite albumineuse et aux fièvres éruptives, la scarlatine en tête ; à l’état chronique, c’est la tuberculisation qui coïncide le plus souvent avec l'œdème pulmonaire.

L'incontinence des urines, si fréquente dans le premier âge, provient de ce que la vessie se contracte instinctivement par l’impression stimulante du liquide qu’elle contient; plus tard ce viscère subit l'influence cérébrale; mais sitôt que l’action du cerveau sur les organes contractiles est interrompue par le sommeil, l’incontinence se reproduit jusqu’à ce que les rapports du système nerveux cérébro-spinal et du système musculaire soient bien consolidés. La fréquence des mictions ne permet pas à l’urine de s’accumuler dans le réservoir et de former un courant assez fort pour entraîner les concrétions naissantes ou descendues des reins; le petit diamètre de l’urèthre gêne d’ailleurs l'élimination de ces dépôts ; retenus dans la vessie, ils augmentent par l’accumulation des matières salines de l'urine, accumulation qui s’opère d'autant plus facilement que, suivant l'observation de Prout, de un ou deux ans à sept, l’urine a une grande tendance à laisser précipiter les sédiments. La composition des urines influe nécessairement sur la production des calculs aux différents âges; aussi sont-ils rares pendant la première année, où les urines sont principalement aqueuses. Civiale a reconnu que la moitié des calculeux est impubère, et l’autre moitié âgée de quarante aus et plus.

La délicatesse des tissus tégumentaires, la richesse de leurs réseaux capillaires, l’activité de la circulation sanguine, l’irritabilité générale, placent les enfants sous l’imminence des phlegmasies internes et externes : aux enfants les plus jeunes, les plus délicats, aux filles, les phlegmasies à formes cachectiques et chroniques; aux plus âgés, aux robustes, aux garçons, les inflammations aiguës et franches. Inutile de rappeler celles qui se développent à leur peau, soit par l’effet des circonstances extérieures, soit par l'extension des irritations des muqueuses (érythèmes de la face, de l'anus, des fesses, lichen, porrigo, etc.). Jusqu'à la deuxième dentition, les inflammations des organes digestifs sont les maladies les plus ordinaires de l'enfance, qu’elles soient idiopathiques ou le résultat

d'une complication ; celle de l’œsophage paraît propre aux enfants (Billard) comme affection spontanée, et se rattache à la vascularité physiologiquement exagérée de ce conduit. Les stomatites, avec turgescence gingivale, les stomatites aphtheuses simples, les coryzas si fréquents chez les nouveau-nés, sont les préludes ou Îles accompagnements de la première dentition, et coïncident avec l’évolution des dents, des os maxillaires, des glandes salivaires et des voies nasales: ce sont autant de maladies à surveiller plutôt qu’à traiter, car elles résultent de l’exaltation passagère d’actes physiologiques. —Un groupe spécial de maladies domine dans l'enfance, sans lui appartenir exclusivement : ce sont celles qui donnent lieu à la formation de pseudo-membranes et dont les plus fréquentes sont le croup et l'angine couenneuse; elles sont rares chez les adultes et s’observent exceptionnellement chez les vieillards, comme si elles trouvaient une des conditions les plus favorables à leur production dans la plasticité des fluides et dans la richesse des systèmes capillaires sanguins des enfants. Rilliet, Barthez et Blache ont noté, chez la plupart des enfants atteints de croup, la fermeté des chairs et la force de la constitution ; c’est à l’âge de deux à sept ans que cette maladie se développe le plus fréquemment ; la stomatite diphthéritique survient entre cinq et dix ans, comme épiphénomène des fièvres éruptives, de la fièvre typhoïde, des entéro-colites, etc., plus qu’à titre idiopathique; elle attaque surtout les enfants mal soignés et affaiblis. Ceux-ci payent un ample tribut aux inflammations de l’appareil respiratoire ; ils sont sujets à des trachéo-bronchites, promptement fatales par l'engouement des bronches que l’expectoration ne vide point; les pneumonies les frappent à la mamelle; plus dangereuses encore par la dissémination de la phlogose (pneumonies lobulaires), elles sont fréquentes depuis la première dentition jusqu’à la puberté. Valleix (1) a recueilli lui-même quatorze observations de pneumonie présentées par des enfants presque naissants ; l’âge de un à cinq ans y prédispose efficacement : sur 245 petits pneumoniques, 172 n'avaient pas dépassé l’âge de cinq ans, et 73 étaient àgés de plus de cinq ans. Chez les enfants de moins de cinq aus, Gerhard et Rufz avaient nié l'existence de la pneumonie idiopathique; sur les 245 malades précités, Barthez et Rilliet ont constaté vingt-quatre fois cette forme de la pneumonie avant l’âge de cinq ans, et dans ces conditions elle se termine presque toujours par la guérison. La bronchite est d'autant plus

. (1) Clinique des maladies des enfants nouveau-nés. Paris, 1838, p. 42.

DE L'IMMINENCE MORBIDE. 265 rare.que les enfants sont plus jeunes: sur 115 atteints de cette affection, 37 avaient de un à cinq ans; 78 de six à quinze ans. La coqueluche, si fréquemment associée à la bronchite, se montre surtout de un à sept ans; sur 130 cas observés par Blache, 106 appartenaient à cette période. On a cru que la néphrite n'existait guère chez les enfants que liée à l’état calculeux ; les recherches récentes l'ont montrée assez fréquente, surtout avec albuminurie, et sous la dépendance de fièvres éruptives, intermittentes, typhoïdes, de Paffection tuberculeuse. Les organes génito - urinaires s’enflamment rarement; nous avons déjà signalé la vaginite qui survient parfois chez les petites filles entre deux dentitions. Il arrive quelquefois que l’inflammation oblitératrice de la veine ombilicale outre-passe ses limites et s'étend à la veine porte, comme ferait une phlébite ordipaire : Breschet et Villermé, en faisant des recherches sur les cadavres de nouveau-nés, ont trouvé sur plusieurs dont l’ombilic n’était point cicatrisé, la veine ombilicale manifestement enflammée, rouge, épaissie dans ses parois et contenant du pus (1). Quant aux ménimgites et aux encéphalites, qui sont fréquentes dans l’enfance, elles dépendent des mêmes conditions physiologiques que les hydro céphales aiguës et les apoplexies méningiennes. Les inflammations exanthématiques, excepté les contagieuses, se montrent rarement avant la première dentition.

Les affections d'origine miasmatique sont à redouter pour les enfants, en raison de l’activité de leur absorption et de la perméabilité de leurs tissus; on sait la remarque faite par Villermé (2), que les enfants au-dessous de dix ans meurent en plus grand nombre, dans les contrées marécageuses, à l’époque de l’année où l’évaporation des eaux stagnantes à son maximum d'intensité. Le grand nombre d’enfants atteints de fièvre typhoïde, que reçoit habituellement l’hôpital des Enfants malades de Paris, confirme aussi sur ce point l'induction physiologique. Rare dans les premières années de la vie, moins rare entre cinq et huit ans, la fièvre typhoïde sévit avec le plus de fréquence sur les enfants de neuf à quatorze ans. Abercrombie l’a observée chez des enfants de six à sept mois; Marc d'Espine, chez un enfant de sept mois; Charcelay, chez des nouveau-nés.

Nous avons vu combien l'enfant est accessible aux impressions

(1) « La première enfance est sujette aux insomnies, aux aphthes, aux vomisse- » ments, aux toux, aux inflammalions ombilicales, aux suintements des oreilles. » (Hippocrate, Aphor., 24, sect. 111.) .

(2) Annales d'hygiène publique el de médecine légale, t, I, p. 31.

du dehors: transmises au cerveau, elles déterminent facilement une excitation trop vive qui donne lieu aux mouvements convulsifs : c’est à cette susceptibilité extrême du système nerveux qu’il faut rapporter les accidents convulsifs que font naître par réflectivité la dentition, la présence de vers dans le tube digestif, le prurigo de l’eczéma, etc. « Vers la dentition viennent le prurit et l'irritation des gencives, les fièvres, les convulsions, les diarrhées, surtout à la sortie les dents canines et chez les enfants qui ont beaucoup d’embonpoint et une constipation opiniâtre (1). » La chorée , qui consiste dans la discordance d'action entre le système nerveux et le système musculaire, et qui se caractérise par la rapidité extrême , le manque de précision et de fixité dans les mouvements, la chorée est une maladie plus familière à l'enfance qu’à tout autre âge; mais elle n’est ni rare ni très commune, car sur 32976 malades admis à l'hôpital des Enfants pendant dix ans, 189 seulement étaient affectés de chorée, — 1 sur 377 (Rufz). L’épilepsie a été appelée mal des enfants ; on l’a vue se développer dès les premiers jours et dans les premiers mois de la vie : « Ve{ primo mense adgreditur..…. vel circa dentitionis tempus a septimo ad decimum mensem (2)... » Cependant c’est surtout vers la puberté qu'elle se développe. Les convulsions primitives et sympathiques se manifestent d'habitude avant l’âge de sept ans ; les convulsions symptomatiques, quoique plus fréquentes à la même période de la vie, ne sont pas rares entre six et quinze ans.

La cachexie scrofuleuse est due à une modification inconnue du sang, source commune des dépôts morbides multiples qui s’opèrent sur des organes éloignés les uns des autres, et qui n’ont guère de lbaisons sympathiques ; elle a pour expressions locales la tuméfaction inflammatoire des ganglions lymphatiques, l’inflammation chronique des muqueuses oculaires, palpébrales, nasales, des arthropathies, la carie des os courts, etc. Le système lymphatique, succursale du système circulatoire, joue au moins un rôle particulier dans la distribution des principes serofuleux qui préexistent probablement dans l’organisme; il est un des siéges de prédilection des dépôts hétéromorphes auxquels ils donnent lieu, et comme il a une prépondérance marquée dans l'enfance, on comprend la fréquence des scrofules à cet âge : sur 537 scrofuleux, 210 sont compris entre un et dix ans. Scrofules et tubercules présentent sous ce rapport

(1) Hippocrate, Aphor., 25, sect. ur.

(2) Sydenham, op. cit., p. 620,

une grande divergence : ceux-ei sont beaucoup plus fréquents entre vingtet quarante-cinq ans qu'avant vingt ans; celles-là augmentent de fréquence jusqu’à l'âge de quinze ans, se montrent encore chez beaucoup d'individus entre quinze et vingt ans, deviennent plus rares entre vingt et trente ans, et disparaissent à peu près à mesure que l’homme avance vers la vieillesse. Nous empruntons à Lebert (1) le tableau suivant, plein d'intérêt pour l'hygiène :

Age. Tuberculeux pour 1000. Scrofuleux pour 1000,

- On a noté depuis longtemps la fréquence plus grande des tubercules dans les centres nerveux, dans les ganglions bronchiques et dans les glandes mésentériques (carreau), chez l'enfant que chez l'adulte. Toutefois nous rencontrons souvent ces deux dernières localisations de la maladie tuberculeuse chez nos jeunes soldats, et c’est à tort que Gendrin considère comme une exception la tuberculisation des ganglions abdominaux après la puberté{loc. cit., p. 58). La méningite tuberculeuse appartient encore à l'enfance, en raison de la prédominance encéphalique, si prononcée à cette époque de la vie. Enfin, c’est à cette même époque de la vie que le rachitis se développe fréquemment sous l'influence d’une alimentation trop forte ou insuffisante, par la direction vicieuse de la plasticité.

. HILL Puberté, âge adulte. — L'épistaxis est l’hémorrhagie des muqueuses dans l'adolescence et dans l’âge mür. Chez les femmes, les hémorrhagies utérines s’observent à l’époque où la menstruation s'établit, et pendant la période d'existence de cette fonction; rares avant la puberté et après la ménopause, elles sont de source incertaine dans le premier cas, et presque toujours le symptôme d’une lésion matérielle dans le second, témoignant ainsi de l’influence de l'âge sur la vitalité et le développement des organes. Entre trente et

(1) Traité pratique des maladies scrofuleuses et luberculeuses, Paris, 1849, p. 60.

trente-cinq ans, s’opèrent des congestions vers le rectum, cause productrice des hémorrhoïdes dont les aftaques, comme on dit, se répéteront plus ou moins fréquentes, avec ou sans effusion sanguine, Jusque vers cinquante à soixante ans.

Parmi les lésions de sécrétion, il en est qui résultent en partie de causes spéciales, en partie des conditions physiologiques de l’âge : on ne saurait nier qu’une mastication incomplète, une sorte d'état saburral habituel qui se manifeste par les vomissements, les diarrhées, les coliques , favorisent chez l'enfant la production des vers lombrics que l’on observe surtout vers la deuxième dentition. Les ascarides sont plus communs chez les adolescents et les adultes ; le ténia dans l’âge moyen, à moins qu’il ne soit endémique, comme à Batna (province de Constantine).

Les inflammations cutanées, aiguës et chroniques, ne font point défaut aux jeunes gens et aux adultes ; nous les observons en grand nombre dans les hôpitaux militaires qui reçoivent en majeure partie des malades de vingt à trente-cinq ans; quoique leur muqueuse digestive n'offre plus la vascularité exubérante de l’âge précédent, ils sont exposés singulièrement aux inflammations gastro-intestinales et à celles des organes annexes de la digestion. La proportion de ces maladies est énorme dans l’armée, et quand on pratique sur le théâtre où Broussais a recueilli les matériaux de ses généralisations, on s'étonne moins de la prépondérance pathogénique qu'il a conférée à la gastro-entérite. Vers la puberté, le larynx achève de se développer, et c’est à partir de cette époque que s'établit une aptitude particulière aux irritations de cet organe. Presque tous les faits consignés par Trousseau et Belloc (4) portent sur des hommes de trente à quarante-cinq ans. Les phlegmasiés des bronches, des: poumons et des plèvres occupent une plus grande place dans la pathologie de la jeunesse et de l’âge mûr ; il résulte d’un grand nombre de faits relevés par Barth et Grisolle (2) que la pneumonie, assez commune dans la jeunesse, atteint son maximum de fréquence dans la période de vingt à trente ans; toutefois, en tenant compte du chiffre de la population aux mêmes époques de la vie, on trouve que la pneumonie, loin d’être rare chez les vieillards, est encore chez eux l'affection aiguë la plus commune et la plus meurtrière (3). L'évolution sexuelle, la gestation, l’accouchement, la lactation, etc.,

(1) Traité de la phthisie laryngée. Paris, 1837, in-8 avec planches. (2) Traité de la pneumonie. Paris, 1841, in-8. (3) Chomel, Dictionnaire de médecine, 2° édition, t. XXV, p. 161.

suscitent à la femme l’imminence des affections inflammatoires de l'appareil génital, |

Tous les observateurs s'accordent à fixer l'opportunité de la fièvre typhoïde entre vingt et trente ans ; Forget confirme ce résultat par ses dernières et importantes recherches {1). L'histoire médicale de nos armées montre aussi que l’âge adulte est éminemment apte à l'absorption des miasmes paludiques, cause la plus générale de la production des fièvres intermittentes.

Les névroses appartiennent aux âges d’accroissement et d'état (hystérie, épilepsie, hypochondrie, manie, ete.).

La chlorose est liée, dans son développement, aux conditions physiologiques qui préparent la révolution de la puberté, et se prolonge par l'insuffisance de la réparation organique, non à cause de l’imperfection de la menstruation qui n’est qu'un reflet de la condition générale de l'organisme. La cachexie scrofuleuse retarde l'apparition des premières règles ; la plupart des jeunes filles qui la présentent ne sont réglées que vers leur seizième année. La disposition scrofuleuse est souvent atténuée, corrigée par la puberté, qui a pour effet de condenser les tissus, de réduire l’activité des élaborations blanches; en général, l’évolution des organes sexuels et leur entrée en exercice sont suivies d'heureux changements, et déterminent, d'après l’ingénieuse idée de Bordeu, la crise de l'enfance et

de ses infirmités (2).

Quant aux tubercules, ils sont très communs de dix-huit à quarante ans; des recherches publiées sur ce sujet, il résulte que l'homme après la puberté est surtout exposé aux tubercules depuis l’âge de vingt et un ans jusqu'à celui de vingt-huit; la femme y paraît plus exposée avant l’âge de vingt ans. Passé la puberté, les tubercules se montrent presque exclusivement dans les poumons. Briquet, qui s’est occupé en dernier lieu de recherches statistiques sur la phthisie (3), a trouvé que les trois cinquièmes des phthisies se développent entre trente et trente-cinq ans, et que la plus grande partie des deux autres cinquièmes se manifestent de trente-cinq à cinquante ans : c’est donc durant la période décennale de vintg-cinq à trente-cinq ans que les sujets qui craignent pour leur poitrine (doivent prendre le plus de précautions.

(1) Traité de l'entérile folliculeuse. Paris, 1841, p. 450.

(2) «Multa morborum genera primo coïîtu solvuntur, primoque feminarum » mense; aut si non id contingat, longinqua fiunt maximeque comitiales, » (Pline, Historia naturalis, lib. XXVIIT, cap. 1v.)

(3) Revue médicale, février 1842.

« Après cet âge (la jeunesse), viennent les asthmes, les pleurésies, les péripneumonies, les léthargies, les phrénésies, les fièvres ardentes, les diarrhées chroniques, les choléras, les dysenteries, les lienteries, les hémorrhoïdes (1). »

IV. Age de retour. — Les accidents pléthoriques marquent la transition de la maturité à la ménopause ; les hémorrhagies, phénomène fréquent de cette dernière phase, ont divers caractères : déplétives, elles rappellent celles qui dénoncent chez la jeune fille les premiers efforts du travail ovarien ; symptomatiques, elles révèlent l'existence de lésions organiques {polypes, tumeurs fibreuses, dégénérescences, etc.) et ne se lient pas à la décadence naturelle de la fonction ; d’autres fois la femme, bien que devenue impropre à la reproduction, conserve l'habitude de l’exhalation sanguine de l'utérus, et ces pertes, par leur répétition, la conduisent à ce qu’on a appelé la chlorose ménorrhagique (Trousseau et Pidoux). Nous avons parlé ailleurs des hémorrhagies supplémentaires ou déviations cataméniales dont Haller à fait une longue énumération : épistaxis, hématémèses, flux hémorrhoïdaux, hémoptysies, hématuries, dermorrhagies; à ces accidents que nous mentionnons par ordre de fréquence, il faut ajouter avec Rocque, Cazalis et Gendrin, les congestions cérébrales ou pulmonaires, d'accord avec Stahl qui admet la déviation menstruelle, même alors qu’il n’y a que fluxion avec congestion vers un organe. En somme, et pour sa gouverne hygiénique, l’âge de retour est signalé par une tendance aux hémorrhagies qui, suivant les conditions individuelles des femmes, sont sans influence sur leur santé, salutaires ou nuisibles; le plus souvent elles traduisent une maladie qui leur survit, et alors même qu'il n'existe point de lésion organique, la congestion hémorrhagique ne s'épuise point par la spoliation sanguine accidentelle. Au reste, ainsi que nous l’avons déjà dit, c’est vers l'abdomen que prédomine la circulation à cette époque de la vie.

Les lésions de sécrétion diminuent de fréquence avec le progrès de l’âge, les systèmes vasculaires perdant RE mdr de leur activité.

A mesure que l’âge adulte penche vers son déclin, les inflammiations se développent avec une allure et une phénoménalité qui les rapprochent des affections chroniques; elles ont des périodes moins distinctes, guérissent laborieusement, ou, ce qui est plus ordinaire, elles s’impatronisent dans l’éconcmie. Chomel et Blache ont noté Ja

(1) Hippocrate, Aphor., 30, sect. nr.

DE L'IMMINENCE MORBIDE. 271 fréquence de l’érysipèle périodique chez les femmes qui touchent à la ménopause.

Les fièvres d'infection miasmatique s’observent plus rarement ; l'absorption est moins active : aussi les fièvres des marais sévissentelles moins sur les individus de cet âge; et quant à la fièvre typhoïde, on en a constaté quelques cas à des époques avancées (Petit, Andral, Montault); mais on peut dire qu’au delà de cinquante ans, elle ne se développe qu’exceptionnellement, et qu’elle est déjà rare de quarante-cinq à cinquante ans.

La susceptibilité anomale du système nerveux s’affaiblit vers l’âge de retour, et finit par s’étéindre : avec elle disparaissent la plupart des névroses et des affections convulsives qui ont tourmenté les années d’'accroissement et d'état. Cet apaisement n'est pas le fait général : à cet âge, on observe chez beaucoup de femmes des céphalalgies, des migraines opiniàtres, des Insomnies, des spasmes, de la tristesse, du spleen, quelquefois un état d’exaltation qui devient le point de départ du dérangement de l'esprit. Brierre de Boismont ajoute que ces troubles se manifestent même chez des femmes qui passent leurs jours dans le travail, tant il est vrai qu'ils procèdent de l’action sympathique de l’utérus sur le système nerveux, non des habitudes d'éducation et des regrets passionnés. Pinel (1) cite deux cas d’hystérie et d’épilepsie, développés sous l’influence de la ménopause. Rocque et Raynaud ont recueilli à la Salpêtrière 26 observations où l’on voit l’épilepsie survenir 6 fois lors de la ménopause, et 6 fois à l'époque de l’âge critique ou très peu de temps après la cessation des règles. Quant à l’hystérie, c’est à peine s'ils ont pu rencontrer cette affection chez fes femmes du service de Lélut qui avaient passé l’âge de la ménopause. 1

Parmi les productions morbides sans analogues dans l’économie (hétéroplastiques, Lobstein), les tubercules se rencontrent dans l’âge de retour, mais ils datent de loin. Nous sommes loin de les regarder comme le produit direct de l’inflammation ; mais il est incontestable que leur apparition se lie à l’activité vitale des organes et est préparée par la fluxion des matériaux nutritifs qui se dirige sur les parties en voie d’accroissement : c'est pourquoi la matière tubereuleuse prédomine chez l'enfant dans le tissu sous-arachnoïdien, dans les ganglions bronchiques et abdominaux, dans les poumons chez l'adolescent, dans les testicules chez l'adulte, etc. Mais d’autres productions hétéroplastiques paraissent favorisées par l’état d’atro-

(1) Pinel, Nosographie philosophique, t, IH, p. 76 et 77,

phie commençante des organes, qui coïncide avec l’âge de retour : tels sont le squirrhe, le cancer. La coïncidence du cancer avec le décroissement naturel des organes est confirmée par les recherches de Leroy (d’Étiolles)(1). 11 a fait le relevé de 2781 cas de cancer recueillis par des médecins français : sur ce nombre, 1227 ont été observés chez des sujets âgés de plus de quarante ans; 1061 sur des individus âgés de plus de soixante ans; 30 fois sur 100 le cancer occupait l'utérus, 24 fois sur 100 les mamelles. Sur 409 cas de cancer utérin observés à la maison impériale de santé dans l'espace de douze ans par madame Boivin, 102 l'ont été de 30 à 40, 106 de 40 à 45, 95 de 45 à 50 ans. Dans des tableaux publiés par Roeque (2), et dressés avec les éléments de l'observation la plus authentique, nous avons relevé sur 60 cas de cancer, où l’époque de la ménopause a été notée, 26 femmes chez qui l'apparition du cancer a coincidé avec cette crise d'âge, l’a précédée ou suivie dans un délai d’un à cinq ans. Enfin, la goutte se montre fréquemment, mais avec cette particularité que plus la vieillesse s'avance, moins les accidents inflammatoires sont prononcés ; par compensation, la formation des tophus augmente : ce qui met en évidence la liaison aui existe entre la manifestation de cet état morbide et les conditions propres de l’âge.

La transition de la virilité à la période de décroissement a pour effet de fixer dans l’organisme les maladies qui datent d'une époque antérieure et qui ne sont point balayées par cette révolution d'âge; elle leur imprime le cachet d’une irrémédiable chronicité, et si elle ne les convertit en habitudes inoffensives pour l’économie, celle-ci porte en elle, dès cette heure, le principe de sa destruction plus ou moins prochaine. Mais les changements qui s'opèrent dans la constitution peuvent entraîner aussi la cessation d’habitudes existantes : c’est ainsi que les femmes ne se voient plus en proie à des souffrances périodiques telles que névralgies, hémicranies ; elles sont délivrées comme par enchantement de douleurs rhumatismales, d'hémorrhagies mensuelles qui les épuisaient; leur santé, autrefois chancelante, se consolide: la force de leurs constitutions s'accroît de la force qui ne se dirige plus sur l'utérus : mais ces mutations sont propres à leur sexe, au moins quant à la rapidité de leur suc-

(4) Comptes rendus de l'Académie des sciences, 21 février 1843. — Comparez

H. Lebert, Traité d'analomie pathologique générale et spéciale. Paris, 1856, LI, nS307.

(2) Thèses de Paris, 1838, n° 449.

cession, et nous devons nous arrêter un moment sur cette importante période de leur existence.

L'opinion qui fait de la ménopause un temps critique dans le sens fâcheux de cette expression, une phase périlleuse de l’organisme féminin, a-t-elle sa source dans le préjugé ou dans l’observation? La statistique se charge de répondre : « Du 45° degré de latitude au 60°, c'est-à-dire sur une ligne qui s'étend de Marseille à Pétersbourg, en passant par Vevay, Paris, Berlin et Stockholm, à aucune époque de la vie des femmes, depuis trente ans jusqu’à soixante-dix, on n’aperçoit d'autre accroissement dans leur mortalité que celui nécessairement voulu par les progrès de l’âge. À toutes les époques de la vie des hommes, depuis trente ans jusqu'à soixante-dix, on trouve une mortalité plus grande que chez Îles femmes, mais surtout de quarante à cinquante ans (1). » D'où il suit que la période de quarante à cinquante ans est véritablement plus critique pour l’homme que pour la femme, quels que soient sa condition et son genre de vie. Ce n’est pas qu'il ne meure un plus grand nombre de femmes entre quarante et cinquante ans, qu'entre trente et quarante, etc. ; mais leur proportion de mortalité reste inférieure à celle des hommes. Lachaise (2) est arrivé à des résultats semblables. Finlaison, archiviste du bureau de Ia dette publique en Angleterre, a trouvé qu'après l'enfance, la vie des femmes l'emporte pour la durée sur celle des hommes, et dans une proportion vraiment étonnante. Enfin, Burdach{3) a dressé des tables statistiques avec des documents d’origine diverse, et d’où il résulte que depuis l’âge de quarante-cinq ans jusqu’à celui de cinquante-cinq ans, la mortalité des femmes est faible, comparativement à celle des hommes, et même qu'elle est alors moins considérable qu’à toute autre époque de Ia vie. Il semble donc qu’il en soit de la ménopause comme de la puberté, moins dangereuse en elle-même que par les préludes de son établissement. [l est certain qu'on a rattaché à l’âge de retour beaucoup d’affections qui avaient pris naissance bien avant la cessation des règles, notamment des dégénérescences cancéreuses et squirrheuses des organes sexuels, précédées pendant plusieurs années d'écoulements séreux et séropurulents. D’après Lisfranc, c’est entre l’âge de vingt et trente-cinq ans que débutent le plus grand nombre des affections de l'utérus,

(1) Benoiston de Chätcauneuf, Mémoiré sur la mortalité des femmes, etc. (2) Topographie médicale de Paris. Paris, 1822, in-8. (3) Trailé de physiologie, Paris, 1839, t, V, p.392.

27h HYGIÈNE PRIVÉE,

Toutefois un certain nombre d'accidents ont leur origine dans la ménopause, personne ne le conteste : telles sont ces hémorrhagies inquiétantes qui se renouvellent parfois à court intervalle et qui persistent pendant plusieurs mois et même pendant des années; symptomatiques le plus souvent d’une altération organique, elles s’observent aussi sans cette cause: d’autres fois au flux succèdent la leucorrhée, les hémorrhoïdes, l’hématurie ; la pléthore générale est presque inévitable chez un grand nombre de femmes sur le retour, et chez toutes survient celle du bassin; la matrice peut rester congestionnée et finit par s’irriter. Des accidents nerveux, des vapeurs, des phénomènes d’hystérie et de mélancolie, ne sont pas rares, surtout quand les femmes appartiennent aux rangs aisés et éclairés de la société, mais ils sont le plus souvent le reflet de l’état moral, et dénoncent moins l'influence sympathique de l'utérus que l'orage des passions encore vivaces et désormais déplacées dans le commerce social, les luttes impuissantes du regret qui doit aboutir à la résignation. Enfin, on a vu reparaître après la ménopause des maladies qui avaient disparu lors de la première menstruation, telles que des dartres, ou des éruptions diverses, des furoncles, l’eczéma ; des érysipèles à répétition peuvent se manifester à partir de la cessation des règles.

L'hygiène seule protége efficacement la femme contre les suites de cette révolution d’âge, et sait conjurer l’imminence morbide qui l'accompagne et lui succède pendant un temps indéterminé. Il importe d'éloigner tout ce qui peut donner lieu à la polyhémie, à l’exaltation de la sensibilité, au réveil inopportun du désir vénérien ou à lirritation locale des organes de la génération. Un régime humectant, médiocrement nutritif, végétal et lacté en grande partie; la prohibition de toute boisson alcoolique et aromatique ; un vêtement chaud qui provoque légèrement la peau et décentralise les forces qui convergent vers l’utérus ; l’exercice modéré et pris dans un air sec et vif : telle est la formule laconique des convenances sanitaires pour l'âge de retour, avec la donnée essentielle du calme moral et d'une sociabilité sagement circonscrite, soigneusement abritée contre les agitations mondaines et les tardives concupiscences. Un régime tonique et même l'emploi du fer trouvent leur place chez les femmes qui, anémiées par les pertes utérines, présentent de la faiblesse musculaire, des dyspnées, de la pàleur, des bruits de souffle cardiaques et vasculaires, etc.

V. Vieillesse. — Si l’on excepte les habitudes morbides que l'âge précédent a léguées à l'organisme, la vieillesse ne présente pas

une seule maladie qui ne dépende directement des conditions matérielles et physiologiques de cet âge. L'organisation, comme l’a dit avec raison Rostan, est la cause première de leurs affections, comme elle en détermine la phénoménalité et l'issue. Que l’on se rappelle les changements qui s'effectuent à cet âge dans les centres nerveux, dans le système musculaire, et l’on comprendra pourquoi les vieillards perdent graduellement l'usage des sens, sont affectés de tremblements, de faiblesse et de paralysie de la vessie, etc. Les résultats de la modification matérielle des organes engendrent à leur tour une série d'effets secondaires, d’où la complication des infirmités et des maladies : ainsi la rareté des mictions permet l’aceumulation de l'urine dans la vessie ; l’ampliation de ce réservoir, due à la stase habituelle de l’urine, achève de lui faire perdre son ressort ; le manque ou l'insuffisance des contractions de la vessie rend impossible l'expulsion des concrétions dont la formation est favorisée par les causes précitées, etc. Les hémorrhagies cérébrales, si rares chez les enfants, puisque en vingt années Guersant n’en a observé que deux cas, sont presque inévitables pour les vieillards, ainsi que les ramollissements de la substance cérébrale, par suite des modifications que subit chez eux la circulation encéphalique, et surtout la texture des vaisseaux (athérome, embolies, ete.). La déposition du phosphate calcaire dans une foule d'organes, et notamment dans ceux de la circulation artérielle, entraine d’autres maladies ; le sang, en raison des obstacles qu'il rencontre dans son cours, stagne dans le ventricule et dans l'oreillette gauche, par suite dans les poumons : de là les lésions du cœur, si ordinaires dans le vieil âge, de là les engouements, les hypérémies passives ou plutôt mécaniques des poumons, cause de paeumonies mortelles. Ces inflammations sont souvent latentes et insidieuses par des inter mittences qui font croire à la guérison. La fréquence des congestions et des apoplexies pulmonaires, ainsi que des catarrhes bronchiques et des dyspnées, tient aussi à l'espèce de transformation que subit l’appareil respiratoire : le poumon du vieillard s’atrophie; par l'agrandissement de ses cellules, le nombre des surfaces sur lesquelles l'air et le sang réagissent est diminué. Il est vrai que, par compensation, la masse du sang est réduite, ou, ce qui revient au même, son cours est ralenti : modification qui conserve au vieillard le bénéfice de la loi en vertu de laquelle il existe un rapport constant entre la quantité de sang à vivifier dans un temps donné et l'étendue des surfaces sur lesquelles l’air peut rencontrer ce sang (Andral); mais l’atrophie sénile ne se restreint pas toujours

dans la proportion nécessaire à l'hématose : elle s'exagère et produit la dyspnée. Les recherches de Bourgery confirment cette altération de la texture des poumons chez le vieillard, mais en font remonter l'origine plus haut : la facuité respiratoire, dit ce laborieux investigateur, s’use d'elle-même par la déchirure capillaire des canaux aériens et sanguins, improprement nommée emphysème pulmonaire ; cette déchirure accompagne plus ou moins tous les grands efforts de la respiration. Quoiqu’elle semble l’usure sénile du poumon, elle commence néanmoins dès l'enfance et augmente graduellement avec l’âge, jusqu'à la vieillesse, par la seule réitération des actes fonctionnels. Le dernier résultat de l’emphysème sénile, dit encore Bourgery, est d’assimiler la respiration des vieillards à la respiration mi-partie à sang rouge et noir, le poumon du vieillard décrépit au poumon loculaire avec respiration incomplète du reptile.

Le défaut de sécrétion sébacée et de transpiration permet a ux corpuscules irritants de se fixer à la surface cutanée des vieillards; de là des érythèmes secs et d’autres éruptions. Forcée de suppléer la peau , la muqueuse aérienne sécrète avec abondance et produit ces interminables bronchorrhées qui dégénèrent facilement en bronchites capillaires, sous l'influence d’une faible cause, telle que passage de la chaleur au froid. La chute des dents, la perte de la salive, l’atrophie de la tunique musculeuse des intestins, etc., occasionnent des diarrhées lientériques par imperfection des digestions ; les hernies sont favorisées par le relâchement de la paro; abdominale, la gangrène des membres par le défaut d’innervation et l'embarras de la circulation, ete.

La pathologie sénile est plus restreinte, puisqu'elle exclut les fièvres éruptives, les névroses , le rhumatisme articulaire fébrile, les fièvres intermittentes idiopathiques, les dysménorrhées, les affections aiguës de l'utérus. En général, les maladies des vieillards sont compliquées, car elles sont intercurrentes dans un état d’infirmités plus ou moins graves; les sympathies étant presque éteintes chez eux, elles se développent et marchent sourdement ; le cerveau reste longtemps étranger à l'affection morbide qui menace leur vie; de là leur indifférence ou même la persistance de leur gaieté naturelle au milieu d’un péril dont ils n’ont point la perception. Leur délire se trahit par les actions, avant de se manifester par le langage. On observe chez eux la sécheres*e beaucoup plus fréquente de la langue, la rareté et l'insuffisance des sueurs ; ils se plaignent de froid et d’horripilation, mais de frisson presque

point. Leurs maladies obéissent aux saisons plus encore que celles des adultes : en été, ils donnent un cinquième de malades de moins, et leur mortalité baisse ; les affections qu’ils offrent alors ont presque toutes pour base un embarras gastro-intestinal et cèdent à l'emploi d’un éméto-cathartique. L'hiver amène les catarrhes, les pneumonies, les affections cérébrales, les cachexies, les hydropisies, rarement liées à la néphrite albumineuse, ete. C’est aussi en hiver (an IV) que Pinel a signalé à la Salpêtrière la fréquence des fièvres putrides et adynamiques, et qui, rapprochées d'observations plus récentes, ont paru à Beau (1) constituer une sorte de typhus sénile, remarquable par la fréquence des parotides, sporadique comme le typhus fever des Anglais, et lui ressemblant par l'absence des lésions caractéristiques de la rate, des ganglions mésentériques et des glandes intestinaies.

Après avoir réfléchi aux modifications normales de l'organisme sénile et aux conséquences pathologiques qui en résultent, comment ne pas admirer l’aphorisme suivant, dans lequel une expérience toute de génie a résumé, il y a plus de deux mille ans, l’imminence morbide du vieil âge : « La vieillesse amène avec elle les dyspnées, les toux catarrhales, les stranguries, les dysuries, les douleurs articulaires, les néphrites, les vertiges, les apoplexies, Les cachexies, les démangeaisons de tout le corps, les insomnies, l’humidité du ventre, des yeux et du nez, les obscurcissements de la vue, les glaucomes, les duretés de l’ouïe (2). »

La conclusion générale qui découle des faits relatifs à l'imminence morbide suivant les âges, est que les conditions dans lesquelles s'exerce la plasticité durant les âges d’accroissement, penchent l'organisme vers la maladie; que le mouvement de décroissance rend de plus en plus précaire l’accomplissement des fonctions et multiplie les causes de maladie par l’usure des organes, La force de résistance va diminuant avec les années ; aussi le nombre des jours de maladie par an augmente-t-il avec l’âge : c’est ce qui résulte de la statistique dressée par une commission des associations charitables d'Écosse ; la durée annuelle moyenne des maladies s'y trouve exprimée dans les proportions suivantes :

A l’âge de 20 ans, quatre jours de maladie; 30 ans, de plus de quatre jours ; 40 ans, de cinq à six jours; 45 ans, de sept jours ; 50 ans, de neuf à dix jours ; 55 ans, de douze à treize jours; 60 ans,

(1) Journal de médecine, t. I, 1843.

(2) Hippocrate, Aphor., 31, sect. 11,

de seize jours; 65 ans, de trente à trente et un jours; 70 ans, de soixante-treize à soixante-quatorze Jours (1).

On a formulé d'une manière générale l'influence des âges sur la production des maladies en la rapportant, pour l’enfance aux organes encéphaliques, pour l’adolescence et la jeunesse, à ceux de la poitrine, pour l’âge du retour et du déclin, à ceux de l’abdomen. Cette assertion a presque obtenu le crédit d’un axiome, et nous l'avons nous-même reproduite. Il faut croire qu’elle est fondée sur l'observation universelle, puisqu'elle est univérsellement admise; mais l'induction physiologique n’y conduit point à priori. Nous avons signalé les changements que subit le tube digestif chez l’enfant et la fréquence des accidents pathologiques dont il est le siége : peut-être joue t-il un rôle aussi important que l’encéphale dans la pathogénie de cet âge. Trousseau ne s'arrête point à ce doute, il affirme que ia diarrhée, ou plutôt l’entérite dont elle est le symptôme, fait périr plus d'enfants que toutes les autres maladies ensemble de cet âge. Quant à la jeunesse et à l’âge adulte, le mouvement des hôpitaux militaires peut fournir quelques renseignements sur les affections prédominantes, et, par conséquent, sur la prédominance splanchnique à cette époque de la vie. On sait, en effet, que ces établissements reçoivent une immense majorité d'hommes entre vingt et un et trente-cinq ans; les enfants et les vieillards n'y paraissent que par exception. Or, sur 1877 malades que j'ai traités au Val-de-Gràce pendant les années 1840 et 1841, voici les proportions relatives aux trois cavités splanchniques :

Maladies ayant leur siége dans le système cérébro-spinal et

sésrenvéloppesst ant Jirmeteeh:. nesitashar @E :qyen 100 Id. id, dans les organes contenus dans la poitrine....... 810 Id. id. dans les organes contenus dans le bas-ventre..... 837 Maladies diverses (rhumatismes articulaires, phlegmasies

eutanéess: lumbago: tc:3 ete.) auseucsmst 408 nliren 130

Totaliravisetis 1877

: Les 817 malades que j'ai traités dans le même hôpital pendant l’année 1842 se répartissent de la manière suivante, quant à leur localisation :

Système cérébro-spinal et organes des sens.... 33

Plèvres et poumons...,......... GO tas 1212 |

Cœur et péricardite a... 4 jee 28 does se tie 7 |

Appareil digestif et anrexes. .n ..... 4..." 3939 Total : 817. Fièvres intermittentes.. .......:....2.....: 134

Phlegmasies cutanées chroniques et aiguës.... 43

Affections diverses... 1... fois CPR TM.

(4) Annales d'hygiène publique. Paris; 1829, t. IF, p. 241.

Réunissant ces données, on trouve pour l’encéphale et ses dépendances — 133, pour la poitrine — 1029, pour l'abdomen — 1172, non compris les fièvres intermittentes qui sont des maladies de garnison, et qui pourraient, au moins, par leurs complications et leurs suites, être rattachées aux affections abdominales, si l’on tenait absolument à les grouper dans les catégories précitées. IL semble donc que chez l'adulte encore, l’imminence morbide prédomine vers l'abdomen : considérant les conditions spéciales de la vie militaire, nous nous abstenons de tirer avantage de ces données numériques contre l’axiome précité; mais nous avons cru devoir les relater.

$ 3. — Des rapports de l’imminence morbide avec les sexes.

L'imminence morbide qui dépend des sexes est absolue ou relative : absolue, quand elle se rapporte à des maladies inhérentes à l'organisation propre de l’homme ou de la femme; relative, quand elle s'applique aux maladies dont les deux sexes sont tributaires, mais dans une proportion inégale.

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