‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 41 sur 114 · ÉTÉ, |AUTOMNE. 5 ENTIÈRE · texte numérisé non relu

ÉTÉ, |AUTOMNE. 5 ENTIÈRE

mm. mm, mm,

Angleterre, à l’ouest 171,0 | 221,6 | 283,3 | 945,5

Côtes ouest de l’Europe Ô 120,72 1240.09.) .7400 Angleterre, à l'est. ........ 174,1 | 2084,t. | 686,7 France méridionale... , Italie, au sud des Apennins.. Mar) #7 | ee Italie, au nord des Apennins. 219,0 | 395,9 |F021.7 France septent, et Allemagne. i 229,7 | 174,2 | 678,4 Segndinavie s4..se5ie.soe l bol 470:71 408,4,1 476,6 Russie aie Sa aa 166,7 97,2 -| .364,1

Ainsi, les pluies d'automne prédominent sur les pluies d’été dans toutes les régions situées sur les bords de la Méditerranée, et à l’ouest du continent, jusqu'à la hauteur de l'Angleterre; au nord et à l’ouest de cette bande, le maximum des pluies tombe en été. La bande des pluies automnales comprend l'Angleterre entière, les côtes de l’ouest du continent jusqu'en Normandie, la France méridionale, l'Italie, la Grèce, l'Asie Mineure, la Syrie, l'Égypte, la Barbarie, Madère. La bande à pluies estivales présente la France septentrionale, l’Allemagne, les côtes de l'Océan, à partir de la hauteur de l'Angleterre, l'interposition de cette île entre la direction des vents pluvieux et les Pays-Bas les transformant en pays continentaux ; en un mot,

(1) Météorologie agricole, t. IT.

tout ce qui se trouve au nord du plateau central de l’Europe, prolongé des Alpes vers les monts Carpathes, laissant au midi la vallée du Danube, au-dessous de Vienne (Gasparin).

On désigne sous le nom de température moyenne mensuelle, la moyenne des températures observées à des instants très rapprochés pendant tout le mois; elle s'obtient en prenant la moyenne des températures moyennes des trente jours du mois. En combinant les observations de seize ans pour chaque mois, Bouvard a dressé le tableau suivant pour Paris :

l'empératures.

Maximum. Minimum. Moyenne. Maximum. Minimum. Moyenne. ( 0 o (o) 0 0 Janvier .... 4,0 0,1 220 Juillet. .... 23,4 143,9 °° 18,7 Février... 6,8 152 4,0 Aoûtssesesh 2601841314 0018,2 Mars 2 105 330 7,0 Septembre.. 20,1 41,4 15,8 NTI ss. 19,2 6,1 40,7 Uctobre:... 0,152 7,8 115 Mai eos LS: 6 9,4 14,0 Novembre... 9,4 4,5 250 Jin. m5 121 17,0 Décembre. . 5,8 2,0 3,9

À l’aide des moyennes mensuelles, on arrive à déterminer les moyennes saisonnières; mais la météorologie médicale ne suit pas la division astronomique des saisons ; elle groupe ensemble les mois les plus chauds et les plus froids : pour elle l'hiver comprend décembre, janvier et février ; le printemps, mars, avril et mai; l'été, juin, juillet et août; l'automne, septembre, octobre et novembre, Les moyennes saisonnières conduisent à la moyenne annuelle. Ces multiples séries d'évaluations thermométriques moyennes par jour, mois, saisons et années, sont l’une des plus solides bases d’appréciation hygiénique des localités et des climats.

A Paris (48° 50! lat.), on a trouvé:

Saisons. Durée des jours. Moyenne thermométrique., Hiver .......... 9 heures 45 minutes, + 3,3 Printemps 0. 14 11. 30 y + 105 ROTES Die e le 0 14 Te 30 RE —+ 18,1 AULOMNONE Fe ren 9 CT 45 FES + 41292 Et pour moyenne annuelle, 109,8, En Guinée (5° lat.):

Saisons. Durée des jours. Moyenne thermométrique. Hiverniseor.zats — 28,1 Printemps .... + 28,3 Fr netteté HOHEUFES: #84 e6,:

Automne..... —- 27

Et pour la moyenne annuelle, 270,4.

CIRCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. 351

A Rio-Janeiro, le mois le plus froid donne + 20,0 ; le mois le plus chaud 27°,2; la moyenne annuelle est de 23°,5. À Edimbourg, l'écart est de 10°,5 entre la moyenne thermométrique de l'hiver et celle de l'été; à Moscou, de 270,8 ; à Kassara, de 310,3.

Quant à la composition de l'air, on a trouvé qu’il y a moins d'acide carbonique le jour que la nuit, ce gaz étant absorbé et décomposé par les végétaux sous l'influence solaire. D’après Théodore, de Saussure, cette variation du jour à la nuit est moindre dans les villes et les lieux fermés que dans les lieux ouverts ; le maximum d'acide carbonique se montre vers la fin de la nuit, quand les plantes cessent d'en émettre; le minimum vers le milieu du jour où elles en absorbent le plus. La variation est plus marquée en été qu’en hiver, à cause du développement de la végétation. Un hiver froid, avec des gelées qui dessèchent la terre, augmente la quantité d’acide carbonique dans l'air; le dégel la diminue.

Les mutations atmosphériques qui intéressent le plus le médecin sont assurément celles que détermine la périodicité annuelle : par leur succession régulière, elles constituent, à proprement parler, les saisons; mais, comme avec ces vicissitudes de la constitution atmosphérique coïncident d’autres changements qui s’accomplissent à la surface du sol et dans l’état des eaux, nous n’étudierons les saisons et leurs effets qu'après avoir exposé toutes les données de la question.

$ 32. — De l’action des modificateurs atmosphériques. 1. — £'lectricité.

L'électricité mise en mouvement par différents moyens, notamment par les appareils galvaniques, exerce sur l’économie animale une influence puissante, surtout si elle traverse les organes avec continuité. Les expériences de Volta, Nobili et Marianini ont fait connaître l’action des électromoteurs de force différente sur la contraction musculaire, et Prévost et Dumas, en étudiant la disposition terminale de filets nerveux, ont pu ramener ce phénomène à Ja loi de l'électricité en vertu de laquelle les courants qui vont en sens contraire se repoussent. Quand les courants électriques se dirigent des troncs nerveux aux racines, il y a secousse plus ou moins violente ; dans le cas de circulation inverse, il y a plutôt sensation que contraction (Marianini). La circulation capillaire est activée par l'application du fluide électrique. Les sécrétions sont modifiées

par Ja même cause; une observation, due à Becquerel, semble devoir jeter un grand jour sur le mécanisme de ces actes fonctionnels : il a vu qu’en général, lorsque deux liquides différents, susceptibles de réaction chimique, sont séparés par une membrane qui ne leur permet de se mélanger que peu à peu, un courant électrique s'établit par l'intermédiaire de celle-ci et des réactions chimiques se développent.

Enfin, les expériences de Matteucci ont établi que l'électricité animale n'est ni le privilége exclusif de certaines espèces, ni sous la dépendance absolue d’un appareil spécial (gymnotes, torpilles ), mais qu'elle appartient à toute la série des êtres et se rattache à la fonction caractéristique de l’animalité, la locomotion ; sur un animal quelconque, vivant ou mort récemment, on observe un courant électrique dans tous les muscles, l'intérieur et la surface de ces organes représentent les deux pôles de noms contraires, Le courant est d'autant plus énergique chez les êtres vivants et persiste d'autant plus après leur mort, qu'ils sont placés plus haut sur l'échelle animale ; il varie d'intensité suivant le degré de nutrition et de plénitude sanguine des muscles; indépendant de l'intégrité et de l’activité du système nerveux, moins fort quand les tranches musculaires qui sont disposées en guise d'éléments pour former une pile, communiquent entre elles par des filets nerveux que lorsqu’elles sont en contact direct, il a sa source probablement dans les réseaux capillaires, entre les matériaux du sang et l'oxygène absorbé dans le poumon : d’où il résulte que dans la production de cette électricité musculaire comme dans celle du courant musculaire continu, qui dans la grenouille se dirige des extrémités inférieures vers l'extrémité supérieure, le système nerveux ne remplit qu’un rôle très secondaire, celui d’un corps conducteur à un moindre degré que d’autres parties de l'organisme.

L'étude physiologique de l'électricité se rapporte : 1° aux phénomènes qu'elle produit à forte tension dans les corps; 2 aux effets variés des contractions; 3° aux changements qu’elle détermine comme agent chimique. Il n’y a lieu d'entrer ici dans le détail de ces faits, auxquels s'ajoutent les services rendus par l'électricité à l’expérimentation des physiologistes ; elle devient, entre leurs mains, un agent presque intelligent pour interroger la fonction motrice ou sensitive des différentes portions du système nerveux. S'agit-il de démêler le rôle des ramifications du nerf facial et de la portion ganglionnaire du trijumeau qui pénètrent les muscles de la face, on fait passer dans l’un et dans l’autre successivement un courant

CIRCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. 359

transverse d’une intensité médiocre, et l’on constate par l'excitation du premier nerf la contraction des traits, et malgré l’excitation du second, l’immobilité complète de la face. Qui ne connaît le parti que Longet a su tirer de ce moyen d'exploration délicate et péremptoire, pour achever la démonstration des propriétés des racines spinales, des nerfs de sensation et des nerfs de sensibilité générale ? 11 résume en ces termes le mode d'action du courant électrique sur le système nerveux et les différences qui existent entre ce mode et celui des autres stimulants (mécaniques et chimiques) :

« Le courant électrique est, entre tous les modificateurs du système nerveux, celui qui réveille son excitabilité avec le plus d’énergie et le plus longtemps, puisqu'il est le seul qui puisse encore la rendre manifeste, quand déjà tous les autres stimulants connus sont sans la moindre action sur elle.

» Appliqué à un nerf mixte, seul il peut exciter séparément tantôt une sensation, tantôt une contraction, suivant la direction dans laquelle il le parcourt.

» Seul aussi, quand il est transmis normalement à la longueur d’un nerf de mouvement, le courant électrique ne provoque aucune réaction motrice.

» Il possède la faculté toute spéciale de rétablir promptement l’excitabilité des nerfs moteurs, lorsqu'il est transmis dans un sens contraire à celui d'un autre courant qui avait d’abord affaibli ou détruit cette excitabilité.

» Enfin, et ce caractère est des plus curieux, quand le courant électrique vient à passer d’une manière continue dans un nerf mixte, il ne détermine plus, au bout de quelques secondes, ni sensations, ni contractions ; et pourtant, celles-ci peuvent encore se manifester à l'instant même où le circuit est interrompu.

» À part les différences qui viennent d’être signalées, il est permis jusqu'à un certain point d’assimiler l’action du courant électrique, sur le système nerveux, à celle des autres stimulants 1). »

Mais l'électricité répandue dans l’atmosphèré produit-elle sur l’homme des effets analogues? Dans les conditions ordinaires, l'organisme est un excellent conducteur, et s’il n’est point isolé, il pe se ressent point de l'électricité ambiante. Mais comme les phénomènes d'excitation physiologique que nous venons d'indiquer se rapportent à l'électricité vitrée, et que l'électricité négative produit des effets opposés, c’est-à-dire l’inertie musculaire, le ralentisse-

(1) Traité de physiologie, t. 1, p. 83.

ment de la circulation sanguine et des sécrétions, ete., il ne sera pas indifférent au corps humain que l'atmosphère se constitue à lun ou à l’autre mode électrique. Autant les fonctions s’accomplissent avec aisance par un air chargé de fluide vitré, autant, quand l’état de l’air est devenu résineux, elles languissent et, par leur faiblesse, entrainent une sensation générale d’accablement : telles sont les journées à fortes tensions électriques qui précèdent les orages et que l’on qualifie vulgairement d’accablantes, tant le ressort de la machine est détendu. Peltier (1) a très bien distingué les orages suivant les effets qu'ils font éprouver à l’économie. Les orages et les pluies qui suivent les évaporations sont de deux sortes : la première provient de la condensation des vapeurs inférieures devenues vitrées par suite des évaporations successives ; ces vapeurs opaques, attirées par la terre, forment une couche de brouillard roussâtre et possèdent une tension vitrée très prononcée. En s’approchant du sol, leur tension électrique se perd insensiblement, soit par rayonnement, soit au contact des corps terrestres sur lesquels elles se déposent en rosée. Sont-elles massées en nuages distincts, elles forment des orages vitrés inférieurement, qui se déchargent sur le sol en pluies de très courte durée et suivies de calme. Ces orages sont peu communs, durent peu et soulagent; la tête de l’homme, la cime des plantes deviennent, il est vrai, plus résineuses par l’influence, mais elles possèdent, un état électrique du même ordre que l'état naturel. Il n’en est pas de même quand l'orage se forme par l'abaissement des vapeurs supérieures: celles-ci ne se résolvent en pluies qu'après s’être déchargées de leur énorme tension résineuse , soit par les brusques agitations de l'air, soit par la foudre entre les nuages de tensions opposées ou sur le sol. Les orages résineux ont toujours une grande violence ; le vent qui les accompagne est plus brusque, plus capricieux que sous les orages vitrés ; ils donnent lieu à des averses abondantes, et très souvent le temps reste pluvieux à leur suite, jusqu’à ce que l’atmosphère ait perdu son excès de vapeur, ou que des vents favorables aient refoulé dans d’autres régions les longues pluies qui succèdent à l’abaissement des vapeurs supérieures. Durant ces orages, les êtres organisés ont leur cime dans un état vitré, c’est-à-dire au-dessous de l’état normal ; cet état, contraire à celui qui nous est naturel, cause un malaise indéfinissable, surtout aux tempéraments nerveux et sanguins. C’est à l’approche des orages résineux que beaucoup de personnes se plaignent

(1) Mémoire cilé, p. 426.

CIRCUMEUSA. —- ATMOSPHÈRE. 361

de céphalalgie, de frémissements musculaires, de douleurs vagues, de pesanteur générale ; que les blessés ressentent des souffrances aiguës dans leurs plaies et sont plus disposés aux accidents tétaniques; que les affections internes à marche rapide présentent des exacerbations. Un effet singulier des perturbations électriques de l’atmosphère sur le système nerveux, c'est l’intimidation involontaire portée jusqu'aux angoisses de la terreur chez des personnes qui ne peuvent être suspectées de làcheté ni de faiblesse : on a vu des militaires courageux jusqu’à l’héroïsme frissonner sous l'éclair, pâlir au bruit du tonnerre. Des observations (1), faites avec un électromètre à feuilles d’or, ont montré qu’à l’état de santé, l'électricité propre à l’homme est positive; que les hommes irritables, d’un tempérament sanguin, possèdent plus d'électricité libre que les sujets lourds et lymphatiques; que la somme de l'électricité humaine atteint son maximum le soir, qu’elle augmente par l'usage des boissons alcooliques ; que les femmes ont plus souvent que l’homme une électricité négative, etc.

Arago se demande (2) si la foudre cause des accidents assez nombreux, assez graves pour que l’on s’en occupe. D’après une statistique récente, elle a, de 1835 à 1852, tué roide plus de 1300 individus en France, occasionné en une année 100 incendies dans 77 départements (3). Ses dangers, d’après les recherches d’Arago, sont plus grands à la campagne que dans les villes, mais diffèrent beaucoup d’une ;année à l’autre. Tandis que la foudre à tué ou blessé beaucoup d'individus en 1759 à Feltre, en 1784 à Mantoue, en 1819 à Châteauneuf, il n’a pas été notifié un seul cas de mort par cette cause à la préfecture de police à Paris pendant une longue suite d'années. En 1806, on n’a compté en France qu'un seul cas de fulguration mortelle, en 1806 deux, en 1819 vingt. Les édifices sont fréquemment endommagés par la foudre, et plus souvent encore les navires à la mer. Les cloches d’églises sont les plus menacées : dans la nuit du 44 au 15 août 1718, le tonnerre est tombé sur 28 églises en Bretagne. Le plus grand nombre d’accidents dus à la foudre correspond aux mois de juin, juillet et août. On n’en observe presque point en novembre, décembre, janvier et février dans nos climats et sur terre ; mais en mer, c’est pendant la saison froide que le tonnerre est le plus dangereux. La statistique des

(1) Meckel’s Archiv für die Physiologie, t. UT, p. 161. (2) Notice sur le tonnerre (Ann. du Bureau des longitudes pour 1838, p. 221). (3) Annales d'hygiène et de médecine légale, Paris, 1855, 2° série. t. IV, p. 241,

coups foudroyants notés entre les côtes d'Angleterre et la Méditerranée, pendant un grand nombre d’années, en indique 20 pour les six mois froids et 10 seulement pour les six mois chauds (Arago). La foudre, en tombant, paralyse, déchire, brûle, désorganise, carbonise les malheureux qu’elle frappe, et qui meurent avant même d'avoir aperçu l'éclair; chez eux, plus de contractilité, le sang est remarquable après la mort par sa fluidité, et tous les tissus se putréfient promptement. Si les blessures ont lieu le plus souvent à la tête, c’est que la foudre surprend ordinairement ses victimes dans la station verticale. La peau offre des brûlures plus ou moins nombreuses et étendues, les vêtements sont troués, les ornements d’or ou de tout autre métal, fondus, volatilisés ; quelquefois le crâne est perforé et la pulpe cérébrale altérée comme par le passage d’un fer incandescent; mais le plus souvent le fluide électrique atteint le système nerveux sans lésion externe, et détermine instantanément, dans la trame des tissus, une modification inconnue, mais incompatible avec la vie : dans ce cas, la foudre, suivant Brown- Séquard (1), tue en épuisant toute la quantité de force nerveuse, musculaire, etc., que possède l’économie animale. On s'explique ainsi l’absence d’altérations visibles dans les organes : il n’en est pas besoin pour tuer, il suffit de l’anéantissement des forces, conséquence de cette loi bien connue : toute cause d’excitation dynamique agit de manière à diminuer d'autant plus la quantité de forces qui existe à un moment donné chez un individu que l'excitation est plus énergique. La foudre ne tue pas toujours sur le coup, mais les désordres survenus dans le système nerveux ne permettent plus le rétablissement de ses fonctions. Dans des cas plus rares, elle ne produit qu'une commotion qui se dissipe entièrement ou qui laisse à sa suite des troubles dans les fonctions sensoriales, particulièrement la surdité. La commotion peut n'être que partielle, bornée à un membre qui reste plus ou moins paralysé. Enfin, la sidération n'est marquée chez certains individus, aux yeux du médecin, que par des signes de congestion cérébrale et pulmonaire que l’art combat efficacement par les émissions sanguines ; ce cas rentre probablement dans ceux admis par Brown-Séquard, et où de faibles décharges d’électricité atmosphérique viennent atteindre successivement un individu; la mort survient alors par asphyxie, comme chez les animaux que l'on tue par le galvanisme ou l'électricité : tous les muscles du corps, respirateurs et autres, entrent en contraction, il devient impossible

(1) Gazette médicale de Paris, 1849, t, IV, p. 94.

CIRCUMEUSA, — ATMOSPHÈRE. 363 d'exécuter des mouvements respiratoires, et l’asphyxie s'opère complétement; on en constate les traces à l’autopsie.

Celle-ci ne présente en général que des phénomènes d’hypérémie des poumons, du cœur ou du cerveau; on a rencontré tantôt la | flaccidité des membres, la fluidité du sang , tantôt la coagulation de | ce liquide avec la rigidité des membres : souvent on n’a pu décou- | vrir aucun indice d’altération appréciable. C'est une investigation | stérile et bizarre à la fois que celle de toutes les diversités ou oppositions d'effets déterminés par l4 foudre; à côté des mutilations les plus étendues, on voit des sens frappés mortellement avec les appa” ! rences de l'intégrité organique : ici la foudre détruit les vêtements | et ménage le corps, là elle tue en laissant les vêtements intacts ; l’un | périt sur place, l’autre est lancé à distance. La foudre glisse en Espagne sur la tente où Arago et Biot font leurs observations géo- | désiques; elle paralyse la jambe gauche d'un ingénieur suisse,

Buchwalder, qui avait établi un signal géodésique sur le sommet du | Sentis (4 juillet 1832) et tue à ses côtés son compagnon en fui sillon- | nant le visage de taches brunâtres, en lui brülant cheveux, cils, | sourcils, etc. Par une autre singularité, on cite des guérisons de | rhumatismes, de paralysie des membres, voire même de surdité et | d'amaurose sous l'influence des décharges électriques de l’atmos- | phère (1). Foissac a réuni bon nombre de faits qui intéressent l’histoire anecdotique de la foudre. Au demeurant. elle produit, comme | les piles et les batteries électriques, des effets chimiques, mécaniques, physiques et vitaux, lesquels varient avec la nature du Corps sidéré ; | elle transporte à une certaine distance des Corps mauvais conduc- | teurs d’une masse considérable, tels que des pans de mur; elle enflamme, elle carbonise des matières combustibles , toutefois elle | n’a jamais opéré la fusion de substances métalliques d’une certaine | épaisseur. Bonpland et de Humboldt sur les Cordillères, et de Saus- | Sure au Mont-Blanc, ont constaté les vitrifications qui résultent de son action sur les roches. Un jour la foudre jaillit dans une salle | de prison, et, parmi vingt détenus, elle va frapper un chef de bri- | gands serré à la taille par une chaîne de fer (Arago).

{ Beaucoup de circonstances sont considérées, les unes avec raison, | les autres à tort, comme propres à augmenter où à diminuer pour | l'homme le danger de la fulguration. L'opinion populaire attribue jaux décharges d'artillerie le pouvoir de dissiper les orages : l’obser- | vation des effets produits de 1816 à 1835 sur l'atmosphère par le

| ll (1) Loc. cit., t. E, p. 174 et suiv.

polygone de Vincennes, à conduit Arago à cette conclusion, que les plus fortes détonations de canon ont plutôt pour effet de condenser et de retenir les nuages que de les propulser et de les disséminer. Plusieurs physiciens, notamment Volta, admettent que de grands feux, allumés en plein air, peuvent soustraire aux nuages une grande quantité de leur matière fulminante. On remarque en Angleterre que les orages sont plus fréquents dans les comtés agricoles que dans ceux où une multitude de hauts fourneaux et d’usines versent jour et nuit des torrents de flammes dans l’air; mais les gisements métallifères qui occupent le sol de ces mêmes contrées n’expliquent-ils pas la rareté des orages? Question d’un grand intérêt, et qui n'est pas résolue. Les cavernes, les souterrains ne mettent pas à l'abri de la foudre , comme le croyaient les anciens. A quelle profondeur dans le sol serait-on assuré d'échapper aux foudres descendantes et aux chocs en retour ? Nul ne le sait, répond Arago. Quelques faits portent à supposer que la nature de certains vêtements, par exemple la soie, la laine, le taffetas ciré, les rend moins perméables à la foudre. Le verre n’en préserve point ; elle attaque souvent les ornements métalliques, bagues, bracelets, chaînes, chez ceux qu'elle frappe. Les arbres l’attirent, sans distinction d’essences. Si elle tombe sur une file d'hommes ou d'animaux disposés en ligne droite ou le long d’une courbe non fermée, c’est aux extrémités de la série que ses coups sont le plus à redouter. Les agglomérations d'hommes ou d'animaux augmentent le péril, parce que la matière conductrice qu’elles représentent acquiert plus de masse et de volume et que leur transpiration pulmonaire et cutanée donne lieu à une colonne ascendante de vapeur qui rend l'air plus apte à transmettre la foudre et la dirige vers le lieu d’où elle émane. C’est aussi ce courant d’air humide par évaporation qui appelle plus fréquemment les décharges de l'électricité atmosphérique sur les granges gorgées de grains ou de fourrages. Pour Arago, le danger de sonner les cloches n’est point démontré ; la foudre tombe sur les sommets, et les cloches étant contenues dans les flèches ou tourelles des églises, on comprend la fréquence des sidérations qui les atteignent. La corde plus ou moins humide qu’agite le sonneur conduit jusqu’à lui le tonnerre. IL discute aussi le péril qu'il ÿ aurait à courir, à marcher contre le vent, à établir des courants d’air pendant l'orage ; l'atmosphère oppose une certaine résistance au passage de la matière électrique en feu, voilà le seul fait vrai; par conséquent, tout ce qui diminue la densité de l’ar facilite les explosions de la foudre.

CIRCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. 365

Franklin recommande à ceux qui redoutent la foudre : 1° de s'éloigner des cheminées, la suie comme les métaux ayant la propriété de l’attirer ; 2° d'éviter le voisinage ou le contact des métaux, des glaces, des dorures, des cloches et de leurs cordes, d'ôter les ornements métalliques qu’on a sur soi; 3° de ne point se placer sous un lustre, sous un objet quelconque de métal, sous un arbre, sous un objet élevé quelconque ; 4° d’interposer entre soi et la terre un corps mauvais conducteur ; 5° de diminuer autant que possible les points de contact avec le sol et les murs. Un hamac de soie dans un vaste local est probablement le plus sûr refuge contre les risques de la fulguration.

Le paratonnerre, trop peu appliqué aux habitations privées et même aux édifices publics, dispense de toutes les précautions personnelles ; il résume la prophylaxie contre l'électricité atmosphérique. Nous renvoyons aux traités de physique pour les règles relatives à sa construction.

Il. — Zumicre.

La lumière a une action générale sur l’économie par l’intermédiaire du sang et des centres nerveux. Elle agit spécialement sur l'œil, dont elle est l’excitant naturel, et sur la peau, dont elle déter- | mine les variétés de coloration.

Les effets qu’elle produit sur les végétaux conduisent par analogie à la connaissance de ceux qu’elle doit exercer sur les animaux et sur l'homme. Dans l'obscurité, dit Dumas (/oc.cit., p.32), les plantes | fonctionnent comme de simples filtres que traversent l’eau et les | gaz ; l'acide carbonique qu’elles puisent dans le sol passe au travers de leurs tissus et se répand dans l'air. Il n’est donc pas exact de | dire que pendant la nuit les plantes produisent cet acide; elles le laissent passer seulement. Sous l'influence de la lumière solaire, | elles fonctionnent comme des appareils réducteurs qui décomposent l’eau, l'acide carbonique, l’oxyde d’ammonium. La décomposition | d’un corps aussi stable que l'acide carbonique ne peut s’opérer dans | les parties vertes qu’à l’aide des rayons chimiques de la lumière [qu'elles absorbent en entier. Ces matières vertes elles-mêmes ne {sauraient se produire sans l'intervention de la lumière; dans les | cavités souterraines, la végétation est nulle ou se compose de quel- {ques mousses. La fixation du carbone dans les végétaux n’ayant lieu | que par l’action de la lumière sur leurs parties vertes, c’est dans les lieux très éclairés que les plantes présenteront en abondance les

{principes résineux et autres auxquels elles doivent leur odeur et

leur saveur, principes généralement riches en carbone. C’est aussi là que l'on trouvera les bois les plus compactes, les plus solides, les plus avantageux pour le chauffage, car la chaleur que le bois donne par la combustion est en raison directe de la proportion du carbone qu’il contient. Mal éclairées ou privées de lumière, les plantes se décolorent, s'étiolent, se délorment, se gorgent des sucs aqueux et perdent leur saveur.Si l’on fait germer une plante dans une chambre éclairée par une seule ouverture, on la voitse diriger vers celle-ci; la chambre est-elle percée de deux ouvertures, elle se penche vers celle qui donne passage au plus grand faisceau de lumière (Payer). Une Jumière exubérante durcit le bois et nuit au développement ; c’est pourquoi les arbres des forêts, abrités en partie contre les rayons s0laires, s’allongent plus que ceux qui viennent isolés dans Les champs. Tous les phénomènes qui naissent sous l’impression de la lumière dans les végétanx, vont se répéter exactement dans l’économie animale; mais ici nous avons à considérer de plus le rôle de Ja lumière dans l’acte de la vision, suivant le nombre et l’intensité des rayons transmis à l’œil. Trop faible, elle donne lieu à la dilatation prolongée de la pupille et peut à la longue produire la myopie. Les efforts que l’on fait pour voir sous un jour précaire augmentent la sensibilité des yeux et rendent dangereux le passage d’un endroit demi-obscur à une vive clarté. Une lumière éclatante trrite l’appareil oculaire, affaiblit la vue et finit par l’abolir, ces effets peuvent être occasionnés subitement par la brasque impression d'une lumière éblouissante et fugitive, comme les éclairs d’un orage de nuit, la flamme d’un incendie, et ils varient depuis l’éblouissement jasqu’à la cécité absolue. En 1819, des soldats suisses, en garnison à Lyon, manœuvrant par un soleil ardent, un grand nombre furent affectés d’héméralopie accompagnée de symptômes nerveux, tels que nausées, vomissements, etc. Lors de l'incendie du théâtre de l’Odéon, l’héméraiopie se déclara presque épidémiquement parmi les militaires de service (1). L'hémiopie et la diplopie sont dues souvent à la même cause. Il ne faut pas moins craindre l’action d’une lumière brillante et continue, soit directe, soit réfléchie par la neige, par un sol calcaire ou couvert d’une poussière blanche, par des murs blanchâtres, etc. C’est la réverbération de la neige qui fit perdre la vue à un grand nombre des soldats grecs ramenés par Xénophon, du fond de l'Asie, à travers les montagnes d'Arménie ; c'est la réverbération des sables qui multiplia les ophthalmies dans

(1) Rennés, Archives de médecine, t, XX VI.

CIRCUMEUSA: — ATMOSPHÈRE. 367 l’armée d'Égypte; c’est l'intensité de la Iumière, augmentée par la couleur blanche des habitations, qui les rend encore fréquentes parmi nôs militaires en Algérie. Les navigateurs qui ont pénétré dans les régions polaires ont eu à souffrir aussi de la lumière répercutée par la neige, et le capitaine Ross a remarqué que ces effets étaient aussi communs chez les naturels (Esquimaux) que chez les gens de son équipage. Toutefois la réverbération n’exerce point sur lappareil du cristallin l'influence qu'on lui attribue généralement. Furnari a observé que les cataractes sont rares dans les pays chauds, et que celles qu’on y observe sont dues aux altérations des parties réfringentes de l'œil par suite d’ophthalmies intenses, négligées et opiniâtres (4). La cataracte est rare en Laponie, en Norvége, etc., malgré la réverbération des neiges (2). Les professions qui exposent largement à l'action continue d’une lumière éclatante (cuisiniers, verriers, fourbisseurs), et celles qui concentrent longtemps la vue sur des objets très éclairés et de petite dimension, déterminent des accidents variés. Aux premières, les conjonctivites, les larmoiements, les cataractes, etc.; aux autres, la rétinite, mais le plus souvent sous forme chronique et caractérisée par une sensibilité morbide des yeux à la lumière, un léger trouble dans la vision, un resserrement graduel de la pupille suivi de son immobilité, et enfin de l’amaurose : les joailliers, suivant Mackensie, sont fréquemment atteints de cette forme de maladie. Chevallier a constaté que le brillant des caractères neufs est une des causes qui usent et détruisent la vue des compositeurs d'imprimerie (3). Des recherches spéciales ont appris à Guérard que les horlogers, après quelques années d'exercice, deviennent ordinairement presbytes de l'œil droit qui, pendant le travail, est armé constamment de la loupe. Ch. Bonnet rapporte lui-même dans ses Mémoires que l'œil dont il voyait habituellement au microscope était affecté de diplopie. Les couleurs foncées même ne reposent la vue qu'autant qu'on ne les fixe pas trop attentivement. Le blanc, le rouge, le jaune, et surtout le noir, fatiguent beaucoup les yeux : aussi les personnes qui font métier de couture s'abstiennent de travailler sur le noir à la lumière artificielle; ilen est de même des couleurs contrastées, telles que noir sur blanc, rouge sur jaune, etc.

Toutes les parties de l'œil sont sensibles à cet agent : aussi peut-

(1) Voyage médical dans l'Afrique septentrionale, Paris, 1845, in-8, (2) Gaselte médicale. Paris, 4845, p. 189.

(3) Annales d'hygiène publique el de médecine legale, t, XIII, p, 304,

il affecter douloureusement par son contact les personnes privées de la vue. Deslandes (1) a connu un aveugle qui, incapable de discerner la clarté la plus vive de l'obscurité la plus profonde, ne pouvait cependant passer de l’une à l’autre sans ressentir dans les yeux un picotement pénible avec sécrétion abondante de larmes. — La vue ne s'altère pas seulement par le contact d’une lumière trop intense ou trop faible ; un exercice trop prolongé de l'œil à une lumière ordinaire produit le même résultat, mais du dedans en dehors, c'esi-à-dire consécutivement à la congestion encéphalique que produisent les travaux de cabinet.

W. Edwards admet que la lumière, en frappant les yeux, agit indirectement sur le reste de l’économie; on n’en peut nier au moins l'influence sur les centres nerveux, dans lesquels elle détermine une excitation passagère : de là le précepte de maintenir dans une demi-obscurité les individus affectés de fièvre aiguë, d'irritation encéphalique, etc., ou qui, après avoir subi une grande opération, se trouvent dans un état d’éréthisme nerveux augmenté encore par l’insomnie ; à plus forte raison faut-il soustraire soigneusement à la lumière ceux qui sont affectés d’une inflammation oculaire.

La privation absolue de la lumière, ou l’obscurité, agit diversement, suivant qu'elle est temporaire ou permanente : passagère, elle repose la vue etle cerveau, qui n’est plus assailli par les sensations visuelles; mais quand elle dure, l'intelligence, ne recevant plus d’impressions par la vue, se concentre dans l’élaboration des sensations internes, des souvenirs, établit entre les objets de son attention des rapports Inexacts qui ne sont pas rectifiés par l'œil ; et c'est ainsi que naît la disposition à la frayeur, Ia croyance aux choses insolites, favorisée encore chez les enfants par une éducation qui a pour mobiles la crainte et le châtiment.

L'action de la lumière sur la peau se confond en grande partie avec celle qu’elle exerce sur l’ensemble de la constitution. Indiquons d’abord ce qui se rapporte spécialement à la peau. Celle-ci est à l’homme ce que la partie verte est aux végétaux ; dans l’ombre, elle s’étiole et se décolore; le contact de la lumière l’anime en développant ses réseaux capillaires, la colore, l’épaissit et favorise la transpiration, car elle a la propriété d'évaporer les liquides (2). La pàleur

(1) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. IE, p. 179.

(2) On a exposé la nuit, aux rayons de la lune, qui ne donne aucune chaleur appréciable au thermomètre ni aux sens, deux vases d’égale capacité contenant les mêmes quantités d’eau, et dont l'un a été couvert d'un parasol: dans l’espace de neuf nuits, ce dernier vase avait perdu 2 lignes et 1/6° d’eau de moins que

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habituelle des habitants des grandes villes, et particulièrement des femmes qui appartiennent aux classes élevées, provient du manque d’insolation, tandis que les manœuvres qui travaillent au grand air et les gens de la campagne ont la peau des membres thoraciques, de la face, du cou et de la poitrine, hâlée, brunie par l'influence prolongée de la lumière. Quand les premières viennent à exposer au soleil une partie habituellement couverte, elles contractent facilement cette variété d’érythème désignée sous le nom de coup de soleil ; la chaleur contribue sans doute à la production de ce phénomène, mais il se manifeste aussi, suivant l'observation de W. Edwards (1), par la simple exposition au grand jour, dans des. circonstances où le soleil n’a que peu de force. Les citadins au teint blême, qui prennent des bains de mer, ont le visage promptement hâlé par l'intensité de la lumière réfléchie à la surface de la mer. Les éphélides ou faches de rousseur sont dues à l'impression plus prolongée, quoique moins énergique, de la lumière solaire ; les enfants, les individus lymphatiques, les personnes à ne blonds ou rouges, en sont très fréquemment affectés ; elles passent avec l’âge ou par le changement de saison ou de climat. Le pigmentum, condition anatomique des colorations cutanées, se développe sous l'influence de la lumière solaire, non de la chaleur: ce qui ie prouve, c’est que les Groënlandais, les Esquimaux, ont la peau brune, les yeux et les cheveux noirs ; dans les contrées qu'ils habitent, la réverbération de la neige communique au jour un vif éclat ; le soleil reste pendant six mois au-dessus de l'horizon, l'aurore et le crépuscule ajoutent à ce jour de six mois trois autres mois, et pendant les trois mois qui restent, la clarté des étoiles, les aurores boréales, etc., suppléent à l'absence du soleil. Boitard s’est assuré que les Peaux rouges de l'Amérique septentrionale n'offrent la couleur qui leur a valu cette dénomination que sur les parties découvertes de leur corps. Les nuances qui caractérisent les différents peuples du globe traduisent donc les intensités de lumière. Il n'y a point de nègres au delà de la zone torride, et encore ne s'en trouve-t-il, dans ces limites, que là où l’action de la lumière est excessive, c’est-à-dire où le thermomètre s'élève de 35 à 37 degrés centigraces. À mesure qu’on s'éloigne de l'équateur, le teint noir devient basané, puis se change en brun et passe par dégradation

l’autre, exposé à l’action directe de la lune. On sait que la lumière de cet astre est d'environ 300 000 fois moins forte dans son plein que celle du soleil. (1) De l'influence des agents physiques sur la vie, p. 395.

immédiate au hlanc. Les localités modifient cette grande influence de la lumière solaire : ainsi les terres qui sont abritées contre Îles vents d’est par le pic de Ténériffe et le mont Atlas ne sont pas habitées par des nègres parfaits comme les plages de la Nubie, de Serra- Leone et du Sénégal. Si les nations de l'archipel Indien, quoique vivant sous la ligne, ne sont que basanées, c’est que l’évaporation de la mer et les vents alizés ébranlent incessamment leur atmosphère et armortissent le reflet des rayons solaires. Dans l’île de Ceylan, les insulaires qui habitent les plages découvertes ont le teint cuivré, tandis que les Bédas, qui vivent dans les bois, se rapprochent des Suédois par la blancheur de leur peau. L’Européen qui se rend dans les contrées équatoriales, passe par différents degrés de coloration qui tendent à le confondre avec les naturels, surtout s'il adopte leur genre de vie et leur habitude de nudité.

Des faits nombreux ne laissent aucun doute sur les modifications profondes que subit la éonstitution entière sous l’influence ou par la privation de la lumière solaire. W. Edwards a placé dans la Seine des têtards enfermés dans deux boîtes percées de trous pour le renouvellement de l’eau, et formées, l’une de parois transparentes, l’autre de fer-blanc : la métamorphose des têtards en grenouilles s’est opérée dans la première, tandis que dans la seconde deux seulement sur douze se transformèrent. Le corollaire légitime de cette expérience est que l’insolation est indispensable au développement parfait des organes, et l'observation le confirme. C’est dans l’obscurité que l’on engraisse artificiellement les animaux, que l’on détermine chez certains palmipèdes l’infiltration graisseuse du foie, etc. Les individus qui passent une grande partie de leur vie dans les lieux obscurs ou mal éclairés ne se distinguent pas seulement par le caractère de leur peau ; ils respirent moins (4) ; ils ont les chairs

(1) Scharling (Ann. de chimie et de physique, 3° série, 1843, p. 488) a trouvé les différences suivantes entre les quantités de carbone brûlé le jour et la nuit par le même individu :

Nuit, Jour.

Hôommetadultesnuns Ma. 4}. t010144987 Idées pes. iso else

LUS PA ans 1 Ti 0 Femme aduite 74. sen IRL 5 AU: 2A0 HATGONS his e CD moi sie Naud mi 1206 Pétite nes rer. ARCS SE À 11179225

Différence en moyenne : : 1 : 1,237.

La dépense de carbone dans l’acte respiratoire est donc d'environ moitié plus forte le jour que la nuit.

Moleschott a constaté que le dégagement de l'acide carbonique par les voies

molles, bouffies, comme infiltrées ; ils sont frappés d'atonie dans tous leurs tissus et sujets aux accidents de l’hydroémie : tels sont les individus que la misère confine dans les quartiers les plus som bres et les plus encombrés des grandes villes, les prisonniers relégués dans des cachots ténébreux, les marins dont le poste habituel est dans les parties profondes des vaisseaux (1), dans la cale, à la cambuse, les portiers des maisons de Paris situées dans les rues étroites des quartiers les plus populeux, les ouvriers qui travaillent au-dessous du niveau du sol, ete. C’est parmi ces classes de la population que l’on observe en grand nombre les déviations du système osseux, les nuances exagérées du tempérament Iynsphatique, portées le plus sauvent jusqu'à l’état scrofuleux ; c’est aussi sur elles que la phthisie tuberculeuse sévit le plus. L'exposition du corps aux rayons du soleil, en même temps qu'elle favorise la nutrition, assure la régularité du développement et l'heureuse proportion des formes : « Hommes et femmes, dit Humboldt en parlant des Chaymas, ont le corps très musculeux, mais charnu, à formes arrondies. Il est superflu d'ajouter que je n’ai vu aucun mdividu qui ait une difformité naturelle ; je dirai la même chose de tant de milliers de Caraïbes, de Muyscas, d’Indiens, Mexicains et Péruviens que nous avons observés pendant cinq ans. Ces difformités du corps, ces déviations sont infiniment rares dans de certaines races d’hommes, surtout chez les peuples qui ont le système dermoïde fortement coloré (2). » L'observation intéressante du célèbre voyageur s'applique en France sur une moindre échelle. IT est incontestable que la population méridionale de la France présente une conformation plus régulière et plus belle que ne l'est celle des départements du nord et même d’une partie de l’est ; et, de même que les arbres isolés croissent moins en hauteur et ont le bois plus dur que les arbres ombragés des forêts, le groupe méridional de la popula-

respiratoires est, dans l’obscurité et à la lumière du jour, dans les proportions de 4 : 5; il l'a même trouvé proportionnel aux intensités de lumière, évaluées à l’aide de papiers photographiques. Chez des animaux à l’état d’inanition, Bidder et Schmidt, en les rendant aveugles, égalisaient entre le jour et la nuit la perte due à l’exhalation de l’acide carbonique et à la transpiration, tandis qu'avec la conservation de la vue, la différence était notable. (Voy. Milne Edwards, Leçons de physiologie et d'analomie comparée, 1857, t. Il, p. 558.)

(1) Fonssagrives, Traité d'hygiène navale. Paris, 1856, p. 203.

(2) Voyage aux régions équinoæiales. Paris, 1814, in-4, p. 471. — Prichard, Histoire naturelle de l’homme, traduit de l'angla's par F.-D. Roulin Paris, 18438, t. Il, p, 228.

tion française n'offre ni la peau blanche et mince, ni les statures élevées qui appartiennent à l’autre groupe.

La lumière arüficielle, quelque intense qu’elle soit, ne peut suppléer le moindre rayon de soleil pour la végétation ni pour l’économie animale. Les femmes du monde s’étiolent et se flétrissent au milieu des lustres et des bougies de leurs salons, et si Humboldt et de Candolle ont pu obtenir à l’aide de la lumière artificielle un léger verdissement du ZLepidium sativum, ils n'ont pu déterminer par le même moyen la décomposition de l'acide carbonique et le dégagement de l'oxygène.

Il est difficile de rapporter exclusivement à la lumière solaire tous les effets que nous venons de mentionner ; la chaleur inhérente aux rayons solaires a certainement une part dans quelques-uns, même dans les effets qu'ils produisent sur l'organe de la vision; c’est ce qui résulte des recherches de Delaroche et de Melloni. Le premier a démontré que certains corps, perméables à la lumière, pouvaient aussi laisser passer du calorique rayonnant, et cela en quantité d’autant plus grande que la source de chaleur est d’une température plus élevée ; le second, empruntant à la pile thermo-électrique un moyen d'évaluation plus exact des quantités les plus légères de chaleur, a expérimenté un grand nombre de corps diaphanes sous le rapport de leur perméabilité au calorique ; pour indiquer cette dernière propriété, il les a appelés drathermanes. Parmi les solides, le sel gemme, le verre, le cristal de roche, la chaux sulfatée, l’alun, etc. ; parmi les liquides, les huiles d'olive et de colza, l’alcool, l’eau, etc., méritent ce nom. Les corps les plus transparents pour la lumière ne sont pas toujours ceux qui laissent passer le plus de calorique rayonnant ; les rayons de calorique ne traversent pas tous les corps avec une égale facilité, alors même qu'ils présentent d’égales conditions de transparence et d'épaisseur. Quoi qu'il en soit, la propriété diathermane des liquides et des solides explique pourquoi la vue d’un foyer ardent fatigue plus l'œil que l’impression de la lumière, et pourquoi la lumière de la lune nous semble molle et douce au regard; la lune n'émet point de calorique rayonnant, tandis qu’il en passe une grande quantité avec le rayon solaire à travers les membranes et les humeurs translucides de l’œil. Toutelois la radiation lumineuse est seule en jeu dans les résultats de coloration cutanée ; la chaleur produit l’hypérémie de la peau, mais elle n’influe point sur la formation du pigmentum : les cuisiniers, les chaufourniers, les ouvriers travaillant dans les étuves, ne contractent point le hâle, pas plus que les femmes de l'Orient, abritées contre

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le soleil dans la demi-obseurité des harems, bien que les uns et les autres soient exposés à des températures très élevées.

Les rayons solaires, si nécessaires au jeu des forces nutritives, ont aussi leur danger quand ils frappent trop vivement les organes. Nous avons mentionné en partie les effets nuisibles qu'ils produisent dans certaines circonstances sur les organes de la vision. Outre l’érythème dit coup de soleil, et les éphélides, ils font naître d’autres éruptions. Quand ils tombent directement sur la tête, ils déterminent des accidents plus graves, tels que dés céphalalgies intenses, des érysipèles de la face et du cuir chevelu, accompagnés de délire : nous en avons observé plusieurs exemples en Corse; tels encore que des apoplexies, des tétanos, des méningites, des aliénations mentales. Esquirol a noté 12 cas d’aliénation mentale par imsolation sur 1266 cas (1); sur 110 sujets atteints d’arachnitis, Martinet n'en a compté que deux dont la maladie pût être attribuée à l’insolation ; mais ces praticiens ont observé dans notre climat. L’extrême fréquence des accidents cérébraux dans les maladies des pays chauds accuse plus haut l'influence des rayons solaires : à Rome (1851), les praticiens expérimentés de notre corps d'occupation recommandaient instamment d'éviter, même en novembre, l'irradiation solaire ; dans l’Afrique française, on a vu, dans les expéditions d'été, des soldats tomber comme foudroyés par l’action d’un soleil intense ; le soin que prennent les Arabes de se garantir la tête coutre le soleil est sans doute justifié par une expérience séculaire. Sous les latitudes équatoriales, la population se tient à l'ombre ou fait la sieste aux heures d’insolation la plus intense ; la mesure de consigner les troupes dans leurs casernes pendant ces mêmes heures est une de celles qui contribuent le plus au maintien de leur santé dans les contrées méridionales. Nous en avons observé l'excellent résultat en Corse et en Morée.

Il reste beaucoup à apprendre sur l'influence intime de la lumière dans la série des actes qui concourent à la formation et à la nutrition de l'organisme : mais la nier est impossible, et, d’après l’ensemble des faits qui s’y rapportent, elle se caractérise par une stimulation du système nerveux et par des modifications chimiques dont les phénomènes daguerriens sont comme un reflet dans un autre ordre de combinaisons : où la lumière manque, toutes les causes débilitantes acquièrent plus d'énergie et amènent plus rapidement cetie altération du sang qui est propre aux diverses espèces d’anémies ;

(1) Des maladies mentales. Paris, 1838, t. I.

31/i HYGIÈNE PRIVÉE.

partout où elle abonde, elle ajoute à l'effet des causes d’excitation ambiante où intrinsèque.

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