‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 42 sur 114 · IL. — Température · texte numérisé non relu

IL. — Température

La sensation de la chaleur est relative, et l'intensité de la cause qui la fait naître varie suivant la constitution, l’âge, le sexe, lhabitude, et surtout, comme nous le verrons plus tard, suivant les climats. Dans le nôtre, en général, l’air fait sur nos organes l’impression d’un corps chaud, dès qu’il approche de 25 degrés centigrades(1); cette température paraîtrait froide à l’indigène du Sénégal, tandis que nous la trouverions trop élevée, si nous y remontions sans gradation du 6° ou du 8° degré au-dessous de zéro. Les phénomènes que la chaleur ou l'absence de la chaleur, c’est-à-dire le froid, dispensée en différentes proportions, détermine dans l’organisme humain, ne peuvent être compris sans la connaissance des actions par lesquelles il se maintient dans une température à peu près uniforme au milieu des fluctuations de l'atmosphère, par toutes saisons et par toutes latitudes. Comment l’homme résiste-t-il à la loi qui établit entre les corps inégalement chaufiés un échange proportionnel dont le résultat est l'équilibre ou l'égalité de température? Comment réussit-il tantôt à conserver une chaleur supérieure à l'atmosphère, tantôt à maintenir sa température au-dessous de celle du milieu ambiant ? Propriété merveilleuse dont on à voulu faire une fonction spéciale sous le nom de caloricité, et qui est le résultat complexe de plusieurs actes physiologiques et physiques ; question qui domine l'étude des rapports physiques de l’homme avec le monde extérieur, et dont la solution peut seule nous rendre compte de l’action des saisons et des climats. |

La respiration est considérée comme la source principale de la chaleur animale : cette théorie s’appuiesur les recherches de Crawfort, Lavoisier, Delaplace, Dulong, Despretz, Edwards, etc. Dans l’impossibilité d'en consigner ici les résultats, rappelons seulement que les nombreuses expériences de W. Edwards sur ce sujet ont montré,

(1) Réaumur a remarqué que tous les changements thermométriques de cinq degrés affectent la sensibilité de nos organes : « Cinq degrés du thermomètre » produisent exactement, sur la sensibilité générale de la peau, le même effet » qu’un ton sur la sensibilité spéciale de l’ouïe. » (Mémoires de l’Académie des sciences, 1758, p. 387.) L'expérience de tous les jours justifie l'exactitude de cette observation, qui peut ainsi servir à graduer nos sensations sur l’échelle du thermomètre.

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entre l'étendue des mouvements respiratoires et circulatoires, la consommation de l'oxygène et le développement de la chaleur animale, une liaison si constante, si étroite, qu’on est conduit à subordonner les deux derniers phénomènes au premier. La physiologie comparée semble confirmer largement cette conclusion : si les oiseaux ont une température plus élevée que les mammifères, ils l’'emportent aussi sur eux par l'amplitude de leur appareil respiratoire. Le poumon des reptiles présente moins de surface cellulaire que celui des animaux à sang chaud; l’hibernation, qui ralentit l’activité respiratoire, entraîne aussi un abaissement de la température du corps, etc. Une autre preuve presque vulgaire, et sur laquelle sont fondées des applications d'hygiène, c’est qu'on absorbe plus d'oxygène et l’on dégage plus d’acide carbonique en hiver qu'en été, la calorification devant être plus énergique pendant la saison froide. Les recherches de Despretz, répétées deux cents fois, ont démontré que, dans aucun cas, la respiration ne produit moins de 7/10° ni plus de 9/10 de la chaleur totale émise par l'animal dans un espace de deux heures, et ce chiffre a constamment été plus élevé pour les herbivores que pour les carnivores. Quant à la différence de chaleur {de 1 à 3 dixièmes) que n’explique point la respiration , Despretz la croit produite par l'assimilation, par le mouvement du sang, par le frottement des diverses parties. À ces conclusions si péremptoires de la chimie, deux autres chimistes, Regnault et Reiset répondent : 4° que c’est par une coïncidence fortuite que les quantités de chaleur dégagées par un animal se sont trouvées, dans ies expériences de Lavoisier, Dulong et Despretz, à peu près égales à celles que donneraient, en brûlant, le carbone contenu dans l'acide carbonique produit et l'hydrogène ; 2° que l’on dose celui-ci au moyen d’une hypothèse gratuite, en admettant que la portion d’oxygèue consommée et non retrouvée dans l'acide carbonique a servi à le transformer en eau. Regnault et Reiset critiquent les données numériques de ces expériences, où les quantités d'acide carbonique ont été trouvées trop petites; ils ont d’ailleurs trouvé souvent plus d'oxygène dans l’acide carbonique dégagé qu'ils n’en ont fourni à la respiration : résultat qui, à lui seul, démontre l’inexactitude des recherches précitées. Et cependant nul doute que la chaleur animale ne soit produite entièrement par les réactions chimiques qui s’opèrent dans l’économie ; mais le phénomène leur paraît trop complexe pour pouvoir être calculé d’après la quantité d'oxygène consommée. On ne peut apprécier la chaleur qui se dégage des combustions respiratoirss comme celle que pro-

duiraient, en se brülant, ie carbone et l'hydrogène, supposés libres. D'ailleurs, les substances qui se brülent par la respiration ne se détruisent pas complétement; une partie se convertit en d’autres substances qui jouent des rôles spéciaux dans l’organisme, ou qui s'échappent, dans les excrétions, sous forme de produits très oxydés (urée, acide urique). Or, dans toutes ces transformations et dans les assimilations qui s'effectuent dans les organes, il y a dégagement ou absorption de chaleur; mais comment soumettre au calcul une telle complexité de phénomènes (4)? Cette réserve, digne de remarque, indique la limite de la science et de l'hypothèse : Liebig place la source de la chaleur animale dans l’action réciproque des principes alimentaires et de l'oxygène transporté dans l'organisme par l'effet de la circulation : « Peu importent, dit-il, les formes que prennent peu à peu les aliments sous l'influence des organes; peu importent leurs transformations directes ; en définitive, leur carbone se trouve toujours transformé en acide carbonique, leur hydrogène en eau; l'azote et le charbon non brülé sont évacués par les urines et les excréments solides (2). » Ce qui est incontestable, c'est qu'une source puissante de chaleur existe dans la respiration; létude de cette fonction dans toute la série animale, dans toutes les périodes de l’évolution organique, dans les conditions physiologiques les plus variées, démontre qu’elle se proportionne constamment à la nécessité d’équilibrer la production de chaleur avec le degré d’énergie des causes ultérieures de refroidissement; mais elle n’est point l'unique foyer de la température animale : celle-ci se produit et s’entretient par des actions chimiques complexes qui s’accomplissent dans l’économie et qui ne sauraient se déduire intégralement du chiffre de l'oxygène absorbé dans la respiration; outre l'acide carbonique et l’eau qui s’échappent dans l’air expiré comme un produit des combustions interstitielles, et représentent une partie de la chaleur développée dans le corps, il s’y forme un certain nombre de substances très oxydées (urée, acide urique, acide sudorique, etc.) qui sont éliminées par les appareils d’excrétion, et dont la production donne lieu tantôt à un dégagement, tantôt à une absorption de chaleur.

La température du corps humain peut être évaluée à 37 degrés centigrades. Liebig l'estime à 38°,5 centigrades pour les adultes, ei à 39 degrés pour les enfants, dont la respiration est plus active.

(1) Annales de chimie et de physique. Paris, 1849, t. XXVI. (2) Liebig, Chimie organique appliquée à la physiologie, etc., 1842.

CIRCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. 317 John Davy l’évalue à 98 degrés F. — 37°,22 centigrades. Despretz a trouvé pour la température moyenne de neuf hommes âgés de trente ans, 38°,14 centigrades ; pour celle de quatre hommes âgés de soixante-huit ans, 37°,13 centigrades ; enfin, pour celle de quatre jeunes gens de dix-huit ans, 36°,99 centigrades. Suivant J. Davy, la chaleur des diverses races d'hommes, toutes choses égales d’ailleurs, ne présente point de différences sensibles; mais la chaleur extérieure pouvant élever la température propre de l’homme, celleei s'accroît par fractions de degré du pôle à l’équateur. En expérimentant la chaleur des Européens à leur passage sous la ligne, il a reconnu que, dès leur arrivée près de l'équateur, elle avait gagné un demi-degré, et qu'à la hauteur de 12 degrés de latitude sud, elle avait augmenté d'environ 1°,1 centigrade (1). Il y a plus, les différentes parties du corps n accusent point le même degré d’échauffement. D'abord, le sang artériel est plus chaud que le sang veineux, et l’un et l’autre le sont d'autant plus qu'on les examine plus près du cœur : ainsi le sang de la carotide a 0°,15 de plus que celui de l'artère crurale; le sang de la veine jugulaire a 0°,30 de plus que celui de la veine crurale. Contrairement aux observations de J. Davy, faites sur des agneaux morts d'hémorrhagie, CI. Bernard et Walferdin (2) ont constaté à l’aide de thermomètres métastatiques à mercure, assez petits pour pénétrer directement dans les vaisseaux de l’animal vivant sans arrêter la circulation et assez sensibles pour traduire à l’œil nu un vingtième de degré, que le sang du ventricule droit du cœur chez les animaux vivants est plas chaud que celui du ventricule gauche ; les viscères rapprochés du cœur sont presque à la même température que lui; mais, dans les parties éloignées du diaphragme, la chaleur décroît sensiblement. La température des membres est moins élevée que celle du tronc; les parties superficielles sont moins chaudes que les parties profondes. Hunter a trouvé une différence de 1 à 2 degrés de l’orifice de l’urèthre à sa profondeur. Becquerel et Breschet ont obtenu pour la chaleur moyenne des muscles, chez trois jeunes gens âgés de vingt ans, + 36°,77 centigrades; le tissu musculaire leur. a offert jusqu’à + 1°,25 et même 2°,25 centigrades de plus que le tissu cellulaire sous-cutané. Ils ont observé qu’une immersion de quinze minutes dans un bain à + 49 degrés centigrades élève la température des muscles d’un

(1) Annales de physique et de chimie, t. IE, 1816. (2) Gavarret, De la chaleur produite par les animauæ vivants, elc. Paris, 4855, p. 108 et suiv.

cmquième à deux tiers de degré. Tous ces faits démontrent : 1° que le corps humain tend à l'équilibre de température avec les corps extérieurs ; 2° que cette tendance se manifeste plus dans les tissus périphériques que dans Les tissus profonds. S'ils laissent voir que la chaleur humaine oscille dans des limites restreintes, ils prouvent qu'elle n’est pas aussi stable que les physiologistes l’ont avancé, et, en définitive, la fixité réelle de température n'appartient qu'aux organes centraux. Entre les autres parties du corps il existe une fluctuation continuelle de température, nécessitée par les mouvements qu'elles exécutent et par l'impression des agents atmosphériques (1).

Il importe de préciser dans quelles limites l’homme peut résister avantageusement à l’action de la chaleur et du froid ; elles doivent varier suivant les mêmes conditions qui influent sur l'énergie de la respiration, source principale de la calorification. Or nous avons vu (Ages, Sexes) que l'intensité de la respiration exprimée par la quantité d'acide carbonique qui sort des voies aériennes est subordonnée à l’âge, au sexe, à la constitution, etc.

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