ACTION DE L’AIR SEC ET FROID
La sensation du froid est négative; elle mdique que nous sommes en présence de corps moins échauffés que nous, et que l'équilibre du calorique s'établit à nos dépens. La limite thermométrique où cette sensation nous saisit n’a rien de fixe : dans nos climats, on l’éprouve en général quand la température descend à 6 degrés centigrades; : la sensation de froid augmente à mesure que la colonne thermométrique se contracte jusqu’à — 6 et — 7 degrés centigrades, moyenne de nos froids d'hiver, quoiqu'elle soit descendue jusqu’à — 12 et — 15 degrés et au delà. L’intensité de la sensation du froid dépend principalement des caractères de la transition qui s'est opérée d’une température à l’autre. Les mois d'avril et d'octobre présentent en nos climats la même moyenne thermométrique ; cependant, au sortir de l'hiver, nous trouvons la température d'avril très douce, tandis qu'après les chaleurs d'août et de septembre, le mois d'octobre nous paraît plus que frais. Dans le fort de l’été, nous sommes très sensibles à l’abaissement de température qui succède à une pluie d’orage; dans le Midi, les belles soirées d’été produisent une impression de froid après les ardeurs de la journée. On s'explique aussi comment le capitaine Ross et les gens de son équipage ont pu ressentir une agréable impression de chaleur par une température de —24 à — 29 degrés centigrades, le thermomètre étant remonté brusquement à ce degré de — 47° centigrades qu’il avait indiqués la veille. Il ne peut être question ici que des degrés inférieurs au terme
CIRCUMFUSA"— ATMOSPHÈRE. 389 de la glace fondante ; car au-dessus de zéro il existe encore dans l’air une trop grande proportion de vapeur aqueuse pour que la constitution atmosphérique soit au froid sec.
L'action du froid see sur l'économie diffère suivant deux ordres de causes, dont les unes sont extérieures et les autres propres au sujet qui y est soumis. Ces dernières sont la constitution, le tempérament, l'âge, le sexe, l'état moral, le régime, le repes ou le mouvement. Les constitutions fortes, caractérisées par la prédominance du système sanguin, par la fermeté des chairs, par la coloration de la peau, par la souplesse des mouvements et la gaieté de l'esprit, résistent beaucoup mieux à l'influence du froid que les individus dont les tissus sont jàles et flasques, l'aspect lymphatique, les allures lentes, l'humeur mélancolique. Cette observation, faite par J.-D. Larrey (1), a été confirmée plus récemment par le capitaine Ross, qui pour les expéditions polaires recommande le choix d'hommes plus aptes que d’autres à produire de la chaleur, A quoi bon, s’écrie-t:1l, couvrir de vêtements celui qui par lui-même est incapable de produire de la chaleur? Les gens à grand appétit, à digestion active, à caractère énergique et confiant, lui paraissent offrir les garanties d’une suffisante calorification ; il avait, en outre adopté pour le choix des matelots ce mode d'épreuve : ïl leur faisait poser un pied nu sur la glace; ceux qui ne tremblaient ni ne pâlissaient, il les prenait; il refusait les autres. « J'ai remarqué, dit l’illustre chirurgien en chef de la grande armée, que les sujets bruns et d’un tempérament bilioso-sanguin , presque tous des contrées méridionales de l’Europe, résistaient plus que les sujets blonds, d’un tempérament phlegmatique et presque tous du Nord, aux effets de ces froids rigoureux, ce qui est contraire à l'opinion généralement reçue. Ainsi nous avons vu les Hollandais du 3° régiment des grenadiers de la garde, composé de 1787 hommes, périr presque tous sans exception, car il n’en était rentré en France, deux années après, que Al ; tandis que les deux autres régiments de grenadiers, composés d'hommes presque tous nés dans les provinces méridionales de la France, ont conservé une assez grande partie de leurs soldats.» Les médecins restés à Wilna ont assuré à J. D. Larrey que le froid avait tué plus d'individus de la coalition que de Français, quoique les premiers eussent plus de moyens de protection contre cette influence funeste que nos malheureux compatriotes, dépouillés par les Cosaques et forcés souvent de passer d'un lieu à un autre dans
(1) Mémoires et campagnes de chirurgie, t. [V, p. 125.
un état de nudité plus où moins complète; mais le courage et l’industrie leur tenaient lieu d’autres ressources. Les Français, les Portugais, les Espagnols et les Italiens, sont encore ceux qui supportèrent le mieux les vicissitudes du froid et du feu des bivouacs, ainsi que la transition des frontières de la vieille Prusse au fond de la Sibérie : nouvel argument, ajoute J.-D. Larrey (page 136), contre l'assertion de l’Æsprit des lois, nouvelle preuve que les habitants de ces contrées méridionales ont plus d'énergie et de moyens de résistance à l’action du froid que les peuples du Nord. En Algérie, les Arabes couchent en plein air, roulés dans leurs burnous ; au siége de Sébastopol, nos troupes indigènes d'Afrique ont mieux résisté que lesautres. Ch. Martins et Bravais, en septembre 1839, couchaient par 0 degré centigrade dans les granges de la Finlande, tandis que les paysans du pays, étendussur les poêles, s’entassaient dans des chambres chauffées à 25 degrés centigrades (1). Quant à l’âge, nous avons déjà fait remarquer que le pouvoir calorifique est moindre chez les vieillards que chez les adultes ; néanmoins, si les adultes supportent mieux des températures très basses, les enfants se rétablissent plus complétement après avoir été refroidis, pourvu que la soustraction de calorique ne soit point portée trop loin. Le régime modifie puissamment les effets du froid. Tout le monde sait que les naturels des pays froids mangent beaucoup ; les Esquimaux, en butte à la température la plus rigoureuse, se font remarquer par la voracité de leur appétit, par l'énormité de leurs repas et l'énergie de leurs digestions. Hayes, chirurgien de la deuxième expédition des États-Unis au pôle arctique, les a vus manger habituellement 6 à 8kilogranmes de chair crüe {dont un tiers de graisse) de morse, veau marin, narval, Sâumorn, ours, etc., avaler avec délices des morceaux d’huile de baleine geléë, et, grâce à ce régime, bien que mal vêtus et presque sans feu, se conserver en bonne santé, à l'abri du scorbut et des maladies tuberculeuses. Les marins de l’expédition ne purent lutter contre le froid excessif de ces régions qu’en adoptant cette nourtriture, qui finit par entrer dans leurs goûts. Le capitaine Ross a vu la santé de son équipage varier en proportion des provisions dont il pouvait disposer; aussi prescrit-il d'augmenter considérablement les rations de vivres pour les expéditions polaires, et de régler en partie le choix des matelots sur la vivacité de leur appétit et l'étendue de leurs forces digestives. Dans la retraite de Russie, le
(1) Ch. Martins, Du froid thermomeétrique, “et de ses relations avec le froid physiologique (Mém. de l’Acad, des sciences de Montpellier, 1859, t, IV).
CIRCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. 391 froid faisait périr en plus grand nombre les personnes amaigries par l’abstinence et privées d'aliments nourrissants (1). À défaut d’alimentation substantielle, un peu de vin ou de café contribuait à soutenir les forces et calmait la soif et la faim; c’est dans ces circonstances que Larrey, épuisé par trois jours de privation presque absolue et en proie aux tortures de la faim, confirma sur lui-même la vérité de l'aphorisme : Famem vin poñio solvit (2). Mais l'abus des spiritueux est fatal: à Kowno, l’armée française perdit beaucoup de jeunes gens par l'ivresse (page 111). Le capitaine Ross attribue à son abstinence des liqueurs alcooliques, d’avoir échappé aux maux d’yeux qui affectèrent tous les hommes de son équipage. La neige et l'eau glacée, prises dans le but d’apaiser la soif ou la faim, hàtaient la mort chez nos soldats dans la retraite de Russie, en absorbant le peu de chaleur qui restait dans les viscères. Les chevaux mêmes, après avoir mangé de la neige, périssaient promptement ; il fallait, pour les conserver, leur faire boire une petite quantité d’eau provenant de neige ou de glace fondue dans des vases au feu des bivouacs. Le danger du repos tient au ralentissement de la circulation du sang, véhicule de la chaleur animale : « Quiconque s’assied, s'endort ; et qui s'endort ne se réveille plus. » Cet avertissement laconique a été donné par Solander à ses compagnons de voyage. « L'exercice habituel, dit Larrey (page 91), prévenait l’engourdissement des membres, entretenait la calorification et le jeu desorganes, tandis que le froid, saisissant les individus portés sur des chevaux ou dans des voitures, les jetait bientôt dans un état de torpeur et d’engourdissement paralvtique qui les portait à s'approcher d'autant plus des feux des bivouacs, qu’ils ne sentaient pas Îles effets de la chaleur sur lés parties gelées : c’est ce qui provoquait la gangrène dont j'ai eu le bonheur de me préserver en marchant continuellement à pied, et en me privant entièrement du plaisir de me chauffer. » L'exercice doit être général : chez les cavaliers, la congélation menace pieds et jambes ; chez les piétons, mains et bras. Îl est remarquable que tant que notre arinée avait été en marche, malgré lPexcès du froid, les fatigues et les privations, il ne s'était point déclaré de maladies internes; les soldats n'étaient obligés de s'arrêter en chemin que pour des congélations partielles ; mais ärrivés dans la vieille Prusse où l’armée eut quelques jours de repos, des aliments à discrétion et des asiles chauds, elle fut frappée par
(1) Larrey, loc. cil., p. 133.
(2 Hippocratez traduit par E. Littré, t. IV, p. 477, section 2, aphor. 21.
une épidémie que Larrey désigne sous le nom de méningite catarrhale de congélation (page 139), et qui, parvenue au troisième degré, devenait contagieuse, surtout quand elle se compliquait de gangrène des extrémités (1).
Les causes extérieures qui font varier l’action du froid sont, indépendamment de sa durée et de son intensité, la pureté de larr, les courants d'air, l'élévation du sol. Plus l'air est transparent, plus le rayonnement de la terre vers les espaces célestes s'opère avec énergie; c'est pendant la nuit, le ciel étant pur et l’air peu agité, qu'il atteint son maximum; les corps placés à la surface de la terre perdent par cette voie la chaleur qu’ils possèdent : aussi Larrey, chez qui l'esprit d'observation suppléait souvent la science, a-t-il noté qu'hommes et animaux succombaient en plus grand nombre pendant la nuit au bivouac. Le capitaine Ross avait appris, par des observations réitérées, à redouter un ciel clair et brillant. Les abris, quels qu’ils soient, neutralisent en partie la funeste influence du rayonnement nocturne. Ross etses compagnous, à l'exemple et avec l’aide des Esquimaux, se construisaient des huttes en forme de dôme et hautes d'environ 1",22, avec des morceaux carrés de neige gelée et cimentés avec de l’eau, entourées à l'intérieur de bancs de neige bien nivelée qui, recouverts de peaux, servaient de lits ; une lampe alimentée avec del’huile de poisson et de la mousse, éclairait, chauffait ce réduit et permettait de cuire les aliments; une galerie longue et sinueuse précédait l'entrée de la hutte. C’est là que ces hardis explorateurs dormaient chaudement par — 26°,11, l'air extérieur étant à — 34°,4h (2). L'expérience populaire, précurseur des découvertes scientifiques, a signalé de tout temps la rigueur des nuits d'hiver sereines et lumineuses par la scintillation stellaire; ce n’est point que le rayonnement nocturne des corps soit plus consi- : dérable en hiver qu’en été : les recherches de Melloni (3) ont prouvé qu'un corps exposé pendant la nuit à l’action d’un ciel également pur et serein se refroidit toujours de la même quantité, quelle que soit la température de l'air; mais cette déperdition est plus sensible par les temps froids. Si les brouillards augmentent la conductibilité de l'atmosphère pour le calorique, ils s'opposent au rayonnement et à la transpiration du corps, ce qui dépasse la compensation. Les courants d'air augmentent le danger des basses températures. Parry
(1) Il s'agissait évidemnient du typhus à forme cérébrale. (2) Ross, Narralive of second voyage, ete , p. 165. (3) Annales de chimie et de physique, février 1848, p. 160.
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et ses compagnons n'ont pas souffert d’un froid de — 42 degrés, grâce à la tranquillité de l’air ; le capitaine Ross et les gens de son équipage ont pu faire des excursions hors du navire par un froid calme de —41 degrés, tandis qu’ils furent forcés de se renfermer par un froid de — 29 degrés accompagné d’une légère brise. Sur les hauteurs, les effets du froid redoublent, et c’est là que surviennent plus particulièrement certains accidents, tels que l'émission spontanée des urines, des hémorrhagies nasales, observées par Larrey sur les hauteurs de Mieneski, un des points les plus élevés de la Russie.
Le mécanisme de l’action du froid est éclairé par les belles expériences de Poiseuille (1) : 1l a constaté que les vaisseaux sont enduits à l'intérieur d’une couche mince de liquide dont l'épaisseur augmente à mesure que la température s’abaisse; de telle sorte qu'il
en résulte un obstacle toujours croissant à la progression des globules sanguins. On savait déjà que le cours des liquides se ralentit dans les tubes capillaires, sous l'influence de la diminution de la chaleur. Mais on ne peut attribuer à ces causes physiques tous les effets produits par le froid. Guérard, auteur d’un excellent article sur ce sujet (2), est tombé dans l’exagération opposée à celle de Larrey et de Georget, qui rapportent presque tous les phénomènes, l’un aux propriétés sédatives du froid sur le cerveau, l’autre aux sensations perçues par ce viscère. Le froid agit tout à la fois d’une manière physique et vitale; mais, suivant son intensité et les dispo- sitions: individuelles, il produira plus ou moius rapidement des phénomènes de l’une ou de l’autre espèce. Bernouilli dans la Newa, et le prince Poniatowski dans la rivière de l'Elster, périrent de convulsions. De vives douleurs se font sentir parfois dans les membres ‘engourdis par le froid; nous les avons observées sous forme épidémique à l’armée d'Orient (1854-1855) Georget a remarqué que le froid et toutes les variations brusques de la température agitent un grand nombre d’aliénés (3); un médecin de l’hôpital de Wilna a rapporté que beaucoup de nos compatriotes perdirent la raison dans la retraite de Russie. Voilà des effets qui mettent en évidence l’in-
(1) Recherches sur les causes du mouvement du sang dans les vaisseaux capillaires (Mémoires des savants étrangers à l’Académie des sciences, t. VIT, 1835), — Recherches expérimentales sur le mouvement des liquides dans les tubes de très pelits diamètres (Savants étrangers à l'Académie des sciences, t. IX, 1844).
(2) Dictionnaire de médecine. — Annales d'hygiène, t. XXVIL, p. 43.
(3) De la physiologie du système nerveux. Paris, 1821,t L,p. 370.
fluence du froid sur le système nerveux, S'ils ne sont dus en partie aux émotions d’une calamité publique. Les observations de Poiseuille rendent compte de la stase du sañg à l'extérieur, et, par suite, de l’engorgemient des vaisseaux dans les organes ihternes; il à prouvé que le dernier phénomène n’est point consécutif au resserrement cles vaisseaux périphériques: quel que soit le degré indiqué par le thermomètre, il n’a jamais vu les vaisseaux capillaires changer sensiblement de volume; leur diamètre restait constant, et le repos des globules était dù à l’augmentation, par le froid, de l'épaisseur de la couche immobile de sérum qui tapisse intérieurement les vaisseaux, et peut-être de l’atmosphère de sérum qui entoure chaque globule ; les refoulements du sang sur les viscères profonds, les hypérémies pulmonaires et encéphaliques sont donc la conséquence de la gêne croissante de la circulation périphérique. Quand le froid est intense, ce dernier effet est immédiat, et la peau se décolore instantanément; la circulation tend alors à s'arrêter et la congélation est imminente. La congestion suivie de stase parait s’opérer d’abord sur le cerveau, quand la tête est dégarnie de cheveux où n’est point protégée par des bonnets fourrés (Larrey); mais alors même qu’elle porte simultanément sur les poumons et le cerveau, les symptômes partent surtout de ce dernier viscère ; son action Saffaiblit, les opérations intellectuelles s’embarrassent, la conscience diminue, les Sens se troublent. les mouvements deviennent de plus en plus difficiles : dans cet état, quelques-uns de nos Infortunés soldats, en 1812, marchaient encore conduits parleurs camarades ; mais bientôt, l’engourdissement cérébral faisant des progrès, ils chancelaient comnie des hommes ivres et finissaient par tomber sur le sol dans un état d’insensibilité complète : « La marche non interrompue et rapide des soldats réunis en masse obligeait ceux qui ne pouvaient la soutenir à quitter le centre de la colonne pour se porter sur les bords du chemin et le côtoyer; séparés de cette colonne serrée et abandonnés à eux-mêmes, ils perdaient bientôt l'équilibre et tombaient dans les fossés remplis de neige, d’où ils pouvaient difficilement se relever ; ils étaient frappés aussitôt d’un engourdissement douloureux, passaient ensuite à un état d’assoupissement léthargique, et en peu de moments ils avaient terminé leur pénible carrière. » (Page 127.)
La brusque élévation de la température, qu’elle soit artificielle ou spontanée, devient une cause d’accidents funestes, ou précipite les effets du froid, au lieu d’y porter remède. Les soldats qui, déjà frappés d’un commencement d’insensibilité périphérique, s’appro-
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chaient de trop près d’un grand feu de bivouac ou entraient dans une chambre chauffée, couraient risque de gangrène aux extrémités où mouraient asphyxiés (Larrey, page 131); d’autres tombaient roide morts, eomnie par sidération, ou se précipitaient en délire au milieu des flammes (Desgenettes). Ainsi succomba le pharmacien en chef de l'armée, Sureau, qui, affaibli par le froid et l’abstinence, reçut lhospitalité dans une chambre très chaude de lhôpital de Kowno; au bout de quelques heures, ses membres, qu'il ne sentait pas à son arrivée, se tuméfièrent, et bientôt après il expira, sans avoir proféré une parole. Pendant la campagne d'Eylau, la température monti subitement de — 19 degrés centigrades à + 6 degrés, et beaucoup de nos soldats qui avaient passé impunément cinq jours et une grande partie des nuits dans la neige, furent atteints de douleurs vives dans les pieds, d’engourdissement, de fourmillement, de phlyctènes, de gangrène, et les plus maltraités furent ceux qui s'étaient exposés à l’action du feu (1). Les mêmes faits se sont reproduits dans notre armée de Crimée.
Ce qui précède se rapporte à l’atteinte prolongée du froïd sec porté à un degré rigoureux. S'il agit passagèrement, avec moins d'intensité, il excite les tissus d’une manière non équivoque; mais cette excitation, quoique en rapport avec la durée et l'énergie de Ia réfrigération, dépend surtout de la réaction individuelle ; elle est un effet secondaire et peut s’exalter jusqu'à l’irritation ; elle peut se développer, sous différentes nuances, dans les organes mêmes qui n'ont pas subi l’action directe du froid, et en considérant toutes les circonstances où le froid péüt irriter l'organisme, on arrive à poser les cas suivants. {4° Il provoque une réaction excessive dans Îles parties mêmes qu'il a frappées directement (érysipèles phlegmotieux, engelures). 2 Il refoule le sang d’un organe et l’accumule dans les vaisseaux d’un autre plus où moins éloigné. 3° Le rhumatisnie produit directement par le refroidissement des patties s’explique par l'arrêt de la circulation capillaire, dù lui-même au froid que détermine l’évaporation de la transpiration cutanée (Poiseuille). h° Le froid suspend la fonction d'un organe sécréteur et détermine dans un autre, par voie de solidarité fonctionnelle, une supersécrétion, ou bien à cet arrêt de sécrétion succède l'irritation d’un organe sécréteur. 5° IL peut supprimer un écoulement de sang physiologique ou morbide, mais devenu habituel et lié à un état du corps qui fait de sa brusque disparition un danger. 6° Une irritation existant
(1) Larrey, t. HE, p. 62.
sur un point, le froid peut l'y faire cesser; mais elle se reporte sur un autre organe, et constitue ce que l'école appelle une métastase. Ces différents modes d’action du froid, bien compris en partie par Rulh (1), résument l'imminence morbide qui en résulte. Quant à la fréquence hivernale des inflammations, si rares dans les saisons chaudes, on est porté à la rattacher, avec Poiseuille (2), aux difficultés plus grandes de la circulation capillaire sous l'influence d’une température basse; l’activité plus grande des combustions res-. piratoires en hiver doit y contribuer. Remarquons encore l’impunité de certaines transitions rapides d’une température chaude à un froid excessif : dans son ascension aérostatique qui eut lieu au mois d'août, Gay-Lussac passa en quelques minutes de + 30°,7 à — 9°,5, sans en ressentir aucun trouble sérieux.