‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 45 sur 114 · ACTION DE L'AIR SEC ET CHAUD · texte numérisé non relu

ACTION DE L'AIR SEC ET CHAUD

L'air sec et chaud détermine à la fois en nous des phénomènes physiques et vitaux : les premiers consistent dans expansion des fluides et dans la dilatation des solides ; les autres se rapportent pour la plupart à la manière dont le cerveau est affecté par la chaleur. Ces deux ordres de phénomènes se mêlent.

Les manifestations de la vie universelle sont en rapport avec la quantité de calorique répandue dans l'air; elles obéissent à une impulsion centrifuge ou centripète, suivant que la température du milieu général est ou très élevée ou très basse. L'homme subit cette alternative. Sous l'influence d'un air chaud et sec, les organes périphériques s’exaltent, les organes centraux s’affaiblissent. La peau subit les modifications les plus promptes et les plus directes : colorée, gonflée par l’afflux des fluides, elle sécrète avec abondance : la sueur qui l’arrose représente l’excédant du liquide qui ne peut s’évaporer à cause de la saturation de l’air ambiant ; le mouvement augmente cette exhalation, et, par une température excessive, le repos ne l’arrête point. Par compensation, les urines sont rares, les surfaces muqueuses se dessèchent. La respiration consomme moins d'oxygène et dégage moins d'acide carbonique ; la quantité de charbon brûlé dans la respiration est en raison inverse de l'élévation de la température. Il est important de remarquer que si la respiration devient anxieuse dans une étuve chauffée à + 60 degrés, elle reste facile et régulière lorsque l'étuve, en forme de boîte ou de siége à sudation, s'arrête au cou et laisse la tête en contact avec l’air libre

(4) A Paris, le terme moyen de la température sensible correspond à 10 ou 15 degrés ; entre ces deux limites thermométriques, dans une atmosphère calme, pour un exercice modéré, nous n’éprouvons à l'ombre ni froid ni chaud. Audessus et au-dessous de 10 à 15 degrés, Ja température se décide. La chaleur, encore modérée de 15 à 23 degrés, devient forte de 23 à 38, excessive au delà de 38 degrés. Le froid, déjà sensible de + 10 à 5 degrés, nous paraît rude de + 3 à — 3 degrés, rigoureux de -- 3 à — 8 degrés, excessif de — 9 degrés, — 10 degrés et au delà.

CIRCUMFUSA. — ATMOSPHÈRE. 385 et frais. Un seul appareil d'élimination participe à l’exagération fonctionnelle de la peau : c’est Le foie, dont le fluide abonde dans le tube digestif, pénètre dans la masse sanguine, et va nuancer la teinte cutanée. C'est qu’il supplée avec la peau à l'insuffisance de la respiration pour la décarbonisation du sang ; organe d’hématose, il contribue à donner au fluide nourricier la composition qui le rend apte à réparer et stimuler toutes les parties du corps. Le pouvoir calorifique perd de son énergie ; car, ainsi que nous l'avons répété d'après W. Edwards, un égal degré de réfrigération artificielle enlève aux animaux à sang chaud six fois plus de calorique en été qu'en hiver ; mais en même temps l'organisme devient plus perméable au calorique du dehors, et c’est ce qui explique pourquoi J. Davy a vu la température humaine s'élever de 0°,5 à 1 degré centigrade entre les tropiques, en descendant d’une contrée montagneuse froide dans un pays bas et chaud. Les mêmes oscillations se produisent sous l'influence de l’air pris à divers degrés de température dans les appartements des pays que nous habitons (1). L’élévation de la température extérieure tend à élever la température de la surface de notre corps et des parties qui l'avoisinent dans un rapport plus considérable que celle des organes profonds ; tandis que sous l’action du froid atmosphérique, la température de ceuxci tend à s'élever, et celle des parties périphériques subit des réductions irrégulières. Sous l'influence d’une température très élevée, les mouvements respiratoires s’accélèrent, parce qu'ils importent dans les poumons, sous un volume donné d'air, une moindre proportion d'oxygène ; la circulation acquiert une vitesse proportionnelle à celle des mouvements respirateurs; pour s'en assurer, il suffit d'explorer le pouls dans ua appartement chauffé et à l'air froid. Est-il habituellement plus fréquent dans la saison chaude et dans les pays chauds ? Les expériences de Poiseuille ont démontré que la vitesse de la circulation capillaire est éminemment influencée par la température et s'accroît avec elle; ce phénomène est-il dû à la moindre épaisseur, par l'élévation de la température, de la couche immobile de sérum qui adhère aux parois vasculaires en vertu de leur affinité pour ce liquide? Nous l’attribuons plutôt au relàchement des vaisseaux capillaires qui, livrant au sang un passage plus facile des artères dans le système veineux, a pour conséquence l'affaiblissement de la tension artérielle, et comme la fréquence des contractions du cœur est en raison inverse des obstacles à vaincre

(1) Annales de chimie el de physique, 3° série, t. XII, p. 185.

pour la systole ventriculaire, comme tous ces obstacles se résument dans la pression du sang sur les valvules sigmoïdes, c’est-à-dire dans la tension artérielle, il s'ensuit que, dans les climats chauds, on obserye ce que détermine l’état fébrile, une accélération des battements du cœur, sans qu'il y ait pour cet organe un surcroit d’activité réelle (1). La diminution de l’eau dans la salive comme dans toutes les humeurs de l’économie rend la bouche visqueuse, l’appétil baisse, les digestions languissent, la constipation est habituelle ; la soif, exaspérée par les incessantes déperditions de la peau, exige l'ingestion de boissons aqueuses qu’une absorption rapide fait passer dans le sang et qui se dissipent presque aussitôt en sueurs. Sous l'influence de l'excitation trop grande du système nerveux, la nutrition s’accomplit mal; le tissu graisseux disparaît en partie par résorption, les formes se réduisent : l'été fait maigrir, comme on dit vulgairement. Sous une température non excessive, les personnes molles, d’une complexion humide, profitent de l’air sec et chaud, elles éprouvent de l'appétit, digèrent mieux, conservent de l’embonpoint : il semble que la chaleur atmosphérique élève la vitalité de leurs appareils organiques au degré nécessaire pour en régulariser le jeu. |

L'état pléthorique qui survient chez certains individus vers la fin de l'hiver, sous l'influence des premières chaleurs, ou que détermine brusquement l'exposition à une température élevée, trouve son explication dans la dilatabilité plus grande des fluides par le calorique; mais nous ne rapporterons pas entièrement à cette cause physique les accidents que peuvent éprouver les gens exposés à un soleil ardent, accidents caractérisés par une grande anxiété, par une gêne considérable de la respiration, par des étourdissements, par une céphalalgie intense. On a vu, en Afrique, des soldats parcourant une longue route sous les rayons d’un ciel brülant être pris subitement de délire avec tendance au suicide, ou tomber sans vie ; les suicides sont très fréquents en Afrique pendant les chaleurs (2). Les cas de mort subite ne sont pas rares parmi les moissonneurs, au milieu des champs où ils travaillent sous un soleil ardent. Ces terribles effets de la température et de la lumière ont été attribués à l’asphyxie ; ils proviennent d’une congestion cérébrale avec état semi asphyxique, qui s’est opérée plus ou moins rapidement et dont les premiers symptômes sont d’une observation commune en été ;

(1) Marey, Comptes rendus de la Sociélé de biologie, 1860. (2) Mémoires de médecine et de chirurgie militaires, t. LIT, p. 179.

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mais cette congestion a pour élément un sang modifié dans sa composition. Quelle est, en effet, l’action des chaleurs sur le système nerveux, et, par suite, sur le système musculaire? La tête s’appesantit ; l'intelligence est comme opprimée, incapable d’une contention de quelque durée ; les réponses sont lentes ; il y a répugnance au mouvement, propension au sommeil, faiblesse musculaire extrême. Quelquefois, il est vrai, la chaleur excite le cerveau et cause l'insomnie, comme on l'observe pendant les plus chaudes nuits d'été. Dans l’un et l’autre cas, le cerveau commence à s'hypérémier sous l'influence des impressions qui lui sont transmises par les extrémités nerveuses cutanées. Attribuer l’affaiblissement de l'innervation cérébrale à l’excessive déperdition qui s'opère par la perspiration cutanée, c'est n’exphiquer qu'une partie des cas. Sans doute les sueurs débilitent; mais n’a-t-on pas exagéré les conséquences de cette perte, puisqu'on peut lirer plusieurs livres de sang sans jeter l'organisme dans une égale prostration ? D'ailleurs le repos, qui réduit à peu de chose la transpiration de la peau, ne garantit pas contre l’abattement que la chaleur occasionne. Chez les animaux qui ont succombé sous l'influence d’une température trop élevée, Magendie a constaté par l’analyse du sang une diminution notable de quantité et de consistance de la fibrine, linfiltration sanguine du foie, des reins, des ponmons, des taches ecchymotiques qui dénotent l'altération du sang, toujours diffluent et noir. En franchissant (1851) le col de Sfa, entre l’oasis d'Outaya et Biskara, par une température de 48 degrés, j'ai éprouvé les troubles caractéristiques de l’hypérémie encéphalique, due à l'irradiation solaire prolongée ; mais ce qui prouve en même temps fa spécialité de leur cause matérielle, c’est le soulagement immédiat que m'a procuré l'ingestion d’une petite quantité d'eau légèrement alcoolisée. Quoique notre espèce ait le privilége d'une fécondité constante, l'activité des organes génitaux ne parait pas soustraite entièrement aux ipfluences périodiques qui agissent irrésistiblement sur. les plantes et sur les animaux. L'époque de la floraison pour les unes et de l’accouplement pour les autres est marquée par Île retour d’une température douce ; l’homme participe alors à la turgescence vitale de tous les êtres, et sa force créatrice se subordonne en partie, comme celle de la nature, à la marche du soleil : le plus grand nombre des naissances arrive au mois de février, ce qui reporte au mois de mai le maximum des conceptions. Mais si une chaleur tempérée favorise l'exercice des fonctions génitales, en est-il de même des températures élevées? et tandis qu'elles énervent les facultés

intellectuelles et brisent le ressort musculaire, suscitent-elles d’une manière insolite le goût des jouissances vénériennes et la puissance de le satisfaire ? On invoque la précocité méridionale et les lascivetés de l'Orient: cette question est complexe ; sans nier que l'excitation de la peau par le soleil se propage sympathiquement au sens génital, il faut reconnaître que le mode de civilisation intervient ici plus encore que le climat : c'est une observation déjà faite par Hippocrate que l’omnipotence du climat fléchit sous l'influence des mœurs et des institutions. —Au demeurant, les effets de la chaleur atmosphérique varient suivant son degréthermométrique : entre + 15 et 25 degrés centigrades environ, elle stimule modérément ; entre 25 et 35 degrés, elle débilite ; au delà de A0 degrés, elle exerce une action délétère sur la composition du sang, dont elle diminue la fibrine et la plasticité, et elle produit dans le système nerveux des troubles qui traduisent une surexcitation bientôt suivie de collapsus.

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