‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 54 sur 114 · C9 NN (®A · texte numérisé non relu

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B. Mischof a reconnu que les sels de chaux sont relativement plus abondants dans la Manche que dans la Méditerranée; ce qui provient peut-être de la prépondérance des côtes calcaires qui constituent le premier de ces bassins; au contraire, l’eau de la Méditerranée contient une plus forte proportion de sels magnésiens.

Fauré a suivi, au moyen de vingt analyses, la marche de l'eau de mer jusqu’à sa disparition complète dans la Garonne. Un litre d’eau de mer a laissé pour résidu sec :

Gram, À Cordouan, haute mer....,... ss dt, JU A Ja pointe de Grave, le même jour.. 34,250 A Richard, au large, haute mer..... 33,105 A la Maréchale, haute mer....,.... 13,767

Vis-à-vis de Pauillac, haute mer....,. 8,974 Vis-à-vis de Blaye, haute mer...... - 5,298

Vis-à-vis de la Roque, haute mer... 2,107 AUS DOC AUMMAANNIDOS SR 0,545 A Lormont,le même jour.......,... 0,152

(1) Mémoire sur les eaux du departement de la Gironde,

CIRCUMFUSA, — DES EAUX. 449

À Pauillac, l’eau de la Garonne ne peut plus servir aux irrigations : elle contient une proportion de sel qui nuirait à tous les végétaux autres que les plantes marines.

Lewy a récemment démontré (1) que l’eau de mer, à sa surface, contient sur Alit,45,en moyenne, à peu près 92 centimètres cubes de gaz à la pression de 0",76. Ce gaz est, en moyenne, un mélange de 14 centimètres d'acide carbonique, 26 d'oxygène et 52 d'azote, plus un peu d'hydrogène sulfuré; l'oxygène se montre un peu plus fort le soir que la nuit, et l'acide carbonique marche en sens inverse ; l’action de la lumière sur les matières organiques joue le principal rôle dans ces variations.

L'eau de mer abonde en substances organiques ; chaque goutte de ce liquide nourrit une population d'animaleules d'une structure aussi délicate que variée: les abîmes de l'Océan représentent les laboratoires les plus curieux de la vie, dont ils abritent les formes les plus étranges et les plus diversifiées. Une si prodigieuse densité d'êtres qui vivent et meurent, explique la putridité que l’eau de mer développe dans les ports de la Méditerranée où elle ne se renouvelle pas par les marées, dans les dépressions des plages où elle laisse en déferlant des flaques dormantes, dans les vases et les cales de navires où elle a séjourné longtemps. Humboldt a merveilleusement exprimé cette fermentation de la vie océanique (2) : «Sous une surface moins variée que celle des continents, la mer contient dans son sein une exubérance de vie dont aucune autre région du globe ne pourrait donner l'idée. Charles Darwin remarque avec raison, dans son intéressant Journal de voyage, que nos forêts terrestres n’abritent pas, à beaucoup près, autant d'animaux que celles de l'Océan. Car la mer aussi a ses forêts : ce sont les longues herbes marines qui croissent sur les bas-fonds, ou les bancs flottants de fucus que les courants et les vagues ont détachés, et dont les rameaux déliés sont soulevés jusqu’à la surface, par leurs cellules gonflées d'air. L’étonnement que fait naître la profusion des formes organiques dans l'Océan, s'accroît encore par l'emploi du micros cope; on sent alors avec admiration que là le mouvement et la vie ont tout envahi. À des profondeurs qui dépassent la hauteur des plus puissantes chaînes de montagnes, chaque couche d’eau est animée par des vers polygastriques, des cyclidies et des ophrydines, Là pullulent les animalcules phosphorescents, les Mammaria de

(1) Annales de physique et de chimie, 3° série, & XVIT, p. 8. (2) Cosmos, traduction de Faye. Paris, 1855, t. I, p. 365,

450 | HYGIÈNE PRIVÉE. | l’ordre des acalèphes, les crustacés, les peridinium, les néréides qui tournent en cercle, dont les innombrables essaims sont attirés à la surface par certaines circonstances météorologiques, et transforment alors chaque vague en une écume lumineuse. L’abondance de ces petits êtres vivants, la quantité de matière animalisée qui résulte de leur rapide décomposition est telle, que l’eau de mer devient un véritable liquide nutritif pour des animaux beaucoup plus grands. »

= Nous ne pouvons que mentionner le phénomène de la phosphorescence de la mer, due tantôt à une sorte de crasse marine, mucus, frai de poisson, cadavres de mollusques ou de zoophytes, etc., tantôt à des animalcules pyrophores, mammaria, noctiluques, etc. {Ehrenberg, Quatrefages), qui, par un temps calme avec houle et surcharge électrique de l’atmosphère, se présentent à la surface de la mer. Les colorations accidentelles de la mer sont un phénomène de même origine : des végétaux microscopiques, tels que le 7ichudesmium erythreum (mer Rouge et mer de Chine), le 7richodesmium Hindsii (Brésil, côte occidentale du Guatemala), le Protococcus atlanticus (embouchure du Tage), si petit que, d’après Montagne (1846), L0 000 individus de cette algue couvriraient à peine une surface d’un millimètre carré ; des crustacés de l'ordre des laxipodes (Plata, Chili), certains décapodes macroures (côtes de l'Amérique du Sud), des noctiluques, des biphores, trouvés par Quoy et Gaimard au sud du cap de Bonne-Espérance, tels sont les éléments de ces colorations pélagiques dont la plus curieuse, observée le 5 février 1842, à bord dela favorite, par Leclancher, sorte de peinture d’ocre rouge et de vermillon détrempés, s'étendait jusqu’à l'horizon, et par bancs immenses, à 40 milles environ deMascate. Quand la corvettecoupait ces bancs rouges, il s'en dégageait une odeur de vase marine; le soir, une vive phosphorescence, un peu verdâtre, lluminait la carène de la Favorite. Les mouvements de la mer n’ont que des relations secondaires avec notre sujet : on necroit plus, comme au temps d’Aristote, que la mortalité augmente avec le reflux ; mais on comprend que le retrait des eaux, laissant à nu des plages marécageuses et recouvertes de substances organiques en putréfaction, peut exercer quelque influence sur la production des maladies. Les fluctuations qu'impriment aux mers les vents et les courants particuliers, les remous, les moussons, corrigent en partie les effets du rayonnement, et compensent, sous la zone torride, l'accroissement de la température. Enfin, le grand courant qui se dirige continuellement, entre les tropiques de l’est à l’ouest, contre le mouvement de rotation

CIRCUMPUSA. — DES fRAUX. h51 diurne de notre planète, est cause que les mers accumulent des sables et des limons sur les côtes orientales des continents, tandis que les côtes occidentales sont la plüpart creusées à pic, escarpées et profondes : ici des atterrissements, là des érosions; ce travail séculaire des flots semble indiquer une tendance de l'Océan à déplacer son lit ; des villes jadis baignées par la mer; s’en trouvent éloignées aujourd’hui de plusieurs lieues : c’est ainsi que le temps transforme les localités et fait mentir les topographies anciennes.

Les courants océaniques sont dus à l’action simultanée d’un grand nombre de causes: propagation successive de la marée dans son mouvement autour du globe, force et durée des vents régnants, variations de la pesanteur spécifique des eaux suivant les latitudes, la profondeur, la température et le degré de salure, variations horaires de la pression atmosphérique, qui, régulières sous Les tropiques, s'étendent successivement de l’est à l’ouest. Les courants, dit Humboldt (1), traversent l'Océan comme des fleuves dont les rives seraient formées par les eaux en repos. Le courant équatorial, ou courant de rotation, déterminé entre les tropiques par la marche progressive des marées et les vents alizés, a une vitesse de 10 milles marins français de1856 mètres par vingt-quatre heures, et sa direction varie suivant la résistance que lui opposent les côtes orientales des continents. Des courants océaniques, les uns portent les eaux chaudes vers les hautes latitudes, les autres ramènent les eaux froides vers l’équateur. « Le gulf-stream, dit Humboldt, déjà connu au xvi° siècle, commence au sud du cap de Bonne-Espérance, traverse la mer des Autilles et le golfe du Mexique, et débouche par le détroit de Bahama ; puis, se dirigeant du sud-sud-ouest au nord-nord-est, il s'éloigne de plus en plus du littoral des États-Unis, s’infléchit vers l’est au banc de Terre-Neuve, et va frapper les côtes d'Irlande, des Hébrides et de la Norvége, où il porte des graines tropicales (Himosa scandens, Guilandina bonduc, Dolichos urens). Son prolongement du nord-est réchauffe les eaux de la mer et exerce sa bienfaisante influence jusque sur le climat du promontoire septentrional de la Scandinavie. A l’est du banc de Terre-Neuve, le gulf-stream se bifurque, et envoie, non loin des Açores, une seconde branche vers le sud... On voit que ce courant appartient presque tout entier à la partie septentrionale du bassin de l'Atlantique ; il côtoie trois continents : l'Afrique, l'Amérique et l’Europe. Un second courant, dont j'ai reconnu la basse température (1802), règne dans

(1) Cosmos, t. I, p. 360. f

h52 HYGIÈNE PRIVÉE.

la mer du Sud, et porte ses eaux froides des hautes latitudes australes vers les côtes du Chili; il longe ces côtes et celles du Pérou, en se dirigeant d’abord du sud au nord; puis, à partir de Ja baie d’Arica, il marche du sud-sud-est au nord-nord-ouest. Entre les tropiques, sa température n’est que de 15°,6, en certaines saisons de l’année, pendant que celle des eaux voisines en repos monte à 27°,5 et même à 28°,7. (1). » À quelle profondeur s'arrête le mouvement des masses d’eaux chaudes ou froides, entraînées par les courants ? Un fait autorise à croire qu'il atteint les couches les plus basses, c’est la réflexion du courant de la côte méridionale de l'Afrique sur le banc de Lagullas, situé à une profondeur de 70 à 80 brasses. La navigation tire parti de la notion des courants, et la rapidité de ses échanges intéresse aussi, de plus d’une manière, le bien-être, c’est-à-dire l'hygiène des populations : des calculs établis sur une période de six ans montrent les navires à voiles exigeant quarante jours pour le trajet d'Angleterre en Amérique et seulement vingt-trois pour le retour.

Atmosphère maritime. — Les différences qui existent entre l'air maritime et l'atmosphère terrestre sont purement négatives. Les plus récentesanalyses ontmontré qu’il contient un peu moins d'oxygène. Lewy a trouvé que sa composition variait aux diverses heures de la journée.

Air recueilli sur l'océan Atlantique, le même jour, à 400 lieues des côtes el par le méme vent.

{re épreuve. — 5 heures du matin. 2° épreuve, — 5 heures du soir. Acide carbonique.... 3,346 Acide carbonique... 5,420 Oxygène... eee. 2,096,139 Oxygène....,... se 2,106,099: A ZOIBs RUN cie sa 7,900,515 Azote ... re » jets 7,888,481

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L'air marin n’est point chargé des effluves qni se dégagent des matières animales et végétales, des eaux stagnantes, des innombrables foyers d'infection dont la terre est couverte : aussi est-il plus pur que l’air de la terre; la lumière s'y répand en liberté, tandis qu’elle ne pénètre daus les couches inférieures de l'atmosphère terrestre que brisée, réfléchie par des obstacles naturels du sol ou par ceux qu’élève la main des hommes. Forget (2) remarque avec raison

(1) Cosmos, t. I, p. 363.

(2) Médecine navale. Paris, 1832, t, Î, p. 164, == Voyez surtout l'excellent ouvrage de Fonssagrives, Traité d'hygiène navale. Paris, 1856.

CIRCUMFUSA. —— DES EAUX. 455

que relativement à la pesanteur, l'air marin présente les meilleures conditions, la hauteur normale du baromètre étant basée sur le niveau de la mer. Sous la même latitude, la température est d’une moindre intensité à terre que sur mer; dans la région tropicale, l'air qui repose sur les terres fermes est plus chaud de + 2°,9 que l'air qui, loin des côtes, couvre l'Océan ; l'air continental marque + 27°,7 centigrades, l'air océanique 25°,5 (de Humboldt). La mer, incessamment remuée à sa surface, a moins de pouvoir rayonnant que le sol ; la plupart des rayons solaires sont absorbés par elle, et tandis qu’ils n’échauffent point la terre au delà de 20 pieds, limite où la glace se conserve, leur chaleur est encore accusée par le thermomètre immergé dans la mer à 150 pieds de profondeur. L'agitation des eaux de la mer, le roulement perpétuel de leurs molécules, les mouvements du vaisseau, l’action des voiles qui réfléchissent la brise, sont autant de circonstances qui contribuent à tempérer la chaleur; il est rare qu’en pleine mer elle s'élève au-dessus de 30 degrés centigrades. La température du jour contraste beaucoup moins avec celle de la nuit en pleine mer que sur terre ; les différences vont croissant à mesure qu'on se rapproche de l'équateur, elles augmentent au contraire à terre.La mer occupe la région la plus basse du globe; de là la densité de l'air maritime, et comme la capacité de l’air pour le calorique est en raison de sa densité, c’est une raison de plus pour que le froid se fasse moins sentir à latitude égale à la mer que sur terre. Les qualités hygrométriques des vents qui soufflent de la mer indiquent que l'air maritime est humide ; néanmoins beaucoup de localités terrestres le sont davantage, notamment les vallées circonserites par des montagnes boisées qui arrêtent les vapeurs aqueuses et les condensent en pluies; en pleine mer, la brise les disperse dans toutes les directions et les répartit d'une manière uniforme dans l’espace : aussi la sérénité du ciel est-elle la même au large que sur le continent, et l'hygromètre s’y maintient au même degré. L’humidité de l’atmosphère pélagique dépend surtout de la latitude : dans l'archipel des Antilles, elle marque, le matin 92 degrés à l’hygromètre de Saussure, à midi 80 degrés, le soir 87°,5; le maximum a lieu à six heures du matin, le minimum à deux et trois heures de l'après-midi; la moyenne de chaque jour flotte entre 86 et 87 degrés, tandis qu'elle est à Paris de 74 à 76 degrés (Godineau). A la Vera-Cruz, les oscillations de l'hygromètre sont comprises entre 60 et 100 degrés (Malher); elles sont à peu près les mêmes sur la côte occidentale d'Afrique (Fonssagrives). — L'air maritime renferme-t-il un prin-

h5l --. HYGIÈNE PRIVÉE.

cipe balsamique, comme le pensait Gilchrist? une substance délétère, comme l’admettait Walther ? La chimie n’y a démontré rien de semblable, pas plus qu’elle ‘n’a démontré la vaporisation des matières salines, annoncée par Mead, Cette dernière erreur est sainement expliquée par Forget : « Lorsqu'on se promène sur le pont d’un navire sous voile, on perçoit en se passant la langue sur les lèvres, une saveur salée ; les objets environnants se couvrent d’une poudre blanchâtre, saline ; les phénomènes que l’on pouvait attribuer à la précipitation des molécules volatilisées sont dus simplement aux gouttelettes d’eau de mer que le vent ou les secousses du navire font rejaillir sur le pont. Toutefois, suivant l’observation de Roussingault (1), les vents impétueux enlèvent des particules d’eau de mer à peine pondérables à la buée que la vague, en se brisant, fait naître sur les récifs; ces molécules liquides , ces poussières de l'Océan, comme les appelait Arago, ne tardent pas à livrer à l’air, en se desséchant, des molécules de chlorure plus ténues encore : c’est ce qui explique pourquoi la pluie qui tombe loin des côtes, contient souvent, si ce n’est toujours, des traces très appréciables de sel marin.

IE. — Des eaux courantes (sources, rivières, torrents, canaux).

Les eaux pluviales, produits d’une sorte de distillation naturelle, se précipitent annuellement sur les continents dans une proportion qui varie avec la latitude. En France, elles suffiraient pour couvrir le sol d’une couche liquide de 20 pouces de hauteur. Pour les dissiper, la nature emploie trois moyens : l’évaporation, l'écoulement, l'infiltration. Repompées par l'atmosphère, elles retournent grossir, sous forme de vapeurs, le trésor des provisions météoriques ; déversées par les pentes compactes et rapides du globe dans les bassins inférieurs, elles forment des torrents plus où moins éphémères, vont augmenter les cours d'eau et renouveler périodiquement le fléau des inondations; absorbées par les couches perméables des terrains secondaires et tertiaires qui se montrent à nu sur les flancs et les sommets des collines, elles en parcourent Îles déclivités et font marcher au-devant d'elles, par l'effet de leur pression, l'eau qui s’y est infiltrée antérieurement, comme elles seront chassées à leur tour, dans des directions horizontales, par de nouvelles colonnes de liquide. Ce dernier mode d’épuisement des

1) Annales de chimie et de physique, 3° série, 1854, t. XL, p. 151. p CAR ? ;

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| eaux hi donne lieu à la formation des rivières souterraines : épanchées en nappes sur des étendues variables, étagées les unes sur les autres à différentes profondeurs, stationnaires où courantes, isolées ou communiquant entre elles, ces collections d'eaux occupent les intervalles que laissent entre elles les stratifications des massifs minéralogiques ; comprimées par les colonnes d'eaux supérieures qui agissent sur elles parfois avec un poids énorme, refoulées dans toutes les directions, elles se frayent des yoies multiples entre les couches de terrains impénétrables, s’insinuent par les fissures, et courent produire, à la surface du globe, cette infinie variété de sources dont les unes sont froides, parce que, issues d’une médiocre profondeur, elles n’ont acquis que la température moyenne du climat, et dont les autres présentent le caractèrc thermal, parce qu'elles ont enlevé du calorique aux couches plus centrales de la terre, ou parce qu’elles ont provoqué sur leur passage des réactions chimiques, comme cela arrive dans des terrains pyriteux, etc. (1). Ces circonstances expliquent pourquoi la température des sources, quoique en rapport nécéssaire avec le climat des contrées, n’en est cependant point l’expression constante. Thurmann à constaté qu'en descendant du Jura dans les plaines voisines, on voit les températures des sources s’abaisser, contrairement à La Joi générale de leur refroidissement progressif en raison directe de l’ascension verticale. Quant à leur composition chimique, elle est influencée par leur trajet souterrain ; en pénétrant dans les couches inférieures de l’atmosphère et dans le sol, les eaux pluviales exercent une action dissolvante sur l’air confiné dans la terre végétale. Celle-ci, riche en matières organiques qui, par leur combustion lente, dégagent de l’acide carbonique, possède une atmosphère propre où Boussingault et Lewy ont trouvé jusqu’à 250 fois plus d'acide carbonique que dans l'air libre : en tombant sur le sol, les eaux pluviales se chargent donc de ce gaz, en proportion directe de leur pression et de leur température ; à son tour, l'acide carbonique

(1) En 1841, après sept années de travaux continus, la sonde de Mulot, ayant pénétré à la profondeur de 548 mètres, dans les sables verts, sous les argiles du gault, dans l’abattoir de Grenelle, fit jaillir une masse d’eau de 800 à 1000 mètres cubes par vingt-quatre heures, s’élançant à 38 mètres audessus du niveau du sol, et marquant 28° centigrades. L'opinion de Waïlferdin, généralement admise, est que l’eau de la fontaine de Grenelle provient de l’eau pluviale qui, s’infiltrant dans les sables verts aux environs de Troyes, à une hauteur de 125 mètres au-dessus du niveau de la mer, ressort par le trou de sonde de l’abattoir de Grenelle,

qu'elles ont emprunté à l'atmosphère du sol leur permet de dissoudre les carbonates terreux et métalliques des terrains où elles s'infiltrent et qu'elles traversent sous forme d'eaux courantes; elles leur enlèvent encore des chlorures, des sulfures alcalins, des sulfates, de la silice même. Il faut tenir compte dela nature du véhicule qui permet à l’eau de se charger de certaines matières insolubles par elles-mêmes : ainsi les carbonates terreux ne s’y dissolvent que par un excès d'acide carbonique; aussi, pour apprécier la nature et la quantité des sels incrustants d’une eau, convient-il de recueillir séparément, à l'exemple de H. Deville, le dépôt obtenu après une ébullition suffisante pour chasser tout l'acide carbonique en excès. Ebelmen a démontré que l’acide carbonique des eaux pluviales ou de sources décompose lentement les roches silicatées, et en entraîne les bases à l’état de carbonates ou de bicarbonates. Les expériences directes de Damour ont fait voir que l’eau distillée dissout très sensiblement les silicates hydratés et chauffés, etc. Les azotates, plus fréquents qu’on ne l’a pensé dans les eaux, intéressent l’agriculture. On sait le rôle que Grange fait jouer, dans la production du goitre, aux sels magnésiens des eaux d'infiltration ; Chatin revendique pour la prophylaxie du goître les iodures dont il a démontré l'existence dans la plupart des eaux douces naturelles. En reparaissant à la surface du globe, les eaux de sources restituent à l'air leur acide carbonique, et par le triple effet du refroidissement, de la diminution de pression et de l’action chimique de l'air, une partie des sels terreux qu’elles contiennent se précipite en couches plus ou moins épaisses, et leur communique le caractère des eaux dures ou séléniteuses (décomposant le savon et ne pouvant servir à la cuisson des légumes); elles se purifient par une exposition plus ou moins prolongée à l’air, à moins que les matières qu’elles tiennent en dissolution ne puissent être modifiées, quant à leur solubilité, par l’abaissement de la température, par la diminution de la pression, par la puissance chimique de l'air : tels sont le carbonate de soude, le sulfate de chaux, de magnésie ou de soude, etc. La proportion des substances organiques varie dans les eaux courantes; elle dépend surtout de la quantité des immondices qu’elles reçoivent en traversant les centres de population ; elle peut même varier d’une rive à l’autre de la même rivière, du même fleuve, suivant la disposition des égouts, des usines et ateliers qui y déversent leurs résidus, ete. Poggiale a constaté que l’eau de la Seine, au pont d'Austerlitz, est beaucoup plus chargée d’ammoniaque et de matières fixes sur la rive gauche qui a reçu l’immonde affluent de la Bièvre

CIRCUMEUSA. —- DES £AUX. L57

"que sur la rive droite, à tel point que la moyenne des trois expériences a donné pour les deux rives :

Rive gauche. Rive droite.

Ammoniaque... 135 centièmes de milligr. 20 centièmes de milligr. Matières fixes... 294 milligrammes. 247 milligrammes.

Les sources, en se réunissant, donnent naissance aux ruisseaux et aux rivières : aussi ces derniers participent-ils, à leur origine, aux propriétés et à la nature des sources ; mais, dans leur trajet, les eaux ‘acquièrent un degré de pureté qui leur mañquait à l’état de source; elles perdent les gaz acide carbonique et sulfurique, se dépouillent des carbonates terreux, absorbent de l’oxygène, se mélangent avec les eaux d’autres rivières et se saturent réciproquement par la précipitation d’un certain nombre de leurs principes minéraux. L'écoulement superficiel d’une certaine quantité d'eaux pluviales contribue à les grossir et à les sanifier; mais il ne faudrait pas admettre, avec Motard (1), que les rivières finissent par ne pluscontenir que des traces variables de sels solubles. Dupasquier a montré que si, grâce à l’agitation et au contact de l’air, les eaux de rivière contiennent peu de carbonate de chaux, elles peuvent retenir des quantités assez considérables de sulfate de chaux et de chlorure de calcium et de magnésium : d’après les analyses de Colin, les eaux de la Beuvronne, rivière des environs de Paris, et celles de la Bièvre, avant son entrée dans cette ville, sont dans ce cas. Souvent même, lorsque deux rivières confondent leurs eaux, on y peut reconnaître encore sur un assez long trajet les éléments qui distinguent chacune d'elles; les deux rives de la Seine fournissent un exemple de ce fait : sur la rive gauche les sels calcaires dominent; sur la rive droite les sels magnésiens, mélangés avec une partie des matières que la Marne entraîne de son lit formé par un terrain meuble. La proportion de matière terreuse que contiennent les eaux varie suivant la nature des fleuves ; dans la Seine, à Paris, elle est d’environ 1 partie sur 2000 : ainsi, celui qui ingère dans son estomac 3 litres de cette eau, le charge en même temps de 1 gramme 1/2 de limon. À Bordeaux, l’eau de la Garonne n’est pas encore clarifiée au bout de dix jours. Les recherches de Dupasquier (loc. cit., page 185) prouvent que les eaux

courantes sont plus chargées de sels terreux en hiver qu’en été, et qu’à Lyon, l’eau de source en contient une quantité plus considérable que l’eau du fleuve. Au reste, les eaux courantes abandonnent dans leur parcours une partie de leurs matières salines ; il en est

(1) Trailé d'hygiène générale. t. I, p. 446.

ainsi particulièrement des eaux de source qui, amenées de distances . plus ou moins considérables, déposent insensiblement, dans les canaux où elles coulent, une matière calcaire qui peut devenir pour des conduits de très petit diamètre une cause d’obstruction totale. De là l'utilité d'examiner les eaux des rivières sur des points avancés (le leur parcours, et surtout en amont et en aval des grands centres de population. L'eau de Seine, à Rouen, contient moins de sels minéraux qu’à Paris, particulièrement moins d’acide silicique et de carbonate de chaux {Girardin et Preisser). Au sortir de Nantes, l’eau de la Loire a présenté à Bobierre et Moride moins de matières minérales, principalement moins d’acide silicique et d'alumine, et une augmentation marquée de sels calcaires, alcalins et de principes organiques. En passant sur des plaines marécageuses ou tourbeuses, elles perdent la presque totalité de leur oxygène et contractent un goût et une odeur désagréables. La proportion des sels solubles est modifiée par des influences périodiques : le Rhône présente en hiver son minimum de volume et son maximum de transparence et de sels minéraux solubles ; la Saône et la Seine à Rouen offrent dans la même saison une condition diamétralement opposée. 11 importe de déterminer les gaz normaux et accidentels que contient l’eau de rivière: selon de Humboldt et Provençal, elle renferme tout au plus 0,0287 d'air; mais cet air est plus riche en oxygène que celui de l'atmosphère, car il en contient jusqu’à 0,315; en général, l’air qui est en dissolution dans l’eau contient 32 pour 100 d'oxygène. Les réactions qui surviennent entre les gaz oxygénés et les matières hydrogénées et carbonées peuvent donner naissance à un dégagement d’acide carbonique, d'oxyde de carbone, d'hydrogène sulfuré. On connait le fait observé par Berthier, d’une pièce de fer retirée de la Seine et tapissée de cristaux de fer sulfuré. C’est que même dans les eaux de rivière, la désoxydation des sulfates s'opère sous l'influence des matières organiques qu'y épanchent les égouts d’une grande ville. Hippocrate attachait une grande importance à l’exposition des eaux : pour lui, celles dont la source regarde le levant sont les meilleures; les pires sont celles qui sont tournées au midi et celles qui regardent entre le lever et le coucher d'hiver; les vents du midi, ajoute-t-il, en augmentent les mauvaises qualités; les vents du nord les atténuent (1).

Au demeurant, les circonstances qui influent sur la salubrité des rivières sont la masse du liquide, la vitesse du courant, la qualité

(4) Œuvres d'Hippocrate, trad. de Littré, t. 11, p. 31.

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des terrains sur lesquels elles roulent, le degré d’agitation qu’elles reçoivent des accidents de leur.lit et du libre accès des vents, la disposition des rivages, les débris des végétaux qu'elles en détachent, les plantes qui éroissent sur leur fond, les déjections qui les souillent dans leur passage par les centres des populations, leur aérage, leur insolation (1). | | Lise de Sous le rapport climatologique, les cours d’eau, fleuves et rivières, agissent : 4° par leur température ; 2° par leur surface d’évaporation ; 3° par leurs inondations; 4° par les effluves qui s’en dégagent ; 5° par la direction qu'ils impriment aux vents accidentels ou de localité; 6° enfin, par leurs rapports avec la fertilité du sol et les genres de culture. La - On a défini les torrents des cours d'eaux à crues violentes et subites qui affouillent dans une partie de leur cours, qui déposent dans une autre partie, et qui divaguent par suite de ce dépôt (2). Surell admet trois genres de torrents : 1° ceux qui partent d’un col et coulent dans une véritable vallée ; ils ont un canal d'écoulement long et profondément encaissé et un vaste bassin de réception; 2° ceux qui, descendus d’un faîte suivant la ligne de la plus grande pente, ont un bassin de réception peu étendu, formé par une ondulation de la cime des montagnes et creusé sur les revers; 3° enfin, ceux qui, nés au-dessous d’un faîte et sur le flanc de la montagne, n’ont pour bassin de réception qu’une large fondrière creusée par quelques ravins. Nés de la fonte des neiges ou des pluies périodiques, ils roulent des eaux dont les qualités diffèrent suivant les lieux qu'ils ravinent et dégradent, descendus des montagnes, ils entraînent avec d'immenses laves de cailloux stériles, la terre végétale qui recouvre les pentes, surtout si leur impétuosité n’est pas amortie, brisée par les tiges des arbres et des arbustes qui servent encore à fixer le sol par l'entrecroisement de leurs divisions radicellaires. Le limon charrié par les torrents se dépose sur leur passage à travers les champs; ils sèment ainsi sur leur route des foyers de décomposition putride. Quand ils se versent dans les fleuves, ce limon va former à leurs embouchures des atterrissements successifs qui finissent par constituer des ilots, des barrages au milieu desquels les eaux sont retenues et se changent en véritables marais; même

(1) Dupasquier, Des eaux de source el des eaux de rivière comparées, etc, Paris, 1840, p. 65 et suiv.

(2) Recherches sur les causes géologiques de l’action des torrents (Comptes rendus dé l'Académie des sciences, t. XXIV, p. 100).

phénomène le long des rivages de la mer qui se laisse envahir, à ses bords, par le dépôt croissant des eaux bourbeuses que lui envoient des côtes en pente, naturellement arides ou dévastées par le déboisement: de là ces plages par alluvion, entrecoupées d’eaux croupissantes, qui forment une partie de notre littoral sur l'Océan et sur la Méditerranée, et dont la côte de Naples et de Gênes déroule aussi de funestes échantillons. Les ravages que font les torrents, l’affouillement de leur lit, le transport des matières qu’ils en arrachent, les débordements qu’ils occasionnent, sont toujours le produit de leur masse multipliée par leur vitesse combinée avec la friabilité du lit sur lequel ils coulent (Gras). Toutes les fois, dit le même ingénieur, qu'un torrent charrie beaucoup de débris, on trouve, en remontant à son origine, qu'ils proviennent de la dégradation d’un grand rocher escarpé dont la base tendre et friable n’est protégée ni par des amas de débris ni par la végétation. Et réciproquement, toutes les fois qu'un grand escarpement facilement destructible n'est pas recouvert par des débris ou par la végétation, il se forme des torrents à lit de déjection dont les ravages sont proportionnels à l'étendue du bassin de réception taillé dans les flancs de l’escarpement. Le déboisement, les défrichements et la dépaissance sont les causes de la formation des torrents (voy. So/); mais l'orientation des cimes et des bassins de réception influe sur le régime des eaux pluviales : de deux entonnoirs de montagne de même capacité, avec mêmes pentes et creusés dans le même terrain géologique, l’un, dont les parois sont opposées à la direction des vents pluvieux, arrêtera les nuées dont la condensation donnera lieu à des pluies diluviennes, à des crues soudaines et dangereuses ; l’autre, qui regarde la direction opposée, aura le bénéfice des pluies calmes, prolongées et réglées.

Les canaux marquent en quelque sorte la transition entre les eaux courantes et les eaux immobiles. Ce sont des cours d’eau artificiels, creusés par la main des hommes pour faciliter à des distances plus ou moins considérables les échanges du commerce et de l’industrie. Prolongés dans une direction à peu près horizontale, ils sont alimentés par l’eau d’une ou plusieurs rivières, laquelle ne tarde point à y perdre son impulsion initiale, et se rapproche, quoique incomplétement, de la condition des eaux stagnantes. De plus, tout canal reçoit les substances en suspension ou en solution dans les eaux qui y affluent : de là l’exhaussement graduel de son fond, de là des envasements et des atterrissements qui finissent par porter obstacle à la navigation; les crues des eaux, charriant une quantité considé-

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rable de terre, accélèrent ce résultat ; l'exploitation commerciale y contribue à son tour par le mouvement des bateaux qui apportent avec eux des matières propres à augmenter l’envasement, par le déchirage des trains, par le lavage des bois, par le déchargement des tourbes, houilles, charbons de terre, pierres, etc. À ces causes d’engorgement des canaux, il faut ajouter les déjections des mariniers pendant le trajet, et qui se composent des cendres provenant de la cuisine, du détritus des chargements appelés fonds de bateaux, etc. Chevallier (1) et H. Gaultier de Claubry (2) ont fait des recherches sur l’état et la nature des envasements du canal Saint- Martin et de ses différents bassins. Ce dernier a examiné en détail les substances extraites au moyen de la drague; elles se partagent en substances grossières formées de sable, gravier, charbon de terre, coquillages, fragments de bois, de pierres, etc.; en substances végétales et en matières divisées, noires, boueuses, exhalant une forte odeur, quelquefois celle de marécage et perdant de 8 à 38 pour 100 par calcination. Chevallier a trouvé en plusieurs endroits du canal une boue noire très fétide, communiquant à l’eau une couleur noirâtre et une odeur des plus infectes lorsqu'elle est mise en mouvement soit par le passage des bateaux, soit par l'agitation des orages et des pluies; ayant fait extraire une partie de cette matière, il y reconnut une odeur dominante d'hydrogène sulfuré. Il n'hésite point à considérer cet état du canal comme dangereux pour la santé publique, et il attribue l’impureté des eaux à l’amoncellement des boues qui recouvrent le fond, et qui, par leur fermentation, laissent échapper des gaz infects ; le savonnage du linge qui s’effectue sur le bord, à défaut de lavoirs publics, et la putréfaction des cadavres d'animaux qui sont jetés dans les eaux, concourent à les rendre délétères. Tous les canaux n'’offrent point ces causes d’insalubrité qui se produisent ordinairement sur leur trajet à travers les villes ; et le même canal, s’il se déroule sur une étendue de plusieurs lieues, peut en être exempt dans une grande partie de son parcours. En général, il faut considérer la nature de leur lit, la masse des eaux, le degré d’impulsion qui leur est communiqué, la proportion de leur renouvellement par le moyen des écluses. Une couche sableuse transforme le fond d’un canal en une sorte de lit de rivière ; il importe que, sous la couche de sable ou de gravier, le radier ait un revêtement assez compacte pour résister au choc des

(4) Annales d'hygiène el de médecine légale, t. VIT, p. 59. (2) Zbid., t, XXI, p, 295.

162 HYGIÈNE PRIVÉÉ. a) instruments de navigation ; le bétonnage employé pour Île canal Saint-Martin prévient les dégradations, qui seraient promptement suivies de l'infiltration des eaux. La stagnation des eaux favorise la décomposition des matières animales et végétales qui y sont immergées, et, par suite, le dégagement d’émanations qui exercent sur léconomie une influence morbide spécifique; mais s’il existe un courant assez rapide, les substances en question sont entraînées, ou les produits de leur altération putride, dispersés incessamment dans une grande masse de liquide, perdent de leur activité délétère : or l’eau se renouvelle dans les écluses, et l’on peut calculer l'opération de telle manière que la totalité de l’eau se trouve remplacée dans un nombre déterminé de jours. Enfin, la situation plus où moins élevée des canaux relativement aux lieux qu'ils traversent influe beaucoup sur la nature de leurs effets hydrologiques : creusés à mi-côte, ils dominent la partie la plus basse des vallées et n’ont avec elles aucune solidarité; mais si leur cours a été tracé dans la partie la plus déclive des terres, aux dépens du sol des prairies, il peut arriver que les eaux naturelles qui submergent celles-ci se trouvent de niveau avec les eaux du canal, circonstance qui se rencontre en beaucoup de localités; et quand le canal est mis à sec, les eaux qui couvrent le sol circonvoisin, n'étant plus retenues par la pression latérale des eaux du canal, affluent dans son lit et laissent à nu des champs vaseux, couverts de tous les éléments d’une fermentation putride qui n'attend que le rayon incitateur du soleil ; il survient alors ce que l’on observe en abaissant les eaux des étangs, en laissant évaporer des flaques d’eaux croupissantes : la production d’une cause spéciale de maladies se manifestant avec rapidité sous forme d’endémie.

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