DES CLIMATS
Le mot climat (xkipa, région, xuaË, degré) désignait autrefois et désigne encore dans le langage de quelques hygiénistes (1), une bande de terre comprise entre deux cercles parallèles à l'équateur. Les anciens géographes avaient partagé l’espace de l’équateur au pôle en trente climats, dits astronomiques ou mathématiques, dont vingt-quatre entre l'équateur et le cercle polaire, et six de ce cercle au pôle ; ils les avaient calculés d’après la longueur des jours comparée à celle des nuits, au solstice d’été : de là le nom de climats de demi-heure donné aux climats renfermés entre l’équateur et le cercle polaire, parce qu’au solstice d'été le jour se prolonge, pour chacun d'eux, d’une demi-heure de plus; et le nom de climats de mois, imposé aux climats situés entre le cercle polaire et le pôle, et dans chacun desquels le jour augmente d’un mois. Les géographes modernes partagent l'intervalle de l'équateur au pôle en 90 degrés, ce qui représente le quart de la circonférence du cercle. La division moderne, en multipliant les parallèles, augmente aussi, pour ceux qui l'ont appliquée à l'hygiène, le nombre des climats. Mais les influences dont l’ensemble caractérise un climat ne se distribuent point entre les diverses régions du globe avec autant de régularité, et ne se prêtent point à une classification mathématique. Les phénomènes météorologiques ni les conditions du sol ne sont identiques dans toutes les contrées placées sur le même parallèle ; en ne consultant que la latitude, on s’expose à embrasser dans un même système de climats des régions qui diffèrent complétement par leurs éléments et par l’action qu’elles exercent sur les êtres organisés. Or le mot climat emporte l’idée d’uniformité, ou au moins de similitude de conditions; dans son acception la plus naturelle, il désigne une étendue plus ou moins vaste du globe qui offre sur tous ses points les mêmes conditions d’existence à l’homme. Il s'ensuit qu'il est impossible de déterminer les climats par des lignes purement géographiques.
Humboldt a substitué, à la considération pour ainsi dire brute des parallèles, un tracé de lignes qui circonscrivent les contrées
(1) Traité d'hygiène, par Tourtelle, avec notes de Bricheteau, 1838, p. 188. — Guérard, Dictionnaire de médecine en 30 vol., 2° édit., t. VII, p. 117.
CIRCUMFUSA. — DES CLIMATS. 997 auxquelles est départie, par saisons et par année, une égale quantité de chaleur. Si la distribution du calorique solaire ne rencontrait aucune cause perturbatrice à la surface du globe, ni dans l’atmosphère qui l'enveloppe, les lignes d’égale température moyenne par année (isothermes), par été (isothères), et par hiver (isochimènes), se confondraient avec les latitudes géographiques, c’est-à-dire que de l'équateur aux pôles on observerait un décroissement régulier et graduel de la chaleur ; mais en raison d’un grand nombre de circonstances que nous avons mentionnées en parlant des eaux et du sol, les courbes isothermes subissent des inflexions plus ou moins considérables, et ne conservent leur parallélisme que dans la proximité de la zone torride. Pour déterminer leur direction, Humboldt a été conduit à analyser toutes les causes atmosphériques, géologiques, naturelles et accidentelles qui influent sur l’état thermique des lieux; ses recherches en ont suscité d’autres, et l’on connait aujourd’hui numériquement les véritables rapports de la répartition de la chaleur à la surface du globe, rapports exprimés sur la sphère par les inflexions des lignes isothermes ; par là des résultats d’un grand intérêt ont été mis au Jour. La marche des lignes isothermes à travers les deux continents montre que les climats de l’Europe jouissent d’une température moyenne plus forte que ceux de l’Asie centrale et de l'Amérique; que l'hémisphère boréal reçoit plus de chaleur que l'hémisphère austral : la différence se manifeste dès le vingtième parallèle, et va croissant jusqu'à proximité du cercle polaire; entre zéro et 60 degrés de latitude, elle n’est pas moindre de 9 degrés centigrades. Dans le même hémisphère, et sous la . même latitude, la chaleur annuelle diminue rapidement de l’ouest à l’est, dans l’intérieur des terres, tandis qu’elle suit une progression inverse de l’est à l’ouest vers les côtes. [l existe donc, entre les deux continents et dans le même hémisphère, entre les climats de l’est et ceux de l’ouest, une opposition qui résulte de l'influence contraire des masses continentales, et des masses liquides et diaphanes. Cette opposition se prononce encore davantage dans le partage de la chaleur entre les saisons : ainsi, à latitude égale, l'Amérique a des étés plus ardents, des hivers plus rigoureux, des saisons intermédiaires plus variables, que l'Asie et l’Europe; même contraste pour chaque continent, entre les régions de l’est et celles de l’ouest, Les lignes isochimènes, prolongées de l’est à l’ouest, en Europe et en Asie, peuvent traverser les pays dont la latitude diffère de 9 à 40 degrés de latitude, et plus; les lignes isothères rapprochent des contrées que séparent 11 degrés de latitude, etc.
Le système des isothermes conduit à distinguer sept espèces de climats :
4. Climat brûlant dans la zone torride, de 27°,5 à 25° de températ. moyenne.
2, — chaud dans la zone de...,.,, 25 à — — 3, — doux ui ré, à rer es à 1 4 19 Le Pre HE, — tempéré IA IA OOR ANIME à 10 — — 5, +, froid las 4h Mu er li) CRE — = CNRC ES IILOIU D USE Je een, 08 1160 — — 7. — glacé id............. au-dessous de zéro.
Chacun de ces climats, ou bandes isothermes, peut se subdiviser en climats constants, climats variables et climats excessifs. Les premiers offrent dans le cours de l’année peu de différence entre les maxima et les minima de chaleur et de froid ; ces différences se prononcent dans les climats variables, et deviennent excessives dans les climats de ce nom. Voici des exemples de cette gradation climatologique :
Température moyenne
Noms du mois du mois des localités. de l’année. le plus chaud. le plus froid, Différence.
0 [0] 0 0 Climat constant... Funchal... 20,3 24,2 47,2 7,0 Saint-Malo. 12,3 49,4 0,3 14,0 Climats variables. . [rar te MULUS 18,5 pa 16,3 Londres... 40,2 18,0 3,2 15,8 CH f { New-York. LR 2 #34 = a | 30,8 himats excessifs. | pélin, ….. 49,4 29,1 4,1 33,2
En signalant les causes qui peuvent modifier la forme des lignes isothermes, Humboldt (1) les distingue en deux séries :