I. — Causes qui tendent à abaisser la température
4° La proximité d’une côte occidentale dans la zone tempérée.
90 Les méditerranées et les golfes pénétrant profondément dans les terres.
3° L'orientation, c’est-à-dire la position d’une terre relativement à une mer libre de glaces, qui s’étend au delà du cercle polaire, ou par rapport à un continent d'une étendue considérable, situé sur le même méridien, à l’équateur ou du moins à l'intérieur de la zone tropicale.
h° La direction sud et ouest des vents régnants, s’il s’agit de la bordure occidentale d’un continent situé dans la zone tempérée; les chaînes de montagnes servant de rempart et d’abri contre les vents qui viennent de contrées plus froides.
(1) Cosmos, t.1, p. 380 et suiv..
CIRCUMFUSA. — DES CLIMATS. 559 5° La rareté des marécages, dont la surface reste couverte de glace au printemps, et jusqu'au commencement de l'été.
6 L'absence des forêts sur un sol sec et sablonneux ; la sérénité constante du ciel pendant les mois d'été; enfin le voisinage d’un courant pélagique, si ce courant apporte des eaux plus chaudes que celles de la mer ambiante. ù
Il. — Causes qui abaissent la température moyenne :
4° La hauteur, au-dessus du niveau de la mer, d’une région qui ne présente point de plateaux considérables.
2° Le voisinage d’une côte occidentale, pour les hautes et les moyennes latitudes.
3° La configuration compacte d’un continent dont les côtes sont dépourvues de golfes.
h° Une grande extension des terres vers le pôle, et jusqu’à la région des glaces éternelles, à moins qu'il n’y ait entre la terre et cette région une mer constamment libre pendant l'hiver.
5° Une position géographique telle que les régions tropicales de même longitude soient occupées par la mer ; en d’autres termes, l'absence de toute terre tropicale st sur le EH du pays dont il s'agit d'étudier le climat.
6° Une chaîne de montagnes qui, par sa forme ou sa direction, gênerait l'accès des vents chauds, ou bien encore le voisinage de pics isolés, à cause des courants d’air froid qui descendent le long de leurs versants.
7° Les forêts d’une grande étendue : elles empêchent les rayons solaires d'agir sur le sol ; leurs organes appendiculaires {les feuilles) provoquent l’évaporation d’une grande quantité d'eau, en vertu de leur activité organique, et augmentent la superficie capable de se refroidir par voie de rayonnement.
8° Les marécages nombreux qui forment, dans le nord, jusqu’au milieu de l'été, de véritables glacières au milieu des plaines.
9° Un ciel d’été nébuleux, parce qu'il intercepte une partie des rayons du soleil.
40° Un ciel d'hiver très pur, parce qu'un tel ciel favorise le rayonnement de la chaleur.
Il est évident que la climatologie acquiert une certaine précision en s'appuyant sur la connaissance des moyennes de température qu'offrent tous les lieux du globe annuellement, en été et en hiver; nous accordons encore que la variation des températures auxquelles l’homme est exposé dans les différentes parties du globe est la plus puissante des causes qui tendent à diversifier les climats ; mais
ceux-ci ne se résument pas entièrement dans la thermoscopie. Humboldt lui-même le reconnaît, car 1l entend par climat « toutes les modifications de l’atmosphère dont nos sens sont affectés d’une manière sensible, telles que la température, l'humidité, les variations de la pression barométrique, la tranquillité de l'air, ou les effets des hétéronymes, la charge ou la quantité de tension électrique, la pureté de l’air ou ses mélanges avec des émanations gazeuses plus ou moins insalubres ; enfin le degré de diaphanéité habituelle, cette sérénité du ciel si importante par l’influence qu’elle exerce non-seulement sur le rayonnement du sol, sur le développement des tissus organiques dans les végétaux et la maturation des fruits, mais aussi sur l’ensemble des impressions qui, dans les zones diverses, sont excitées dans l’âme par les sens. »
Remarquez que l’isothermnie, ou l'égalité de température moyenne estivale, hivernale et annuelle, ne confère point aux régions du globe l'aptitude à produire les mêmes végétaux, à faire vivre les mêmes espèces animales ; les températures extrêmes exercent sous ce rapport une influence décisive; quelques degrés thermométri- * ques de plus ou de moins font mürir les fruits ou gèlent les plantes. Remarquons, en outre, que l'application de la doctrine des lignes isothermes crée des systèmes de climats scientifiques non réels, car ils ne présentent pas une surface continue : des régions séparées par des distances énormes fout partie d’un même groupe isothermique; leur liaison, non fondée en géographie, ne résulte que d’une opération de l'esprit, qui a le privilége d'effacer les intervalles et de circuler d’un hémisphère à l’autre pour recueillir les matériaux de sa synthèse. Mais, en hygiène, les climats ne peuvent être envisagés idéalement, et l’unité de lieux ne peut être rempue: pour nous, les deux conditions essentielles du climat sont, d’une part, la continuité du sol; d'autre part, une influence approximativement la même sur ceux qui l'habitent; il représente à la pensée une agrégation de localités analogues quant aux modifications physiologiques et pathologiques qu'elles impriment à l’homme. La question des climats se résout donc dans celle des localités, comme le problème de la constitution individuelle se décompose en une série d’études qui ont pour objet le tempérament, l’idiosyncrasie, l’hérédité, etc. C'est pourquoi nous pensons, contrairement à Guérard (1), que l’exploration des localités doit précéder celle des climats, qui généralisent et superposent les éléments si variés des topographies.
(1) Annales d'hygiène, loc. cit.
ss
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Le climat étant aux localités ce que le genre est à l'espèce, il arrive nécessairement qu'il encadre dans sa circonscription des climats partiels qui diffèrent par leurs phénomènes : ainsi l'ile d'Otaiti, quoique située sous le tropique austral, jouit d’une température moyenne de 27 degrés centigrades. Dans les zones tempérées se trouvent des localités qui, par leur météorologie, se rapprochent, celles-ci des régions polaires, celles-là des contrées équatoriales ; mais un fait général justifie le partage de chaque hémisphère en de larges zones qui résultent del’agrégation des localités : c’est que les circonstances qui modifient les eflets de l'irradiation solaire, si nombreuses qu’elles soient, n’agissent en définitive que dans une mesure restreinte ; elles engendrent les dissemblances locales ; elles individualisent le sol dans de médiocres étendues ; elles altèrent l'égalité de la progression décroissante de l'influence solaire de l'équateur au pôle; mais de 10 en 10 degrés de latitude, on observe que les températures annuelles, hivernales et estivales s'élèvent en allant vers la ligne, et s’abaissent en rétrogradant vers les pôles. Il résulte de cette loi qu'en se plaçant au centre de vastes zones, et en négligeant les divergences qui naissent des localités, on voit les influences cosmiques et atmosphériques réaliser, sur de grandes échelles, un même type de végétation et d’animalité, les mêmes conditions de santé et de maladie pour l'homme: sous la ligne, près du pôle, elles atteignent leur maximum d'opposition ; à distance égale du pôle et de la ligne, elles se balancent, elles se neutralisent ; dans les intervalles qui séparent ces points culminants de l’action climatérique, mélange, croisement, lutte, progression ou décroissance de causes et d’effets. La distinction des climats chauds, froids et tempérés, est done un fait d'observation , mais soumis à la double restriction des nuances intermédiaires de chimat et des singularités topographiques.
La série des climats chauds, tempérés et froids, que l’on parcourt de l'équateur au pôle, se répète suivant la hauteur, qui agit comme la latitude sur l’état du sol et des eaux, sur les qualités de l'air, sur la végétation, etc. Au pied des montagnes, on trouve la flore qui correspond au climat de la région; à mesure qu’on s'élève, les végétaux de la plaine font place à ceux qui caractérisent des climats plus froids : ainsi s'élever dans latmosphère ou marcher vers le pôle, c’est traverser successivement des zones de plus en plus boréales qui ont une fixité remarquable pour les productions du sol. Ch. Martins a constaté que, même sur le versant méridional des Alpes, les rhododendrons, végétation intermédiaire entre
les sapins et les plantes alpines, ne se rencontrent ni au-dessous de 1517 mètres, ni au-dessus de 2139. Dans les Alpes et les Pyrénées, le châtaignier disparaît à 780 mètres, le noyer à 800, le hêtre à 1300, l’épicéa à 1800; sur la pente méridionale des Pyrénées, les sapins s’arrêtent à 2570 mètres. Ges limites vont s’abaissant vers les pôles : ainsi, tandis que le bouleau blanc cesse de croître sur le versant septentrional du Grimsel, à 1975 mètres (Martins), le bouleau nain ne se rencontre plus en Laponie à la hauteur de 585 mètres. Dans les Alpes, le maïs mürit encore entre 870 et 1100 mètres; sur le revers nord du Mont-Rose, l'orge n'existe plus à 1300 mètres; elle monte à 1950 sur le revers sud. L'Amérique méridionale a des moissons de froment et de maïs entre 1000 et 2000 mètres d’élévation ; de seigle et d'orge entre 2000 et 3000. En Norvége et en Laponie, les cultures expirent à quelques centaines de mètres au-dessus du niveau de la mer. Mais si les récoltes deviennent d’autant plus tardives qu'on s'élève plus haut dans les montagnes, la végétation spontanée ne se subordonne pas aux mêmes conditions d'altitude. Sur le sommet du Faulhorn, qui s'élève à 2683 mètres, par une température moyenne annuelle de — 2°,33 centigrades, sous un climat plus froid que celui du cap Nord (71° de latitude), en butte à tous les vents, croissent près de 200 espèces de plantes, dont 126 phanérogames qui fleurissent pendant l'été, un été de Spitzberg (Martins et Bravais).
Les hautes montagnes, telles que l'Himalaya, le Chimboraco, le Liban, présentent donc une série de climats différents, étagés les uns sur les autres. On a calculé le rapport thermométrique de la superposition des climats à leur projection horizontale. Il est admis généralement qu’une ascension de 100 mètres équivaut, pour l'effet thermométrique, au déplacement de 1 à 2 degrés vers les pôles. Sous la ligne, 1 degré de froid correspond à une élévation de 219 mètres. Bischof a calculé, d’après les observations de Boussingault, que dans les Andes équatoriales, un degré de refroidissement correspond à 195 mètres de hauteur (1). En Europe, le décroissement de la chaleur dans les montagnes est plus rapide le jour que la nuit, en été qu'en hiver; entre Genève et le Saint- Bernard, pour voir le thermomètre descendre d'un degré, il faut s'élever :
Mètres, ". Mètres, Au printemps, de. 179 En automne, de... 210 En Élbhuers o De MUR 184 En INNYer Ghiae 02
(1) Humboldt, 4sie centrale, &, IE, p. 223.
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Un grand nombre de causes accidentelles troublent le décroissement régulier du calorique suivant la hauteur : tels sont le rayonnement de plateaux échauffés, la nature et la couleur des roches, la présence et l'étendue des forêts, l'humidité ou la sécheresse du sol, la proximité des glaciers, la prédominance des vents plus ou moins froids et secs, l'accumulation des nuages, etc. En un mot, les causes accidentelles qui contribuent à modifier les climats en projection horizontale, agissent aussi sur les climats superposés, élèvent ou abaissent la limite des neiges. Celle-ei n’est pas la même sur le versant méridional que sur le versant septentrional de l’Himalaya. Par 44 ct 16 degrés de latitude sud, les neiges perpétuelles ne se rencontrent qu’à 400 mètres au-dessus du point qu’elles occupent sous l'équateur. Par 46 degrés de latitude, on aborde à 2000 mètres d’élévation le climat de la Laponie, et à 2500 mètres au-dessus de nos têtes passe la courbe des neiges éternelles, cerel polaire de la climatologie verticale.
Hauteur des principales montagnes du globe.