‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 74 sur 114 · ARTICLE VE · texte numérisé non relu

ARTICLE VE

L'habitation privée délimite une masse d’air atmosphérique dont l'homme peut, suivant l’intérêt de son bien-être ou de sa conservation, modifier la température, l’hygrométrie, la composition chimique et le mouvément ; il retranche de cette manière une partie du milieu général pour l’accommoder à ses besoins, en l’isolant plus où moins complétement des influences du dehors. Le plus souvent il constitue ce milieu particulier, en opposition avec les conditions générales du climat : dans les pays chauds, il se procure dans l'enceinte de ses pénates l'ombre, la fraicheur et le souffle d’une ventilation artificielle; dans les contrées du Nord, l'instinct et l’industrie lui enseignent les moyens de propager et d'entretenir dans l'étendue de sa demeure une chaleur favorable à la santé.

L’atmosphère domestique est à la famille ce que l'atmosphère d'une ville est à toute une population, ce que la lame d'air emprisonnée entre la surface Légumentaire et le vêtement est à l'individu : elle agit directement sur sa constitution. Que l'on réfléchisse que la séquestration nocturne de l’homme a une durée moyenne de huit heures sur vingt-quatre, qu'il passe sous le même toit le temps consacré aux repas et à différents travaux ou distractions sédentaires ; que, dans les conditions actuelles de son état social, la femme y est retenue pendant la plus grande partie de la journée; que la seconde enfance et l'adolescence, vouées aux labeurs de l’éducalion, subissent, durant de longues années, la réclusion des colléges, des écoles et des ateliers, et l’on comprendra combien ilest à la

(1) Elementa novæ geographiæ el statistices, in-8. Berolini, p. 107.

fois important et difficile d'obtenir des données exactes sur la question de l’air confiné, d'établir des règles certaines pour la construction et l'économie intérieure des habitations qui en sont les réservoirs. Celles qui sont collectives appartiennent à l'hygiène publique; l'habitation privée, la seule dont nous avons à nous occuper ici, a sur elles cet avantage que les conditions qu’elle doit remplir s’appliquent à un seul individu, au groupe d’une famille pour qui l'unité d’origine et d'organisation sollicite, en général, le même genre d’impressions et de soins hygiéniques.

Peut-être n’a-t-on pas assez réfléchi sur les conséquences de la solidarité vivante qu’établit entre les membres d’une famille la cohabitation sous le même toit, et parfois dans le même espace clos; en nous exprimant ainsi, nous avons en vue, non les effets connus de la viciation de l’air par l'encombrement, par le dégagement des gaz de combustion ou d'éclairage, etc., mais l'échange continu de toutes les influences dont se compose l'atmosphère propre de plusieurs individus issus du même sang, porteurs des mêmes prédispositions. Dans les climats rigoureux, et pendant l'hiver des zones tempérées, la vie de la famille se concentre dans un rayon très étroit; un grand nombre de professions nécessitent une relégation analogue : or donc, si plusieurs individus sont entachés d'une maladie acquise, ou d’une prédisposition héréditaire ; si, par une idiosyncrasie collective, ils ont une sécrétion, une exhalation qui s'éloignent du type ordinaire, ne s’établira-t-il point, entre les parents sains et ceux qui ne le sont point, un commerce miasmatique? N'y a-t-il d'infection que celle qui se révèle à grands traits par des maladies répandues sur des localités, sur des populations entières, et chaque maison, chaque refuge où la famille se forme, grandit et meurt, ne peut-il avoir, si l’on peut ainsi dire, ses endémies particulières? Les maladies annuelles qui visitent les familles, les maladies surtout qui prennent chez elles droit de domicile, se confondent-elles par leurs caractères et par leur marche? Sans doute elles relèvent du fonds organique commun à chacune d'elles, de leur régime, de leur aisance, de leur éducation, etc. ; mais l’atmosphère domestique, cet halitus vital, qui émane des corps organisés, joue un rôle dans leur production; suivant l'existence plus ou moins sédentaire et resserrée des familles, suivant la construction de leurs demeures, qui empêche ou favorise la stagnation d’une masse d'air, la cohabitation met en conflit les atmosphères personnelles de ceux qui y participent; l'équilibre résulte d’une saturation réciproque qui renforce certaines prédispositions morbides chez

ceux qui en sont atteints, et les développe chez ceux qui jusqu'alors en étaient exempts.

L'habitation privée varie dans les différents climats; le degré de civilisation, le genre de vie, les matériaux et l’industrie propres à chaque contrée, l'existence nomade ou stable des familles, n’ont pas moins contribué à la diversifier. Les Changallas, tribus nègres de l’Abyssinie, s'abritent dans des creux d’arbres et de rochers; plus d’un pâtre corse n’a connu, comme ces peuplades misérables, d’aatre retraite que les anfractuosilés profondes des rochers où il allume pendant la nuit des feux que le voyageur voit briller épars dans les montagnes. Les Puris, au Brésil, suspendent à des troncs d’arbres, au moyen delianes, leurs hamacs tressés avec l’écorce d'une espèce de cécropia, et protégés contre le vent par de larges feuilles de palmier (d'Orbigny). Dans l'Australie, Dumont d'Urville a vu des huttes en fragments d’écorce assemblés au sommet en forme de ruches, recouvertes de terre et d'herbes marines qui les préservent entièrement de l’eau. A la Terre de Feu, les cabanes sont grossièrement construites au moyen de pieux fixés dans le sol, et d’un revêtement de feuillage et de foin ; elles n’ont qu’une ouverture qui sert à la fois de porte et de cheminée. D’après d'Orbigny, les huttes des Patagons se rapprochent des baraques de nos foires ; percées d'ouvertures sur un seul côté, elles sont distancées de six à douze pieds. Les Kamtchadales pratiquent dans la terre des excavations, sortes de terriers dans lesquels ils se réfugient contre l’excessive froidure de leur climat. Les habitants des îles Tonga construisent de vastes hangars; à Vanikoro, Dumont d’Urville en à vu qui ressemblent à nos granges; ceux des Papous, bâtis sur pilotis, sont distribués en cellules dont chacune est occupée par un ménage; aux îles Hawaïi, les cases, munies de fenêtres, ont des dimensions fort considérables, parfois soixante pieds de haut sur quarante de large (Dumont d'Urville); à Pelew, Wilson a trouvé des constructions de pierre de trois pieds d’élévation,; aux îles Marshall, l'habitation présente déjà la division verticale en deux étages. Il n’est pas nécessaire de chercher au loin des exemples d'habitations imparfaites, mal conçues, mal réglées : PEgypte nous montre le pauvre Fellah couché dans des huttes de terre pétrie avec de la paille, ayant à peine cinq pieds de haut et percées d'une ouverture unique; une partie de la population de ce pays n'a aucune demeure ; il en est de même des lazzaroni de Naples ; celles des serfs de la Russie pourraient-elles leur inspirer quelque envie? Au sein même de notre France, que de villages dont les habitations semblent

être celles d’une peuplade sauvage (1). Si l’on est tenté d'appeler les grandes villes les tombeaux du genre humain, c’est en parcourant les quartiers où croupit l’indigence dans des maisons dépourvues d'air et de lumière, empoisonnées par le méphitisme des immondices, hideuses de délabrement et de vermine : nos cités les plus florissantes ont leurs cloaques, moins abordables que la tente de l’Arabe, plus immondes que la hutte enfumée du Polynésien. En général, l'habitation rudimentaire est la tente, cet abri de la famille nomade qui l'emporte dans ses pérégrinations et la déploie aux heures où l’homme cherche à se défendre des impressions de l'air ambiant. La cabane est la première expression du besoin de stabilité ; elle a commencé la série des édifications de plus en plus compliquées qui ont pour objet d'attacher l’homme à la terre, d’organiser sous une forme permanente et fixe la vie de la famille; elle a servi de noyau à la cristallisation sociale. Autour d'elle se sont groupées d’autres constructions ; les besoins de la défense, l’imagination, le désir instinctif de bien-être, l’art naissant, en ont transformé le type, et à mesure que la civilisation a multiplié les besoins et les goûts, à mesure que le sentiment de la dignité individuelle s’est développé, l'habitation s’est élargie, élancée, compliquée dans sa structure interne, de manière à concilier l'intérêt de la vie collective avec l’aisance particulière de chaque membre de l’association domestique.

$ #4. — Be la construction des habitations.

L'étude que nous avons faite précédemment de l'air, des eaux, du sol et des localités, nous dispense d’entrer ici dans aucun détail relativement au choix de l'emplacement pour une habitation. Quant aux matières à employer dans sa construction, elles doivent être solides et réfractaires à l'humidité; les premières assises des fondations exigent surtout ces deux conditions : elles doivent porter sur une surface incompressible ; si on ne la rencontre point à une profondéur convenable, on bâtit sur pilotis ou sur des couches de maçonnerie encaissées, faites avec un ciment qui se durcit sous la terre et à l’eau (ciment hydraulique) et qui forme une masse dure et non sujette à s’affaisser. Plusieurs quais de Paris reposent sur des fondations de ce genre. Les matériaux de construction les plus avan-

(1) Voyez Rapport de M. Michel Lévy sur les épidémies de 1850 (Mémoires de l’Académie de médecine, t. XVII, p. 43).

tageux seraient ceux que l'expérience aurait démontré être à la fois les plus solides et les plus légers, mauvais conducteurs du cealorique, nullement hygroscopiques, ni susceptibles de donner lieu à un dégagement de gaz délétères. Les substances propres aux travaux de maçonnerie abondent en France. Les plus dures, les granits de Cherbourg, de la Bretagne, de l'Auvergne, du Midi, etc., ne sont guère employées qu'aux bordures des trottoirs, aux piédestaux, aux bornes, aux dallages, aux soubassements, ete. Viennent ensuite les calcaires des terrains secondaires et des terrains tertiaires : les premiers, difficiles à tailler à cause de leur dureté, mais conservant la vivacité de leurs arêtes et bien appropriés à une destination monumentale ; les autres, moins durs, mais très solides néanmoins, très répandus et fournissant en abondance aux constructeurs les moellons et les pierres de taille, Parmi ces dernières, la meulière, par sa dureté et sa résistance, convient dars les endroits humides (égouts) ou exposés aux chocs (remparts). Le grès rouge qui existe dans les Vosges, et qui a servi à édifier la cathédrale de Strasbourg, est aussi une matière de bon choix; les autres grès ont l'inconvénient d'être ou trop tendres ou trop durs. Dans le midi de la France, on se sert de la craie, qui y offre une assez grande dureté. Certaines pierres, très dures en apparence, ne résistent pas aux gelées et se fendent en tous sens, comme il arrive souvent pour le calcaire dur si abondant dans la vallée de la Seine (pierres gélives). De bonnes pierres qu’on a le tort d'employer immédiatement après leur extraction deviennent gélives; un intervalle de quelques semaines est nécessaire entre leur extraction et leur mise en œuvre. Les matériaux les moins secs doivent être appliqués dans les parties de l'habitation où le soleil et l'air ont le plus d'accès. Les pierres de taille et les moellons ne diffèrent que par leurs dimensions et le soin avec lequel sont taillés leurs parements ou surfaces apparentes. IL ne suffit pas de les bien choisir, il faut les cimenter avec des mortiers de bonne qualité. La chaux et le sable qui composent ces mortiers seront choisis avec attention : la chaux doit être bien éteinte, et former, après cette opération, une pâte solide, homogène; elle ne sera mise en contact avec l’air qu’au moment de son mélange avec le sable, qui lui-même aura été purifié de toute matière étrangère : le sable de rivière convient mieux pour cette raison. Les joints des constructions de pierre de taille, ayant très peu d'épaisseur, exigent un ciment préparé -avec du sable très fin (sable 3, chaux 4). La chaux hydraulique peut seule être employée dans la construction des murs de quais, des piles et culées des ponts et de

toutes les parties exposées aux infiltrations de liquides. Kuhlmann a trouvé le moyen d'améliorer la nature de la pierre et de la préserver de l’humidité et du salpêtrage en l’arrosant et en l’imprégnant de silicate de potasse; par ce procédé, la pierre tendre devient d’un aussi bon usage que la pierre dure (4).

Le plâtre récemment solidifié renferme les deux tiers de son poids d'eau ; aussi est-il une cause d'humidité pour les murailles sur lesquelles il est appliqué par couches épaisses. À proximité du sol, il se hitrifie et retient beaucoup d’eau : il faut jei lui préférer la chaux et les divers ciments dont elle fait partie. Sous le nom de plâtre durci ou aluné, on prépare depuis quelque temps une nouvelle substance plastique qui a le poli du marbre, mais qui résiste mal aux Imtempéries de l’air. On fait du stuc à la chaux en mélant de la chaux éteinte qui provient des bonnes pierres de cette matière avec une certaine quantité de poudre de marbre blane. Le stuc de plâtre se fait avec le plâtre provenant d’excellentes pierres de cette matière qu'on à préalablement euites; au sortir du four, le plâtre est pulvérisé, tamisé, puis gàché avec de l’eau où l'on a fait dissoudre de la colle forte et quelquefois de l’ichthyocolle et de la gomme arabique. Ce stuc, susceptible d’un très beau poli et plus dur que le précédent, ne trouve comme lui son emploi que dans l'intérieur des maisons, car extérieurement il serait altéré par l'humidité et par les vicissitudes de lPatmosphère. Le béton de Coignet, composé de cailloutis, graviers, terre grasse et chaux, s'emploie comme le pisé au moyen d’encaissements; les murs et les voûtes ainsi construites sont aussi solides que s'ils Pétaient en moellons, et coûtent beaucoup moins cher. Un autre béton du même inventeur, composé de cailloux, de sable, de terre cuite pilée, de cendre de houille et de chaux hydraulique, a la dureté de la pierre de taille et coûte huit fois moins.

Les briques mal cuites se délitent; bien travaillées et sèches, elles sont d’un excellent emploi, ainsi que le témoignent les vestiges de murs romains où on les a fait entrer. Elles valent mieux

‘alors que les moellons recouverts d’une forte quantité de plâtre qui sont en usage dans les travaux de Paris, et qui gardent longtemps leur humidité. On à vu à l'Exposition industrielle de 4855 des briques creuses où tubulaires qui, grâce à leurs vides, sont mieux cuites, plus légères et en même temps plus solides que les briques

(4) La silicatisation d'une façade quelconque ne coûte que 1 fr. 50 centimes par mètre superficiel,

ordinaires ; elles ne sont pas plus dispendieuses. Depuis longtemps les constructeurs n’emploient plus pour les cheminées que les tuyaux de terre cuite inventés par un architecte, Gourlier. La terre elle-même, lorsqu'elle n’est ni trop grasse ni trop maigre, peutservir aux constructions ; la plus convenable à cet usage est la terre à briques. Le pisé (c’est le nom que l’on donne à ce mode «le construction) est très emplové dans le midi de la France; la terre est passée à travers une claie qui retient les parties de la grosseur d'une noix ; humectée ensuite avec de l’eau et malaxée jusqu’à ce qu’elle conserve la fornie imprimée par les mains, on la mélange et pétrit avec de la paille ou du foin pour la préserver des fissures. Préparé avec soin et recouvert d’un enduit, le pisé acquiert avec le temps une grande solidité ; il abrite contre lPhumidité et ne livre point passage aux insectes, avantages qui, pour les constructions rurales, le rendent préférable au bois. Les bois bien desséchés peuvent seuls servir utilement à la confection des charpentes ; préservés de l’humidité et disposés par piles, ils se conservent longtemps sans altération. Le procédé d'injection appliqué récemment par un médecin aux arbres sur pied, pour augmenter la compacité et la durée de leur bois, profitera aux constructions particulières comme à celles de la marine, si les expériences instituées par le gouvernement en confirment les avantages. B. Hutin et Boutigny ont proposé d'immerger les extrémités des pièces de bois dans un carbure d’hydrogène quelconque, l'huile de schiste par exemple, qui le pénètre avec rapidité, d'y mettre le feu, et au moment où la flamme s'éteint de plonger le bois à la hauteur de quelques centimètres dans un mélange de poix noire, de goudron et de gomme laque ; ce mélange est aspiré entre les fibres et forme à chaque extrémité du bois une sorte de cachet hermétique et relativement inaltérable ; on goudronne ensuite le bois dans toute son étendue par les procédés ordinaires (1). Boucherie infiltre les bois avec du sulfate de cuivre, et les préserve ainsi de la corruption: des traverses de diverses essences, bouleau, chêne, orme, préparées par ce procédé et enterrées pendant huit ans pour supporter les rails d’un chemin de fer, ont été trouvées en 1855 aussi saines que si elles n'avaient pas servi, tandis que d’autres traverses non préparées et enterrées dans le même endroit tombaient en pourriture (2). L'emploi des métaux

(1) Annales de chimie et de physique, 3° série, t. XXIIF, p. 381. (2) L'usage d’immerger les bois date de loin : les premiers procédés, d’ailleurs inefficaces ou nuisibles, sont ceux de Reed (1740), de Jackson (1768), de Pallas

dans la construction des maisons a pris une extension aussi considérable qu'avantageuse à leur salubrité et à leur durée; ils tendent à se substituer de plus en plus aux charpentes de bois. Les colonnettes de fonte supportant des poitrails de fer ou de bois remplacent les piles de pierre du rez-de-chaussée, augmentent l’espace disponible, et laissent pénétrer plus d'air et de lumière dans les boutiques ; les planchers de fer sont moins épais que ceux de bois: les persiennes et les fermetures de tôle sont plus légères, ne jouent pas, sont incombustibles, etc.

Nous n’indiquons pas les éléments spéciaux qui entrent dans la structure des habitations suivant les climats et les lieux : à l’fslandais sa masure de terre gazonnée et protégée par des murs épais; au naturel de l'Océanie sa cabane dont les parois se composent de nattes mobiles et à claires-voies, qu'il enlève pendant les dix mois de saison chaude; nous considérons ici l'habitation dans son type le plus général, et telle surtout qu’elle se présente dans les régions civilisées, abstraction faite des modifications qu’elle doit subir en raison des localités.

Quelle contenance aura la maison qui s'élève? Les vastes édifices qui existent dans les grandes villes, et qui contribuent à leur magnificence monumentale, ne peuvent recevoir un si grand nombre d'habitants que par la superposition d’étages nombreux et par une stricte parcimonie de l’espace : presque toujours les convenances de la salubrité sont alors sacrifiées à l'intérêt de l'exploitation : point de paliers, des escaliers étroitement encaissés, des appartements d’une capacité insuffisante, un échange de méphitisme entre les fractions diverses de la population entassée depuis le niveau du sol jusqu'aux combles, telles sont les habitations où la grandeur apparente des proportions contraste avec l’exiguité de la part faite à la santé, La maison est l’asile de la famille : elle ne doit héberger que ce groupe naturel d’existences liées entre elles par la communauté d’origine, d'instincts, d’aptitudes physiques et morales. Socrate voulait la maison petite et pleine d'amis; nous voulons que les besoins et les commodités de la famille soient la base naturelle de la détermination de ses dimensions et de sa distribution intérieure. On l'entend ainsi en Angleterre, notamment à Londres; en

(1779), de White (1798), etc. Voyez l'ouvrage de John Knowles, intitulé : Recherches sur les moyens employés dans la marine pour la conservation des bois et des vaisseaux. Paris, imprimerie royale, 1825, p. 20. — Traité d'hygiène navale, par Fonssagrives. Paris, 4856, livre }, chap. 1.

Hollande, en Belgique et dans quelques autres pays ; l'hygiène s’accorde ici avec le sentiment de la bienséance domestique et lindépendance de la vie privée. L'orientation variera nécessairement, suivant les climats, les localités et la destination de la totalité ou des différentes parties d’un bâtiment ; ceux qui doivent servir d’habitation d’été regarderont le nord; la même position convient aux celliers, aux greniers, aux bibliothèques ; les appartements d'hiver, les salles de bains, seront mieux placés au midi. Ce qui enlève à nos maisons le bénéfice des diverses expositions à volonté, c’est leur alignement au cordeau, sans solution de continuité : il faudrait que leurs quatre façades fussent en contact avec l'air libre, en même temps que des cours spacieuses leur assureraient la jouissance de deux aspects opposés du ciel ; de cette manière la ventilation s’effectuerait avec la plus grande facilité, et le ménage se conformerait à l'exigence des saisons en parcourant dans les divers corps de logis le cercle annuel des expositions. Les cours ne sont vraiment salubres que lorsqu'elles ont une largeur et une longueur égales à la hauteur des bâtiments qui les dominent ; un pavé à chaux et à ciment défendra leur sol contre l'humidité. Quand on ne peut leur accorder ces dimensions libérales, il est nécessaire d’abaisser un de leurs côtés au moins, et, s’il est possible, celui du midi, au niveau d'un simple rez-de-chaussée. À Paris, on ne fait des cours que pour administrer aux logements la lumière indispensable ; un grand nombre ne présentent pas en surface le dixième de celle des bâtiments environnants (1). Les allées, les avenues larges, les avantcours qui ménagent entre la rue et les habitations un espace libre, contribuent puissamment à leur salubrité, Les rues peuvent être considérées comme des canaux aériens dans lesquels se déverse le méphitisme humain par toutes les ouvertures des ha- Ditations qui les bordent des deux côtés; repousser sa demeure en arrière des lignes que décrivent les rues, c’est l’éloigner du courant miasmatique. Cet espace recevra une plantation d’arbres assez distancés pour ne pas nuire à la circulation de l'air, et pour ne pas devenir une cause d'humidité : ils intercepteront les effluves de la rue, ils procureront en été une douce fraicheur, et en récréant la vue, ils agiront favorablement sur le moral, La hauteur des maisons se règle sur la largeur des rues. Une loi de 1792, confirmative de la déclaration de 1783, l’a fixée à cinquante-quatre pieds dans

(1) Rapport sur la salubrité des habitations, par une commission composée de MM, A. Petit, A. Trébuchet et Rohault, rapporteur. Paris, 1832, in-8.

les rues de trente pieds de largeur, à quarante-cinq dans les rues moins larges. Cette proportion est mal calculée ; nous voyons à Paris un grand nombre de maisons dont les étages inférieurs ne sont jamais visités par les rayons solaires. L'humidité permanenté ‘ des cours et des rez-de-chaussée tient à la privation de l’intluence solaire. Il convient ou d'élargir les rues ou d’abaisser les maisons : l’élévation de celles-ci et le diamètre transversal .de celles-là doivent être égaux, si l’on veut que le soleil donne à midi sur les parties inférieures des édifices. Si la construction qui s'élève reste isolée sur ses quatre faces, on peut l’exhausser sans inconvénient. Dans les localités marécageuses, l'élévation des demeures permet d'éviter en partie le danger des émanations. En général, on leur donnera plus de hauteur dans les plaines que dans les pays de montagnes, au voisinage des eaux que sur un terrain sec, etc.

Le rez-de-chaussée, construit au-dessus du niveau des rues, sur des voûtes qui circonscrivent des caves bien aérées, communiquera par de larges ouvertures avec la voie publique et avec des cours étendues. Il est à désirer que l'emploi de la chaux hydraulique jusqu’au premier étage remplace celui du plâtre ; la différence du prix est minime (1). Point d’entre-sol ; ceux que nous voyons à Paris sont pour la plupart trop bas, débordés sur la rue par l'avance des balcons, des corniches, des entablements des fenêtres supérieures ; de là privation de lumière et d’air. Un escalier étroit les met en rapport avec les magasins, de sorte qu'ils sont placés entre les effluves des ruisseaux et des égouts de la rue, et une atmosphère altérée par l'odeur des marchandises, des denrées, etc. Le nombre -des étages une fois arrêté, distribuez par masses égales entre eux l'air que vous confinez entre les quatre murs fondamentaux ; sacrifier, comme on le fait, les étages supérieurs aux inférieurs, c’est infliger à leurs habitants des conditions très différentes de vie. La toiture ne reposera pas immédiatement sur les pièces d'habitation les plus élevées ; entre celles-ci et la couverture, un plafond doit limiter une couche d’air, comme font les caves entre le sol et le rezde-chaussée ; Les châssis vitrés, les fenêtres à tabatière ne préservent pas complétement des intempéries ; les pièces qui présentent cette disposition sont glaciales en hiver et torrides en été. La toiture sera construite avec des ardoises ou des tuiles. L'industrie fournit aujourd’hui des tuiles en losange et rectangulaires qui ne pèsent plus

(1) Voyez Rapports généraux du conseil de salubrité, etc. Paris, 1855, p.190.

6h HYGIÈNE PRIVÉE.

par mètre que 40 kilogrammes au lieu de 90, poids des anciennes tuiles, et des dalles d’ardoise assez épaisses pour ne plus se rompre en débris sous les pieds des poseurs. Le toit de chaume sied mieux en poésie que dans la vie réelle ; il est déplacé même sur les chaumières qu'il expose trop aux chances de l'incendie, quoiqu'il abrite contre les pluies et qu'il soit mauvais conducteur du calorique. La couverture de planches est la plus mauvaise ; les planches finissent toujours par se disjoindre et pourrir. On emploiera avec avantage les métaux peu oxydables à l’air, tels que le zine, le plomb. Ce dernier peut céder aux eaux pluviales une certaine quantité d'oxyde qui compromet l’approvisionnement des citernes (Berthollet, Deyeux, Vauquelin, Boutigny). La couverture de zinc, grâce à son faible poids, n’exige qu’une charpente légère, et se répare plus facilement que celle d’ardoise ou de tuile; mais les variations de température nuisent au zinc. Flachat a appliqué à la gare de l'Ouest, à Paris, une couverture de feuilles de tôle cannelées et courbées suivant un certain rayon ; arrêtées aux extrémités, c’est-à-dire sur les murs, elles rendent la charpente du toit inutile. La forme n’est pas sans importance. Les toitures très élevées et à pente très déclive, comme on en observe encore dans Îles vieilles villes, augmentent inutilement la hauteur des maisons, attirent l'électricité de Pair, accélèrent la chute des eaux pluviales jusqu’à rupturer les tuyaux de conduite. Les toitures en terrasse plate exposent les appartements sous-Jacents aux infiltrations d'eaux pluviales ; elles s’échauffent en été, et laissent s’accumuler en hiver les neiges qui devien nent une cause de froidure et d'humidité; notre climat repousse ce mode de couronnement des habitations qui vient d’être appliqué fort mal à propos à Metz à une caserne du génie (1846). Le dôme, d’origine orientale, doit à la convexité de sa surface de réfléchir les rayons solaires, sous quelque angle d'incidence qu'il en soit atteint ; aussi, dans les climats méridionaux, a-t-il l'avantage de préserver les combles d’un excès de chaleur. Nos maisons exigent une couverture d’inclinaison moyenne, peu élevée, faite d’une matière non poreuse, non hygrométrique, percée d'ouvertures pour la circulation de l'air, ne dépassant point les murs de façade afin de ne pas leur porter ombre; un paratonnerre les défendra contre les décharges électriques. Pour les règles de construction de cet appareil préservateur, nous renvoyons aux traités de physique.

Étant donnée une pièce d'habitation, il y a à considérer les murailles, le plancher, le plafond, les dimensions relatives à sa desti-

nation, les fenêtres et les portes, les escaliers qui y conduisent, etc. Que les murailles soient épaisses et sèches; quoi qu'on fasse, on obtient difficilement ce résultat : au niveau du sol, elles offrent une humidité constante due à la capillarité, et à leur extrémité supérieure elles se laissent imprégner par les eaux météoriques ; baïgnées par les brouillards, fouettées par la pluie, elles absorbent l'humidité de l'air ambiant. En déposant entre les assises de pierre, et de distance en distance, une lame de plomb, une couche de bitume ou de mastic hydrofuge, on s'opposera aux effets ascensionnels de la capillarité et aux effets déclives de l'infiltration pluviale. On complète ces mesures préservatives de l'humidité en donnant aux appartements des parois de menuiserie, séparées des murs par une couche d'air intermédiaireen ménageant dans la maçonnerie des espaces vides où l'air se renouvelle, en faisant serpenter dans l’épaisseur des murs des tuyaux calorifères, etc. Les boiseries, les armoires servent au même objet; mais ia masse d'air qu’elles circonscrivent ne tarde point à s’altérer, si elle n'est fréquemment rénovée. Même utilité des tentures, des papiers dont on a coutume de tapisser les parois des appartements; mais ils exigent, pour se conserver, l’interposition de lamelles métalliques ou d’une couche d’air libre; leur couleur influe sur l'éclairage des pièces, sur la sensibilité oculaire, sur les impressions morales. Là où la [lumière afflue, ménagez à l'œil des tons doux et moelleux ; corrigez par l'éclat du revêtement intérieur l’obscurité de certaines pièces ; les peintures contrastées, Les dessins embrouillés, les papillotages, agacent les veux disposés à l’iritis ; une vue faible est offensée par la prodigalité des teintes rouges, pourprées. Qui n’a éprouvé ce qu'un appartement sombre, rembruni par une ornementation semi-lugubre, jette de tristesse dans les pensées de ses hôtes! Les papiers de tenture ont l’inconvénient de s’infecter de punaises; une solution concentrée de h grammes de sublimé, associée à la colle qui sert au collage du papier, est un moyen de destruction que la prudence ne permet pas de vulgariser; le lavage des murs avec la décoction d’absinthe et beaucoup d’autres agents procurent le même résultat. — On a essayé de faire concourir la peinture des murs à l'assainissement des habitations; faite à l’huile, elle a l'avantage de s'opposer à l'imprégnation des murs par les matières organiques, d'assurer leur durée et de permettre les lavages. L'industrie de nos jours à proposé bien des enduits destinés à la faire adhérer; mais aucun n’a soutenu les éloges de son inventeur. Les peintures à l'huile se fendillent, se desquament, se détachent soulevées par les gout-

646 à HYGIÈNE PRIVÉE.

telettés d’eau. Nous ne blämons pas l’excès de précaution qui bannait de la composition des couleurs destinées aux murs, l'orpiment, le vermillon, le minium et le blanc de céruse (1). Il est nécessaire de laver de temps à autre les chambres d'habitation peintes à l'huile, pour les débarrasser de la couche de matières organiques qui s’y déposent et s’y accumulent à la longue. Quant au lavage des murs à la chaux, ce moyen est à peu près aussi efficace contre l'humidité que le lavage au chlorure de chaux contre l'infection miasmatique des salles d'hôpital : l’un et l’autre sont d’une routine illusoire.

Le meilleur plancher consiste dans un parquet fait de bois dur et ciré ; les planchers de bois mou se défoncent, s'imbibent de toutes les matières liquides qui coulent sur eux, retiennent longtemps Phumidité des lavages. Moins froids que le dallage, les briques et, la pierre, les parquets cirés, n’absorbent aucun liquide ni miasme; ils seront préservés de toute humidité au moyen d’une nappe d’air en circulation entre leur face inférieure et le sol ou la charpente; ce courant d'air sera alimenté par un appel à la cheminée, ou par l'opposition d'ouvertures pratiquées aux murs; les tambours du parquet doivent reposer sur des points d'appui isolés ; on s’abstiendra de sceller en plâtre sur le remblai. Le plafond est préférable même à la forme voûtée du plancher supérieur, forme d’une exécution assez difficile ; il présentera une surface unie, sans renfoncements ni saillies. Cette disposition qui caractérise d'anciennes constructions, et que remet à la mode le goût renaissant des seulptures sur bois, n’est bonne qu’à empêcher une aération complète et à retenir les miasmes qui adhèrent aux anfractuosités des plafonds à encoignures et à reliefs entrecroisés.

La capacité d’une chambre se proportionne au nombre d’individus qui l’habitent, et à la durée moyenne du séjour qu'ils y font pendant les vingt-quatre heures de la révolution diurne. La pièce destinée aux enfants exige d'excellentes dimensions, à cause de l'activité respiratoire de cet âge; celle où nous restons le plus longtemps sans y établir d’aération active, est la chambre à coucher. La stagnation nocturne de l'homme dans une atmosphère confinée mérite la plus grande attention : le sommeil cesse d’être une précieuse réparation de nos forces, s’il est pris dans un air vicié. Nous entrerons plus bas dans le détail de cette question;

(4) Piorry, Des habitations et de l'influence de leurs dispositions sur l’homme en santé et en maladie. Paris, 1838, p. 58.

CIRCUMFUSA.— DES HABITATIONS ET DE L'AIR CONFINÉ. 647 contentons-nous d’insister ici sur la nécessité de dispenser largement à la famille le bienfait d’un air pur, et sur les multiples circonstances d'installation, de vie commune, etc., qui contrarient l’'ample satisfaction de cette règle. Le nombre, le diamètre et la disposition des ouvertures y peuvent aider beaucoup; les portes et fenêtres sont les instruments de ventilation les plus naturels, les plus efficaces ; elles mettent le marais aérien de la maison en conflit avec l'air extérieur dont les courants s’élancent au contraire à travers les appartements, se rompent suivant leur configuration et rejettent au loin le détritus gazeux de la famille. Pratiquées à l’opposite les unes des autres, les fenêtres occuperont les deux tiers de la largeur totale des murs; plus elles auront de hauteur, plus elles facihieront la prompte rénovation de l'air ; elles devront atteindre la corniche du plafond, afin que la couche d’air supérieure et Les miasmes adhérents au plafond puissent être rapidement balayés ; si elles laissent entre leur bord inférieur et le plancher-un intervalle d’un mètre et demi, il faudra établir au niveau du parquet des ventouses munies d’opercules, et d'environ 15 à 20 centimètres carrés ; ces ouvertures lanceront des courants d’air pur dans la partie la plus basse de l'appartement ; leur utilité, constatée dans les hôpitaux, ne sera pas moins sentie dans les habitations privées ; mais il est désirable que les croisées ouvrent à 50 centimètres au plus au-dessus du plancher, Dans les chambres à coucher, les châssis des fenêtres devraient être divisés en deux parties dont la supérieure, plus petite et basculant par un cliquet, permettrait d’aérer de bonne heure sans inconvénient pour les personnes encore couchées. Si l’on ne peut établir deux rangs opposés de fenêtres, on aura soin de disposer la porteen face d’une croisée ou de la cheminée; elle fermera exactement pour prévenir les courants d'air partiels ou vents coulis. Les portes doubles où munies de tambours garantissent mieux contre le froid extérieur, mais elles sont un obstacle à la ventilation ; celles qui conduisent dans les cabinets de travail, dans les chambres à coucher, etc., doivent être percées de telle manière qu’elles ne lancent pas en s’ouvrant un courant d'air sur des personnes au lit où dans la station presque immobile d’un travail sédentaire. La condition première des escaliers est celle de toutes les autres parties de l’édifice privé, savoir : la largeur de l’espace et la facilité de l’aération. Dans les grandes villes, où le prix des loyers est très élevé, la cupidité des propriétaires réduit aux dimensions les plus exiguëés la cage des escaliers ; aussi sont-ils le plus souvent privés de lumière, humides, mal aérés. Dans les mai-

sons de peu de valeur, l'odeur des latrines s’y répand ; l'infection est inévitable quand des sources d’émanations fétides existent dans les parties inférieures, la cage de l'escalier faisant alors l'office d’un tuyau d'appel. Que l'escalier occupe donc un espace suffisant ; que ses diverses sections soient séparées par d’amples paliers qui augmentent la capacité atmosphérique de sa cage, et servent de haltes dans le labeur de l'ascension ; qu’il représente un plan modérément incliné, que ses marches soient larges et peu élevées ; plus il a de hauteur, moins il doit avoir de roideur et d’escarpement : l’action de monter gêne l’abaissement du diaphragme et détermine de l'anhélation chez la plupart des individus, même quand ils ne sont point faibles ni obèses, ni affectés d’une lésion pulmonaire ou cardiaque. C’est donc un soulagement pour tout le monde que d’adoucir la pente des montées ; celles qui se contournent en spirales autour d’un point central et dont la cage forme une tour, occasionnent le plus de fatigue, et chez beaucoup de personnes une sensation de vertige. Les escaliers intérieurs qui établissent une commu nication directe entre deux appartements situés l’un au-dessus de l’autre, ont pour effet de hâter dans l’un et l’autre la viciation de l'air, et de susciter alternativement, de haut en bas, ou de bas en haut, suivant la densité de l’air, un échange de méphitisme. Dans les maisons qui n’ont pas de cour, on arrive ordinairement aux escaliers par une allée : celle-ci ne remplace que très imparfaitement le moyen puissant de ventilation que fournit une cour spacieuse. Elle doit être dallée ou bituminée, car le pavage laisse des interstices qui favorisent l’infiltration des eaux ménagères ; celles-ci doivent avoir un écoulement facile, et les gargouilles, bien couvertes, auront des ouvertures opposées au Gehors du bâtiment, pour qu'il s'y établisse un courant d'air; au besoin, un tuyau d’évent, piqué sur la gargouille, monterait au-dessus des toits. Sans ces précautions, des exhalaisons malsaines se développent dans les allées qui se transforment, dans les maisons de mince aloi, en véritables cloaques par le dépôt des ordures, par la diffusion des eaux ménagères sur du pavé, ou des caniveaux mal joints ; ouvertes, elles servent d’urinoir public aux passants ; fermées, elles envoient dans les appartements un air infect. Le dallage remédiera au mal, surtout si la maison est fermée par une porte à claire-voie qui laisse accès à l'air extérieur. En général, les portes d'entrée sont une élément essentiel du système général de ventilation que toute maison réclame : leur ouverture doit offrir de grandes dimensions; les portes en grillage de fer conviennent mieux que les portes mas-

CIRCUMFUSA.—-DES HABITATIONS ET DE L'AIR CONFINÉ. 649 sives qui, par leur fermeture, interceptent la circulation aérienne entre la maison et la voie publique.

Sous la dénomination d'annexes, nous comprenons les cuisines, le système d'écoulement des eaux ménagères, les puisards, les latrines, les écuries, étables, etc. La construction des cuisines est, en général, négligée : mal situées, mal éclairées, mal ventilées, elles deviennent un foyer d’insalubrité par la vapeur de charbon qui s’en dégage, par l’odeur des débris alimentaires, etc. D’Arcet a donné pour leur établissement un ensemble de règles dont l’autorité ferait sagement d'imposer l'exécution aux propriétaires. Il faut éloigner les cuisines des appartements, surtout des chambres à coucher; leur proximité n’est pas seulement désagréable à cause des exhalaisons culinaires, mais elle a causé plus d’une asphyxie tant parmi les maîtres que parmi les cuisiniers. Elles seront spacieuses, très élevées, dallées, fréquemment nettoyées, ventilées au niveau du plafond et près du plancher ; les fourneaux seront placés sous une hotte communiquant à celle du foyer principal, et dont l'ouverture soit calculée pour produire un courant d’air qui entraine les émanations du charbon. On pourra laisser un certain espace entre le foyer et les fourneaux, mais à condition qu'ils soient clos, et que la vapeur du charbon soit appelée dans un tuyau répondant à la cheminée. Les pierres d’éviers sont souvent une cause d'infection : on y remédie en posant au-dessus de l’orifice une cloche à bords découpés, qui, plongeant dans une petite rainure remplie d’eau, ne s’oppose point au passage de ce liquide; de temps en temps on soulève cette cloche pour déterger le tuyau. Dans un grand nombre de maisons, notamment dans les hôtels des grandes villes, comme Paris, les cuisines sont reléguées dans les caves. Pour recevoir cette destination, il faut que les étages souterrains soient d’une grande étendue, très secs et abondamment aérés; encore la réunion de ces conditions ne suffit-elle point pour préserver ceux qui y travaillent de l’étiolement et de douleurs rhumatismales.

Dans les campagnes, les eaux ménagères qui ne contiennent plus assez de substance nutritive pour être données aux bestiaux, sont répandues hors des habitations, et vont alimenter des mares qui, réduites par l’évaporation, exercent parfois la même influence que les marais. Dans nos maisons, le système d'écoulement de ces eaux se compose d'éviers intérieurs, répondant à des cuvettes placées au dehors au niveau de chaque étage, et se continuant par des tuyaux qui descendent le long des murs de face dans la rue ou dans la

cour. Les tuyaux s’engorgent de matières infectes dont l’odeur pénètre dans les habitations; on évite cet inconvénient à l’aide de siphons ou de couvercles hermétiques, et, à leur défaut, on interrompt là communication directe du tuyau principal et de l’évier intérieur, en disposant à l'extérieur des cuvettes intermédiaires, qui permettent à l'air d'entrer dans lembranchement, sans parcourir toute la longueur du tuyau (Æapport cité). La cuiller, qu'on place sous le tuyau, doit être large, disposée de manière à prévenir la détérioration du pied du mur. De la cuiller les eaux se déversent sur le pavé ou dans des gargouilles de pierre ; quand celles-ci sont faites pour la traverse des bâtiments, les dalles qui les couvrent doivent être scellées à la pierre : sans cette précaution, ou avec des gargouilles qui ont une simple couverture de planches, l'intérieur des maisons est exposé à l’humidité, aux émanations malsames. Il y a avantage pour la salubrité et économie pour le propriétaire à conduire les eaux pluviales dans les conduits d'eaux ménagères, pour les laver. Leurs puisards sont destinés à recueillir et à débiter les eaux, quand leur écoulement ne peut avoir lieu sur la voie publique; sans aucun inconvénient lorsqu'ils ne reçoivent que les eaux pluviales, ils acquièrent un haut degré d’insalubrité par l'addition des eaux ménagères; celles-ci, en s’infiltrant dans le sol, vont corrompre l’eau des puits; elles laissent d’ailleurs sur les parois du puisard une vase qui en obstrue les pores; bientôt l'infiltration n'est plus possible ; les liquides s'accumulent, fermentent et donnent lieu à un dégagement d’effluves putrides. Supprimer les puisards et rejeter les eaux ménagères loin des habitations, est une règle importante d'hygiène domestique; s’il y à nécessité de les conserver, il faut en fermer l'ouverture au moyen d’un siphon dans lequel l’eau qui s'écoule sert elle-même d’obturateur ; cette mesure suffit si le liquide s’infiltre dans les terres ; dans le cas contraire, il ne reste d'autre remède que le curage périodique des puisards. L’ordonnance de police du: 20 juillet 1838 prescrit de construire les puisards en maçonnerie et de les fermer par une cuvette à siphon ; l'ouverture d'extraction, correspondante à une cheminée de 4 mètre 50 centimètres au plus de hauteur, doit avoir moins de 1 mètre en longueur sur 65 centimètres de largeur ; quand cette ouverture correspond à une cheminée excédant 1 mètre 50 centimètres de hauteur, les dimensions des puisards seront augmentées et l’ouverture égalera les deux tiers de la hauteur de la cheminée. Aucun puisard, aucun puits d'absorption ne peut être établi sans une autorisation spéciale. Les eaux des puisards ne peuvent pas être écoulées

dans les ruisseaux des rues; il est procédé à leur vidange comme à celle des fosses d’aisances.

La structure vicieuse des latrines est le fléau d’un grand nombre d'habitations privées. On connaît le danger de leurs émanations ; les accidents qu’elles produisent ont été désignés sous le nom de plomb ei de mitte. Celle-ci, due aux vapeurs ammoniacales, donne lieu à des picotements, à d’âcres cuissons aux yeux, à l’inflammation du globe oculaire et de ses annexes, à l’enchifrènement avec douleurs dans le fond et autour des orbites, à la photophobie, souvent suivie d’une cécité de plusieurs jours : la guérison survient par le bénéfice d’une abondante sécrétion de larmes et de mucus nasal limpide; d’où la distinction que font lés vidangeurs de la mitte en sèche et en humide ou grasse. Cette ophthalmie se répète sans porter atteinte à la vision ; la myopie, l’amaurose, l’ophthalmie chronique et persistante sont rares parmi les vidangeurs qui, avec le temps, finissent par accoutumer leurs yeux au contact des émanations ammoniacales. Les accidents du plomb sont de deux genres : dus à l’action d'une atmosphère presque entièrement privée d'oxygène, ils expriment les effets d’asphyxie produits par l'azote et par l'acide carbonique; car dans quelques fosses l'analyse chimique a démontré que l'air contenait 2 pour 100 d'oxygène, 94 d’azote et A d’acide carbonique; la gêne de la respiration et un affaiblissement progressif sont alors les symptômes que l’on observe et qui se dissipent par la simple exposition à l'air. Si Le plomb est déterminé par la présence de l'acide sulfhydrique que l'analyse chimique a constaté dans les fosses aussi bien que le sulfhydrate d’ammoniaque, les phénomènes sont ceux d’un véritable empoisonnement : douleur vive à l'estomac et aux articulations, resserrement du gosier ; céphalalgie, nausées, défaillances, cris involontaires et quelquelois modulés; délire, convulsions générales, rire sardonique ; refroïidissement du corps ; yeux clos, pupilles dilatées et fixes, face livide, lèvres violettes ; battements tumultueux du corps; pouls petit et accéléré ; écume blanche ou sanglante à la bouche, respiration courte et convulsive, etc. Ces terribles accidents peuvent ne se produire que plusieurs heures après la sortie des fosses; d’autres fois ils revêtent la forme délirante, et la mort est instantanée. Les premiers symptômes sont, chez quelques ouvriers, une loquacité insolite, des propos incohérents, une sorte de danse automatique ; ordinairement la maladie dure de quelques minutes à vingt-quatre heures, et généralement la connaissance revient aux malades avant le terme fatal. Outre ces diverses sortes d'effets, les médecins

militaires savent bien que la dysenterie des camps a souvent son origine dans l'infection des fosses mal entretenues ou rarement comblées qui reçoivent les déjections de masses d'hommes. Le méphitisme des latrines est plus fréquent pendant les chaleurs, dans les temps humides, dans les habitations collectives; il augmente par le séjour prolongé des matières, la forme carrée et la profondeur de la fosse, par le mauvais état de ses parois, par le mélange avec les urines, l’eau de vaisselle, de lessive, de savon, ete. L'extinction d’une lumière introduite dans la fosse indique la prédominance de l'azote et de l'acide carbonique; le sulfhydrate d’ammovniaque est flagrant; le gaz hydrosulfureux ne se dénote par aucun indice appréciable. Le plus sûr moyen de prévenir le méphitisme consiste dans une bonne construction des fosses et des Jatrines. L’ordonnance de police du 1° décembre 1853 en a fixé les conditions, ainsi que celles des vidanges. Les fosses placées sous le sol des caves doivent avoir une communication immédiate avec l'air extérieur ; les caves et autres locaux où se trouvent les ouvertures d'extraction des fosses, auront au moins 2 mètres de hauteur et assez d'espace pour recevoir quatre travailleurs et leurs ustensiles. Les murs, la voûte et le fond seront entièrement construits en pierres meulières maçonnées avec du mortier de chaux maigre et de sable de rivière bien lavé ; les parois de la fosse seront enduites de pareil mortier lissé à la truelle; on ne donnera pas moins de 30 à 35 centimètres d'épaisseur aux voûtes, et moins de 45 à 50 centimètres aux massifs et aux murs. Point de compartiments, de divisions dans les fosses, points de piliers, de chaîne ou d’arcs de pierres apparentes. Le fond sera en forme de cuvette concave; tous les angles intérieurs seront effacés par des arrondissements de 25 centimètres de rayon. Autant que possible, on construira les fosses sur un plan circulaire, elliptique ou rectangulaire. Point de fosses à angles rentrants, hors le seul cas où la surface de la fosse serait au moins de 4 mètres de chaque côté de l'angle, et alors il sera pratiqué, de l’un et de l’autre côté, une ouverture d'extraction. Quelle que soit leur capacité, les fosses ne peuvent avoir moins de 2 mètres de hauteur sous cief ; elles seront couvertes par une voûte en plein cintre, ou qui n’en différera que d’un tiers de rayon; l'ouverture d'extraction des matières sera placée au milieu de la voûte ; la cheminée de cette ouverture ne doit point excéder 1 mètre 50 centimètres de hauteur, et l'ouverture elle-même ne pourra avoir moins de 4 mètre de long sur 65 centimètres de large. Que si la cheminée a plus de 1 mètre 50 centimètres de hauteur, on calculera

les dimensions de l'ouverture pour que sa longueur ou sa largeur égale les 2/3 de la hauteur de la cheminée. Le tuyau de chute doit toujours être vertical, d’un diamètre minimum de 25 centimètres, s’il est de terre cuite, et de 20 centimètres, s’il est de fonte. Parallèlement au tuyau de chute doit régner un tuvau d’évent qui sera conduit jusqu’à la hauteur des souches de cheminées de la maison ou de celles des maisons contiguës, si elles sont plus élevées; ce tuyau d'évent aura un diamètre de 25 centimètres au moins. L'orifice inférieur des tuyaux de chute et d’évent ne pourra être descendu au-dessous des points les plus élevés de l’intrados de la voûte. Le mauvais état des tuyaux de chute est une des causes les plus ordinaires de l'infection des latrines; ils se font en poterie mal cuite dont les joints ne sont pas ajustés exactement; les plâtres qui les enveloppent s'imprègnent d’une humidité fétide qui s'étend aux murs d’adossement : ceux-ci se dégradent ; leur mortier, leur plâtre surtout se décomposent; les bois de charpente ou de cloison pourrissent. On substitue avantageusement à ces conduits de poterie des tuyaux de fonte dont les joints sont bouchés avec du mastic : cette précaution ne suffit pas pour empêcher les émanations, il faut encore isoler le tuyau dans un coffre de plâtre, libre dans toute la hauteur du bâtiment, ouvert en bas et au-dessus du toit seulement, de manière à laisser entre sa face interne et le tuyau une couche d'air dont le courant entraîne les exhalaisons.

Le système des fosses mobiles n’est pas une nouveauté : en 1788, Gourlier avait proposé un appareil pour la séparation des matières solides et liquides. Parent-Duchàtelet préconise ce système : «Il peut s'appliquer partout ; il facilite l’enlèvement des matières, et permet de le faire sans odeur et sans malpropreté; il préserve les ouvriers des dangers de l’asphyxie ; il empêche les dégradations de nos édifices et contribue à augmenter la masse disponible des engrais (1). » L’ordonnancede 1853 interdit le placement des appareils mobiles dans une fosse supprimée dans laquelle il reviendrait des eaux quelconques ; elle exige qu'ils soient établis sur un sol rendu imperméable à 1 mètre de profondeur au moins, au pourtour des appareils disposés en forme de cuvette. Les caveaux à fosses mobiles seront constamment pourvus d’une échelle qui permette d'y descendre sans danger; Îles trappes destinées à fermer l’ouverture de ces caveaux doivent être construites solidement, et garnies d’un anneau de fer, pour en faciliter la levée; on évitera que les eaax

(1) Annales d'hygiène publique, 1835, t. XIV, p. 321.

65h HYGIÈNE PRIVÉE.

pluviales et ménagères ne pénètrent dans les caveaux. Tout appareil plein sera enlevé et remplacé avant que les matières débordent; il sera formé un plan, luté et nettoyé avec soin avant d’être porté aux voitures. Défense de laisser dans les maisons d’autres appareils de fosses mobiles que ceux qui y sont en service, et de faire écouler les matières contenues dans des appareils à l’aide de cannelles ou de toute autre manière, Pour l'établissement des deux étages de tonneaux dont se composent les fosses mobiles, il faut préférer les rez-de-chaussée munis de tuyaux d’évent aux caves profondes dont les marches se dégradent par le passage fréquent des tonneaux, et où la surveillance est difficile ; il faut veiller à ce que les tuyaux ou cylindres qui font communiquer entre eux les deux rangées de tonneaux soient bien disposés, et à ce que les matières ne se déversent pas sur le sol, Quand ces précautions ne sont pas exactement observées, les fosses mobiles deviennent aussi une source d’infection : c’est ce que nous avons souvent constaté au Val-de-Grâce, où ce système est adopté depuis fort longtemps.

En Angleterre, on à renoncé aux fosses d’aisances : elles ont existé à Londres tant que les maisons sont restées sans Jonction avec les égouts; mais vers 1820, les compagnies d'eaux ayant commencé leur service, qui dès 1850 procurait aux ménages particuliers une quantité d’eau de 260 000 mètres cubes, l'usage des waterclosets se généralisa, les prescriptions qui fermaient les égouts tombèrent en désuétude, le drainage des maisons par la canalisation souterraine devint la règle et la fosse l’exception. Aujourd’hui un égout passe dans toutes les rues de Londres ; de chaque maison particulière sort un tuyau de grès qui y décharge les eaux de la cuisine, des cabinets de toilette, du water-closet et de la cour ; l'égout lui-même est de briques, à profil d'œuf et se déverse dans l'ancien affluent de la Tamise, converti en égout de 2, 3 et 4 mètres d'ouverture; [à l'écoulement ne s’effectuant qu'à basse mer, les eaux chargées d’immondices stationnent six heures: les grandes artères deviennent ainsi, dans le bas, de véritables réservoirs avec tous les inconvénients de dépôt, de méphitisme et d'inondation qu'un mode discontinu d'écoulement doit amener dès que surviennent des orages ou qu’on étend trop le bassin de l’égout (1). Aussi l’eau de la Tamise est-elle altérée par le mélange de tant de ma-

(1) Rapport sur le mode d'assainissement des villes en Angleterre et en Écosse, par Mille, ingénieur des ponts et chaussées, 20 juillet 4854 (Annales d'hygiène, 2° série, Paris, 1855, t. IV, p. 203).

tières organiques : sous les ponts, elle est jaune et sale comme un bourbier, tandis qu’en la remontant jusqu'aux prairies d'Hampton- Court, on la trouve vive et limpide. Sur les 46 000 maisons de la cité, 4000 à peine ne sont pas encore drainées. Des inspecteurs, qui, pour les travaux et la surveillance, relèvent d’un ingénieur, et qui rendent compte en même temps au médecin chef de l'hygiène, sont répartis en dix sections sur le territoire de Londres ; d’après leurs rapports, vérifiés sur place par ce fonctionnaire médical, injonction est faite aux propriétaires d'exécuter dans un délai fixe la jonction souterraine de leurs maisons avec l’égout public, de munir les water-closets de fermetures hermétiques et de la quantité d’eau nécessaire pour emporter les vidanges; de perdre par la même voie souterraine les eaux des cours, écuries, cuisines et toitures ; d'assurer aux habitants de la maison un approvisionnement suffisant de belle et bonne eau au moyen d’une citerne et d’un appareil convenable; enfin de faire vider et combler ensuite avec des remblais de bonne qualité les fosses actuellement existantes. Ainsi le système de latrines anglaises se lie à une circulation d’eau dans la maison par deux robinets au moins, l’un dans la cuisine et l’autre dans le water-closet; souvent il y en a un troisième dans le cabinet de toilette avec baignoire. Le drainage ou la perte des eaux qui ont été employées, est la conséquence forcée de cette installation. Toute habitation pourvue d’eau est une habitation drainée ; le courant d’eaux pures nécessite un écoulement d’eaux infectes; de là ce réseau d’égouts et de conduits, sorte de système artériel placé dans le sous-sol de Londres et dont les veines sont partout.

On à proposé pour Paris l’application du système qui consiste à faire circuler l’eau dans toute la hauteur des maisons et à perdre les vidanges aux égouts. La construction d’égouts latéraux à la Seine, et l'application des liquides d’égout à la culture par le jeu des machines, seraient deux conditions sans lesquelles on aurait à prévoir, et la détérioration des eaux de la Seine, et une immense perte d’engrais Si nécessaires à l’agriculture. Une pareille combinaison de moyens d'assainissement rencontrera bien des difficultés, provenant des terrains et des localités, sans compter celle d'obtenir un fonctionnement régulier par l’ensemble des chasses d’eau et des pentes d’égouts, etc. Quoi qu'il en soit, on ne peut s'empêcher de considérer comme un foyer d'infection toujours menaçant, le réceptacle des matières fécales placé sous le sol même de nos habitations. Les accumulations immondes tendent constamment à vaincre les obstacles qu’on oppose à l'expansion de leur atmosphère, Les

rejeter au loin, les perdre au fur et à mesure de leur formation semble une mesure aussi nécessaire que celle de l’inhumation des cadavres à une distance suffisante des habitations. Et quand on sait le nombre énorme de maisons empoisonnées par le méphitisme des fosses d’aisances, quand on peut s'assurer tous les jours dans Paris même que leur vidange, malgré le perfectionnemeut des méthodes de désinfection et la surveillance de la police, est restée une opération aussi dégoûtante pour les ouvriers que pour les habitants, on ne peut qu'applaudir aux efforts qui auront pour résultat tout à la fois de donner l’eau aux habitations et d'en expulser incessamment le détritus humain. C’est une belle formule que celle du Board of health : « L’assainissement est l'accord de trois fonctions : distribution des eaux pures, perte immédiate des eaux infectes, et arrosement des cultures. »

Sur l'avis du conseil de salubrité, le préfet de police a adopté, dans son ordonnance du 29 novembre 1854, le principe de l’écoulement direct et permanent dans les égouts des eaux vannes provenant des fosses d’aisances ; il suppose, dans Îles fosses fixes ou mobiles, la division des matières solides et liquides. Les appareils diviseurs s'adaptent aux anciennes fosses ; les nouvelles doivent comporter la séparation des matières. Les liquides, désinfectés rapidement et à peu de frais, pourront, à mesure de leur production, être évacués directement et d'une manière permanente dans les égouts, au moyen d’une conduite souterraine; à défaut de cette circulation continue, les matières liquides désinfectées, provenant des fosses à proximité des égouts, ne pourront être écoulées dans ces égouts, lors de la vidange, qu’au moyen d'une conduite souterraine dont les conditions seront réglées par l'administration ; là où cette conduite souterraine ne peut être établie, on permet l’écoulement des liquides infectés au moyen d’un tuyau aboutissant à la bouche de l'égout le plus voisin. Si l'éloignement de l’égout ou toute autre circonstance s'oppose à ce mode d’écoulement, les liquides seront déposés au dépotoir. On le voit, ces dispositions de police sanitaire sont un premier pas vers le système anglais ; les fosses avec séparation des liquides et des matières solides sont, en France, le dernier progrès réalisé dans la construction des latrines.

La disposition des cabinets d’aisances contribuera beaucoup à l'assainissement des fosses. Qu'ils soient isolés, éloignés de l’appartement, surtout des chambres à coucher, largement aérés ; que les siéges, de bois dur et cirés, soient garnis à leurs ouvertures de cuvettes à l'anglaise, fermées par une soupape à bascule et com-

muniquant avec un réservoir d’eau. Que le tuyau de chute qui met la cuvette en communication avec la fosse soit de fonte ou de tôle bituminée, et dans les conditions mentionnées plus haut. La ventilation des cabinets d’aisances a donné lieu à deux théories : d’après l'une, le siége seul doit être ventilé ; dans l’autre, le courant d'air, établi du siége au tuyau d’évent, passerait par la fosse. La première a prévalu par cette raison que le contact de l'air extérieur active la putréfaction des matières fécales, tandis qu’elle est ralentie par une atmosphère immobile de gaz azote mêlé de carbonate et de sulfhydrate d’ammoniaque.

Pour s'opposer à la diffusion des émanations des latrines dans l'intérieur des appartements, il faut, à l'exemple et d’après le précepte de Labarraque, étendre sous les portes une traînée de chlorure de chaux sec, épaisse de 2 centimètres, et tendre derrière les portes, sur des cordes, un linge épais trempé dans du chlorure liquide. Le prix élevé des chlorures ne permet guère leur emploi pour la désinfection des fosses et la préservation des vidangeurs qui y pénètrent; mais on doit exiger, suivant l'avis de Labarraque, qu'une bouteille de chlorure d'oxyde de sodium fasse partie de leurs équipages pour le secours des ouvriers asphyxiés, et que l’on fixe sous le nez et la bouche de -ceux qui travaillent à l'intérieur des fosses, des éponges imprégnées d’une solution du même produit. |

On à proposé divers procédés pour désinfecter les matières fécales à moindres frais, en leur conservant en même temps leurs propriétés utiles pour l’agriculture, avantage que n’ont point les chlorures; ils répondent tous à cette double indication : saturer les gaz fétides et utiliser l'ammoniaque.

4° Procédé de Salmon.— C’est le mélange des matières stercorales avec le charbon très divisé. Il a pour résultats leur désinfection instantanée et complète, et la formation d’un engrais solide, susceptible d’être transporté sans inconvénient et de servir immédiatement à l’agriculture; mais il répand une poussière noire dans les habitations, il salit les environs de la fosse, et ne sépare pas exactement les substances solides et les eaux vannes. Il est exploité avec succès dans la banlieue,

2 Procédé de d'Arcet, substituant Ia cendre de tourbe au noir animalisé.

3° Procédé de Schattenmann.— Il a pour base l'emploi du protosulfate de fer, qui, agissant sur un mélange d'acide sulfhyÿdrique, de carbonate, de sulfhydrate d’amrnoniaque, et de quelques élé-

ments organiques, fixe l’ammoniaque à l’état de sulfate et le soufre à celui de sulfure ferreux. Les nouveaux produits ne dégagent plus qu'une faible odeur de fèces et de résidus végétaux qui s’y trouvent contenus en petite proportion; transportables à de plus grandes distances que le fumier, et délayés dans l’eau sur le terrain, ils constituent un opulent engrais. |

L° Procédé de Siret.—On délaye dans 2 kilogrammes d’eau 1 kilogramme de poudre composée de charbon, de sulfate de zinc et de fer ; ce mélange est projeté sur les matières à désinfecter. Le sulfate de zinc ne vaut point le sulfate ferrique; les inconvénients du charbon ont été indiqués ; cette poudre est d'ailleurs plus dispendieuse que le moyen de Schattenmann.

5° Procédé de Kraff et Suquet.—\s appliquent le protoxyde de fer hydraté à la désinfection des matières en séjour dans les fosses d’aisances et à la fabrication de sels ammoniacaux et de la poudrette ; toutefois les produits solides ne sont désinfectés complétement qu'après leur arrivée à l'établissement, où on les réduit en tourteaux solides, compactes et inodores ; et c’est aussi là que sont traitées les eaux vannes par la chaux hydratée, qui en dégage l’'ammoniaque et précipite les matières animales tenues en suspension. Nous renvoyons, pour de plus amples détails sur ce procédé qui intéresse plus l'hygiène publique et l’industrie que la salubrité des habitations privées, à la description qu’en a donnée Guérard (1); il permet d'obtenir en quelques heures la dessiccation parfaite des matières fécales solides, et leur conversion en poudrette inodore,. infermentescible et d'un facile transport; tandis que la grossière méthode de Montfaucon, stratifiant les matières semifluides, développe une grande surface d’évaporation et de fermentation putrides, qui entraine, en sus de l’insalubrité sur une grande échelle, le déchet des neuf dixièmes des principes utiles de l’engrais.

6° Procédé de Domange (2) ou vidange atmosphérique. — Ce mode d'extraction a pour unique agent la pression de l’air extérieur : de puissantes pompes pneumatiques qu? fonctionnent dans les ateliers de l'établissement, servent à opérer le vide dans des récipients hermétiquement fermés; dès qu’ils sont mis en communication avec les fosses au moyen de tuyaux de plomb, les matières y montent et emplissent les récipients en moins de trois minutes. La désinfection des matières dans les fosses, avant la vidange, est

(1) Annales d'hygiène, 1844, t. XXXII, p. 326. ‘(2) Voyez Annales d'hygiène, 1846, t. XXXV, p, 77.

CIRCUMFUSA.—DES HABITATIONS ET DE L'AIR CONFINÉ. 659 aujourd'hui obligatoire ; les moyens ne manquent point; on a indiqué successivement, outre ceux déjà mentionnés : 1° parmi les substances solides, les chaux, le sable, les marnes, les cendres de houille, de bois et de mâchefer, la tourbe mêlée de sous-chlorure et de carbonate de chaux, le salpêtre, les plâtres et les plâtras, les Yieux mortiers, les terres calcinées, la sciure de bois, les poussiers de mottes et de diverses écorces d'arbres, le tannin, les résidus des diverses opérations chimiques, tels que les chlorures et les sulfates de soude, de fer et de magnésie, etc. ; 2° parmi les substances liquides, le lait de chaux, les lessives de cendres, diverses dissolutions salines, les hypochlorates alcalins, le chlore, les acides sulfureux , sulfurique, chlorhydriqué, acétique ou pyroligneux , les décoctions de plantes aromatiques, le goudron, les huiles de schiste et autres, ete. Le principe de la désinfection est l’absorption des gaz délétères, ce qui explique la multiplicité des agents employés : « en grand, toutefois, il est des difficultés qui ont retardé la mise en pratique des procédés réputés les plus économiques » (1). Le plus généralement usité dans les fosses mêmes, lorsqu'on doit couler sur la voie publique et qu'il y a lieu d’éviter la coloration noire du sulfate de fer, consiste dans l’emploi du sulfate de zinc parfumé avec l'essence de romarin; s’il s'agit des fosses mobiles, on a recours au sulfate de fer et à l'acide pyroligneux impur, à l’aide de 1 kilogramme de chaque par tonne mobile. |

Éloignez de vos demeures les écuries, les étables : elles répandent des émanations qui sont au moins désagréables par leur odeur. Ces constructions, qui entrent dans le système de beaucoup d’habitations privées, exigent d’ailleurs les mêmes conditions de salubrité : une capacité atmosphérique qui, pour le cheval, le mulet, le bœuf, etc., doit être beaucoup plus grande que celle qui est nécessaire à l’homme (2); des ouvertures suffisantes pour l'accès

(1) Rapports généraux des travaux du Conseil de salubrilé de Paris, de 1846 à 1828 inclusivement. Paris, 1855, p. 125. |

(2) En comparant les effets de la respiration humaine dans un lieu clos avec ceux de la respiration des chevaux dans des écuries fermées, on trouve qu'un cheval exhale environ trois fois plus d’acide carbonique que l’homme; ce nombre exprime, d'après Chevreul, le rapport des capacités pulmonüires, Leblane s’appuie sur des expériences pour porter à 18 ou 20 mètres cubes la ration d’air nécessaire par heure à un cheval dans une écurie close; elle peut être réduite, si l'écurie n’est point fermée. Les vétérinaires les plus distingués rattachent l’étiologie de la morve chez les chevaux à leur séjour dans des écuries trop

de la lumière et la ventilation ; des murs édifiés avec des matériaux secs ; un sol disposé pour l'écoulement des liquides et pavé de manière à s'opposer à leur infiltration, etc.; des ruisseaux à pente, des lavages réguliers, contribueront à l'assainissement de ces lieux. En cas d’épizootie, il faut s’empresser de faire parquer les bestiaux. Les masses de matière animale et végétale qu'on laisse s’accumuler près des écuries, sous forme de fumiers, couvrent le sol d’excréments et l’imprègnent d'urine; leur fermentation putride donne lieu à des émanations dont la nocuité a été contestée; mais il est remarquable: que de nombreuses relations d’épidémies adressées tous les ans à l’Académie de médecine s'accordent à attribuer à la présence des fumiers l'influence la plus fâcheuse. Il sera certainement d’une bonne administration de défendre le séjour des fumiers au delà de deux jours à proximité des habitations. Les chenils, les poulaillers, les pigeonniers, les trous où l’on élève des lapins, ne sauraient être tolérés dans une demeure urbaine; ces réceptacles, dont le bon entretien exige des soins minutieux, et qui finissent toujours par répandre des exhalaisons malsaines, ne peuvent être établis que dans les habitations qui se développent sur une grande étendue de terrain.

$ 2. — fe l'influence des habitations,

Au point de vue de l'hygiène, l'influence que l'habitation privée exerce sur l’homme et sur la famille n’est autre que celle de l’atmosphère qu’elle circonserit : or, l'air confiné agit par son humidité, par son volume, par ses altérations, par se température, par le mode et le degré de son renouvellement.

Page 1