‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 76 sur 114 · IL. — Cubage atmosphérique · texte numérisé non relu

IL. — Cubage atmosphérique

La masse d'air est en raison directe des proportions de lhabitation et de ses différents compartiments ; elle est diminuée par le. mobilier et par tous les objets qui, disposés dans l'intériear des logements, en rétrécissent l’espace : dans l'évaluation de leur capacité, il faut donc tenir compte de tout ce qui constitue l'ameublement, comme aussi des saillies et reliefs des murs et des plafonds; n'oublions pas de soustraire de la capacité des locaux le volume moyen des'personnes qui les habitent. Lassaigne (4) a déterminé directement le volume apparent du corps d’un homme de taille: et grosseur moyennes par le déplacement de l'éau dans une baignoire ; il a trouvé — 64lit.,24c ou 0®.c.,6464. Pour assigner à une

(1). Annales d'hygiène, 1846, & XXXVI, p. 300.

maison, à un logement, à une chambre, des dimensions conformes à l'hygiène, il importe de déterminer le volume d’air nécessaire, dans un temps donné, à la consommation de l’homme : or, cette: recherche exige au préalable la connaissance des altérations que l'air peut éprouver. Toute atmosphère circonscrite contient un certain nombre de principes dont l'analyse chimique constate l'existence et les proportions: ce sont l’azote, l'oxygène, l'acide carbonique, la vapeur d’eau ; on y trouve encore des principes variables, les uns définis par leur constitution chimique, tels que l’oxyde de carbone, l'hydrogène carboné, l'hydrogène sulfuré, l'acide nitrique, l’ammoniaque; les autres, d’une nature inappréciable, ou jusqu’aujourd'hui mal appréciés et compris sous la dénomination d’effluves, de miasmes. Dans leurs expériences sur la respiration, Regnault et Reiset ont constaté que les animaux à sang chaud ne dégagent par la perspiration que des quantités infiniment petites et presque indéterminables d’ammoniaque et de gaz sulfurés; mais, d'autre part, Smith (/oc. cit.), en faisant passer de l'air à travers l'eau, y a découvert une certaine quantité de matière organique dégagée des poumons, et en poursuivant cette expérience pendant trois mois, il a constaté de lacide sulfurique, du chlore, et une substance qui ressemblait à de l’albumine impure. Ces substances se condensent constamment sur les corpsfroids, et dans une atmosphère chaude la matière albumineuse se putréfie promptement en dégageant des émanations désagréables. Toutelois les principes. miasmatiques de l'air, définis ou non, existent en proportion si minime, qu'il est impossible de les doser, tandis que l'analyse chimique accuse un dix-millième d’acide carbonique; encore moins a-t-on réussi à préciser leurs variations, et la médecine est réduite à présumer leur genre d’action d’après des faits dont l’étiologie est complète. Restent donc l’oxygène, l'azote, l'acide carbonique et la vapeur d’eau. Eliminons l'azote et l'oxygène : avant de recevoir une perturbation notable dans leurs proportions relatives, ils se trouveraient mélangés d’une dose considérable d’acide carbonique et de vapeur d’eau dont les influences couvrent et masquent certainement celle qu’on peut attribuer au changement dans les proportions d’azote et d'oxygène (1). Ainsi les miasmes et les substances

(1) Les animaux à respiration faible et capables de supporter une suspension assez prolongée de cette fonction, continuent d’absorber de l’oxygène, tant qu’il en reste des traces dans le milieu où ils sont plongés, et même après l'entière con: sommation de ce principe, ils exhalent encore de l'acide carbonique. Les limaces,

chimiques accidentelles échappent par l'exiguïté de leur proportion; l'azote et l'oxygène ne sont, dans la pratique, que d’un intérêt secondaire; toute l'attention se trouve ainsi concentrée sur les variations de l’acide carbonique et de la vapeur aqueuse. Ici nous arrivons à des expériences précises dont nous avons déjà mentionné les résultats (pages 125 et suivantes). D'après celles de Dumas, un homme transforme en acide carbonique, par l'acte de la respiration et dans l’espace d’une heure, tout l'oxygène contenu dans 90 litres d'air, et le volume d'air expiré, qui est de 333 litres, renferme à peu près 0,04 d'acide carbonique : en raison de ce nombre, il faudrait à peu près un tiers de mètre cube d’air par individu et par heure, pour que le même air ne passât qu'une seule fois par les poumons {1). Mais quoiqu’on soit porté à attribuer à l'acide carbonique une influence prépondérante, on ne saurait le prendre pour le seul régulateur de la pureté ou des viciations de l'atmosphère; car si, d’une part, on connaît assez exactement la quantité d’acide carbonique qu'un homme peut verser dans l’espace pendant un temps déterminé, on n'a pas fixé encore la proportion de ce gaz qui a réellement pour effet de vicier l’air et de le rendre impropre à la respiration. Les expériences faites sur les animaux sont peu nombreuses, n’ont jamais duré au delà de quelques heures, et n’ont en réalité marqué que des limites extrêmes. Que conclure de ce qu’un animal donne des signes visibles de souffrance dans une atmosphère qui contient 10 centièmes d'acide carbonique (2)?

les colimaçons (Vauquelin), dépouillent de tout son oxygène l'air où on les enferme ; les batraciens vivent dans un air très pauvre en oxygène (Humboldt) et Provençal); la torpille enlève à l'air dissous dans l’eau tout son oxygène (Matteuci). Mais les oiseaux et les mammifères périssent dans une atmosphère qui ne contient plus que 10 à 41 pour 100 d'oxygène : une souris s’asphyxie en cinq ou six minutes dans l'air composé d'environ 10 d'oxygène et 90 d'azote (Snow) ; il faut moins d’une heure pour faire mourir un moineau dans de l'air # 15 pour 100 d'oxygène et d’ailleurs exempt d'acide carbonique. L’air expiré par l’homme a perdu 4 ou 5 centièmes d'oxygène et s’est chargé de 3 à 4 centièmes d'acide carbonique ; aspiré derechef, il ne cède que peu d'oxygène au poumon, et respiré jusqu'à suffocation, il ne se dépouille que de la moitié de son oxygène, Déjà Lavoisier avait constaté que l’air devient irrespirable quand il a perdu 10 pour 100 en oxygène. (Voyez Milne Edwards, Leçons sur la physiologie et l'anatomie comparée. Paris, 1857, t. II, p. 636.)

(1) Péclet, Trailé de la chaleur considérée dans ses applications, 2° édition. Paris, 1843, t. Il, p. 375.

(2) Mémoire de Leblanc, Annales de chimie et de physique, 2° série, 1842, t,V.

Quant aux expériences tentées par Leblanc pour vérifier le rapport intéressant de la proportion d'acide carbonique avec l'impression produite, leur petit nombre, leur brièveté, ou les lacunes qu’elles présentent, ne leur laissent qu’une valeur incomplète ; dans une seule, sur laquelle nous reviendrons plus bas, et portant sur l'air d’une salle d'école primaire (rue Neuve-Coquenard), bien close de une heure à cinq heures, Leblanc trouve 87 dix-millièmes d'acide carbonique, environ 4 centième, et il ajoute ensuite : « L'at- » mosphère était lourde, l’instituteur se plaignait de la chaleur, »et attendait avec impatience le moment de pouvoir ouvrir les » fenêtres, » la température intérieure n'étant pourtant que de 18 degrés centigrades. Mais parce qu’un centième d'acide carbonique amène la sensation vague indiquée par Leblanc, et qu'un autre instituteur n'aurait peut-être pas éprouvée, faut-il arrêter à 1 centième la proportion d'acide carbonique qui peut être accumulée dans l'atmosphère ? Néanmoins, si Leblanc s’est trop pressé de fixer le chiffre-limite de l'acide carbonique, la méthode qu’il a suivie est bonne, et donnera des résultats par des applications plus larges, plus suivies, et dans lesquelles on aura soin d'établir minutieusement le rapport entre les quantités progressives de l'acide carbonique et les sensations des individus soumis à son action. Qu'un certain nombre d'individus soient enfermés dans un local dont l’air, pris à des intervalles rapprochés, sera livré à l’analyse, en même temps qu'on aura tenu note de leurs impressions fidèlement consultées, on arrivera à établir de la sorte à quelle dose l’acide carbonique devient sensible à l’économie, à quelle dose il produit une sensation pénible, une gêne de respiration, etc. Puis, donnant accès à l’air par les moyens ordinaires de ventilation (portes et fenêtres), et suivant pas à pas le ralentissement qu'il apporte à l’accumulation de l'acide carbonique, ainsi que le soulagement qu'il procure aux personnes, on posséderait ainsi deux séries inverses de résultats qui conduiraient à la solution du problème. En attendant que l'on détermine par cette voie de recherches l'influence réelle de l'acide carbonique (1), la vapeur aqueuse que

(1) On a noté des symptômes de malaise dès que la viciation de l’air se traduit par 6 ou 7 millièmes d'acide carbonique, Or, remarque avec raison Milne Edwards (loc. cit.), la viciation est portée plus loin dans les écuries où les paysans s’entassent pendant l'hiver avec leurs bestiaux : dans les Alpes, la population, pour se soustraire au froid, séjourne dans un air réduit souvent à 18 pour 100

d'oxygène, et contenant un centième d’ammoniaque avec une très notable pro-

l'homme émet par la transpiration pulmonaire et cutanée peut-elle fournir des indices sur l’insalubrité de l'air ? Péclet s’est occupé de ce point et a rendu de véritables services à l'hygiène. Les vapeurs qui se dégagent de la surface humaïne se mêlent à l’air et s’y dissolvent, elles sont accompagnées de matières animales qui ne tardent point à communiquer à l’air une mauvaise odeur; et ces matières sont sans contredit la cause la plus puissante d’insalubrité (1); car, dans beaucoup de cas où l’air des pièces contenant un grand nombre d'individus affecte péniblement la respiration, l’analyse chimique ne trouve pas dans sa composition un accroissement d’acide carbonique qui puisse expliquer la différence d'effet produit par cet air et par l’air libre; c'est là ce qui résulte avec une parfaite évidence des travaux mêmes de Leblanc. De ce fait important Péclet conclut qu’il est plus convenable de prendre, pour la ration d’air à fournir par individu et par heure, le volume d’air nécessaire pour dissoudre les produits de l'exhalation pulmonaire et cutanée. Tel est aussi notre avis. Ces matières n’ont probablement pas la force de diffusion des vapeurs-et des gaz; elles flottent quelque temps dans l’atmosphère avec la vapeur d’eau et se dissolvent dans l’eau condensée (2); elles sont analogues aux

portion d'acide sulfhydrique. Eu maintenant dans une atmosphère une proportion de 30 à 40 pour 100 d'oxygène, Regnault et Reiset ont fait vivre sans gêne des lapins et des chiens dans un milieu chargé de 17 et même de 23 pour 100 d'acide carbonique. (Recherches sur la respiration, p. 104.)

(1) Regnault et Reiïset (Annales de chimie, 1849), sans nier l'existence des miasmes, croient que l’on en a exagéré les effets : ils font valoir l’innocuité des expériences qu’ils ont faites sur des animaux maintenus pendant plusieurs jours dans leur appareil ; ils arguent de la bonne santé des moutons enfermés pendant l'hiver dans les bergeries puantes et bien closes. Mais ils oublient les effets d’une réclusion analogue sur des hommes entassés, effets bien connus et souvent répétés; ils oublient les conséquences certaines de l'encombrement dans les casernes et les hôpitaux, etc. La question des miasmes a sa solution dans l'expérience séculaire de la médecine, non dans l’analyse chimique. Au reste, Thenard et Dupuytren, en agitant de l’eau distillée dans uu amphithéâtre de dissection, ont obtenu une eau qui abandonne des flocons de matière animalé et finit par se putréfier. Moscati, en suspendant des globes de verre remplis de glace dans l'air des salles des bôpitaux, y recueillit par condensation une eau souillée par une matière organique qui la rendait putrescible (Bulletin de pharmacie, t. Il, p. 60). Nous avons mentionné les expériences de Smith, et Baudrimont a obtenu des résultats analogues (voyez Traité de chimie générale et expérimentale, 1844, t. 1, p. 544.)

(2) Grabam, cité par Tholozan, Gazelle médicale, 3° série, t. X, p. 01.

exhalaisons morbides que Graham se représente plutôt sous la forme de particules pulvérulentes que sous celle de miasmes. La plupart des corps volatils sont promptement décomposés par oxydation dans l'atmosphère ; les substances miasmatiques de composition complexe, et par conséquent peu stable, doivent s’y résoudre promptement en eau, en acide carbonique, en acide nitrique et en ammopiaque. La quantité totale de vapeur d’eau produite par un homme dans vingt-quatre heures varie de 800 à 1000 grammes (voyez page 379); la moyenne est donc de 38 grammes par heure; dans un air à 15 degrés et déjà à moitié saturé de vapeur d’eau, ce qui correspond aux circonstances les plus ordinaires, le volume d'air exigé pour dissoudre le poids des vapeurs produites serait de 2,38 : 13,028 — 5,84. Par conséquent, le volume d’air à fournir par individu et par heure égale environ 6 mètres cubes. Ce nombre paraît suffisant pour assainir Les lieux habités, et pour prévenir les: effets produits par la respiration et par la transpiration; il a été vérifié par plusieurs expérieuces bien faites. Ainsi dans l’école primaire dont il a été question, on a adopté un système spécial de chauffage et de ventilation au moyen duquel on peut mesurer facilement le volume d’air qui s'écoule de la salle pendant un temps. donné : or, Péclet a constamment observé qu'avec une ventilation de 6 mètres cubes par élève et par heure, l’air intérieur ne contractait jamais d’odeur, et produisait exactement sur les organes la même sensation que l'air du dehors. Ces expériences ont eu lieu: sous la direction «de Péclet sans aucune idée théorique préconçue ; les assistants étaient eux-mêmes, dans l’enceinte ventilée, pris pour. juges du manque ou de l'excès d’air sous l'influence de dosages variables. Il est à remarquer que l'air expulsé par les cheminées d'appel, notamment à la chambre des députés par les jours d’assemblée nombreuse, répand une odeur extrêmement désagréable, quoique les cheminées soient très propres et l'air des salles sans aucune odeur. Ce phénomène, Péclet l'explique : 1° en supposant que l'odeur de l’air est augmentée par son mouvement qui renouvelle incessamment les molécules en contact avec nos organes; 2° en admettant que les matières animales en dissolution ou en suspension clans l'air éprouvent, par leur contact prolongé, une fermentation qui en change la nature...

On a objecté à la méthode de Péclet que proportionner le volume d’air à la quantité de vapeur à dissoudre, c’est établir une règle permanente sur une donnée variable et secondaire, ou prescrire la ventilation la plus active aux lieux et aux époques de plus,

grande humidité (1). Deux faits d'expérience banale fourniraient une base plus sûre à la détermination du cube d’air nécessaire à l’homme dans l'habitation privée et publique : 4° l'air est d’autant plus vivifiant qu’il est plus pur, plus sec, plus froid et plus dense, de telle sorte que la densité de son élément respirable (oxygène) offre la mesure de sa respirabilité ; 2° l’air expiré est impropre à servir une seconde fois à l’hématose : d'où il suit que le volume de la ventilation doit être proportionné au volume de la respiration du sujet, non à la quantité d'acide carbonique ou de vapeur aqueuse qu’il exhale. Reste à déterminer dans quelle limite l’air expiré peut être mêlé à l’air normal sans compromettre la santé. Si l’on désigne par le titre de l’air la proportion ou le volume de l'oxygène qu’il renferme, au titre de l'air expiré par un individu correspond pour lui le zéro de respirabilité : au-dessous, celle-ci est négative; audessus, elle est proportionnelle au titre de l’air ambiant diminué du titre de l’airexpiré. Ceci posé, rappelons que, suivant Bourgery, le volume d’une inspiration ordinaire aux âges de 7, 45, 30 et 80 ans, suit la progression géométrique : : 1 : 2 : 9 : 8, et que, la fréquence des inspirations diminuant à peu près de moitié dans le cours de la vie, la série des nombres 15, 24, 40, 60 exprime le volume d’air nécessaire, dans un temps donné, à l’enfant, à l’adolescent, au vieillard. En joignant à ces données la notion du poids de carbone brûlé par les mêmes sujets dans l'état de santé et de repos (Andral et Gavarret), et les résultats plus récents de Regnault et Reiset, qui ont démontré que l'oxygène absorbé est à l'acide carbonique exhalé comme 4 est à 3, Papillon a construit le tableau suivant :

Titre et acidilé de l’air expiré.

Enfants. Adolescents, Adultes, Vieillards,

Litres d’air inspirés par heure .. 187,5 300 500 750 Grammes de carbone brülés...., 4,5 9 12 9 Litres d’acide exbalés à 27°..., 9 18 24 18

Litres d'oxygène absorbés à 27°, 12

Proportions d'oxygène ‘bsorbées. 0,06 0,0 Acidité de l'air expiré .....,... 0,048 0,060 0,048 0,024 Jitre de l’AIT2ÉXDITÉ. . ss... 0. 0,14 0,1

Si l’on considère que les poumons opèrent habituellement sur de l'air mitigé par la chaleur humide qu'il contracte en son parcours et par son mélange avec le résidu des inspirations précédentes ; si

(1) Papillon, De la venti'alion appliquée à l'hygiène militaire (Annales d’hygiène, Paris, 1849, t. XLI).

l’on compare ensuite le volume de l'inspiration ordinaire à la capacité aérienne des poumons, on obtient les rapports approximatifs du volume de la respiration d’un sujet avec celui de la ventilation qu'il exige; c'est d’après ces bases que Papillon (1) a établi les calculs suivants :

Titre et acidité de l'air respiré.

Enfants Adolescents. Adultes, Vieillards,

Fraction d'air renouvelée. ........ 1:6 455% 1:4 4:53

Hitre du:-résidu.. ………,.. PE AT 0,144 0,128 0,144 0,174 Titre de l’air respiré, la respi-({ 1.... 0,1547 0,1440 0,1600 0,1844# rabilité du milieu étant.. 7/8 0,1533 0,1420 0,1580 0,18353 hoidté du résidus. 4. ete 0: 0,0480 0,0600 0,048 0,024 Acidité de l'air respiré, celle ( 0,000 0,0400 0,0480 0,0340 0,0160 HU MUICU ÉLARE., . .…. .. . : 0,006 0,0#10 0,0492 0,0375 0,0180

On voit qu’il y a une grande différence entre l'air inspiré et l'air respiré; la présence de 5 millièmes d’acide carbonique dans lPatmosphère, limite dangereuse à franchir d’après Leblanc, paraît ici sans conséquence, si ce n’est peut-être dans la vieillesse très avancée. Quant à l’oxygène, une faible différence en moins aurait de la portée; mais l’organisation possède deux moyens d'y pourvoir, deux modes de graduation respiratoire suivant ses besoins actuels et l’état présent de l'air : 4° Si l'amplitude des inspirations est bornée ou si le besoin d’air augmente par l’activité d’une autre fonction, la respiration s'accélère ; 2° qu’il y ait insuffisance des organes respiratoires ou du fluide respirable, la respiration devient plus profonde, de manière à compenser l’infériorité de titre de l'air par l'augmentation de son volume : ainsi s’expliquerait l’ampleur thoracique des montagnards qui vivent dans un air raréfié, Leblanc à vu les grenouilles se gonfler dans une atmosphère asphyxiable, comme Regnault et Reiset ont vu des animaux plongés dans un milieu contenant 0,60 d'oxygène restreindre leur respiration. Ainsi le titre de l'air respiré ne change pas, alors que celui de l’air inspiré varie, pourvu que le volume de l'inspiration augmente ou diminue en raison inverse de la respirabilité du milieu. D'où il suit qu’un individu qui vit dans une atmosphère confinée, après en avoir consommé le huitième, fournit encore à ses poumons identiquement le même aliment qu’au début, à la seule condition de porter le volume de ses inspirations de :

7,42 à.8,42, de 7,35 à 8,35, de 7,28 à 8,28, de 7,23 à 8,21.

(4) Annales d'hygiène. Paris, 1849, €, XLI, p, 375,

Eflort imperceptible, même pour le vieillard, en comparaison de la puissance respiratoire que l’homme tient en réserve dans ses moments de calme.

Au demeurant, Papillon réclame pour un individu isolé une provision d'air égale à huit fois sa consommation. Si plusieurs individus d’âges différents respirent en commun, le régime de la ration individuelle n’est plus applicable, la respirabilité de l'air ne devant descendre au-dessous de la limite des 7/8*% pour aucun des membres de la réunion; il propose le tarif Suivant pour assurer tous les besoins dans la même mesure et les ménager dans la mêlée des âges :

49 Enfants.

Seul ou en compagnie, Sans vieillards.... 1,500 En compagnie de vieillards......,...... 3,000

29 Adolescents.

Seul ou en compagnie d'adolescents .... 2,500 En compagnie d'adultes ou d’enfants.... 3,000 En compagne de-vieillärds: ,,.:.,% 4.4: 6,000

3° Adultes, Seul ou en eompagnie, sans vieillards.... 4,000 En compagnie de vieillards....... ds tt (06000 4° Vieillards.

Seul ou en compagnie................ 6,000

À quelques fixations que l’on s'arrête, il ne faut pas se borner à renouveler, dans les appartements clos, la masse d’air libre oscillante, résultat assez facile à obtenir, mais qui ne remédie pas au plus grand maléfice de l'air confiné; il faut s'appliquer spécialement à renouveler la couche d’air adhérente aux murs, aux meubles aux vêtements et aux effets de couchage, ainsi qu'à nettoyer toutes les surfaces de contact atmosphérique.

Quelque méthode que l’on choisisse pour déterminer la capacité des habitations privées, on voit que celle-ci se proportionne aux moyens de ventilation naturelle ou artificielle; il y aura à calculer le nombre des habitants, la durée de leur résidence journalière, les dimensions de l’appartement et la quantité du renouvellement de son atmosphère, de telle sorte qu’à chaque individu soit dispensé par heure un cube d’air de 6 mètres. Les chambres à coucher, qui n’admettent point de ventilation efficace, doivent être cubées d’après la durée moyenne du séjour au lit : celle-ci est, en général, de sept à huit heures ; elles exigent donc une capacité de 40 à 45 mètres

Ce

cubes pour chaque individu. Leblanc demande 50 mètres cubes par individu pour la nuit dans un dortoir, dans toute enceinte fermée et dépourvue d'appareils de ventilation ou de cheminées. Ces fixations s’éloignent beaucoup de celles qui ont prévalu officiellement : 16 mètres cubes par nuit et par homme dans nos casernes, 18 dans celles de l’armée prussienne, 20 dans un rapport du conseil de salubrité de Paris (1), 14 dans celui de la commission militaire d’aération dont F. Leblanc a fait partie. Il est vrai que les auteurs de -cés fixations ont compté sur la ventilation accidentelle par l'ouverture des portes et fenêtres, par les joints, etc. Mais cette aération peut manquer ou devenir nuisible, et ses effets ne vont pas jusqu’à réduire l’altération à la moitié de ce qu'elle serait dans une capacité hermétiquement fermée, toutes choses égales d’ailleurs. L'expérience des médecins militaires parle ici plus haut que toutes les théories : d’une part, ceux d’entre eux quiont, comme moi, pratiqué dans les régiments et ont été appelés à toutes les heures de la nuit dans les chambrées, n’oublient point la fétidité nocturne de leur atmosphère; d'autre part, la permanence des affections typhoïdes et de toutes les maladies infectieuses dans toutes les garnisons, sans exception de climat, n'accuse-t-elle pas l'insuffisance du cube d’air nocturne alloué aux soldats? Nous ne nions pas l'intervention d’autres causes; mais celle que nous signalons prédomine : les inspections que nous faisons depuis onze ans ne nous laissent à cet égard aucun doute. Quelles que soient les dimensions des chambres où l’on couche, il faut s’'empresser de les aérer le matin, et elles resteront ouvertes le jour ; pendant la nuit, elles ne doivent contenir rien qui puisse contribuer à l’altération de l'air, et nous répéterons ici le laconique conseil de Londe (2) : « Point de lampe, point de feu, point d’animaux, point de fleurs. » Ce sont là, en eflet, et pour les chambres à coucher, et pour les autres pièces de l'habitation, des causes ordipaires de viciation de l'air. Un mot sur la nature et Létendue de leur action.

IL — Animaux et plantes dans l'habitation.

Les animaux agissent sur l'air, comme l’homme, par lexhalation de l'acide carbénique et par le produit vaporeux de la transpiration pulmonaire et cutanée; leur présence est donc de trop dans l’inté-

(4) Rapports généraux des travaux du Conseil de salubrité. Paris, 1855, p. 1 (2) Nouveaux éléments d'hygiène. Paris, 1847, t. Il, p. 413.

rieur des maisons, surtout pendant la saison froide où l'on aère peu, et pendant la nuit où l'on n’aère nullement; ce sont au moins d’inutiles consommateurs de l'air qui suffit à peine à nos besoins, s'ils n’y versent encore des exhalaisons nuisibles. Il en est de même des végétaux pendant la nuit ou s'ils sont placés à l'ombre; ils servent alors de filtre à l’acide carbonique qui se répand dans Fair; au soleil ils absorbent l'acide carbonique, et sur tous les points de leurs parties vertes apparaissent des bulles déliées d'oxygène, tandis que le carbone est fixé dans leurs tissus. D’après les experiences de Boussingault, certaines plantes en pleine végétation empruntent à l'air une grande quantité d’azote ; enfin, la germination de graines, le développement des bourgeons, la fécondation des fleurs, s’accompagnent de la production de beaucoup de chaleur, d’acide carbonique et d’eau (1). Les fleurs respirent en dégageant de l’acide carbonique. Y a-t-il un danger bien réel à conserver dans un appartement clos, en l'absence du soleil, des plantes à parties vertes? En plein jour, aux rayons du soleil, contribuentelles à la pureté de l'air, en y versant de l'oxygène? Cette influence, toujours compensée dans l'air libre par d’autres variations, nous paraît fort restreinte dans l'air confiné. En effet, Leblanc s’est assuré par l'analyse que l’air recueilli le soir dans une serre parfaitement close, de près de 300 mètres cubes de capacité, possède, au bout de douze heures de clôture au moins, exactement la même composition que l'air libre, eu égard aux proportions relatives d’oxygène et d'azote; mais sous l'influence de la végétation, l'acide carbonique avait complétement disparu; l'air recueilli le lendemain malin a présenté, à très peu de chose près, la même composition : il contenait 4 dix-millième d'acide carbonique, et accusait un affaiblissement minime de l'oxygène. Les fleurs agissent plus puissamment par les particules odorantes qu'elles émettent, et qui produisent, suivant les individus, des effets si remarquables. On a certainement rapporté à l’ (deu des fleurs des accidents qui étaient dus à l’exhalation d’acide carbonique ; mais un grand nombre ont été occasionnés par l'impression olfactive qui a retenti sur les centres nerveux. L'odorat présente, en effet, une voie aussi courte que directe pour influencer l’encéphale. La présence de fleurs odoriférantes dans les appartements à produit des céphalalgies, des vertiges, des syncopes, des convulsions, des vomissements, un état de somnolence, et l’on dit que les personnes qui arrachent la bétoine

| (1) Dumas, Essai de stalique chimique, p. 32.

pendant l'été deviennent ivres et chancelantes ; qu’une dame ne pouvait sentir l'odeur d’une décoction de graine de lin sans éprouver à la face ane tuméfaction vive suivie de syncope (Orfila)\; que l'olfaction de la jusquiame, du stramonium, du pavot, du noyer, cause un sommeil lourd avec céphalalgie ; que les émanations du rhus toxicodendron et celles de l’upas tieuté déterminent, à peu de distance de l'arbre, des accidents épileptiformes, etc. Ces faits, et beaucoup d’autres, soit qu’ils résultent de l'impression olfactive ou du contact des molécules végétales avec la surface tégumentaire, soit qu'ils accusent l’idiosyncrasie des individus ou les effets réels des émanations, portent à bannir les fleurs de l'atmosphère des habitations, mais ils exigent une vérification nouvelle.

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