‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 77 sur 114 · IV. — Éclairage · texte numérisé non relu

IV. — Éclairage

. L'éclairage, qui supplée dans les habitations à l'absence de la lumière naturelle, change la proportion des principes constituants de l'air, y ajoute des produits plus ou moins nuisibles et élève la température du milieu; c’est pourquoi il en est question ici. Sa puissance. de viciation atmosphérique est énorme: il suffit de brüler un kilogramme d'acide stéarique dans une capacité de 50 mètres cubes pour y élever la proportion d'acide carbonique à 4 pour 400 en volume, c’est-à-dire à peu près au même degré d’altération que l'air expiré par nos poumons.

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Les corps employés à l'éclairage sont solides, liquides ou gazeux : les premiers sont la chandelle et la bougie. Les chandelles de six à la livre perdent 41 grammes de leur matière par une combustion d'une heure, et consomment dans le même espace de temps un tiers de l'oxygène de 0,322 d'air; la combustion de 1 gramme de suif élève 1003.,35 d’eau de 0° à 100° c. Une chandelle de six à la livre, brülant durant une heure, porte de 0° à 4100° €. la température de 3,560 d’air. La flamme de la chandelle, en forme de cône allongé, a 4 à 6 centimètres de hauteur sur 40 à 42 millimètres de largeur. L’intensité de sa fumière est de 10,66, celle de la lampe Carcel de 29 millimètres de diamètre étant de 100; elle va diminuant à mesure que la mèche s’allonge et que la combustion

67h HYGIÈNE PRIVÉE.

se ralentit; d’où la nécessité de couper sans cesse la mèche sous peine de perdre les trois quarts de l'éclairage. La flamme des chandelles est sans cesse agitée en sens vertical et en sens horizontal, par les variations dans le courant des matières volatilisées et par la succession des couches d’air échauffées au contact de la mèche en ignition. La combustion incomplète des chandelles produit de l'hydrogène carboné, de l’'oxyde de carbone, de l'acide carbonique, des acides stéarique, margarique, oléique et sébacique, de l’oléone, de la stéarone et de la margarone, de l’acide acétique, de l’eau, une huile volatile légèrement odorante, de l'huile empyreumatique et du charbon. Les gaz hydrogénés et carbonés, portés par la respiration dans les divisions bronchiques, peuvent y être absorbés et modifier l’oxygénation du sang; les autres gaz, en raison de leurs qualités âcres, irritent les surfaces muqueuses avec lesquelles ils sont mis en contact; enfin le charbon se mélange avec les mucosités dont elles sont tapissées, et donne lieu à des crachats noirs que l’on expectore si fréquemment le matin après avoir passé la nuit dans un lieu où des lumières ont complétement brûlé. Ce charbon, dit Briquet (1), fortement imprégné de matières pyrogénées, devient nécessairement un agent très irritant ; les mucosités dans lesquelles il existe en abondance ont une odeur et une saveur désagréables ; il est probablement la cause des picotements qu’on éprouve à la gorge après avoir respiré de la fumée. La combustion complète de la chandelle engendre de l’eau et de l'acide carbonique. Les lampions et les torches, fabriqués avec des résines et des graisses non purifiées, répandent une fumée noire qui provoque la toux et parfois de l’étouffement chez les sujets irritables ou porteurs de catarrhes bronchiques; ces corps en ignition réalisent au maximum les inconvénients de la combustion incomplète du suif. Les bougies ont un immense avantage sur les chandelles ; on les fabrique avec la cire, le blanc de baleine et l’acide stéarique. On est parvenu à Berlin à mouler la bougie de cire sans adhérence aux moules et sans boursouflures (2), ce qui était rare par les procédés ordinaires; néanmoins ce genre d'éclairage a reçu peu d’extension, et n'est guère usité que dans les églises. Parmi les substances propres à la fabrication des bougies, le spermaceti est en première ligne par sa blancheur et sa transparence, ainsi que par la pureté et l'éclat de sa lumière ; raffiné et additionné de 3 pour 100 de belle cire, il

(1) Thèse sur l'éclairage, 1837.

* (2) Dictionnaire des arts et manufactures. Paris, 1854, 2° édit.

donne de beaux produits, tandis que les bougies fabriquées avec une seconde sorte de spermaceti sont de qualité inférieure et grasses au toucher. Les bougies de blanc de baleine sont très employées en Angleterre; mais le moyen d'éclairage le plus général aujourd'hui, c’est la bougie stéarique, due aux travaux de Gay- Lussac et de Chevreul (1825); elle est plus consistante que la chandelle, moins fusible, moins salissante, et sa mèche étant formée de trois fils de coton tressés ou tordus en sens opposé, la combustion, à mesure qu'elle avance, détruit cette torsion ; par l’effet de la tension plus forte de l’un des brins, la mèche se courbe et atteint la partie extérieure ou le blanc de la flamme, où elle se brûle plus complétement et tombe en cendres, ce qui dispense de moucher la bougie. L’extrême fusibilité du suif entraînerait un coulage trop considérable pour obtenir le même résultat avec les chandelles à mèches tressées. La fabrication des bougies stéariques repose sur un fait dont Braconnot a doté la science, à savoir, la présence d’une substance liquide (oléine) et de deux substances solides (stéarine et margarine) dans tous les corps gras, quelle qu’en soit la provenance. C’est Chevreul qui a fourni le moyen industriel, c’est-à-dire peu dispendieux, d’opérer la séparation de ces deux matières, en démontrant que la stéarine, l’oléine, la magarine, espèces de sels organiques, contiennent une base toujours la même, la glycérine unie à un corps gras, et constituent un stéarate, un oléate, un margarate de glycérine. On obtient l'acide stéarique, qui est le principe solide du suif, par la saponification des corps gras. Ainsi, en saponifiant le suif à l’aide de la chaux, de la soude ou de la potasse, et en décomposant ensuite ce savon par un acide minéral, on met en liberté les acides stéarique et oléique, c'est-à-dire l'élément solide et l'élément liquide du suif. La première fabrication économique de la bougie stéarique a été instituée par de Milly (1831), et c’est à lui qu'on a dù d’acheter à 2 francs le kilogranime d’acide stéarique qui se vendait à cette époque au prix de 60 francs chez les marchands de produits chimiques. L'invention des mèches nattées et tressées, condition nécessaire de ce mode d'éclairage, est le résultat des essais d'un ancien ingénieur, Cambacérès. L’acide oléique a trouvé son utile emploi dans la fabrication du savon, et c’est ainsi qu’une industrie, née de nos jours, s'est étendue avec succès au monde entier : des fabriques de bougie existent maintenant à la Nouvelle-Hollande, en Sibérie, à Lima, etc., et les familles des classes moyennes, l’étudiant, l’ouvrier un peu aisé, bientôt peutêtre les travailleurs de tous les degrés, posséderont à peu de frais un

éclairage plus pur et plus vif que les plus opulentes maisons du xvin° siècle. L'industrie stéarique paraît appelée à de nouveaux progrès ; l'emploi des acides gras préparés à Liverpool et à Londres au moyen de la saponification par l’eau, promet beaucoup sous le rapport économique.

Les bougies stéariques prêtent beaucoup plus que le suif à une combustion complète, parce que l'acide stéarique ne se décompose qu'au lieu même où il s'enflamme, et parce que la lumière de la bougie Conserve toujours à peu près la même intensité. Ce genre d'éclairage produit peu de fumée. Celle des bougies de cire se compose d'acide margarique et d’acide oléique, de myricine et de cérine indécomposées et d'huile empyreumatique; les bougies d'acide stéarique dégagent un peu d'hydrogène carboné, d'acide carbonique, une huile épaisse, une matière colorante et du charbon; la bougie de blanc de baleine laisse échapper de l’acide oléique, margarique, acétique, de l'huile empyreuniatique et un peu de cérine. Ces fumées ont moins d’âcreté et irritent moins que le suif, car elles déposent peu de charbon, contiennent peu d'huile empyreumatique et point d'acide sébacique. Il n’y a plus lieu de parler de l'acide arsénieux que l’on faisait entrer naguère dans les bougies de cérine et d'acide stéarique ; l’autorité a sagement interdit cette addition. Les diverses espèces de bougies perdent, après une heure de combustion, 85,91 à 95,55, et consomment la même quantité d’oxygène que les chandelles. D'après Lavoisier et Lapiace, 1 gramme de cire blanche élève de 0° à 100°, 105 grammes d’eau; une bougie, en brülant une heure, échauffe de 0° à 400° c., 3"°,07 d'air. La flamme de la bougie est conique, moins volumineuse, plus blanche que celle de la chandelle; elle atteint 4 à 5 centimètres en hauteur et 8 à 10 millimètres en largeur ; son intensité de lumière se représente par 13,61, celle de la lampe Carcel de 13 lignes de diamètre étant de 100 ; les oscillations de sa flamme dans le sens vertical sont moins fréquentes et moins étendues.

Les matières liquides qui sont employées pour l'éclairage domestique sont les huiles grasses, très rarement des huiles essentielles, les carbures d'hydrogène liquides, et dans des circonstances exceptionnelles seulement, l'alcool ou l'éther ; les huiles de colza, d’œillette, de chènevis ou de noix sont les plus usitées. La fumée qu'elles donnent en brülant, et dont la proportion est en rapport avec le genre de lampe employé, se compose surtout d'hydrogène carboné, d'acide carbonique et de charbon : les lampes imparfaites dont on se servait autrefois versaient beaucoup de fumée. Les

CIRCUMFUSA.—DES HABITATIONS ET DE L'AIR CONFINÉ. 677 Janipes sont des appareils à combustion très active, assujetties aux conditions de tout foyer, munies de cheminées de verre et à coude pour mélanger les gaz et activer la combustion, avec des entrées d'air qui facilitent le contact de ce gaz avec la flamme en la refroidissant (1). Une mèche plate, formée de fils de coton parallèles et plongeant dans le réservoir de l'huile qui est aspirée par la capillarité de la mèche, telle était la lampe en usage il y a soixante ans, avant la découverte du bec à double courant par un physicien de Genève, Argand. Lumière rougeûtre, de peu d'éclat, combustion incomplète, ces inconvénients ne l’empêchent pas d’être encore très répandue. En inventant la cheminée de verre et les mèches cireulaires, Argand a pour ainsi dire créé l’art de l'éclairage. Dans son système à deux cylindres concentriques et séparés par un anneau qui reçoit la mèche, la flamme est léchée par l'air intérieurement et extérieurement ; ce courant est activé par la cheminée de verre, la combustion est parfaite, et la flamme est bien plus brillante et plus limpide que dans les appareils antérieurement usités. On à ensuite amélioré Ja lampe d’Argand en rétrécissant la cheminée immédiatement au-dessus du bec, de manière à rejeter l'air sur la flamme, et en remplaçant le levier doublement coudé et mcommode qui fait descendre et monter la mèche par un pignon qui engrène avec une crémaillère. I restait deux progrès à réaliser : les réservoirs d'huile, supérieurs au bee, placés dans la sphère du rayonnement du foyer, projettent une ombre ; les lampes qui en sont pourvues, au lieu de répandre une clarté uniforme, laissent un espace obscur qui correspond à la surface du réservoir. On a essayé de disposer le réservoir circulairement autour du bec, et pour en supprimer ou pour en amortir l'ombre, on a entouré le verre d’un globe dépoli : telle est la lampe astrale, imaginée par Bordier- Marcet, le successeur d’Argand; on lui reproche avec raison un affaiblissement de la lumière. Pour éviter la projection de l'ombre du réservoir et maintenir à un niveau constant l'huile amenée au bec, il fallait établir le réservoir d'huile au pied de la lampe et en faire monter incessamment jusqu’au bec la quantité d'huile nécessaire à la combustion. Un système ancien, connu sous le nom de lampes à pompe, offrait un exemple très imparfait de cette double condition; Gérard, en appliquant au réservoir inférieur le principe de la fontaine de Héron, est arrivé à un mécanisme compliqué et trop sujet aux variations thermométriques et barométriques par la grantte

(1) Péclet, Traité de physique. Paris, 1847, t. Il, p. 577 et 578.

quantité d’air qu’il contient. Dans la lampe dite hydrostatique de Thiorier, le niveau baisse pendant la combustion. C’es' un horloger de Paris, Carcel, qui a résolu le problème d’une manière aussi heureuse que pratique en plaçant près du réservoir d'huile, à la partie inférieure de la lampe, des rouages d’horlogerie qui font mouvoir une pompe foulante dont le piston élève constamment l'huile jusqu’à la mèche; on tend le ressort au moyen d’une clef. Gagneau a substitué à la pompe unique de Carcel deux pompes foulantes qui régularisent le mouvement d’ascension de l’huile et en corrigent les saccades. La lampe Carcel a pour avantages l'intensité et la beauté de l'éclairage; mais son prix élevé ne lui permettra jamais de se populariser ; elle nécessite fréquemment des réparations entre les mains d'ouvriers spéciaux ; les causes de dérangement des pendules agissent sur elle avec plus de force, car le mécanisme, qui ailleurs ne met en mouvement que des aiguilles, s'applique ici à des pompes qui absorbent presque toute sa force ; il suffit d’un épaississement de l'huile dans le réservoir pour que, la résistance devenant supérieure à la puissance, le mouvement s'arrête. Le système dit à modérateur, remarquable découverte de Franchot (1836), remplace les rouages d'horlogerie par un simple ressort à boudin faisant descendre un piston qui, par sa pression, élève l'huile dans l’intérieur d’un tube vertical immergé dans le réservoir. Nous ne pouvons entrer ici dans des détails sur la construction de cette lampe dont l’auteur, modeste et désintéressé comme Carcel, a été récompensé en 1854 par le grand prix de mécanique de l’Institut : son appareil est aujourd’hui d’un usage universel en Europe ; 1l a une marche régulière, revient à bas prix, se fabrique et se répare aisément.

La quantité d'huile consommée par heure varie suivant les lampes : celles qui sont à mèche plate en brülent 11 grammes par heure ; une lampe astrale, 265,71 ; une bonne lampe à réservoir supérieur, k5 grammes ; la lampe Carcel 60 grammes pour un bec de 15 lignes de diamètre. Mais si cette dernière lampe coûte le plus, elle produit la flamme la plus blanche et le minimum de fumée; elle peut, en une heure, élever 20"°,167 d’air de 0° à 100° c. Par une température ambiante de 13°,9, le thermomètre placé à un pied est monté à 45°; à 6 pouces, il a marqué 17°,7. Un bon système d'éclairage à l’huile donne peu de fumée ; mais les lampes anciennes dégagent, surtout en filant, une fumée épaisse, fétide, contenant du charbon, de l'hydrogène proto-bicarboné, des carbures hydriques, de l’oxyde de carbone et de l'azote. Il se dépose alors du charbon sur la muqueuse des fosses nasales et des bronches, et il se mani-

feste une sensation d’âcreté à la gorge. Que si la fumée est très abondante, il pourra survenir dans une nuance plus faible une partie des accidents qu'éprouvent les ouvriers employés à la cuisson des huiles ; exposés à la fumée noire et à l'odeur rance qu'exhalent les chaudières, ils ressentent des douleurs de tête, des vertiges, de la toux, de l'oppression. Des personnes travaillant à la lueur d’une lampe alimentée par l'huile de noix ont éprouvé des maux de tête, des vertiges et une stupeur assez profonde. Ramazzini a vu quelques hommes auxquels cette fumée fut aussi nuisible que la vapeur de charbon ; il a connu entre autres « un homme de lettres qui, à cause de sa médiocre fortune, s'étant servi d'une pareille lampe pour travailler la nuit dans un lieu étroit, fut assoupi et engourdi pendant plusieurs jours (1). » Mais, dans ce cas, vu l’étroitesse du lieu, les accidents signalés par Ramazzini provenaient sans doute du défaut d’air respirable. La combustion de lalcool laisse échapper de l’acide carbonique, et presque toujours à cause de la construction vicieuse des vases où elle a lieu, une portion de ce liquide se volatilise et peut déterminer, si elle est absorbée, des phénomènes plus ou moins prononcés d'intoxication alcoolique. L'emploi des carbures d'hydrogène liquide dans l'éclairage domestique et collectif a beaucoup exercé l’industrie moderne ; elle a mis en œuvre bon nombre de substances flnides composées, comme l'huile végétale et le gaz, de carbone et d'hydrogène, mais en proportions différentes et se vendant à bas prix, telles que l’essence de térébenthine, les huiles de naphte et de pétrole, les huiles essentielles obtenues par la distillation de divers bitumes naturels, des schistes, des goudrons, des résines, etc. Ces produits exigent pour leur combustion des appareils spéciaux. En effet, l'intensité de la flamme dépend de la nature des corps qui se forment dans la combustion; elle est augmentée par la présence d’un corps solide {fil de platine ou d'amiante) qui résiste à une haute température et devient incandescent. Les becs à gaz, les lampes à huile, les bougies, doivent l'éclat de leurs flammes au dépôt de charbon divisé qui y rougit jusqu’à son arrivée au bord de la flamme où il brûle au contact de l’air : pour s’en assurer, il suffit de plonger dans ces flammes un corps froid; le carbone le tapisse de noir de fumée. Le gaz en ignition est-il trop peu carburé, il n'abandonne pas assez de carbone pour que la flamme ait un grand éclat; est-il trop carburé, l'excès

(1) Traité des maladies des artisans, d'après Ramazszini, par Ph. Patissier. Paris, 1822, p. 219,

de carbone déposé dans la flamme la rend jaune ou rouge, terne et fumeuse : tel est le cas des huiles essentielles à bas prix ; aussi, brülées par les procédés ordinaires, ne procurent-elles qu’un éclairage fuligineux. Pour l'améliorer, il faut ou mélanger ces essences trop carburées à d’autres liquides combustibles très peu carburés, ou diriger sur la flamme une quantité d’air telle que l’activité de la combustion ne permette pas la formation d’un excédant de carbone, et par conséquent du noir de fumée. On a mélangé les huiles de naphte, de térébenthine, de goudron, de gaz, etc., avec l’aicool, le méthylène (esprit de bois), l’éther (gaz liquide, hydrogène liquide, gazogène). Des divers appareils imventés pour brûler ces mélanges, la lampe Robert (1) a le mieux réussi; mais ces liquides sont si volatils, si inflammables, que le danger d'incendie accompagne leur emploi ; si l’on renverse la lampe, l'appartement est infecté pour vingt-quatre heures par l'odeur de l'huile essentielle. La vraie solution du problème consistait non à opérer ces mélanges, mais à faire brûler seules et sans fumée les essences de houille, de schiste, de térébenthine, au moyen d’une disposition convenable de lampes; ce résultat est aujourd'hui obtenu. Sous des formes variées, les appareils de cette catégorie ont un principe commun : dans l'intérieur du bec où s’elfectue la combustion, un courant d’air convenablement réglé procure au liquide éclairant la proportion d’oxygène nécessaire pour le brûler complétement avec le maximum d'éclat. L'hydrocarbure le plus employé actuellement est l'huile de schiste ; mais quoi qu'on fasse, une petite quantité de cette huile échappe à la combustion et se volatilise en répandant une odeur désagréable ; d’un autre côté, combustible par elle-même, elle s'enflamme par l'approche d'un corps en ignition, et n'offre pas autant de sécurité que les liquides éclairants qui brülent par l’interposition d'une mèche. Aussi, malgré les élégances dont on a orné ce mode d'éclairage, n'est-il pas destiné à s'étendre dans les appartements clos, dans les habitations privées ; il aura moins d’inconvénients et de dangers dans les ateliers en plein air, dans les chantiers, dans les camps, etc.

Le gaz de l'éclairage, gaz hydrogène plus ou moins carboné, a la propriété de brûler avec une flamme dont la blancheur et l’éclat sont en rapport avec son degré de pureté, eten particulier avec la quantité de carbone qu'il retient; on peut l’extraire des huiles, des résines, du bois, des houilles, des lignites, des tourbes, qu'il suffit

(4) Voyez Diclionnaire des arts et manufactures, 2° édition.

CIRCUMFUSA.—DES HABITATIONS ET DE L'AIR CONFINÉ. 681 de soumettre à l’action d’une chaleur déterminée ; très généralement on le fabrique, en France, par la distillation des houilles ; le prix élevé du coke qui en provient couvre presque entièrement la dépense d'achat de la houtlle. Dans les pays où la résine est à bas prix, comme en Russie, il sera plus avantageux de le préparer avec cette matière. Dès 1786, un ingénieur français, Lebon, établit le premier appareil d'éclairage au gaz; en 1805 plusieurs fabriques de Birmingham reçurent ce mode d'éclairage; ce n’est qu’en 1818 qu'il futadopté à Paris, puis étendu successivement à toutes les villes de quelque importance. Le gaz hydrogène circule aujourd’hui dans l'intérieur des maisons ; des cages d’escaliers il a passé dans les cuisines, dans les salons ; bientôt il servira au chauffage des appartements en même temps qu'à leur éclairage ; il intéresse donc lhygiène privée non moins que l'hygiène publique.

Les huiles grasses contiennent de 75 à 79 parties de carbone, de 41 à 12 d'hydrogène et de 9 à 14 d'oxygène pour 100; décomposées dans les cornues chauffées au rouge, elles donnent de l'hydrogène bicarboné, de l'hydrogène protocarboné, de l'hydrogène pur, des carbures hydrique, sesquihydrique et dihydrique, de l’oxyde de carbone et un peu d'azote ; il se dépose dans les appareils du charbon et du goudron ; les gaz sont recueillis pour la consommation dans un gazomètre ; ils s'y rendent à travers une couche d’eau où ils se dépouillent d’une partie de l'huile qu'ils entrainent. La houille, soumise dans les cornues à l’action de la chaleur rouge, donne le gaz d'éclairage ordinaire, et en sus de l'acide sulfhydrique et de l'acide carbonique libres ou unis à de l’ammoniaque et du sulfure de carbone, 1l se dépose du coke et du goudron. Ce mélange gazeux est conduit au travers d’un tube froid dans lequel il abandonne le goudron qu'il tenait en suspension ; on le fait passer ensuite par plusieurs lits de chaux hydratée pour lui enlever ses acides sulfhydrique et carbonique et d’autres vapeurs acides ; enfin, amené à travers l’eau dans le gazomètre, il y perd un peu de sulfure de carbone, du sulfhydrate d'ammoniaque et de l'huile pyrogénée qui communiquent à ce liquide une extrême fétidité.

Voici, d’après Clegg, une analyse de gaz de houille fourni par une usine d'Angleterre :

Gaz oléfiant (hydrogène bicarboné)........ 8 Hydrogène prolocarboné......,........#+ 0. 42 Oxyde de carpones sis RL SU 13 Aecidetearhé6nidtieiss, sinus done dos 4 Acide SUD VORIQHe ee dus nie red oce de 3

Plus la température de distillation est élevée, plus la houille donne de gaz, et moins elle laisse de goudron et d'huile essentielle ; on ne doit pas dépasser pourtant le rouge-cerise vif ou rouge blane, pour éviter la décomposition de l'hydrogène bicarboné. Les gazomètres servent à emmagasiner le gaz et à lui donner pendant la consommation une pression régulière dont dépend l’uniformité de l'éclairage ; ils représentent des cylindres ou de grandes cloches de tôle renversées dans des cuves de maçonnerie hydraulique et remplies d’eau ; des contre-poids font équilibre au poids des gazomètres et ne leur en laissent que la quantité nécessaire à la pression qui règle la marche du gaz vers les becs. Un compteur placé à l’entrée du gaz dans le gazomètre indique à tout instant les résultats de la fabrication ; un autre compteur fixé à la sortie constate la dépense de gaz. Cette sortie est réglée par l’ouverture de valves ou disques de fonte placées entre deux coulisses, et qui se meuvent à l'aide d’une crémaillère. Sous une pression de 40 millimètres d’eau, le gaz, chassé des gazomètres, parcourt les tuyaux de conduite de fonte avec une vitesse de 26 mètres par seconde; il fait effort contre leurs parois avec une intensité proportionnelle aux résistances qu'il éprouve dans la série des tuyaux, pour en sortir par les orifices du plus petit diamètre. C’est toujours au point de jonction des tuyaux que s’opèrent les fuites de gaz; la perte de gaz qu'elles occasionnent est évaluée annuellement à 25 pour 100; il imprègne le sol ambiant des tuyaux, et quand Ja fuite est considérable, l’infiltration s'étend à 2",5 ou 3 mètres de profondeur; une tranchée faite dans les terres qu’il a pénétrées donne lieu au dégagement d’une odeur infecte : dans des cas rapportés par Parent-Duchâtelet, cette odeur a persisté plusieurs mois, plus ou moins intense suivant l’état de sécheresse où d'humidité du sol. D’autres fois le gaz s'échappe du sol, se dirige vers les égouts qui le conduisent au loin, non sans accidents graves, ou il s’insinue à travers les parois des caves et va se répandre dans toutes les parties d’une maison. Les tuyaux qui l’amènent dans l’intérieur des habitations sont de plomb; le gaz n'a pas d'action chimique sur eux, et ils n'éprouvent pas d’altération sensible à l’air ; à cause des condensations, il faut établir des réceptacles-siphons partout où il y a des contre-pentes. Les tuyaux sont munis d’un double robinet, l’un à l'extérieur et l’autre le plus souvent au dedans des maisons; les fuites ont lieu par ces robinets ou par une fissure des parois de conduite; elles se dénoncent par l'odeur du sulfure de carbone, odeur appréciable dans un mélange de 1 millième du gaz d'éclairage avec l'air atmosphérique; nous

dirons plus bas les accidents qui résultent de cette extravasation. D'après des calculs établis sur des tableaux de Dumas, un bec de gaz d'huile consomme 38 litres de gaz par heure; il y a absorption de 63 litres un tiers d'oxygène, production de 42 litres et demi d'acide carbonique et de 23%, 810 d’eau. Un bec de gaz de houille consomme 158 litres de gaz par heure, et il y a pendant ce temps absorption de 234 litres d'oxygène, production de 128 litres un tiers d'acide carbonique et de 169%,660 d’eau. La quantité de charbon qui se sépare du gaz hydrogène et qui n’est point brülée, est considérable; elle se dépose sur les objets environnants et elle noireit rapidement les surfaces blanches; on ne peut l’évaluer exactement de même que l'acide sulfureux, le sulfure de carbone et l'acide sulfhydrique, qui se répandent néanmoins en proportion notable. Payen a trouvé que sur un bec qui avait brûlé pendant cinq heures et qui avait consommé 15 à 16 litres de gaz, la cuvette du fumivore contenait 24 grammes d’eau et un peu d’acide sulfureux. C'est que la combustion n’est parfaite que dans la partie blanche de la flamme, et ne s'effectue qu’à une certaine distance les orifices ; dans la partie inférieure et toujours bleuâtre, le gaz brûle sans être préalablement décomposé ; c’est par une décomposition partielle que le charbon se précipite, et son incandescence communique à la flamme la vivacité et le pouvoir éclairant qui lui sont propres : ce pouvoir est représenté par 127, celui de la lampe Carcel étant de 100. Un excès d'air diminue la lumière du gaz; un défaut d’air la rend rougeûtre et sans éclat. Le diamètre utile de la colonne d'air intérieure est de 9 à 10 millimètres; il procure une lumière blanche et moins sujette à fumer. Le gaz s'échappe par de petits trous en jets qui se réunissent pour former une colonne incandescente ; sur l'influence du nombre des trous, l'expérience a fourni les résultats suivants :

Becs Becs Becs Becs Becs

à 8 trous, à 10 trous. à 15trous. à 20 trous. à 25 trous. DOMRIETE es pe » 26 360 366 391 409 382 PDépense......... 367 318 296 289 375 Intensité relative.. 98 118 132 Ait 139

Le nombre de vingt trous généralement adopté est donc le plus productif, et la distance la plus convenable entre ces trous est de 3 millimètres,

Guyot, pharmacien à Paris, a inventé un système qui, en permettant de régler le courant de l'air par la partie supérieure du

bec, réalise une économie de 25 pour 100 dans la consommation du gaz d'éclairage pour la même quantité de lumière : il consiste en un disque fixé sur le verre au moyen d’agrafes, avec une ouverture centrale fermée par une soupape à charnière et servant à l'allumage, pour éviter les explosions par suite du mélange du gaz avec l'air, au milieu de cette soupape existe un second disque qui, mobile à l’aide d’une vis, modifie la vitesse du courant d’air en s’éloignant ou se rapprochant de la soupape. Le mérite hygiénique de cet appareil est une combustion complète de tous les produits gazeux. Ce qui précède indique assez que l'emploi de l'éclairage au gaz dans les maisons particulières est subordonné à bien des précautions. En raison de sa grande consommation d'air et des produits que sa combustion répand, tout bec à gaz en activité serait un danger dans un appartement clos et dépourvu d'une ventilation régulière; il l'aurait bientôt dépouillé de son oxygène et chargé d’une proportion énorme d'acide carbonique : c'est donc un mode d'éclairage à bannir des chambres à coucher, et en général des habitations privées. Dans les lieux où règnent de grands courants d'air, comme les magasins, les cours des maisons, les escaliers, l'oxygène qui disparait par la combustion est promptement remplacé, et l'acide carbônique produit est entrainé au loin; cependant, par la disposition des magasins, il peut arriver que les gaz délétères qui s’échappent d’un bec d'éclairage soient refoulés dans quelque partie enfoneée, dépourvue de ventilation, comme les arrière-boutiques, les soupentes, les alcôves, l’entre-sol communiquant avec l’intérieur du magasin, et de là, chez ceux qui y demeurent, des céphalalgies, du malaise, des étourdissements, etc. Nous penchons à croire, avec Briquet (page 36), que le séjour habituel et prolongé dans de pareils lieux dont l’air reste chaque soir et toute la nuit plus ou moins vicié, doit influer sur l’hématose, et renforcer la tendance à l'étiolement, à l’anémie, qui caractérise les habitants des rez-de-chaussée de Paris. Les personnes qui résident forcément dans des lieux largement éclairés au gaz se plaignent de dyspnée, d'étouffement, de chaleur âcre à la gorge, d’une titillation au larynx, qui provoque une toux sèche et fatigante; les sujets à poitrine irritable, à prédisposition tuberculeuse, s’accommodent le moins de cette atmosphère, et finissent par n’y pouvoir rester (Briquet). Ces eflets sont dus à des substances qui échappent à la combustion, savoir : l'acide sulfureux, si irritant pour les surfaces muqueuses ; le sulfure de carbone, qui a une grande âcreté ; l'acide sulfhydrique, dont on connaît l'influence délétère, enfin la vapeur

de charbon, qui, sans cesse inspirée, devient une cause d'excitation pathologique pour la membrane des bronches. Indépendamment de ces inconvénients, le gaz de l'éclairage, mélangé à l'air dans une proportion déterminée, devient explosible, et occasionne des accidents aussi graves que nombreux.

D'après Devergie, le gaz détone aussitôt qu'il constitue la onzième partie de l’air dans lequel est placé un corps en combustion. Les expériences faites à Strasbourg par Tourdes fils et Wurtz (1) démontrent qu'un volume de gaz et cinq d’air produisent une très forte détonation ; que le résultat est le même pour une partie de gaz sur sept, neuf, dix d'air ; qu’à une partie sur onze, la détonation est faible et ne s'obtient dans l’eudiomètre que par une forte étincelle ; qu’une partie sur onze et demie ne détermine plus ni inflammation ni détonation, mais que le vide se forme avec rapidité : ainsi, au delà d’un onzième, plus d’explosibilité; des lumières peuvent donc brûler dans une atmosphère chargée de gaz sans l’enflammer, et cette circonstance n'indique point l'absence du péril. Toutefois, dès que l'odeur du gaz est perçue, il faut s'empresser d’éteindre les corps en iguition; la prudence défend aussi d’entrer avec une lumière dans un appartement où cette odeur est sensible, car sait-on si le gaz n'est pas en proportion suffisante pour détoner, ou si le moment n’est pas proche où, par son accumulation successive, il va devenir explosible? D'un autre côté, Vair cesse d’être respirable avant que le mélange soit dans les proportions nécessaires pour faire explosion ; pour qu'il arrive à ce degré d’altération, il faut qu'il y ait eu rupture des conduits, ou que ‘le robinet placé dans l’intérieur de l'habitation n'ait pas été complétement fermé. Les cas d'asphyxie, suivis de mort, par le gaz de l'éclairage, sont heureusement rares, malgré la fréquence des fuites. Devergie en a publié le premier exemple (2); Ollivier (d'Angers) en a fait connaître un autre (3). Une catastrophe survenue en 1841 à Strasbourg, et occasionnée par le gaz, a livré aux recherches du professeur G. Tourdes cinq cadavres appartenant à la même famille, et ce médecin légiste en a fait l’objet d'un mémoire qui est un modèle d'analyse médicale. Des faits qu'il a observés et de leur comparaison avec ceux d'Ollivier et Devergie, il conclut que le

(1) Rz'alion milicale des asphyxies occasionnées à S'rasbourg par le gaz d'éclairage, par G. Tourdes. Paris, 1841, p. 60.

(2) Annales d'hygiène et de médecine légale, t. WE, p. 457.

(3) Zbidem, t, XX, p. 120,

gaz de l'éclairage n’agit pas seulement sur l'organisme cofnine simple cause d’asphyxie par la substitution d’un élément non respirable à l’air atmosphérique, mais qu’il est encore doué de propriétés délétères indépendantes de son pouvoir asphyxiant; que cette influence spécifique se révèle par des phénomènes morbides qui expriment le trouble plus ou moins profond des fonctions du système nerveux, auquel viennent s'ajouter la lésion et l'interruption des fonctions respiratoires. [l résume ainsi les symptômes : 1° invasion insidieuse, prodromes d’une durée variable; 2° céphalalaie, vertiges ; 3° nausées, vomissements; 4° trouble des facultés intellectuelles, perte absolue de connaissance ; 5° affaiblissement général, profonde résolution des forces, paralysie partielle, convulsions; 6° phénomènes d’asphyxie apparaissant avec lenteur, mais complets et prédominants dans les derniers moments de la vie. Suivant la proportion et la rapidité du mélange du gaz et de l’air, les accidents se prononceront avec plus où moins d'intensité, marcheront plus ou moins vite. Les expériences faites par Tourdes sur les animaux preuvent qu'à des doses même très faibles, le gaz manifeste des effets énergiques : à la dose d’un 30°, ils se déclarent après quatre à neuf minutes; à un 75°, la dose, insuffisante pour tuer des lapins, leur suscite encore de légers accidents. En général, les animaux soumis à l'action du gaz tombent dans un état convulsif peu durable, remplacé bientôt par un profond affaissement ; puis la respiration s’embarrasse et s'éteint graduellement : si la proportion du gaz à été faible, l'animal, retiré de la cloche après des accidents graves, revient assez promptement à la vie. Quel est le principe auquel sont dus particulièrement les effets du gaz de l'éclairage? L’acide sulfureux n’est produit que pendant la combustion par la transformation du sulfure de carbone en ce gaz et en acide carbonique; or, les cas d’asphyxie rapportés ont été occasionnés par la fuite ou l'épanchement de gaz non brûlé; elle n’est pas causée par l’acide carbonique qui agit faiblement à des doses où le gaz de l'éclairage donne la mort. Devergie paraît disposé à attribuer un rôle à huile empyreumatique; mais les recherches de Tourdes, auxquelles nous renvoyons pour cet objet, portent à croire que le pouvoir délétère du gaz de l'éclairage provient en grande partie de oxyde de carbone; ce que nous dirons plus bas de l’action de ce gaz vient à l'appui de cette opinion.

L'inflammation du gaz produit une quantité considérable de chaleur ; pour la déterminer, Briquet (page 35) a opéré sur le gaz de la houille avec le calorimètre de Rumfort, et, le poids de l’eau

étant converti en son cube équivalent d'air, il a trouvé, par la moyenne de six expériences, qu’un bec qui consomme par heure 158 litres de gaz de houille, fait monter 154 mètres cubes d'air de zéro à 100 degrés centigrades, ce qui est énorme. A 0",33 de distance d’un bec de gaz à houille, dont la flamme de 0",029 de diamètre était entourée d’une cheminée de cristal, l'ascension thermométrique a été de 2 degrés; à 0",162, de 6 degrés.

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