V. — Chauffage et ventilation
Le chauffage, s’il ne s'effectue point à l’aide d'appareils bien coordonnés, peut devenir une cause de méphitisme pour les habitations. La combustion ne s’entretient dans les foyers de diverses espèces que par une consommation incessante d’air, en échange duquel elle dégage des gaz impropres à la respiration. Voici, d’après Péclet, pour les différents combustibles, l'indication des volumes d’air qu'exige la combustion de 4 kilogramme de leur matière, et celle des volumes de gaz qu’elle laisse échapper :
Volume d'air Volume des gaz dégagés consommé par pendant la combustion, Désignation des combustibles. kil, de combustible, et ramenés à 0°.
m.c. m.c, DOS SOC: assise hist ins he 4,70 5,38 Bois à 0,30 d’eau ...... SPORT RSS | Dial 4,13 Charbon de bois ..... TEE Sun 27007564 7,64 Tourbe sèche à 0,05 de cendres...... 5,68 6,33 Maurbe: à 0,280" d'eaUs. . :: , 4 52:23: RE 4,80 Charbon de tourbe à 0,20 de Ééhdéess $ 7,10 7,10 Hoaïlle moyenne: ss es. 3: 120: 501068530 8,93 Coke à. .0.0%.de cendres: 4:54 ss. 8010 8,70 LORC 40,15 00 COUR. sr sossre, 1300 71:55
Les produits gazeux que le charbon, la braise, la houille, le bois lui-même, lorsqu'il n’est pas entièrement desséché, peuvent verser dans une enceinte, sont de l'acide carbonique, de l’oxyde de carbone, de faibles-proportions d'hydrogène carboné et d'hydrogène; en outre, quelques vapeurs hydrocarburées dont l’origine est due à la calcination imparfaite du charbon. Ces substances sont immédiatement épanchées dans l'air ambiant par les foyers découverts que l’on établit au milieu de pièces sans ventilation suffisante, par les réchaads de braise ou de charbon, qui sont l’objet d’une funeste prédilection dans certaines classes de personnes sédentaires, par les brasiers usités encore dans les pays méridionaux, notamment en Espagne et en Orient. Les cheminées et les poëles conduisent parfois dans les chambres les produits gazeux de la combustion ,
au lieu de les écouler au dehors; c’est ce qui arrive quand l’air d’une pièce est plus dilaté que celui de la cheminée où du poêle. Existe-t-il une communication entre le tuyau d’un poêle ou d’une cheminée avec celui de la cheminée où du poêle d'un voisin, soit d’un étage inférieur, soit d’un étage supérieur, la vapeur de charbon ou de bois en combustion peut refluer dans la pièce où ils sont placés, et donner lieu à des accidents d’asphyxie; la fumée peut tomber par suite de son refroidissement ou céder à l'appel d’une cheminée dont le tuyau se trouve échauffé sur le toit par le soleil ou par son adossement à une cheminée voisine où l’on fait du feu. D'Arcet a rapporté trois exemples d’asphyxie due à de pareilles causes (1). On trouve, dans les ouvrages de médecine légale, la description des effets produits par la vapeur des différents combustibles; signalons seulement le résultat de recherches récentes sur l’action de l’un des principes dont elle se compose, et qui est aussi l'élément le plus énergique du gaz de l'éclairage, l’oxyde de carbone. C'est lui qui produit la petite flamme bleue visible audessus du charbon allumé des fourneaux, lorsqu'un courant d’air le porte de l’intérieur du brasier à la surface où il brûle : le charbon qui brûle à l'air libre fournit plus de 1/2 pour 100 de ce gaz; 1l se dégage aussi, comme nous l'avons vu, par l’inflammation des corps éclairants. En général, il se forme dans les combustions incomplètes, lentes, étouffées, alors que des matières carbonées brülent sans recevoir la proportion d'oxygène nécessaire pour leur transmutation en acide carbonique; il prend naissance dans les foyers où il y à un excès de charbon, et si les produits de la combustion viennent à pénétrer dans une pièce, soit par la fermeture de la clef d'un poêle, soit par suite du mauvais état des-conduits calorifères, l’oxyde de carbone donne lieu à des maux de tête, des vertiges et à un commencement d’asphyxie que l’on imputait à l'acide carbonique avant les recherches de Leblanc. D’après la remarque d'Ebelmen, la braise est de tous les combustibles celui qui translorme le plus facilement l'oxygène de l'air en oxyde de carbone : 1 kilogramme de braise en combustion libre peut rendre asphyxiant Pair d'une pièce fermée de 25 mètres cubes de capacité. L'influence de loxyde de carbone n’a été bien appréciée qu'en ces derniers temps. Nysten l'avait rangé parmi les gaz irrespirables, mais non délétères; Devergie le considère comme un agent toxique. Leblanc, ayant vu périr subitement un chien de forte taille dans une atmosphère que
(1) Annales d'hygiène. Paris, 1836, 47° série, t, XVI, p. 30,
la combustion du charbon avait amené à 3 ou 4 pour 100 d'acide carbonique, tandis qu’il fallait 30 ou 40 pour 100 d'acide carbonique pur pour produire le même effet, a été conduit à préciser par des expériences le rôle que joue l’oxyde de carbone dans le premier cas : à la dose de 4 à 5 pour 100 dans l'air, ce gaz tue instantanément un moineau; 4 centième fait mourir un oiseau au bout de deux minutes. Les expériences de G. Tourdes (loc. cit., page 75) ne sont pas moins décisives. Ainsi donc, avant que l’atmosphère d’un local devienne impropre à la respiration par le défaut d'oxygène et l'augmentation de l'acide carbonique, la présence d’une minime quantité d'oxyde de carbone peut déjà lui communiquer des propriétés délétères. Le degré de combustibilité des substances employées au chauffage et à l'éclairage d’un appartement, les proportions relatives d'air et de combustible en contact dans un temps donné, rendront plus ou moins dangereux le séjour prolongé dans un appartement. Les faits consignés dans le mémoire de Leblanc et dans celui de Tourdes, au sujet de l’action de l’oxyde de carbone, font ressortir entre ce gaz et l’acide carbonique une grande disproportion d'énergie toxique : un chien peut vivre quelques instants dans un milieu composé de 30 d’acide carbonique et de 70 d’air ordinaire; des ouvriers ont pu vivre dans des mines où la combustion n'avait plus lieu {5 à 6 pour 100 d'acide carbonique). Guérard a constaté l’innocuité relative de l'acide carbonique, en assistant impunément aux expériences de Thilorier, sur la solidification de ce principe dont une partie se gazéifie ; la diffusion d'une énorme quantité de gaz acide carbonique dans un petit local où se trouvaient réunies quinze personnes ne leur à point causé la plus légère incommodité (1). Toutefois on doit regarder comme nuisible une atmosphère où l'acide carbonique figure dans les mêmes proportions que dans l'air expiré par nos poumons; audessous même de cette limite, la respiration ne s'effectue plus normalement, ce qui provient de ce que la proportion d'acide carbonique s'accroît à mesure que l'air inspiré passe dans le torrent de la circulation; en sorte que dans les moments qui en précèdent l'expulsion, nos organes peuvent se trouver en contact avec un gaz notablement plus chargé d'acide carbonique que l'air expiré dans les circonstances ordinaires (Leblanc).
Les produits gazeux de l'éclairage s'épanchent immédiatement dans l’atmosphère des habitations ; 1! en est de même de ceux des combustions que l’on établit dans les cheminées ou dans les poêles,
(1) Annales d'hygiène el de médecine légale. Paris, t, XXX, p. 54.
quand différentes causes contrarient le courant ascendant d'air dilaté, ou quand le procédé de chauffage est vicieux : dès lors on se demande si dans les habitations dépourvues d'appareils de ventilation, on peut compter sur un renouvellement très efficace de l’air à la faveur des jointures des portes et des fenêtres. Nous l'avons dit plus haut : l’expérience a prouvé que par ce mode d’aération spontanée, l’altération de l'air n’est pas réduite à la moitié de ce qu’elle serait dans une capacité rigoureusement fermée, toutes choses égales d’ailleurs ; 1l y a plus, les propriétés délétères des gaz émanés des combustions peuvent se faire sentir jusqu’au degré de l’asphyxie dans une pièce imparfaitement close ; une porte qui laisse du jour dans ses points de Jonction, une poêle à clef ouverte, une cheminée ouverte, une fenêtre entre-bâillée n’empêchent pas les accidents (1). Il importe donc d'assurer même aux habitations privées l'avantage d'une bonne ventilation; celle-ci s'obtient naturellement par l'ouverture des croisées. Une pièce pourvue d’une cheminée représente un canal composé de deux branches, l’une verticale, l’autre horizontale, ouvert par les deux bouts : si l’air du canal est plus chaud que l'atmosphère, il s'écoule par l’orifice supérieur; s'il est moins chaud, c’est par l’orifice inférieur qu’il s'échappe. En hiver, l'air des appartements étant d’une température plus élevée que l'air atmosphérique, l'air s'écoule toujours par l’orifice supérieur : pendant le printemps et l'été, la température des appartements n’égale point, le jour, celle de l’atmosphère ; il la dépasse durant la nuit : aussi l'écoulement diurne et nocturne de l’air se fait-il en sens inverse pendant ces deux saisons. L'ouverture des fenêtres et des portes active ces courants, dont la direction dépend des variations de température, -et par conséquent de pression ; leur clôture hermétique convertit chambre et cheminée en un puits au fond duquel s'accumulent l'acide carbonique et les émanations plus pesantes que l’air. Comme il est impossible, dans nos climats, d’aérer constamment les appartements par l'ouverture permanente des fenêtres, force est d’y suppléer par d’autres moyens de ventilation. Les appareils inventés pour cet objet, tels que le ventilateur de Hales, la roue centrifuge du docteur Désaguliers, le soufflet d'aspiration de Percy, etc., sont généralement abandonnés, méritent de l'être, et sont d’ailleurs d’une installation difficile dans les habitations privées. Parmi les appareils ventilateurs de plus récente invention, on n’a remarqué justement que ceux du docteur Arnott qui, non
(1) Devergie, Médecine légale, 1. IL, p. 106,
liés au mode de chauffage, servent à introduire l’air froid comme l'air chaud : ils consistent en une série de boîtes à soupapes très mobiles où un moteur de très faible puissance fait alternativement entrer et sortir l'air. D'autres soupapes métalliques équilibrées, dues au même inventeur, permettent à l’air chaud et vicié qui occupe les parties supérieures d’un local de s'échapper en profitant de l'appel de la cheminée du foyer ; les soupapes, munies d’un mécanisme ingénieux, s'adaptent, non loin du plafond, sur un ou plusieurs corps de cheminée, et, tout en dégageant l'air chaud, elles s'opposent au reflux des gaz de la cheminée d’appel ; par l'effet d'un fonctionnement continu, elles expulsent une quantité considérable d’air chaud et usé, et concourent très efficacement à la réfrigération de l'air confiné. On a utilement employé la chaleur pour produire une ventilation continue; elle peut servir à cette fin de deux manières : 1° en échauffant l'air qui doit être expulsé ; 2° en échauffant l'air à son entrée. Ce dernier mode convient particulièrement aux locaux destinés aux réunions nombreuses, et d’où l’air chaud et vicié s'écoule par les parties les plus élevées. Le système d’aérage par la chaleur se combine avec les appareils qu’on emploie pour chauffer en hiver les appartements, l'été permettant la ventilation directe et spontanée par les ouvertures de la maison, Nous allons donc indiquer lés modes de chauffage usités, et insister sur ceux qui se concilient le mieux avec l'intérêt majeur de la rénovation continue de l'atmosphère domestique.
L'usage des réchauds de charbon ou de braise est dangereux partout où il n'existe pas un courant d'air suffisant pour balayer les émanations délétères de la combustion de ces substances ; le brazero des Espagnols, le mangal des Orientaux n’est pas moins nuisible; les chaufferettes, dont l'emploi est si commun, déterminent des eflets locaux, tels qu’érythèmes passagers, varices, vergetures où marbrures des membres inférieurs, la peau venant à s’altérer par l’action trop continuée du calorique rayonnant ; les hémorrhoïdes, les règles excessives, les métrorrhagies. Pourquoi les personnes à qui l'habitude a fait un besoin d’une température douce aux pieds ne remplacent-elles pas les chaufferettes par des briques chauffées ou par des chaufferettes à l’eau bouillante ? En Corse, nous avons vu des habitations échauffées par un foyer établi au milieu de la pièce commune et dont la fumée s'échappe par un trou pratiqué au centre correspondant du plafond ; il est inutile de signaler le vice d’un pareil mode de chauffage qui rappelle les huttes enfumées des Esquimaux. Celui qui consiste à faire circuler la vapeur d'eau sous
les planchers, dans l'épaisseur des murs, s’oppose à la ventilation, et ne s'applique guère qu'aux édifices publics ; néanmoins il est usité en Russie, et les Romains l’appliquaient à la pièce d'hiver, dite hibernaculum. Les anciens poêles garnis de tuyaux très longs, dépourvus de bouches de chaleur, étaient des appareils très économiques; mais ils rendaient l'air trop avide d'humidité, et ne le renouvelaient pas assez rapidement : construits en fonte ou en tôle, ils avaient l'inconvénient de s’échauffer promptement, de se refroidir avec la même célérité, et de répandre une odeur métallique et gravéolente. On leur a substitué les poêles de terre cuite et de faïence, qui s’échauffent plus lentement et retiennent longtemps le calorique. De plus, on s’est servi des poêles pour échauffer l'air pris au dehors, et qui, versé dans la pièce, en élève la température et con-
tribue à y opérer une bonne ventilation. Ce double but est atteint
par des prises d’air extérieures au moyen de tuyaux qui sont échauftés dans leur passage, et qui s’ouvrent par des orifices appelés bouches de chaleur ; des vasistas placés aux carreaux les plus élevés de chaque croisée facilitent l’évacuation de l’air vicié. Mais, pour que ce système procure une rénovation suffisante de l'air, les tuyaux de chaleur doivent avoir des dimensions en rapport avec la masse d'air nécessaire à la consommation ; 1l est vrai que plus ils verseront d’air par leurs orifices, moins celui-ci s’'échauffera au passage : mais la perte de calorique est nulle ; car l'effet obtenu avec 5 mètres cubes d’air à 20 degrés céntigrades est le même qu'avec ! mètre cube à 100 degrés. On voit partout, dit d’Arcet (1), des poêles et des calorifères énormes n'avoir, pour prises d'air et pour bouches de chaleur, que des ouvertures si petites, que, pour obtenir un peu de chaleur de ces appareils, il faut y pousser le feu au point d’en faire rougir les armatures; ce qui cause leur rapide destruction et ce qui donne à l'air l'odeur malsaine de brélé. Or, on peut, sans consommer plus de combustible, augmenter notablement la quantité d’air chaud que versent les poêles et les calorifères ordinaires, en introduisant l'air froid dans leurs armatures par un canal à section plus grande, et en agrandissant dans la même proportion l’ouverture des tuyaux et des bouches de chaleur par lesquels l'air chaud passe de l’armature de l'appareil dans la salle qu'il s'agit d’échauffer. Il faut que l’entrée de l’air froid et la sortie de l’air chaud, ainsi que sa bouche de chaleur, aient 12,5 décimètres carrés d'ouverture pour un appareil de chauffage, poêle ou calorifère,
(1) Annales d'hygiène et de médecine légale. Paris, 1843, t, XXIX, p. 335.
dans lequel on brûle 4 kilogramme de bonne houille, ou 2 kilogrammes de bois bien sec par heure ; et un tel appareil peut fournir jusqu'à 900 mètres cubes d’air chaud dans ce même laps de temps, quantité suffisante pour assainir une pièce où quinze personnes resteraient enfermées pendant dix heures (à raison de 6 mètres cubes d'air par heure et par homme). Les bouches de chaleur doivent être placées verticalement, à droite et à gauche, ou en avant du tuyau du poêle ou du calorifère ; il faut éviter que le courant ventilateur ne soit en contact prolongé avec du cuivre fortement chauffé. Les grandes bouches de chaleur verticales seront munies de registres ou de portes qui permettent d'y diminuer à volonté le courant d’air, et de lui donner, en cas de besoin, une plus haute température ; mais, en ne lui donnant que la température nécessaire pour maintenir dans la pièce le degré de chaleur voulue, on obtient les avantages suivants : maximum d'assainissement, conservation et longue durée des appareils, refroidissement convenable de la fumée, et par conséquent la plus grande économie possible de combustible, prompt échauffement et prompt refroidissement du local (d’Arcet). On peut appliquer utilement au chauffage et à la ventilation d’une demeure privée l'appareil que Péclet a fait construire dans l’une des salles d'asile de Paris : le poêle présente autour de son fourneau une cavité dans laquelle l'air peut librement circuler ; cette cavité communique avec l'air extérieur et avec l’air intérieur, par deux tuyaux distincts, dont on peut varier le diamètre suivant les besoins de l’aérage ; le conduit de la fumée, après avoir traversé la salle, se rend dans une petite cheminée d’appel, dans laquelle on place un réchaud de charbon allumé ; dès qu’on chauffe le poêle, le tirage s'exerce sur l’air du dehors, qui s’échauffe au contact du fourneau, et s’épanche dans la salle ; après avoir été respiré, 1l gagne les parties supérieures de la pièce, et est entraîné par le courant ascendant de la cheminée d'appel.
Les poêles ainsi construits remplissent les conditions d’une ventilation directe et continue, que l’on peut graduer par le degré d’ouverture des tuyaux de chaleur, et par la rapidité plus ou moins grande de l'évacuation de l’air vicié. Les poêles sont les appareils qui procurent, avec la même consommation, la plus forte chaleur ; ils la répandent d’une manière plus égale ; ils la propagent, et par leur foyer, et par leurs corps, et par leurs tuyaux ; ils dessèchent, il est vrai, l’air des appartements, mais des vases d’eau placés sur leur tablette de marbre, cèdent à l'air la quantité de vapeur nécessaire pour le rendre salubre. Cependant, comme les couches d'air
les plus échauffées se portent vers les parties supérieures, la tête est frappée d’abord par l’action du calorique : de là des accidents d'hypérémie cérébrale, des vertiges, de la céphalalgie ; les asthmatiques supportent mal la chaleur des poêles. La température élevée qui règue ordinairement dans les appartements à poêles rend plus sensible à l’impression du froid extérieur, et expose ceux qui subissent ces transitions aux phlegmasies des muqueuses, des poumons et des articulations. Ce qui précède est applicable en tous points aux calorifères : les plus sains sont ceux qui, placés en dehors des pièces, les chauffent par des courants d'air chaud ; ces courants ne peuvent s’entretenir que par un renouvellement d'air; aussi l’économie et la salubrité se trouvent réunies dans ce mode de chauffage, à la condition qu'il introduise dans l'habitation un volume d'air suffisant, chauffé au degré convenable ; car il arrive, quand le calorifère est trop éloigné de la pièce, qu’une grande partie du calorique dont l'air est imprégné se perd dans le trajet.
Les cheminées simples, à foyers fixes ou mobiles, procurent une ample ventilation ; une grande partie de l'air appelé par la cheminée ne passe point sur le combustible; pour les cheminées à dimensions ordinaires et à petits foyers, et pour une combustion d’envirou 2 kilogrammes de bois par heure, la quantité d’air appelé varie de dix à vingt fois le volume d'air nécessaire à l'alimentation du feu (Péclet). On peut régler l'appel en donnant au tuyau de la chemiuée une section seulement suffisante et en le munissant d'un registre. On remédiera à l’irruption de l'air froid du dehors en lintroduisant autour du foyer par un canal d’une section suffisante d’où il ne se répand dans la salle qu’à la température de 15 à 20 degrés. Sans ces dispositions, les cheminées perdent beaucoup de calorique libre, malgré la concavité, l'éclat et le poli que l’on donne à leurs parois ; on évalue cette perte aux neuf dixièmes de la chaleur produite. [l faut utiliser le calorique de la fumée en la faisant passer par des tuyaux qu’elle échauffe et qui rayonnent à leur tour, ce qui contribue à l'élévation de la température de Pair ambiant. Un grand nombre de cheminées fument; on fait cesser ce grave inconvénient en diminuant le diamètre du tuyau par lequel s’échappe la fumée produite, et en activant la combustion du bois au moyen de l'air lancé dans le foyer par deux tuyaux qui, ouverts au dehors, viendront aboutir aux parties latérales de la cheminée. Le chauffage par les cheminées entraîne une forte dépense de combustible ; la chaleur rayonnante n’est pour le bois que 25, et pour la houille et le coke que 55 pour 100 de la chaleur totale dégagée par le com-
bustible brûlé, et la meilleure cheminée n’en utilise que 4/4. Ainsi, avec le bois, une cheminée ouverte n’utilise que 6 pour 100 environ de la chaleur totale que donne ce combustible, et 13 pour 100 avec le coke et la houille. Ce mode de chauffage est donc très dispendieux ; il ne communique point à toutes les couches de l’atmosphère circonscrite une température uniforme ; il ne défend jamais entièrement contre les vents coulis dus à l'air froid qui s’insinue par les fissures et les interstices des fenêtres et des portes. Le courant d’air “qui passe constamment par une cheminée ouverte, si bien construite qu'elle soit, est au minimum de 60 mètres cubes d'air par kilogramme de bois brûlé ; il faut donc que la salle à chauffer reçoive le même volume d’air froid par minute, soit à l’aide de ventouses disposées dans le coffre de la cheminée sous sa plaque de fondation, soit par les joints des portes et des fenêtres. Par cela même que les cheminées renouvellent largement l'air, elles dirigent d’abord sur les membres inférieurs l’action de la chaleur rayonnante; ce qui dégage la tête par l’afflux sanguin qui s'opère vers les pieds ; les rayons, lancés directement, exercent une influence stimulante, et une moindre accumulation de calorique sur nos organes nous permet de passer sans danger à l’air extérieur. Enfin la vue du feu égaye la solitude d’une retraite studieuse ; elle distrait, elle entretient, elle aide à la méditation ; et comme le moral est aussi lun des régulateurs de la santé, il n’est pas indifférent de consulter ces impressions pour lPassiette de la vie domestique.
La bonne construction des cheminées est au prix des conditions suivantes : 4° Disposer les foyers de manière à renvoyer dans la salle la plus forte quantité de calorique rayonnant ; 2° réduire à son minimum la quantité d'air appelé par la cheminée pour une quantité connue de combustible ; 3° n’admettre dans la salle, pour l'alimentation de la cheminée, que de l'air préalablement chauffé ; L° utiliser pour le chauffage de la salle même une partie du calorique et l'air chaud que la flamme et la fumée entraînent. L'émission de la fumée est la preuve d’une combustion incomplète et représente une perte de combustible; la totalité du combustible perdu se représente par le charbon moléculaire non brûlé, par l’hydrogène carboné et l’oxyde de carbone. Pour remplir les deux premières indications, on suit encore aujourd'hui les principes posés par Rumfort : 1° Ramener le feu en avant pour réduire la profondeur du foyer, et augmenter le champ circulaire du dégagement du calorique rayonnant, par linchinaison en dehors et l’évasement de deux parois faites de matériaux blancs et polis (faïence, brique vernissée);
2° étrangler la partie inférieure du tuyau de cheminée à l’endroit où la fumée y entre, et y déposer un registre à coulisses pour proportionner l’affluence de l’air au feu que l’on y fait. Des poêles, des calorifères placés dans les antichambres, dans les escaliers, etc., remplissent la troisième indication ; mais on peut la satisfaire en même temps que la quatrième condition, en employant le calorique perdu de la fumée et de l’air emporté chaud dans la cheminée pour chauffer de l’air pur et pris au dehors qui, introduit ensuite dans la chambre, fournit au tirage dela cheminée. Nous renvoyons aux ouvrages spéciaux pour les détails des applications variées que l’industrie contemppraine a su faire de ces données (1) ; c’est aussi là que l’on trouvera l'explication du mécanisme des cheminées-poêles et des calorifères.
On se sert pour le chauffage des combustibles qui sont le plus répandus dans les différentes contrées. 1° Les bois les plus denses, les plus secs, les plus gros, sont ceux qui rayonnent le plus; les bois légers, verts ou flottés, donnent moins de chaleur. 2° Le charbon de bois fait avec un boïs dense pèse quinze à vingt fois plus que le charbon de bois léger; son pouvoir rayonnant est supérieur à celui de la flamme, mais il est plus utile dans les usines que dans l’économie domestique, en raison des gaz délétères qu'il laisse échapper. 3° La houille répand une épaisse fumée, une odeur empyreumatique, noircit les objets environnants ; mais elle a un grand pouvoir calorifique. Suivant d’Arcet, 1 kilogramme de bonne houille peut échauffer de 20 degrés centigrades 1085 mètres cubes d'air; mais en pratique et toutes pertes supportées, on ne peut compter dans un appartement bien disposé que sur 900 mètres cubes d'air à 20 degrés centigrades ; le même chimiste considère 1 kilogramme de houille comme équivalent à 2 kilogrammes de bois bien sec, sous le rapport de la température produite. La houille distillée ou le coke est sans odeur, mais il échauffe moins. 4° La tourbe, amas de végétaux putréfiés en partie et mélangés avec le limon des marais, rayonne plus que le bois, échauffe plus également, donne, à poids égaux, autant de chaleur que le bois ; mais elle dégage une odeur spécifique qui se communique même aux aliments ; elle est le combustible des classes pauvres dans les pays non boisés. Le tableau suivant indique comparativement les puissances calorifiques et les pouvoirs rayonnants des combustibles précités :
(1) Voyez Dictionnaire des arts et manufactures, 2° édition, 1854, € I, art, CHAUFFAGE.
Désignation des combustibles, Puissances calorifiques, Pouvoirs rayonnants,
PO RD nuee sales 3600 0,28
Bois ordinaire à 0,20 d’eau... 2800 0,25
Charbon de bois ....,...... 7000 0,50
Honrhe, seche. 1. , 1... 4800 0,25
TUUTDS a 0,20 d'eau... .. . … 3600 0,25
Charbon de tourbe.......... 5800 0,50
Houille moyenne... .…..:.:.. 71500 Plus que le charbon de bois. Coke à 0,15 de cendres...... 6000 Id. Id.
Au demeurant, les conditions d’une bonne ventilation se résument en ceci : 1° appel d’air continu; 2° pureté de l'air appelé ; 3° ventilation proportionnelle à la quantité d’air vicié qu'on élimine; 4° température convenable de l’air introduit, afin qu'il ne détermine pas l'impression d’un courant froid ; 5° simplicité et activité spontanée de l’appareil dont le résultat devient précaire, dès qu'il exige, pour fonctionner, une surveillance et des soins fréquents. Il est aisé de remplir ces conditions pour les demeures privées, soit avec les poêles, soit avec les cheminées. Nous examinerons dans le deuxième volume les systèmes de chauffage proposés pour les édifices publics. Quant au chauffage, les avantages à rechercher sont : 1° production constamment uniforme d’une quantité moyenne de chaleur ; 2° économie de combustible ; 3° distribution égale du calorique dans toutes les parties de l’appartement ; 4° ignition aussi complète que possible du combustible employé. Les inconvénients à éviter sont la viciation de l'air par les produits gazeux de la combustion, par la fumée, par la désoxygénation et par la dessiccation de l'atmosphère confinée. Les modes de chauffage que nous avons indiqués, avec les perfectionnements qu’ils ont reçus, ne sont pas loin de satisfaire entièrement aux vœux de l’hygiène. Quant au degré de température le plus convenable pour l’intérieur des habitations, Robertson ne le veut pas au-dessus de 10° c. dans les chambres à coucher ni au-dessus de 15° à 18° c. dans les pièces de réception. Îl est certain que leséjour dans les lieux trop échauffés artificiellement détermine des vertiges, de la pesanteur céphalalgique, des syncopes, des symptômes de turgescence vasculaire vers la tête. En outre, nous ignorons les modifications qu’une chaleur artificielle élevée imprime à l'air sous le rapport de sa respirabilité. Nous partageons l’epinion de Fleury (t. 1, p. 63), que la rélégation dans un appartement dont la température est celle de la plupart des hôtels de Paris chauffés par des calorifères, exerce sur l'organisme une influence très fâcheuse qui se traduit par une diminution du ressort et de la
vitalité de la peau, par l’alanguissement des fonctions de respira-
tion, d'hématose, de calorification, par l'affaiblissement de la cir-
culation capillaire périphérique et une altération du sang; de là
certaines variétés de chlorose, d'anémie, de névropathie, des débi-, lités générales, etc., maladies si répandues dans les rangs opulents
et les mieux abrités de la société. C'est pour ces classes surtout que
les applications hygiéniques de l’hydrothérapie sont merveilleuse-
ment indiquées.
$ 3. — De l’usage alternatif de l'air libre et de l’air confiné.
Les demeures privées, telles qu'elles existent dans les villes, dans les campagnes, etc., sont loin de remplir les conditions de salubrité que nous venons d'exposer. L'avantage d’un logement sain n’est échu qu’à une faible minorité de la population ; des classes entières ‘sont reléguées, comme les portiers, dans des réceptacles situés au rez-de-chaussée, prenant Jour sur des allées sombres, sur des cours toujours humides, mal chauffés en hiver, privés de ventilation, et où des familles entières ne disposent pas du cube d'air nécessaire à la respiration d’un seul homme. Des greniers, des combles à toiture déclive, servent de refuge aux enfants de l’artisan ; dans les rues les plus étroites de nos cités, on voit ces garnis dont les chambres présentent des lits serrés les uns contre les autres, ou des couchettes étagées sur deux rangs verticaux, repaires immondes où s'entassent pendant la nuit les ouvriers qui n’ont point de domicile particulier. Les classes moyennes se privent par avarice ou par incurie de l’espace nécessaire à leur installation domestique. Rien ne manque aux boudoirs dorés, aux alcôves richement drapées, aux cabinets somptueux, que l'air qui doit alimenter incessamment la vie : on sait user de la fortune pour se procurer le comfort sous toutes les formes ; mais on oublie l'élément essentiel de la santé, qui est tout simplement une suffisante ration d’air atmosphérique. Dans les campagnes où rien ne s'oppose au développement convenable de l'habitation privée, où l'espace ne se vend point par menues fractions à prix d'or, le spectacle est encore plus affligeant : rien de plus misérable que la chaumière du paysan de la Sologne ; il faut lire le détail de sa construction dans l'ouvrage de Monfalcon (page 206). Piorry a signalé, d’après les relations des épidémies observées en France de 1830 à 1836 (1), l'état déplorable des habita-
(1) Mémoires de l'Académie de médecine. Paris, 4837, t. VI, p. 4 et suiv.
tions qui ont compté le plus de victimes ; le Doubs, l'Allier, la Mayenne, la Somme, en présentent qui ne valent pas mieux que les huttes des sauvages, tant la civilisation est lente à propager ses bienfaits, même dans les pays les plus favorisés.
L’édification vicieuse des demeures privées, l'insuffisance de leur capacité, le défaut d’une ventilation régulière, ont pour résultat de frustrer ceux qui les habitent de la quantité d’air indispensable à l’hématose, de spolier l'atmosphère confinée d’une certaine proportion d'oxygène, d'y accumuler l'acide carbonique, d'en accroître la température, de lui enlever son humidité, remplacée par les matériaux de la transpiration pulmonaire, de l’exhalation cutanée et des sécrétions ; d’où formation de miasmes putrides qui, portés par l'absorption dans le torrent circulatoire, agissent sur l’économie comme un poison spécial. Les faits contraires, rapportés par Parent- Duchâtelet et par Warren, s'expliquent par la dissipation des matières animales à l’air libre. Toutes les fois que ces matières se putréfient dans un milieu clos ou limité, sans ventilation efficace, il \ a production d’émanations putrides; et suivant que celles-ci pénètrent dans l'organisme avec plus ou moins d’abondance ou de rapidité, on observe les phénomènes d’une intoxication lente ou aigué. Quand l'infection agit à faible dose et d’une manière continue, elle détermine des effets peu caractérisés qui échappent à l'observation superficielle ou qui donnent le change sur la nature de la cause ; mais 1ls finissent tôt ou tard par altérer la crase du sang, et ils se traduisent par des états cachectiques : étiolement, hydroémie, scrofule, phthisie, etc. Quand l'atteinte est plus énergique et plus rapide: fièvre éphémère avec éruption critique, telle que herpès labial, zona, furoncles, etc., fièvre muqueuse, typhoïde, pétéchiale, scorbut aigu, purpura, ete.; toutes affections si multipliées chez nos jeunes soldats recrutés à la campagne et soumis au noviciat de la communauté militaire, aux influences du couchage dans les casernes et de la réclusion nocturne dans les corps de garde, dans les salles de police à baquets plus ou moins immondes, etc. Et que l'on ne dise pas que cette série progressive d’altérations et d'accidents ne se développe que sous l'influence de lencombrement dans les édifices publies, là où les hommes sont réunis en grand nombre. Ce qu’un local public est aux agglomérations humaines, l'habitation privée l’est à l'individu ; même cause, mêmes effets, bornés seulement dans leur propagation : dans le premier cas, épidémie ; dans le second, affection sporadique ou de famille. Un seul homme, une famille s'expose autant à résider dans un logement trop étroit, mal
acré, qu'à se mêler à la foule qui emplit de son méphitisme un vaste local ; c’est ce que j'appellerais volontiers l'encombrement individuel, l'infection de l’homme par lui-même, vu la disproportion du cube d'air dont il dispose avec les besoins de la vie dans un temps déterminé. La fièvre typhoïde prend naissance dans les chambrées des casernes, où couchent un nombre disproportionné de militaires ; elle sévit alors par épidémie régimentaire. Elle se produit également chez l'habitant isolé d’une pièce étroite et mal aérée. C'est ce qui résulte des relevés faits par Piorry, et qui portent non-seulement sur ses propres observations, mais encore sur celles de Bouillaud, Andral, Chomel, Louis, ete. Les enfants, en raison de la délicatesse de leur organisation, ressentent plus vivement les effets nuisibles de l’air confiné ; ils s’infectent plus rapidement par leur propre atmosphère ; l'insuffisance de l'air, et l’altération complexe qui en est la suite, c’est-à-dire l'encombrement, les place dans un état de prédisposition particulière à certaines maladies. C’est ainsi que les enfants les plus sains engendrent, dans les espaces limités où on les accumule, les principes des affections les plus dangereuses, et c’est dans ces mêmes conditions que cet âge manifeste sa puissance de contagion bien connue : fièvres éruptives, ophthalmie purulente, muguet, croup, angine couenneuse, coqueluche, teigne vraie, prennent naissance dans les recoins mal aérés où les parents même aisés relèguent trop souvent pendant la nuit la couche ou le berceau de leurs enfants. Les médecins qui pratiquent dans les grandes villes, où l’espace est dispensé avec tant de parcimonie aux locataires des meilleurs quartiers, ont souvent l’occasion de vérifier cette observation étiologique.
L'air confiné est nuisible, non-seulement par le changement de proportion de ses éléments, par l'élévation de sa température, par l'addition des principes étrangers, mais encore par le défaut de mouvement et parfois de rayonnement solaire; un grand nombre d'habitations ne reçoivent jamais l’action directe du soleil ; d’autres n’en jouissent que très fugitivement ; il en est ainsi surtout dans les quartiers populeux des grandes villes : or, nous avons vu combien cette influence est nécessaire à l’hématose et à la nutrition ; l’obscurité favorise la production de la graisse et l’exubérance de tous les fluides blancs. On ne connaît pas exactement l'effet des mouvements de l’air sur la manière dont s’accomplit la respiration ; mais si l’on consulte les sensations qui accompagnent l'acte respiratoire à l’air libre ou ventilé, et dans un milieu tranquille ou clos, on ne peut douter que dans le premier cas un volume d’air plus considérable
CIRCUMFUSA.— DES HABITATIONS ET DE L'AIR CONFINÉ. 701 est inspiré, que l’air pénètre plus profondément, que le déplissement vésiculaire est plus nombreux, que l’hématose s'opère par une surface plus étendue : ne voit-on pas les asthmatiques étouffer dans une atmosphère stagnante et réveillés au milieu de la nuit par l’angoisse de la respiration, se précipiter vers une fenêtre pour dilater leur poitrine à l'air frais et ventilé ? Les fluctuations continuelles de l’atmosphère renouvellent l'air en contact avec la surface pulmonaire et cutanée, et opèrent ainsi le départ du détritus gazeux de l'organisme. Enfin les changements qui affectent les qualités de l'air dans les espaces libres exercent utilement notre sensibilité, à moins qu'ils ne s'effectuent trop brusquement et dans une mesure excessive, les vicissitudes de pression, de température, d’hygrométrie, d'électricité, d'ombre et d’insolation, sollicitent alternativement les fonctions et semblent contribuer à leur juste balancement. Sous l'influence d’un état uniforme de l'atmosphère, la constitution organique tendrait à s’exagérer sous un type déterminé et pencherait nécessairement à la maladie : or, l’air confiné réalise presque toujours un état uniforme des qualités atmosphériques. Aussi Baudelocque a-t-il démontré par des faits nombreux que le développement des écrouelles survient après un séjour plus ou moins prolongé dans un air qui n’est pas suffisamment renouvelé. Richerand s’est assuré que les scrofuleux reçus à l’hôpital Saint-Louis provienñent presque tous des quartiers de Paris où les ouvriers vivent entassés dans des logements étroits. Les vaches captives dans les étables de Paris, les singes enfermés, meurent de phthisie tuberculeuse. D’après les recherches de Lombard (1), les professions sédentaires qui s’exercent dans des locaux étroits et fermés sont une cause fréquente de phthisie, tandis qu’un air pur et constamment renouvelé en préserve ; on n’a pas observé cette maladie funeste chez les animaux qui vaguent à l'air libre. La phthisie fait plus de ravages dans les prisons auxquelles on a appliqué le régime pénitentiaire de l'isolement et du silence ; c’est à l’inaction des organes phonateurs qu’on a attribué cet effet (Coindet, de Genève) : ne serait-il pas dü en partie à la stagnation dans l'air confiné des cellules ou à un renouvellement presque insensible de leur atmosphère, sans fluctuation, sans la fraîcheur en masse des courants extérieurs?
ly a donc un danger évident pour l’homme à s’emprisonner dans l’intérieur de son habitation, même alors que celle-ci répond en grande partie aux conditions de l’économie hygiénique; et plus
(1) Annales d'hygiène et de médecine légale. Paris, 1834, t. XI, p. 5.
702 avr HŸGIÈNE PRIVÉE.
elle s’en éloigne, plus le danger augmente. Le contact de l’air libre est une nécessité physiologique ; la respiration ne s'exerce avec force et plénitude qu’à ce prix. Or, cette fonction à des connexions intimes avec la vie animale et la vie plastique. L'effet de gaz irrespirables se décèle d’abord par le trouble des sens, des facultés cérébrales, du mouvement volontaire; celui-ci a pour condition l’affluence du sang artériel ; d’où il suit que la force musculaire dépend aussi de la respiration. Les mouvements respiratoires favo= risent mécaniquement la digestion ; lappétit et les forces digestives augmentent dans un air pur, et diminuent quand le sang se rapproche davantage du caractère veineux (1). Mais, en moyenne, combien de temps l’homme doit-il passer à l'air libre par jour ? Question difficile à résoudre d’une manière générale. Il faut tenir compte des climats, des localités, du séjour à la ville ou à la campagne, du quartier que l’on habite, du degré d'assainissement des demeures privées. D'un autre côté, toutes les circonstances individuelles qui font varier la consomniation de l'oxygène modifient les conséquences du séjour dans l'air confiné. Sous ce rapport, la constitution, le tempérament, le sexe, l’âge, l'habitude, etc., interviennent avec une certaine puissance. Les sujets lymphatiques et nerveux supportent mieux l'air immobile ou médiocrement renouvelé. que les individus sanguins et musclés. Grâce à la faiblesse de sa respiration et à l'habitude de la vie sédentaire, la femme séjourne plus impunément que l’homme dans un air renfermé et vicié; mais, durant la grossesse, elle a besoin d’un air libre et pur, ni trop sec, ni trop humide. S'il est vrai, comme l’assurent des voyageurs, que les crétins diminuent de nombre dans le Valais depuis que les femmes ont pris la coutume de se soustraire à l’air humide et stagnant qu’on respire dans le fond des vallées pour aller passer dans des lieux élevés le temps de leur grossesse, ce fait témoignerait d’un genre d'efficacité merveilleuse de l'air ventilé. La privation de l’air extérieur est cause que beaucoup de nourrices, dont la constitution ne laissait rien à désirer à l'époque de leur admission, changent, se détériorent et perdent une partie de leur lait. Naguère elles vivaient au milieu des champs, livrées à des travaux qui n’entrainent point la réclusion domiciliaire : appelées à nourrir l'enfant d'un citadin, elles se voient enchaînées auprès d’un berceau, et passent, non sans détriment, de leur sphère natale de respiration à une sorte de captivité atmosphérique. L'habitude
(1) Burdach, Physiologie, t. IX, p. 556.
réduit le besoin de respirer et plie l'organisme aux effets de la rélégation : on a vu des prisonniers s'attacher au séjour de leur cachot et refuser la liberté au terme de leur peine, parce que leur santé ne pouvait plus s’accommoder de l'air libre et de l'éclat du plein jour. Les vieillards, en raison de l’atrophie de leur appareil aérien et de la réduction de leur pouvoir respirateur, se ressentent moins des inconvénients de l'air confiné; leurs tissus sont moins perméables aux émanations dont il se charge promptement (1); leur modalité vitale ne réclame point aussi impérieusement que celle des adultes les stimulations généreuses d’une atmosphère riche d’oxygène, de lumière et d'électricité, et dont l’action est multipliée par la vitesse de son renouvellement. Néanmoins ils sont loin d’être insensibles au bienfait d’un air pur et mobile. Qui ne connaît les avantages de la résidence à la campagne pour les personnes d’un âge avancé? S'ils s'expliquent en partie par l'éloignement des causes d’agitation qui sévissent sur la vie urbaine, par le calme et le rafraichissement moral que procure la vue des champs, nierat-on que la pureté de l'air, la ventilation, qui s'effectue spontanément dans les vastes étendues d'horizon, la sérénité du ciel que ne trouble point la vapeur méphitique des centres de population, n’y contribuent en quelque chose? Mais c’est principalement aux enfants que l'influence de l’air confiné est fatale. Chez eux la respiration est plus énergique, les sécrétions et exhalations sont plus abondantes, l'absorption plus rapide ; aussi l’espace étroit qui trop souvent leur est assigné dans les habitations ne tarde point à se convertir en un foyer d'intoxication miasmatique, s’il n’est puissamment aéré. Les enfants périssent en plus grand nombre dans les quartiers étroits, où les maisons sont mal bâties et les logements très resserrés, que dans les quartiers qui présentent des conditions opposés (Villermé). Il faut se hâter d'exposer les enfants à l’action de l’air et du soleil, de leur donner chaque jour, suivant l’expression de Hufeland, un bain d'air vivifiant (2) : c’est un des moyens les plus propres à les fortifier, à consolider leur constitution. Et saurait-on $S v prendre trop tôt quand les conditions de notre état social sont telles que, dès l’âge de sept ou huit ans, les devoirs de l'éducation morale et intellectuelle commencent à peser sur eux
(1) La rareté de la fièvre typhoïde chez les vieillards serait-eile due à cette c'rconstance, ainsi qu’à l’atrophie de l'appareil folliculaire de l’intestin ?
(2) La macrobiotique, ou l'art de prolonger la vie de l'homme, traduit de l'allemand, par A.-J.-L, Jourdan. Paris, 1838, p. 459.
et leur infligent une scolarité sédentaire de plusieurs heures par jour ?
Donné, auquel les mères sont redevables d'excellents conseils (1), ne craint pas de dire que les personnes les plus convaincues de l'utilité de mettre les enfants à l'air, qui apportent le plus de soin et de régularité à cette partie de leur hygiène, n’en font pas encore assez, et qu'il est très peu de mères qui fassent sortir leurs enfants autant qu'il le faudrait pour leur constituer une organisation vigoureuse et une santé robuste. Le préjugé retient les enfants trop longtemps renfermés après leur naissance. Dès l’âge de huit à quinze jours, Donné recommande d'envoyer les enfants à la promenade au plus beau moment de la journée; et quand ils seront familiarisés avec l’impression de l'air, ils devront passer dehors plusieurs heures, protégés contre l’action directe et prolongée du soleil, sans être entièrement privés de ses rayons : mieux leur vaut le hàle que la pâleur morbide des enfants qu’on environne d’un excès de soins; s'ils sont enveloppés convenablement et qu'on leur imprime de temps en temps quelques mouvements, l'air vif et même un peu froid ne leur nuit point. Il faut se rappeler toutefois que les nouveau-nés, même bien vêtus, perdent promptement leur chaleur; ils se laissent pénétrer par le froid sans en témoigner aucune souffrance; ce n'est que vers dix-huit mois à deux ans et même plus tard qu'ils s’en plaignent avec des pleurs : aussi, par une température trop rigoureuse, on s'abstiendra de les produire à l'air, quelque épais que soit leur habillement. Une fois en état de s’agiter par l'exercice spontané, ils auront moins à redouter le froid, et si on les pousse un peu à le supporter, ils ne manqueront point de s’aguerrir progressivement contre les intempéries hivernales. « Il ne s’agit pas de faire respirer l'air extérieur à l'enfant dans les rues d’une grande ville, de le faire passer de sa chambre dans un salon de visites ou dans une boutique, de lui faire faire une course en voiture, mais de le laisser jouer au grand air. » C'est dans les espaces dégagés, dans les promenades étendues et bien situées, qu'il faut exposer l'enfant à l’air : au fort de l'été, il doit rester dehors à peu près toute la journée; au printemps et en automne, pas moins de quatre à cinq heures, à partir de midi; en hiver, pendant les quelques heures que le soleil reste sur l'horizon. Le lecteur trouvera dans l’excellent ouvrage de Donné le complément de prescriptions minutieuses qui
(1) Conseils aux mères sur l'allaitement et sur la manière d'élever les enfants nouveau-nés, par Al, Donné. Paris, 1846, p. 249.
CIRCUMFUSA.— DES HABITATIONS ET DE L'AIR CONFINÉ. 705 se rapportent à ce que l’on peut appeler le bain d'air quotidien de l'enfant.
Quant à l’imminence morbide, l’usage de l'air libre neutralise celle des affections dont la production est favorisée par la stagnation atmosphérique ; à cette dernière cause s’en ajoutent d’autres, telles que le défaut d'exercice, la continuité des attitudes vicieuses, etc. ; elles agissent de concert dans l’étiologie de certaines maladies : comme à l'air hibre, l’action musculaire, la répartition plus égale des fluides circulatoires, l'expansion des viscères, ete., concourent ensemble à l'effet préservatif. Nous avons signalé (page 309) la bénigne influence que le changement d’air exerce sur les convalescents. Leur première transition de la chambre à l'atmosphère est surtout marquée par la fraicheur des impressions, par une sorte de révivification générale ; l'action réconfortante de ces bains d’air est visible en eux : chaque promenade leur rend un peu de leur vigueur passée. La convalescence est-elle lente à s'établir, lente à se contirmer, parfois un changement d’air devient décisif, même alors qu’on avait placé le malade dans les meilleures conditions de salubrité atmosphérique. Reveillé-Parise a vu des améliorations de convalescence obtenues à Paris en faisant passer le malade d’un quartier dans un autre {1). En général, l’air de la campagne achève Ja restauration de l'organisme qui a subi les commotions d’une maladie grave, |
Les heures les plus convenables pour l’usage de l'air libre et pour la ventilation des demeures privées se déduisent d’après l’indication des climats, des localités et des circonstances de santé ou de maladie, de ce que nous avons dit sur les mutations diurnes de l'atmosphère; le besoin de stimulation électrique, d'irradiation solaire, de sécheresse ou d'humidité, de fraîcheur ou de calorique, réglera pour chaque individualité, suivant les temps et les lieux, le moment et la durée des échanges d’air libre et d'air confiné. En général, l'atmosphère est le champ de la vie; lhabitation répond aux besoins de la civilisation plus qu'aux exigences de la nature; elle ne doit servir qu’à abriter l’homme périodiquement et passagèrement : s’il s’y cantonne à poste fixe, il altère les conditions essentielles de sa vie organique.
(1) Étude de l’homme dans l'état de santé et dans l'état de maladie, Paris, 1845, +. 1, p. 193.
M, LÉVY, 4€ EDIT. — 1, h5
er sn or © e-4
= me em GI
ee
eee r es en +
STE © 00 210 20 MIO NO M MC Ne © E 00 et OO OT —æ 20 0 OO OR E © D DER RO DORE —
__« "ss. LS QO 9 CD = ON GO Lu © Ex © —N——
“ANNOLAY
Co
SO MER Re RAR QESTS RS
See re ee
Soc
ee
NS © = Gi M M —
I et st 00 O9 ei Où D M D © 2 SO I = DL 20 © © 20 © 20 La E =æ O© GI D GI © == D GI
CSS à =