IT. — SEXE
Nous avons indiqué (p. 129) les différences que présente la femme sous le rapport de la digestion et du besoin d'alimentation; elle a moins de puissance digestive, exige moins de nourriture et une nourriture moins excitante. Faible, sédentaire, moins portée à l'intempérance, soustraite généralement aux travaux qui épuisent l’homme, elle recherche par instinct les aliments doux, sucrés, légers, nutritifs sous un petit volume; mais tout en lui interdisant l'usage des aliments, faut-il avec Tourtelle lui assigner le régime des enfants, la réduire à l'usage des viandes blanches et des végétaux (1)? Une semblable diète aura t-elle la propriété d’amortir sa susceptibilité nerveuse, ou plutôt, dans un grand nombre de cas, n’aura-t-elle point pour effet de l’accroître? L'hygiène des femmes est semée d'erreurs qui contribuent journellement à détériorer leur santé. En général, les aliments très digestibles des deux règnes organiques leur conviennent : fécules, viandes rôties, etc., et la considération de leurs tempéraments, de leurs dispositions héréditaires, de leurs maladies antérieures, doit l'emporter, dans l’ordonnance de leur régime, sur les indications qui découlent théoriquement du sexe; leur nourriture doit varier surtout suivant les grandes époques de leur vie féminine : menstruation, grossesse, parturition, allaitement, âge de retour (voy. sect. LI, chap. 1v). Vers l'établissement de la nubilité, le régime ne doit être ni excitant ni débilitant, afin de ne pas supprimer l'effort hémorrhagique normal ni de l’accroître outre mesure ; il n’y a pas lieu de mentionner 1ei le genre de nourriture qui convient dans le cas de dysménorrhée, de règles hémorrhagiques, etc. L'état chlorotique, qui entrave chez tant de jeunes filles l'établissement de la menstruation, exige un régime corroborant. Une nourriture douce, humectante, peu substantielle, convient aux femmes qui touchent à l’âge critique; elle
(1) Tourtelle, Traité d'hygiène, édition Bricheteau, p. 805.
prévient les congestions sanguines qui menacent alors l’encéphale, les poumons, etc. Les femmes ‘en apparence les plus exposées à ces accidents réussissent, à force de sobriété, à traverser sans maladie cette période trop redoutée. La grossesse n’oblige guère à modifier le régime alimentaire des femmes; la plupart ne changent ni de goût ni d'habitudes; la pléthore qui survient après le quatrième mois doit les porter à choisir leurs aliments, suivant qu’elle a un caractère vraiment sthénique, ou que, ce qui est beaucoup plus fréquent, elle consiste réellement dans un état hydroémique avec diminution de globules; plus tard, la compression de l'estomac ne leur permet d’ingérer à la fois, sans malaise, qu’un petit volume d'aliments, sauf à augmenter le nombre des repas. Les femmes nerveuses et chétives éprouvent, sous l'influence de la grossesse, une notable amélioration de l'appétit et consomment beaucoup plus au grand profit de leur nutrition. En général, la mesure du régime est fixée, pour les femmes enceintes comme pour tout le monde, par celle de l'appétit, sans égard à l’axiome banal qui leur prescrit de manger pour deux; la suppression des menstrues compense en partie les frais de la nutrition du fœtus. Quand la faim est vorace, on la trompe par des repas plus fréquents, par des aliments à saveur douce et fade; un dégoût sans cause morbide cédera à des boissons un peu stimulantes, à une nourriture plus sapide. Toutefois beaucoup de femmes se décolorent et maigrissent pendant les premiers mois de la gestation ; le nombre de leurs globules diminue dans le sang, à mesure qu’elles fournissent de leur propre substance à l’évolution organique de l’embryon; des troubles dynamiques en rapport avec l’anémie se manifestent. Trop souvent, ignorance ou routine, on les soumet alors à des saignées qui augmentent l'épuisement et favorisent le développement des accidents nerveux, tandis qu’il est nécessaire de renforcer l’alimentation, et d'y ajouter le vin, la bière, le houblon, les ferrugineux, les amers, etc., afin de les aiûer à subvenir à l’accroissement du produit nouveau qui vit en elles et à leurs dépens. Quant aux appétences insolites, on s’en exagère l'importance, et c'est peut-être ce qui les rend plus fréquentes ; mieux vaut leur résister que de les satisfaire aux dépens’de la santé : le charbon, le plâtre, le vinaigre, étc., ont été l’objet de ces désirs étranges ; il faut refuser de pareilles substances ou ne les donner qu'à dose minime et avec des correctifs convenables. Pendant la grossesse, la femme doit s'abstenir de liqueurs spiritueuses, qui, nuisibles à sa propre santé, sont un véritable poison pour l'enfant qu’elle porte dans son
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sein. En couches et avant que la révolution laiteuse soit opérée, la femme ne doit recevoir que d’un à trois bouillons par jour si elle ne nourrit point, quelques potages dans le cas contraire, C’est ici que se montre à un haut degré la puissance de l'habitude. On voit des paysannes qui, deux jours après l’enfantement, reprennent, avec leurs travaux, le régime grossier et nourrissant auquel elles sont accoutumées; sans doute cette conduite fait des victimes, mais beaucoup ne s’en ressentent point. Une fois la sécrétion laiteuse établie, on revient par degrés au genre de vie ordinaire en passant de la soupe, des panades, des bouillons avec fécules, aux œufs à la coque, aux viandes blanches, aux poissons frits, aux côtelettes, etc., de telle sorte qu'au bout de dix à douze jours l’accouchée n'ait plus besoin de direction spéciale dans son régime : même gradation pour les boissons. Nourrit-elle, tout aliment auquel son estomac est habitué Iui convient : « Tout se réduit, pour les nourrices comme pour tout le monde, à bien digérer ce qu’on mange et à ne pas manger avec excès (1). » Les mets qui font la base de Ia vie ordinaire, qui sont consacrés par un long et général usage, sont ceux qui conviennent le mieux aux nourrices, avec la précaution
de varier leur régime et de leur refuser les viandes fumées, salées, la charcuterie, des quantités trop fortes de substances végétales crues et le vin en excès. Aucun aliment n’a la propriété d’augmenter la sécrétion du lait; c’est une faute que d’éloigner trop les nourrices campagnardes de leurs habitudes alimentaires et de leur servir des mets choisis dans l'intention de donner à leur lait toute l'abondance et la richesse possibles ; les mets apprêtés et les friandises leur conviennent moins que leur soupe accoutumée, faite avec la viande et les légumes, abondante en pain, en pommes de terre, en carottes. Que l’on évite de leur donner des choux, des épinards, des bettes ou poirée biauche, à cause de leur qualité laxative ; de l'ail, de l'oignon, du poireau, de l’échalote, etc., à cause du principe volatil àcre que recèlent ces plantes alliacées et qui se communique au lait; sauf ces exceptions et quelques autres, la nourriture commune est la meilleure pour les nourrices; on y ajoutera pour boisson le vin coupé d’eau. Les alcooliques passent dans le lait et peuvent occasionner aux nourrissons des accidents d'empoisonnement, tels que coliques, convulsions, ivresse et même la
Mort.
(1) A. Donné, Conseils aux mères sur l'allailement el sur la manière d'élever les enfants nouveau-nés. Paris, 1846, p. 157,
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M. LÉVY,. 4° ÉDIT,— be
JIL. — TEMPÉRAMENTS, IDIOSYNCRASIES.
« Nullum alimentum universali titulo salubre dici potest, et qui rogat quodnam est salubre alimentum, idem facit ac si quæreret quisnam sit ventus secundus, non cognito itinere (1). » C'est aux individualités organiques que s'applique cet aphorisme si vrai : l'aliment qui convient à l’une nuirait à l’autre; la diète doit concorder avec les différents tempéraments ; elle ne doit pas offenser les goûts instinctifs ni même les goûts acquis, car ils expriment toujours un rapport entre l'aliment et l’état actuel de l'organisme. On chercherait vainement à surmonter ces répugnances : les substances ingérées contre le vœu de l’économie sont réfractaires aux forces digestives ou ne cèdent à leur action que d’uné manière incomplète et laborieuse, Ce que nous avons dit des effets de l'alimentation végétale et animale nous dispense d'entrer dans de longs détails au sujet du régime qui convient aux différents tempéraments et idiosyncrasies. Plus le tempérament sanguin est prononcé, plus la diète doit être végétale, adoucissante (fruits, herbes potagères. viandes blanches, etc.). Les pléthoriques doivent éviter les aliments succulents. Les sanguins d’une nuance modérée peuvent user plus librement des différents genres de nourriture, et c’est pour eux que Celse a émis le précepte de ne s’astreindre à aucune règle particulière du régime, mais d'en suivre un très varié. Néanmoins tous les individus sanguins, à quelque degré que ce soit, ne doivent user que très sobrement des stimulants, des assaisonnements âcres et aromatiques, etc.; cette recommandation s'adresse également aux gens doués de l'idiosyncrasie hépatique ; ils trouveront, dans un régime ténu et végétal, le meilleur préservatif contre les aflections bilieuses ; les acides, les maücilagineux leur conviennent ; mais point de substances grasses, point de viandes noires ni d’aliments doux, sucrés, mielleux. L'influence que ces dernières substances exercent sur la sécrétion du foie n'avait pas échappé à Hippocrate ; elle a été vérifiée expérimentalement par Chossat, qui a vu le sucre. favoriser tantôt la formation de la graisse, tantôt celle de la bile ; il en est de même du lait que les bilieux doivent exclure de leur régime. Au reste, les personnes de ce type physiologique mangent beaucoup, digèrent vite et ont le ventre serré. Le tempérament nerveux se fait remarquer par les caprices de l'appétit, lir-
(i) Van Swieten, Commentaires, t. [, p, 55.
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régularité de ses retours, ses anomalies, les alternatives de paresse et d'activité des organes digestifs; la facilité et la soudaineté de leurs perturbations, le contraste du resserrement habituel du ventre avec une disposition à la diarrhée accidentelle ; il contre-indique l'emploi des aliments grossiers, des farineux non fermentés, des substances flatulentes ; il repousse de même les forts assaisonnements, et en général tout ce qui peut surexciter la sensibilité déjà trop exaltée. Chez les sujets nerveux, il faut relever les forces digestives, favoriser l’hématose et la nutrition, solliciter le développement du système musculaire pour neutraliser, par un antagonisme d'actions vitales et plastiques, la prédominance des centres nerveux. La fibre rouge des bonnes viandes, le gibier non faisandé, le pain bien fermenté et bien euit, le poisson à chair sapide et colorée, le lait riche en globules, quelques végétaux amers, ete., concourent à ce but. Les Iymphatiques réclament une nourriture qui augmente les matériaux solides de leur sang et rehausse la vitalité de leurs tissus : la diète pythagorique ne serait point leur affaire. Les viandes rôties, les aliments savoureux et nutritifs sous un petit volume leur conviennent le nrieux; aux végétaux, leur régime n’empruntera que les plantes àcres qui provoquent les urines et la transpiration (crucifères), le persil, l’asperge, les aromatiques; les viandes blanches, les farineux non fermentés, les substances grasses, visqueuses, humectantes, en seront bannis ; ils ne se priveront pas des assaisonnements stimulants.