IL. — CONSTITUTION, HÉRÉDITÉ
Les professions, si l’on en excepte celles qui sont dites libérales, se recrutent presque invariablement dans les classes inférieures et moyennes ; celles-ci fournissent aux carrières libérales un contingent annuel, mais il est faible en proportion de celui des classes plus aisées. Il s'ensuit que l'influence de beancoup de professions se grave en traits permanents sur l’organisation de certaines classes de la société et donne lieu à des modifications héréditaires qui se combinent avec celles de la race, du climat, etc. Telle est la prédominance du système nerveux parmi les personnes adonnées aux travaux de l'esprit ; telle est la disposition à la phthisie pulmonaire, transmise aux enfants par des parents que leurs professions dévouent à cette maladie. Ainsi Lombard, de Genève (1), a trouvé que sur 4000 décès, la phthisie avait fourni les proportions suivantes :
Professions à émanations miné- Professions à mouvements de bras
rales êt végétales. . :.".". 176 DA PÉCOUPSES es + de ss se 1410 — à poussières diverses. ...... 4145 | — à exercice musculaire et vie — à viesédentaire........... 140 activerile : He. be: AÊTIE. 80 — à vie passée dans les ateliers. 4138 | — à exercice de la voix....,.. 74 — à air chaudetsec......... 127 | — à vie passée à l'air libre.... 73 — à position courbée......... 122 | — à émanations animales. .... 60
— à vapeurs aqueuses........ 53
Dans les manufactures, la masse des travailleurs est affectée de scrofule (2); ce fléau marque les enfants, les jeunes gens de ses cicatrices, de ses tumeurs, de ses infirmités, de ses déformations hideuses; il attaque plus particulièrement les tisserands et leurs familles. Ces populations sont faibles, chétives ; courbées sur leurs métiers et élevées à l'ombre, elles s’étiolent comme des plantes. Depuis le développement qu'ont pris les manufactures dans le département du Haut-Rhin (de 1810 à 1823), la taille moyenne n’y a pas augmenté dans les mêmes proportions que dans les départements voisins. Les documents officiels prouvent que la population des pays de fabrique est moins vigoureuse que celle des campagnes. Tout concourt à l’épuiser : placée comme auxiliaire à côté de la dévorante activité de la vapeur ou d’une chute d’eau qui ne se repose jamais, elle porte aux dernières limites le développement de
(1) Annales d'hygiène. Paris, 1834. 1"° série, t. XI, p. 3 et suiv.
(2) Villermé, Tableau de l’état physique et moral des ouvriers, etc., 1840, t. Il, p. 244.
ses forces ; dans les grandes réunions de tout âge et de tout sexe, les passions s’allument, la contagion du vice sévit avec une sorte de fureur, et les excès de la débauche accélèrent l’altération des constitutions les plus robustes. Ainsi s’appauvrissent et se corrompent les sources de la procréation : conçus dans la misère et le libertinage, les frêles rejetons de cette population abâtardie passent à leur tour sous l'empire des mêmes causes de dégradation physique et morale : c’est un cercle sans fin où la santé et la vie vont s'atténuant comme la matière brute que l’industrie met en œuvre.