PROFESSIONS INTELLECTUELLES
bre de modificateurs ; que l'harmonie des rapports organiques est détruite par l'inégale répartition des forces vitales et sensitives ? « La portion de puissance nerveuse qui appartient à la digestion, à la cireulation, à la nutrition, se reporte en grande partie à l’intelligence, à la méditation, et par conséquent au cerveau. Certains organes ont le superflu, tandis que d’autres manquent du nécessaire {1). » Les personnes livrées aux travaux de l’esprit subissent les conséquences de la vie sédentaire, du défaut d’air pur et renouvelé, des veilles prolongées et souvent répétées, des positions vicieuses dans le travail, de la rétention des urines et des matières fécales, des erreurs de régime, de la solitude et des habitudes bizarres qui sont propres à beaucoup d’entre elles. Toutes ces causes : de modifications organiques ont été précédemment étudiées. Quelques-unes exercent de grands ravages sur le physique et sur le moral. Ne pas renouveler l’air de son cabinet, dit Tissot, c’est vivre des ordures de la veille. Le renoncement à la société produit l’esprit chagrin, la misanthropie si commune parmi les savants et les gens de lettres. Il s’en faut toutefois que l’on ait déterminé d’une manière exacte la nature et la proportion des maladies qui les atteignent par suite de leur genre de vie. Le raisonnement conduit à les placer sous l’imminence de la congestion cérébrale et de l’apoplexie : en effet, le cerveau s’hypérémie à chaque stimulation; longtemps il se débarrasse sans peine de l’excès de fluides sanguins qui l’assaillent périodiquement ; à la fin, et par le progrès de l’âge, les vaisseaux de ce viscère, fréquemment dilatés par l’afflux congestionnel du sang, réagissent moins sur lui, et l’engorgement commence : alors des assoupissements, des ramollissements cérébraux, des tremblements musculaires, l’apoplexie qui a fait d'illustres victimes en Pétrarque, Copernic, Malpighi, Richardson, Linné, Marmontel, Daubenton, Spallanzani, Monge, Cabanis, Corvisart, Walter Scott, etc. Ces grands noms frappent l'attention, mais ne tranchent pas la question de la fréquence comparée de l’apoplexie dans les classes illettrées et les classes adonnées aux contentions de l’esprit. Les névroses de l’encéphale semblent plutôt le partage de ces dernières. Sur A8 cas d’hypochondrie où la profession a été notée, Michéa (2) a rencontré 31 mdividus ayant des états où la pensée joue le premier rôle. Il est remarquable que toutes les étude s
(1) Réveillé-Parise, Physiologie et hygiène des hommes livrés aux travaux de l'esprit. Paris, 1843, t. IT, p. 6.
(2) Traité de l'hypochondrie, 1845, p. 387.
qui se rattachent à la médecine favorisent particulièrement le développement de l'hypochondrie. Stoll a insisté sur le défaut du sangfroid, sur l'absence de courage et de capacité dont les médecins font preuve, quand ils veulent se traiter eux-mêmes. Quant à la folie, la statistique a fait voir qu'elle est, comme l’a dit Esquirol, le produit des influences intellectuelles et morales. Toutefois la folie ne menace guère que les individus qui, doués de médiocres talents, d'une mémoire infidèle, d’un jugement lent et pénible, s'appliquent outre mesure aux études ; il y a de par toutes les carrières intellectuelles des cervelles fourvoyées auxquelles il faut faire rebrousser chemin, dans l'intérêt de leur santé et de leur avenir. Au mois de juin 1842, je fus chargé avec le docteur F. Voisin, par le préfet de la Seine, de faire un rapport sur l’état mental d’un jeune conscrit de la classe que l’on disait atteint d’aliénation ; la maladie était réelle et due évidemment aux excitations dirigées sur son cerveau par des études auxquelles il était radicalement impropre. D’après un rapport digne de foi, un certain nombre d’élèves sortant de l’École polytechnique sont atteints de névroses cérébrales qui reconnaissent pour cause l'excessif travail qu’ils ont dû faire pour embrasser tous les objets de leur instruction obligée (Guérard). Parfois la cause de la perturbation cérébrale est moins dans l’inaptitude que dans le défaut d’affinité des études entreprises avec le genre d'esprit des jeunes gens : un changement de carrière suffit à leur guérison : « Vési sunt aliqui quasi reviviscere, quando post exosum aliquod studium, ad quod coacti accesserant, ad aliud sibi acceptius, et naturæ suæ adfinius dimittebantur. » La constipation, les obstructions viscérales de l’abdomen, le catarrhe chronique de la vessie, les calculs des reins et de la vessie, sont encore le triste accompaguement de la vie studieuse du cabinet. Civiale a dressé une liste curieuse des célébrités de toute espèce qui furent affectées de calculs ou de gravelle : on y voit figurer Amyot, Érasme, Harvey, Calvin, Bacon, Leibnitz, Bossuet, Linné, Newton, d’Alembert, Buffon, Voltaire, etc. Les spécialités de professions intellectueiles ajoutent quelques éléments à cette inminence morbide : le statuaire respire des poussières nuisibles le peintre manie des couleurs toxiques, l'avocat expose son larynx, le médecin court risque de contagion et a dû s’acclimater dans les hôpitaux et dans les amphithéâtres, etc. — Casper, de Berlin, a calculé que l’âge de 70 ans est atteint par 2 théologiens sur 100, par 29 avocats, par 28 artistes, par 27 instituteurs, professeurs, par 24 médecins. Madden, littératenr anglais, en comparant la vie moyenne des hommes célèbres de