‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 122 sur 155 · PROFESSIONS INTELLECTUELLES · texte numérisé non relu

PROFESSIONS INTELLECTUELLES

diverses classes, a trouvé pour la vie moyenne des naturalistes 75ans; pour celle des philosophes, des sculpteurs et des peintres, 70 ; pour celle des jurisconsultes, 69 ; pour celle des médecins 68 ; pour celle des théologiens, 67 (Lombard) (1).

Lesrègles d'hygiène qui conviennent aux professions intellectuelles se déduisent des principes et des faits émis dans les différents chapitres de l'hygiène privée. Ceux qui exercent ces professions ont besoin d’une diète intellectuelle, comme dit Reveillé-Parise, et d’un régime général. Une distribution hygiénique du travail de l'esprit laisse aux repas leur temps accoutumé, aux digestions leur cours, au sommeil ses droits naturels, à l'exercice musculaire ses justes intervalles ; la variété dans les études délasse l'attention : « /dem objectum frangit animum ; varietas recreat. » (Boerhaave.) Quand l’homme de cabinet ne peut sortir, ce n’est point au jeu des cartes qu'il doit s'amuser ; mais, suivant le conseil de Tissot, avec la paume, le volant, le billard, etc.; la chasse, l'équitation, la promenade, le sympastique lui vaudront encore mieux. « Nehil magis salutare censeo, ac magis commendo, quam corporis exercitium, quod nihil preæstantius ad obstructiones expediendas, nativum colorem roborandum, coctiones per ficiendas, transpiratum promovendum et scabiem fugiendam.» (Ramazzini.) La sobriété et Le choix d'aliments légers lui sont indispensables. Qu'il respire dans son cabinet un air pur, une température convenable ; qu'il travaille sur un pupitre élevé qui le dispense d’une flexion excessive du tronc; qu'il interrompe souvent son occupation pour exercer la faculté d’accommodation de ses yeux et pour exécuter une série d'inspirations profondes qui dilatent sa poitrine, etc. S'il est tombé dans cet état d'usure nerveuse quiest si commune parmi les ouvriers de l'intelligence, et qui simule un grand nombre d'états morbides, ou s'il éprouve avec une excessive irritabilité du système nerveux la prostration de l’ensemble, qu’il congédie le démon familier de son esprit, qu'il interrompe ses méditations pour aller respirer l'air pur, pour se livrer aux travaux du corps, surtout à l’agriculture, pour voyager, pour se rendre aux eaux minérales ou pour prendre les bains de mer, dont l'utilité est éminente pour les gens de labeur imtellectuel : « Cachecticos natatio maritima juvat. » (Celse.)

Une statistique médicale de l'École polytechnique serait un document d'un grand intérêt pour l'appréciation de l'influence que les fortes et persévérantes contentions d'esprit exercent, dans certaines limites d’àge, sur les principales fonctions de l’économie ;

(1) Annales d'hygiène. Paris, 1835, t. XIV, p. 96 et suiv.

elle résumerait en quelque sorte l'hygiène des professions intellectuelles. Non-seulement les deux années que les élèves passent dans cette école sont marquées par une application continue à des études d’un ordre élevé, par l'excitation fréquente des examens, etc.; mais, pour y être admis, ils ont dû s’astremdre à des préparations aussi longues que difficiles. Nous avons sous les yeux les tableaux des maladies traitées à l’infirmerie de cette école pendant les années 1850, 1851 et 1852, et celui des indispositions qui, observées pendant la même période, n’ont pas nécessité un traitement à l’infirmerie. 586 élèves ont passé par l’école dans cet espace de trois ans et ont donné :

Malades à l’infirmerie.... 425 Proportion... 60,49 sur 100 Simples indispositions..... 650 (OR e NIET sur 100 Décédés tas: Ge JA LE 3 idiséio mis 0,52 sur 100

Les conditions hygiéniques de l’École polytechnique étant excel lentes, ces résultats ne peuvent exprimer que 1° l'influence des éléments individuels des constitutions plus où moins faibles d’origine ou déjà ébranlées par le travail antérieur ; 2° celle des travaux de scolarité. [ls autorisent une première induction, savoir, que l'excitation prolongée de l’encéphale rend plus vulnérable aux actions morbifiques, quels qu’en soient la nature et le point de départ.

, Sur quels organes, sur quels appareils de l’économie tendent à se localiser les manifestations morbides qu'on observe dans ces conditions de vie intellectuelle ? Les tableaux suivants, que nous formons à l'aide des documents précités, fourniront la réponse à cette question.

Appareil digestif. A l’infirmerie, A la chambre, Embarras gastro-intestinal............ 17 80 Embarras gastrique avec urticaire...... 3 »

Irritation gastro-intestinale........... 110 63 Gestroteniénianss at sonthos.1éétis 9 »

Entéro-colite. ..... sde htc 5 . 6 »

D'YSODÉCRIO Rs Pre ms rue se TS Ë nr rang »

147 143 D Appareil respiratoire, À l’infirmerie. A la chambre, HTONCILLS AIEUÉs es sus eee cas cet OL 50 Bronchite chronique... .... LAINE STRESS »

Pleuritessfentes lbs MIT LA EE tons 4 »

Congestion pulmonaire. .,............ 3 »

FÉIHODEYBIG se ET rer Pr vf anne »

Phthisie pulmonaire, ...,......,,.... 2 »

Appareil cérébro-spinal, A l'infirmerie. A la chambre, Courbature......... Mrscts.s D VE 91 Courbature avec fièvre....... Neue PR »

Fièvioddhéméreiaiet . «à a: des 40 »

Excitation nerveuse générale. .,.....,.. 7 53 LÉPRNAISIE Rd ut nan. . o à à oo de o 0, : 30 74 Migraine...... UE de en sh : 5 »

Cépbalalgie avec congestion.......... 2 30 Névralgie sus-orbitaire........,.,.,.... 12 » Névralsie/facialeiilasssl -......2.... » ai Palpitations nerveuses...,....,.,..... be, »

$ 2. — Profession militaire.

L'armée est ce que la font le recrutement et son genre de vie. Examinons ces deux ordres de causes : |

1° La loi impose à tout Français, par le tirage au sort, la chance de paraitre, pendant un temps déterminé (8 ans) sous le drapeau : elle n'exempte de ce devoir que les infirmes ; elle prévoit, en outre, certains cas de dispense, motivés par l'intérêt public ou par un sentiment d'humanité (fils aînés de veuves, ecclésiastiques, etc.). L’appel des classes constitue le mode de recrutement le plus moral'et le plus avantageux ; il fournit les meilleurs soldats. Le bon choix des éléments de l’armée importe à l'État comme aux individus. La profession militaire, comme nous le verrons plus loin, augmente la mortalité, diminue la vie moyenne ; les militaires faibles sont une non-valeur pour l’armée qui ne peut compter sur eux aux jours de fatigue et de combat, une charge pour l’État qu'ils grèvent de journées d'hôpital, une perte pour la société qui pourrait les employer utilement dans d’autres positions, car beaucoup meurent soldats qui auraient pu vivre dans les conditions de la vie civile. Depuis que la guerre n’enlève plus à leurs foyers la presque totalité des classes annuelles, la coupable industrie de la simulation et de la dissimulation des maladies a disparu par dégrés, et, pendant les douze dernières années où nous avons participé aux opérations du recrutement, nous n'avons eu à démasquer qu'un très petit nombre de fraudes.

Du 1* mars 4854 au 25 septembre 1856, le professeur Champouillon a constaté les simulations suivantes au Val-de-Grâce :

Aboiementi®, Em 2 Incurvation du tronc.... 7 Aphonie complète....... 10 MyOpie 2 447 02 POUR Bégayéments 40" 2 Nostalgie...... Li LATE T 1 Clauditation., ..:..44.0.% 9 Paralysie du poignet... ... 5 ContrAttures 25... cer 0 Paraplégie.......... F 8 Douleur Aie AC NS358 Surdi-mutité........... 3 Epilepsie... 34 Surdité cer emtiteiMs 59 Essouflement .......,.. 4 Teigue. 41e Ms à 1 FOIE ENS TA À PR 10 Tympanite abdominale... 2 Hémoptysie,s 1.18 MU, 6 Incontinence nocturne... 47

Ainsi, dans un total de 289 cas de simulation, la surdité, l’incontinence, l’épilepsie et les douleurs figurent en première ligne et représentent près des deux tiers des pseudopathies observées.

Le point difficile du recrutement est aujourd’hui le choix des hommes forts et l'élimination des sujets débiles, imparfaitement développés ou détériorés par la misère, les maladies, l'excès de travail ou la débauche. La force de constitution doit fixer au jourd’hui toute la sollicitude du médecin qui siége dans les conseils de révision ; malheureusement les fonctionnaires civils qui en font la majorité ne réfléchissent pas assez aux rudes épreuves de la vie militaire, et par une erreur qui indique un défaut de portée logique ou un calcul, beaucoup croient bien mériter de la population qu'ils représentent en la débarrassant de ses éléments médiocres par la voie du recrutement. La question du choix se lie‘à celles de l’âge et de la taille ; mais indiquons d’abord quelques autres modes d’admission dans l’armée. Le remplacement est contraire au principe de la loi qui fait du service militaire une dette personnelle du citoyen envers l'État ; mais il est entré dans nos mœurs, il est même nécessaire, sous une forme quelconque, avec la fixation actuelle de l’âge et la durée actuelle du service. Il appartient au médecin militaire de redoubler de sévérité dans l'examen des hommes qui se proposent comme remplaçants ; qu’il n'oublie pas les enseignements de la statistique judiciaire de l’armée où cette classe de soldats figure pour une si large part. Habiles à dissimuler les causes d'exemption et de réforme jusqu’à leur admission définitive, ils sempresseront de les faire valoir aussitôt qu’ils auront endossé l'uniforme. La débauche, les excès, l’indiscipline, en jettent un grand nombre dans les hôpitaux et sur la sellette des conseils de guerre. Une fois incorporés dans les régiments, il est sage de ne pas les avilir à leurs propres yeux par un dédain systématique qui finit par briser en eux Îles fibres détendues de l'honneur et du patriotisme. Au reste, le remplacement s'opère maintenant au moyen

PROFESSION MILITAIRE. 871 d'une prime d'exonération, par l'intermédiaire des soldats qui ont déjà payé leur dette de services militaires et qui les continuent pour le compte d’autrui. Ce qu’on appelle substitution n’est souvent qu'un remplacement déguisé, un marché d’argent entre un conscrit et un jeune homme de la même classe affranchi par le sort; quand la substitution a lieu entre parents et tend à conserver à une famille son appui naturel, elle doit être encouragée. Les engagements volontaires sont reçus à dix-huit ans, moyennant une taille de 1,56. Autrefois ils fournissaient dix mille hommes par an aux milices; ils ne se montent plus en moyenne qu’à trois mille par an. À chaque souffle de guerre ils augmentent ; les chômages de l’industrie produisent le même effet. Les engagements volontaires enlèvent à la société des hommes peu laborieux, inutiles. Si leur constitution est robuste et leur vocation certaine, ils deviennent d'excellents soldats, et de leurs rangs sont sortis d’illustres généraux ; mais trop souvent le découragement et la nostalgie suivent de près l'amour exalté des armes ; d’ailleurs, à dix-huit ans, le système nerveux n’est pas consolidé, les muqueuses aérienne et digestive sont très irritables, l'organisme, encore loin de sa perfection, résiste mal aux privations, etc. En général, le développement de l’homme n’est jamais achevé avant dix-neuf ans, et cette limite se prolonge chez beaucoup d'individus jusqu’à vingt-cmq ans; il s'ensuit que l'opportunité du recrutement penche plutôt sur la 21° ou 22° année qu'entre 18 à 20 ans. La loi l’a fixée de 20 à 21 ans pour les recrues, et de 18 à 30 ans pour les engagements volontaires ; au delà de 30 ans, les habitudes sont trop imvétérées, et l’économie plie mal aux exigences d’une nouvelle vie. Les appels prématurés ont toujours eu des suites funestes : témoin la campagne d’été de 1809, où l’armée, composée par moitié de soldats de 20 ans, sema sa route de malades jusqu’à Vienne ; témoin les batailles de Lutzen et Bautzen, où des soldats de 18 ans combattirent en héros. Le grand nombre de très jeunes soldats envoyés en Orient pendant la guerre de 4854-1856 a certainement contribué à remplir nos hôpitaux et à en grossir le nécrologe. Au reste, la valeur physiologique de l’âge n'est pas la même dans toute l'étendue d’un vaste pays tel que la France, et varie surtout suivant les localités agricoles et industrielles ; mais il faut une règle uniforme, sauf à ne pas diriger immédiatement sur l’Afrique ou dans les grandes villes de l’intérieur des recrues de 20 ans qui ont besoin d’être formées dans les dépôts des régiments. La population rurale fournit à l'armée plus de la moitié de son contingent annuel. Voici quelle à

été en 1852 et 1853 la proportion des diverses catégories professionnelles dans l’armée :

Ouvriers en bois....... ist ttéb aise 6,13 6,65 — en fer et autres métaux. x Éd le ES: st 4,05 4,31 - en cuir. her teets LR Res TRS 93:19 3,03 — en pierre " tniñeuts. sr ENG PEL EI), 4,10 3,92 Employés aux travaux de Ja campagne........ 51,72 51,94 Écrivains ou commis de bureau. .......... ss ht DRE 3,07 TALENTS LA DADIIS 86 +. eo +» M 5 25 1,16 1,10 Bâteliers où mariniers. ..,.............1:. 2,47 2,54 Professions autres que celles spécifiées ci- dessus. 19,54 19,19 Sans profession et vivant de leurs reyenus..... 3,39 4,25

La taille est fixée au minimum de 1,56 (4 pieds 9 pouces 7 lignes et demie) pour l'infanterie, les vétérans, les infirmiers et les ouvriers d'administration ; au maximum de 1®,764 (5 pieds 5 pouces) pour les carabiniers ; les tailles intermédiaires sont pour les cuirassiers 1,733 (5 pieds k pouces); pour le génie, l’artillerie, les pontonniers, les dragons et les lanciers, 1,706 (5 pieds 3 pouces); pour les chasseurs et les hussards, 1,679 (5 pieds 2 pouces). LA décomposition de l'effectif de l’armée sous le rapport des tailles à fourni en 1853 Les résultats suivants :

Proportion sur 100,

at de AMISGO NICOLE 323,655 hommes. 64 2° de 12,679 à 705.......+ 80,823 : — 16 ele 1270608 732%... 35,766, — 11 ES LT MADONNA DO UE TEE 6 SONO AMUAGD AN 6 ONU. AL, OÙ, 47 10840 3

C’est l'infanterie qui reçoit les hommes de moindre stature, quoiqu'elle subisse en temps de paix comme en temps de guerre la plus grande somme de fatigues. Au reste, ce point a été fort controversé. Bégin voudrait que la stature fût élevée de 1 pouce pour l’armée : cette opinion est fondée sur la coïncidence de l’abaissement de la taille avec la mauvaise nourriture, avec les habitations insalubres, avec la misère. Les départements de France, dont le sol est ingrat, où le peuple vit de sarrasin, de châtaignes, fournissent le quart et même le tiers des jeunes gens réformés pour insuffisance de taille; de plus, Ténon a prouvé que la continuité des guerres fait baisser la stature moyenne des peuples : c’est ainsi qu'à la suite des guerres désastreuses de la fin du règne de Louis XIV, il fallut, sous Louis XV, diminuer la taille légale et réduire celle des recrues au minimum de 5 pieds. Les guerres de la république amenèrent le même résultat en 1817, où la taille moyenne de tous les

PROFESSION MILITAIRE. 879 conscrits de France se trouva inférieure au minimum légal — 4 pieds 8 pouces 11 lignes 1/2. Mais si nous reprenons la division que Dufau a faite de la France en 17 groupes de départements, sous : le rapport de la taille (voy. p. 422), nous voyons qu'elle est plus élevée dans le Nord que dans le Midi. Or, c’est aussi dans le Nord que l’on compte le plus grand nombre d’exemptions pour faiblesse de constitution. La Lorraine et l'Alsace, qui ont les plus hautes tailles, présentent aussi le plus grand nombre d’infirmités, de maladies et de déformations du squelette. Le Midi donne le moins de déchet. Y a-t-il contradiction entre deux séries de résultats statistiques ? Non ; mais, ainsi que nous l'avons dit (t. [, p. 252), il faut considérer moins l’excessive élévation de la stature qu’une bonne moyenne ; là où sévissent les causes qui dépriment fortement la taille (marais, misère, etc.), tout le développement s’arrête et l’étiolement est général. Mais des causes spéciales peuvent déprimer la taille sans nuire à la nutrition du corps : telles sont l'élévation du sol, la méridionalité du climat ; alors on rencontre force et développement avec petite stature, L'hérédité limite aussi la croissance verticale : il est maintes familles à petite taille et pleines de séve ; tous les ans nous voyons des sujets vigoureux dispensés du service pour 1 millimètre de moins dans la hauteur du corps. Notre conclusion est que, suivant les cas et d’après l’avis des médecins, les conseils de révision puissent négliger quelques millimètres de la taille légale. Depuis 1837, dans nos cours d'hygiène au Val-de- Grâce, nous avons insisté sur la nécessité de prendre en considération le poids du corps et de combiner cette donnée physiologique avec celle de la stature. Les recherches de Quetelet et de Hutchinson (voy. t. I, p. 251) ont donné à notre idée, déduite de l’expérience des opérations du recrutement, la sanction de la vérification scientifique. De son côté, un médecin militaire anglais, Marshall, a proposé de fixer un minimum de poids comme un minimum de taille; il voudrait, en outre, que le périmètre de la poitrine eût au moins 784 millimètres. Nous renvoyons, sur ce sujet, à ce que nous avons dit tome f, page 242 et suiv., où sont indiqués les éléments d’une épreuve spirométrique, applicable au recrutement de l’armée, non sans quelques difficultés que la simulation peut rendre insurmontables.

De 1831 à 1840, sur 100 000 hommes examinés par les conseils de révision, 11 y a eu en moyenne 7693 exemptions paï an pour insuffisance de taille ; 785 pour perte de dents ; 328 pour surdité et mutisme ; 713 pour goître ; 507 pour claudication ; 394 pour myo-

pie; 998 pour vice scrofuleux; 297 pour maladie de poitrine; 2192 pour hernies ; 5623 pour épilepsie; 9375 pour faiblesse de constitution (1).

La durée du service est trop longue; elle brise les carrières et nécessite le fléau du remplacement. D'autre part, le métier des armes use et vieillit avant l’âge; le triste aspect des sous-officiers vétérans le prouve, malgré la haute paie dont ils jouissent, et qui, suivant Benoiïiston de Châteauneuf, diminue la mortalité. La création d'une réserve permettrait de réduire la période du service et d’arriver à la suppression du remplacement sous toutes les formes : un pareil système fonctionne depuis longtemps en Prusse. On nous objectera la progression décroissante des pertes totales que subit l’armée pendant les sept années de la période légale du service militaire. Le général Pelet l’a fait ressortir comme il suit :

Perte sur 1000.

1"° année de Sérvice. ,.. . … EN JUME SE AUD a NS ” 6,5 32 — AMOR SUHIRE 5,2 4° — ar doc mt said se 5e — ee yes 2e. ke 3 6° — se MN GUN s 2 qe —— — 14h-Hr * 2

Mais il faut réfléchir que la composition de l’armée s'améliore . d'année en année par les éliminations des non-valeurs et des valeurs douteuses que chaque classe y introduit : les congés, les réformes, les décès ont pour résultat l’épuration de chaque contingent, et dire qu’arrivé à sa septième année de service, il ne perdra plus que 2 pour 1000, c’est rappeler tout le déchet funèbre qu'il a dû fournir avant d'arriver à cette limite. |

La moyenne générale du déchet du recrutement en France est de 189 sur 1000 soldats admis; nous en avons indiqué l’augmentation progressive (page 523). Il se compose ainsi: faiblesse de constitution— 86 pour 1000 soldats admis ; les 103 restants se partagent entre les difformités, les infirmités et les maladies, dont les plus puissantes pour la réforme sont les scrofules, les maladies de la peau, le goître et la perte des dents. Les scrofules et les affections

(1) Voyez, pour la répartition de ces résultats sur les dix années de cette période et sur les départements de la France, la thèse de M. Devot (Essai de stahislique médicale sur les principales causes d'exemption, etc. Paris. 1835). — Voyez aus:i 1. L, les articles Taie, Consrirurion ; 2. Il, le chapitre Races.

cutanées prédominent en Flandre, en Picardie, dans le Limousin et l'Auvergne ; le goître, presque étranger à la région occidentale de la France, où il est dans le rapport de 4 à 2 sur 1000, détermine dans les Vosges un déchet de 74 sur 1000, puis se rencontre Je plus dans le Lyonnais, le Dauphiné, la Provence, le Languedoc, le Roussillon, le Limousin, l'Auvergne et la Gascogne. La moyenne du déchet par perte de dents est de 16 sur 1000 ; on sait que le mauvais état de la dentition est un signe de mauvaise complexion; or, pour ce déchet, la Normandie figure au premier rang, quoiqu’elle ait beaucoup de hautes statures ; et la Bretagne, notée pour la petitesse de ses tailles, vient en dernière ligne: autre fait à l'appui de notre opinion exprimée plus haut sur la valeur relative de la stature.

2° Désigné par le sort et reconnu apte au service, le conscrit quitte le foyer domestique, le lieu natal, et rejoint par étapes le corps auquel il est destiné: la rupture violente des habitudes antérieures et l'éloignement des affections de famille ajoutent leurs effets à ceux d'un changement subit de climat, aux fatigues d’une première pérégrination. Il arrive: on l’habille, on le place dans les rangs, on le conduit à l'exercice, on lui commande, on le rudoie, on le plaisante, on le punit. Au reste, voici ce que les règlements lui allonuent pour son entretien et sa subsistance : 16 mètres cubes d’air à la caserne, 20 mètres cubes à l'hôpital s’il est flévreux ou blessé, 18 s’3: est atteint de syphilis ; 750 grammes de pain par jour : ce pain es. fabriqué avec des farines de froment blutées à 20 pour 100 d’extraction de son (1), à 22 pour 100 pour l'hôpital, et contient de 36 a 43 pour 100 d’eau (2); 125 grammes de viande matin et soir (250 à l'hôpital), qui se réduisent à 62 grammes 1/2, puisque pour

(1) Ce blutage s'applique aux blés tendres; les blés durs ne sont blutés qu’à 12 pour 100. Poggiale a publié les analyses de plusieurs pains de munition distribués aux troupes françaises et étrangères :

wur-

Belsique. Hollande, Bade. Bavière, lemberg. Prusse, France, EN AT PU. 81/10"32,008 99,45" 30,21 "04595" SSSR PT Sméteditia.h cul 4,20 1: 4,10: 4,03:11:0,98 114,389 54,09 14,03 Dh. à 5 i45 x 4,66 5,54 à 620 611 4,21 5,09 Atnidon.....-e... "43,87 40,107 45,10 53,67 46,04 "91,30 4099 Matières azotées.... 8,83 8,75 8,83 6,27 8,42 4,85 8,85 Matières grasses..... 4,00..-:96 :. lo ho TM 36100006 Son lavé àl'eaufroide. 11,30 11,20 4,13 0,47 1,17 14,63 6,07 Matières fiiess. ...... 1,20 "24,047 OS JD LM Sr AE TI ParterLui.dissuuies 110,2611100:200: 10,4%mn028u0025 cdatée duo

100 100 100 100 400 100 (2) Millon, 4nnuaire de chimie, 1849, p. 474.

M. LÉVY. 4° ÉDIT.— Il, 56

obtenir 1/2 kilogramme de viande cuite sans os, il faut 1 kilogramme 125 grammes de viande crue; il faut ajouter le bouillon qui résulte de la décoction de cette viande, et qui, d’après les analyses de Chevreuil et Dumas, contient de 14 à 16 parties de matières organiques sur 970 d’eau et 44 à 16 de sels ; le pain qu’on y trempe (250 grammes) et quelques légumes. Point de vin, si ce n’est dans des circonstances extraordinaires où on lui accorde 1/4 de litre par distribution ; pendant les chaleurs de l'été, il a droit à 1/32 de litre d’eaude-vie à mélanger avec l’eau potable, mélange substitué avec raison à celui du vinaigre et de l’eau. En hiver, point de bains tièdes ; en été, il est conduit aux bains de rivière. Le vêtement et le couchage sont la meilleure partie de son hygiène, car, à peu de chose près, ils ne laissent rien à désirer ; il est couché seul dans un lit de fer rourvu d’un sommier, d’un matelas et d’une couverture, avec des draps en toile, qui sont renouvelés tous Îles quinze jours. Il a du linge, des caleçons, des habits chauds, et bien appropriés à sa taille ; les buffleteries, qui comprimatent le thorax, sont heureusement remplacées dans le mode actuel d'équipement de la ligne ; reste à supprimer le bonnet à poil auquel on revient, le casque en métal qui surcharge la tête et y concentre une atmosphère chaude et humide, la cuirasse qui échauffe, retient la transpiration, gêne les mouvements d’ampliation thoracique et de flexion du tronc. La charge actuelle du fantassin sur pied de guerre, en grande tenue, capote roulée sur le sac, et celui-ci contenant 1 paire de souliers, 2 chemises, 4 pantalon, 1 veste, 2 mouchoirs, se décompose comme il suit: sac garni des effets d'ordonnance 8kil,90 ; ceinturon, giberne et sabre-poignard, 3 kilogrammes ; fusil nouveau modèle, 4kil 50 ; 36 cartouches, 1 kilogramme ; 8 rations de riz, 39 grammes ; 2dem de biscuit, à 750 grammes la ration, 6 kKilogrammes : total, de 23 à 24 kilogrammes. Telles sont les conditions hygiéniques du soldat, Voicimaintenant la dépense de forces qu’on lui demande: En temps de paix, exercices de recrues et de garnison ;:1l y est appelé de grand matin en été, à jeun, et subit la fatigue et la monotonie d’attitudes trop prolongées au soleil, au vent, dans la poussière; ces exercices deviennent surtout pémbles par leur fréquence et leur durée aux approches de l'inspection générale ; marches et promenades militaires, revues, parades, évolutions et combats simulés ; gymnastique, gardes, factions, piquets et patrouilles qui l'exposent aux intempéries nocturnes. D'après un discours de illustre maréchal Soult à la chambre des députés (1842), la moyenne des nuits de garde peur le soldat en France est de 2 sur 5. Nous passons sous

silence une foule de corvées accessoires ; les migrations de garnison se répètent à d’assez courts intervalles pour Ja troupe de ligne et multiplient pour elle, avec les fatigues d’un voyage à pied, le danger des changements de climat. En temps de guerre, il franchit de grandes distances, passe dans des climats lointains, s’embarque pour des traversées plus ou moins longues sur des vaisseaux presque toujours encombrés, exécute des marches forcées, combat le jour, bivaque la nuit, campe sous la tente ou dans des baraques qui l’abritent imparfaitement contre la pluie, le froid, la chaleur, endure la faim et la soif, subit dans les ambulances ou dans les hôpitaux temporaires l'influence délétère de l'encombrement.

3° Quel est le résultat de cet ensemble de causes ? Nous omettons les mortalités exceptionnelles de la guerre. Chez les hommes de vingt à trente ans, la proportion annuelle des décès est de 4,25 pour 100, et dans les bons pays elle atteint à peine 4 sur 100 ; or Benoiston de Châteauneuf a trouvé qu’elle est pour l’armée de 2,95 : d’après les documents officiels, elle s’est même élevée, en 1895, à 2,72. Laveran, dans ses belles et philosophiques recherches sur la mortalité de l’armée dans les garnisons de l’intérieur (1), a trouvé que 40 000 décès militaires se répartissent comme il suit, d’après l’âge:

PTS ON CRIE 264 à 4 Report..., 5,097 aisés 8, habit 4 LR OMS RENTTT der st 846 A nine berñramrids «2 4 bise dinde. Mile Mais se 606 Tr V3 7776.46 205 D8D JUN ONE 425 DOS AIT Hhdsoz. 498 , DS eh, dtarsimons. vob dt 250 Dre lits srl. li 141608 DD CARE LU AN UT 160 PS age > 1,678 DU a nie Ne de VU TC MN TON PEL), .40. 999704 40 4,083 Asdessus Visit. fl 2418

A reportér.... 5,097 10,000

Le tableau suivant, emprunté au docteur Balfour, établit ie rapport de la mortalité, suivant les âges, sur 1000 personnes dans la vie civile et dans la vie militaire :

d"aés CAVE, 44 10 Pare ans. À tas 18,4

» & { CAviUS , ... 14,6 De 35 À FO'aMs. Militaires. … 19 3

Crimes. 34110

De 20 à 25 ans. Militairés ... 17 . à 'OIVIS: 5: 612. 9

De 25 à 30 an. À Militaires . » . 18

Laveran remärque avec raison, en présence de ces chiffres que l’armée anglaise, composée d’engagés volontaires qui font profes-

(1) Lavéran, Recherches sur les causes de la mortalité dans l’armée servant à l'intérieur (Annales d’hyg. el de méd, legale, 2° série, t. XIII, 1860, p. 243).

sion de servir et entrent dans la vie militaire successivement et à toutes les époques de l’année, subit la loi de déchéance organique et de déclin des forces de la vie suivant une progression qui croît avec le nombre des années, tandis que l’armée française, recrutée par des appels annuels qu! réunissent à la même époque des contingents formés de jeunes gens du même âge, présente une mortalité exceptionnelle dans les premiers temps de l’incorporation. Le mode de recrutement, adopté en France, détermine donc une perturbation de la loi de mortalité suivant les âges,

Ces chiffres sont d'autant plus disproportionnés qu'ils sont fournis par des hommes choisis et à la fleur de l’âge ; ils ne s’expliquent point par un surcroît de décès résultant des duels, des suicides, de la nostalgie, de la svphilis et des excès du célibat ; ces influences ne sont que secondaires. La mortalité de l’armée en temps de paix reconnaît pour causes principales les erreurs des conseils de révision, les brusques mutations de climat, et les fatigues qu'amènent à leur suite les exercices journaliers, les manœuvres, les parades, les veilles fréquentes, etc., c’est-à-dire une dépense de forces qui excède souvent la mesure de la constitution et celle de la réparation alimentaire. Et comme cette mortalité pèse davantage sur les premières années de l’incorporation, il faut admettre que la transition de la vie civile à l’état militaire constitue, comme l’acclimatement, une sorte de crise physiologique et morale pour les générations qui d'année en année se suivent sous les drapeaux. À la spontanéité de l’individu, à la société naturelle de la famille, à la variété des travaux professionnels, succèdent la rigidité de la discipline, l'association factice et forcée de la caserne, l'immuable série des exercices et des corvées de garnison. L’organisme ne passe brusquement, ne s'adapte à de tels changements que par un effort énergique et profond. Depuis l'heure des premières contraintes, des premières bouffées de nostalgie jusqu’au jour de nivellement complet et d'uniforme aspect de toutes les individuas lités humaines qu'un hasard de répartition a groupées sous le même numéro de régiment, il se passe en elles des troubles, des ébranlements, des souffrances, qui peuvent se comparer à la série des modifications imposées au colon depuis son débarquement dans une contrée tropicale jusqu’à l’époque où il ne se distingue presque plus des indigènes par les caractères de son extériorité. À coup sûr, la révolution organique et psychique qui s’opère dans les années d’acclimatement militaire n’est pas moins orageuse ni moins profonde que celle de l'adaptation graduelle à un milieu atmosphé-

rique très différent du milieu natal. Aussi les soldats ont-ils leur pathologie propre, soit qu’ils réalisent des états morbides qui, comme la méningite cérébro-spinale, les adénites cervicales, s’observent bien plus rarement ét avec moins d’extension dans les classes civiles; soit qu'ils fomentent, sous la forme d’épidémies permanentes et ambulantes, des maladies qui, telles que la fièvretyphoïde, le typhus fever (1), ne se développent qu'accidentellement dans certaines localités ; soit que, le service de nuit troublant la pathogénie régulière des saisons, ils présentent en été des affections rhumatismales et inflammatoires qui ne se montrent pas encore dans la population. La plupart des recrues de provenance rurale se caractérisent, au physique comme au moral, par des aptitudes qui les rapprochent de l'adolescence et même de la deuxième enfance ; ils en ont les maladies : c’est une remarque que je n’ai cessé de faire et de vérifier dans mes cliniques. Fièvres éruptives, affections aphtheuses et diphthéritiques, gonflements glandulaires, tuberculisation prédominante dans les ganglions bronchiques et dans le mésentère, phthisies galopantes à forme typhoïde, méningites tuberculeuses, bronchites capillaires, etc., toutes ces maladies, si fréquentes chez les très jeunes sujets, le sont aussi dans nos hôpitaux militaires. Mais celles qui dominent dans l’armée et contribuent le plus en temps de paix à ses déchets périodiques, sont les fièvres d’impaludation, l'affection typhoïde, la phthisie tuberculeuse et la pleurésie chronique. Je n’ai presque pas visité une garnison de l’intérieur où il n’y eût des soldats atteints d'accès fébriles ; toutes les places fortes ont dans leurs fossés la cause miasmatique de ces maladies, dangereuses dans nos climats seulement par leurs récidives et par leurs rechutes. Et, comme celles-ci se produisent dans une proportion considérable, il faut compter, même en France, les fievres paludiques parmi les causes énergiques de détérioration constitutionnelle dans l’armée, comme la phthisie et la fièvre typhoïde le sont pour sa mortalité. En Afrique, la diarrhée et la dvsenterie s'ajoutent aux maladies palustres et leur disputent la prééminence dans les statistiques obituaires ; elles jouent aussi un rôle considérable dans la maladivité militaire en France. Même dans la zone nord-est de nos départements, il est peu de garnisons qui n’aient leur épidémie annuelle de dysenterie ; toutefois cette épidémie est passagère, de courte durée, et l'on n'observe pas durant les autres mois de l’année la tendance aux maladies du tube digestif qui est

(4) Voyez t. JE, ÉPIDÉMIOLOGIE, CASERNES, HOPITAUX MILITAIRES, AMBULANCES.

l’un des traits permanents de l’action pathogénique des latitudes plus méridionales. Sur le littoral de l’Afrique, comme en Corse, mais principalement en France, les épanchements pleurétiques se multiplient presque en toute saison, souvent à l’état latent, c'est-àdire non précédés et accompagnés de douleur locale. Les médecins civils n’ont aucune idée du grand nombre de pleurésies qui entrent dans le cadre nosologique de nos garnisons, ni de l’opimiâtre persistance des épanchements, entraînant par la gêne prolongée de l'hématose un état eachectique et la mort.

Nous puisons dans les documents réunis par Laveran, et qui sont fondés sur l’analyse de 10 000 décès, les éléments du tableau suivant, indiquant la part qui revient sur 1000 décès à six maladies fréquentes dans l’armée, dans un certain nombre de garnisons choisies à l’mtérieur :

Maladies

Fièvre typhoïde, Variole. Rougeole, Scarlatine, Dysenterie, tubereul, Pariitu,. 21, 0111972 89 27 715% 10 245 Strasbourg . ..,.. » » » » » 479 Metz .. .. 1514241208 37 8 24 125 259

Lunéville. ...... ° 450 » » » » »

LINSHQUEL. AU. à 198 35 68 5 4 306 Perpignan...... 172,9 66 45 à » 107 Valenciennes.... 217,7 8 8 » 24 289 CAINIS NE PENSE, 47 » » » » 375 Dunkerque ...,, 119 42 34 7 62 342 Thionyille.i. 25%, » » » » » 200 Maubeuge.....,. 397 48 » » » Paz Bayonne .....:. 353 29 39 22 » 256 Moyenne.,. 259 39 25 9 24 229

D'après Laveran, les affections spécifiques (fièvre typhoïde, fièvres éruptives, dysenterie, diphthérite) causent, dans l’armée à l’intérieur environ 398 décès sur 1000 décès, ou 4 décès sur 2,5, tandis que les statistiques d'Angleterre et du canton de Genève réduisent cette proportion à 4/7 pour les classes civiles, et il ajoute : « Ainsi, la vie en commun d'hommes du même âge, accessibles aux maladies contagieuses, aurait pour effet de rendre ces maladies deux fois plus fréquentes ou plus graves que dans la population civile, l’armée formant comme un foyer permanent d'infection auquel les jeunes recrues apportent annuellement l'aliment qui l’entretient et le propage. » En vingt-huit années, les maladies aiguës de poitrine ont donné lieu à 561 décès, ou 56 sur 1000. Quant à l'affection tuberculeuse, Laveran arrive au même résultat que Godelier dans

ses recherches couronnées par le ministre de la guerre (1); tous deux l’évaluent au tiers de la mortalité dans l’armée.

Dans la considération de la maladivité et de la mortalité militaires, il est un élément qui l'emporte même sur le nombre des années de service, c’est le degré de l’aisance dont nous constatons partout l’énergique prépondérance. Cela est si vrai que la mortalité se règle en quelque sorte sur le tarif de la solde : elle est moindre pour le sous-officier que pour le soldat, pour l'officier que pour le sous-officier, En Angleterre, la mortalité de toute l’armée est éva- Juée à 17 sur 1000, et à 42 pour les officiers. En France elle est de 19,4 pour l’armée, de 10,8 pour les officiers, de 22,3 pour les soldats seuls. La transplantation dans les climats différents et la guerre enflent le nombre des décès : ainsi les troupes françaises aux Antilles ont perdu 75 sur 1000, en Algérie 70, en Égypte 69 (Desgenettes). Dans la guerre d’Espagne, les maladies seules ont enlevé aux officiers anglais 37, et aux soldats de cette nation 119 sur 1000. On doit observer que les officiers commettent moins d'excès que les soldats et puisent plus de force morale dans leur éducation et dans leur raisonnement, Même en temps de guerre, l’aisance conserve toute sa prépotence hygiénique ; le scorbut, si général dans l’armée d'Orient en 1855 et 1856, a presque épargné les officiers de toutes armes ; les généraux, les fonctionnaires de l’intendance, les officiers supérieurs, presque toujours en possession de beaucoup d’élé: ments de bien-être, échappent à l'atteinte des influences morbides, quand elles ne procèdent pas d’une cause épidémique telle que le choléra. Les diarrhées, les dysenteries, les formes progressives du scorbut, les états cachectiques qu’entraîne la persistance ou la répétition des troubles digestifs, les congestions sanguines et les phlegmasies secondaires qui surviennent sous l'influence des moindres variations de température chez les hommes délabrés et précipitent leur détérioration générale ; les affections typhiques qui naissent de l'infection du camp s’aggravent par la démoralisation avouée ou dissimulée des hommes, et s’exaspèrent dans le milieu délétère des hôpitaux encombrés ; chez les plus résistants un certain degré d’anémie et des éruptions de furoncles, d’ecthyma, etc., qu'expliquent assez l’omission forcée de tous les soins de propreté corporelle et l’état sordide de la peau, des vêtements, du couchage : telles sont, avec les fièvres des contrées palustres qui font plus ou moins partie de tous les théâtres de guerre, les manifestations pathologi-

(1) Mémoires de médecine, chirurgie et pharmacie militaires, t. LIX,

ques des armées en campagne, conséquences d’une étiologie complexe, mais facile à débrouiller. Causes et effets diffèrent peu d’une année à une autre ; ils se répètent presque identiques à toutes les époques, ‘sous des climats divers, si l’on excepte quelques épidémies (choléra, fièvres éruptives, etc.) qui n’entrent pas dans le cadre en quelque sorte normal de cette pathologie des agglomérations militaires. C’est qu'ici les éléments étiologiques qui tiennent aux prédispositions individuelles, à la race, au séjour antérieur, etc., deviennent tout à fait secondaires et s’effacent. Ce qui domine, c'est la continuité des efforts et des fatigues, c’est l'insuffisance fréquente de la nourriture et du sommeil, c’est la nature des aliments consistant le plus souvent en biscuit ou en pain de munition mal fabriqué, en viandes salées, très rarement en viandes fraîches de qualité très inférieure, en légumes secs quand ce n’est pas exclusivement et journellement du riz ; c’est la privation d’abris suffisants pendant Îa nuit, ou le réchauffement au prix du méphitisme dans les tentes hermétiquement fermées, car la tente s’infecte comme la chambre d’une caserne ou la salle d’un hospice ; ce sont les latrines des camps, les cimetières mal établis, la souillure des vêtements, les immondices de la peau, c’est l'excitation morale continue qui doit répondre aux épreuves de la guerre, et maintenir les courages au niveau des situations sans cesse traversées par l'imprévu ; ce sont, sous tous les climats, les contrastes diurnes et nocturnes de la température, la marche régulière des saisons, l’impression plus profonde des causes météorologiques sur des hommes affaiblis et parfois démoralisés. Dira-t-on que l’ensemble de ces conditions et de leurs effets constitue la fatalité de la vie des armées en campagne ? Les mortalités formidables que l’histoire a enregistrées, et que plus souvent encore elle passe sous silence, sont-elles l’inévitable tribut que les soldats ont à payer à la guerre? Ce langage est celui des administrateurs qui déclinent la responsabilité du lendemain, des chefs militaires qui s’absorbent dans la poursuite d’un résultat stratégique, des médecins oùblieux ou inintelligents de leur propre mission. L'hygiène a un rôle immense aux armées en campagne ; elle peut lutter avec succès contre des causes énergiques d'affaiblissement et de destruction, si elle est admise dans les conseils du commandement, si elle est munie d'initiative et d'autorité. Un changement de campement, une meilleure répartition des denrées, l'emploi de certaines ressources locales, des dispositions opportunes au début d’une épidémie, la dissémination et la séparation des contingents infectés, de judicieux appels par la voie des

ordres du joux au concours des officiers et au bon sens des soldats; une bonne organisation des hôpitaux et des ambulances, des évacuations et des dépôts de convalescents; la disposition prompte et sûre de tout le personnel appliqué au service de santé : il n’a fallu, il ne faudra parfois que telle ou telle de ces mesures pour prévenir, pour atténuer un désastre, et leur ensemble est le moyen certain de réduire le déchet silencieux et journalier d’une armée. Il n’y à d'utile, de puissant en campagne que l'hygiène : sans elle, la médecine n’est-qu’une lugubre agitation ; sans elle, le chirurgien voit échouer toute son industrie de méthodes et de procédés; sans elle, l'administration s’ingénie vainement, et les ressources qu’elle accumule n'empêchent pas le développement des épidémies meurtrières. Qu'on lise l'histoire médicale de la campagne d'Égypte, si admirable par ses résultats sanitaires dus à l’incessante intervention de Desgenettes et de Larrey, toujours encouragée et bien accueillie par un général en chef qui avait nom Bonaparte (1)! Quel intérêt plus grand d’ailleurs que la conservation d'un effectif apte à combattre ? Or, cette conservation des masses, ce problème de chaque jour a sa solution de tous les jours dans les prévisions lucides de l’hygiéniste, dans l’activité productive de l'administration, dans la sagesse du chef militaire qui provoque ce double concours et s’inspire de l’un pour diriger l’autre.

Nous avons une autre observation à consigner ici : aux armées, même alors que la guerre d'artillerie prédomine comme dans les siéges, l'œuvre de la médecine a plus d’ampleur et de continuité que celle de la chirurgie. Avant que‘le premier coup de feu n'ait été tiré, il y a des malades ; que les troupes bivaquent, campent ou marchent, les maladies se développent, les épidémies se préparent, éclatent, se succèdent sous des formes qui ont plus ou moins d’affinité. Une bataille, un assaut, si meurtriers qu’ils soient, ne surchargent les ambulances et les hôpitaux que pour une courte période. Les blessés se classent en trois ou quatre catégories qui s’épuisent promptement : les uns succombent à la gravité des mutilations ; les autres, opérés ou non, guérissent; d'autres encore,

(1) La durée totale de Ja campagne d'Égypte a été de plus de trois ans et demi, pendant lesquels l’armée française, forte de 30 000 hommes, n'a perdu par maladies que 4157 hommes; les pertes par le feu de l’ennemi et par les accidents ont été de 4758 hommes ; la mortalité totale a donc été de S915 hommes, La dernière armée d'Orient a compté, du 1° mai 1854 au 30 mars 1856 (moins de deux ans), 64 492 décès (Moniteur de l’armée du 30 mars 1856).

\ frappés d’infirmité, non-valeurs temporaires ou définitives, sont renvoyés dans leurs foyers ou ‘sur les hôpitaux de l’intérieur. La chirurgie a ses haltes, ses repos, après les heures de sanglante activité, Le médecin subit lépreuve obscure du dévouement continu sur l'arrière-plan de la scène de guerre ; à lui la tâche la plus lourde et la moms remarquée. Du 6 septembre 1854 au 5 février 1855, l’armée anglaise en Orient a compté 108 décès par blessures, et 391 décès par maladies sur 1000 hommes. Pendant les six derniers mois de l’année 1855 qui ont été signalés par les actions les plus décisives du siége de Sébastopol, l’armée a donné en Crimée 21 927 blessés par le feu de l'ennemi et 101 128 fiévreux de tout genre. |

L° L'armée, qui fournit aujourd’hui une plus forte mortalité par phthisie que les elasses civiles, malgré ie choix de ses éléments et malgré les réformes trimestrielles qui la débarrassent des infirmes et des valétudinaires, l’armée pourrait devenir la florissante pépinière de nos populations et servir puissamment à leur régénération physique et morale; mais il faudrait que l’on s’appliquàt à fortifier, à perfectionner la constitution du jeune soldat avant de le soumettre aux rigueurs du service militaire. Les Anglais soumettent à l’entraînement des individus qu'ils destinent à être coureurs, écuyers, boxeurs, plongeurs. Pourquoi ne ferait-on pas suivre au jeune soldat un système de préparations ayant pour objet de favoriser son complet développement, de consolider ses organes, d’assouplir ses ressorts, de lui donner en un mot ce qu'il n’a pas, la force, l'adresse, l’agilité ? Pourquoi jeter dans des garnisons loinfaines, à travers monts et vaux, des hommes trop faibles encore pour faire les frais de cette incessante série d’acclimatements ? C'est presque toujours dans les déplacements, dit Benoiston, qu’on voit naître les maladies. Puisque les méridionaux résistent mieux au soleil des Antilles et d'Afrique, pourquoi ne pas les choisir pour les expéditions dans ces pays, ou du moins pourquoi ne point disposer les troupes à cette transition par un séjour préalable et prolongé dans le midi de la France? Les Anglais désignent pour les Indes orientales Les troupes qui ont passé un certain temps à Gibraltar, à Malte ou à Corfou ; on a remarqué que les anciens militaires jouissent du privilége de s’acclimater plus facilement que les jeunes soldats. En consultant les influences de l'altitude et de la latitude, il sera presque toujours possible de leur assigner des Stations relativement salubres ; et s’il est démontré que la mortalité augmente en raison de la durée du séjour, le renouvellement plus

fréquent des garnisons deviendra une mesure obligatoire de préservation, Pour les déplacements à l’intérieur, il faudrait aussi suivre une gradation de climats intermédiaires où l’on retiendrait quelque temps les troupes avant de les jeter d’un département du Midi dans une localité humide et froide du Nord, etc. En général, les mouvements de troupes ne devraient pas s’accomplir sans que l'autorité médicale fût consultée sur le choix des lieux et l’opportunité des époques de voyage. Les conditions qu’exigent les casernes et les hôpitaux de l’armée ont été tracées plus haut (voy, Édifices publics). Les jeunes soldats ont besoin d’une nourriture plus restaurante, pour subvenir aux pertes de chaque jour et aux frais de leur accroissement non terminé. La viande devrait entrer pour nne plus forte proportion dans le régime de l’armée en France; et le régime, toujours maintenu dans les routines monotones d’une cuisine traditionnelle, malgré les recommandations du Conseil de santé, pourrait être beaucoup plus varié suivant les ressources des localités, sans donner lieu à une augmentation de dépenses. Il devrait être sévèrement défendu aux chefs des compagnies de faire des économies sur les fonds de l'ordinaire pour les appliquer à d’autres besoins que ceux de la nourriture. Le mode d’achat des vivres autres que le pain, qui est fourni par l'État, entraîne des abus ; l'achat des viandes sur pied et l’abatage des animaux au compte de la garnison ou de chaque corps de troupes, permettraient d'améliorer et d'augmenter la ration de viande qui, dans le système d'achats individuels par compagnie, consiste toujours en bas morceaux. La distribution régulière d’une boisson fermentée préviendrait bien des maladies et permettrait de sévir plus énergiquement contre l’ivrognerie. Il importe aussi de rendre les loisirs du soldat plus utiles à lui-même, à l’État et à l’armée, sans porter atteinte à son caractère national ni à l'esprit militaire. Cette question a été traitée par Bégin dans un mémoire couronné par l'académie de Châlons-sur- Marne (1). Les idées qui y sont exprimées n’ont rien perdu de leur à-propos et de leur justesse. 80 000 hommes environ sont appelés tous ans sous les drapeaux, en même temps que d’anciens soldats, en nombre proportionné, quittent le service. Un mouvement si considérable imprimé à la population d’un vaste empire peut devenir un danger pour le corps social, tant par l’état sanitaire des militaires libérés que par les mœurs et leur esprit ; il peut

(4) Quels sont les moyens de rendre, en temps de paix, les loisirs du soldat français plus utiles à lui-même, à l'État et à l'armée, etc. ? Paris, 1845, in-8.

aussi devenir un moyen d'amélioration physique et morale pour cette même population à laquelle l’armée renverrait tous les ans 50 à 80 000 sujets d'élite, aussi propres à fonder de vigoureuses familles qu'à répandre autour d’eux le goût de l'instruction et les germes d’un patriotisme éclairé. Le maniement des armes et l’exécution des manœuvres ne suffisent pas pour fortifier le corps des soldats. La gymnastique, après vingt ans de pratique et d'efforts, n'est pas encore appliquée assez rationnellement à l’armée ni avec assez de persévérance, si ce n’est parmi les sapeurs-pompiers de Paris qui lui doivent l'adresse, la force, l’agilité dont ils donnent tous les jours de prodigieux exemples. Le chant et la musique, si favorables à la consolidation des organes respiratoires, d’un si grand secours pour agir sur l’âme, sont le complément de toute bonne éducation militaire dont la base est l'instruction religieuse et l’instruction élémentaire. En 1841, le nombre des militaires qui ont suivi l’enseignement régimentaire en France était de 74 006 dont 56 510 ont suivi le cours du premier degré, et 17 496 ceux du second. En 1853, on comptait dans l’armée :

Sachant lire etécrire.......... 300,811 hommes.

Sachant lire seulement....,... 60,523 — Ne sachant ni lire ni écrire, ..… 146,093 —

507,427 hommes.

Enfin rappelons que les routes, les acqueducs, Les temples, les théâtres, les cirques dont on trouve encore les traces en Italie, dans les Gaules, en Asie, dans l'Afrique, ont été construits par les légions romaines qui employaient à ces nobles travaux les loisirs de la victoire, et que nos soldats impriment, comme elles, sur le sol de l’Afrique les utiles marques de leur passage : les travaux d’utilité publique, pourvu qu’ils n’exposent pas l’armée à l’empoisonnement des marais ni à d’autres causes de dépression vitale et d'inopportune morbidité, améliorent l'ordinaire du soldat, influent heureusement sur son humeur, fortifient sa santé, lui permettent quelques épargnes. Les régiments employés aux fortifications de Paris ont fait des travaux meilleurs, plus rapides, à moins de frais que les ouvriers civils ; en même temps, gràce au surcroît d’aisance que leur a valu le prix de leur coopération, ils ont fourni moins de malades et moins de mortalité ; de plus, les épargnes prélevées sur le prix des journées disposent les hommes à l’économie, et leur préparent quelques ressources pour leur retour dans leurs familles. C'est par ce concours de moyens que l’on peut faire de l’armée un instrument de civilisation et de refonte physique des classes dété-

riorées. La possession de l'Afrique contribuera an second but par l'influence plastique de son climat qui, dans les stations bien choisies, achèvera de donner la trempe aux organisations préparées : le recrutement, au lieu d’être l'impôt du sang, en deviendra l'agent régénérateur.

$S 3. — Profession navale.

La profession de marin résume toutes les influences qui se rapportent à la mer (voy. tome [, page 445), à l'atmosphère maritime (2b., p. 452), aux climats maritimes et insulaires (16., p. 558), à la navigation et au mal de mer (tome IF, p. 368). Il ne nous reste à examiner ici que les conditions spéciales de lhabitation des marins, leur recrutement, leur nourriture, leur vêtement, leurs travaux, leur régime moral, la durée moyenne de leur vie et leur mortalité. Si nous avons le devoir d'interroger sur tous ces points l'expérience spéciale des médecins de la marine qui ont enrichi la science d'importants ouvrages, il nous sera permis cependant de nous appuyer sur les souvenirs d’un grand nombre de navigations qui ont marqué notre carrière de médecin militaire.

1° Æabitations. — L'hygiène météorologique du navire, dit judicieusement Forget, commence sur le chantier : elle exige le choix de bois de construction parfaitement desséchés, l'exposition de la membrure à l'air avant l’application des bordages, des emménagements qui facilitent la circulation de l'air dans les profondeurs du bâtiment, des écoutilles larges et multiphées, des panneaux à clairevoie, des sabords et des hublots disposés à l'opposite pour une rapide ventilation, etc.

Le bois et le fer sont les matières premières de l'architecture nautique; le bois domine même dans les bâtiments à coque de fer ; il n'entre guère moins de 6000 mètres cubes de bois dans la construction d’un vaisseau de premier rang. Le chêne, le hêtre, le pin, le frêne et le sapin sont d’un bon emploi, surtout le chêne qui, plus dur, résiste plus longtemps aux causes d’altération ou de destruction. Celles-ci sont la fermentation des éléments azotés que contient le bois, et l’action corrodante des animaux, tels que les mollusques appelés éubicoles, térédines, tarets, pholadaïres, ete. Non-seulement les galeries creusées par ces animaux dans le bois et les moisissures qui l’amènent à l’état de carie sèche, favorisent l’infiltration du navire par l’eau de la mer et la décomposition de sa membrure, mais ces végétations cryptogamiques et cette pullulation animale ajoutent les produits de leur putréfaction à ceux du bois lui-même et don-

nent naissance à des foyers pour ainsi dire endémiques, auxquels de bons observateurs ont rattaché le développement de certaines fièvres de nature palustre, de dysenteries opiniâtres, etc. L’insalubrité notoire des vieux navires ne reconnaît point d’autres causes, et leur humidité constante explique la prédilection du scorbut pour leurs équipages. L'influence de la mauvaise qualité du bois sur l'état sanitaire des matelots est démontrée par les rapports de beaucoup de médecins de la marine, et Maissiat l’a fait ressortir dans son remarquable Rapport pour l'enquête parlementaire sur les divers services de la marine (31 octobre 1849). Les essences les plus estimées pour lés constructions nautiques sont le chêne rouvre (Quercus robur) de l’Europe méridionale, le chène vert d'Amérique, le chêne du Nord ou de Dantzick, et le tek { Zectona grandis, Quercus indica); ces arbres doivent être d’un âge moyen. Leur conservation est compromise par la décomposition spontanée, la pourriture et les animaux nuisibles tels que le ver marin ou taret de Rochefort, la limnorie perforante observée en Angleterre, le lime-boiïs ou limexylon à Toulon, le termite dans les ports de l'Océan, qui les rongent soit empilés sous les hangars à l'air, soit immergés dans l’eau suivant l’usage suivi de vieille date en Angleterre, en Hollande et en France. On pratique encore l'immersion des bois dans la vase qui étouffe les tarets, dans un mélange d’eau douce et d’eau salée qui fait périr les mollusques et les crustacés nuisibles ; Maissiat a conseillé le mélange de la chaux avec l’eau des fosses d’enclavation. Les procédés du docteur Boucherie (voy. tome I, page 640) semblent offrir aux constructeurs de la marine un moyen de conservation et d'assainissement des bois ; ils n’ont pas reçu encore en France une application démonstrative. Oblitérer le bois des navires à l'humidité sans laquelle il n’entre pas en fermentation, tel doit être le but de tous les efforts de l'hygiène navale; en attendant qu’on en ait trouvé le moyen, tout ce qui contribuera à la sécheresse des bâtiments aura son utilité ; ainsi leur mise sur le chantier pendant la saison la plus sèche, la durée plus longue de leur séjour sur des cales de construction couvertes, la précaution de ne pas les armer aussitôt après leur mise à l’eau, le doublage de cuivre dont l’Angleterre a donné le premier exemple (1761) et qui, protégeant toute l'étendue de la carène, est un des meilleurs préservatifs de l’humidité, le remplissage par le goudron des coutures du pont et de tous les joints que laissent entre elles les diverses parties des pavyires, etc.

Le lest fait en quelque sorte partie des matériaux du navire ; pour les bâtiments de guerre il consiste exclusivement en gueuses

ou parallélipipèdes de fer d’un arrimage facile ; ceux du commerce doivent éviter de prendre pour lest des matières susceptibles de dégager des émanations nuisibles; beaucoup font leur lest sur les bords de rivières limoneuses de la côte ouest de l’Afrique et introduisent un foyer palustre en permanence dans leur cale ; qu’ils préfèrent les galets plats, débarrassés des débris de fucus ou d'algues aux pierres calcaires à surface anfractueuse où adhèrent des matières organiques, aux blocs ferrugineux que leur porosité a convertis en réceptacles de dépôts putrescibles.

La éale est au navire ce que la cave est aux maisons ; elle reçoit, avec le lest, les objets d’armement, d’approvisionnement et de transport. L’évaporation des caisses d’eau qui s’y trouvent, l’eau pluviale qui y tombe, l’eau de mer qui y pénètre à travers les coutures des bordages, celle qu'y introduisent les câbles retirés de la mer, en font l’endroit le plus humide. Ces différentes eaux dissolvent les matières extractives du bois, oxydent le fer du lest, des boutets, etc., déposent une boue noïrâtre analogue à l'encre et qui résulte de la combinaison de lacide gallique du chêne avec l’oxyde de fer. La chaleur et l'humidité favorisent la corruption de l’eau, la fermentation des substances organiques (bois, chanvre, vivres, etc.) qui s'y trouvent entassés, des insectes et des rats qui y périssent. La cale ne reçoit d’ailleurs l’air et la lumière que d'en haut, et par une seule ouverture constante; aussi est-elle le plus énergique foyer d’insalubrité pour les navires qu’elle transforme en véritables marais flottants. Les exemples ne manquent point d'individus frappés d’asphyxie à l'ouverture de caisses d’eau pourrie, ou en pénétrant dans les soutes de la cale, depuis longtemps fermées. L’assainissement de cette difficile partie des navires est au prix des conditions suivantes : 4° un arrimage méthodique qui classe tous les objets, de manière à les offrir sans recherches pénibles et à n’exiger que des remaniements rares et peu étendus ; le système d’arrimage proposé en 1845 par Lugeol parait procurer cet avantage en ouvrant, au moyen de coursives non interrompues dans le sens longitudinal et transversal, une voie suffisante à la circulation de l’air et au maniement des objets emmaganisés ; 2° la bonne conservation du chargement et des approvisionnements contenus dans la cambuse et dans le magasin général ; la cambuse exige des feux d’asséchement journaliers et le briquage à sec; le magasin général n’est aéré que par les coursives latérales de Ta cambuse avec lesquelles il communique par deux portes à barreaux et par le panneau à l’aide duquel il s'ouvre dans le faux pont; 3° une ventilation continue à

travers des coursives et des panneaux bien disposés et d’un diamètre suffisant ; le système d’arrimage de Lugeol permet de porter l'air pur dans tous les recoins de la cale, mais à l’aide d’un appareil de ventilation forcée qui n’y à pas encore été ajouté ; {4 le renouvellement facile des eaux; celles-ci se réunissent par des canaux ou égouts en un point appelé sentine, où plonge l'extrémité inférieure des corps de pompe chargés de les rejeter au dehors par des manches de cuir. À bord des bateaux à vapeur, les pompes de cale ou d’épuisement, à la fois aspirantes et foulantes, sont mises en action par le jeu de la machine. Pour aspirer plus facilement l’eau croupie des cales, on la délaye avec de l’eau fraîche qu’on y introduit par l’ouverture de robinets établis à leur muraille: pratique hardie et salutaire que l’ordonnance de 1755 a empruntée des Anglais.

Le faux-pont, rez-de-chaussée de l'habitation maritime, reçoit directement les émanations de la cale. Les produits de la respiration et des deux perspirations de tant d'hommes réunis, l’évaporation des vêtements mouillés, les lavages, les inondations accidentelles des grains et des coups de mer, les miasmes qui se dégagent des hamacs, des couvertures, du linge sale, du magasin général, de la cambuse, du poste des malades, contribuent à le rendre presque inhabitable, si ce n’est pour les hommes acclimatés à ce méphitisme permanent. Pendant Ja nuit, les hamacs serrés les uns contre les autres sont autant de cloaques flottants dont la vapeur chaude et infecte saisit l’'odorat lorsqu'on passe près des écoutilles. Si le fauxpont surgit au-dessus de la iigne d’eau, ses murailles sont percées d'ouvertures dites hublots, s'ouvrant à volonté, ou garnies seulement de verres lenticulaires qui s'opposent à l'invasion de l’eau sans intercepter la lumière. L'insalubrité du faux-pont augmente avec le rang du navire; elle atteint son maximum dans les vaisseaux : aussi n’y est-il point affecté au couchage des matelots qui trouvent une place suffisante dans les deux batteries ; il a cette destination totalement dans les petits navires, partiellement dans les frégates.

Les batteries représentent, dans les navires, les étages supérieurs des maisons. Les vaisseaux de premier rang en ont trois ; ceux de second rang, deux ; les frégates et les grandes corvettes, un seul. Dans les batteries, on évite l'encombrement qui gênerait les manœuvres , elles reçoivent largement par les sabords et les panneaux l'air et la lumière ; mais, la nuit, on ferme ces ouvertures, et l'infection du faux-pont s’y reproduit jusqu’à un certain degré.

C’est la partie avant de la batterie, sous le gaillard, que l’ordonnance du 12 février 1825 assigne pour emplacement à l'hôpital, autrefois relégué dans le faux-pont. Une cloison transversale le sépare du logement de l'équipage ; ce qui profite au repos des malades et nuit à l’aération. Les dimensions de l’espace réservé aux

malades sont fixées ainsi : k m,.c, m.c.

Vaisseau de i*' rang....., 179,740 | Frégate de 2° rang.,.....,.. 102,563 — 06 2 raig.:... + 175,400 2 QE STAR sense 13,555 — de 3° rang..... + 4100134 Corvette de 12° rangs 48,200

Frégate de 1°’ rang....... 90,830 | Transport de 80‘) tonneaux. 69,624

À bord des navires ordinaires à vapeur, des vaisseaux mixtes (hélice et voiles) ou des vaisseaux à vapeur, l'emplacement de lhôpital a des limites variables et jusqu’à présent non définies par les règlements.

Le pont, véritable terrasse des habitations des climats chauds, est la région la plus salubre des navires.

Est-il besoin d’insister sur l'insuffisance du cubage atmosphérique et de la ventilation dans les parties du navire où les matelots passent en moyenne 5 heures denuit, quand ils sont divisés en deax bordées pour le service ? On a calculé que l'équipage d’un vaisseau à trois ponts a besoin de 3103 mètres cubes d’air par nuit dans les batteries ; or, le cubage de ces batteries donne 3989"%-°:,369, qui, déduction faite du volume des hommes, des pièces de canon, de leurs affüts, des cloisons de logements, etc., se réduisent à 2823":°,60. La ventilation ne subvient pas au déficit d'air, car elle est à peu près nulle après la clôture des sabords. Plusieurs officiers de santé de la marine, Delivet, Fleury, Cornuel, Cotholendy, ont étudié la température intérieure des bâtiments; des recherches de ce dernier, faites sur le vaisseau le Jemmapes, découlent ces résultats : Par une température extérieure de 16 degrés à 14 degrés centi-grades, le thermomètre monte de :

ans Ja cambuse.

ans les prisons.

ans le magasin général,

0°,4 dans la batterie haute, 5° 5°,2 dans la batterie basse. 6° 4°,5 dans le faux-pont. 5° 4°,9 dans la cale.

La présence de 705 passagers explique l'élévation du thermo-

mètre dans la batterie basse du Jemmapes ; la chaleur, plus forte dans divers compartiments de la cale (cambuse, prisons, etc.) que dans celle-ci même, s'explique parce que ces compartiments sont habités. Dix-sept observations de Cornuel, faites avec soin, donnent les moyennes suivantes :

Endroit du navire. Matin, 6 heures. Midi. Soir, 6 heures, PORLOULR EE 6°,2 6° ,4 ST Batterie... 89,9 99,5 722 Faux-pont...... 12°, 18°,0 11,9

Sur les navires à vapeur, il n’a été fait jusqu'ici d’autres observations que celles de M. Fonssagrives à bord de la frégate à vapeur l’Eldorado. Du 27 au 31 août 1850, avec 10 fourneaux seulement en feu, il obtient ces moyennes : air extérieur, 24°,8 ; batterie, 23°,5; machine, 31°,7. Le fonctionnement de 20 fourneaux n’augmente guère cette température que de 5 degrés. Quand on abat les feux, la machine perd 10 degrés au moins le premier jour, les jours suivants 4 degré seulement, et elle met quatre jours à s’équilibrer avec le reste du navire. — De tous les agents atmosphériques, c’est l'humidité qui fait le plus de mal à la santé des équipages ; elle est leur fléau dans les mers équatoriales où presque toujours l’hygromètre marque environ 100 degrés, comme dans les navigations polaires ; elle augmente par la porosité du bois, par le défaut de précision dans les joints, par l’évaporation des caisses d’eau, par les lavages, par l’exhalation pulmonaire et cutanée des hommes embarqués, etc. À bord d’un vaisseau à trois ponts, l’équipage émet en une nuit 217*,400 de vapeur d’eau (Fonssagrives). Les écrivains classiquës de la pathologie navale, Rouppe, Lind, Poissonnier-Despérières, Keraudren, Raoul, etc., s'accordent à attribuer à l'humidité une part étiologique majeure, surtout dans la production du scorbut, On conseille, pour y remédier, le renouvellement fréquent de l’arrimage, la suppression des cloisons transversales du faux-pont, la multiplication des écoutilles, les ventilations, la mise au sec des effets (branle-bas), l'asséchement des batteries par l'emploi des balais, des fauberts, des sables et des brasiers. Tous ces moyens ne peuvent remplacer un bon système de ventilation générale des navires, qui est la grande lacune, toujours subsistante, dans leur hygiène. Là est aussi le remède de l’infection nautique, due à l’encombrement des équipages et des passagers, à l'existence des foyers palustres dans la cale, démontrée par l'apparition de fièvres

PROFESSION NAVALE. 899 intermittentes à bord de navires soumis à un nettoyage général (docteur Wilson) ou éloignés de toute influence de marais, comme aux îles Marquises (Fonssagrives) ; la putréfaction des rats, celle des cancrelats, qui se multiplient dans les bâtiments avec une incommode rapidité sous les tropiques, sont aussi des sources d’infection. Les contagions, les épidémies, quand elles s'étendent aux navires où s y développent, y trouvent des causes nombreuses de renforcement et de maligne aggravation.

À tant de périls quotidiens, incessants, à cette humidité qui débilite profondément, à cette intarissable production des miasmes, à cette variété de méphitismes alternes où combinés, opposeronsnous les prescriptions de détail et les expédients qu'une pratique parfois ingénieuse a suggérés dans les situations critiques en mer? Point n’est ici leur place, et la prophylaxie nautique nous semble se résumer tout entière dans la ventilation énergique et générale des navires. Nous ne pouvons discuter ici la valeur des ouvertures aératoires, soit de communication extérieure (écoutilles du pont supérieur, sabords, hublots, corneaux des bouteilles, etc.), soit de communication intérieure (panneaux des batteries, du faux-pont et de la cale); leur utilité est certaine, leur insuffisance ne l’est pas moins parce qu’elles sont en partie bouchées ou parce que les circonstances de navigation eu nécessitent la fermeture. Ventiler est la grande indication d'hygiène en mer; mais, tandis que les travaux de nos ingénieurs ont perfectionné et multiplié les systèmes de ventilation applicables aux édifices publics, l'hygiène navale en est encore aux appareils de Hales, de Morogues, de Wettig, etc. Les manches à vent ou trompes, d'invention danoise, sont trop négligées d’après Fonssagrives, qui conclut ainsi l'examen des nombreux modes de ventilation proposés pour les navires : « Les diverses sortes de navires peuvent exiger des modes tout à fait différents de ventilation suivant leur grandeur, leurs aménagements, la présence ou l'absence d’une cuisine distillatoire, suivant surtout qu'ils sont mus par l'impulsion du vent ou par la force de la vapeur. Les navires à voiles de rang inférieur, goëlettes, bricks-goëlettes, cutters, canonnières, avisos, seraient ventilés avec avantage par des tarares ou soufflets à force centrifuge. .….; à bord des bricks et des corvettes, nous donnerions le choix au ventilateur à double effet de Peyre, en admettant toutefois que l'expérience eût démontré que le défaut d’horizontalité de la couche d’eau intérieure pendant les oscillations du navire ne nuit en rien à son fonctionne-

ment; un seul homme suffit pour le manœuvrer, et quand on songe que 9000 mètres cubes d'air pur peuvent être introduits dans l’intérieur d’une frégate de premier rang par un travail de dix heures, c'est-à-dire que son atmosphère peut être renouvelée plus de six fois dans ce laps de temps, on ne peut que regretter que l'hygiène navale ne se soit pas plus tôt approprié d'aussi merveilleuses ressources. » L'appareil Peyre, modifié, peut s'adapter aussi très utilement aux vaisseaux à voiles ; il ventile par pulsion (1).

La salubrité des navires, abstraction faite du régime des équipages, dépend donc essentiellement de leur état hygrométrique, de leur degré d’encombrement, de leur aération et de leur accès à l'irradiation solaire. Sous tous ces rapports, l'architecture nautique a réalisé de grands progrès. D'un autre côté, les ordonnances, soit en diminuant l'effectif des équipages, soit en agrandissant les dimensions des bâtiments, ont successivement augmenté le cube d’emplacement attribué à chaque marin dans la capacité générale des logements à bord. Si l’on compare entre eux les bâtiments du commerce et ceux de l’État, on trouve queles premiers, quand ils sont de fort tonnage, l’emportent par leur salubrité sur les autres, et leur sont inférieurs quand ils sont de moindre importance. Les statistiques comparatives font ressortir pour les navires à vapeur une mortalité plus considérable que pour les navires à voiles; elles démontrent aussi leur réceptivité plus grande pour les foyers épidémiques (choléra, fièvre jaune, colique sèche, etc.). Pendant l'année 1846, l’escadre française de la côte ouest de l'Afrique a offert, sur 7 navires à vapeur, 5 décès pour 100, et sur 21 navires à voiles, 3 seulement pour 100. En 1854, les vaisseaux à hélice et les bâtiments à vapeur de l’escadre combinée de la Baltique ont été beaucoup plus maltraités par le choléra que les navires à voiles; ces différences s'expliquent par celles de l'encombrement et des fatigues imposées aux équipages. À ces causes, Fonssagrives ajoute les émanations probablement nuisibles du charbon embarqué humide, et qui fermente sous une température constante de 40 à 50 degrés centigrades, l'irradation calorifique de la machine dans toutes les parties des navires, et peut-être le dégagement plus abondant d'acide sulfhydrique par suite de la décomposition putride des graisses qui, de la machine, s'écoulent dans la sentine, mélangées

{1) Voyez Annales d'hyg. et de médecine légale, 1847, t, XXXVIIT, p. 357.

PROFESSION NAVALE. 901 à des cendres pyriteuses. Parmi les navires à vapeur, ceux de fer doivent à la conductibilité de la tôle le double inconvénient d’une température insupportable dans les latitudes méridionales et d’un froid rigoureux dans les parages d’un climat sévère; ils condensent pendant la nuit l'humidité de l’air, leur extrême sonorité est une cause d’insomnie et d’irritation nerveuse. Le nombre des maladies et la mortalité atteignent leur maximum sur les vaisseaux et vont en décroissant sur les frégates, les corvettes, les bricks. Faut-il une nouvelle preuve de l’action prédominante de l'encombrement dans la pathogénie nautique? On la trouve dans ce fait inattendu, que, soit dansles circonstances ordinaires, soit en temps d’épidémie, les chiffres les plus élevés de malades appartiennent au vaisseau-amiral, malgré la fréquence de ses relàches et de ses ravitaillements en vivres frais, malgré les ressources morales et matérielles qu’il peut se procurer. La salubrité relative des petits bâtiments à voile s'étend jusqu’au brick de 20 canons inclusivement ; au-dessous de cette limite, l'hygiène est compromise autant que le bien-être : les bricks de 40 canons, les canonnières, les goëlettes, les cutters, etc., exagèrent les deux grands fléaux de la marine, encombrement et difficulté d’aération, fléaux attachés à tousles types de navire. L’encombrement est inséparable de la vie nautique et augmente forcément en temps de guerre, comme on peut le voir par les fixations d’équipages (Ordonn. du 1° février 1837) suivant le rang du bâtiment :

Pied de paix, Pied de guerre,

Naisseaag'de 420 canons... . coco. 851 1087 — de H0D thon aa sriuteel cat dotée de 758 915 — A 2. ann lontaiatts à 671 810 — Q6, TE CANONS. ....... se gt or ee 562 677

Frégates de premier rang...........+...... 444 513 —— … de deuxième rang........socsseses 379 440 — ‘de troisième rang......e.s..sos.ece 269 326

Corvettes à batterie couverte de premier rang... 202—230 228—283 —"Ù W'hbatterie barbéltes 22% 5% 30e à e is c'e 475—149 166—206

— de charge de 800 tonneaux.......... 138 154 DT OS COUR roms nnss ans die à A se à 101 113 vaut 0146 '6E'de FCéaAnONs, ic sonore 98 108 (iso de 14 ÉanoNs re: . . eo ss ns sas: 86 92 an 106 10: CADONS, aus anse ce sé aas son 66 74

En divisant par ces chiffres le cubage des logements à bord de ces navires, on obtient pour chaque homme la ration atmosphérique que voici : |

Vaisseau de premier lang. dos 6: 2: gaie dors oi à 4 0 — de troisième rang. Ce ht . 4,055 Frégate à vapeur de 650 chevaux (isly) - PATATE GLS LO Vaisseau de deuxième rang............. must: deal Flégate de CTOÏSICMIP TANR. » 40 ete rec mr ++ aus e (Oo — de deuxième rang........... M dr à 3,050 Corvette de premier rang......,......,.... M, £ 2,980 Frégate de premier rang ..........:.... vélos LARMES — à vapeur, de 450 chevaux (Darien)....., 2,689 Corvette de 400 chevaux Pa. SES 16 ::. 1408 19986 Brick de première classe, ........ ii at 515: 1042677 0 Corvette de 300 chevaux (Tanger) . M so LADULE — de 220 chevaux (Archimède) . Letrere IIS AUT Brickravisoier Bah te! ESA CN CES 4,198 Corvette de 320 chevaux (Prony),....... FI 1,457

Ces évaluations, basées sur l'effectif de guerre, ne tiennent pas compte de l'encombrement des lieux habités par les canons, affüts, etc. (1).

2 Recrutement et spécialités professionnelles à bord. — Jusqu'au milieu du xvu° siècle, la marine se recrutait violemment par la presse. Sous Colbert (1668) fut instituée l'inscription maritime qui, sanctionnée et réglée par les lois des 15 mai et 31 décembre 1790, 43 mai 1791 et 3 brumaire an IV, assure à la flotte son contingent de serviteurs appropriés par leurs aptitudes originaires et acquises. Elle constitue une sorte de contrat entre les matelots soumis aux levées depuis l’âge de 48 à 50 ans, et l’État qui leur accorde en retour, avec le monopole de l’exploitation de la mer, une faible pension de retraite. À cet effet, ils sont partagés en quatre classes : célibataires, veufs sans enfants, hommes mariés sans enfants, pères de famille. Les levées comprennent, dans la proportion annuellement fixée, les hommes inscrits âgés de 20 à 40 ans, qui n’ont pas encore servi l’État, et à leur défaut, les marins qui comptent moins de quatre ans de service. La flotte reçoit aussi un petit nombre de conscrits par la voie du recrutement militaire, et des engagés volontaires qui, âgés de plus de16 ans, débutent comme apprentismarins, et, plus jeunes, à titre de mousses. Les meilleurs matelots sont ceux des classes de l'inscription ; nés sur les bords de la mer, ils se façonnent dès le jeune âge aux exigences de la navigation. Les enrôlés volontaires et les apprentis-marins, enlevés aux campagnes et aux villes de l’intérieur, se font moins aisément à la vie

(1) Fonssagrives, Trailé d'hygiène navale. Paris, 1855, p. 205.

du bord et ne s’y attachent guère. Les remplaçants figuraient dans la marine dans la proportion de 7 pour 100 ; vicieux à terre, ils étaient au moins rompus au service. Le système des primes de rengagement, consacré par une loi récente, sauvegarde la dignité des deux armées de terre et de mer en supprimant la plaie du remplacement. Trois races principales, les Normands, les Bretons, les Provençaux, et trois races secondaires, les Saintongeois, les Gascons et les Basques, échelonnées sur le littoral maritime de la France, fournissent à sa flotte une admirable variété d’éléments moraux et physiques, Conviendrait-il de les affecter, suivant leur provenance régionale, aux diverses stations que l’État entretient dans des mers et sous des climats très différents ? Les troupes employées dans nos colonies fournissent le même nombre de décès, quelle que soit leur origine; c’est ce qui ressort d’un relevé établi par Souty :

Provenance. Effectifs. Morts. Proportions, 28 départements du nord.... 1108 [ Nous 4 sur 3,5 30 — du centre... 1322 396 4 sur 3 28 — du sud.... 916 256 4 sur 3,5

L'état de marin comprend, à bord des navires, un grand nombre de professions : 4° les unes s’exercent, à l'air libre, sur le pont, comme celles de gabiers, de matelots de manœuvres, de canotiers, de timoniers, de mousses ; 2° les autres s'exercent dans l’intérieur du navire, soit dans les lieux habitables (fourriers, maîtres, surnuméraires), soit dans la cale (calier, cambusier, magasinier); 3° d’autres enfin exposent en même temps à l'action d’une température très élevée : cuisinier de l’équipage appelé coq, cuisiniers, boulangers, forgerons, gens de la machine. L'induction porte à croire, et l'observation établit que les professions du pont donnent le moins de malades et de morts; les professions d'intérieur en donnent notablement plus ; le maximum pèse sur les caliers. Les gabiers qui, presque toujours perchés dans la mâture, sont les montagnards de la marine, résistent le mieux à toutes les influences pathologiques ; il est vrai que ce sont des hommes choisis et joignant à la vigueur et à la souplesse du corps un esprit franc, actif et résolu.

3° Régime alimentaire. — Les décisions les plus récentes du Ministre de la marine (14 octobre 1848 et 24 janvier 1853) ont réglé

ainsi la distribution des rations et des repas à bord des navires, suivant la durée des campagnes de mer :

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