‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 129 sur 155 · V. — CoTon · texte numérisé non relu

V. — CoTon

Villermé n'a pas vérifié les effets pernicieux que l’on a attribués à l'huile qui sert au graissage des machines et qui imbibe les planchers, à la colle employée par les tisserands pour assouplir leurs fils, à certains procédés de teinture ou à quelques mordants employés pour l'impression. Les ouvriers s’accoutument aux odeurs désagréables que répandent ces matières ; mais ce qui les tue, c’est l’épais nuage de poussières irritantes et de duvet cotonneux qui s’attachent à leurs cheveux, à leurs orifices muqueux, et qui s'msinuent dans le nez, la bouche, le gosier et jusque dans les voies aériennes ; la légèreté spécifique de ces corpuscules fait qu’ils sont entraînés dans l'inspiration et mis en contact avec le poumon, qu'ils enflamment. Leur forme filamenteuse et leur flexibilité leur permettent de péné-

trer profondément et de s'adapter à la direction des divisions bronchiques. Les nouveaux ouvriers se plaignent d’abord de sécheresse de la bouche; puis la toux se déclare, symptôme d’une maladie naissante qui recevra plus tard la dénomination significative de phthisie ou de pneumonie cotonneuse, suivant la lenteur ou la rapidité de sa marche. Ceux qui abandonnent l’atelier pour n’y plus revenir guérissent. Le battage soulève ces mortelles poussières par nuages; aussi, dans beaucoup de filatures, les ouvriers des ateliers du cardage en sont chargés à tour de rôle comme d’une tâche périlleuse. Autrefois le battage se faisait à la main ou à la baguette. On a inventé pour la laine et le coton des machines qui ouvrent ces substances au sortir de la balle, les battent et les épluchent : ce qui a permis de supprimer les éplucheuses à la main et de réduire le nombre des batteurs; néanmoins ces deux opérations ne peuvent encore se faire qu’à la main pour le filage en fin. La même insalubrité pèse sur les premières opérations du cardage, sur le débourrage et l’aiguisage des cardes ; les aiguiseurs se trouvent à peu près dans les mêmes conditions que les polisseurs d'acier. Un masque de gaze préserverait tous ces ouvriers des poussières en suspension dans l'air; mais celles-ci, attirées sur le masque par chaque inspiration, ne tarderaient point à l’oblitérer par l'épaisseur de leur dépôt. Heureusement on à modifié les machines à battre et à nettoyer lecoton, de manière qu’elles ne soulèvent plus autant de poussières et de dépôt. Villermé a visité en 1836, à Zurich, et plus tard en Alsace, des ateliers de batteurs ventilateurs où les ouvriers portaient à peine des traces de leur occupation. Il faut joindre aux causes précitées de maladie la température élevée de plusieurs ateliers. 1 faut pour le filage des fils les plus fins une chaleur de 24 à 25 degrés centigrades, pour le parage à la mécanique 34 à 37 degrés centigrades, et pour certains apprêts Jusqu'à 40 degrés; dans ces ateliers sans ventilation, on voit les ouvriers, bras, pieds et jambes nus et à peine vêtus du reste, baignés dans l'abondance de leur transpiration. Enfin, un travail borné à quelques mouvements qui se répètent avec une accablante uniformité et dans l'enceinte étroite d’une même salle ne leur est pas moins préjudiciable, et les jette dans un état mixte de langueur physique et d’'ennui que Villermé compare à la nostalgie,

Les affections tuberculeuses, scorbutiques et rhumatismales, précédées de l’étiolement et de la faiblesse générales de l'organisme, tel est Le triste lot des tisserands à bras qui travaillent 14 à 17 heures par jour à faire des toiles de coton, de lin ou de chanvre, et qui,

mal nourris, sentent leur poitrine incessamment ébranlée par les percussions du balancier sur le cylindre autour duquel l’étoffe s’enroule. Pour empêcher la dessiccation trop prompte de la couche de colle dont les fils de la chaîne sont enduits, ils sont obligés de fabriquer ces toiles dans des lieux frais, un peu humides et à l'abri des courants d'air. On a inventé une colle dite purement hygrométrique, et qui permet de tisser à tous les étages, comme on fait pour la soie et la laine; mais elle coûte trop cher, et les simples tisserands languissent encore dans les rez-de-chaussée et les caves. Les tisserands en laine et en soierie travaillent dans des ateliers plus salubres et jouissent d’une aisance plus grande. L'invention du métier à la Jacquart épargne beaucoup de fatigue aux ouvriers qui fabriquent les étoffes brochées et façonnées, en même temps qu'il exige par sa hauteur des ateliers mieux aérés, mieux éclairés; elle a de plus supprimé les fireurs aux genoux cagneux. Nouvelle preuve que les machines, dont les classes ouvrières semblaient redouter l’automatique rivalité, profitent autant à leur hygiène qu'à l’économie de la fabrication.

$ 9. — Professions à matières inorganiques.

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