INFLUENCE DES PROFESSIONS SUR LA DURÉE DE LA VIE
Nous avons dit (Prolégomènes tome 1) : «La collection des ouvriers de chaque métier forme une grande individualité; à chaque classe de travailleurs leur atmosphère, leur régime, leurs mœurs, leurs maladies, leur moyenne de vie, espèce de fatalité que stipule avec eux la société qui utilise leurs forces. » La revue que nous venons de faire des professions est la vérification de cette pensée. Îl n’est que trop vrai que la durée de la vie n’est pas la même dans les diverses classes de la population : il y a des hommes qui atteignent, en moyenne, soixante-dix ans, et d'autres qui ne
dépassent pas quarante-cinq ans (1). L’étendue des oscillations égale donc le tiers de la vie. Ces inégalités sont-elles fatales, ou sera-t-il donné à la civilisation de les réduire, et même de les effacer ? Pour répondre à cette question, examinons brièvement la valeur définitive des influences qui agissent sur les ouvriers; elles se rapportent : 1° à la spécialité de l’atmosphère professionnelle ; 2° à leur vie active ou sédentaire; 3° aux accidents auxquels ils sont exposés ; 4° à leur nourriture, à leur habitation, à leur vêtement, à leurs soins de propreté, etc., conditions que résume le degré d’aisance. Or voici, d’après les calculs de Lombard, le nombre moyen d’années que chacune de ces influences ôte ou ajoute à la vie :
: apeurs minérales et végétales... ..... 4,9 Atmosphère Npe on £ Le te poussières diverses. ..... ner 270 .. { active, ajoute. ..... TA POTET EE SE 4,4
Genre de vie} *C21VE; Joue sédentaire-10tee. bn su CPE RS 4,4 Accidents et morts violentes....... pr era 2,0 Aisantelajoute 2h, LIEU RE TONER, HI) LR 7,5 Défaut d’aisance Ôte........ Nsidits dut bte és 7,5
Les remarquables études de statistique qu’a publiées Mare d’Espine (2) élèvent encore la valeur de cette dernière influence. » Lorsqu'on parvient, dit-il, à séparer les familles aisées d’une population pour considérer isolément la marche de leur mortalité, et la comparer ensuite à celle de la population entière, on trouve que le chiffre de la vie probable s'élève d’au moins dix ans, celui de la vie moyenne d'autant; tandis que la mortalitéannuelle, ou le chiffre mortuaire, peut s’abaisser d'environ 4 pour 100 habitants. » — La misère détermine des effets inverses, en proportion même de son intensité. Elle est donc destructive de la vie humaine, comme l’aisance est préservatrice ; et rien n'est plus démontré que ces ‘deux actions opposées. Telle est leur énergie qu'elles masquent celles des autres causes qui interviennent dans la mortalité des masses ; observation qui, suivant la remarque de Mare d’Espine, s’applique surtout à l’étude hygiénique des professions. Elle explique les divergences des résultats obtenus par les auteurs qui, préoecupés plus spécialement de l'influence des professions, ont perdu de vue l'élément perturbateur du degré d’aisance. En suivant d’autres voies d'investigation, Thouvenin (3) est arrivé à des conclusions
(1) Annales d'hygiène, t. XIV, p. 93.
(2) Marc d’Espine, Influence de l’aisance et de la misère sur la mortalité (Annales d'hygiène, t. XXXVII et t. XXX VIII).
(3) Thouvenin, De l'influence que l’industrie exerce sur la santé des populations, etc. {Annales d'hygiène, t. XXX VIT, p. 410).