‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 18 sur 155 · EXCRETA. — EXCRÉTIONS LOCALES. 119 IT. — EXCRÉTION NASALE · texte numérisé non relu

EXCRETA. — EXCRÉTIONS LOCALES. 119 IT. — EXCRÉTION NASALE

Le liquide nasal se mêle avec le suc muqueux des yeux et l’humeur lacrymale ; il contient, d'après Berzelius, de l’eau, du mucus, de l’osmazôme, des chlorures potassique et sodique, ete. Dans l’état ordinaire, il n’est fourni que dans la mesure nécessaire pour lubrifier la membrane olfactive ; par une disposition particulière, il manque chez quelques personnes qui n’éprouvent jamais le besoin de se moucher: son exubérance est toujours le résultat, ou d’une habitude catarrhale, ou d’une irritation fréquemment répétée sur les voies nasales, comme chez les priseurs immodérés. L’impression du froid sur la tête ou sur les pieds, parfois l'insuffisance de l’activité cutanée, sont les causes du flux nasal; les coryzas atteignent surtout les enfants et les lymphatiques. Une nourriture surabondante peut exagérer habituellement la sécrétion du nez comme toute autre sécrétion ; la stimulation trop intense de l’odorat, par les exhalaisons des mets, peut aussi y contribuer. L'état de la sécrétion nasale influe chez beaucoup de personnes sur celui de la vue et même du cerveau : dans les coryzas avec céphalalgie, Le soulagement de la tête coïncide avec l'apparition du flux ; il semble qu'il opère une sorte de déplétion cérébrale, d’où sans doute le pom qu'il a reçu du vulgaire (rhume du cerveau). On peut s’expliquer ainsi l'effet heureux que beaucoup de priseurs attribuent au tabac sur l’aisance des facultés intellectuelles : il satisfait une habitude impérieuse, première condition du bien-être; puis il dégage l’encéphale par la stimulation continue de la membrane pituitaire; mais en raison de la part qui revient au cerveau dans la question du tabac, nous la traiterons dans le chapitre des Percepta. Une pièce d'étoffe, qui fait en quelque sorte partie du vêtement, est destinée à recueillir les produits de lPexcrétion nasale; les mouchoirs de coton échauffent, déterminent des rougeurs; ceux de soie (foulards) ont, comme les précédents, l'inconvénient de ne point s’imbiber ; il faut leur préférer les mouchoirs de fil et de chanvre, Chez quelques personnes, l'étroitesse naturelle des ouvertures antérieures du nez gêne l'expulsion des mucosités; celles-ci s'amassent, se décomposent et communiquent à l'air expiré une putridité telle qu’on a fait de ce cas une variété d’ozène; les personnes affectées de cette conformation doivent s’astreindre à plusieurs lotions par jour, en faisant remonter de l’eau tiède dans les voies nasales à l’aide de fortes inspirations : Mérat et Lagneau ont prescrit avec succès ces lotions journalières que l'on pratique en

humant de l’eau dont on peut varier, suivant les cas, la température et la composition.

IT. — EXxCRÉTIONS BUCCALES.

Elles se composent du mucus fourni par les cryptes des parois de la bouche et de la salive sécrétée par les glandes salivaires; il s'y mêle un peu de liquide nasal (mucosités et larmes) qui se déverse dans la bouche en arrière par l'ouverture postérieure des fosses nasales, en avant par les conduits naso-palatins. Tous ces fluides ont pour effet de lubrifier la cavité buccale et les voies de la déglutition, de faciliter cet acte, et en général les mouvements de la langue, par conséquent aussi la phonation. La salive joue un rôle essentiel dans la mastication et dans la digestion : elle est toujours alcaline chez les individus sains qui jouissent d’un bon appétit et qui digèrent bien; pendant la mastication, elle imprègne les aliments de son eau et de ses sels, les ramollit, rend plus liquides ceux qui sont déjà en bouillie, dissout les matières solides comme le sucre, la gomme, la gélatine, commence par l’action de sa diastaseou ptyaline la conversion des substances amylacées en dextrine et en glycose (1), etc.; aussi est-elle sécrétée avec plus d’abondance pendant les repas, et même sous la seule incitation de l'appétit que provoque la vue des aliments. Nick évalue à 500 grammes la quantité de salive qui se forme ordinairement en vingt-quatre heures ; mais rien de fixe à cet égard : elle augmente en raison de la dureté et de la sécheresse des aliments; elle est toujours en proportion de l'altération préliminaire que les aliments exigent pour être chymifiés dans l'estomac. Chez quelques personnes qui appartiennent au tempérament lymphatique et nerveux, la sécrétion salivaire est habituellement assez abondante pour qu’elles soient forcées d’en

(1) L'analyse de la salive a donné pour 1000 parties :

Berzelius, Jacubowitsch.

Eaute MES OTENre ste 1199259 HAN Er 995,16 RS one D 2359 ARIANE ARR nn 1,62 Mucus:. . ee ox 1e + ss 1,4 PÉVARIDES SE 1,34 Extrait de viande avec lac- Phosphate de soude...,..,. 0,94 tate'alcalin AMIE 5. 0,9 Chlorures alcalins........ 0,84 Chlorure sodique......... 4::7 Sulfocyanure de potassium... 0,06

SOUUE see tree CE : 0,2 Chaux combinée avec une - matière organique, .... : 0,03

1000,0 Magnésie combinée avec une matière organique,...,. 0,01

rejeter une partie par expuition; mais le plus souvent la salivation est provoquée par certaines pratiques, telles que l'habitude de fumer, de màcher du tabac, etc.; elle peut donner lieu à des pertes qui affaiblissent la constitution et entraînent l’amaigrissement général: même alors que la sécrétion n’est point exagérée, une déperdition trop abondante de salive entraîne de mauvaises digestions et finit par compromettre la nutrition : c'est ce que l'on observe dans la paralysie des muscles buccinateurs, où la salive s'écoule continuellement au dehors, tandis que dans l’état normal elle est avalée à mesure qu'elle afflue dans la bouche.

La surface buccale est douée d’une grande puissance d’absorption : le vin, gardé dans la bouche, restaure et peut même enivrer ; le mercure, l'huile de tabac, d’autres poisons y sont rapidement absorbés ; il en est de même des virus contagieux : aussi Cullerier remarque qu'un verre, une pipe, une cuiller, peuvent servir de véhicule à la syphilis; Londe a vu un enfant de trois mois infecté par un baiser donné sur la bouche. Lors d’une petite épidémie de stomatite scorbutique qui régna en 1832, dans le 24° régiment de ligne, à Aix, nous vimes la maladie se propager rapidement à trente hommes d'une même compagnie, qui buvaient au même vase; la séquestration des malades et l'adoption de verres à boire contribuèrent à arrêter le mal. Les indications de prophylaxie qui découlent de ces faits s'appliquent aussi aux surfaces oculo-palpébrales et nasale; la transmissibilité des coryzas et de certaines ophthalmies ne peut être l’objet d'aucun doute.

L'hygiène de la bouche se rapporte aux excrétions dont elle est le siége ou le passage, c'est donc ici le lieu de parler de la conservation des dents ; aussi bien, le tartre qui contribue le plus souvent à leur altération est produit par la salive et par les humeurs que versent les membranes muqueuses de l’intérieur de la bouche.

Les caractères normaux des dents se déduisent de leur situation, de leur arrangement, de leur forme, de leur texture et de leur couleur. Les dents, disposées symétriquement sur les bords alvéolaires des deux mâchoires, représentent les deux moitiés d’un ovoide parfait dont l’arcade supérieure forme la grosse extrémité, et l'inférieure la petite ; les deux arcades se correspondent exactement en arritre; mais en avant la rangée supérieure dépasse un peu linférieure en la croisant. Les incisives supérieures sont légèrement inclinées en avant, les inférieures ayant une direction perpendiculaire. Aucune dent ne doit l'emporter sur les autres en longueur ni eu saillie latérale, excepté les canines, qui seules diffèrent souvent

des incisives sous ce rapport(1). Les dents de bonne nature sont bien nourries, plutôt courtes que longues, d’un tissu dur, recouvertes d’un émail uni et épais à leurs bords libres ; les mauvaises dents se reconnaissent à leur forme allongée, maigre, étroite, à leur texture tendre et facilement attaquable par la limê, à la ténuité de leur couche d’émail ; un tel appareil dentaire présente des incisives minces à leur extrémité tranchante, des canines effilées en pointe, de grosses molaires à couronne ovoide: il est plus sensible à lPatteinte des agents chimiques et physiques. La couleur des dents est un sûr indice de leur solidité, et se lie d’une manière remarquable à l’ensemble de la coustitution : elle promet des chances décroissantes de conservation, suivant qu'elle est d’un blanc tirant sur le jaune, d’un blanc mat, d’un blane gris, d’un blanc azuré. Les dents à reflet jaunâtre ont pour base un ivoire «lense, serré et pesant; on les observe chez les sujets robustes, bilieux ou sanguins. Les dents d'un blanc de lait ou bleuâtres ont moins de compacité et se détruisent vite ; plus perméables, elles transmettent facilement à la pulpe dentaire l'impression des qualités froides, chaudes, acides, des corps soumis à la mastication. Simons, Camper et Blumenbach ont rencontré principalement chez les phthisiques les dents à teinte azurée, phénomène qui tient souvent à une altération déjà commencée de l’ivoire. D’après Oudet, les sels organiques abondent dans les dents jaunâtres et peu impressionnables, tandis que la matière animale domine dans les dents délicates et sensibles.

La conservation des dents comprend non-seulement leurs parties dures, ivoire, émail, cément, mais encore la pulpe ou germe dentaire et la membrane alvéolo-dentaire. L'ivoire, ou plutôt la dentine (R. Owen), substance tubulaire (J. Müller), est la partie la plus considérable de l'organe dentaire; l'émail et le cément sont moulés sur elle et tapissent, l’un sa couronne, l’autre sa racine, de manière à la recouvrir en totalité; sa densité augmente avec l’âge; sa couronne est réticulée par les dépressions concaves hexagonales où s’implante l’extrémité des prismes de l'émail; sa face interne répoud à

(1) Voyez la série d'articles publiés par Oudet, dans le tome X du Dictionnaire de médecine(1835), et ses Recherches anatomiques, physiologiques et microscopiques sur les dents et leurs maladies (1862), et qui constituent une monographie sous le double rapport de la physiologie et de la pathologie dentaire, Voyez aussi l’article Denr, par Bégin, dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques ; la thèse si remarquable d'Émile Magitot, Sur le développement et la structure des dents humaines (Paris, 1857, n° 287), et celle de Gustave Delestre, Sur le ramollissement des gencives (Paris, 1861).

la cavité de la pulpe, et présente les orifices innombrables des canalicules ouverts à la surface du germe. La substance fondamentale de l'ivoire, homogène et très finement granuleuse à un fort grossissement du microscope, constituée par des cellules calcifiées, abonde plus périphériquement sous l'émail et le cément que vers la cavité dentaire, où les canalicules sont très serrés. Les canalicules dentaires (canaux calcifères de R. Owen), découverts en 1678 par Leeuwenhoeck, sont creusés dans l'épaisseur de livoire, où ils représentent les intervalles laissés entre les cellules primitives, et ils ont un diamètre moyen de 0%%,0015 à Q"%,002 : ouverts dans la cavité dentaire par un orifice qui les met en contact immédiat avec la pulpe, ils rayonnent decepoint à lasurface extérieure dela denten décrivant des sinuosités ; une couche continue de granulations noires très nombreuses, sous-jacente à l’émail et au cément, sert de limite périphérique aux canalicules, et, d’après Robin et Magitot (1), leur constitue un réseau anastomotique pour le libre parcours du fluide d'imbibition, pour l'entretien du mouvement organique. Cuvier prenait cette couche granuleuse pour le vestige d’une membrane située entre l’ivoire et l’émail; ce qui prouve son usage tel qu'il vient d’être indiqué, c’est qu'ils prennent la couleur blanche ou noire des tubes ou canalicules, suivant que ceux-ci contiennent des liquides blancs ou de l'air. La sensibilité tactile de l’ivoire, même en l’absence de toute trace de nerfs, est due aux vibrations, aux ébranlements qu’il reçoit des corps extérieurs (grains de sable, etc.), quelle que soit leur ténuité, et qu’il transmet à la pulpe dont la substance, si riche en nerfs, emplit exactement sa coque solide. Sa composition chimique a été déterminée par Bibra comme il suit :

Page 1