‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 19 sur 155 · INCISIVE ADULTE. MOLAIRE ADULTE · texte numérisé non relu

INCISIVE ADULTE. MOLAIRE ADULTE

Homme. Homme, Femme.

Substances organiques... 28,70 Phosphate de chaux avec — inorganiques. 71,30 traces de fluorure de ere Calcium... dossorse 166,12 1: 6704

100,00 Carbonate de chaux.... 3,36 1,91 Phosphate de chaux.... 1,08 2,49 Sels solubles.........: 0,83 1,00 Cartilages.. lon. soda td, PT UE CGPRISSE, : . .. . : TDi Va 0,40 0,58

L'émail qui revêt la couronne, très épaissi à la surface de trituration et au niveau des tubercules, est diaphane et d’une dureté

(4) Thèse citée, p. 87.

qui résiste à la lime ; il s’use cependant par les efforts de la mastication, mais dans un âge avancé où l’ivoire, mis à nu, est devenu lui-même assez dur pour se passer de sa protection. Les lames de l'émail, d’une épaisseur de 0"%,05 à 0"",10, sont stratifiées et superposées de manière à représenter, sur une coupe verticale de dent, une série de petites calottes emboîtées l’une dans l’autre; appliqué sans corps intermédiaire à la surface de l’ivoire, il est recouvert à sa face externe par une cuticule (Kôlliker) transparente, granuleuse, d’une épaisseur de 0%%,001, inattaquable aux acides; il subit pendant le cours de la vie des changements de densité et de coloration, et, après l'extraction de la dent, c’est-à-dire quand la dent est morte, il devient fragile. La composition chimique de l'émail ne diffère de celle de la dentine que par la prédominance des sels calcaires; elle est, d’après Bibra :

Moluire Molaire d’une femme de 25 ans, d’un homme adulte, Phosphate de chaux avec traces de

fluorure de calcium..... SE 81,63 89,82 Carbonate de chaux. :...... ET 5,88 4,37 Phosphate de magnésie.......,.. 2,0 1,34 Selsisolubleste Creer ErreRr 0,97 0,88 Substance organique ........... 5,097 3,39 IT AIS sais 0 os dei sn traces 0,20

Substances organiques. .....,.. 5,97 3,59

— inorganiques ..+e. 94,04 96,31

Le cément {os de la dent), jaunâtre et opaque comme le tissu osseux, dont il a à peu près la densité, est la partie la moins considérable de l'organe dentaire; il revêt toute la surface extérieure des racines ; la membrane alvéolo-dentaire qui le recouvre à l'extérieur lui tient lieu de périoste, et ses vaisseaux pénètrent dans le tissu cémentaire. Le cément augmente d'épaisseur avec l’âge; ce qui fait que chez les vieillards, certaines dents sont retenues dans leurs alvéoles par une couche ambiante de cément, malgré la disparition complète de leur pulpe centrale (Magitot). La substance fondamentale, finement granuleuse et diaphane, mince et friable autour du collet, est stratifiée quelquefois dans ses parties les plus épaisses comme le tissu osseux, et c’est là qu'on rencontre, mais sans aucune disposition régulière, des corpuscules osseux ou ostéoplastes. Le cément, presque identique avec l’os par sa composition chimique, a donné à Bibra :

Chez l'homme, Chez le bœuf,

Substances organiques....,....,.,.,.. 29,42 32,24 — INOTSANIQUES. «ss... 70,58 67,76 100,00 100,00

La pulpe dentaire chez l'adulte n’est autre chose que la papille dentaire du fœtus, énormément réduite de volume; moulée sur les parois de chaque cavité dentaire, elle est disposée en fuseau dans les canines, taillée en biseau dans les incisives, formant dans les molaires autant de saillies coniques que la couronne a de tubercules; chez le vieillard, c’est un filet mince, allongé dans l’étroit canal de la dent, et vers la fin de la vie, quand cette cavité a été oblitérée par la production incessante des éléments de l’ivoire, elle disparaît en totali té. Molle, de couleur rougeàtre, sans adhérence avec la paroi dentaire, elle reçoit des filets vasculaires et nerveux en nombre égal à celui des racines; leurs ramifications dans la pulpe donnent lieu à un plexus nerveux et vasculaire très riche.

La membrane alvéolo-dentaire, continuation du tissu gingival, intermédiaire par sa structure entre la muqueuse et le périoste osseux, S'interpose entre la dent et la mâchoire, adhère au cément, tapisse toute sa surface, se dirige vers le sommet de la racine, et là, rencontrant les vaisseaux et les nerfs de la dent, elle leur forme une gaine, sans se replier dans les canaux dentaires et y tapisser la surface de la pulpe. Sa richesse vasculaire et nerveuse explique la fréquence de ses inflammations, l’intensité des douleurs qui en résultent; une de ses lésions récemment étudiées avec soin par G. Delestre (thèse citée), le ramollissement jaune et rouge, amène l'expulsion des dents, comme l'espèce d’hypertrophie graduelle dont elle devient le siége chez le vieillard concourt à leur chute physiologique (Magitot).

Les règles hygiéniques portent sur le nombre, l'arrangement et les concrétions des dents.

1° Il peut y avoir absence ou exubérance des dents : dans le premier cas, que la lacune porte sur les dents temporaires ou sur les dents permanentes, l’art est impuissant pour la combler autrement que par des pièces factices dont l'application doit être ajournée jusque après l'accroissement terminé du sujet; alors seulemen la sortie des dents tardives devient improbable, et, jusqu à ce moment, il convient de la favoriser en prévenant l'induration Bbro+ cartilagineuse des gencives que produirait l'usage constant d’aliments secs et solides (Bégin). La superfétation affecte ordinairement les canines ou les incisives seules. Parfois, en dehors ou en dedans

des molairés permanentes, perce une grosse dent surnuméraire qui proémine dans la bouche ou vers la joue; il est de rares exemples d’arcades dentaires entièrement doublées sur l’une et sur l’autre mâchoire. Pendant son internat à l’Hôtel-Dieu, Oudet trouva, dans une tumeur correspondant aux bicuspides inférieures du côté droit, et qui fut prise pour un amas de tartre, une agglomération d'au moins vingt-cinq dents distinctes, et réunies entre elles, soit immédiatement, soit au moyen d’une substance analogue au cément des dents. On fait l'extraction des dents exubérantes, et presque toujourselle est suiviedu redressement des autres dents. Il importe seulement de ne pas confondre, au moment del’opération, les dents permanentes déviéesaveclestemporaires : les premières sont pluslarges, plus solides, d’un blanc moinslacté; et quand cesontdesincisives, elles présentent à leur extrémité libre des inégalités résultant du défaut de frottement.

9 Surveiller, régulariser l’éruption et l’arrangement des dents permanentes, c’est prévenir bien des accidents et des souffrances que prépare ou fait naître l’aveugle travail de la nature. Nous ne pouvons entrer dans tous les détails qui constituent cette branche importante de l’art du dentiste; nous renvoyons aux préceptes qu’une expérience vraiment scientifique a suggérés à Oudet (1).

Les directions vicieuses affectent ordinairement les canines et les incisives, rarement les dents primitives, et presque jamais les molaires : dues au développement imparfait de l’arcade alvéolaire, à l’exubération ou à la largeur des dents, à la persistance de quelques dents primitives près des points d’émersion des dents secondaires, elles consistent dans les inclinaisons des dents en avant ou en arrière, ou dans leur rotation sur l’axe de la racine. La marche de la seconde dentition doit donc être surveillée avec soin ; et de six à quatorze ans, 11 y à souvent lieu d’agir préventivement contre les irrégularités de l’évolution dentaire ; d’extraire une dent primitive qui gêne la sortie d’une dent de remplacement, quelquefois même de sacrifier une ou plusieurs dents permanentes. Tantôt c’est l’incisive médiane inférieure qui incline en avant : il faut l’extraire; tantôt, bien rangée, elle doit encore être sacrifiée à la conservation d’une incisive latérale inclinée en arrière ou en avant, parce que celle-ci, plus longue et plus forte, suffit pour remplir le vide. A Ja mâchoire supérieure, mieux vaut conserver les incisives médianes : les plus fréquemment déviées sont les canines supérieures et inférieures ; mais comme elles sont plus visibles quand on rit ou qu’on

(4) Loc, cit., p. 151,

parle, et qu’elles sont moins sujettes à la carie que les petites molaires, on fait le sacrifice de ces dernières. Quand une dent secondaire tend à s’incliner latéralement, il faut respecter les dents voisines qui servent à la contenir. Le rapport convenable d’une rangée dentaire avec l’autre influe sur la facilité de leur fonction et sur leur conservation ; quand ce rapport est rendu vicieux par la seule direction des dents, on y peut remédier dans le principe. Ainsi, les incisives supérieures se dirigent-elles en dedans, la pression répétée du doigt et de la langue réussit à les ramener en avant; sont-elles assez sorties pour toucher en arrière les incisives inférieures, la lime, le doigt et la langue détruisent la résistance que celles-ci opposent à la direction des incisives supérieures. Si les dents sont assez déviées pour se toucher sur une ligne de hauteur, on les tient écartées au moyen d'une plaque d’or ou de platine recourbée en forme de gouttière et fixée sur une des molaires. Quand l’arcade inférieure croise la supérieure, en passant devant elle, il en résulte une difformité improprement appelée menton de qgaloche, et qui accélère l’usure des dents. On peut alors faire usage du plan incliné, pour rétablir le rapport normal entre les deux rangées dentaires; appliqué sur l’inférieure, il presse, dans l’occlusion de la bouche, les dents supérieures d’arrière en avant, et les oblige à passer devant les autres. Lorsqu'il y a lieu d'empêcher le rapprochement complet des arcades dentaires, on recouvre les deux premières molaires inférieures de chaque côté d’une espèce de coiffe métallique quadrilatère qui les embrasse exactement (bâillon dentaire); elle préserve les dents antérieures de toute pression réciproque, sans gêner aucune fonction. Oudet recommande avec raison de nettoyer fréquemment les calottes métalliques des parcelles alimentaires et des résidus d’humeurs buccales qui s’y introduisent et détériorent la dent vainement abritée. Quelquefois les deux rangées dentaires présentent une obliquité générale en avant, et soulèvent les lèvres. Cette difformité nuit au rapprochement des lèvres, à l'articulation des sons, fait paraître les dents trop longues, et donne lieu à la projection de la salive en parlant. Héréditaire dans quelques familles, elle peut être déterminée par l'habitude qu'ont les enfants de porter leur langue en avant pour la succion de leur pouce, el: On a proposé, pour la combattre, l'extraction de la petite molaire de chaque côté, et l'application de plaques tendant à repousser les dents vers la bouche, ou de fils métalliques qui, passant au-devant d’elles, vont se fixer à un palais artificiel, et sont chaque jour serrés davantage; mais ces moyens peu efficaces risquent d’ébranler les dents

et d’en occasionner la chute prématurée. Trop rapprochées latéralement, les dents subissent, par leurs bords correspondants, une pression qui hâte leur usure et leur carie; la lime fait cesser cet inconvénient. Le redressement des dente est assez facile jusqu'à quatorze à quinze ans. Au delà de cet âge, les divers procédés de redressement compromeltent la solidité des dents, et l'on se bornera à réduire la difformité par l’action de la lime, ou par l’avulsion des dents les plus déviées et les plus gênantes.

3° Les liquides buccaux agissent sur les dents par les altérations qu'ils subissent sous l'influence de divers états morbides locaux ou généraux, et notamment des inflammations du tube digestif; une diète sévère produit le même effet, en s’opposant au renouvellement des humeurs de la bouche par le travail de la mastication ; et l’on a même remarqué, chez des sujets d’ailleurs sains, la sécrétion d’une salive abondante, filante, à réaction acide, et par conséquent nuisible aux dents, particularité qui coïncidait avec une coloration rouge plus vive de la muqueuse buccale et une énergie prépondérante des fonctions digestives. Habituellement les liquides buccaux laissent déposer sur les dents une matière blanchâtre ou jaunâtre, plus ou moins épaisse, qui se dessèche sous forme d’enduit limoneux ou noirâtre. Produite en plus grande abondance pendant la nuit, elle se dissipe par la mastication ou par des soins journaliers. Par l’omission de ces soins, ou sous l’influence de la constitution, de maladies des dents, des gencives ou de l'estomac, on la voit s'accumuler et durcir jusqu’à former de vraies concrétions calcaires, appelées tartre. Vauquelin et Laugier l'ont analysé, ainsi que Berzelius, qui y a trouvé: ptyaline, 1,0; mucus, 12,5; phosphates terreux, 79,0; matière animale dissoute par l'acide chlorhydrique, 7,5. Le tartre est donc constitué en majeure partie par un phosphate insoluble. Dumas (1) en explique la déposition par l’action de la salive alcaline sur le liquide acide dela bouche ; l'acide libre une fois saturé, les phosphates insolubles se précipitent. L'observation démontre l'erreur de cette induction chimique. CL. Bernard (2) dit que le tartre est dû à une irritation alvéolodentaire avec déchaussement des gencives ramollies par des fragments alimentaires pendant la mastication; il rappelle à l'appui de cette opinion que le tartre garnit en plus forte proportion les dents de la mâchoire mlérieure, qui se déchaussent plus facilement

(1) Chimie appliquée aux arts. Paris, 1846, t. VII, p. 683. (2) Leçons de physiologie expérimentale, Paris, 1856, t. II, p. 134.

dans l'acte de la mastication ; les phosphates terreux du tartre proviendraient ainsi, non de la salive, mais d’une sécrétion anormale du périoste alvéolo-dentaire, comme dans les périostites des os. Les molécules de carbonate de chaux, les cellules épithéliales, les globules pyoïdes, seraient empruntés aux fluides salivaires où ce physiologiste les a rencontrés. A cette théorie, G. Delestre (1) objecte que le tartre tapisse en couches épaisses la face supérieure des plaques sur lesquelles on ajuste les dents artificielles, même alors qu’en l'absence de toute dent dans la bouche, les gencives recouvrent entièrement les arcades alvéolaires; suivant lui, le tartre est un précipité des sels tenus en dissolution dans la salive mixte alcaline par les produits de décomposition acides, provenant des matières organiques qui séjournent en s’altérant dans le cul-de-sac gingivodentaire ou dans les intervalles triangulaires que les dents laissent à la base de leur couronne. D'autres faits militent pour l'opinion de G. Delestre : examiné au microscope, le tartre présente des débris d'infusoires des genres Vibrio et Monas, des cellules d’épithélium en grande quantité, des cristaux de carbonate de chaux, et dans ses couches de formation récente, une espèce d’algue, des globules de graisse, des fragments de matières alimentaires encore reconnaissables. Chez les personnes soigneuses de leur bouche, et qui, après les repas, la débarrassent par un lavage de tout vestige alimentaire, la production du tartre est très restreinte; il se dépose au contraire avec abondance chez ceux qui négligent leur bouche ou sont atteints de stomatite ; il s’accumule à la mâchoire inférieure, parce que la salive en baigne constamment la rangée dentaire, et qu’en raison de sa déclivité les matières y séjournent ; les sels calcaires qui se précipitent, comblent d’abord le eul-de-sac gingivo-dentaire. Si le dépôt est lent ou se borne au niveau d'une seule dent par suite d’une cause locale, la concrétion calcaire, vrai corps étranger pour la muqueuse qu’elle irrite, provoque une exhalation sanguine qui colore le tartre en noir; le microscope y fait voir des cristaux d'hématoïdine, et en insinuant dans le cul-de-sac gingival la pointe fine d’un instrument, on en retire une petite écaille dure, en forme de croissant, moulée exactement sur le collet de la dent. Cette variété de tartre, ajoute G. Delestre, est une des causes les plus fréquentes du ramollissement inflammatoire des gencives et de ces ulcérations marginales, en coup d’ongle, ordinairement limitées à une ou deux dents. Plus fréquentes chez les gens avancés en âge, lymphatiques

(1) Thèse citée, p. 25.

M, LÉVY. 4° ÉDIT, — Il 9

ou bilieux, les concrétions de tartre se forment surtout à la face interne des incisives inférieures, se limitent à quelques dents, ou envahissent un seul côté ou la totalité des arcades dentaires ; très adhérentes, elles paraissent d’abord près du collet des dents, et s'étendent sous les gencives qu’elles soulèvent un peu. En augmentant de volume, elles s'élèvent vers l'extrémité libre de la couronne qu'elles finissent par recouvrir, irritent et refoulent les gencives, déchaussent le coliet des dents et les tirent peu à peu de leurs alvéoles; elles donnent à la bouche un aspect sale et hideux, rendent l’haleine fétide, nuisent quelquefois à la inastication, déterminent l’ulcération des gencives, des joues, de la langue, enfin l’ébranlement et la chute des dents. Le régime n’est pas étranger à leur production : elles sont rares chez les gens de fa campagne, qui vivent sobrement etqui divisent avec leurs dents un pain ferme et résistant. Le tartre une fois formé, il faut l’enlever par couches et fragments à l’aide de rugines, grattoirs et autres instruments appropriés que l’ou porte entre les dents, où que l’on promène à leur surface. Lorsque les dents ont été longtemps chargées de tartre, leur dénudation subite peut les rendre impressionnables à l'air et aux corps extérieurs. Il convient alors de les débarrasser en plusieurs séances et à des intervalles éloignés; le léger écoulement de sang qui accompagne cette opération à l’avantage de dégorger les gencives, et parfois il y a lieu d'y joindre queiques scarifications.

L° Les soins ordinaires qu’exige le bon entretien des dents et des gencives se rapportent autant au régime qu’à certaines pratiques locales. Un régime doux et régulier, dit avec raison Bégin, Pabsence de tous les excès, l'exécution libre et normale des principales fonctions, surtout de la digestion, tels sont les meilleurs moyens de couserver la fraicheur de la bouche, la fermeté des gencives, la solidité ainsi que l'intégrité des dents. On y joindra l'attention de promener tous les matins, sur les dents, une brosse douce et trempée dans l’eau dégourdie. Ces frictions doivent se faire de haut en bas pour les dents supérieures, de bas en haut pour les dents inférieures ; puis en travers le long des ‘arcades dentaires ; enfin, en dedans, et à la surface libre de celles-ci. Après chaque repas, et le soir avant de se coucher, on doit se laver la bouche avec de l’eau dégourdie, et enlever, à l’aide d’un cnre-dent de plume, les parcelles d'aliments qui se sont insinuées dans les intervalles dentaires. Les frictions avec la brosse ne doivent pas être rudes ni offenser le bord libre des gencives. Si elles ne suffisent pas pour détacher le tartre trop adhérent, on peut charger la brosse

ns

EXCRÈTA. — DENTS ET GENCIVES. 131 dé poudres inertes, parfaitement porphyrisées, telles que celles de charbon, de corail, de pierre ponce colorée avec une pincée de laque ou de carmin, d’os de sèche et de magnésie calcinée que l’on colore par de la cochenille et que l’on aromatise avec quelques gouites d'huile essentielle de menthe. On peut mêler à ces substances, en cas de fétidité de l’haleine, deux ou trois grains de chlorure d'oxyde de sodium en poudre par gros de poudre. Que l’on s’abstienne des opiats, des poudres dentifrices dont on ignore la composition ; que l’on rejette les acides qui ne blanchissent les dents qu'en attaquant leur émail et en ramollissant leur tissu. Le quinquina, le sang-dragon et d’autres substances toniques que l'on prodigue dans les préparations dont l’usage est journalier, ne doivent pas être appliqués sur des gencives saines; c’est une ressource qu'il faut réserver pour les états morbides où elle convient. On les emploie avec avantage lorsque les gencives sont molles, blafardes, engorgées, saignantes ; on peut leur substituer de l’eau aiguisée par quelques gouttes de teinture alcoolique de cochléaria, de benjoin, de cannelle, ete. Mais 1! ne faut pas abuser de ces préparations, qui finissent par échauffer la bouche ; toutes les fois que le tissu des gencives sera chaud, douloureux, tendu, les décoctions émollientes devront les remplacer. En résumé, les dentifrices agissent d’une manière mécanique, chimique ou médicinale : les premiers, poudres dures et inertes, nettoient les surfaces par frottement, et l’on doit veiller à ce que leur action ne soit pas portée jusqu’à rayer et user l’émail; les dentifrices qui attaquent le tartre chimiquement finissent toujours par entamer l'émail; quant aux substances dont on attend un effet thérapeutique, elles doivent nécessairement varier suivant l’état des parties : le charlatanisme le plus absurde peut seul proposer un dentifrice unique pour l'usage de tout le monde. Les cure-dents servent à enlever les corps étrangers et les débris alimentaires qui se logent entre les dents; il faut proscrire ceux qui ne sont pas faits de plume, de bois tendre, d’écaille ou de corne ; leur emploi trop fréquent finit par irriter les gencives et les membranes alvéolaires. Les causes qui déterminent l'usure prématurée des dents sont leurs frottements trop rudes -contre des corps durs, tels que poudres trop compactes, aliments trop solides, tuyaux de pipe, grincement spasmodique habituel des dents; la partie usée de la couronne ne se régénère pas; Mais une ossification nouvelle se produit ordinairement dans la cavité dentaire et refoule le bulbe nerveux qui, malgré cette couche supplémentaire d'ivoire, devient plus sensible à l'impression du froid, du

chaud , etc. Une lame de liége, placée de chaque côté entre les dents molaires, empêche les grincements nocturnes des dents; la lime servira à niveler une dent qui appuierait assez sur SOn Opposite pour en déterminer l'usure, à faire disparaître les aspérités susceptibles de léser la langue, les lèvres ou les joues; si la cavité de la dent usée vient à s'ouvrir, il reste à la nettoyer et à la plomber. Dans le cas où les dents paraissent se détériorer par le contact des sécrétions acides de la bouche et de l'estomac, on pourrait user de poudres dentifrices alcalines. Certains abus de régime contribuent puissamment à l’altération des dents : tels sont le verre de vin obligé après un potage chaud, les liqueurs fermentées, Îles assaisonnements caustiques ou salés, les boissons à la glace alternant avec des mets brülants, etc. Les dents noircissent par l’habitude de fumer, et comme les fumeurs ingèrent ordinairement des liquides froids, il en résulte pour les dents une vicissitude soudaine de température; les incisives latérales droites et supérieures s’usent à la longue par le frottement des pipes, surtout des pipes de terre; celles dont le tuyau est court entretiennent par la proximité de leur fourneau une chaleur nuisible sur les dents, dont l'émail se fend, sur les gencives, qui s’engorgent, et déterminent ainsi l’ébranlement et la chute des dents. Les longs tuyaux de jasmin, de lilas, d'érable, qui sont usités en Pologne et en Russie, l’oukas des Turcs qui fait passer la fumée par un conduit flexible de plusieurs pieds et à travers une sorte de bain-marie, ne nécessitent point une plus grande force d'aspiration que les tuyaux ordinaires, et privent la fumée d’une partie de son calorique et de sa mordacité. L'addition d’un bout de plume à l’extrémité du tuyau compléterait la préservation cles dents; ce bout est simple et facile à renouveler. Le cigare, formé de feuilles de tabac roulées sur elles-mêmes, n’a que les inconvénients communs au tabac fumé; sa substitution aux pipes est un progrès désirable, puisqu'il n’exerce point sur les dents un frottement assez dur pour les user. Le tabac mâché mêle aux liquides sécrèétés par la bouche des principes âcres qui agissent chimiquement sur les dents, et qui irritent les gencives en même temps que les glandes salivaires ; à la longue, néanmoins, ces organes s'émoussent à la stimulation, et la salivation elle-même rentre dans les limites ordinaires : mais le goût s’affaiblit ; les cryptes de la muqueuse buccale et les glandes salivaires répondent moins à l'excitation physiologique des aliments soumis à la mastication et ne versent plus avec la même abondance les fluides nécessaires à leur imprégnation; une partie des liquides de la bouche,

EXCRETA.— EXCRÉTION ALVINE, 153 déglutie, vient d’abord irriter, puis amortir la muqueuse gastrique : l'appétit diminue, l’haleine contracte l'odeur du tabac, et tôt ou tard la perturbation fonctionnelle de l'extrémité supérieure du canal alimentaire réagit sur ses autres portions, et par suite sur l'acte de la nutrition.

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