EXCRETA.—ONGLES ET POILS
exigent, c'est d'être lavés et brossés, surtout à la face inférieure de leur extrémité libre, qui est le siége d’une sécrétion légère de fluide sébacé ; quand ils acquièrent une longueur incommode, il faut les couper en demi-cercle ; ceux des orteils doivent être coupés carrément, non en rond ni trop court : c’est le moyen de prévenir leur incarnation, infirmité fréquente au gros orteil, et qui nécessite une opération très douloureuse.
2° Les poils, qui par leur mode de développement ont tant d’analogie avec les dents, couvrent une grande partie du corps ; la peau n'en est entièrement dépourvue qu'aux paupières, à la paume des mains, à la plante des pieds, à la face dorsale des dernières phalanges des doigts, à la face interne du prépuce, au gland et au clitoris; ils abondent à la partie supérieure et postérieure de la tête, au voisinage de l'ouverture des cavités (barbe, sourcils, cils, poils du nez et du conduit auditif, des régions génitales et de l’anus) ; leur couleur pâlit ou se fonce, suivant l'intensité de l'illumination solaire des climats, de manière à protéger contre l’action de cette cause: l'absence des sourcils et des cils ou leur canitie précoce détermine parfois des ophthalmies rebelles. Les poils sont élastiques, flexibles par la matière grasse qui est sécrétée autour d’eux; mauvais conducteurs du calorique, idio-électriques, doués de l’électricité positive, très hygrométriques, 1ls sont remarquables par leur souplesse pendant les temps et dans les contrées humides; la chaleur les dessèche, les racornit. Ils partagent ces propriétés avec l’épiderme, dont ils réfléchissent toutes les conditions : comme lui ils sont susceptibles de s’exfolier un peu à leur surface, et les écailles qui s’en détachent les rendent rudes au toucher, quand on passe sur eux les doigts de la pointe vers la racine. On observe cet état des cheveux chez les individus dont l’épiderme crânien se gerce et manque de smegma ; leurs cheveux arides se cassent et tombent. L’épiderme du cuir chevelu est-il au contraire solide, luisant, onctueux, la chevelure qui le garnit est naturellement souple et d’un facile entretien. On voit par là que l’état des cheveux, comme celui des dents, se lie aux éléments de la constitution, aux conditions de la santé générale; leur conservation est au prix des soins que celleci réclame. Néanmoins l’exhalation locale du cuir chevelu commande des précautions : une juste mesure d'aération, la préservation des extrêmes de chaleur et de froid, la propreté et la netteté de l'épiderme, la proscription des topiques irritants et des manœuvres qui tiraillent Les bulbes pilifères et endolorissent le cuir chevelu, ce qui ne peut manquer de réagir sur le follicule pileux lui-même,
Protecteurs naturels de la tête contre les impressions extrêmes de l'atmosphère, contre les percussions qu’ils amortissent, les cheveux sont en même temps l’ornement le plus noble et le plus gracieux de la figure humaine. Les femmes les laissent croître et flotter en boucles ondoyantes, ou les relèvent tressés en couronne sur leur tête; elles oublient qu’à force de les serrer, de les tirailler, de les tordre, elles fatiguent le cuir chevelu, cassent le poil, eten altèrent le bulbe fui-même. Leur nuque se dépouille en premier lieu : c’est la région où le poil est le plus fortement teudu; ensuite le sillon ou raie qui sépare les cheveux jusqu’au vertex, et au delà; l'espèce de ratissure du peigne fin n’est pas étrangère à l'élargissement progressif de cette calvitie d’abord linéaire. La chaleur du fer dessèche le poil, irrite la peau : « La coiffure qui, sous le rapport de lhygiène, convient le mieux aux femmes et surtout aux jeunes filles, est celle qui tient les cheveux doucement relevés et serrés le moins possible ; celle qui consiste à les lisser soigneusement, à les disposer en larges bandeaux, de manière qu'ils soient facilement et toujours aérés, à les déméler matin et soir, à les brosser avec soin et légèreté, à les enrouler mollement. Si, pour les besoins de la coiffure, on est obligé de les serrer, de les nouer fortement, il faut avoir plus tard le soin de les laisser reposer, de les tenir flottants pendant quelques instants, matin et soir (1). » | L'homme obéit aux convenances de l'état social où il vit en réprimant par des coupes périodiques l’exubérance de sa chevelure. Quelle est l'influence de cette pratique? Elle excite légèrement le cuir chevelu, et donne un nouvel élan à la croissance des cheveux; ceux-ci naissent, en effet, dans un follicule placé dans l'épaisseur ou au-dessous de la peau, et percé à son fond par des ramifications déliées des vaisseaux et des nerfs : les organes producteurs des cheveux, continuant de recevoir après la coupe de ceux-ci la même quantité de matériaux plastiques, se trouveront dans une sorte de pléthore momentanée et de suractivité formatrice. On peut comparer ces phénomènes à ceux qui succèdent à toute perte de substance : l'organisme y pourvoit avec l'élan d’une fièvre physiologique. La sensation de chaleur et parfois de démangeaison qui se répand dans tout le cuir chevelu s'explique par le mouvement de la vie organique, et par les tractions et froissements dont S’accompagne la coupe des cheveux. Si
(4) Voyez À, Cazenaye, Traile des maladies du cuir chevelu. Paris, 1850, in-8 avec figures, p 361,
EXCRETA.— POILS ET CHEVEUX. 149 cette opération se répète trop souvent, sielle a lieu très près des bulbes pilifères, si Le sujet est jeune et le climat froid, ces phénomènes pourront acquérir une énergie pathologique; et c'est ainsi que les coupes réitérées auxquelles on soumet la tête des enfants dans le but de la débarrasser des croûtes (gourmes) de nature diverse et d'augmenter leur chevelure, ont au contraire pour résultat d'exalter la vitalité du cuir chevelu, d’v déterminer un mouvement fluxionnaire, qui parfois s'étend aux organes intra-Ccràniens et suscite des accidents funestes ; les coiffures trop chaudes dont on les couvre après ces sortes de tonsures y contribuent encore. Dans quelques classes de la population polonaise, toutes les causes se réunissent pour produire et exagérer au plus haut degré les effets précités : cheveux coupés avec le rasoir qui accroît tous les phénomènes de surexcitation locale, usage de bonnets de laine ou de fourrures qui accumulent le calorique sur la tête, malpropreté excessive qui s'oppose à l'exercice des fonctions de la peau, climat froid, mauvaise nourriture, en faut-il plus pour amener l’exsudation fétide du flollicule pileux, le gonflement du cheveu par la surabondance de la matière qui remplit son canal, la plique polonaise en un mot (Londe)? Si les Orientaux se rasent impunément la tête, c’est que la suractivité générale de leur peau dérive des fluides qui tendraient à affluer vers le cuir chevelu. Quoi qu'il en soit, on doit couper les cheveux très loin de leur racine, et seulement pour les ramener à des dimensions qui n’incommodent point. Il faut respecter la chevelure des enfants comme une coiffure naturelle, qu’aucune autre ne saurait remplacer ni suppléer. La chevelure primitive est la plus belle : la sacrifier quand elle est déjà riche et belle, par routine ou par crainte d’un calvitie éventuelle, est une extravagance parfois irréparable et dont les exemples ne manquent point; il ne faut même pas la raser dans l’espoir d’une chevelure plus épaisse, plus fournie : cet espoir pourrait être déçu. La rafraichir, c'est-àdire en couper une portion minime, est une pratique plus utile, sinon pour en prévenir la chute, au moins pour en régulariser Ja croissance, Elle est indiquée quand les cheveux végètent mal ou dégénèrent en l’absence de causes locales ou générales et diathésiques, quand leur abondance semble en disproportion avec les forces du sujet, quand déjà le cuir chevelu commence à se dlégarnir; cette opération est toujours préférable à l’abrasion complète des cheveux. Toutefois il ne faut pas la renouveler avec une fréquence mal calculée; en coupant les cheveux trop souvent ou trop près du bulbe chez les enfants, on les expose à des congestions cérébrales, à.des
exsudations morbides du derme chevelu, à des engorgements ganglionnaires au voisinage du crâne, à des maux d’yeux, à des otorrhées, à des douleurs d'oreilles, à des fluxions dentaires, à des angines, à des coryzas. La plupart de ces accidents menacent aussi les adultes dont les cheveux sont coupés de trop près, et qui ne font pas usage de coiffures chaudes : rares dans la saison tempérée et chez des personnes saines, bien vêtues et à peau très active, ils surviennent plus fréquemment dans les circonstances inverses, et frappent de préférence ceux qui s'étaient fait des longs cheveux coutume et parure. Percy en observa la fréquence à l’époque où la coiffure à la Titus fut introduite dans l’armée, et imposa aux vieux soldats le sacrifice de leurs queues et de leurs tresses luxuriantes. On aura garde de dépouiller d'une partie de leurs cheveux le malade et le convalescent; ce serait appeler sur eux des accidents graves, et même la mort : il existe des observations qui prouvent que dans quelques cas elle a été le résultat de cette cause. Les autres soins qui conviennent aux cheveux ne doivent avoir pour objet que l’entretien des fonctions de la peau qu'ils recouvrent : la débarrasser des débris furfuracés, des squames épidermiques qui s’attachent à la racine des cheveux, des produits de sécrétions anormales ; entretenir la transpiration et la sécrétion sébacée dont elle est le siége, tel est le but que l’on remplit par l’action journalière et modérée du peigne et de la brosse, par des lotions d’eau pure ou savonneuse à une température qui n’affecte point la tête par une impression excessive de chaud ou de froid. Des onctions faites de temps en temps avec des corps gras corrigent la rudesse et l’aridité des cheveux due à l'insuffisance du smegma, et leur donnent du lustre et du brillant; les cheveux secs appartiennent aux peaux les plus irritables, et le cosmétique le plus simple est celui qui leur convient le mieux (4). On remédie à l’exubérance de sa sécrétion par l'emploi de la poudre d'amidon, et mieux par des lotions d’eau de son. Cazenave recommande alors de monder la tête de temps en temps avec une eau légèrement alcoolisée, ou avec cette solution qu'il a souvent prescrite avec avantage : 2 grammes de sous-borate de soude dans 250 grammes d’eau distillée; on l’aromatise avec 45 gouttes d'essence de vanille. La poudre d'iris, dont on use à tort, a jeté dans le narcotisme deux jeunes filles qui en avaient sur
(4) Prenez : moelle de bœuf préparée, 30 gram.; huile d'amandes améres, 10 gram. Évitez que le cosmétique ne rancisse ; oindre les cheveux dans leur longueur et à leur racine en les-écartant, |
EXCRETA.— POILS ET CHEVEUX. 151 leur tête (Aumont, 1825). Le mélange de poudre et de pommade, si usité autrefois, formait avec la sueur un mastic aussi malpropre que nuisible à l'activité de la peau du crâne. En général, les personnes à cheveux gras et humides doivent se passer de cosmétiques sous peine de suractiver la sécrétion déjà trop abondante de leur euir chevelu, d’altérer la racine du poil, d'en provoquer la chute, parfois de faire naître une éruption qui contribue à leur calvitie. Hors le cas des cheveux secs, les topiques gras ne peuvent avoir que des inconvénients ; ils ajoutent une cause de malpropreté à celle qui résulte des sécrétions normales et pathologiques du cuir chevelu : quand ils rancissent, quand ils contiennent des ingrédients actifs, quinquina, cannelle, etc., ils peuvent irriter la peau. Pour les cheveux qui commencent à tomber à un âge où la calvitie est exceptionnelle, Cazenave recommande l'emploi de trois pommades dont nous reproduisons ci-dessous les formules (1). Dans les trois à quatre premiers mois de son existence, le nouveau-né ne doit être ni peigné ni brossé : la brosse de chiendent, généralement employée pour la toilette des nouveau-nés, agit comme un corps dur, titille, irrite leur tête et y attire le sang ; il suffit de l’effleurer d’une éponge imbibée d’eau tiède pour entraîner l’excédant de matière grasse qui y adhère ; quant aux croûtes qui viennent à s'y former, si elles ne tombent par cette légère friction, il ne faut recourir à aucune autre pratique pour les détacher. L'apparition des poux sur la tête des enfants passe encore, dans l'opinion de certaines gens, pour une sorte de crise dépuratrice des humeurs. Leur puliulation prodigieuse réclame de prompts moyens dont le plus simple et le plus sûr consiste à couvrir la tête de l'enfant d’une feuille de papier enduite d’onguent napolitain. Dans six jours un pou peut pondre cinquante œufs ; les petits en sortent au bout de six jours, et sont aptes à pondre à leur tour dix-huit jours après : en deux mois deux femelles peuvent ainsi engendrer dix-huit mille petits. Que l’on imagine la démangeaison horrible qui résulte d’une telle pullulation, les grattements furieux qui l’accompagnent, les déchirures de la peau par
(1) Prenez : sulfate de quinine, 2 gram.; beurre du Pérou, 1 gram.; huile d'amandes amères, 8 gram.; moelle de bœuf préparée, 30 gram, Pour onction tous les soirs. — Prenez : moelle de bœuf préparée, 60 gram.; graisse de veau préparée, 60 gram.; baume du Pérou, 4 gram.; vanillé, 2 gram.; huile de noisette, 8 gram. Chauffez au bain-marie pendant une demi-heure, passez et battez dans la terrine avec un pilon de bois. — Prenez : moelle de bœuf, huile d’amandes douces, huile de noisette, 6 gram, de chaque. Aromatisez ad libilum,
152 HYGIÈNE PRIVÉE, l’action des ongles, l’irritation qui se développe, les ulcérations qui lui succèdent et qui déversent des nappes de pus ichoreux. On a vu, sous l'influence de ce prurit et de cette agitation, les enfants être pris de fièvre, d’insomnie, et tomber dans un dépérissement rapide qui s’arrêtait comme par enchantement après la destruction des parasites. Il n’est pas inutile de rappeler ici que chez les enfants en proie depuis longtemps au tourment de la pullulation pédiculaire, la suppression brusque du mal peut entraîner un danger. La décoction de tabac a été employée contre ce fléau:Londe en a reconnu le danger ; on vante encore les fortes décoctions de petite centaurée, d’absinthe, les lessives avec les cendres de chêne, le sel commun, les décoctions de staphisaigre, de coque du Levant, de semence d’ail, de céleri, de persil, la pommade soufrée, etc. Les cheveux doivent être coupés court, les poux écrasés au doigt; une propreté extrême et une surveillance prolongée en préviendront le retour. La perte des cheveux affecte peu la santé des personnes habituées à recevoir sur la tête nue les impressions variables de l'atmosphère, et chez qui toutes les fonctions s’exécutent avec régularité; d’autres, plus sensibles ou valétudinaires, deviennent sujettes à des rhumes, à des névralgies faciales et dentaires, à des ophthalmies, à des otites, etc. Pour échapper à ces maux, elles devront s’habituer, avant que leur calvitie se complète, à des lotions de plus en plus froides, pratiquées plusieurs fois par jour sur la tête. Il en est du cuir chevelu comme de toute autre partie de la surface tégumentaire externe : plus on le couvre, plus il devient impressionnable à l'air. Si elles n’ont recours à ces pratiques salutaires, si elles redoutent le contact de l'eau froide et souffrent de celui de l'air, il ne leur reste qu’à se couvrir d’une perruque : c’est la ressource obligée de ceux dont la tête s’est dégarnie brusquement par de larges endroits ou en totalité, comme après une maladie aiguë. On fabrique aujourd’hui ces simulacres de coiffure naturelle avec des corps élastiques qui ne pressent que sur un point. La constriction circulaire des anciennes perruques ou l'application trop collante des modernes donnent lieu à des accidents de refoulement sanguin vers le cerveau, en aplatissant les vaisseaux qui rampent à la surface du crâne. Percy et Laurent ont vu la teigne propagée par une perruque; la tête de bois’sur laquelle le coiffeur l'avait frisée avait reçu la perruque d’un individu atteint de cette maladie. Le faux toupet remédieaux lacunes partielles de la chevelure :onlefixepar deux ou trois petits ressorts où l’on euclave des mèches de cheveux naturels; son agelutination à l’aide d’une solution de gomme ou d’œuf oblige
EXCRETA,—POILS ET CHEVEUX, 153 à des soins fréquents, nuit à la propreté et ne permet pas de le détacher pour la nuit. Est-il besoin de faire ressortir les inconvénients de cette industrie de coiffure postiche? Les matières agglutinatives nuisent aux sécrétions normales du cuir chevelu et contribuent à l'arrachement du poil naturel; les ressorts produisent des douleurs loeales qui s’irradient au loin, compriment les vaisseaux, et par Jà compromettent la nutrition du cheveu, qui ne tarde pas à disparaitre. Les coiffeurs ont eux-mêmes constaté que l’application de toupets partiels entraîne la calvitie complète, et l’accélère même quand elle a marché lentement jusqu'alors. Générale ou partielle, une perruque doit être aussi légère que possible, perméable à l'air et à la vapeur de la respiration cutanée, fixée sans ressort ni agglutination, nettoyée et renouvelée souvent : on doit l’ôter aussi fréquemment que possible pour aérer la tête. Les préparations que le charlatanisme préconise pour la pousse des cheveux, et qu'il décore de noms magnifiques, sont drogues et fraude. Il n’y a chance d’arrêter que la calvitie prématurée, idiopathique, indépendante de toute lésion locale et de toute diathèse appréciable; quelques topiques médicamenteux sont alors indiqués. Nous avons rapporté ceux que propose Cazenave. L'action du rasoir, laquelle consiste dans une excitation passagère, peut être de quelque utilité dans les cas d’asthénie du cuir chevelu ; dans le cas d’irritation de cette partie, elle hâte au contraire la chute des cheveux, et elle sera avantageusement remplacée par des ablutions émollientes et sédatives, en même temps qu’on provoquera la peau du trone et des membres par des vêtements de flanelle et qu'on établira même sur un point convenable un cautère ou un yésicatoire. La rasure n'a d'opportunité qu’à la suite des maladies graves qui ont pour conséquence inévitable l'alopécie, et parmi lesquelles il ne faut point ranger la rougeole et la scarlatine. Il est des personnes faibles qui ne savent se passer du masque de la jeunesse quand elles en ont perdu les attributs intrinsèques, et qui opposent aux ravages du temps, quoi? la teinture artificielle de leurs cheveux. Nous indiquerons plus loin (voy. C'osmétiques) les agents de cette laborieuse sophistication ; disons seulement que les cheveux croissant de leur base vers la pointe par des dépôts successifs disposés les uns à la suite des autres, il faut sans cesse prévenir les disparates de couleur par de nouvelles applications de matière colorante.
La barbe a subi, comme les cheveux, l'empire de la mode et des traditions. L'Oriental la porte longue et épaisse, l’'Occidental la rase avec soin depuis que Louis le Jeune se laissa raser en public
par Lombard, évêque de Paris (1143). Toutelois, par une excentricité rétrospective de la mode, on voit reparaître aujourd'hui les barbes longues du témps de François [*", qui en donna l'exemple après avoir été atteint à la tête par un tison lancé par Montgomery (4521). On n'a pas étudié l'influence qui résulte de la présence ou de l’absence d’une abondante production de poils sur une partie de la face; peut-être est-elle neutralisée dans les deux cas par l'habitude : ceux qui se rasent ont la peau du visage moins impression nable et plus réagissante; ceux qui laissent croître leur barbe y trouvent pour leur peau plus délicate une protection contre les vicissitudes de température. C’est la question du gilet de flanelle ; nécessité pour les uns, superfluité dangereuse pour les autres. L'inconvénient ne peut être que dans Yes brusques mutations, L'homme qui se rase ne peut laisser pousser sa barbe sans changer les conditions d'activité d’une portion de la peau, il est vrai circonscrite, mais voisine des orifices muqueux et des appareils sensoriels ; il y concentre une chaleur inaccoutumée, il soustrait au contact de l'air en mouvement une surface qui exhale et qui sécrète. Le porteur de barbe se place, en se rasant, dans des conditions inverses, et presque inévitablement des maux de gorge, d’yeux, d'oreilles, des névralgies dentaires ou faciales, etc., lui révéleront la solidarité de la peau qu'il a dénudée avec les organes qu’elle avoisine ou recouvre. Depuis que nous avons formulé ces inductions, le docteur Szokalski (1) a fait connaître des résultats d'observation qui les confirment : chargé de soigner les ouvriers employés au chemin de fer de Lyon dans une section de la Bourgogne, il les a vus en 1848 garnis de barbes, de moustaches, etc., auxquelles ils ont renoncé quelques années plus tard par un revirement de la mode où la politique n’est, pas étrangère: 53 sujets qu'il a suivis avec attention, tous vigoureux, bien portants, compris entre vingt-cinq et quarante-cinq ans, ont tous éprouvé une sensation pénible de froid sur les parties de la face dénudées par le rasoir ; 27 eurent des maux de dents dont 16 avec fluxion gingivale. Le coryza, le ptyalisme, la tuméfaction des amygdales, et chez six ouvriers lymphatiques celle des glandes sousmaxillaires, tels sont les accidents rattachés par ce médecin à la brusque suppression de la barbe, et qui ont cessé après sa reproduction. La coutume de se raser cause une perte organique que l'on a calculée : la barbe croît d’une ligne par semaine chez l'individu qui se rase, — 4 pouces par an; à l’âge de soixante-huit
(1) Bulletin de l’Académie de médecine. Paris, 1853, t. XVII, p. 856.
EXCRETA, — DES BAINS. 155 à soixante-dix ans, 1l a donc enlevé en cinquante ans plus de seize pieds de production pileuse. Les rasoirs malpropres, les savons trop alcalins, irritent la peau du menton ; l’eau tiède facilite la détersion du smegma et la section des poils; ce dernier effet est aussi augmenté par l'immersion momentanée du rasoir dans l’eau très chaude. Des ablutions achèvent d'enlever, après la barbe faite, les restes de savon dont l'excès de soude détermine cuisson, gerçure, ridement (Londe). Les essences et les pâtes doivent en être écartées. En résumé, l'hygiène du système pileux est liée étroitement aux conditions d'organisation et de santé générales ; elle se borne à des soins de propreté locale et d’entretien incessant. En fait de cosmétiques, elle n’admet que les plus simples et les plus inoffensifs ; elle proscrit les préparations énergiques à l’aide desquels on se flatte de reproduire les cheveux. Les moyens de teinture sont plus ou moins nuisibles, les coiffures artificielles susceptibles d’entraver les fonctions du cuir chevelu, etc. ; en nn mot, c’est une hygiène presque négative dont le peigne et la brosse font à peu près tous les frais.
ARTICLE IL
DES MODIFICATEURS DES EXCRÉTIONS ET DES SURFACES D'EXCRÉTION ; DE LEURS EFFETS ET DE LEUR EMPLOI.
Les détails dans lesquels nous sommes entré sur l'hygiène de la bouche, des cheveux, des excrétions alvine et urinaire, etc., ne nous laissent à parler ici que des modificateurs des excrétions cutanées et de la surface qui les fournit. Ils se résument dans l’eau employée à différentes températures, sous forme de bain général et partiel, d’ablution, de lotion, d’affusion, quelquefois avec l’addition du savon, l'agent le plus utile de la cosmétique et tout à fait indispensable à certaines classes d'ouvriers pour l'entretien de la propreté des mains et des pieds. Il sera question de cet auxiliaire de l’eau à l’article Cosmétiques (AppricaTa). L'eau est le modificateur par excellence des surfaces d’excrétion, l’agent qui contribue le plus et le mieux à les débarrasser de leurs produits excrémentitiels, et à entretenir leur jeu et leur vitalité: périphérie cutanée, cavités nasales et buccales, muqueuse oculo-palpébrale, conduit auditif, l’eau est portée utilement sur toutes ces parties, siége d’excrétions nombreuses. Injectée dans le rectum, elle sollicite les évacuations alvines; appliquée en lotions sur les organes génitaux, elle les déterge du résidu de leurs abondantes sécrétions, et diminue
les chances d'une contagion funeste. L'influence de l’eau ne se borne pas à l’enveloppe cutanée qui en reçoit, dans les bains, l'impression immédiate et générale; elle se propage à toute léconomie, change le rhythme de toutes les fonctions, en rétablit l’harmonie. « En général, dit Montaigne, j'estime le baigner salubre, » et crois que nous encourons nos légières ncommoditez en nostre » sauté pour avoir perdu cette coustume. » Étudions done les ressources immenses que l’hygiéniste et le médecin possèdent dans l’eau et ses applications habilement diversifiées.
$ 4. — Des bains en général.
Dans son acception la plus générale, le mot bain indique le séjour plus ou moins prolongé du corps dans un milieu différent de celui où il existe habituellement. Aussi distingue-t-on des bains solides, liquides, mixtes, vaporeux et gazeux; à ces dénominations correspondent les bains de sable (notamment ceux de sable marin chauffé au soleil), les bains d’eau simple, d’eau de mer, de lait, etc.; ceux de boues minérales ou de marc de raisin, qui tiennent le milieu entre les bains liquides et les bains solides ; les bains d’air chaud pur ou mélangé de vapeur d’eau ou d’une substance gazeuse. L'hygiène ne s'occupe que des bains d’eau dans certaines limites de température, des bains d’éluves et des pratiques accessoires aux bains.
Il entre dans l’action des bains un certain nombre d'éléments qu'il est utile d'examiner d’une manière générale.
1° La spécialité du milieu que le bain constitue change d’ cine les conditions de l'équilibre physiologique. L'organisme humain est coordonné, par sa structure et par sa modalité fonctionnelle, aux influences de l'atmosphère; il n’en peut être sevré, même partiellement, sans éprouver un trouble plus ou moins intense. Si l’on objecte qu’en général la tête reste en dehors du milieu spécial où le corps est plongé, et que, dans les bains chauds comme dans les étuves, il est facile de soustraire la surface pulmonaire à l’action de la vapeur d’eau, nous rappellerons les expériences si curieuses de Magendie (1), où des animaux ayant la tête à l'air libre et le corps dans l’étuve ont péri plus vite que ceux dont la tête seule était mise dans l'étuve; en d’autres termes, la mort est moins rapide quand
(1) Voyage scientifique à Naples avec M. Magendie, par le docteur Constautin James, Paris, 1844, p, 84.
EXCRETA. — DES BAINS. 457
la chaleur arrive directement sur la surface pulmonaire que quand elle affecte l'enveloppe cutanée. Le changement de milieu fait cesser instantanément les réactions qui s’opèrent entre l'air atmosphérique et la surface cutanée. Remarquons cependant que toutes les influences dont se compose l’action de l'air ne sont pas interrompues : le calorique, le rayon solaire, traversent le milieu liquide ou gazeux de nature spéciale où le corps est plongé. Est-il certain, comme on l’a répété dans tous les ouvrages d'hygiène, que l’exhalation gazeuse de la peau cesse dans le bain ? Les faits cités tome 1, page 429, permetteut au moins d'en douter. C’est dans un bain qu'un collègue de Lavoisier, le comte de Milly, constata pour la première fois le dégagement abondant de petites bulles de gaz à la surface de son corps, gaz que Lavoisier reconnut pour de l'acide carbonique (1). Cette exhalation semble dépendre beaucoup plus de la présence de certains gaz dans le sang que du contact de l’air atmosphérique. Il est probable que l’eau n’influe sur ce phénomène qu’en vertu de sa pression ; or, on sait que les corps dégagent d'autant plus de gaz que la pression atmosphérique est moindre. Abernethy a constaté que la peau exbalait à l’air une fois plus d’acide carbonique que sous l’eau, et plus d’une fois autant de ce gaz dans l'air que sous le mercure.
2° Le séjour dans l’eau ou dans l’étuve sèche augmente où diminue la pression de l’air d’une quantité proportionnelle à la hauteur de la colonne liquide ou au degré de dilatation de Pair. La différence de pression dans les bains d’eau n’équivaut point, pour l'organisme, comme on l’a dit (2), à un brusque abaissement de la colonne barométrique, Les effets qui résultent de la condensation atmosphérique (voy. tome 1, page 403), et ceux que détermine l'immersion dans l’eau, diffèrent essentiellement. Dans ce dernier cas, l'équilibre entre les puissances inspiratrices et les puissances expiratrices semble instantanément rompu. L'effet de la pression augmentée se fait sentir en haut ou en bas du sternum, à l'épigastre, dans un trajet qui se rapporte aux attaches diaphragmatiques : les gens à gros ventre l’éprouvent à la paroi abdominale ; les sujets à poitrine mince et peu garnie de muscles se croient pris dans un étau. La sensation soudaine d’une température très basse ou très élevée contribue à cette constriction suffocante du thorax
(1) Mémoires de l’Académie des sciences, 1717, P: 291, et Milne Edwards, Leçons sur la physiologie el l'anatomie comparée, t. Il, p. 632. (2) Motard, Essai d'hygiène generale, t. I, p. 137.
ou de l’épigastre; mais le changement de pression en est la cause principale. Dilaté et comme bouffi dans l'air rare des étuves sèches, le corps sort aminci des bains froids ou des bains de mer, non-seulement par la crispation de la peau, mais par l'effet du poids du liquide où il a séjourné; les solides s’affaissent en raison de leur compressibilité; les fluides quittent les vaisseaux superficiels qui s’effacent, et sont refoulés dans les organes intérieurs. Cette compression, qu’un milieu plus dense exerce sur la totalité du corps, s'ajoute à l’action du froid, qui agit dans le même sens, et explique le salutaire résultat des bains de mer et des bains froids dans le traitement de certains engorgements et tumeurs.
3° Plus un corps est dense, plus, sous un volume donné, il présente de molécules : or, l’eau l'est à peu près sept cent fois plus que l'air, et comme la conductibilité pour le calorique est en raison directe de la densité, on comprend pourquoi l’eau nous paraît toujours ou plus chaude ou plus froide que l'air. Dans le même temps, et à température égale, elle envoie au contact de notre peau un plus grand nombre de molécules que l'air, et par conséquent elle nous communique ou nous soustrait une quantité plus grande de calorique.
h° Ce que nous venons de dire de la pression et de la densité explique l'effet des mouvements de l'eau : tels que chocs, percussions, secousses, et frottements à différents degrés d'intensité. La pression est accrue de la quantité de force développée par le mouvement du liquide; le renouvellement rapide des couches liquides multiplie les effets de la conductibilité, accélère chez le baigneur la déperdition ou l'augmentation du calorique. Les mouvements de l'eau exercent aussi une influence dynamique : quand leur intensité est moyenne, ils tendent à diminuer l'impression première des bains froids, des bains de mer ou de rivière ; les commotions imprimées à la périphérie du corps sollicitent, favorisent sa réaction, en même temps qu’à la manière des frictions elles activent l’inhalation cutanée. C’est surtout dans les bains de mer que l’on peut apprécier la gradation des effets de l’eau en mouvement. Les percussions modérées de la vague, dit Gaudet (1), sont un exercice salutaire ; les muscles y répondent par une énergie proportionnelle de contraction, afin de maintenir le corps en équilibre : cette espèce de lutte à poses infiniment variées constitue une véritable et fructueuse gymnastique. Les secousses trop fortes de la mer, ou qui
(1) Gaudet, Des bains de mer, 1844, p, 405.
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sont telles pour des individus débiles, sont un exercice trop violent; elles produisent la lassitude et parfois la courbature; elles causent des douleurs thoraciques et des suffocations aux personnes à poitrine étroite, si elles n'ont soin de présenter au choc la partie postérieure du tronc.
5° L'élément le plus actif des bains, c’est leur température; elle peut être graduée dans les bains artificiels, et de là les divisions arbitraires des auteurs. Ainsi, on a établi, d'après une progression thermométrique de 10 degrés Réaumur, la distinction des bains très froids, froids, frais, tempérés, chauds, très chauds ; et à chacune de ces espèces de bains compris entre 0 et 35 degrés Réaumur, On à rattaché un tableau de phénomènes particuliers (1). Mais les manifestations de la vie ne sont point aussi dociles au thermomètre; et, dans la réalité, il est difficile de marquer la limite des impressions que des masses d’eau inégalement chauffées transmettent aux centres nerveux. Les effets immédiats et secondaires des bains sont subordonnés à tant de conditions mobiles (constitution, âge, santé, maladie, climat, saison, etc.), qu'il devient impossible de les relier à des stations thermométriques. Le bain qui glace et stupélie un individu faible et usé, procurera à une organisation plus saine et plus valide une agréable réaction de force et de chaleur. La température absolue de l’eau, à moins qu’on ne la considère en des degrés prononcés, ne décide donc pas la mesure de la calorification humaine. Tout ce qu’on peut énoncer d’une manière générale, c’est qu'il existe un point de température inférieure de quelques degrés à celle du sang, où le bain n'affecte point sensiblement notre caloricité : c’est Le point d’indifférence ou de neutralité. Sans être fixe pour tous les individus, il n'oscille que dans une latitude de 3 à 4 degrés. Au-dessus et au-dessous de ce terme, l'impression produite sur la peau se prononce faiblement d'abord,
(1) Rostan (Dictionnaire de médecine, 2° édition, t: IV, p. 542) a proposé une division thermométrique des bains qui a été reproduite par tous les auteurs. En la présentant, il a soin de faire remarquer que l'impression individuelle de chaleur, de froid, etc., oscille entre les limites qu'il a déterminées, et ne s’y rattache pas rigoureusement :
Bains très froids, de, ...,,+..%.:::, 0° à + 10° R.
des. Moi sovisitésisiabté ste 10° à 45° — (FAIS. ss. cs Vatitunst st 15° à 20° æ— tempérés. 5.0... 20° à 25° Li 5 chauds «5 s cou tus von ctisiin 25° à 30° ms be chan sin diäraiteane ts. 007 0 5° ou 36°
si l’on ne s’en éloigne que de quelques degrés, mais d’une manière de plus en plus tranchée, si l’on reste longtemps dans le bain (Chossat). Mais ces progressions ascendantes ou descendantes de la température perçue dans les bains, le thermomètre sert mal à les déterminer : la sensation individuelle le remplace; c’est elle, c’està-dire le moi impressionné dans la peau et réagissant par les centres nerveux, qui prononce sur l'effet thermique du bain, et le reconnaît frais, froid, tempéré, chaud, suivant la manière dont il s’y trouve affecté. Dans les baignoires et dansles bassins artificiels dont l’étendue ne permet ni l'agitation de l’eau, ni les exercices de la natation, les bains ne peuvent se prendre hygiéniquement au-dessous de 25 degrés, et rarement y a-t-il utilité à en élever la température jusqu’à celle du sang : les limites thermométriques des bains artificiels se trouvent donc entre 25 et 36 degrés environ; sur cette échelle de 12 degrés existe un point de neutralité où le bain n'influence point la circulation, et produit sur la peau une impression de tiédeur (bain tiède artificiel) ; il correspond à 3 ou 4 degrés au-dessous du degré de la chaleur du sang. Suivant Gerdv, il flotte entre 30 et 36 degrés centigrades; suivant Fleury, entre 25 et 30 degrés. Au-dessus et au-dessous de cette limite commencent les bains chauds et les bains frais artificiels; ceux-c1, compris entre 25 degrés êt le point de neutralité, agissent comme les bains froids pris dans les eaux courantes qui marquent 25 à 30 degrés, l’immobilité dans les baignoires accélérant le refroidissement du corps autant que le renouvellement des couches liquides dans les eaux courantes.
La température des rivières et des fleuves varie de 0 à 28 degrés et même 30 degrés, selon les climats et les saisons; ils-offrent done toute la série de bains frais et froids. Dans les régions les plus méridionales et pendant l'été de nos climats, le bain de rivière, quoiqu'il s'éloigne peu par sa température de celle de l'air ambiant, 25 à 30 degrés, produit cependant sur tout le corps une impression rafraichissante, grâce à la densité et à la conductibilité de l’eau, et suivant la durée de l'immersion, il procure la sédation du système nerveux ou sert à fortifier la peau par la réaction consécutive au froid. Au reste, la température des eaux naturelles échappe aux déterminations à priori; elle dépend du cours des rivières, de leurs sources, de leurs affluents, de leur vitesse, de leurs variations de hauteur. Les sources qui alimentent les cours d’eau n’ont pas, à leur point d’émersion, le même degré de chaleur ; il en est de même des torrents qui s’y jettent : ceux qui sortent des glaciers ont en général une température de 1 à 5 degrés centigrades;
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les affluents se déversent avec une température proportionnelle à la masse de leurs eaux, à la vitesse et à la longueur de leur trajet qui les ont exposés plus ou moins longtemps à la chaleur atmosphérique et à l’action des rayons solaires. Quant à la vitesse, une observation de Herpin de (Genève) (1) en fait ressortir l'effet réfrigérant : les bains du lac de Genève passent pour des bains tempérés, tandis que ceux du Rhône, immédiatement au-dessous de la ville, sont redoutés à cause de leur froidure; cependant, le même jour et presque au même instant, Herpin n’a constaté entre eux qu'une différence moindre de 1/5° de degré Réaumur (16 degrés et 16,2). La sensation différente que donnent ces deux bains naturels est due, d’une part au repos des eaux du lac, d'autre part au cours impétueux du Rhône; les eaux rapides saisissent les baigneurs, et cette sensation, qui ne tient point à la surprise de l'immersion, contraste avec leur degré thermométrique : elle rappelle les effets de l'éventail et des courants d’air en été, ainsi que la marche de la congélation des organes dans l'air calme ou ventilé des régions polaires. Il est vrai que dans l’eau l’évaporation de la peau est suspendue, et avec elle une cause de refroidissement qui existe en plus dans l'air; mais sa suppression est compensée par la grande capacité de l’eau pour le calorique. Enfin, les pentes du lit et les variations de hauteur amènent des différences notables dans la vitesse des rivières, et par conséquent dans l'impression thermique qu'elles produisent sur les baigneurs : les variations de hauteur sont relatives à la saison, à des circonstances accidentelles ou à l'heure de la journée.
6° Les bains introduisent dans l’économie, par le moyen.de l'absorption, une certaine quantité de leur liquide et des matières qu'il tient en dissolution. Les expériences ont donné sur ce point important des résultats très différents. Séguin, après 33 bains de trois à quatre heures, a toujours constaté que le corps avait perdu de son poids, mais moins qu’à l'air libre ; pour des bains de 10°, 18°, 28°, la proportion de la perte dans le bain et à l'air libre a été de : :1 : 2,75 :: 4: 2,07 : : 1 : 3,07. Cette différence peut provenir, soit d’une diminution de l’exhalation, soit d’une compensation partielle par absorption du liquide dans le bain. Si l’on écarte les données de Séguin qui ne prouvent rien contre l'absorption, celles des autres expérimentateurs, quoique très opposées, sont faciles à concilier. Elles se rangent en effet en deux séries : 4° Déminution du poids du
(1) Recherches sur les bains de l’'Arve (Gaselle médicale, 1844, t, XIE, p. 181).
M. LÉVY, 4° ÉDIT. — NH. 41
corps : Lemonnier, perte de20 onces en huitminutes dans un bain de 45 degrés centigrades ; Cruikshank, perte de 5 à 8 onces par heure dans un bain chaud; Buchan, transpiration réduite dans le bain chaud des deux tiers de ce qu’elle est à l'air libre. 2° Augmentation du poids du corps : Kauw cité par Haller, poids du corps augmenté dans le bain de 24 à 28 degrés Réaumur ; Falconner évalue ce résultat à une livre par heure dans les bains de 20 à 25 degrés Réaumur; Cruikshank reconnaît qu’ils apaisent la soif et rétablissent le cours des urines précédemment suspendu ; enfin le professeur Berthold constate, pour les bains de 22 à 28 degrés centigrades, un accroissement de poids de 3 gros après un quart d'heure, de 7 gros 20 grains après trois quarts d'heure, de 1 once à 30 grains après une heure. On voit évidemment par là qu’il existe un rapport constant entre la diminution ou l'augmentation du poids et la température du bain; ce dernier élément gouverne la marche de la transpiration et de l’absorption ; dans certaines limites de chaleur du bain, la quantité des produits exhalés l'emporte sur celle des matières absorbées, et réciproquement. Les recherches de W. Edwards achèvent d’élucider ce fait-principe : des grenouilles placées dans de l’eau à zéro absorbent plus qu'elles ne transpirent, et ce phénomène continue jusqu’à un point que l'on peut appeler avec Edwards, point de saturation. Si l’on élève la température de l’eau, l’absorption baisse progressivement; toujours au delà de 30 degrés centigrades, la diminution du poids des grenouilles a été observée, en même temps que l’eau troublée par une matière animale signalait à l'œil la cause de ce phénomène. Edwards avait déduit de ses expériences, que pour l’homme l'absorption l’emporte sur la transpiration jusqu'à 22 degrés centigrades, et qu'au delà le rapport entre ces deux fonctions se renverse. Cette détermination n’est point exacte, ainsi que le prouvent déjà des résultats précités de Berthold. Îl existe une connexion intime entre ces trois fonctions, circulation, calorification, transpiration: celle-ci a pour but principal de soulager l'organisme de l'excès de calorique ; elle est précédée ou accompagnée d’une accélération notable du pouls. La limite thermométrique où le pouls s'élève dans le bain est aussi celle qui donne l'essor à la transpiration, et dès cet instant l'absorption ne suffit plus à balancer le déchet qui en est la conséquence. Ce n’est point qu’au-dessous de ce degré de chaleur du bain et de fréquence circulatoire, la transpiration ne s'effectue, mais les produits qu’elle élimine restent inférieurs à ceux dont l'absorption enrichit le corps. Les expériences de Poitevin et de Marcard ont fixé à 34 degrés
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centigrades l'état thermométrique des bains qui n’affectent point le pouls ; au-dessous il se ralentit, au-dessus il s'accélère, et passé h0 degrés centigrades, il donne 100 pulsations et plus. Pour Edwards, le point d'équilibre, le point où le bain est sans influence sur le pouls, sur l'absorption et sur l’exhalation, le poids du corps restant le même, correspond à 22 degrés; pour V. Gerdy, à 36 degrés. Chossat a constaté qu’un bain de 28 à 30 degrés centigrades suffisamment prolongé ramène le pouls de 60 à 38 pulsations, tandis qu'un bain d’une heure trois quarts à 37 degrés centigrades l’a fait monter à 100. Ainsi, dans l’eau comme à l’air libre, dès qu’un excès de calorique surcharge l’économie, elle tend à s'en débarrasser par la transpiration ; le calorique, qu’il ait pour véhicule l'air ou des liquides, surexcite l'organisme et accélère la circulation : la sueur qui succède à ces phénomènes est la crise physiologique de son élimination. Dans les bains tièdes, frais et froids, tant qu'il ne survient point de réaction, c’est l'absorption qui domine, véritable endosmose dont ces bains réunissent les conditions productrices, savoir : deux liquides de densité, de nature et surtout de température différentes, représentés l’un par l’eau du bain, l’autre par la masse des liquides organiques qui distendent leurs vaisseaux, et séparés par l'intermédiaire d’une cloison organique, membraneuse, inerte et mince, l’épiderme, en un mot. Quelques circonstances spéciales modifient l'absorption dans le bain: l'augmentation de la pression atmosphérique la favorise; il en est de même des mouvements et des chocs du liquide qui agissent sur la peau comme des frictions : or, on sait que les frictions exercées sur la peau contribuent puissamment à y faire pénétrer les substances médicamenteuses. D’après Berthold, le corps plongé dans un bain de 22 à 28 degrés centigrades, gagne en poids 12 grammes après un quart d'heure, 29 grammes après trois quarts d'heure, et 32 après une heure. Quant à l’exhalation, la densité de l’eau la réduit sans la supprimer : la sueur que provoque un bain chaud n'équivaut point, pour la quotité de la perte, à la vaporisation qui s’accomplit à la surface du corps exposé à l'air libre; nous avons vu que l'excrétion gazeuse est aussi moindre dans le milieu plus dense de l’eau: en somme, celle-ci soustrait moins à l'organisme que l'air ; il en résulte que, dans le bain, le corps s'enrichit de sérosité interstitielle et n’est point redevable à l'absorption de tout ce qu'il gagne en poids. Le moment de la prépondérance de l'absorption ou de l’exhalation varie nécessairement suivant l'énergie de la caloricité individuelle, laquelle est subordonnée à l'âge, au sexe, aux consti-
tutions, au régime, au climat, à la saison, à l’état de santé ou de maladie, et suivant la mesure de saturation actuelle de l'organisme, laquelle est relative aux mêmes circonstances.
7° Les matières que l’eau tient en dissolution communiquent aux bains des propriétés spécifiques ; elles y existent naturellement, comme les chlorures de sodium, de magnésium, etc., dans l’eau de mer, comme les sels très variés des eaux minérales, etc.; ou elles y sont mêlées artificiellement, comme dans les bains médicinaux ou même hygiéniques (son, amidon, gélatine, lait, etc.). Ces substances changent les qualités physiques du bain : densité, conductibilité, état électrique, et par conséquent une partie de ses effets sur l'organisme; elles agissent encore, soit par leur contact avec la peau considérée comme surface sensible, soit par leur pénétration dans les voies circulatoires. Aïnsi la composition saline de la mer stimule la peau, agace les papilles nerveuses dont elle est parsemée, y détermine une circulation plus active, etc. Les eaux minérales doivent une partie de leurs vertus excitantes à cettesorte d'agression de leurs molécules salines contre les éléments nervosovasculaires de la peau. L’absorption des principes dissous dans l’eau des bains ne peut être contestée ; le double cyanure de potassium et de fer, préalablement dissous dans le bain, a été retrouvé dans les urines par Westrumb; les bains de Vichy alcalinisent l’urine du baigneur (d’Arcet); la rhubarbe, la garance, le curcuma, ont été décelés dans l’urine de ceux qui les avaient absorbés dans les bains ; Séguin a absorbé deux grains de sublimé par son bras plongé pendant une heure dans 10 livres d’eau à 18 degrés. En général, les bains d'eaux minérales ne font pénétrer dans l’économie que de très petites quantités de leurs principes; mais comme leur usage est répété journellement et sert le plus souvent d’auxiliaire à leur ingestion par les voies digestives, leurs effets se prononcent et se caractérisent généralement par l’activité plus grande des fonctions de la vie plastique, surtout des sécrétions et des excrétions. Peutêtre aussi les menues doses de matières salines que les bains transmettent au sang agissent-elles sur lui avec l'efficacité singulière qui appartient au rôle des condiments dans l’alimentation (Motard). Toutes les eaux naturelles contenant des sels et souvent de la matière organique, leur emploi pour les bains n’est pas indifférent. Les eaux séléniteuses ne dissolvent point les principes gras des sécrétions cutanées; les eaux stagnantes forment autour du corps une atmosphère toxique, etc.
8° Les tissus cornés, très hygrométriques, absorbent l’eau dans
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le bain; l'épiderme en particulier s'en imbibe et l'on y voit surnager les produits de son exfoliation. La température des bains modifie cet eflet : froids, ils crispent d’abord la peau et n’en augmentent la souplesse que par le bénéfice de la réaction qu’ils déterminent ; tièdes et chauds, ils ramollissent l’épiderme, comme on voit les cors et durillons se ramollir dans un pédiluve chaud ; ils macèrent, gonflent, rident cette membrane, surtout aux pieds et aux mains, et ils rendent la peau plus douce, plus tendre, plus impressionnable, Les mouvements de l’eau contribuent à la détersion de la surface cutanée.
$ 2. — Des bains en particulier.
[.— Bains FRoIDs.
Cette dénomination générique s'applique à tous les bains qui enlèvent sensiblement du calorique au corps: quand la réfrigération est brusque, instantanée, très intense, le bain est très froid ; si elle s'opère moins rapidement, c’est le bain froid; si elle est à peine marquée et ne s'accompagne d'aucune sensation pénible, c’est le bain frais. A la différence des impressions immédiates que ces bains déterminent, correspond l’inégale progression de leurs effets secondaires ou de réaction.
1° Bains frais. — La mobilité des dispositions individuelles ne permet point de préciser la latitude thermométrique où sont compris ces bains: les auteurs mentionnent pour exemple les eaux courantes en été ; mais nous avons indiqué les circonstances qui font varier la température des rivières et même celle de la même rivière expérimentée aux différentes heures du jour, à diverses hauteurs de son cours, etc., ne nous adressons donc qu’à la sensation de chacun. Quand l’eau produit sur nous une simple impression de fraîcheur, voici les phénomènes que l’on observe : peu ou point d’horripilation, surtout si l’on est accoutumé au bain et si l'on y entre graduellement; décoloration de la peau dont les extrémités capillaires se resserrent, diminution du calibre des veines périphériques ; après la cessation de la dyspnée initiale qui est de courte durée, la respiration se ralentit ; avec elle la circulation ét l'exhalation ; l'absorption au contraire s'active, et par suite la sécrétion urinaire, Dans cette succession de phénomènes, nous supposons le baigneur au repos : à mesure que son séjour dans l’eau se prolonge, il éprouve un soulagement notable, dû à la soustraction
graduelle du calorique qui surcharge ses organes et qui ‘enchaïne leurs actes; cet effet a été ingénieusement comparé par Londe à celui de la saignée chez l’apoplectique ; la soustraction du sang rend à ce dernier le mouvement, et lui permet d’user de ses forces sans lui en donner de nouvelles. Le repos du sujet est nécessaire pour que les bains de rivière exercent en été cette action; le repos les rapproche des bains artificiels de même température où Chossat à vu tomber le pouls de 60 à 38. Dans les uns comme dans les autres, toutes:les fonctions se ralentissent sans brusquerie, sans secousse; outre la spoliation salutaire du calorique en -excès, le contact prolongé de l’eau sur les papilles nerveuses du derme semble propager le ealme dans les centres nerveux comme par continuité; l’eau qui pénètre dans les voies circulatoires rafraichit la masse du sang, Île dilue, le rend moins stimulant pour les surfaces qu’il arrose; la sédation devient générale, et elle persiste plus ou moins longtemps après le bain, si l’on a soin d'éviter tout ce qui peut redonner une nouvelle énergie aux sources de la caloricité. Que si l’on se jette brusquement dans les eaux fraîches d’une rivière, si les mouvements musculaires et les efforts de la natation s ajoutent aux chocs de l’eau pour provoquer une réaction organique, celle-ci ne tarde point à survenir, quoique plus faible que dans l’eau froide ; elle se développe encore même dans lPimmobilité, si le bain frais est prolongé jusqu’à produire une sensation pénible de froid qui impose à l'économie un travail de réchauffement. On voit que l'effet consécutif du bain frais n’est pas uniforme et qu’il dépend de la manière dont on en use; il ne rafraîchit qu’à de certaines conditions dans lesquelles: Entrent aussi les éléments de la constitution individuelle. C’est'ainsi que les inspecteurs des bains de mer signalent des personnes jeunes, saines, vigoureuses, qui nagent une demi-heure à une heure avec un visage calme et naturel avant d'éprouver Iè frisson secondaire, tandis que le plus grand nombre des baigneurs ressentent dès l’immersion une saisissante impression de froid avec dyspnée et resserrement thoracique (Gaudet, loc. cit, p. 71). 2° Bains froids. — Onles prend dans les eaux naturelles. Quand d'hygiène exige des bains froids artificiels, on les prend à une température plus basse que ceux dont il s’agit ici, et ils rentrent dans la catégorie des bains très froids dont nous parlerons ci-après. Les bains froids proprement dits nous sont offerts en été par les rivières et les fleuves à cours rapide, à hauteur assez considérable pour que ‘Je soleil ne les échauffe point assez facilement, et par tous les cours
EXCRÉTA.— DES BAINS. 167 d'eaux naturelles à certaines heures de la journée. Herpin (de Genève), qui a fait des observations très précises dans les eaux de l’Arve, a trouvé que cette rivière marquait en moyenne, pour les mois de juin, de juillet et d'août, 12°,1 centigrades, température voisine de celle du Rhône, qui lui a donné en juillet 11°,9 centigrades. Au début du traitement hydriatique, les bains sont prescrits dans une baignoire ordinaire, à la température de 10 à 12 degrés centigra= des. Les bains froids ne comportent ni l’immobilité du corps, ni une immersion prolongée, du moins au point de vue hygiénique. Herpin n'a pu y rester sans mouvement plus de trois quarts de minute ; il en fixe la durée de une à deux minutes, les praticiens de l’hydrothérapie à cinq minutes (1). Les amateurs les plus intrépides et les plus familiarisés avec les bains de pleine rivière ont assuré à Herpin n'avoir pu jamais y rester plus d’un quart d'heure, même en nageant sans interruption, Si l'épreuve se prolonge ou si l’on y reste en repos, le froid agit dans l’eau comme à l’air libre (voy. tome I, page 388), en déterminant une prompte et fatale concentration. — L'immersion, qui doit être soudaine, donne lieu au sentiment de suffocation et de constriction épigastrique, en même temps qu’au saisissement qui résulterait de la projection brusque de l’eau froide sur la poitrine ; la peau se décolore et se contracte (chair de poule); la respiration devient convulsive, gènée, singultueuse, la parole entrecoupée, et chez beaucoup de baigneurs la phonation est impossible ; la circulation artérielle s'affaiblit à la périphérie sans accélération du pouls ; les veines superficielles s’effacent; les lèvres et le visage sont violacés ; il existe un véritable obstacle à la circulation contre lequel le cœur lutte de plus en plus; la transpiration est suspendue, le refroidissement est très notable à l'extérieur. À la dyspnée succède le plus souvent une douleur dans les muscles, surtout dans les membres que l’on tient immobiles, douleur qui a de l’analogie avec le rhumatisme articulaire, et qui va parfois jusqu'à produire des crampes. Londe dit que le pouls, d'abord plus fréquent, se ralentit ensuite. Herpin à constaté que le pouls radial s’affaiblit, devient même imperceptible chez les enfants, et qu'ensuite les battements du cœur augmentent de force sans accélération. — Au sortir de l’eau, si le bain est pris méthodiquement, le retour des fonetions à l'équilibre normal s'opère presque immédiatement, sans que la réaction dépasse la mesure de la dépression occasionnée
(1) Scoutetten, De l’eau sous le rapport hygiénique el médical, Paris, 1843, p. 221.
par le froid ; néanmoins la chaleur se rétablit plus lentement que la sensation propre ne le fait présumer : la peau, pâle et chagrinée au moment où l’on quitte l’eau, se colore chez la majorité des baigneurs, mais d’une rougeur non uniforme, piquetée comme dans la scarlatine, et qui coïncide avec le ralentissement de la circulation veineuse superficielle, et avec la teinte bleuâtre des muqueuses ; le pouls s'accélère de 10 à 14 pulsations. Cette fréquence cesse en quelques minutes : dès que l’on commence à s’essuyer, les frissons qui accompagnent la sortie du bain sont remplacés par une sensation de douce chaleur, et la transpiration augmente. En général, plus on a prolongé les bains et réitéréles immersions, plus les signes de dépression vitale sont prononcés, et ceux de la réaction lents à s'établir. Les phénomènes se proportionnent encore à la vigueur des individus, à leur âge, etc. L'homme débile frissonne plus longtemps après le bain, se réchauffe plus difficilement, comme aussi il a éprouvé à son immersion des symptômes de concentration plus énergiques, tels que le claquement des mâchoires, le facies hippocratique, l’engourdissement des membres, un amincissement des doigts tel, que les bagues les plus étroites les abandonnent, etc. Nous devons mentionner ici deux remarques intéressantes d’'Herpin. L'une porte sur la valeur de la coloration cutanée qui survient après le bain. La plupart des médecins, et les hydropathes en particulier, la considèrent comme un indice favorable de réaction ; d’après Herpin, elle ne constitue qu’une réaction fort incomplète, et elle lui paraît due plutôt à une congestion passive du système capillaire qu’à un retour actif du sang à la peau. Des personnes, ditil, dont la peau rougissait très facilement, ne pouvaient se réchauffer le reste de la journée, et force leur était de renoncer aux bains froids, tandis que d’autres, dont la peau restait pâle, réagissaient vite, et se trouvaient bien de l’usage des eaux de l’Arve. Il se peut que les rougeurs partielles, non uniformes, et qui existent dès la sortie de l’eau, soient le résultat d’une hypérémie passive de la peau, alors surtout qu'elles coïncident avec la teinte bleuâtre des muqueuses ; mais quand la rougeur est générale et s'accompagne d’un surcroît de chaleur, elle est due évidemment à l’élasticité de la vie, qui fait que le sang reflue vers la périphérie avec plus de vitesse et d’abondance qu'auparavant ; seulement ce dernier effet ne s'obtient que dans les bains froids de plus longue durée, et surtout dans les bains très froids. C’est lui qui faisait dire à Sanctorius : le froid de l’eau pousse à la perspiration et aux règles. La seconde remarque d’Herpin a pour objet la température du corps au sortir du bain froid ;
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la main posée sur le corps sent un grand froid. Un garçon de huit ans et demi, après une immersion d’une minute dans l’Arve, fut essuyé rapidement ; le thermomètre, placé entre ses cuisses, descendit à 23°,1 centigrades; chez un autre, qui fut mis en expérience quelques moments après la sortie du bain, l'instrument marqua 23°,1 centigrades. Herpin tint, pendant une minute, sa main droite dans l’Arve; puis 1l plaça dans la paume de cette main un thermomètre que le contact de l’autre avait fait monter à 35 degrés centigrades, et il l'y maintint hermétiquement serré pendant quinze minutes, dont les dix dernières furent employées à une marche rapide : la colonne mercurielle descendit assez vite à 21°,2 centigrades, et s’y maintenait encore deux minutes après le commencement de l'expérience; six minutes après, elle était à 22°,5 ; neuf minutes après, à 23°,7 ; quinze minutes après, à 28°,7. On peut conclure de là que la chaleur du corps, en tant qu’appréciable au thermomètre, se rétablit très lentement après le bain froid, et néanmoins, après les premières minutes qui succèdent au bain, on n'éprouve même plus la sensation d’une fraîcheur désagréable ; une chaleur quelquefois intense se répand jusqu’à la périphérie, et Herpin lui-même déclare qu’il n'aurait pas supporté sa main à la température qu’il y ressentait, le thermomètre donnant 21 à 23 degrés : nouvelle preuve de l'insuffisance des déterminations thermométriques pour l'usage des bains.
Comment l’eau froide agit-elle sur une portion peu étendue du corps humain? Les expériences de Hunter, W. Edwards et Gentil, Tholozan et Brown-Séquard (1), démontrent que cette réfrigération est énorme, rapide, lente à se dissiper. En dix minutes, un morceau de glace placé sous la langue lui a fait perdre 11 degrés de sa température (Hunter); en dix minutes, Tholozan et Brown- Séquard ont vu la main plongée dans de l’eau à 0 degré centigr. perdre de 10 à 18 degrés de sa chaleur et, après cette réfrigération, ne recouvrer sa température initiale, dans un milieu variable de 12 à 18 degrés, que dans un délai de plus de trois quarts d'heure ou d’une heure; contrairement à l'opinion de W. Edwards, ils ont constaté que le refroidissement d’une petite partie du corps humain reste sans influence appréciable sur la température générale, mais que l’abaissement de la température d’une main peut amener un abaissement notable de la température de l’autre main,
(1) Journal de la physiologie de l'homme et des animaux, Paris, "1858, €; I, p. 497.
sans diminuer la chaleur générale du corps. Brown-Séquard s'est assuré que le même phénomène se répète pour les pieds et se lie à ces trois conditions qui se proportionnent entre elles : intensité de la douleur, degré de contraction des vaisseaux de la main laissée à l’air, degré du refroidissement de cette main ; d’où il résulte que c’est sous l'influence de l'irritation des nerfs sensitifs d’une extrémité que la chaleur s’abaisse dans l’autre, exemple très évident, d’après ce physiologiste, d’une action réflexe sur les vaisseaux sanguins et qui s'exerce ici entre parties homologues. Bence Jones et Dickinson (1) ont trouvé que l'immersion d’une main dans une eau très froide demeure sans action notable sur les battements du cœur. Enfin des expériences multipliées ont conduit Fleury aux conclusions suivantes, qui, pour les effets du bain froid partiel, concordent avec les précédentes et nous ramènent à l’étude hygiénique du bain général : 1° Une immersion partielle et prolongée (une demi-heure) dans de l’eau modérément froide (de 45 à 25 degrés centigrades) peut abaisser la température de la partie immergée, de la main, par exemple, de 19 et même de 23 degrés, de sorte qu’il n'existe plus entre la température de la surface vivante et celle du bain qu’une différence de 1°,5 au profit de la première. 2° Cet énorme abaissemgnt de la température partielle reste sans influence appréciable sur la température générale du corps. 3° Une immersion générale et prolongée (vingt-cinq minutes à une heure) dans de l’eau modérément froide (14 à 20 degrés centigrades), peut abaisser la température générale, prise sous la langue, de 4 degrés. 4° Cet abaissemenñt général de la température se produit d'autant plus vite que l'eau est plus froide. 5° Un abaissement de 4 degrés dans la température du corps est une limite extrême au delà de laquelle il devient impossible à l’homme de supporter la sensation douloureuse que pro voque le refroidissement. 6° L’abaissement de la température générale s'accompagne d’une diminution dans la fréquence du pouls (six à neuf pulsations de moins par minute), sans modification appréciable de la respiration. 7° Pendant les dix à quinze premières, minutes qui suivent la sortie de l’eau, la température du corps, quelle que soit celle de l'atmosphère, baisse encore de quelques dixièmes de degré (0,4 à 0,9), et le pouls tombe encore d’une à deux pulsations; ces phénomènes sont suivis d’une réaction spon-
.: (4) Journal de lx physiologie de l’hommne et des animouæ, Paris, 1858, t. I. p. 81. +) DOS h RU
EXCRETA,— DES BAINS. 171 tance qui ramène graduellement, et plus ou moins vite, la température animale et le pouls à leurs chiffres primitifs et physiologiques, et mème au delà : cet excédant est, pour la température, de quelques dixièmes de degré à 1 degré centigrade, et, pour le pouls, d’un à trois battements. 8° Toutes choses égales, la réaction spontanée est d'autant plus prompte et plus énergique que l’eau est plus froide et frappe le corps avec plus de force, que l'atmosphère esf plus chaude, que le baigneur est plus jeune, plus sanguin, plus vigoureux. 9° Si l’immersion est renouvelée, la réaction va s’affaiblissant, et devient de moins en moins facile en raison directe du nombre des immersions successives. 10° L'eau de 8 à 10 degrés centigrades favorise le mieux la réaction; celle-ci est difficile dans l’eau audessus de 44 degrés centigrades. De 8 à 0 degré, la réaction est en raison inverse de la durée de l’immersion, sauf à proportionner cette durée à la puissance de réaction individuelle. 11° La température du corps a-t-elle été préalablement élevée, l’immersion la ramène d’abord à son chiffre normal, et c’est seulement après ce premuer effet qu'elle produit celui du bain froid, tel qu'il vient d’être relate.
Les bains froids procurent des effets consécutifs très heureux quand on en a pris un certain nombre; ils fortifient la peau et y développent une sensation de bien-être inconnu jusqu'alors; le ton qu'ils lui communiquent la fait mieux résister aux chaleurs et tempère les sueurs que provoque le soleil ou l’exercice ; l'habitude de réagir la rend peu impressionnable au froid et presque indifférente aux variations de l'atmosphère ; dès lors le gilet de flanelle peut et doit être déposé, et l’on reviendra aux vêtements plus légers. Les muscles gagnent en force et en souplesse ; les gens délicats s’étonnent de faire sans fatigue des promenades et des exercices dont ils se savaient incapables auparavant; l'appétit est plus vif, les digestions plus faciles. Les personnes sujettes aux flatuosités s’en débarrassent plus aisément; quelques baigneurs éprouvent de la constipation, plus rarement la disposition contraire ; le sommeil devient plus profond ; un sentiment général de force, de bien-être et de légèreté auquel l'âme et l'intelligence ne restent point étrangères, tel est le résultat final de l’usage bien dirigé des bains froids : ils ont donc bien les effets restaurateurs que Hallé et Nysten leur attribuent, mais à la double condition d'être accompagnés de mouvements et d’être de très courte durée. La natation prolongée dans les bains frais procure le même avantage.
3° Bains très froids. — En 1819, c’est-à-dire à une époque où l'hy-
drothérapie n'existait pas encore, Bégin a expérimenté sur lui-même les bains froids, et il en a parfaitemeñt apprécié Les effets immédiats et secondaires, ainsi que les applications qui en découlent. IL suffit de parcourir les pages qu’il a écrites sur ce sujet (1) pour y trouver la substance des indications hygiéniques et curatives que Priessnitz et ses partisans ont fait valoir depuis avec une sorte d'éclat et non sans succès ; il n’y manque que l’exagération de certains hydropathes, bien qu’il ait peut-être, le premier en France, déterminé la portée de ce moyen par la voie des expériences personnelles. Nous avons vu, avec plus de plaisir que d'étonnement, que l'un des plus savants et des plus judicieux applicateurs d'une hydrothérapie rationnelle, Fleury (2), s’est empressé de proclamer l’importance des recherches et des résultats de Bégin, depuis que dans la 1'° édition de ce traité nous les avons en quelque sorte restitués à la science et introduits dans l'hygiène. Du 12 au 20 octobre 1819, il prit neuf bains froids dans la Moselle, sous les remparts de Metz, à huit heures du matin, le thermomètre Réaumur marquant de 2 à 6 degrés à l'air. Voici quelle a été la marche des phénomènes. Dès l'immersion, sensation d’énergique refoulement des liquides vers les grandes cavités, surtout dans le thorax; respiration haletante, entrecoupée, accélérée jusqu'à l'imminence de la suffocation ; peau décolorée ; pouls concentré, petit, profond et dur, rigidité de tous les tissus, sans tremblement ; spasme général dont l'intensité contraste avec la régularité du mouvement. Au bout de deux ou trois minutes, la scène change : à cet ensemble de phénomènes pénibles et presque intolérables succède le calme, la respiration s'agrandit, la poitrine se dilate, les mouvements redeviennent libres et faciles, la peau s’échauffe. « Toutes les actions musculaires sont vives, légères et assurées; on croit sentir que les téguments et les aponévroses sont appliqués avec plus de force sur les muscles, et que ceux-ci, mieux contenus, agissent avec plus de précision, plus d’énergie que dans l’état naturel. Bientôt une vive rougeur couvre toute la surface du corps ; une sensation très prononcée et très agréable de chaleur se répand sur la peau : il semble que l’on nage dans un liquide élevé de 30 à 36 degrés; le corps semble vouloir s'épanouir afin de multiplier les surfaces de contact ; le pouls est plein, grand, fort, régulier : peu de sensations sont aussi délicieuses que celles qu’on éprouve en ce moment. Tous les ressorts de la machine ani-
} Dictionnaire des sciences médicales, article Scroruce, t. L, p. 361 et suiv.
(1 (2) Cours d'hygiène, 1852, t. I, p. 560, 575, 577.
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male ont acquis plus de souplesse, de vigueur et de fermeté qu'ils n'en avaient précédemment; les membres fendent avec facilité le liquide qui ne leur offre plus aucune résistance ; on se meut sans effort, avec vivacité, et surtout avec une légèreté inconcevable, » Ce nouvel état dure quinze à vingt minutes, et se termine par le retour graduel du malaise et du froid ; il est alors temps de quitter l’eau : si l'on y reste, des frissons, un tremblement général s'emparent du corps, la gêne des contractions musculaires va jusqu’au danger de la submersion. En quittant l’eau avant la chute entière de la réaction, on n'éprouve dans la transition de l’eau à l'air aucune sensation pénible. Malgré le vent et l’évaporation du liquide qui couvre la peau, celle-ci ne se refroidit point, et telle est son insensibilité au contact des corps extérieurs, que le passage du linge avec lequel on s'essuie n'est point perçu. Il est arrivé à Bégin, dans cet état d'orgasme et «le constriction cutanée, de se faire sans douleur des frictions assez rudes pour enlever l’épiderme. Cette circonstance rappelle les peuples septentrionaux, dont la peau se montre réfractaire aux impressions les plus douloureuses, même à celles des lésions traumatiques. Priessnitz et les guérisseurs de son école font précéder le bain froid d’une transpiration provoquée par l'enveloppement dans des couvertures de laine et l’ingestion d’une certaine quantité d'eau froide; et depuis que cette méthode est suivie, on a paru frappé de son innocuité et de ses avantages pour amener une rapide et facile réaction. Buchan avait recommandé depuis longtemps l'excitation préalable par le mouvement du corps, comme devant favoriser le développement de la réaction. Il y a plus de trente ans que Bégin a confirmé le précepte par ses expériences : plusieurs fois il s’est jeté à l’eau froide, le corps rouge et couvert de sueur par suite d’un exercice prolongé. Loin d'en éprouver quelque mconvénient, il remarquait que la réaction était plus prompte, plus facile et plus complète. Les docteurs Butini et de la Rive [de Genève) prescrivaient aussi à leurs malades de se rendre au bain de rivière à pied et d’y entrer ayant chaud (Herpin). Les jeunes Romains, à l'issue des exercices du champ de Mars, se précipitaient en sueur dans le Tibre. On dit que le bain froid est plus salutaire si l'on y entre lentement et que l’on y demeure dans l’inaction : conseil funeste, toutes les fois qu'il ne s'agira point de produire une sédation, un refoulement vers les organes centraux. Le froid gradué et prolongé est, dans l’eau comme dans l'air, l’un des agents les plus hyposthénisants de la nature. Ce qui est fondamental dans l'emploi du bain froid, dit Bégin, c’est la réaction sanguine, et pour qu'elle
47h HYGIÈNE PRIVÉE.
ne succédàt point à l'application d’un irritant aussi énergique et général, il faudrait que le sujet fût débilité jusque dans le fond de sa constitution. La réaction une fois développée, les organes internes ne courent plus aucun danger; on n’observe que les phénomènes d’une irritation passagère de la peau, caractérisée par sa turgescence vasculaire, la coloration, la chaleur, et quelquefois un prurit général ; l’action nerveuse semble subir, comme le sang, ce reflux énergique vers la périphérie, et ce phénomène est sans doute pour quelque chose dans l’accroissement de la chaleur cutanée, dans la résistance plus forte que la peau oppose aux agents extérieurs; s'il se répète un grand nombre de fois, il contribuera à décentraliser les forces nerveuses, comme la réaction sanguine vers la circonférence, fréquemment provoquée, finit par dissiper l’hypérémie des organes profonds. La réaction se manifeste plus facilement dans l’eau froide. Plus prompte dans les premiers bains, elle est plus tardive, mais plus durable dans les derniers. La durée de l'immersion doit être proportionnée à la force des constitutions : la vigueur de Bégin lui a permis de rester dans l’eau jusqu’à vingt minutes et plus; Rostan n'a pu rester plus de six minutes dans la Seine, dont l’eau marquait 5 degrés Réaumur, et la réacticn ne s'établit chez lui que dans la nuit suivante, après plusieurs heures de malaise et de pesanteur douloureuse de la tête. Ce dernier symptôme est très commun à la suite des bains froids, et on l’observe chez les sujets les plus robustes (Londe). Au contraire, Nacquart, familiarisé avec les bains froids, éprouvait des spasmes et des anxiétés dans une eau à 27 degrés Réaumur. Nous reviendrons sur ces différences de sensibilité individuelle : tel baigneur exposerait sa vie à vouloir attendre dans l’eau même les phénomènes de la seconde réaction qui doit mettre fin à la seconde période de concentration. Avant Bégin, personne n'avait signalé la possibilité de ce fait, et ceux qui connaissent sa belle constitution sauront aussi avec quelle mesure de force organique il est permis d'espérer dans les bains très froids la série des sensations que cet observateur éminent y a perçues. Mais que le corps réagisse une et deux fois pendant l'immersion, ou plus ou moins longtemps après la sortie de l’eau, l'hygiène et la médecme trouvent dans cette vive et large stimulation des organes périphériques une ressource immense. C’est avec une haute raison de praticien que Bégin signalait, il y a trente-six ans, à ses contemporains, le bain froid « comme un moyen très énergique qui mérite beaucoup plus de faveur qu’on ne lui en accorde communément ». Les anciens l’avaient compris ainsi : le bénéfice de la réaction que produit
EXCRETA.— DÉS BAINS. 175 le bain froid n'avait pas échappé à Hippocrate (1), qui opposait judicieusement ses effets au refroidissement de la peau, à la suite des bains chauds. Galien, désignant le double parti que l’on peut tirer des bains froids, avait dit à leur occasion : « Vel roborant, vel obruunt facultatem et torporem inducunt. » Par quelle bizarrerie était-il réservé au paysan de Græfenberg de populariser un moyen si longtemps négligé par les médecins, quoique les oracles de l’art les eussent conviés à le mettre largement en usage?
h° Bains de mer. — De l'aveu des meilleurs observateurs des côtes maritimes, le froid est l'élément capital de l’action des bains de mer, et c’est ce qui nous engage à en parler ici. Hàtons-nous d'ajouter qu’il s’agit ici des mers du Nord, sur le littoral desquelles existent les principaux établissements dé bains de cette espèce. Les sensations que procurent ces mers et les mers méridionales sont en effet très différentes : dans les premières, saisissement plus ou moins pénible dès l'entrée et pendant la durée de l’immersion ; parfois, on s’y croirait dans un milieu hérissé de pointes aiguës, et rarement peut-on y prolonger son séjour ; au contraire, dans les mers du Midi, le contact du flot est moelleux et comme velouté ; les habitants de leur littoral s’y plongent avec délices et y séjournent plusieurs heures sans épuiser cette sorte de volupté. Si opposés que soient ces eflets, 1ls tiennent principalement à la température des climats qui est à peu près celle de leurs mers, et accessoirement aux différences de la vague et des chocs qu’elle exerce, aux qualités de l’atmosphère maritime. Les bains de mer les plus recherchés en France sont situés sur l'Océan. Gaudet (de Dieppe) a recueilli, pendant dix ans, des observations thermométriques de juillet, août et septembre, saison ordinaire des bains : elles donnent en moyenne 17°,6 centigrades pour l'air atmosphérique, 18°,2 pour la mer; la température maritime monte en juillet, atteint son maximum en août, et baisse en septembre presque aussi graduellement qu’elle s'est élevée, c’est-à-dire de 0°,50 à 1°,20. Cette décroissance, à cause même de sa lenteur, ne peut être attribuée à l'atmosphère ; car celle-ci est agitée, à cette époque, par les fluctuations les plus extrêmes de la saison. Les vents d'ouest et de sud-ouest, accompagnés de pluie, font descendre en vingt-quatre heures Ja température de la mer de 0°,25 à 2°,50 centigrades. Le sud et le sud-est la relèvent dans la même proportion. En dix années, elle n’a oscillé, durant la saison des bains, que dans une limite de
(1) OŒuvres, trad, par Littré, t, I, De l'ancienne médecine.
5 degrés centigrades, de 15 à 20 degrés, tandis que l’atmosphère de la plage s'est agitée sur une échelle thermométrique de 40 à 28,1 centigrades. La température de la Méditerranée marque L°,35 de plus que celle des régions de l’Océan atlantique situées à son occident. En 1834, l’eau des bains de Trieste donnait 30 degrés centigrades. Ce qui prouve encore la prépondérance de la température dans les effets des bains de mer, c’est l’infériorité d'action bien connue de la Méditerranée, quoiqu’elle soit plus riche en matières salines. Sur 100 parties, elle en contient 4,1; l'océan Atlantique, 3,8; la Manche, 3,6; la mer du Nord (Allemagne), 3,3; le golfe d'Édimbourg, 3,0; la Baltique, de 1,6 à 2,2.— La puissance des bains de mer réside dans la combinaison des éléments suivants : 4° La température basse de ses eaux : elle détermine le spasme périphérique, la contraction de la peau et des muscles, l’engourdissement de la sensibilité nerveuse, le refoulement des liquides à l'intérieur, la suspension ou la diminution de l’exhalation cutanée; et secondairement, elle donne lieu aux phénomènes de la réaction, caractérisée par le retour impulsif des liquides vers la périphérie, le rétablissement de la fonction perspiratoire et la persistance des eflets sédatifs qu'ont éprouvés les extrémités nerveuses du tégument. 2° La densité de la mer: elle renforce les effets du froid, amincit les solides par compression, et contribue à l’engourdissement de la sensibilité cutanée par le refoulement des liquides. 3° Le va-et-vient continuel du flot produit une sorte de massage, une douche permanente et variée de toutes les manières, que le corps, aux prises avec les vagues, essuie incessamment par leur chute et leur ascension alternatives. Suivant les attitudes du baigneur et les degrés d’agitation de la mer qui sont exprimés progressivement par les mots houle, lames, vagues, les bains de mer donnent lieu à des exercices passifs, mixtes, actifs, qui corroborent d'autant plus le système musculaire qu'ils n’entraînent aucune dépense de substance organique. 4° La composition chimique de la mer (tome [, page 477) lui communique des propriétés irritantes par simple contact : aussi stimule-t-elle les vaisseaux de la peau, quelquefois dès l'immersion, comme le témoignent les sensations de certains baigneurs; le plus souvent l'effet spécial des particules salines ne se manifeste que dans le moment de la réaction, dont elles augmentent la durée et l'intensité. Currie ajoute qu’elles la rendent aussi plus prompte, et qu'en raison de la stimulation qu'elles exercent sur la peau, on supporte plus longtemps le froid dans l'eau marine que dans l’eau douce, à température égale. Les sels de
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la mer impressionnent également les papilles nerveuses de la peau; de là les picotements, les cuissons, les caractères variés de la chaleur de réaction; des phénomènes moins immédiats paraissent aussi dépendre de cette cause, tels que l'agitation du sommeil, l’insomuie, l'excitation générale, les crampes viscérales, etc., qui succèdent au bain ; ils sont dus à ce que la stimulation exercée sur les expansions nerveuses de la périphérie se réfléchit dans les centres perveux, et par l'irradiation de ceux-ci dans les organes internes plus ou moins prédisposés. Enfin les sels marins ne sont pas étrangers aux éruptions qui surviennent parfois chez les baigneurs. Appliquée sur la peau saine, l’eau de mer l’impressionne d'autant plus vivement que l’évaporation concentre davantage ses matières salines, et, suivant les cas, elle est répercussive, astringente ou irritante ; sur la peau privée de son épiderme, elle provoque une douleur cuisante. 5° L'atmosphère maritime (t. 1, p.452) à une large part dans les modifications que les bains de mer opèrent dans léconomie : toujours saturée d’une humidité saline, agitée par une venlation incessante qui est en harmonie avec les mouvements de la wier, brassée périodiquement par les vents, exempte de toutes Îles émanations que les villes de l’intérieur dégagent par torrents, quel air satisfait mieux qu'elle à l’axiome de Salerne : « Aer sit purus, sit lucidus et bene clarus. » Les vertus toniques et excitantes de cette atmosphère vierge des mers éclatent dans les populations du littoral, qui fournissent le meilleur contingent à l’armée. Les nouveaux venus les ressentent presque sans exception. Chez les enfants, dont l'organisme tendre et perméable semble en tous lieux un réactif plus sensible pour l'appréciation de l'air, l’impression de l’atmosphère maritime fait naître souvent des modifications fonctionnelles qui s'élèvent jusqu'au trouble pyrétique. Cette fièvre d’acclimatement est tantôt éphémère, tantôt se convertit en accès périodiques; la plupart des autres baigneurs payent leur installation sur les bords de la mer par quelques perturbations passagères de fonctions ou d'organes, en rapport avec leur susceptibilité originelle ou l’état actuel de leur santé. Mais tous ces phénomènes expriment la nature stimulante de la cause qui les provoque: aussi a-t-0n dit avec raison que, pour les baigneurs de la mer, le traitement commence au moment où ils viennent en habiter les bords. — Les effets immédiats des bains de mer se déduisent de ce qui précède, sauf les variations individuelles des sensations de l'immersion et des formes de la réaction. Parmi les effets consécutifs, il en est qui méritent une mention particulière. Les premiers bains occasion-
nent le plus souvent un certain degré de lassitude générale avec somnolence diurne, surtout après les repas; d’autres se plaignent de brisement des membres, d’oppression sternale, d'étouffements, d’une sensation contusive dans la région précordiale, de céphalée. S'il existe une odontalgie, elle s’exaspère et se complique de fluxion gingivale et d'engorgement sous-maxillaire ; l’utérus, les glandes mammaires, manifestent de la sensibilité; l'appétit augmeute, la constipation s'établit, et souvent avec elle un molimen hémorrhoïdal; la vessie donne des signes d’irritation, surtout vers le col: le sommeil est agité par les rêves et fréquemment interrompu. Rien de plus fréquent que la congestion sanguine de la tête, qui s'annonce par la céphalalgie, les vertiges, les étincelles, avec ou sans injection de la face, et qui va parfois Jusqu’à nécessiter une saignée générale. Ces accidents surviennent malgré soins et ménagements; mais ils coincident surtout avec l'agitation de la mer et la durée excessive de limmersion : 1l s'y joint alors des crampes ou de la pesanteur à l’épigastre, des douleurs vertébrales, et sile sujet est jeune et faible, des vomissements avec réaction fébrile. Tous ces troubles, qui indiquent l'énergie du modificateur mis en usage, s'apaisent par degrés; parfois ils nécessitent, par leur persistance, l'extrême atténuation des conditions ordinaires du bain. Nous ne parlérons pas des accès de fièvre éphémère qui surprennent quelquefois, dès les premiers bains, les jeunes filles récemment nubiles ou près de le devenir, les femmes à teint fleuri, etc., ni des douleurs rhumatismales qui attaquent les personnes venant de faire une saison aux eaux thermales, ni de l’onctuosité que prend la sécrétion cutanée chez quelques baigneurs, etc., muis les effets médiats de la mer sur la peau sont dignes d'attention. Souvent la stimulation va jusqu’à la phlogose des exutoires dont l’écoulement tarit; les éruptions anormales qu’elle occasionne s’effacent entre deux bains ou durent plusieurs jours, et donnent lieu à une desquamation : rubéoliformes, simples macules, érythèmes vésiculeux, prurigo, miliaire (badefrisele des Allemands), urticaire, furoncles, etc., telles sont les formes les plus communes de ces exanthèmes, qui peuvent se compliquer deux à deux, chez le même individu, et affectent de préférence les enfants lymphatiques, les adultes forts et sanguins, tous les individus à veines superficielles très apparentes. Ces épiphénomènes n'exigent la suspension des bains de mer que lorsqu'il existe en même temps un mouvement fébrile, de l'agitation nocturne, des sueurs, des cuissons, des picotements, des vomituritions, etc.
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De l'emploi des bains froids. 1° Bains frais. — Ts conviennent dans la saison brülante et dans les climats méridionaux ; ils enlèvent au corps la quantité de chaleur qui surexcite toutes les fonctions, et ils lui épargnent la série laborieuse des actes qui ont pour but l'élimination de cet excédant de calorique ; ils diminuent lactivité de la transpiration cutanée, rendent à la peau le ton et le ressort sans lesquels elle subit en quelque sorte passivement les effets de la chaleur atmosphérique, et verse, à la moindre stimulation que fui imprime le soleil ou l'exercice, des flots de sueur qui la macèrent et font à l'organisme de chaque oscillation thermométrique un péril de répercussion, ils apaisent lexcitabilité cérébrale, que la haute température de l'atmosphère tend à exalter; et si cet état a fait place au collapsus qui alterne si souvent chez les Méridionaux avec les paroxysmes de versatile irritabilité, les bains frais ont l’avantage de raviver les sources de l’innervation non épuisée, mais opprimée et comme paralysée par l’accablante influence d’un ciel en feu. Avec les forces nerveuses se relève l’action musculaire; l’exercice, redevenu possible, rappelle l'appétit, c’est-à-dire le besoin de la réparation, partant la faculté digestive qui languissait. Le bain rafratchissant est un des moyens les plus sûrs pour conjurer l’imminence des affections si graves qui règnent sous forme endémique ou épidémique dans les contrées équatoriales, et dont quelques traits se retrouvent dans les maladies estivales de nos climats. Îl est évident que les troubles qu’une température excessive jette dans les fonctions du tube digestif, de l’encéphale et des organes de la cireulation, ouvrent l’économie à l'atteinte de ces fléaux. Nos savants confrères de la marine connaissent l'utilité du bain frais pour les équipages de nos vaisseaux qui stationnent dans les mers tropicales; répété plusieurs fois par jour, il les préserve de l’énervation du climat et du lugubre tribut de la fièvre jaune. Le bain dont il s’agit ne devant être pris que pour soustraire au corps un excès cle calorique, ne convient point aux âges extrêmes de la vie : le vieillard perd chaque jour de sa force de calorification ; sa peau reçoit moins de sang et transpire moins ; le bain frais ferait sur elle l’impression du bain froid et même très froid, et exposerait le sujet à des concentrations d'autant plus à craindre que la réaction est plus lente et plus incertaine : que si elle a lieu, nouveau danger; elle peut aboutir à la fièvre ; et l’on sait combien elle accélère la termihaison des maladies séniles qui siégent dans les organes de la circulation et de la respiration. On cite quelques exceptions ; privilége ne fait point loi, et quand Bacon à dit: « Zavañio in fri-
gida aqua bona ad longitudinem vite », i faisait allusion sans doute à la solidarité des différents âges de la vie: la force et la vigueur acquises par l'adulte dans les bains froids sont bénéfice pour le vieillard. La température propre de l'enfant est moins élevée et prompte à baisser (voy. tome |, page 382) : sa caloricité exige une sorte d'éducation, et ce n’est que par degrés qu’elle acquiert la latitude nécessaire pour lui faire supporter le bain frais sans danger. Encore devra-t-il être de courte durée, et avant l’âge de six ansil n'en faut pas user. Les autres contre-indications sont : la menstruation, les lochies ; les états morbides qui prêtent aux répercussions, tels que le flux sudoral ou la supersécrétion de l'humeur sébacée ; les dartres et éruptions analogues, la goutte, les hémorrhoïdes, le rhumatisme articulaire; joignez-y la disposition aux irritations bronchiques, et à toutes les irritations que le froid ramène aisément. D'après la manière dont nous envisageons l’emploi de ce bain, les règles qui s’y rapportent doivent avoir pour but d'en assurer l'effet sédatif et réfrigérant : la première est de le répéter souvent, de le prendre au moment où lepouls est au minimum de ses oscillations diurnes, à quatre heures au moins d'intervalle après les repas; il faut éviter le frisson d’une immersion brusque, ne pas y rester jusqu’au frisson précurseur d’une réaction non désirée; au sortir du bain, s’essuyer et s'habiller rapidement pour empêcher l’évaporation des parties mouillées, et par suite un refroidissement trop grand ou suivi de réaction; on s’abstiendra de tout ce qui pourrait rompre la sédation obtenue et rallumer trop vivement la caloricité.
2° Bains froids. — Ce que nous avons dit des effets de ces bains suffit pour en régler l'emploi; celui-ci est indiqué toutes les fois qu’il y a lieu d’exceiter la circulation cutanée, de fortifier la peau et le système musculaire, d'amortir la susceptibilité excessive du système nerveux, etc. Bien des gens dont la constitution était originairement débile doivent aux bains froids une vigueur qui leur permet du supporter la fatigue des marches, de braver impunément le froid et le chaud, etc. Il n’est point de plus sûr moyen de combattre la disposition aux angines, aux Coryzas, aux Ophthalmies, aux enrouements. à la bronchite, au rhumatisme musculaire, à la sciatique et aux névralgies faciales ou cràntennes ; il n’est pratique mieux indiquée pour les personnes prédisposées à l'obésité, à la tuberculisation, à la scrofule, aux tumeurs blanches, aux maladies des os, à la chlorose. Qui n’a connu quelques-uns de ces sybarites de chaleur, comme les appelle .-Ch. Herpin, qui accumulent sur eux
EXCRETA.— DES BAINS. 151 flanelle et vêtements, qui frissonnent à tous les vents coulis, et sont d'autant plus exposés qu'ils prennent plus de précautions? Ces hypochondriaques, qui ont habituellement les pieds glacés et la tête congestionnée, dont la peau, presque toujours humide de transpiration, est plus sujette aux refroidissements, il faut les amener, par la gradation des ablutions, lotions et demi-bains froids, à se plonger dans l’eau des rivières et même dans l’eau glacée ; bientôt les sueurs redeviennent normales, et leur suppression est inaperçue. Les médecins voués à l’hydrothérapie ont donné, sous ce rapport, l'exemple d’une hardiesse qui à été justifiée par le succès, parce qu’elle pro cède par une gradation de pratiques préparatoires que nous mentionnerons plus bas. Il est des contre-mdications aux bains froids que nul praticien ne méconnaîit : telles sont les maladies des poumons et du cœur, avec lesquelles on ne doit pas confondre ici les palpitations nerveuses et chlorotiques ; la pléthore sanguine, Ja tendance aux hypérémies cérébrales, l'épilepsie, les épistaxis habituelles, les hémorrhagies utérines et les contre-indications énumérées à propos des bains frais; l’état d'ivresse, ia distension de l’estomac par les aliments interdisent sévèrement le bain frais et froid sous peine de congestion mortelle. Jai vu périr à Dieppe des soldats qui se sont baignés à la mer après le repas du soir. Les enfants dont la santé n’exige pas de ménagements peuvent user avantageusement des bains de rivière pendant l'été, dès l’âge de quatre à cinq ans; on aura soin de choisir pour cela les jours les plus beaux et les plus chauds, et de ne pas les laisser dans l’eau sans mouvement ni au delà d’une à trois minutes. D’après J.-Ch. Herpin, les bains froids corrigent en quelques semaines les apparences du rachitisme au premier degré chez les enfants. Toutelois il peut y avoir danger à les prescrire à des enfants trop faibies ; Jamais ils ne conviennent aux nouveau-nés, qui perdent si rapidement leur chaleur, et dont la peau, baignée neuf mois par un liquide à près de 37 degrés centigrades, est si tendre et si impressionnable ; laissons aux peuples du Nord l'habitude d’immerger les enfants nouveau-nés dans l’eau froide ou dans la neige, si tant il appert que la chose est vraie, ce que nie un médecin suédois, Martin. La caloricité de l'enfant veut être exercée avec mesure, et, de même qu’on diminue successivement l'épaisseur de ses vêtements, on peut réduire par degrés la température de ses bains Jusqu'à le faire entrer vers huit ans dans l’eau courante. Plus tard, les bains froids favoriseront l’évolution régulière de la puberté : avec l’exercice qu'ils entraînent et la stimulation qui leur succède, ils ont une utilité spéciale contre la chlo-
152 HYGIÈNE PRIVÉE, rose, La débilité générale de la constitution, les différentes formes de névrose gastrique, l’hystérie, etc., affections si communes chez les jeunes femmes. La convalescence les contre-indique, à cause de l’affaiblissement de l’innervation et de la calorification qui accompagne cet état. Le climat du Nord exige des bains ou très chauds ou très froids, et souvent l'usage alternatif de ces deux moyens, étuves et bains de neige ou de glace; ce n’est point trop de ces modificateurs extrêmes pour ranimer la peau du Septentrional épuisée par l'habitude de réagir contre le froid atmosphérique : très chauds, les bains la stimulent directement ; très froids. ils forcent la réaction paresseuse;. employés successivement, ces deux genres de bains complètent l'effet restaurateur que recherche le Septentrional. Par l’étuve, il dégage ses forces organiques, il imprime au sang et à l'action nerveuse une vive et soudaine expansion; par le bain de neige ou d’eau glacée, il sollicite au jeu de la réaction les forces épanouies de son organisme, et leur rend leur élasticité. Quant à l'impunité de cette pratique, elle s'explique par l'élévation de la température du corps, qui, parvenu à 39 ou 40 degrés au sortir de l’étuve, peut céder au bain froid plusieurs milliers d’unités de calorique par litre d’eau ou de neige, avant de redescendre à 37 degrés, limite normale de la chaleur humaine. Dans les pays chauds, c’est la fraicheur que l’on demande aux bains ; les bains froids n’y sont pas à dédaigner néanmoins sous le rapport de la réaction conséeutive. Au lieu d’envelopper nos soldatsen Afrique de ceintures abdominales, et de les macérer dans leur transpiration à l’abri de vêtements trop épais, ne serait-il pas mieux de restituer à leur peau la tonicité qu’elle a perdue? Moïse et Mahomet n'ont-ils pas mieux saisi les nécessités de ces climats? «Il fallait des ablutions fréquentes d’eau froide, et la suppression des liqueurs alcooliques ; nous avops fait le contraire : aussi chaque année la dysenterie fait éprouver à notre armée des pertes effroyables (1). »
3° Bains très froids. — [ls ont été recommandés et employés avec succès contre les scrofules par Tissot, Cullen, Bordeu, Pujol, ete., et Bégin à renouvelé ce conseil. Le tempérament lymphatique conduit irop souvent à cette maladie et aux lésions multiples qui en forment le cortége ; il importe done, chez les sujets qui en sont doués, de stimuler la vascularité et l’innervation de la peau, de rouoir souvent cette enveloppe, de réveiller par de brusques oscillations du sang et de la caloricité les actions organiques qui lan-
(1) Scoutetten, p. 304.
EXCRETA.—- DES BAINS. 155 guissent, etc, Or c'est à un but que l’on à quelqueois atteint par les bains très chauds rapidement pris et par les étuves sèches, mais que les bains très froids remplissent beaucoup mieux, s'ils sont employés d’après les indications de Bégin. Au reste, dans tous les cas où les bains froids conviennent, les bains très froids trouvent place à une certaine époque qui, suivant les individualités et la gradation des températures, arrive plus ou moins vite : la réaction organique que l'on se propose de développer étant en raison directe de la force de constitution, et en raison inverse de la durée et de la température du bain. Les bains froids et très froids se prennent communément en été, de juin à septembre; mais si l'on y à recours pour modifier la constitution, non pour la soulager uniquement d'un excès de calorique, leur utilité est la même à toutes les époques de l’année. Le mauvais temps n’est pas un motif d’interruption : le moment le plus convenable c’est le matin, où les eaux courantes sont à leur minimum de température ; néanmoins il faut attendre que le soleil soit déjà depuis quelque temps sur l'horizon. Les personnes timides ou délicates peuvent commencer les bains froids le soir, mais au moins une heure avant le coucher du soleil. Généralement on ne prend qu'un bain froid par jour, à moins qu'il n’y ait à combattre quelque affection nerveuse ; dans ce dernier cas, on a prescrit trois et jusqu'à cinq bains par jour avec succès. La distance qui sépare le baigneur de la rivière, si elle n’excède point un quart de lieue, doit être franchie à pied sans éviter le soleil; on ne eraindra pas d'entrer dans l’eau ayant chaud, pourvu que la respiration et la circulation ne soient pas trop accélérées : la réaction provoquée par l'exercice n’est suspendue par l'immersion dans l’eau froide que pour recommencer presque aussitôt avec une nouvelle énergie. Peut-on, sans danger, entrer dans l’eau, le corps couvert de sueur ? Bégin l’a fait il y a trente-six ans; Buchan, Butini et de la Rive l'ont conseillé. Aux restrictions de Currie, Fleury répond avec des milliers de faits recueillis par lhydrothérapie : « que la sueur soit au début ou que déjà elle ait eu une certaine durée et une grande abondance: qu'elle soit provoquée par l'exercice musculaire ou par un moyen artificiel (enveloppement, étuve sèche, ete.), les affusions, les immersions, les douches, les bains froids peuvent être administrés sans aucun dauger, pourvu que leur durée ne soit pas trop longue et ne dépasse pas celle de la réaction spontanée. Dans ces conditions, non-seulement les applications froides ne sont jamais suivies du plus léger accident, mais elles présentent des avantages précieux. En eflet, elles terminent
15h HYGIÈNE PRIVÉE.
brusquement la transpiration et délivrent les sujets de la chaleur incommode qu'ils ressentent ; elles les mettent à l'abri des accidents qui pourraient résulter du contact d’un air froid avec le corps en sueur ; enfin elles exercent sur la peau et sur l’économie tout entière une action tonique très utile, que devraient mettre à profit tous ceux qui, par leur profession ou par l'influence du climat, sont soumis à des transpirations abondantes et répétées (1). » Fleury fixe à cinq minutes la durée de l'immersion après une sudation très abondante, sous peine d'interrompre la réaction spontanée et de ramener le mouvement de concentration. Le bon sens est d'accord avec les résultats hydrothérapiques : s'asseoir en sueur au bord de l’eau, attendre à demi-couvert la fin de la transpiration à l’air plus ou moins frais et ventilé, entrer ensuite dans l’eau, refroidi, quelquefois frissonnant déjà, c'est-à-dire avec moins d'éléments de réaction, n'est-ce point un inconvénient plus grave, un risque plus réel que de s’immerger suant, échauflé, et sûr de réagir plus vite et plus énergiquement ? Je ne pense pas cependant que l’exercice, utile avant et après le bain, puisse être poussé impunément jusqu’à la fatigue avant l'immersion : le corps est alors désarmé contre l'impression de l’eau froide et ne trouve plus en sa caloricité, épuisée par une longue transpiration, que d'insuffisantes ressources de réaction ; l’anhélation, suite d'efforts violents, d’une marche accélérée, me paraît une contre-indication formelle du bain froid ; elle dénote un trouble fonctionnel des poumons, l’irrégularité momentanée de l’hématose : dans ces conditions, l'immersion ne serait pas sans danger, tandis qu'elle n'a eu aucune suite fâcheuse pour des baigneurs échauffés de 3 degrés au-dessus de la température normale, ayant 120 pulsations par minute, mais la respiration régulière (Fleury). Le baigneur doit se déshabiller rapidement, afin de conserver sa température; une ou deux aspersions préalables d’eau sur la tête préviennent la congestion qui menace cette partie au moment où les extrémités inférieures plongent dans l’eau froide. Cette précaution suffit pour les personnes à cheveux très courts ou rares; mais pour les femmes et les hommes à chevelure épaisse et longue, un bonnet de talfetas ciré leur épargne le refroidissement de la tête, suite inévitable de l'humidité persistante des cheveux. Le costume de laine adopté par les femmes qui se baignent dans les rivières et à la mer, amortit les effets salutaires de la percussion et de la température basse de l’eau; il rend la réaction plus
(1) Fleury, Cours d'hygiène, 1852, p, 575,1. I.
EXCRETA:— DES BAINS. 155 faible, souvent insuffisante. Les novices qui redoutent la brusque impression du froid se mouillent d'abord à grande eau avec une éponge ou un linge la face, le cou et la poitrine ; mais ces préparatifs doivent se faire très expéditivement, et l’on se hàâtera de se plonger et de s’agiter dans l’eau. La natation en pleine rivière est le meilleur mode de bain; celui-ci peut aussi être intermittent, le baigneur sortant de l’eau et y rentrant à plusieurs reprises pour y faire le plongeon. Les auteurs ont généralement exagéré la durée qui convient aux bains froids de rivière et de mer; on en voit sortir les baigneurs, surtout ceux qui ne savent pas nager, transis de froid, tremblant de tous leurs membres, claquant des dents, les lèvres et les ongles violets; les sujets faibles, à circulation peu active, à peau inerte et anémique, prédisposés aux hypérémies viscérales, aux maladies du cœur, des poumons, du foie, les femmes affectées de névroses, de névralgies, de chloro-anémie, etc., ne puiseront pas dans les bains froids de trop longue durée l'énergie musculaire qui leur manque, une amélioration de leur activité digestive, plus d'harmonie dans l’ensemble de leurs fonctions. Il ne faut jamais oublier que le bienfait des bains froids est dans la réaction spontanée de l'organisme ; la réaction provoquée par un exercice violent au sortir du bain n’a pas des effets aussi francs, aussi réparateurs, aussi stimulants. Les mouvements, l'agitation auxquels est condamné, pour se réchauffer, le haigneur qui sort hyposthénisé de l’eau, sont une eause de déperdition des forces, et, comme le dit avec raison Fleury, la perte alors l'emporte sur le gain : aussi, dans l'immense majorité des cas, et à moins d’avoir affaire à des hommes d’une constitution très énergique, les bains naturels doivent aboutir à la réaction spontanée; dès qu'elle est développée, il faut sortir de l’eau, sinon elle est remplacée par une seconde période de concentration, et le bain devient hyposthénisant, il cesse d’être un bain hygiénique. Les sensations du baigneur lui serviront de guide; les déterminations de durée plus où moins rigoureuse sont subordonnées aux conditions vitales de lindividualité. Toutes choses égales, la réaction ne dépasse pas un quart d'heure chez les nageurs jeunes et robustes ; une femme délicate et faible doit au plus compter sur une réaction de cinq minutes. On ne peut donc fixer d’une manière absolue la durée des bains froids, mais il ne sera presque jamais utile de les prolonger au delà d'un quart d'heure. On reconnaît qu'ils n’ont pas trop duré, quand, au sortir de l’eau, le baigneur a la peau animée, les ongles et les lèvres de couleur naturelle, la respiration large et facile, le pouls plein
et vif, une sensation marquée de bien-être, de force, de souplesse, de légèreté. Qu'il se hâte alors de s'essuyer, surtout la tête, de s'habiller promptement et de marcher d’un bon pas, sans craindre l'action du soleil sur ses cheveux encore humides; sinon, il peut éprouver à l’air comme dans Peau, s’il y restait trop longtemps, un second mouvement de concentration et de refoulement. Si, malgré les précautions recommandées, la réaction est lente, difficile, on frictionne la peau avec une flanelle ou une brosse anglaise, imhibée d’un alcool, et surtout on augmente l'exercice musculaire, on accélère et l’on prolonge la marche ; dans les cas plus laborieux, il faut se mettre au lit, se couvrir et provoquer la sueur par l'ingestion d’infusions théiformes. Les bains froids conviennent-ils aux vieillards? Cette question peut encore se poser ainsi : Les vieillards peuvent-ils réagir ? Les réserves trop timorées que Reveillé-Parise a formulées à cet égard sont réfutées par l'expérience hydrothérapique : Fleury a soumis aux procédés hydrothérapiques des vieillards débiles et cacochymes de soixante-quinze à quatre-vingts ans, et il en a constaté l’action favorable sur la circulation capillaire périphérique, les fonctions de la peau, la digestion, le système musculaire, ete. J'ai vu moi-même à Dieppe la veuve septuagénaire d’un de nos médecins les plus célèbres de Paris prendre avec avantage les bains de mer. La température basse de l’eau et la courte durée de l’immersion assurent la réaction même dans l’âge avancé.
h° Bains de mer. — Leur usage convient, comme celui des bains très froids, dans tous les cas où il faut développer la circulation artérielle aux dépens des systèmes veineux et lymphatique, rendre à la peau son énergie et sa coloration, en y déterminant une vascularité qui ne lui est point ou ne lui était plus habituelle ; relever: les forces digestives ; renforcer et régulariser l’action musculaire, exciter l'absorption interstitielle pour amener la fonte d’un faux embonpoint que produit la vie sédentaire, le trop long séjour au: lit, ou l'insuffisance de la menstruation ; corriger l’exubérance des. fluides blancs, et faire taire des sécrétions morbides entretenues par l’asthénie des organes; activer la nutrition et la croissance des enfants Iymphatiques, strumeux et rachitiques ; remédier aux différentes formes de l'affection scrofuleuse ; ramener au type normal l’innervation céphalo-rachidienne ou la sensibilité d'un organe ; réconforter les convalescents affaiblis par une maladie de longue durée, et qui ne conservent aucune trace de lésion locale, ete. En général, les bains de mer sont un modificateur efficace pour tous
EXCRETA,— DES BAINS. 187 états de l'économie dont le signe principal est l’atonie, soit qu’elle résulte du défaut d'équilibre entre le système artériel, le système nerveux et les systèmes veineux et lymphatique, soit qu’elle dépende du défaut d'action d'un organe. L'état moral, qui n’est le plus souvent que la résultante de nos sensations physiques, participe aux phénomènes d'expansion générale que détermine l'usage des bains de mer; le grain de sable s’en va et l'hypochondrie le suit; avec l’appétit, avec la force musculaire et le sommeil reviennent les sereines pensées d'avenir ; le goût des jouissances sociales renait avec le pouvoir d'y participer. Les contre-indications des bains froids s'appliquent aux bains de mer, excepté celles qui dérivent de l’âge. On peut tremper dans l’eau de mer les enfants d’un an qui, chaudement enveloppés après l’immersion, réagissent très bien. Pour les vieillards, dit Gaudet, il y a lieu de redouter moins le défaut de caloricité que l'excès de la réaction, qui peut amener des congestions funestes ; cependant ceux qui sont maigres, nerveux, sujets à des souffrances arthritiques, et qui ont la cireulation languissante, doivent s'abstenir des bains de mer. La saison ordinaire de ces bains s'étend du 15 juillet au 1° septembre; au delà de ce terme, les individus de forte complexion y trouveront encore des effets toniques et sédatifs d'autant plus prononcés que l'eau est plus froide. Durant les jours caniculaires la mer atteint son maximum annuel de température et plait alors aux organisations débiles qui craignent une forte soustraction de calorique. Quant aux heures, de sept jusqu’à onze heures du matin pour la plupart des baigneurs ; le milieu du jour pour les personnes affatblies et pour les enfants qui toussent. Pour cette catégorie de sujets, Buchan prescrit de se régler sur la marée, la mer gagnant à la marée de deux heures + 5 degrés Réaumur de plus. La durée du bain de mer est une question importante de pratique ; elle varie suivant la nature des états morbides à combattre et qui ne peuvent nous occuper ici ; sous le rapport hygiénique, elle est proportionnelle à la force des constitutions, à l’impressionnabilité des sujets, à la promptitude et à l’énergie de leur réaction nerveuse et cireulatoire, à l’âge, à l’affaiblissement produit par les maladies antérieures, etc. ; et suivant ces circonstances, tantôt une où deux immersions suffisent, tantôt le séjour dans la mer peut se prolonger d’une à trois minutes, de cinq à dix, de dix à vingt et trente minutes. Floyer et sir J. Clark ont recommandé, avec raison, la brièveté et l’instantanéité du bain froid. La durée excessive des bains de mer entraîne des accidents divers, suivant l'état antérieur de
ceux qui commettent cet abus, et tels que les céphalalgies et des étourdissements, des bronchites chez les baïigneurs à poitrine délicate, des douleurs lombaires chez les leucorrhéiques, des palpitations etuneconstriction gutturale hystériforme chez les chlorotiques, etc. Une saison de bain de mer se compose de vingt à vingt-cinq bains ; double, elle est de vingt-cinq à trente-cinq ; leur succession est subordonnée au temps et aux sensations du baigneur. Quand on prend deux bains par jour, il faut les éloigner le plus possible l'un de l’autre pour que les effets primitifs du second bain ne viennent point à se croiser avec les effets secondaires du premier ; jamais les bains doubles ne seront permis aux hypochondriaques sanguins, à ceux qui toussent, aux chlorotiques à peau blafarde, aux filles récemment pubères, aux personnes sujettes de longue date aux angines et aux otites, etc. ; que l’on n’attende pas le refroidissement du corps pour entrer dans la mer, la réaction serait lente et imparfaite. Il faut opposer aux bains froids, dit Marcard (1), un certain jeu des organes et une certaine activité de la circulation. Des précautions sont nécessaires aux arrivants contre l’air vif de la plage et les vents d'ouest et du nord qui y soufflent fréquemment; c’est un acclimatement à faire, qui exige, comme tout autre, une certaine progression. Un régime tonique et réparateur secondera l’action des bains de mer, et l’on ne dépassera pas, dans des exercices poussés trop loin, la vigueur musculaire qu'ils procurent. Des accidents de surexcitation nerveuse, des vomissements, un embarras gastrique, une bronchite intercurrente, des éruptions aiguës qui sont dues à la poussée excentrique des bains, etc., cbligent souvent à suspendre les bains de mer ; le défaut de réaction de certains individus, malgré tous les soins employés pour la faire naître, est une contre-indication absolue, ainsi que l’insurmontable terreur qu’éprouvent certaines personnes au contact de la mer. Le mode le plus usité, c'est l'immersion, le baigneur étant porté dans la mer jusqu’à une certaine distance par le guide qui le plonge la tête la première et lui fait parcourir un certain espace entre deux eaux. Dans un autre mode, le baigneur, faisant la planche (renversé sur le dos), est immergé à plusieurs reprises par une pression exercée sur ses épaules. Le bain à la lame consiste à présenter le baigneur par la partie latérale ou postérieure du tronc aux vagues qui se ruent sur lui et passent au-dessus de sa tête. On expose certains sujets sur la plage au choc réitéré de la vague qui vient battre
(1) De la nature et de l'usage des bains. Paris, an IX, in-8,
EXCRETA,— DES BAINS. 189
la grève; mais la natation remplace, pour les baigneurs appris et robustes, tous ces manéges de l’industrie des bains. Dans tous les cas, il est nécessaire de bien couvrir et d'isoler exactement les cheveux sous une coiffe de tissu imperméable : on a remarqué que les bains de mer, comme les bains froids, nuisent au bon état de la chevelure.
ÏL. — Bains cHaups.
1° Pain tiède ou tempéré. — C'est le bain que l’on prend en hiver: il produit sur la peau l'impression d’une chaleur douce et agréable qui se propage aux organes intérieurs ; il imbibe, gonfle et ramollit l'épiderme dont les débris furfuracés viennent flotter à la surface de l’eau. Le contact prolongé de l’eau tiède sur les papilles nerveuses de la peau émousse la sensibilité de cette membrane ; et soit que cet effet se répète dans les centres nerveux, soit qu’un sang dilué par l'absorption d'une certaine quantité d’eau abaisse en les parcourant leur modalité fonctionnelle, 1l s'opère une sorte de détente générale accompagnée d’un sentiment de bien-être et de calme. Parfois la constriction thoracique que la pression de l'eau occasionne au début donne lieu à l’accélération passagère des mouvements respiratoires et des battements du cœur ; mais ces deux fonctions ne tardent point à se ralentir, et plus le bain tiède se prolonge, plus augmente leur sédation ; d’après Marcard, c'est dans ce bain que l’on observe la plus forte diminution du pouls. On ne saurait dire si l'absorption est accrue ou si entre les liquides spéciaux de l'organisme et celui du bain il s'établit une de ces actions que Dutrochet a étudiées sous le nom d’endosmose (1); ce qu'il y a de certain, c’est que le poids du corps s'élève. D’après Falconner, un bain tiède cède au corps 48 onces de liquide par heure; la dose anormale d’eau qui pénètre dans la masse du sang est évacuée par les reins, dont la fonction s’exagère : aussi le besoin d’uriner se fait-il sentir à plusieurs reprises dans un bain tiède de quelque durée. La dilution du sang par l’eau absorbée fait cesser la sensation de la soif et la sécheresse de la bouche et du pharynx; mais le bain tiède, pris après un repas, peut arrêter brusquement la digestion, pour peu qu'il fasse affluer le sang vers la périphérie. Il relâche les solides, il épanouit la fibre musculaire ; aussi délasse-t-il à merveille après les fatigues d’une marche soutenue, après un voyage qui a nécessité les
(4) Mémoire sur les végétaur et les animaux. Paris, 1837,8. Î.
contractions multipliées des organes actifs de la locomotion. Le voyageur Bruce loue les effets fortifiants du bain tiède dans les pays chauds, pris après les exercices violents du corps, et il le préférait aux bains froids qui crispent les fibres musculaires. La distinction est pratique : contre la fatigue qui résulte du jeu excessif de la contractilité musculaire, rien de meilleur que les bains tièdes ; contre la fatigue et l’accablement que produit une surcharge de calorique, rien ne l'emporte sur les bains frais. Un phénomène assez fréquent dans le bain tiède, c’est l'éveil qu'il donne au désir sexuel : est-il dû au léger gonflement des parties génitales par imbibition, ou à la modification du système nerveux ? Quoi qu'il en soit, l'influence de ce bain est en quelque sorte négative ; il éteint l’éréthisme nerveux, il apaise la circulation, il détend la fibre musculaire, il restitue aux fonctions leur aisance et leur liberté, sans en accroître l'énergie. C’est donc à tort qu'on l’a dit fortifiant ; il n’ajoute rien aux forces organiques, mais quand elles sont enchainées par le spasme, il Les dégage ; quand épuisées par la fatigue, îl les renouvelle. Un certain degré de souplesse dans les solides, et de fluidité dans les liquides de l’économie, est une condition du libre exercice des fonctions : c'est encore ce que donne le bain tiède ; il est d’ailleurs l'agent par excellence de la propreté. Les hommes nerveux, bilieux et secs s’en trouvent fort bien ; aussi tous ceux qui s’agitent dans les contentions de l'esprit et dans les passions de l’âme en usent avec prédilection, et un médecin allemand est allé jusqu’à attribuer aux bains tièdes la faculté de prolonger la vie. « Calida lavatio et senibus et pueris apta est. » (Celse.) Les bains tièdes, entre 25 et 30 degrés centigrades, entrent en première ligne dans l'hygiène de l’enfance, quoique nous ne leur accordions pas, avec Hufeland, le pouvoir d'écarter toutes les maladies, d’assainir à la fois l'âme et le corps, de transformer les constitutions débiles en constitutions fortes et robustes. En Angleterre, il est d'usage de baigner les enfants tous les jours: beaucoup doivent s’en trouver amollis et fatigués ; un bain par semaine peut suffire si l’on y joint des lotions quotidiennes de propreté, et l’on peut alors le prolonger graduellement de cinq à à dix et quinze minutes ; pris le soir, il calme Îles enfants et les dispose au sommeil. Quand les bains sont quotidiens pour les enfants, ils doivent être très courts pour ne point les émousser à l’action de ce moyen qui devient souvent une ressource indispensable dans le traitement de leurs maladies. Les bains tièdes enveloppent le vieillard d’un milieu singulièrement approprié à l’état de ses organes et de ses fonctions : la sécheresse et l’état écailleux de sa peau,
EXCRETA:— DES BAINS. 191 la consistance presque cornée qu’elle revêt en diverses régions, la roideur et le défaut d'humectation des parties articulaires, la langueur de la circulation générale et capillaire, l’affaiblissement du pouvoir calorifique, l'atonie des bronches et leur état habituel de catarrhe par suite de la diminution de la transpiration cutanée, ete., tout l'invite à rechercher souvent la douce et salutaire excitation du bain tiède, dont il peutéléver quelque peu le degré thermométrique; il ne faut cependant pas que ces bains se prolongent et se répètent plus d’une à deux fois par mois, sous peine de rendre les vieillards trop impressionnables au contact de l'air trop chaud, ils les exposeraient à des congestions vers la tête : plus d’un vieillard a péri d'apoplexie dans un bain chaud. La femme nubile s'y livrera aux ablutions mensuelles sans négliger, dans l'intervalle de chaque menstruation, l'usage restaurateur de bains froids. Il convient aux femmes pendant la grossesse : il aide, vers la fin de cet état, aux préparatifs de la nature en relàchant les liens articulaires du bassin; pendant la lactation il contribue utilement à l'entretien de la dépuration cutanée, et il atténue ou:les effets d’une alimentation excitante, où ceux d’une irritabilité trop grande du système nerveux. Le bain tiède rend aux convalescents la souplesse et la pureté de la peau ; il apaise leur excitabilité nerveuse sans les exposer à un refroidissement funeste. L'influence sédative et relàchante du bain tiède en fait un moyen précieux pour la thérapeutique; mais, pouren recueillir tout le fruit, il faut que le bain soit prolongé et ne devienne point frais, car alors il renforcerait les congestions splanchniques qu'il est destiné à combattre. Les précautions qu'il exige se réduisent à visiter soigneusement les baignoires qui pourraient être souillées par quelque trace de matière contagieuse, à ne pas exposer à l’évaporation de l'air le cou et les épaules préalablement mouillés, à s’essuyer rapidement avec des linges chauds et secs au sortir du bain, parce qu’alors la peau, dépouillée du furfur épidermique et de l’onctuosité que laisse sur elle la sueur, est impressionnable à l'air ; et c’est là un inconvénient du bain tiède pris trop fréquemment, savoir, d'énerver, d’affaiblir le derme, et de le rendre plus sensible aux vicissitudes de l’atmosphère.
2 Bain trop chaud. — Nous désignons ainsi le bain chaud et le bain très chaud des auteurs, parce que l’un et l’autre excèdent la mesure hygiénique, et si nous en parlons, c’est seulement pour signaler leurs inconvénients, leurs dangers même. Bien des gens abusent du bain chaud, d’autres attachent peu d'importance à garder la limite du bain tempéré. Le tableau suivant des effets immé-
diats et consécutifs du bain trop chaud leur inspirera plus de réserve. Au moment de l'immersion, la peau se crispe et se contracte ; ce frisson, cette horripilation rappellent ce qu’on éprouve en entrant dans l'eau froide; il est remplacé par une sensation de chaleur piquante et incommode. Le sang afflue dans les tissus périphériques vivement excités, les gonfle et les colore d’une teinte érysipélateuse; la face s’anime et rougit, les veux s’injectent. L’excès de calorique dilate les liquides, qui à leur tour distendent les vaisseaux : le cœur redouble d'action et précipite ses battements; les artères carotides et temporales sont agitées par des pulsations violentes; la respiration est gênée, haletante. Il ÿ a imminence de congestion vers la tête, et s’il existe une prédisposition à ce genre d'accidents, le danger est extrème : il est annoncé par l’excessive pesanteur de la tête, des vertiges, l’obtusion de l'intellect, et parfois la tendance au sommeil. Au bout de dix à quinze minutes la sueur coule à flots de la face, du corps, mais sans soulager le baigneur de l'excès de chaleur qui laccable, car l'air ambiant étant très échauffé et saturé de vapeur d’eau chaude, s'oppose à l’évaporation du liquide transpiré. La perte en poids par la transpiration est considérable : Lemonier l’a trouvée de 20 onces par huit minutes dans un bain à 45 degrés centigrades. Le volume du corps augmente ; les mouvements sont gênés, difficiles, Au sortir du bain, le pouls conserve de la force et de la fréquence ; les extrémités inférieures restent plus longtemps rouges et turgescentes que le reste du corps; la bouche est pâteuse, l’apoétit peu prononcé ; la perspiration cutanée continue avec une certaine abondance, les urines sont rares; la tête se débarrasse lentement, la faiblesse et la fatigue musculaire persistent longtemps. Quelquetois la station est impossible, et après les phénomènes de pléthore factice par dilatation du sang, le sentiment de débilité et de prostration, poussé jusqu à la syncope, témoigne de la réalité des pertes éprouvées dans le bain par une transpiration insolite. Cette succession de phénomènes montre que l’on peut varier jusqu’à un certain point les effets secondaires du bain chaud, suivant la durée de l’immersion : brusque et courte, elle donne lieu à une excitation générale, à une sorte de raptus violent et instantané des fluides vers la périphérie, sans autre affaiblissement consécutif que celui qui succède à tout ébranlement organique. Plus prolongé, le bain chaud débilite secondairement par les spoliations qu'il détermine en sueur, par l'épuisement qui succède à la stimulation énergique et soutenre d’un certain nombre de fonctions, par le travail qu’il impose à l’organisme pour l'élimination du calorique excédant, et qui se continue
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même au sortir de l'eau, tant ce fluide impondérable s’accumule dans le corps. Bien des personnes qui se sont habituées aux bains chauds et en usent périodiquement, y trouvent une cause lente d’énervation qu’elles méconnaissent. Propres à réveiller les irritations du tube digestif, la goutte, les rhumatismes (Broussais), etc., ils peuvent servir en thérapeutique à rompre la concentration des forces qui tend à s’opérer sur un viscère, à produire de grandes révulsions cutanées, à rappeler les éruptions délitescentes, etc.; mais leur emploi en hygiène est très rarement indiqué et ne doit avoir lieu qu'avec la précaution de conjurer l’hypérémie cérébrale par l'application de réfrigérants sur la tête. Guérard (1) a évalué numériquement la chaleur cédée au corps par un bain à 42 degrés centigrades. Un bain se compose d’environ 160 litres d’eau ; si le corps est à 37 degrés centigrades, il recevra proportionnellement à sa masse, comparée à celle du bain, une partie importante de la chaleur qui fait la différence entre 37 et 42 degrés, c’est-à-dire 5000 unités de chaleur (2) par kilogramme ou litre d’eau, soit 800 000 unités de chaleur, auxquelles il faut ajouter celles qui proviennent de la suspension de l'air réfrigérant (vaporisation des fluides transpirés). Or, voici l'évaluation de ce dernier effet : le corps perd en vingt-quatre heures environ 2500 grammes de vapeur d'eau qui, multipliés par 587, coefficient de la chaleur latente de la vapeur d’eau à 37 degrés, donnent pour produit 1467000 unités de chaleur ; mais l’homme brûle en un jour 240 grammes de carbone qui représentent près de 1 900 000 unités de chaleur, et 16 grammes d'hydrogène qui en fournissent environ 560 000. Ces deux valeurs réunies font un total de 2 500 000 unités de chaleur, produites en moyenne par l’homme en vingt-quatre heures. Combien la suppression, même très passagère de la transpiration insensible de la peau, accumule de calorique dans les organes, et faut-il s'étonner que la mort puisse survenir dans un bain supérieur de quelques degrés à la température moyenne du corps ?
3° Bains d’étuves. — On les distingue en sèches et en humides : dans l’étuve sèche (bains gazeux, /aconicum des anciens), c’est le calorique qui est le seul agent; les étuves humides agissent par le concours du calorique et de l’eau en vapeur. Ces dernières sont naturelles, comme les cavités ou grottes à vapeur qui existent à
(1) Annales d'hygiène publique. Paris, 1844, t. XAKI, p. 355. (2) L'unité de chaleur, ou calorie, est la quantité de chaleur nécessaire pour élever un kilogramme d'eau de 14 degré centigrade.
19h HYGIÈNE PRIVÉE.
Bourbonne, à Plombières, à Ischia, près de Pouzzoles (étuves de Néron, appelées autrefois Posidianæ), ete., ou artificielles, comme les constructions que l’on trouve encore chez différents peuples. Chez les Romains, l’étuve sèche était une vaste salle placée sur la voûte d’un four. Pour la convertir en étuve humide, on n'avait qu'à lever le couvercle de grandes chaudières remplies d’eau et disposées sur cette même voûte de four. Les Turcs prennent ces bains dans des salles pavées de marbre et chauffées par des tuyaux qui en parcourent les parois, ils y sont lavés, essuyés, frictionnés, massés. Des chambres de bois, où de l’eau projetée de cinq en cinq minutes sur des cailloux rougis au feu élève la température de 40 à 45 degrés Réaumur, servent d’étuves aux Russes, qui, au sortir de ces réceptacles immondes, se soumettent à des douches d’eau froide ou se roulent dans la neige. Chez les Finlandais, la température des étuves est portée plus haut que chez les Russes. En Égypte, la vapeur s'échappe d’une fontaine ou d’un bassin placé au centre de la salle. À l'hôpital Saint-Louis de Paris, l’eau, vaporisée dans une chaudière, arrive dans l’étuve par des tuyaux qui se rendent dans un réservoir garni de plusieurs ouvertures dans la partie supérieure. Les étuves des établissements thermaux, des hôpitaux, des bains publics, etc., présentent des gradins en amphithéâtre pour trente à cinquante personnes, et laissent échapper la vapeur en excès par des vasistas ou des soupapes situés à la partie supérieure de l’en-ceinte. Rien de plus insalubre que ces locaux où plusieurs personnes respirent un air chargé de leurs émanations respectives, altéré par les produits de l'expiration et de la transpiration cutanée. On a donc inventé fort utilement des appareils qui dispensent de cette dégoûtante et funeste promiscuité. Celui de Monroy permet nonseulement d’administrer le bain de vapeur à peu de frais, dans la position assise ou couchée, mais encore de diriger à volonté la vapeur sur telle ou telle partie du corps, et de procurer aux poumons, par la préservation de la tête, l'avantage de respirer un air pur et frais. La vapeur, dont un robinet permet de graduer le passage, est conduite, à l’aide de tuyaux flexibles, sur le sujet, couché sur un lit de sangles garni de toiles imperméables, dont les couvertures sont maintenues écartées par des cerceaux, ou assis sur une chaise dans l'aire d’une sorte de panier d’osier que l’on garnit de la même manière. La durée du bain est de vingt-cinq à quarante minutes ; on est ensuite enveloppé dans une couverture de laine où l’on continue de suer pendant plusieurs heures.
Les étuves sèches et humides ont des effets communs et spé-
EXCRETA. — DES BAINS. 170 ciaux ; elles agissent par leur température, et, si on les rend médicamenteuses, par leur composition, l'organisme absorbant avec une grande facilité les fluides aériformes. Le sang, malgré son pouvoir de résistance à une chaleur élevée, est influencé par la température du milieu. Quand celle-ci l'emporte sur la sienne propre, il s'échauffe par degrés, mais pas au delà d’une certaine limite, que les expériences de Magendie ont fixée à 5 degrés centigrades. Ge physiologiste a pu, par des recherches ingénieuses, déterminer la voie principale de cet échauffement du sang ; il a prouvé que le calorique pénètre dans le sang par la surface cutanée plutôt que par la surface pulmonaire. Si l’on entre dans l’étuve après un fort refroidissement, la température du sang s'accroît plus lentement ; celle qu’il y acquiert se conserve quelque temps au sortir de l’étuve. Aussi la fréquence circulatoire persiste jusqu'à ce que le sang soit revenu à sa chaleur normale, et c’est ce qui explique l’impunité du bain de neige après l’étuve : l’excès de calorique du sang neutralisant un instant l'impression du froid. Le sang artériel des animaux mis en expérience était noir comme le sang veineux, ne rougissait point au contact de l'air, avait perdu de sa coagulabilité. Ce dernier phénomène indique que, moins apte à circuler, il tend à s’extravaser. Aussi les animaux retirés de l’étuve présentent des ecchymoses qui simulent celies du scorbut et du purpura. Ce qui précède s'applique aux deux espèces d’étuves ; mais elles diffèrent essentiellement quant aux phénomènes d’évaporation et à l'intensité de leur action respective. L’étuve sèche détermine une évaporation appréciable par la diminution du poids du corps; la quantité de poids perdue est en rapport, non avec la chaleur de l'étuve, mais avec la durée du séjour: dix minutes passées dans une étuve à 100 degrés et dans une étuve à 50 degrés, occasionnent la même perte; l’évaporation continue dans une proportion constante. Dans l’étuve humide, la quantité de sueur perdue est beaucoup plus considérable, comme on le voit par les résultats dus aux expériences de Berger et Delaroche :