IT. — SUBSTANCES ANIMALES
1° Laine. — La laine, dit Michel Alcan {1), est une des matières textiles qui présentent au plus haut degré les propriétés les plus recherchées dans la confection des tissus : sa finesse, sa douceur, sa résistance si puissamment développée par sa propriété feutrante, son affinité pour les couleurs, sa faible conductibilité de la chaleur, et ses proprietés évaporatoires et hygrométriques, concourent à donner aux étoffes qu'elle produit la légèreté, la souplesse, la richesse des nuances et les qualités hygiéniques si nécessaires aux vêtements, tentures et tapis. Presque tous les climats fournissent la laine, et l'industrie qui la met en œuvre, l'une des plus anciennes et des plus générales, sait l'accommoder à toutes les exigences. La laine est le produit de la sécrétion épidermique du mouton, une matière cornée, flexible et cassante, analogue aux cheveux, aux plumes, etc. ; elle est enduite d’une quantité plus ou moins notable «le swint où surge, sécrétion si adhérente aux brins, qu'un dégraissement chimique est nécessaire pour les en débarrasser La race et la santé des moutons, le climat, la nourriture, les soins hygiéniques, la région du corps, font varier les qualités et la quantité de la laine qu'ils fournissent. Le poids de la toison de chaque animal oscille entre 4 kilogramme 17/2 et 8 kilogrammes; ses filaments, contournés ou non, ont une longueur naturelle de 0",08 à 0®,30. La finesse du diamètre du brin diffère de 27 à 48 millièmes de millimètre environ, de sorte qu’une surface d’un millimètre de diamètre
(4) Encycl. technol.,ou Dictionn. des arts manuf., usines, etc. Paris, 1854, 2° édit.
pourrait comprendre 37 à 50 filaments. Ceux-ci sont plus ou moins ondulés, hérissés de petits crochets recourbés en dehors sur toute leur longueur, représentant une série de petits dés à coudre microscopiques emboîtés les uns dans les autres, et qui iraient en s’amincissant de la racine à la pointe. Cette disposition facilite l’accrochage et l'enchevêtrement des brins les uns aux autres, elle est le principe de la propriété feutrante que la laine possède presque exclusivement à un degré si notable. L’élasticité des filaments permet le foulage complet de la laine sur tous les sens ; les laines fines ont les brins les plus ondulés, les plus élastiques, et sont les plus propres à la confection de la belle draperie foulée. La finesse de la laine est généralement en raison inverse de sa longueur, tandis qu'elle est directement proportionnelle au nombre des frisures, et par conséquent à l’élasticité des brins ; à nombre égal de spires, dans une longueur donnée, le brin le plus fin sera celui qui a les ondulations plus petites, plus verticales et suivant une ligne plus directe. Ce sont aussi les laines les plus fines qui contiennent le maximum de suint ; celles d'Allemagne, dites de Saxe électorale, en ont jusqu'à 80 pour 100 de leur poids ; nos belles laines de la Brie en renferment 60 à 75 pour 100, et les plus communes n’en ont pas moins de 20. Dans la pratique imdustrielle on distingue les laines courtes ou cardées, et les longues ou peignées. Les premières, ondulées, frisées, d’une longueur moyenne de brins de 0,12, plus propres au foulage, préparées par le travail des cardes pour l'adhérence et l’engrenage des brins, servent à la confection des draperies les plus légères et les plus corsées, des étoffes de fantaisie, des draps pilote, des tissus pour ameublement ; avec les lames peignées se fabriquent toutes les variétés d'étoiles rases et moelleuses (mérinos, flanelles, mousselines-laines, stoffs, serges, satins de laine, châles, etc.). Les draperies contiennent en moyenne pour moitié de matière première, et les étoffes rases seulement un quart où un tiers. Toutes les laines peuvent être ramenées à trois types : 1° Zaines communes, les moins ondulées ; elles sont habituellement lisses ou crépues. Elles se caractérisent surtout par l’extensibilité de leurs filaments; grossières, presque impropres au foulage et au cardage, mais unies et douces, elles conviennent au peigne : telles sont les Jaines du Rio de la Plata, employées à faire des chaussons, celles de Normandie, de Picardie, du Berry et du Roussillon. Ces dernières provinces fournissent les meilleures. 2° Les laines métis sont dues au croisement entre des béliers mérinos et des brebis de race commune ; elles ont des variétés très nombreuses et se confondent
APPLICATA.— DES VÊTEMENTS. 243 avec les laines mérinos, sauf quelques produits de métissage qui se dénotent par l'inégalité de finesse ; on peut donc leur appliquer ce qui sera dit 3° des laines mérinos, que l’on a divisées en quatre classes : haute finesse, belle finesse, finesse médiocre, finesse inférieure :
Longueur moyenne Nombre des ondulations Finesse, naturelle (4). par OÜm,027 de longueur, 17e classe. 1/60° à 1/40° de millim. 0",054 28 à 38 29 — "17/40° à 1/35° — 1d. environ. 24 à 27 3 — 4739" à 1/30° — de 0,054 à 0M,10 16 à 25 4 — . 1/30 à 1/25° — . Id. 15 environ.
On tire de la laine fine de la plupart de nos départements. Le mouton domestique offre une laine bien supérieure à celle du mouton qui se rencontre à l’état sauvage dans les montagnes de la Corse, de Ia Sardaigne, de la Grèce, etc.; on a constaté qu’elle s'améliore plus promptement par l'intervention des mâles que par celle des femelles. Le produit d’une brebis à grosse laine et d’un bélier à laine fine donne une qualité de laine qui ne tient pas le milieu des deux laines primordiales, mais qui ressemble moitié plus à celle du père ou à celle de la mère; un second croisement, c’està-dire l’accouplement d’une femelle issue du premier croisement avec un mâle de la mème race procurera une laine de trois quarts plus fine que celle de l’aïeule. Les terrains secs et un peu pierreux réussissent aux moutons à laine pour le cardage ; la laine à peigne vient des climats brumeux et des terrains humides. C’est au croisement de nos troupeaux avec les béliers étrangers que nous devons nos plus belles laines. L'initiative de ce progrès remonte, à Louis XVI, qui chargea Daubenton de naturaliser en France 200 béliers et brebis de race pure, originaires de Léon et de Ségovie. Bientôt l’acquisition de 367 moutons de la même race servit à créer la célèbre bergerie de Rambouillet, et en 4797 le traité de Bâle valut à la France 5500 brebis et béliers, l'élite des troupeaux de la Castille, à l’aide desquels se formèrent six autres établissements sur le modèle de Rambouillet.
Nous n’avons pas à faire connaître la série compliquée des opérations auxquelles sont soumises les laines dans les deux grandes spécialités de leur travail (peignées et cardées) ; le tableau suivant les résume par une simple indication qui n'est pas mutile au médecin :
(1) Longueur des brins non redressés.
Laines cardées.
Teinture. — Triage de la laine grasse, désuintage; teinture.
Filature. — Séchage, battage, triage, louvetages. cardages ; filage en gros, filage en fin ; dévidages pour trame et chaîne, pliage en paquets.
Appréts en traversage, ou harman. — Lainage en traversage, énouages ; tondages en traversage; pressages à chaud et apprêts indestructibles en traversage ; lainages en apprêts ou gitages.
Tissage. —Bobinage, ourdissage, encollage, pliage et montage des chaîaes ; tissage.
Foulage. — Dégraissage, épinçage et rentrayage.
Derniers appréts.— Ramage, tondage en apprêts, épinçage et rentrayage ; presse à chaud en apprêt; décatissage indestructible ; pression à chaud et à froid.
Laines pergnées.
Filature, — Désuintage, louvetage, peignage, réunissage, dégraissage, doublage, tortillonnage, défeutrage, étirages, bobinages; filage en gros, filage en fin;
retordage, formation des écheveaux, empaquetage. k Tissage. — Bobinage, ourdissage, dévidage en cannettes ; tissage. Teinture. — Teinture. | Apprêéts. — Grillage, tonte, pressage et lustrage.
Les draps feutres, après avoir obtenu il y a quelques années la vogue éphémère d’une invention, sont retombés dans un oubli regrettable pour l'hygiène. On les fabrique sans le secours du filage et du tissage, en feutrant directement les filaments de la laine par une action mécanique aidée de la vapeur et d’une dissolution savonneuse, Le procédé est fort ancien, puisqu'il en est fait mention dans Pline, et l'industrie de notre époque s’est bornée à le développer avec les ressources de là mécanique moderne. L'erreur a consisté à faire des habits avec ces étolïfes. Outre qu'il est difficile d'obtenir un feutre d’une résistance égale dans toutes ses parties, beaucoup de laines même très propres au feutrage, conime celles du Berry, ne conservent guère les effets du foulon et se désorganisent après un court usage Mais, remarquait avec raison Michel Alcan en 1847 4), ces nouvelles spécialités de lainages pourraient produire bien des tissus et des tapis communs, chauds et hygiéniques, avec des matières du plus bas prix; et depuis, le progrès de l’industrie des laines a réalisé ces types désirés de fabrication à bon marché.
Aux laines se rattache le cachemire où duvet des chèvres du Tibet, qui nous arrive de la vallée de Cachemire par la Russie. Gette matière animale se distingue par sa souplesse, son moelleux, sa finesse tactile: on dirait, en la palpant, une agglomération de filaments de coton bien détergés et enduits de stéatite. Au microscope, ses brins paraissent cylindriques, parsemés de nœuds et d'irrégularités dues sans doute à des boutons de galle dont on les débarrasse
(1) Michel Alcan, Essai sur l'industrie des matières textiles. Paris, 1847, p. 663.
APPLICATA.— DES VÊTEMENTS. 215
difficilement. Ils n’offrent point les espèces de dents ou scies qu’on observe sur les filaments de laine, bien qu’ils tendent à se contourner en spires analogues à celles des laines de qualité intermédiaire. A l'état brut, le cachemire contient près des trois quarts de son poids de matières hétérogènes et de boutons de galle ; mais il n’a rien d’analogue au suint, et par le dégraissage au savon il perd à peine 7 à 8 pour 100 de son poids. N'oublions pas les poils d’alpaca et ceux de chèvre d’Angora. Les premiers sont employés à former la trame d’une grande variété de tissus dont la chaîne est de coton, lame ou soie, et recouverte en totalité par la couche d’alpaca. Cette fabrication a pris une grande extension, et donne des étoffes légères pour le printemps et pour la saison chaude, qui, sous les noms les plus divers, ont deux caractères communs, le brillant de la surface et le moelleux du toucher. Le poil de chèvre d’Angora, au contraire, sert à faire des étoffes à la fois brillantes et roides, telles que les velours d Utrecht, les articles pour gilets ; il entre, à l’état de mélange, dans la grande catégorie des tissus dits nouveautés, qui se prêtent, par leur fermeté, à l'ampleur démesurée des toilettes féminines de nos jours et aux excentricités des crinolines.
2° Les poils fins et soyeux de quelques rongeurs, les fourrures, le pelage des animaux, entrent daus les moyens de protection que l’homme oppose aux rigueurs cles contrées très froides ; ailleurs la peau tout entière des animaux, roulée et découpée sur les formes de son corps, lui circonscrit une atmosphère conservatrice de sa température propre. Dans nos climats plus tempérés, la mode fait rechercher les fourrures et les pelleteries, de telle sorte que les nécessités du sauvage deviennent le luxe de la civilisation.
Les plumes des oiseaux sont employées comme ornements et pour la literie. Celles d’autruche ont seules le privilége de la première destination . à cet effet, on les dégraisse par une immersion de cmq à six minutes dans l’eau de savon tiède, puis on les lave à l’eau pure, on les blanchit, on les azure avec une nuance d’indigo, etc. Le duvet de loie, séché à l'air, au four ou au soleil, puis battu avec soin à plusieurs reprises, le duvet de l’eider, oiseau des contrées septentrionales, lun et l’autre emprisonnés dans des enveloppes d’étoffes diverses, forment une partie essentielle de la literie, et réunissent au plus haut degré la légèreté et le pouvoir conservateur du calorique. On néglige trop la purification des plumes qui ont servi à la literie. Le procédé de Taffin permet de l’opérer sans altérer ces matières : il consiste à Les soumettre à une rotation continue au moyen d’un volant armé de bras, mü par une manivelle
dans un cylindre à doubles parois entre lesquelles on introduit de Ja vapeur; les plumes sont ensuite exposées à l’action de la vapeur d’eau et séchées à l'air.
3° Modifiées par le tannage, les peaux des animaux fournissent nos chaussures, qui supportent longtemps sans rupture la pression totale du corps contre le plan inélastique du pavé. Placées en contact avec l’eau, elles s’en imprègnent et se putréfient ; séchées à l'air, elles durcissent, deviennent rigides et s’usent vite par le frottement. La combinaison de leur matière animale gélatineuse avec le tannin les rend imputrescibles et les convertit en cuirs, que l'on achève de rendre souples etimperméables en les comprimant par le battage ou le cylindrage et en les imprégnant en même temps de matières grasses. Cette seconde série de manipulations constitue le corroyage. Les cuirs sont de deux sortes : les uns, mous (molleterie), se fabriquent avec les peaux de vache, de veau, de cheval, etc.; les autres, forts, avec les peaux de bœuf, de buffle, etc. Le tan n’est autre chose que l’écorce de chêne séchée, hachée et finement pulvérisée. Pour les peaux destinées à la maroquinerie, on se sert des feuilles du sumac(Ahus coriaria) pulvérisées ; elles sont riches en tannin. Les cuirs de Russie, colorés en rouge, ont l’avantage de résister à la moisissure de l’humidité et d’éloigner les insectes par leur odeur. Pour les obtenir, les peaux, tannées comme à l'ordinaire, écharnées et façonnées sur le chevalet, sont macérées quarantehuit heures dans un bain d’eau contenant de la farine de seigle et du levain, puis dégorgées dans de grandes cuves d’eau et lavées avec soin ; on les travaille ensuite pendant quinze jours dans une décoction d’écorce de saule, et on les imprègne finalement d’une huile empyreumatique que fournit par distillation l'écorce du bouleau (1).
h° La soie est aux matières textiles ce que l'or est aux métaux; matière cornée, coagulable et se durcissant au contact de l'air, elle sort des deux filières de l’insecte en deux brins séparés qui forment en se soudant le fil de soie. Au microscope, ces fibrilles, d’une ténuité extrême, non cylindriques, mais sensiblement aplaties, ressemblent à deux cannelures accolées et diaphanes. La graine du papillon femelle, fécondée par le mâle, est conservée d’une année à l’autre, et amenée à l’éclosion sous l'influence d’une température artificielle, à l’époque de l'apparition des premières feuilles des müriers, nourriture presque exclusive des vers à soie.
(1) Voyez dans Pelouze et Fremy,t, LV, p. 387 et suiv., les articles TANNAGE, CORROYAGE, CHAMOISERIE, etc,
APPLICATA, — DES VÊTEMENTS. 217 En vingt jours le jeune ver a parcouru les phases les plus critiques de son developpement et cherche à se débarrasser de la matière élaborée dans ses vaisseaux de soie : il forme sur des points d'appui qu'on lui présente un premier cannevas à mailles irrégulièrement entrecroisées (bourrette), sorte d’abri où il établira le cocon, cette cuirasse fermée de toutes parts et constituée par des couches de fil de soie superposées et maçonnées à la manière de certains nids d'oiseaux. Le cocon n’adhère à la bourrette que par quelques points de sa surface extérieure; sa formation est interrompue à chacune des mues qui signalent la courte existence de la chenille; de là les trois ou quatre couches distinctes et concentriques que l’on détache du cocon en le développant : le dévidage des cocons montre que leur fil est continu dela surface au centre, mais il va s’amincissant, etil est trois à quatre fois plus gros à une extrémité qu’à une autre; sa longueur est généralement proportionnelle au volume du cocon. Quand le papillon perce le cocon, le fil est interrompu et n’a plus de bouts ; on a donc soin d'étouffer par un courant d’air chaud de 75 à 80 degrés centigrades les chrysalides avant leur transformation en papillon, et on ne laisse éclore que ceux nécessaires à la reproduction. La longueur d’un fil de cocon dévidable sans interruption a été évaluée par Malpighi à 1091 pieds et quelques pouces ; Michel Alcan (1) l'estime au double pour un cocon ordinaire, bien que dans l’état actuel de l’industrie séricicole 1/3 ou 1/4 de la soie continue échappe au dévidage et ne soit utilisé que sous forme de bourre ou de frison. Les premières et dernières couches du cocon sont dans ces cas, les unes par l'irrégularité de leurs circonvolutions, les autres par défaut de ténacité. On ne distingue pas moins de trente variétés de cocons en Europe ; mais il n’est entre ces races que deux différences à prendre en compte, la couleur et le rendement. Les cocons blancs fournissent une qualité de soie supérieure à celle des cocons jaunes, et d’une blancheur plus franche que celle de la soie jaune artificiellement décolorée. Le rendement varie pour les races comme pour les individus; il est en moyenne de 10 à 48 pour 100, c’est-à-dire que 100 kilogrammes de cocons produisent 10 à 48 kilogrammes de soie. Dans nos climats, la récolte de soie se borne aux résultats d’une seule éducation par an; mais dans les localités où l’on peut obtenir deux poussées de feuilles de müûrier dans une saison, on fait pendant l'été sept ou
(1) Encyclopédie technol., ow Dictionnaire des arts manuf., agricull., elc. Paris, 1854, 2° édit., t, IL,
huit éducations. Heads, délégué du commerce en Chine, a constaté que les choses s’y passent ainsi.
Le fil fourni par le dévidage du cocon constitue la soie grége où écrue, composée de trois tubes concentriques ; la substance fibreuse atimale qui en occupe le centre n’est autre que la soie, recouverte d'une double couche de gonime végétale qui représente 25 à 30 pour 100 du poids total ; la première couche de cette matière se dissout dans l’eau chaude, la seconde dans l’eau alcaline. Débarrassée de ces corps étrangers, on a la soie décreusée ou soie cuite.
La production de la soie est un des grands revenus de notre industrie agricole du Midi. La France, qui tirait autrefois de l’étranger, et surtout de la Chine, les plus belles qualités de soie, n’a plus de rivale aujourd'hui pour la perfection de ses tissus ; mais elle ne se suffit pas encore dans l'approvisionnement de la matière prerüière qu’elle reçoit en partie des États sardes, de la Suisse, de la Turquie, de l’Italie et de PEspagne.
Le tableau suivant retrace l’ensemble des opérations auxquelles est soumise la fabrication des étoffes de soie :
Industrie agricole, — Récolte des feuilles de mûrier, éducation des vers à soie.
Production de la soie grége. — Tirage de la soie des cocons, dévidages.
Moulinage — Production du poil ou trame, organsinage (4° torsion du fil).
Teinture. — Décreusage (enlèvement des matières gommeuses) ; teintures.
Opérations accessoires. — Conditionnement, dévidage et titrage.
Tissage. — Dévidage pour former les cannettes ; ourdissage, pliage et montage; tissage uni, tissage façonné.
Apprêéls. — Pressage, calendrage, gommage et lustrage.
III. —— CARACTÈRES COMPARÉS DES MATIÈRES TEXTILES, ET MOYENS DE LES RECONNAITRE.
Les diverses matières textiles varient par leurs caractères microscopiques, par leurs propriétés physiques, par leurs réactions chimiques. La notion de ces différences aide à les discerner dans les mélanges que l'indüstrie opère, dans la série des transformations qui résultent des modes de tissage. Quel échelonnement d’étoffes nuancées de coton entre le calicot le plus grossier et la mousseline la plus délicate ! Quelles variétés de soieries entre le foulard à bas prix et les opulents tissus de brocart, de velours et de damas brochés! Quelle série de produits obtenus avec le chanvre, depuis la toile à voiles ou la toile d'embailage jusqu'aux batstes de fil de Hollande! Non-seulement les matières premières se dissimulent pour ainsi dire sous linfinie diversité des produits manufacturés ; mais l’industrie y ajoute de nouvelles substances et multiplie par
APPLICATA. — DES VÊTEMENTS. 219 ces combinaisons les spécialités de tissus : ainsi la toison soyeuse de l’alpaca sert aujourd’hui à la fabrication de nouvelles étoftes dites Orléans. Le british -coton résulte d’une préparation particulière de chanvre, et ses fils entrent pour 50 pour 400 dans des étotfes de soie, &e laine courte ou longue, où lon ne peut les distinguer au premier aspect. Les associations de laine et de coton, de lame et de soie, sont très difficiles à reconnaître à l’œil nu. Le microscope, sous un grossissement de 300 à 400 fois, fait apparaître les filaments de lin comme des lames ou tubes lisses, coupés de distance en distance par des lignes transversales simples ou doubles que l'on a comparées à deux nœuds de roseau. Les fibrilles de coton, dépourvues de ces nœuds, sont disposées en lamelles marquées de points ou petites taches, et contournées Sur elles-mêmes en hélices aplaties ; ces lamelles, comme nous l'avons dit plus haut, présentent à chaque bord un ourlet, et elles sont granulées à leur surface. Les brins de laine révèlent au microscope la forme d’un cylindre à bords rugueux et Comme crénelés, cylindre conique et présentant, au centre, et dans le sens de sa longueur, un canal ou conduit nourricier; c'est aussi par ce canal que se distribue le pigmentum, substance colorée qui donne aux laines comme aux cheveux leur nuance particulière. Les filaments de la laine sont toujours plus ou moins contournés sur eux-mêmes ; le cône qu'ils représentent à sa base à leur racine dans la laine d'agneau, et à l'extrémité opposée dans la laine mère, après la première tonte; cette différence provient de ce que le tube du brin est fermé jusqu'à la première tonte ; une fois opérée, la circulation s'active de l’épiderme à l’extrémité coupée du brin: Le fil de soie brute est toujours composé de deux brins faciles à séparer avec un peu d’eau de savon chaude; au microscope, il représente un cylindre tortillé, transparent, marqué de stries ou cannelures longitudinales qui permettent de le discerner d'avec les trois matières textiles précitées {Clerget et Lerebours).
Les propriétés physiques des substances textiles different notablement ; nous iñsisterons plus loin sur celles qui ont une action immédiate sur l'organisme, il ne s'agit ici que de celles qui aident à les distinguer entre elles. La ténacité et l’extensibilité existent au maximum dans la soie. Robinet a démontré que la soie la plus fine est aussi la plus forte; en d’autres termes, que la soie la plus tenace est celle qui, sous lé même volume, contient le plus grand nombre de brins. La ténacité moyenne pour un fil d’un millimètre carré est de 43 kilogrammes 629 grammes; on sait que la résistance absolue d’un fil de fer de très bonne qualité, d’un millimètre carré,
est en moyenne de A3 kilogrammes. — Labillardière est arrivé à un résultat deux fois plus avantageux à la soie qu’au fer, comparés dans leur force de résistance : a-t-il opéré sur une qualité de soie exceptionnelle? Expérimentant sur des fils de nième volume et d’une grosseur de 1/10° de millimètre chacun, il a trouvé, pour la quantité d'extension sur une longueur de 0",14 et pour les poids nécessaires à les rompre, les nombres ci-après :
Extensibilité Poids en grammes Substances, en millimètres. nécessaires à la rupture. Chanyresh. 4 éd 22,5D 400,59 bio 41,2: 295,82 SOC FT Te à .. 112,730 50079 Phormium ..... fe 33,84 590,50 Aloës-pite..s.s.s..e 56,39 176,24
Ces fils, divisés par le nombre de leurs fibres, ont donné, pour leur extensibilité et leur ténacité ou force, les rapports suivants :
Extensibilité, Ténacité, Dies née mask rss 1 ÉE 11 3/4 CRAONTE ME MR 1 16 1/4 Phosiumtiiiaih .6s .8 14/2 23 1/4 Aloës-pilégelss dix fs oui 7
DOG: SR e vo MERE, é 5 34
Les résultats que les laines ont donnés au dynamomètre deRegnier pour la ténacité et l’élasticité de leurs filaments varient dans une latitude de 3 gram. 1/3 à 33 gram. 1/3, et ne mettent en évidence que la supériorité de résistance des laines communes sur les laines fines. En revanche, l’élasticité est en raison directe de la finesse des filaments, ou proportionnelle au plus grand nombre de brins contenus dans le même poids; aussi la durée des étoffes de laine estelle en rapport avec leur finesse.
La densité est, d'après Ure, pour le
COLOR es ee ot ee em 0e de 1,47 à 1,50 ILE SAMANTHA A, 1,50 SDIGs. d hide suit sh 510. Toi its 1,30
So peer PRE er 1
La chimie a multiplié les recherches pour vérifier la nature des éléments qui entrent dans les divers tissus. Ce diagnostic industriel, qui intéresse aussi l'hygiène, s'applique d’abord aux fils animaux et aux fils végétaux : tissés ou non, si on les place séparément dans des tubes fermés par une extrémité et chauflés au moyen d’une lampe à alcool, les premiers dégagent des vapeurs ammoniacales qui ramènent au bleu le papier de tournesol rougi fixé à l'extrémité
APPLICATA. — DES VÉTEMENTS. 224
ouverte du tube, les autres rougissent le même papier bleu (Chevallier). Les fils animaux chauffés dans une solution de 5 grammes de potasse ou de soude et de 100 grammes d’eau s’y dissolvent, tandis que les fils végétaux résistent à l’action de ce liquide. Le procédé le plus simple, indiqué par un ingénieur de Rouen, consiste à découper un morceau carré de 3 à 4 centimètres environ, à . en tirer tous les fils en travers (ceux de la trame) et tous les fils en long (ceux de la chaîne), et à les brûler un à un à la chandelle : ceux d’origine végétale brülent avec une flamme vive sans résidu, avec une odeur franche de linge brûlé; ceux d’origine animale subissent une combustion incomplète, entravée par le charbon spongieux qui se forme à l'extrémité. Peltier fils a proposé un procédé d'analyse qui convient surtout aux tissus colorés, et qui fait reconnaître la soie, le poil de chèvre, la laine et les fils végétaux. Les fils sont immergés à froid, pendant douze à vingt minutes, dans un mélange à parties égales en volume d’acide nitrique monohydraté et d’acide sulfurique à 66 degrés, puis lavés à grande eau jusqu’à disparition de toute saveur acide : alors les fils de soie ou de poils de chèvre sont entièrement dissous, et ceux de laine sont d’une teinte citrine ou brun foncé, les fils végétaux sont restés blancs. Lassaigne a signalé dans le plombate de soude un réactif propre à distinguer la soie de la laine : celle-ci colore la liqueur en brun noirâtre par l’action du soufre qu’elle contient (sulfure de plomb). — Soie et lin. La potasse caustique dissout la première et laisse le second intact (Dumas). — Zin ef coton. On trempe 7 centimètres carrés de l'étoffe suspecte dans un mélange bouillant de potasse caustique et d’eau {parties égales en poids); après deux minutes d'immersion, on presse, on lave, et tire sur le côté de la trame et sur celui de la chaîne environ 6 à 10 fils : ceux de Im ont pris une couleur jaune foncée, ceux de coton sont blancs ou d’un jaune clair (Bættger). On procède plus simplement encore, avec Leykauf, en mettant le tissu sec dans l'huile et en l'exprimant ensuite avec force : les fils de lin sont devenus translucides, ceux de coton restent opaques. — Chanvre, lin, phormium. Par l’action de l'acide nitrique à 36 degrés, contenant un peu de gaz nitreux, le chanvre roui dans une eau courante se colore en jaune pâle, à froid et à chaud; le chanvre roui dans une eau stagnante devient légèrement rose. Le lin traité à chaud revêt la même nuance rose, mais passe bientôt au jaune. Le phormium tenax se colore promptement à froid d’un rouge de sang, et ne perd point, par le lessivage, le mode de réaction caractéristique (Boussingault).
$ 2. — be l’action des vêtements.
Les vêtements agissent sur l'organisme par les propriétés inhérentes à la matière dont 1ls sont faits, par leur texture, par leur couleur et leur forme.