‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 30 sur 155 · ÏJ. —— PROPRIÉTÉS INHÉRENTES À LA MATIÈRE VESTIMENTAIRE · texte numérisé non relu

ÏJ. —— PROPRIÉTÉS INHÉRENTES À LA MATIÈRE VESTIMENTAIRE

4° Calorique. — La matière vestimentaire, déployée sur le corps, doit être envisagée sous le triple rapport du rayonnement, de l’absorption et de la conductibilité du calorique. Tous les corps, quelle que soit leur température, lancent continuellement, par tous les points de leur surface, des particules de calorique sous forme de rayons divergents, comme fait un corps lumineux; leur pouvoir émissif est en raison directe de leur température et de l'étendue de leur surface. Le corps humain, d’une température généralement supérieure à celle de Fair, et dont les formes présentent un grand développement en superficie, se trouverait donc dans des conditions de rayonnement telles, qu’il ne tarderait point à se refroidir jusqu'au-dessous du degré compatible avec la vie, si elles n'étaient corrigées par deux circonstances : la non-conductibilité des tissus vivants et la protection du vêtement. La première retarde la transmission du calorique à travers la masse du corps, da centre vers la périphérie; la seconde remplit l'office d’un écran. En effet, si entre deux corps inégalement chauflés, et qui, placés à proximité l’un de l’autre, tendent à se mettre en équilibre de température, on interpose un troisième corps, il intercepte entièrement le calorique jusqu’à ce qu'il se soit échauffé et qu’il émette du côté du corps le plus froid ce qu'il absorbe du côté opposé. Or les vêtements, placés entre l’homme et l'atmosphère, exercent au profit du premier ce pouvoir protecteur qui est en rapport avec leur propre force de rayonnement et leur conductibilité; mais comme ils sont en général de très mauvais conducteurs du calorique, leur surface extérieure est bien loin d'acquérir la même température que le corps de l'individu qu'ils recouvrent. Ce qui contribue à réduire sa perte de calorique par rayonnement, c’est l’incarcération d'une lame d’air entre la surface cutanée et la surface interne des vêtements, et l'air que ceux-ci retiennent dans leurs mailles. L'air étant très mauvais conducteur, le vêtement agit ici sur l’économie comme le paillasson de chaume sur les arbres frui-

APPLICATA.— DES YÉTEMENTS. 293 bers, qu'il préserve de la gelée en interceptant le rayonnement du sol vers les espaces célestes, comme le gazon et la neige non tassée sur le sol auquel leur faible conductibilité et l'air qu'ils retiennent entre leurs parcelles conservent à peu près sa chaleur, tandis que dans les nuits sereines leur température propre s’abaisse par l’effet du rayonnement au-dessous de celle de la couche d'air qu’ils supportent. C’est par l’action des mêmes causes que le soldat qui bivouaque sans abri, sous un ciel étoilé, sent ses habits plus froids en dehors que l’air ambiant. Peu conducteurs, le calorique qu'ils enlèvent à la peau traverse lentement leur épaisseur ; mais par la face extérieure, ils l’émettent rapidement. Cette déperdition par rayonnement, une tente, un manteau déployé, un parapluie mème suffit pour l’entraver ou l’atténuer. Les mêmes écrans manifestent, quand il y a lieu, leur pouvoir protecteur dans une direction inverse : le manteau de laine dont s'enveloppent l'Espagnol, le Corse, l’Arabe, les soustrait à l’échauffement es rayons solaires, parce que le pouvoir émissif ou rayonnant de cette substance l'emporte sur sa conductibilité, et élimine le calorique solaire avant qu'il ait atteint la peau à travers l'épaisseur du vêtement; de là la préférence justement donnée aux étoffes de lame et de coton dans les pays intertropicaux, où la chaleur s'élève souvent au-dessus de celle du corps humain. Johnson rapporte qu’à Madras, par une journée où le thermomètre marquait 32 degrés, on couvrit deux lits placés dans la même chambre, l’un de deux couvertures de laine, l’autre d’une paire de draps de toile; le soir, quand on les découvrit, le premier était d’une agréable fraicheur, le second d’une chaleur insupportable. Le pouvoir rayonnant et le pouvoir absorbant du calorique sont en partie sous la dépendance de la couleur des surfaces : cette influence sera examinée plus bas. Quant au pouvoir. conducteur, il est très faible dans la laine, dans la soie, et plus encore dans les fourrures, dans les pelleteries, dans les plumes de duvet; il est aisé de s'en convaincre par leur tortillenent et leur inégale dilatation sous l’action du feu, phénomènes qui expriment leur peu de perméabilité au calorique. Les substances végétales, lin, chanvre, coton, sont meilleurs conducteurs que les matières animales. Néanmoins ce pouvoir est très imparfait, si l’on en juge par approximation : Despretz, désignant par 1000 le maximum de conductibilité (or), trouve, pour la terre des fourneaux, 11 4, et pour le bois encore moins: le chanvre, le lin et le coton ne sont que des fibres ligneuses dépouillées des sels et de l’humidité du bois; ils ont donc un pouvoir inférieur au sien. Néanmoins le chanvre et le lin paraissent

22h HYGIÈNE PRIVÉE.

frais comparativement à la laine, à la soie; le coton est un peu plus mauvais conducteur : en hiver il est plus chaud que le linge, et pendant l'été il n’expose pas le corps à un brusque refroidissement.

Au demeurant, les étoffes qui servent à notre habillement nous protégent, suivant les circonstances, contre le froid ou contre la chaleur; dans quelle mesure ? C’est ce que démontrent les expériences récentes qu’un professeur distingué du Val-de-Grâce a faites sur ma demande et d’après quelques indications que je lui ait données en vue de Phygiène militaire (1) :

41° Protection contre le froid. — Un vase de laiton mince, cylindrique, de 500 centimètres cubes, suspendu par des cordons de soie dans un air tranquille, fermé par un bouchon quimaintient un thermomètre très sensible dont la boule est au centre de l'appareil et dont les indications sont observées à distance à l’aide d’une lunette, est rempli d’eau chaude à plus de 50 degrés et revêtu successivement des étoffes à expérimenter. Lorsque le thermomètre marque 40 degrés au-dessus de l'air ambiant, on note l'heure avec une montre à secondes, et l'expérience dure jusqu’à ce que tout l’appareil se soit refroidi de 5 degrés. On part de 40 degrés, parce que l’étoffe, une fois en contact avec le cylindre, perd une certaine quantité de vapeur d'eah qui lui enlève du calorique à l’état latent; aussi le thermomètre baisse-t-il rapidement d’un ou deux degrés, puis il prend une marche régulière :

Désignation des étoffes. Temps de refroidissement, Vase non recouvert..........,. LATE 18 min. 125. A. Toile de coton pour chemises ....... 11 30 B. Toile de coton pour doublures...... 11 415 C. Toile de chanvre pour doublures.,.. 11 25 D. Drap bleu foncé pour soldat.,..... , 14 45 E. Drap garance pour soldat.......... 44 50 DÉCOTADADICU DOUTICADOLES. ++ seen seen 15 5

On voit que le vase nu se refroidit moins vite que revêtu d’une étoffe ; cela tient au peu de pouvoir émissif du laiton (12, celui du noir de fumée étant de 100), tandis qu’une fois en équilibre de température avec l’étotfe qui le revêt, il rayonne dans l'espace avec toute l'intensité du pouvoir émissif de son enveloppe.

Nous indiquerons plus loin les résultats que ces expériences ont donnés pour la couleur des étoffes.

(1) Coulier, Expériences sur les étoffes. elc. (Journ. de la physiol. de l’homme el des animaux, janvier 1858).

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2° Protection contre la chaleur. — Un large tube de verre à parois minces et à diamètre sensiblement uniforme, est coupé en morceaux d'un décimètre de longueur, qui, fermés à la lampe à l’une des extrémités, puis entourés d’un étui de chaque étoffe à frottement doux, remplis de quantités égales de mercure, déposés sur un châssis de bois avec le moins de contact possible, ont toujours été explorés avec le même thermomètre à boule extrêmement petite et sensible (1). Après un temps d'immersion très court à l'ombre,

les résultats sont presque insignifiants, comme on le voit par ce tableau :

(e] Température de l'atmosphère... 26,8 | Tube avec étoffe DT isreuies 200 Tube sans étoffe...,,......... 97 +71 aVeCIétete ir) 1h 4719366 Tube avec étoffe 4........,.. 26,9 ki aueC Étofte Fe ie ur ss 126.9 mn à). N PNR nAVec ÉOME UT. 5. ec ou 200 Frame ie 0872. :1)0926j9 "avt CioRe 2100 73%6e

L'appareil exposé au soleil donne des effets proportionnels à l’intensité de l’irradiation sol are :

Température Différénce avec Dénominations. des tubes. la temp, du tube nu,

TORONTO... 2, Le cos eus 14 »

Thermomètre exposé au soleil, ,.,,,.,..,,.... 36 » Tube non recouvert d'étoffe,......,..... Ji: 37,0 » Étoffle À. Coton pour chemises ..,........... 35,1 — 92,4

+ 08. COtON potr JOUDIUPES . .....,..... ’ 35,5 ni

#2 (CoiChanvre étre . 1002. 61 4) ..513..48 39,6 + 2,1

— D. Drap bleu foncé pour soldat...,....,. 42 + 4,5

— E. Drap garance pour soldat ..,.,...,.. 49 + 4,5

— F. Drap gris de fer bleuté pour capotes... 492,5 + 5

— H. Drap garance pour sous-officier. ..... 41,4 + 3,9

— X. Drap bleu foncé pour sous-officier,... 43 + 5,5

« Le mercure du tube nu ayant été porté à 370,5, il est clair que la variation de température des autres tubes, au-dessus ou au-dessous de ce chiffre, est due à l’action de l’étoffe. » Ainsi, les tissus blancs de coton protégent très efficacement contre l’échauffement produit par les rayons solaires ; leur effet se traduit pour celui qui les porte par 7°,9 de chaleur de moins que sous un vêtement de drap bleu foncé, par 7 degrés de moins que sous une capote militaire de drap gris de fer bleuté, etc.

La superposition des étoffes a donné les résultats suivants :

(1) Voy. le mémoire de Coulier pour les détails de l'expérience, M. LÉVY, 4° KDIT, — 1, 45

Dénominations. Température.

1° Tube et coton seul....... 42° | ch r 2° Tube et drap seul........ x à SL PSE * "POP ONE 4 4° Tube et coton sur drap.... 44° ! BAPE: “cite ètre. T° 4° Tube et drap sur coton... 500,5 IHÉTONCE. . …., spas stars <te DE

D'où l’on voit qu'une mince étoffe de coton à mailles serrées, superposée à un vêtement de drap, procure un abaissement de température de 7 degrés centigrades. « Je ne crains pas de trop m’avancer, ajoute le professeur Coulier, en disant qu’en Algérie, dans ies fortes chaleurs, la différence eût été de 10 à 12 degrés, puisque cette différence augmente avec la température. »

90 Électricité. — La soie, la laine, les fourrures, les plumes, possèdent à un haut degré la propriété idio-électrique, c’est-à-dire la faculté de développer et de retenir le fluide électrique ; le chanvre, le lin et le coton sont anélectriques, c’est-à-dire bons conducteurs de cet impondérable, à cause de leur plus grande hygroscopicité. La propriété électrique est si manifeste dans certaines matières textiles, qu’en développant du drap par un temps sec, dans une chambre un peu sombre, on voit des étincelles s’en échapper : Michel Alcan a souvent observé ce fait (1). Dans le filage de certaines matières par un temps sec et orageux, leurs fibres, au lieu de glisser facilement entre les organes qui les transforment, tels que les cylindres métalliques, se redressent, se hérissent dans tous les sens, et l’on ne fait disparaître ce phénomène, cet empêchement au travail, qu’en arrosant l'atelier et en humectant les machines. Les substances qui manifestent le plus souvent cette propriété sont, dans l’ordre de fréquence, la bourre de soie et le coton. Alcan ne l’a jamais observée dans la soie grège, les laines, le chanvre et le lin : c’est que la production de la soie grège, c'est-à-dire le dévidage des cocons, à toujours lieu dans l’eau; c’est que les laines, pour être filées, exigent l’enduit d’un corps gras liquide; le chanvre et le lin sont aussi travaillés humides pendant une certaine période de leur tilature.

La peau humaine est très propre à lélectrisation, pourvu qu’elle ne soit point humide. Un tube de verre que l’on frotte avec la maiu, des bas de soie que l’on fait glisser entre les doigts, s’électrisent souvent jusqu'à production d’etinceiles. Le frôlement des vêtements idio-électriques sur la peau doit donner lieu au dégagement de l'électricité. Il y à plus : la superposition des vêtements et leur glissement dans les actes de locomotion favorisent ce phénomène ;

(1) Communication manuscrite de M. Michel Alcan (1857).

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car deux étoffes, ou deux portions d’une même étoffe frottées l’une contre l’autre, peuvent contracter des états électriques très pronon cés d’un signe contraire. Que les fluides électriques développés de cette manière se distribuent à la périphérie du corps et lui impriment un certain degré de tension, ou qu’ils réagissent en se recomposant, ils exercent une influence peu remarquée mais réelle, qui fait partie des mérites ou des inconvénients des vêtements de laine ou «le soie, et qui se traduit par des stimulations circonserites et répétées sur l'élément vasculaire et nerveux de la peau.

3° Hygrométrie — Cet effet résulte du pouvoir que les corps possèdent, à différents degrés, de condenser dans leurs pores ou à leur surface l'humidité du milieu ambiant: il se manifeste de deux manières dans les vêtements, suivant qu'ils transmettent à la peau l’humidité de l'atmosphère, ou qu'ils s’imprègnent des fluides perspiratoires. Dans les deux cas, leur conductibilité du calorique est augmentée ; plus ils sont hygrométriques, moins ils sont chauds ; Veau qui les imbibe se substitue à l’air emprisonné dans leurs mailles, et devient une double cause de refroidissement, par sa capacité plus grande pour le calorique, et par son évaporation ultérieure, laquelle enlève à la peau de grandes quantités de chaleur. La fibre poreuse du lin et du chanvre se charge promptement d’hurmidité ; les tissus qu’elle constitue se moutllent vite, condensent les produits de la transpiration, et glacent le corps en les restituant à l'air par évaporation ; ils sont, de toutes les matières vestimentaires, celles qui l'exposent le plus souvent à la sensation du froid humide et aux maladies qui en résultent En revanche, dans les affections cutanées qui s’accompagnent de prurit et d’ardeur, ils offrent un vêtement frais et souple, à cause de leur hygrométrie et de leur conductibilité du calorique. Les brins compactes du coton se laissent moins pénétrer par l'eau. La laine, la soie, également formées de fils non poreux, sont peu propres à condenser les vapeurs qu'elles laissent échapper facilement à travers les mailles des tissus qu'elles servent à confectionner. D'ailleurs, mauvaises conductrices du calorique, elles ne permettent au peu de liquide qu'elles condensent qu'une évaporation graduelle qui refroidit à peine la surface exté rieure du vêtement. Percy, en recherchant l’étoffe la plus convenable pour les fomentations froides, à déterminé les vitesses d’évaporation d'un certain nombre de tissus : des coupons de toile de chanvre et de coton, des morceaux de flanelle, de futaine et de molleton, ont été complétement imbibés d’eau distillée, et suspendus les uns à côté des autres à la même hauteur, et exposés au

même degré de chaleur : il a vu que la toile séchait en peu d'instants, le tissu de coton un peu moins promptement ; que la futaine venait ensuite, que la flanelle tardait trois fois plus, et que le molleton mettait plusieurs heures de plus que les autres étoffes à se dessécher. Cette expérience indique, dans l’ordre de leur énumération, l'imtensité de la réfrigération cutanée que produisent ces tissus.

Coulier s’est livré récemment à des recherches d’un grand intérêt pour déterminer la quantité d'eau que peuvent absorber les diverses étoffes, et il a constaté que l’eau qui pénètre dans leur tissu se partage en deux portions distinctes : 1° l’une, qu’il appelle eau hygrométrique, peut être absorbée en quantité considérable sans que le toucher perçoive aucun changement dans les conditions physiques de l’étoffe : on ne peut l’exprimer ; on n'arrive à l’évaluer que par la balance ou par l'allongement des fibrilles textiles, comme il advient pour les hygromètres à cheveu; 2° l’autre, que le tissu retient par cupillarité, eau d’interposition, obstrue ses pores, affecte la main qui le touche ou manie d’une sensation d'humidité, et en est éliminée par une pression suffisante. Nous renvoyons encore ici au mémoire du professeur du Val-de-Gràce pour les détails relatifs à l’ingénieuse installation de ses expériences, et nous lui empruntons les importants résultats et remarques qui suivent ; le lecteur en déduira spontanément les données et les interprétations qu'ils offrent à l'hygiène.

Tableau indiquant les quantités d’eau absorbées par les étoffes.

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