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deux règnes organiques, il est permis de conclure, avec H. Royer- Collard, qu'il est un art, trop négligé des médecins, qui consiste à s'emparer du mouvement nutritif, à le diriger vers un but déterminé, à changer dans un sens ou dans un autre la structure intime des organes. Déjà les méthodistes ont pratiqué cet art de retrancher les mauvaises chairs et d’en faire de neuves, plus saines et plus fermes : ils purgeaient et saignaient, puis ils prescrivaient une bonne nourriture et l'exercice. Cet art, qui n'ira Jamais jusqu’à détruire l'essence propre de chaque comstitution, sera puissant à relever certains états de santé incomplète, à corriger bon nombre d'états morbides : reste à le fonder sur des observations plus étendues, plus variées, sur des expériences moins spéciales et mois restreintes que les routines d’ailleurs ingénieuses de l'entraînement anglais; un régime spécial, les bains froids, certaines pratiques de saine hydrothérapie, la gymnastique, voilà les mstruments les plus sûrs, si on sait les manier, pour la transformation des tempéraments et des tendances vicieuses de l’organisme.
2° Ages. — A la naissance, les muscles sont pâles, minces et mous, les tendons rougeâtres et ternes, les os en grande partie cartilagineux ; partant point de locomotion, mais déjà le besoin du mouvement existe et les oscillations du bercement y répondent. Vers la fin de la première année, l'enfant essaye de se tenir debout, et dès que ses muscles extenseurs lui permettent cette station avec les genoux demi-fléchis, 1l cherche à changer de place; sa première translation volontaire dans l’espace est une course précipitée, par disproportion de force d’impulsion initiale avec la distance du but qu’il veut atteindre. Au commencement de la troisième année, les rotules commencent à s’ossifier, les muscles extenseurs ont acquis plus de force : l’enfant réussit à marcher. Jusqu'à ce moment, on se contentera de le laisser s’agiter à l'aise sur une natte ou sur un tapis étendu à terre; qu'il s’y roule, qu’il s’y tourne et retourne à son gré : les efforts qu'il fait pour se soulever et se redresser, exercent tous ses muscles ; qu’il lui soit permis de se traîner sur ses mains, sur ses pieds, tant que ce mode de progression est le seul possible pour lui. Pour la promenade, la mère ou la nourrice le tiendra à demi couché sur les deux bras, de manière à prêter un large dossier à sa colonne vertébrale, qui sur un seul avant-bras serait exposée à des déviations. Que l’on s’abstienne d’exciter à la marche les enfants encore inhabiles à la simple station verticale, la déviation latérale du genou ou de larticulation tibio-tärsienne pourrait en être la conséquence; qu'on ne les suspende point par
les bras à l’aide de lisières ou dans l’intérieur d’an chariot roulant, pour leur faire raboter le sol avec leurs pieds; ces appareils étreignent la poitrine, haussent les épaules, compriment les vaisseaux et les nerfs axillaires, diminuent le diamètre antéro-postérieur du thorax. L'enfant qui a appris spontanément à marcher, étudie rnieux ses pas, les terrains ; il sait tomber avec souplesse sur les mains ou sur les fesses, tandis que l'enfant dressé à la locomotion se laisse choir lourdement comme une masse inerte, et compte ses chutes par autant de contusions. Une fois qu'ils marchent et courent, n’abusez pas de leurs faibles jambes : jamais nous ne voyons sans un serrement de cœur des mères, des bonnes, battre et trainer par les mains de pauvres petits enfants qui refusent avec des pleurs et des cris de continuer les marches prolongées auxquelles on a la sottise on la barbarie de les obliger. À quel àge peut-on appliquer les enfants à la gymnastique? Dans létablissement du colonel Amoros on voyait, il y a quelques années, une section composée d'enfants de deux à huit ans et qui rivalisaient entre eux; mais nous pensons qu'il ne faut pas commencer ces exercices avant l’âge de cinq ans, tant à cause de la difficulté d’en proportionner la mesure et l'intensité, que pour ne pas fatigner le cerveau de préceptes et de l'attention qu’on exige ; même à cette époque on ne doit permettre qu’une gymnastique générale, propre à solliciter dans une égale mesure toutes les parties du squelette et tous les muscles : nous connaissons une jeune fille qui, soumise dans un âge trop tendre aux exercices spéciaux des membres supérieurs, présente une difformité de l’épaule, quoiqu'’elle soit née de parents sains et bien constitués. Dans l'adolescence, la gymnastique retarde heureusement la puberté: chez la jeune fille elle préviendra les maladies que loisiveté du corps et l’activité de l'imagination multiplient dans cette période de délicate transition. Il est très important, pour le développement régulier et la santé ultérieure des jeunes gens des deux sexes, de bien distribuer leurs exercices
physiques et intellectuels. Le premier inconvénient des maisons
d'éducation, c'est l’unité de règlement ; les travaux qui conviennent aux constitutions fortes fatiguent beaucoup des organisations frêles et impressionnables : l'intelligence ne peut fonctionner impunément dans un corps mal affermi; attendez qu’il soit en bonne voie de développement, et toujours faites coïncider avec les exercices de l’esprit ceux du corps. Nous ne prétendons pas élever des Spartiates ; mais que peut espérer la patrie, l'humanité, la science ellemême, de ces êtres étiolés et rabougris que dévore une fièvre d’ému-
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lation, qui torturent leurs poumons dans les attitudes vicieuses de la méditation et du travail, qui surexcitent leur système nerveux par les veilles et l'ambition ? Quand l'accroissement s'opère avec une sorte d’acuité et s'accompagne de débilité, les exercices violents sont de trop Dans l’âge adulte, l’action musculaire prévient les concentrations viscérales. Il est difficile de préciser l’époque où les exercices gymnastiques ne sont plus de saison. Chez les Grecs, jeunes et vieux allaient au gymnase. Pompée, au dire de Salluste, allait encore au champ de Mars à l’âge de cinquante-huit ans, et ne le cédait point dans les exercices au plus robuste soldat de son armée. Galien se luxa l’humérus à trente-cinq ans, en s’escrimant à la palestre. Des hommes plus âgés ont pratiqué au gymnase du colonel Amoros des exercices propres à combattre quelque infirmité, et s’en sont fort bien trouvés (Cas. Broussais). Ceux qui arrivent à la vieillesse après une vie de labeur et de mouvement ne sauraient s’en départir sans danger; la gymnastique professionnelle, continuée jusque-là, ne doit plus être interrompue, à moins qu'elle ne soit suppléée par une autre série d'exercices, tels que la marche, l’équitation, le billard, les voyages, le jardinage : sinon, obésité, goutte, congestions splanchniques, apoplexie, etc. La plupart des exemples de longévité surprenante appartiennent à la classe des hommes dont une gymnastique active a entretenu la vigueur : tels sont les soldats, les matelots, les agriculteurs.
3° Sexe. — Avant la puberté, les mêmes modes d'activité musculaire conviennent aux deux sexes; vers cette époque, la gymnastique doit être dirigée de manière à ne pas empêcher le molimen dont l'utérus va devenir le siége, tout en prévenant une concentration trop énergique sur ce viscère : les phénomènes chlorotiques et anémiques, les palpitations, les migraines, les épistaxis, les accès convulsifs, choréiformes, etc., qui compliquent cette période de crise, se dissipent sous l'influence d’un régime convenable et de la gymnastique. Après l'établissement de la menstruation, la femme a-t-elle besoin de gymnastique? Espère-t-on dompter en elle, par l'exagitation du système musculaire, les incessantes suggestions de cet organe qu’Aristote appelle brutalement un animal imdocile ? Les exercices du Portique feront-ils taire en elles la voix des passions naissantes ? Et nous qui ne recherchons pas des Lacédém6nicnnes sans modestie, sans amour maternel, pourquoi voudrionsnous étouffer dans nos femmes la sensibilité qui fait de leurs personnes le centre attrayant de la famille? Leur organisation repousse les trop rudes travaux, la force musculaire masque et
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dénature leur sexualité : la servante de ferme, qui arrose de ses sueurs les sillons de son maître, doit-elle faire envie par le volume de ses muscles aux jeunes citadines dont la stature rappelle les plus élégants modèles de l’art antique? Les viragos qui brillent dans l'escrime, dans l’hippodrome, dans le pugilat, et qui usurpent jusqu’au cigare, s’isolent entre deux sexes, et jouent aux dépens de la nature une comédie de virilité. La gymnastique ne sera donc pour les femmes qu’une ressource de thérapeutique ; mais à leurs habitudes sédentaires 1l faut opposer par intervalles fréquents la promenade, la vectation, le billard, le cerceau, le volant, le chant, la musique, la danse qu’elles aiment d’instinct, la natation, les occupations de la campagne, etc.
L° Maladies et convalescence. — 1 est inutile de revenir sur les effets préservatifs de l'exercice ; ils se manifestent surtout contre l’imminence des névroses, de la phthisie, la glycosurie, etc. Puisque le repos prolongé annule les forces, il est toujours sage de prescrire l'exercice, à moins qu’il n’occasionne de la fatigue ou n'augmente celle qui existe : cette proposition résume le régime musculaire de la convalescence et des maladies. L'exercice, pris à propos et dans la mesure convenable, contribue à ranimer l'appétit, les forces digestives ; pris à contre-temps, il renouvelle la fièvre, exaspère les symptômes : on voit alors la face rougir, le cœur battre avec violence, la peau se couvrir de sueur. Dans les affections nerveuses et spasmodiques, il détermine à la longue la sédation indirecte du système nerveux en rappelant sur les organes de locomotion l’excitabilité qui s'était concentrée en lui; chez les hémorrhoïdaires, et dans tous les cas où les organes supérieurs sont habituellement menacés d’hypérémie, les succussions répétées qu'il produit ont pour effet d’égaliser la répartition des fluides sanguins entre toutes les parties du corps. Les douleurs névralgiques, rhumatismales, arthritiques, disparaissent parfois par l’exercice des parties qui en sont le siége ; Les secousses réitérées du mouvement ont contribué à dissiper certains engorgements des viscères ; néanmoins le repos est indispensable dans les affections de l’utérus et de ses annexes, dans la période aiguë des phlegmasies, et en général tout organe qui souffre réclame le premier bienfait de l’inaction. La station assise est intermédiaire entre la verticale et le coucher: aussi les malades commencent-ils par cette posture le retour à l’exercice : chez eux l'influence de la pesanteur sur la circulation est plus marquée; quand ils sont débilités ou depuis longtemps au lit, des défaillances accompagnent leurs premiers efforts de station verticale, et, pour
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peu qu'elle se prolonge, on la voit amener l’æœdème des membres inférieurs, des dilatations variqueuses, etc. Les gestations, qui joignent aux effets de la station assise ceux du choc répété et l'effort musculaire de l’équilibration du corps, peuvent être utilement employées pour la guérison de quelques états morbides, et ont toujours l'avantage, pour le malade comme pour le convalescent, de le transporter dans un air pur au milieu de la campagne. L’équitation peut accroître les lésions du cœur et des gros vaisseaux, l'hépatite chronique, les hernies irréductibles, les tumeurs hémorrhoïdales, les affections de vessie et des testicules, la spermatorrhée diurne, etc. La promenade en bateau sur une eau tranquille est, de toutes les gestations, celle qui ressemble le plus au repos. L'exercice est souverainement contre-indiqué dans toutes les maladies où l’on doit craindre d’accélérer les phénomènes de la respiration et de la circulation. La méthode anglaise de l'entraînement, c'est-à-dire une combinaison raisonnée des exercices et de lalimentation, doit offrir de grandes ressources pour conjurer, pour enrayer, pour dissiper bien des états morbides qui procèdent d’une diathèse héréditaire ou acquise ; il est à regretter qu’elle n’ait guère profité jusqu'à présent qu'à l’amélioration des animaux domestiques et à l'éducation de certaines spécialités professionnelles, Jockey, coureur, boxeur, plongeur, etc. En y ajoutant, suivant les indications, l'usage des frictions, des suées, des purgations et surtout des procédés hydrothérapiques, on possède un ensemble de moyens propres à retremper, à transformer les constitutions défectueuses, à détruire le germe de bien des maladies que les arcanes de la pharmacie la mieux maniée ne sauraïent atteindre. Voici un homme lourd, faible, incapable d'exécuter quelques efforts sans avoir de l'oppression, des vertiges, etc. : deux ou trois mois suffisent pour en faire un sujet leste, vigoureux, infatigable, en état de courir avec la vitesse d’un lièvre pendant deux ou trois heures de suite, ou de faire cent milles de chemin au pas, de lutter contre un champion aussi robuste qu’agile, etc. Comment ne pas conclure, avec John Sinclair (1), qu’un art qui réalise de tels prodiges, ne saurait être sans utilité pour le traitement ou la prévention des maladies ? Quant aux applications de la gymnastique à l’orthomorphie, leur but a été formulé comme il suit : combiner l'influence physiologique du mouvement spontané avec l’action mécanique d’une force prise
(1) Trad. d'Odier, p.487. Voy. aussi De l'entrainement, par F. Defrance, these de Paris, 1859, n° 141.
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hors du sujet, et destinée à rétablir les leviers solides däns leurs rapports naturels. Il s'agit de faire fonctionner le système muscülaire dans les conditions qui rapprochent davantage le moteur et le mobile de leurs rapports normaux, et la guérison d’une difformité n’est définitive que si elle se maintient dans l’état de mouvement du corps comme dans l’état de repos. La gymnastique peut suffire pour le redressement des déviations légères du rachis dues au relâchement des ligaments, à la faiblesse et à la paralysie incomplète des muscles du côté opposé, à l’inclinaison et à la prédominance, au raccourcissement, à la rétraction des muscles antagonistes du côté de l’inclinaison, etc. Jamais les machines et appareils ne suffisent. Indépendarmment du secours spécial qu’elle fournit pour le traitement de la difformité, la gymnastique concourt à l’œuvre de la restauration organique en fortifiant tout le système musculaire, en augmentant l'énergie des viscères, en régularisant toutes lés fonctions.