‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 61 sur 155 · T GS · texte numérisé non relu

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En général, l’homme mûr dort moins que l'adulte, le vieillard moins que l’un et l’autre. L'enfant nouveau-né ne fait que dormir et teter; à mesure qu'il se développe et multiplie ses rapports avec le monde extérieur, il exige moins de sommeil. Il est indispensable de coucher les enfants de bonne heure, car ils font pendant le jour une énorme dépense de forces; que l’on se garde de les agiter avant le coucher, soit par des jeux excessifs, soit par une prolongation de veille au milieu d’une réunion bruyante; c'est une habitude nuisible que de les endormir sur les genoux ou dans les bras de leur nourrice, de leur mère : la chaleur du contact les échauffe; l'attitude vicieuse qu'ils reçoivent peut gêner leur développement régulier, et dès qu'ils se sentent placés au berceau, ils s’éveillent avec des cris. Jusque vers l’âge de dix-huit mois à deux ans, les enfants dorment quelques heures le jour; beaucoup conservent cette habitude au delà de ce terme; et comme ils la satisfont au milieu du jour, ils sont privés des heures les plus bénignes de promenade et d'exposition à l'air libre, au soleil: de là vient qu’ils s’étiolent, s’amollissent, restent chétifs, passent de mauvaises nuits, ou deviennent sujets, dans leur vie de réciusion, à des incommodités qu'un régime mieux ordonné éloignerait d'eux. Le bercement est nuisible, si les secousses sont violentes, rapides et longtemps continuées; dans le cas contraire, 1l agit par le rhythme des oscillations : mieux vaut n’y point accoutumer les enfants, et l'on y renonce généralement. Le sommeil dure plus dans la convalescence que dans l’état de santé; mais il est léger et s’interrompt aisément ; les sujets qui ne reçoivent point une alimentation suffisante dorment moins; les convalescents ne commencent à goûter le délice d’un sommeil durable et profond que lorsqu'ils prennent de l’exercice; jusque-là le défaut de mouvement et le séjour au lit font qu'ils n’éprou vent pas un grand besoin de dormir, et leur sommeil est court, agité; s'ils abusent de l'exercice, de la lecture ou de la

hah HYGIÈNE PRIVÉE.

conveïsation, leur pouls s'accélère et la fièvre chasse le sommeil. Le sommeil restaure le malade et lui vaut mieux que soins et drogues; l’apaisement qu'il détermine dans toutes les fonctions commence Ja guérison de toutes les souffrances qui ont pour fond un état d'irritation, de phlegmasie ou d’hypersthénie ; la réparation qu'il procure au système nerveux permet à celui-ci de réagir avec une nouvelle puissance; mais on n'endort pas les malades, et l’on ne peut qu'éloigner de leur sphère tout ce qui pourrait les empêcher de s'endormir.

L'habitude règle la durée et l’époque du sommeil ; un ancien a dit : Septem horas dormisse sat est pueroque senique. KW faut consulter pour cette fixation l’âge, la constitution, ete. En général, le besoin du sommeil est en rapport avec le degré d’exaltation du système nerveux. Il y a des personnes, surtout parmi les professions savantes, qui s'appliquent à réduire leur sommeil à la plus stricte mesure qu’exige leur santé. Lacépède ne dormait qu'environ quatre heures : d’abord de neuf à onze heures du soir, puis de trois à cinq du matin; mais après cette agitation des centres nerveux, peut-on attendre un sommeil calme? Il est préférable, pour l'intégrité de la vue comme pour la santé générale, de travailler trois heures le soir et trois heures le matin, que six heures de suite pendant la nuit. On a calculé qu’en se levant deux heures plus tôt, on se trouve au bout de quarante ans avoir vécu vingt mille deux cents heures de plus, = 3 ans 121 jours 16 heures : 8 heures de plus par jour pour dix ans. L’habitude étend son empire sur les époques du retour du sommeil ; on ne peut prendre pour guide le lever et le coucher du soleil : la meilleure distribution de la journée est celle qui fixe le lever et le coucher à des heures également distantes de mipuit; on ne doit pas s'endormir plus tard en été qu’en hiver. Les actions rhythmiques créent des habitudes qui influent sur linvasion et la durée du sommeil : tel le bercement, tels encore le bruit d’une chute d’eau, d’un moulin, un chant monotone.

Quant aux moyens propres à amener le sommeil, ceux qui n'émanent pas de l'hygiène sont dénués de toute efficacité, mais non de péril : suivant la dose de leur emploi ou l’état de l'organisme, l’opium et le tabac tantôt excitent, tantôt enivrent et font dormir ; Ja jusquiame, la belladone, etc., peuvent être administrées de manière à produire une détente, un calme plus ou moins durable, ou l’insomnie et l'ivresse furieuse ; l'usage modéré des liqueurs alcooliques augmente la tension ; ce n’est qu'à dose élevée qu’elles plongent l’homme dans le sommeil en accumulant le sang dans son cerveau. Les vrais moyens de maintenir et de rappeler le sommeil,

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c'est la régularité des heures qu’on lui consacre, c’est la tempérance, la proportion entre l'exercice et l'alimentation, l'abstention de travaux intellectuels, de lectures ou d'entretiens émouvants quelque temps avant de se mettre au lit, l'éloignement des stimulants sensoriaux, l'habitude de se lever matin,

La position dans le lit dépend encore de l'habitude; la meilleure est celle que chacun se fait à son insu après quelques mouvements nstinctifs qui ont pour but de procurer au corps la plus grande somme de repos : c’est dans la situation horizontale qu’il la trouve; elle n’exige aucun effort pour le maintien de l'équilibre et elle permet au corps de toucher par le plus grand nombre possible de points la surface sur laquelle il est étendu ; moins cette double condition est remplie, plus le sommeil est difficile. Les personnes à épaules effacées et à clavicules longues se couchent plus commodément sur le dos : attitude moins supportable à ceux qui ont les épaules rondes et les clavicules courtes. La position la plus commune est le décubitus latéral, particulièrement sur le côté droit, les membres portés en avant et à demi fléchis : on a dit que l’homme imite en cela jes animaux qui se pelotonnent pour ne point disperser leur chaleur sur une grande surface; mais 1] se place de cette manière même en été, sans doute parce que la demi-flexion met tous les muscles dans un état de relàächement moyen qui les repose tous, tandis que l’extension complète relâche seulement les muscles correspondant au sens de l'extension des articulations et distend les autres autant que possible. Le décubitus sur le côté droit facilite-t-1l Le passage des aliments de l'estomac dans le duodénum ? empêche-t-il que le foie contenu de toutes parts n'exerce, comme dans le décubitus à gauche, un tiraillement douloureux sur le diaphragme et une pression incommode sur l'estomac? On l’a nié; mais que l’on consulte les personnes obèses, à gros ventre, et le doute cessera. Le coucher dorsal sur un lit dur à l'inconvénient de provoquer les érections et de favoriser les pollutions nocturnes. Les individus pléthoriques, disposés aux congestions cérébrales, doivent avoir la tête plus élevée ; chez les vieillards, l'empire de la pesanteur sur la circulation se prononce, on sait avec quelle promptitude leurs poumons s'engouent par hypostase ; il en est de même des convalescents affaiblis par des maladies très aiguës ou de longue durée : de là le précepte de ne point placer en déclivité les parties menacées de ces accumulations passives du sang.

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