CHAPITRE PREMIER
Les races sont, dans l’universalité du genre humain, ce que la constitution est dans l'individu ; elles expriment l'influence de l’hérédité déployée sur les masses, sur des groupes plus ou moins étendus. Nous n'avons point à discuter ici le nombre et les caractères des races humaines, ni à rechercher si elles représentent à travers les siècles autant d'espèces primitives, ou si elles ne sont que les variétés d’un type unique, lesquelles se perpétuent avec les modifications secondaires qu’elles ont acquises accidentellement : ces questions sont du ressort de l’histoire naturelle. L’hygiène publique n'envisage les races que sous le rapport de leur force de réaction organique, dont la connaissance expérimentale permet seule d’apprécier le mérite ou le désavantage des croisements entre des familles ou des populations d’origine différente. Malheureusement il ne nous est guère donné que dénoncer le problème sans solution ; il se complique de toutes les considérations que l’on peut déduire relativement à la force organique des races, de leurs mélanges, de leurs diversités de régime, d'habitudes, des climats, des migrations, etc. Essayons de poser, en guise de jalons, quelques indications qui ressortent de la structure, de l’état des fonctions, de la puissance musculaire, de la taille et de la durée de la vie dans les différentes portions de l'espèce humaine.
A Type organique ef physiologique. — Les différentes races d'hommes se distinguent-eilles les unes des autres par des caractères fortement marqués, uniformes et permanents, comme se distinguent entre elles les diverses espèces d’un genre quelconque
d'animaux? Suivant Prichard (1)}et de Quatrefages (2), les caractères qu'elles présentent varient dans la même race; par les nuances presque insensibles de leur gradation, ils semblent réaliser les phases d’une transformation progressive, et beaucoup d’entre eux paraissent être le produit du temps et des agents extérieurs.Ceci s’appliquerait même aux diversités les plus fondamentales des races : ainsi chez plusieurs (nations indo-chinoises) qui ont originairement le crâne pyramidal et la face élargie du type mongol, Prichard a vu la forme ovale de la tête et lestraits du type européen apparaître, non-seulement comme variété individuelle, mais très souvent comme caractères distinctifs d’une tribu. Dans l'hémisphère austral, sur le plateau de la Cafrerie, on trouve des Africains noirs, à chevelure laineuse, avec des traits presque européens, tandis que les Hottentots nomades des plaines basses reproduisent presque tous les caractères physiques des nomades de la haute Asie. En un mot, une seule uation présente la réunion de plusieurs types cràâniens, et le même type se rencontre chez des nations appartenant à des races tout à fait distinctes. W. Edwards(3), qui place au premier rang les indices tirés de la forme et des proportions de la tête et des traits du visage, explique ces faits par la formation de nouveaux types à côté des types primitifs qui subsistent. Il admet que ceux-ci peuvent traverser intacts une longue suite de siècles, malgré les influences combinées des mélanges de races, des invasions étrangères et des progrès de la civilisation. À la vérité, l'extension des races intermédiaires tend à restreindre les types primitifs; mais ceux-ci se retrouvent dans une partie de la population. Les grandes nations de l'antiquité ont encore leurs représentants dans les masses modernes ; car c’est aux masses qu'appartiennent la persistance et la pérennité, le plus petit nombre ne pouvant imposer son type au plus grand. Quant à la couleur de la peau et au système pileux, il est reconnu qu'ils ne peuvent servir à la détermination de l'identité des races ; l'un et l’autre sont en relation avec le climat : la zone torride est le siège des races noires, les zones tempérées celui des races blanches ; dans les climats qui avoisinent les tropiques, sans en faire partie, existent des nations dont les teintes
(1) Histoire naturelle de l’homme, traduit par le docteur Roulin, Paris, 1843, t. ll, p. 234.
(2) Unité de l'espèce humaine. Paris, 1861,
(3) Des caractères physiologiques des races humaines, considérés dans leurs rapports avec l'histoire (lettre à Amédée Thiérry), Paris, 1829, p, 45.
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sont intermédiaires entre la couleur la plus foncée et la couleur là plus claire. Les différences les plus notables dans le système pileux des animaux ne peuvent servir de base à des distinctions spécifiques : la laine crépue du nègre, les petites mèches courtes et collées contre le péricräne de la tête ratatinée du Cafre, les boucles à grosse frisure du Berbère, la chevelure ondée du Tibou, ne sont que les variétés d'aspect d’une produetion épidermique dont la structure intime est la même chez tous les hommes (1).
Il existe chez toutes les races humaines une remarquable uniformité relativement aux principales lois de l’économie et aux grandes fonctions physiologiques ; mais, pour l’apercevoir, il faut faire la part des modifications qui leur sont imprimées : 4° en vertu des nécessités d'adaptation au milieu extérieur; 2° en vertu de l'hérédité, qui fixe ces modifications et les habitudes acquises dans la descendance, quand plusieurs générations y ont participé. La température propre du corps est à peu près la même dans toutes les branches de la famille humaine ; la fréquence du pouls n'offre chez elles que des variations très restreintes. Haller a accrédité l'opinion que le climat détermine l’époque de la nubilité et la durée de la fécondité des femmes. On a expliqué la dépravation morale et la polygamie de l'Orient par la proportion plus grande des naissances du sexe féminin et par la précocité du développement et de la vieillesse des femmes. Les recherches de Niebubr établissent qu'il ne naît pas plus de femmes en Orient qu'en Europe, et celles de Roberton, que les époques des révolutions physiologiques qui s’opèrent dans la vie des femmes sont à peu près les mêmes dans les divers climats : de telle sorte, ajoute Prichard, que, devant les grandes lois de l'économie animale, tous les membres de la famille humaine sont égaux (2). Mais, si le naturaliste se contente de saisir dans ces rapprochements la preuve de l'unité de l'espèce humaine, l'hygiéniste a besoin de poursuivre au delà l'analyse de l’état des fonctions dans les diverses races, et il y découvre des divergences, des inégalités, qui, pour être plusou moins imputables aux influences extérieures,
(1) Voyez Quatrefages, ouvr. cité, p. 140 et suivantes, et Gubler, Sur la coloration des centres nerveux chez les individus de race blanche (Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, t. I).
(2) Les races ont sur l’époque de la puberté une influence qui a été exagérée, mais qui résiste même au climat. En Pologne, la durée moyenne de la période menstruelle est chez les juives de vingt-trois ans et 28/33, tandis que chez les femmes slaves, elle est de trente et un ans et 6/33. (Raciborski, op. cit., p. 33.)
DES RACES. h19 n'affectent pas moins l’ensemble de la constitution, et font à chaque race, à chaque nation, leur mesure de résistance vitale et leur imminence morbide, leur physionomie normale et pathologique, Quelques dattes et un peu d’eau suffisent à la nourriture journalière de l’Arabe du Sahara, tandis que l'Esquimau se repaît d’une énorme ration de lard de baleine : cette différence d'alimentation est nécessitée par le climat; mais les habitudes qui en dérivent modifient l’état matériel et l’activité vitale des organes. De là des résultats organiques qui se transmettent à leur tour par la génération. Les modifications acquises par les ancêtres deviennent ainsi les traits congénitaux de la constitution de leur progéniture. De père en fils, l’Arabe est svelte, agile, musculeux, quoique maigre: l'Esquimau, trapu, gras et pesant. Les peuples qui habitent depuis des siècles les hauteurs des Andes de l'Amérique méridionale (les Quichuas et les Aymaras) ont la poitrine plus développée et les poumons plus larges que les tribus du plat pays; vivant dans un air très raréfié, ils sont obligés de compenser cette circonstance par le volume de l'air iuspiré. Leurs ancêtres, qui vinrent les premiers se fixer dans ces régions élevées, ont eu à supporter le conflit dangereux de l'organisme avec un milieu pour lequel il n’était point créé. Le résultat de cette tentative d'adaptation, qui a sans doute coûté plus d’une vie, est devenu le caractère héréditaire de leur postérité. L’Indien des hauts plateaux du Mexique présente, d’après Jourdanet (1), une ampleur de poitrine disproportionnée avec sa taille, condition qui lui permet une activité musculaire, une puissance de travail, des fatigues, cles courses, des transports à dos, etc., impossibles à la race blanche, qui n'a pas encore adapté sa respiration à l’air raréfié de ces altitudes. L’acclimatement d’une race ne s’achève qu'après plusieurs générations : en d’autres termes, les changements qui ont pour objet d'approprier l'organisme au milieu s’opèrent graduellement, mais, une fois réalisés, ils se gravent en traits permanents sur la race, Le climat de Sierra-Leone, fatal aux Européens, épargne les naturels ; que si l’on y transporte de la Nouvelle-Écosse des nègres libres dont les ancêtres ont habité pendant quelques générations un climat très différent, ils éprouvent à leur arrivée les mêmes maladies que les Européens : preuve que l’immunité dont jouissent certaines races dans les climats funestes à d’autres provient, non d'une condition originaire, d’un antagonisme inné, mais
(1) Jourdanet, Du Mexique au point de vue de son influence sur la vie de l’homme. Paris, 1862, p. 98.
d'une disposition acquise par les ancêtres et transmise par hérédité. Concluons que les races humaines, qu’elles émanent d’une source unique ou multiple, ont revêtu jusqu'à un certain point la forme physiologique des climats où elles se sont produites du installées ; que les migrations et les croisements sont, avec le climat, la cause la plus active de leurs métamorphoses ; que les effets combinés de ces deux ordres d’influences s’impriment en caractères héréditaires dans les générations suivantes ; que l’unité primordiale de l'espèce humaine disparaît aux yeux de l’hygiéniste dans la multiplicité des transformations qu’elle subit, suivant les mélanges, les lieux et les temps, et par conséquent dans les différences de force organique qu'elles possèdent.
2° Force musculaire. — La puissance d’action du système musculaire est un des éléments de la force organique (voy. t. [, p.240); mais, outre que l’on n’a pas comparé sous ce rapport les différentes races entre elles, on trouve encore ici une complication d'influences qui embarrasse le jugement. S'il est certain que chaque race doit à sa constitution propre une mesure déterminée de puissance musculaire, celle-ci varie néanmoins en raison du régime, du climat et du degré de civilisation. Les nations qui vivent d'aliments empruntés au règne végétal et en quantité à peine suffisante, déploient moins de vigueur que celles qui sont mieux nourries, et il semble que les proportions de leurs membres soient différentes (Prichard) : les Hindous ont les bras et les jambes proportionnellement plus longs et moins musculeux que les Européens. Les sabres de soldats indiens, apportés en Angleterre, avaient la poiguée trop petite pour des mains anglaises. Coulomb a remarqué que la quantité moyenne d'action musculaire varie suivant le climat : « F’ai fait exécuter de grands travaux à la Martinique par des troupes; le thermomètre y était rarement au-dessous de 20 degrés; j'ai fait exécuter en France les mêmes genres de travaux par ces mêmes troupes, et je puis assurer que, sous le 12° degré de latitude, où les hommes sont presque toujours inondés de leur transpiration, ils ne sont pas capables de la moitié d'action journalière qu'ils peuvent fournir dans nos climats (1). » On se représente les sauvages avec les atiributs de la force physique, et l’on accuse la civilisation d’énerver le corps par les passions qu’elle entretient ou fait naître : c’est là une double erreur qui ressort des expériences de Péron sur la force musculaire des naturels de Timor, de la Nouvelle-Hollande et de la terre de
(1) Mémoires de l'Institut, première classe, & IE, p. 429.
DES RACES, 121 Diémen, Les individus les plus robustes de cette dernière île n’ont pu faire avancer l'aiguille du dynamomètre de Régnier au delà du 60° degré, le terme moyen des observations a été de 50516. Les matelots de l'équipage l'ont toujours emporté dans ces épreuves sur les insulaires. Quatorze sauvages de la Nouvelle-Hollande n’ont donné en moyenne, pour force de pression, que 51 kilogrammes; le plus fort atteignit 62, le plus faible ne put dépasser 40. Comparez ces résultats avec ceux qui sont consignés dans le tableau pages 240 et 241 du tome I: la différence est énorme. Les Malais de l’île de Timor, un peu plus civilisés que les précédents, ont fourni à Péron une moyenne de 50,7 pour la force manuelle, et de 11,6 myriagrammes pour la force rénale. D’après Mackenzie, Lewis et Clark, les indigènes de l'Amérique offrent la même infériorité de force physique. Volney observe que, dans les combats de troupe à troupe ou d'homme à homme, les Virginiens et les Kentuckiens ont toujours l'avantage sur les Américains sauvages. Les races sauvages ont donc moins de force musculaire que les races civilisées. Mais, nous le répétons, si profonde que soit la triple action du climat, du régime et de la civilisation, chaque race possède, avec des conditions différentes de conformation, une mesure différente de force intrinsèque. Dans toutes les autres races comparées à la race européenne, les membres présentent une plus grande courbure des os longs et des formes moins parfaites. Chez les nègres, les os des jambes sont déjetés en dehors, le tibia et le péroné plus convexes en avant, les mollets plus haut, les pieds très plats (Sæmmerring), etc. Ces détails de structure rentrent dans l'influence de l’hérédité ; ils ont un rapport manifeste avec la vigueur et la perfection des mouvements : dans la race gît donc la donnée primordiale de Ja force musculaire.
3° Taille. — La taille moyenne de l’homme est d'environ 5 pieds, — 1 mètre 62 centimètres (4); mais elle varie beaucoup en deçà comme au delà de cette limite : certaines peuplades de la Patagonie, les Caraïbes, etc., atteignent à plus de 1 mètre 8 à décimètres (5 pieds 9 à 10 pouces) ; les Ésquimaux et les Boschimans montagnards n’ont guère plus de 1 mètre 31 centimètres — 4 pieds. Chez les peuples de moyenne stature, les femmes sont d'environ 1/16° moins grandes que les hommes. Cette différence diminue chez les peuples très petits, et s'élève chez ceux qui se font remarquer par la hauteur verticale du corps. Ce qui prouve l'influence de la race sur
(1) Annales d'hygiène, Paris, 1844, t. XXXI, p. 315.
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l'élévation de la stature, c’est que, dans le même pays, comme dans la Patagonie, on trouve des peuplades d’une taille très élancée à côté d’autres peuplades de stature médiocre, et, à une bien peiite distance, dans la Terre de Feu, des peuplades au-dessous de la taille moyenne. Si les Francs-Comtois actuels, dit Lélut (1), ont une stature élevée, c’est d’abord que leurs ancêtres, les Séquanais, étaient de grande race et de grande taille; c’est ensuite que cette race s’est mélangée avec les Bourguignons, qui ont envahi la Séquanie au commencement du v° siècle. Or ces derniers, d'origine germaine, étaient aussi une nation forte et grande par la taille comme par le courage : ainsi l’attestent Procope, Orose, Ammien- Marcellin, etc., dont Lélut évoque doctement l'autorité. En Angleterre, la taille pour l'infanterie est celle que nous exigeons pour le génie, et le recrutement s’y fait sans peine. Or l'Angleterre n’estelle pas le plus grand foyer de l'industrie, c’est-à-dire de la cause qui abâtardit le plus l’espèce humaine? D’où l’on voit, contrairement à l'opinion de W. Edwards (2), que, non-seulement la race influe sur la taille, mais encore qu’elle l'emporte jusqu’à un certain point sur d’autres causes qui modifient la marche de la croissance humaine. Au premier rang de ces causes secondaires, il faut mentionner, avec Villermé et Quetelet, les circonstances favorables ou défavorables résultant de la nature du climat, de la qualité et de la quantité des aliments, et des autres nécessités de la vie. Ainsi Ja population des villes a une stature plus élevée que celle des campagnes, condamnée à de si rudes labeurs : c’est aller un peu loin que de décerner aux classes riches et cultivées une supériorité constante de taille sur les classes ignorantes et pauvres; mais, toutes choses égales, la croissance s'achève d’autant plus vite que le pays est plus salubre, plus aisé, et que les privations pendant la jeunesse ont été moins grandes. Le rapport de la taille avec le climat se manifeste-t-1l dans les différentes zones de la France ? P. A. Dufau a partagé le territoire français en 17 groupes, composés chacun de 5 départements. Pour les 17 groupes, la taille moyenne est de 1,657 millimètres. Parmi les 8 groupes du Nord, 6 atteignent où dépassent cette moyenne, tandis que, parmi les 9 groupes qui forment la France méridionale, 8 restent au-dessous
(1) Lélut a posé le chiffre 1%,657— 5 pieds 1 pouce 3 lignes, comme l’expression de la taille moyenne à l’âge adulte des classes de Français peu éclairées et peu aisées, c’est-à-dire de l'immense majorité de la nation (voy.t. I, p. 253).
(2) Loc, cil., p. 45.
de cette moyenne. Le 8° groupe (Lorraine-Alsace) est celui des groupes septentrionaux où la taille est le plus élevée : la moyenne yest de 1,667 millimètres ; mais encore ici il faut tenir compte des origines des populations. Les recherches récentes de Broca (1) et de Sistach (2), appuyées sur les statistiques du recrutement pendant les deux périodes de 1831 à 1849, et de 1850 à 1858, ont fait ressortir l'influence décisive des races sur la taille; elles ont établi : 1°qu'il n'existe entre les deux séries de causes d’exemptions, savoir, insuffisance de taille et maladies, infirmités et difformités, aucune relation, soit de coïncidence, soit d’antagonisme ; 2° que les contrées opulentes de la Touraine, de la Limagne d'Auvergne, etc., montrent, par leurs résultats de statistique annuelle, que la misère ne joue point un rôle prépondérant dans le développement de la taille ; 3° que les Bretons, plus petits que les bergers des Alpes, ré-: futent l'argument de l'altitude considérée comme une cause de la diminution de la taille des Français. Pour mieux montrer que les variations de la taille dépendent essentiellement de la diversité des races, Broca partage la France en trois zones: 4° sud-ouest, ou France celtique, composée des hommes les plus petits, Les plus velus et les plus bruns, et comprenant 50 départements ; 2° nord-est, ou France kimrique, comprenant 21 départements, peuplés surtout d'hommes blonds et les plus grands (3); 3° zone intermédiaire, ou France kimro-celtique, composée des hommes à taille et à couleur moyennes, et comprenant 13 départements (4). La Corse a une population spéciale, et la Seine offre une agglomération cosmopolite. Broca et Sistach arrivent à la même conclusion : « La moyenne des exemptions pour défaut de taille est deux fois plus forte dans la zone celtique que dans la zone kimrique, et elle est intermédiaire dans la zone kimro-celtique. » — Les peuples les plus grands habitent pour la plupart l'hémisphère austral, soit dans l'Amérique du Sud, soit dans plusieurs archipels de l'Océan austral. Les peuples les plus petits existent en général dans les parties Les plus reculées de l'hémisphère boréal : on en trouve aussi sous Féquateur et dans
(i) Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, t. 1, 1860.
(2) Mémoires de médecine, chirurgie et pharmacie militaires, 3° série, 1861, t. VI, p. 353.
(3) Nord, Pas-de-Calais, Somme, Oise, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Aisne, Ardennes, Marne, Aube, Côte-d'Or, Haute-Marne, Meuse, Moselle, Meurthe, Vosges, Haute-Saône, Jura, Doubs, Haut-Rhin et Bas-Rhin.
(4) Manche, Calvados, Orne, Eure, Seine-Inférieure, Eure-et-Loir, Loiret, Yonne, Nièvre, Saône-et-Loire, Rhône, Ain et Isère, |
le voisinage du cap de Bonne-Espérance. Dans les deux hémisphères, par une coïncidence d'éléments ethnologiques, les contrées les plus froides ne présentent que des races extrêmement petites, En Europe, c’est la Suède, la Finlande, la Saxe, l'Ukraine, etc., qui offrent les plus hautes statures.
Au reste, suivant la juste remarque de Quatrefages (1), le rapport de la plus grande taille moyenne à la plus petite, chez les hommes, se représente par un el frois dixièmes, c'est-à-dire que la première est bien loin d’être double de la seconde : on voit par là que l’échelle des variations de taille est pour l’homme trois ou quatre fois moins étendue que pour les animaux.
h° Mortalité et durée de la vie. — D'après Burdach (2), la race exerce une influence incontestable sur la mortalité. Virey attribue à la race caucasique une plus longue durée de vie qu'aux races mongole et malaise. En Asie, les Hindous, les Arabes, les Perses et les Turcs paraissent être ceux qui poussent le plus loin leur carrière. En Afrique, les Égyptiens, les Maures, les Marocains, atteignent un àge plus avancé que les habitants de la Guinée, du Congo et de Mozambique. Les Mexicains deviennent, dit-on, fort vieux, etc.; mais il faudrait déterminer jusqu’à quel point le climat, la nourriture, la civilisation, et d’autres circonstances analogues interviennent dans ces résultats. Si l’on en fait abstraction, on trouvera peutêtre que la durée moyenne de la vie est à peu près la même chez les différentes races d'hommes, et qu’elle ne varie que parce que les causes extérieures qui amènent des catastrophes accidentelles et prématurées, ou celles qui nuisent à la santé et altèrent l’organisation, sont plus communes et plus puissantes dans un climat que dans l’autre : telle est l’opinion de Prichard. La durée ordinaire de la vie chez l’homme paraît être de soixante-dix à quatre-vingts ans ; c'est ce qui ressort de l’histoire de tous les peuples et de tous les temps, et les tables de mortalité démontrent que l’époque normale de la mort coïncide avec cet âge. Buffon a été conduit à évaluer la durée ordinaire de la vie comme égale à la durée de l’accroissement multiplié par 7 ou 8. Flourens, en adoptant cette base d'évaluation, l’a déterminée avec plus de précision ; il a fixé le terme de l'accroissement à l’époque où s'opère la réunion des épiphyses aux os, et il multiplie par 5 la durée de la période d’accroissement.
(1) Unité de l'espèce humaine. Paris, 1861, p. 151.
(2) Traité de physiologie, traduit de l'allemand par A.-J.-L, Jourdan, Paris, 18591. Voir 400
Un certain nombre de faits viennent corroborer la doctrine de Flourens :
Époque de la réunion des os Époque aux épiphyses. de la mort,
Hommes. ......,. 20 ans. 90 à 100 ans. Chameau..... nid noi 40 Cheval... . ..….« bmc0vo! à 25 ni sé 4 15 à 20 7 RNA . 4 20 Chien or 2 10 à 12 PR rene es 18 mois. 9 à 10
IL est certain que beaucoup d'individus atteignent les années comprises entre 80 et 100 ; mais les cas de longévité qui outrepassent cette limite sont exceptionnels. En France, d’après des calculs récents, on a trouvé sur 32 414 993 décès, 439 personnes réputées centenaires — 1 sur 5500 décès environ. La Sfatistique de la France pour 1851 signale
Pour 17 794 964 hommes. Pour 17 988 206 femmes, De l’âge de 99 ans..... 101 hommes. 223 femmes. — de 100 ans..... 62 — 4 SO 24 Au-dessus de 100 ans..... 4Û. .— AOL la
Notons que la plupart des centenaires signalés par les auteurs (1) ont transmis à leurs enfants le même privilége de longévité, Raston a rassemblé de nombreux exemples de longévité parmi les Européens, Prichard parmi les nègres, et l’on trouve dans un ouvrage de ce médecin (2) la preuve que les cas de longévité ne sont ni moins fréquents, ni moins remarquables chez les autres races d'hommes, tant de l’ancien que du nouveau continent. De Humboldt cite un Péruvien qui vécut cent quarante-trois ans. Relativement à la durée de la vie, toutes les nations, toutes les races auraient donc à subir les mêmes lois, sauf l'intervention des influences superposées, dont la plus efficace réside dans le climat. L’appropriation de la race au climat gouverne, non-seulement la mortalité, mais encore la prédominance relative des maladies. Le tableau suivant (3) imdique le rapport de fréquence et de léthalité des maladies entre la population
(1) Voy. Burdach, loc. cüt., t. V, p. 339.
(2) Recherches sur l'hisloire physique du genre humain. — P. Lucas, Traité philosophique et physiologique de l'hérédité. Paris, 1847, t. I, p. 254 et suiv. (3) Leichtungen in der medicinischen Geographie von Heusinger, dans Jahresbericht über die Fortschritle der gesammten Medicin, herausgegeben, von D'Canstatt und D' Eisenmann, t. II, 1848.
h26 HYGIÈNE PUBLIQUE.
blanche et la population noire de New-York: Il n’est pas imutile de rappeler que l'esclavage n'existe pas dans cet État, circonstance qui permet au climat de mieux dessiner son action sur les deux groupes humains.
Population blanche. Population noire.
Maladies, Décès sur 1000 habitants. Décès sur 1009 habitants. FICNTESA ee mer." .28 hoc dr 1,338 2,294 Maladies épidémiques............ 4 0,622 1,453 Phthisie ou hémoptysie ............. 4,107 8,871 Autres affections tuberculeuses ......, 0,128 0,458 Maladies du cerveau et du système nerv. 1,823 22029 eu dulcéurHME tee. SAS: RENTE 0,437 0,194 — des organes respiratoires (autres — que les précitées)......... A 1,324 3,666 ER AUTO FE VERRE Pa 2 0,317 0,408 — du tube digestif.....,..:... 1,633 0,994 Autres affections de l'abdomen ...... À 0.885 0,305 Maladies de l’appareil urinaire........ 0,083 0,000 — de l'appareil génital........ 0,401 0,382 — non Classées. ccm EEE 0,781 1,800 — IRCUDTUES : toto se » » à one 0,135 1,020 Moktenvieientéss et te. LS CR 0,804 1,606 Total des causes. ..... PRET: 14,318 26,176 Causes non indiquées........ , 0,097 0,458 ” Mortalité-totale .&.....mss.es.es 14,415 27,234
Quant aux immunités inhérentes aux masses, la théorie les rend probables, car elles expriment en partie dans les masses ce que les prédispositions et les conditions d’hérédité sont dans l'individu ; mais il existe sur ce sujet peu d'observations positives, quoique la juxtaposition de races différentes dans les mêmes ‘contrées semble les solliciter et les faciliter. Comment se comportent, par exemple, en Pologne, le typeJjuif, le type germanique, le type slave, sous l’influence du même climat, d’habitudes analogues, des mêmes épidémies, etc.? Les documents anglais (1) sur la mortalité des troupes indigènes et des troupes européennes dans les Indes sembleraient jeter quelque jour sur cette question ; mais l'influence du climat, de l’état militaire et des différences de régime, restreint leur valeur et obscurcit leur signification. Nous choisissons quelques données statistiques qui concernent les résidences du littoral :
(1) Leichtungen in der medicinischen Geographie von Heusinger, dans Jahresbericht über die Fortschrilte der gesammiten Medicin, herausgegeben, von D'Canstatt und D' Eisenmanw, t, Il, 1848,
Muülades Décès sur 1000 sur 14000, Européens..... 82 2,9 19 Malad POUMONS . ...... Lun A ; M Pen TURRe | Indigènes...... 12 1:2 20 Maladies intestinales (dysenterie et | Européens. .... Paré 13,7 dirhams nl cmabiouu sh 7 l'Indigènes...... 26 2,1 ; 4 . Européens..... 123 5,6 à Wal 109 GUÙ JU cr. FELTT ds st de L 83° Maladies du foie Indigènes...... 1 0,1 4° Maladies mentales, apopleæie et épi- | Européens. .... 17 1,5 1}: 11) | RAS NP CRE PEHVUAUUE Pi ) Indigènes....., 4 0,5 5° Fièvres éphémère et intermittente , | Européens. .... 246 3 rémiltente et continue .....,.... : l'Indigenés.... 4.11, 229 31 ; à été Européens. .... 8 2 (o) - 6° Anasarque, ascite, béribéri........ EE Lo aiu 8 1,3
Le béribéri ne s’est montré que chez les indigènes ; il les atteint en grand nombre et cause une forte proportion de décès (46 sur 399 cas). Voilà certes une maladie de race, et, par conséquent, pour les Européens, une immunité constatée, Il est à noter que, sous le ciel des Indes, ceux-ci comptent trois fois plus d’affections cérébrales qu'en Angleterre. L'égalité du tribut payé par les deux races aux fièvres endémiques est un résultat imprévu, mais très réel. C’est daus les stations de Masulipatam et de Chicacola qu’elles ont sévi avec le plus d'intensité sur les Cipayes comme sur les Anglais; la première est cernée de foyers d’effluves miasmatiques.
5° Dégénération. — Les races humaines ne se maintiennent point dans le temps et dans l’espace avec des caractères immuables; il en est d'elles comme des espèces animales, qui sont modifiées par le déplacement du climat natal dans un autre et par les circonstances de l’état de domestication. Les animaux subissent des variations dans leur couleur, dans la nature de leur tégument et de leur pelage, dans la structure de leurs membres, dans les proportions des diverses parties de leur corps, dans leurs fonctions, dans leurs habitudes, dans leurs facultés inteliectuelles, etc. Ges changements se fixent dans la race et y persistent aussi longtemps qu'elle se propage sans croisements, toutefois sans altérer jamais le type de l’espèce. L'homme subit des influences analogues qui le pénètrent plus profondément encore : à l’action des climats s'ajoute celle de la vie sociale, des passions, des intérêts, des agitations politiques, des idées religieuses, etc.; plus ses facultés sont étendues, plus il est apte aux transformations physiques et morales. L'histoire nous le montre doué d’une aptitude spéciale qui manque aux animaux, la perfectibilité ; et, tandis que les habitudes propres à chaque espèce animale se transmeltent. avec une constante uniformité de génération en
génération, l’homme manifeste une tendance aux changements, qui peut avoir quelquefois pour résultat temporaire un recul dans le passé, mais qui, en général, le fait avancer dans les voies de la civilisation.
Les conquêtes qu'il fait dans cette direction, les trophées de lintelligence et de l’industrie, sont-ils payés par la décadence du corps, par l’affaiblissement progressif de la constitution physique ? L’excitation que l'instruction prématurée communique au système nerveux, la corruption des mœurs, l'extension des industries nuisibles ont-elles pour effet consécutif l'épuisement des complexions (1) ? Dans l’espace de vingt-cinq ans (1816-1840), sur 7 321 609 jeunes gens appelés à faire partie de l’armée, 1 416 527 ont été rélormés pour défaut de taille ou pour infirmités diverses: c’est presque le cinquième du nombre total, En comparant les deux totaux extrêmes, 1816 et 1840, on voit que le chiffre des exemptés a plus que doublé pendant l'intervalle, quoique la taille exigée autrefois (1 mètre 57 centimètres) ait été, en 1832, réduite à 1 mètre 56 centimètres, réduction qui a eu pour résultat de diminuer de près d’un quart le nombre des exemptions pour défaut de taille (2). En 1852, la proportion des exemptions a été de 3,34 pour défaut de taille, et de 45,55 pour infirmités, sur 100 appelés; en 1853, de 4,75 et de 21,03. Mais ces faits et quelques autres ont reçu une interprétation trop générale: ils n’ont qu’une signification partielle, relative à certaines localités, à certaines populations. Admettons avec B. A. Morel (3) que l’action des émanations palustres, l'atmosphère et les labeurs de certaines industries, une alimentation exclusive, ou insuffisante ou délétère (céréales altérées), l'alcoolisme, l'abus de l’opium, etc., sont des causes de dégénérescence, c’est-à-dire de déviation du type normal humain, agissant par hérédité sur des générations même exemptes de ces vices ou de ces souffrances, etc.; lui-même indique la limite où elles finissent, puisqu'il admet que par une aggravation progressive de conséquences héréditaires, elles se résolvent dans la stérilité, et réalisent le maximum de dégradation physique, intellectuelle et morale dans une génération désormais mcapable de se propager. Ce sont détriments partiels pour l'humanité, misères locales et dont les foyers ne rayonnent pas au delà de certaines limites.
(1) Descuret, Médecine des passions, p. 166.
(2) Dufau, Traité de statistique, 1840.
(3) Traité des dégénérescences physiques, intellectuelles et morales de l'espèce humaine, et des causes qui produisent ces variélés maladives, Paris, 1857.
La répartition des crétins et des idiots, des sourds et muets en France, témoigne de ces influences à sphère circonscrite, quelle qu’en soit d’ailleurs la nature. Tandis que l’on compte, en 1856, sur 400 000 habitants :
329 crétins et idiots dans les Hautes-Alpes.
180 — dans l’Ariége.
138 — dans les Hautes-Pyrénées.
at —- dans le Puy-de-Dôme.
A17 —- dans la Meurthe.
110 — dans le Bas-Rhin,
107 — dans la Meuse.
101 — dans le Haut-Rhin.
cette proportion descend à :
33 dans l'Ain et l’Ille-et-Vilaine. 40 dans les Côtes-du-Nord. 37 dans la Corse. 42 dans le Cher et la Vienne, 39 dans la Haute-Vienne. 43 dans le Gard, etc.
Les sourds et muets se rencontrent dans les proportions sui-
vantes :
40 dans la Seine, sur 400 000 habit. | 1432 dans la Moselle, sur 100 000 hab. 47 dans le Tarn. 134 dans le Bas-Rhin.
56 dans Maine-et-Loire, 145 dans le Haut-Rhin.
59 dans la Nièvre. 146 dans la Corse.
1429 dans les Hautes-Alpes,
Le recensement spécial de 1856 montre : 1° que près des trois quarts des sourds-muets le sont de naissance; 2° que celte infirmité pèse particulièrement sur le sexe masculin ; il confirme, en outre, les observations faites à l'étranger ,que la fréquence de la surdi-mutité, comme celle du crétinisme et de l’idiotisme, croit avec l'altitude.
Legoyt (1) a trouvé les rapports ci-après :
Sourds-muets. Habitants, Habitants,
Région orientale (montagnes)... 93 sur 400 000, soit 1 sur 1081 Région occidentale (plaines). ... 70 id. soit 4 sur 1402 Moyenne pour la France entière..,..,,.,..... NOM CRPTTE A Sur 1201
La Commission royale de statistique sarde n’a pas manqué de signaler l'influence de l'altitude sur le développement du crétinisme;
(1) Statistique de la France, dénombrement de 1856, 2€ série, t, IX, p, xxXxNII. Strasbourg, 1859.
mais il n’est pas possible, dans l’état actuel de nos connaissances, d’en préciser la nature.
Le maximum de fréquence et d'intensité des diverses formes de dégradation s'observe dans les populations isolées et presque sans communication avec les pays voisins, comme dans certaines vallées du canton de Berne où les hommes se marient très jeunes et où se multiplient les unions entre consanguins : là se montre dans toute sa laideur la dégradation de l'espèce, l’abâtardissement de la race. Là règnent, dit Ménière (1), le crétinisme, l’idiotie, la surdi-mutité de naissance. La position insulaire de la Corse agit-elle de même en restreignant le choix des familles, et par conséquent les croisements ? Le chiffre élevé des sourds-muets dans ce département autorise à le croire. Notre propre observation nous conduit à attribuer la même influence aux préjugés des sectes religieuses, qui circonscrivent dans les limites de leurs communions le champ des alliances. En Alsace, juifs et protestants ne se marient généralement qu'entre eux, et de là, sans doute, le rang de ces deux départements dans la statistique de la surdi-mutité en France. Les années qui ont été marquées par des calamités publiques, telles que les disettes, les guerres, etc., laissent sur les générations qu’elles produisent une empreinte commémorative de détérioration. C'est ainsi que, pour quelques classes de jeunes gens compris dans les calculs ci-dessus de Dufau, il faut tenir compte des guerres de l’Empire, qui ont amené une foule de mariages précoces dont les produits ont dû être inférieurs en stature et en force. Tenon a prouvé que les guerres déterminent un abaissement dans la taille moyenne des générations, parce qu'elles écrement la population virile, et enlèvent à la procréation régulière de l'espèce les individus de haute stature ; elles ne produisent toutefois cet effet qu’en se prolongeant : celles de Crimée (1854-1856) et d'Italie (1859) n'ont exercé aucune influence sur le nombre des exemptions pour défaut de taille (2). D'un autre côté, nous avons vu plus haut que la force moyenne des races augmente avec leur degré d'amélioration sociale ; donc la civilisation, malgré ses abus, ses vices et ses excès, contribue finalement à prolonger la vie moyenne et la vie probable des hommes : en imprimant plus d’activité aux esprits, elle développe les facultés et agrandit la sphère de l'existence; en créant de laborieuses et fécondes industries, elle
(1) Gazelte médicale de Paris, 16° année, 3° série, t. IX, p. 308.
- (2) Sistach, Études statistiques sur les infirmités et le défaut de taille (Mémoires de médecine et de chirurgie militaires, Paris, 1861).
DES AGES.— FÉCONDITÉ. h31
accroît l’aisance des masses, laquelle produit plus de différence dans la mortalité des quartiers d’une grande cité que l'air, l’eau, le sol et le logis (Villermé). Mêlier a prouvé que la mortalité dans les divers départements de la France est en raison inverse du degré d'instruction publique (1). D'après Villermé, la mortalité relative en France était, en 1780, de 1 : 29 ; en 1802, de 1 : 30 ; en 1820, de 1:29. Benoiston de Châteauneuf a constaté la même amélioration pour Paris, J. Marshall pour Londres, Casper pour Berlin, Odier pour Genève, Schubler pour Stuttgard et le Wurtemberg, Ch. Bærsch pour Strasbourg, etc. C’est la mortalité des enfants qui a diminué le plus, grâce à la vaccine et au perfectionnement des méthodes d’édueation et de pédiatrie. L'existence est donc plus assurée aujourd'hui, nonobstant les résultats peu satisfaisants du recrutement, et ce bienfait on le doit à l'extension des lumières, au développement de l'industrie, aux progrès de la médecine, à l'adoption d’un genre de vie plus rationnel, etc., c’est-à-dire au progrès social.
La table de mortalité de Duvillard ne donne que 28 aus 3/4 pour la durée de la vie moyenne avant la révolution de 93; en 1817, cette moyenne s'était déjà élevée à 31,8 ans ; elle est aujourd'hui de 37 ans (2): de telle sorte que la longueur de la vie moyenne, calculée dans la première moitié du siècle dernier pour des têtes choisies parmi des rentiers dans l’aisance, est dès à présent surpassée par la longueur moyenne de la vie chez tous les Français indistinctement, quelles que soient la faiblesse de leur constitution et la médiocrité de leur fortune (3).