‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 67 sur 155 · POPULATION · texte numérisé non relu

POPULATION

On a dit que la population croîtrait suivant une progression géométrique en l’absence de tout obstacle à son développement; mais

(1) Legoyt, Statistique de.la France, 1854, p. xLvr. (2) Annuaire du Bureau des longitudes de 1844.— Ibid. pour 1856, p. 196.

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que, dans les circonstances les plus favorables, les moyens de subsistancé ne peuvent jamais augmenter que selon une progression arithmétique. Ce qui s’opposerait donc au progrès de la population, ce serait le manque de l'aliment. Quand elle est parvenue dans son accroissement au niveau deses moyens de subsistance, il faut qu’elle s'arrête, ou, si elle dépasse cette limite fatale, un excès de mortalité l'y ramène. Doctrine désolante, qui, très heureusement, ne se vérifie point dans les faits sociaux. D'abord, sous l'empire d’un état social qui ne change point, au milieu des obstacles de toute espèce qui agissent d’une manière uniforme, la population n'augmente pas d’une manière indéfinie (Quetelet); ses oscillations ne sont en rapport qu'avec le climat et la quantité essentiellement variable des subsistances ; ensuite, comme il est donné à l’homme de forcer la production du sol et d'élever la somme de ses moyens de subsistance, il fournit par son activité et son intelligence une latitude proportionnelle à l'extension de son espèce. Il suit de là que, si tous les pays de l’Europe présentaient les mêmes circonstances physiques, leur population spécifique donnerait la mesure de leur production et de leur industrie; mais sans faire abstraction des conditions du sol, de l'atmosphère, du climat, de l'exposition, etc., qui détruisent en partie ce rapport, la densité humaine est une valeur physiologique et historique du premier ordre; elle résume non-seulement tous les éléments actuels d'un pays, mais encore les influences qui ont agi sur lui dans les siècles antérieurs. Le nombre d'habitants par lieue carrée dans les principales contrées est donc une donnée importante pour l'hygiène publique ; nous le rapportons d’après Balbi et Quetelet :

Habilants par lieue carrée de 25 au degré.

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Hors de l’Europe, de Humboldt (1) a fourni les indications suivantes :

(1) Voyages aux régions équinoxiales,

ll | HYGIENE PUBLIQUE.

Amérique septentrionale ,...., 32 | Russie d'Asie. ,,..,.....,0.9. 4 Amérique méridionale......., 244 Chine ss. te pres iitiets 661 AE Bresil ns ss ARRETE. 15 | Péninsule de l'Inde .......... 925 République de Buenos-Ayres... 18° | Egypte cultivée . ....,..%.11.1767

États-Unis. sum gta 58

La population est en raison inverse des décès et en raison directe des naissances : 1° Le rapport des décès aux naissances a diminué ; toujours variable, puisqu'il est assujetti à des causes très diverses, il s’est rapproché de sa valeur moyenne : il peut en différer aujourd'hui soit en plus, soit en moins, de la quinzième partie de cette valeur, tandis que, vers la fin du xvn° siècle, il n’était point rare que la différence fût d’un quart, d’un tiers, et elle pouvait être de moitié (1). 2° Les différences dans les quantités annuelles des décès ont graduellement diminué dans les temps antérieurs et jusqu’à nos Jours, du moins lorsqu'on examine ces différences par périodes décennales : c'est ce qu'ont vérifié Fourier pour Paris, Marshall pour Londres, Ch. Boersch pour Strasbourg. 3° Le rapport des décès à la population s’est graduellement abaissé dans toute l’Europe : toutes les statistiques administrent la preuve de ce fait. Moreau de Jonnès a trouvé les résultats suivants : Paris, année 1650, 1 décès sur 25 habitants ; année 1829, 1 sur 32 ; Londres, année 1690, 4 sur 24; année 1828, 1 sur 55; Genève, année 1560, 1 sur 18; année 1821, 1 sur 43 4° Quant aux mariages, ils ne présentent pas de rapport constant avec les naissances ; mais 1ls sont généralement en raison inverse de la mortalité (Casper, Ch. Boersch). Cette observation s'applique aux temps comme à l’espace; elle ressort de la comparaison des périodes d'années et de celle de différents pays; en d’autres termes : « Quand la mortalité diminue, que les moyens de subsistance deviennent moins abondants, ou que la main-d'œuvre est plus chère, l’homme à besoin de plus de forces et d'énergie pour pourvoir à ses propres besoins, et se hâte moins de contracter mariage. C’est en ce sens qu'il est vrai de dire que les limites de la production sont les limites naturelles de la population. Quand, au contraire, la mortalité est plus considérable, et que des décès plus nombreux ont laissé plus de places vides dans la société, une tendance naturelle et puissante pousse l’homme à remplir ces lacunes faites par la mort, et le nombre des mariages augmente de nouveau (2). » En présence de cette loi d'économie divine qui se dégage

(1) Fourier, Recherches stalistiques sur Paris, etc., t. I, p. 25. (2) Charles Boersch, Thèse sur la mortalité à Strasbourg, 1836, p. 185.

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des chiffres de la statistique comparée, il devient inutile d'inscrire dans la législation positive la prudence dans les mariages, recommandée par Malthus, et la liberté des mariages se passe des restrictions proposées par Dachâtel (1) et quelques autres économistes.

De ce qui précède, on peut déduire théoriquement que l’accroissement des populations ne s'effectue que dans une certaine mesure ; c'est en effet ce que l’on observe. On l’a évalué par an, pour la France, à 0,63 (Rau) ou 0,65 (Ch. Dupin); pour la Lombardie, à 0,45; pour la Suède, à 0,58 ; pour le royaume de Naples, à 0,83; pour les Pays-Bas, à 0,94, etc. D'après ces chiffres, la population serait doublée dans ces États en 110 ou 105 ans, 152 ans, 118 ans, 83 ans, 74 ans, etc. Mais beaucoup de ces calculs ne reposent pas sur une période suffisante d'années ; et, quant aux dangers du doublement, ils s’évanouissent devant les résultats de compensation providentielle qui se révèlent dans l'étude du mouvement de la population à travers le temps et l’espace, résultats dont le balancement des mariages avec la mortalité n’est pas le moins remarquable, et dont nous trouverons d’autres exemples en recherchant l'influence des disettes et des épidémies,

Le seul fait de l'accroissement d’une population n'indique point son degré d’aisance. Il est nécessaire, dit Quetelet, de connaître non-seulement de combien d'individus une population se compose, mais encore de quelle manière chaque individu parvient à pourvoir à ses moyens d'existence : témoin l'Irlande, qui s'accroît annuellement de 2,45, et n’exigerait que 28,6 ans pour doubler sa population. Un seul individu de telle nation consomme autant que trois individus de telle autre. De même un peuple peut gagner en lumières, en industrie, en bien-être, sans que son mouvement annuel témoigne de ces progrès, la consommation de chaque mdividu augmentant en proportion. La qualité de l'accroissement mérite donc d'être considérée autant que la quantité : s’il est dû à une exubérance de naissances coïncidant avec une forte mortalité des adultes, il n’a aucune valeur, puisque la population perd des hommes qui produisent et qui contribuent au bien-être général, et ne gagne en échange que des enfants hors d'état de se rendre utiles.

Pendant une période de 25 ans, l’accroissement moyen annuel de la population en France a été de 161 738; la durée de la vie moyenne, qui était avant la révolution de 28 ans 3/4 (Duvillard), est

(1) De la charité dans ses rapports avec l’état moral el le bien-élre des classes inférieures de la société. Paris, 1829.

hhG HŸGIÈNE PUBLIQUE.

aujourd'hui de 37 ans, ce qui donne une augmentation de plus de 8 ans (1). La comparaison de ces deux résultats fixe la valeur du premier. Tous les États de l’Europe ont marché dans cette double voie. Le sol n’a rien acquis en étendue ; maïs la main de l’homme l'a remué avec plus de vigueur et d'industrie; les voies d'échange se sont multipliées ; la production s’est élevée, avec elle les popu-lations, et leur bien-être et leur moyenne de vie. Telle est l'œuvre de la civilisation, qui est aux masses ce que le libre arbitre est à l'individu : pour les nations comme pour l’homme isolé, la vie est au prix du travail; leur activité a sa libre sphère comprise dans les desseins de la Providence.

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