‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 66 sur 155 · DES SEXES · texte numérisé non relu

DES SEXES

Quelles sont les causes qui interviennent dans la détermination sexuelle des produits de la conception ? Parmi celles que l’on a in-

{1) Quetelet, Struyk, Sussmilch, Annuaire du Bureau des longitudes, etc,

hhQ HYGIÈNE PUBLIQUE.

voquées (dispositions anatomiques, force relative des deux époux, climat, etc.), une seule nous paraît digne de mention, savoir : l’âge relatif des parents. Hofacker a déduit de l’état civil de 2000 enfants nés à Tubingue les rapports suivants :

P ère plus jeune que la mère....... 298 filles, 270 garçons — 100 : 90,6

— "du même âge qu'elle. .....,.. 70 78 00e 095 — plus âgé d’un à trois ans...... 163 190 5 1100! :3416,6 — plus âgé de trois à six ans..... 229 257 ad00,102%18 — plus âgé de six à neuf ans..... 85 106 — LOU IL. — plus âgé de neuf à douze ans... 112 161 = 100 "1491

D'où il résulterait qu'à égalité d'âge des deux parents, ou quand la mère est plus âgée, il naît moins de garçons que de filles ; mais plus l’âge du père l'emporte sur celui de la mère, plus le nombre proportionnel des garçons augmente. Sadler, en compulsant les registres de naissance des pairs d'Angleterre, est arrivé aux mêmes conclusions ; 1l a trouvé de plus que les veufs ont plus de tendance à produire des naissances féminines. Voici les résultats obtenus à

Calais, de 1833 à 1852, par le docteur Boulenger (naissances légitimes).

Père plus âgé Père et mère Père moins âgé Total que la mère, du même âge, que la mère, des naissances, Garçons... 1 510 1171 437 5115 6 006 FHLOSN RTE 1 373 1 085 430 2 888 Rapport sexuel. 109,98 107,92 401,63 107,97

La prédominance masculine est la plus forte possible, comme on le voit, dans les unions où le père est plus âgé que la mère; à égalité d'âge des parents, elle se rapproche de la moyenne, et elle lui est notablement inférieure quand le père est moins âgé. Legoyt, en opérant sur un total de 52 311 naissances, est arrivé au même résultat pour Paris en 1854 et 1855. S'il est définitivement démontré un jour que l’âge est le régulateur qui fixe la grandeur du rapport entre les naissances des deux sexes, qui ne saisit l'importance toute sociale des indications qui en découleront?

En général, on compte 104 à 106 naissances masculines pour 100 naissances féminines ; parmi les 14 500 000 enfants venus au monde de 1817 à 1831, la proportion sexuelle a été de 100 : 106,38 (1). Pendant une période de 36 ans, comprise entre 1817 et 1852, il est né en France 17 951 000 garçons, et 16 920 848 filles; Le rapport du premier nombre au second est à très peu près égal à 17/16 ; les

(1) Quetelet, op. cit., t. E, p. 41,

SEXES, — MORTALITÉ. hll

naissances moyennes annuelles des garçons excèdent donc d’un seizième celles des filles. La période de 25 ans comprise entre 1817 et 1841 avait donné les mêmes résultats (1). En 1853, le rapport des garçons aux filles, dans les naissances en France, est monté à 106,08 ; en 1854, il est descendu à 105,38. Pour les enfants naturels, le rapport des naissances masculines aux naissances féminines diffère peu de celui de 26 à 25. Si minime qu’elle soit, cette différence intéresse le médecin et l'hygiéniste. Tient-elle à ce que les rapprochements complets sont plus rares dans les unions illégitimes et à la proportion plus grande de premiers-nés parmi les enfants naturels? Cette dernière condition semblerait plutôt motiver une augmentation de naissances masculines, car, d’après une statistique de 1832 à 1852 faite à Calais par le docteur Boulenger et insérée dans la Sfatistique officielle de France pour 185h, la prédominance des garçons est beaucoup plus marquée dans les enfants nés de mères primipares que dans les autres. Il naît un peu moins de garçons dans les villes, surtout dans les cités populeuses, que dans les campagnes. Girou de Buzareingues a noté qu'il naît moins de garçons dans nos départements voués au commerce et à l’industrie que dans nos départements agricoles.

La race fait-elle aussi varier la proportion des naissances masculines et féminines ? Les relevés de la monarchie prussienne attribuent aux Israélites 113 naissances féminines pour 100 naissances masculines. Pour les [sraélites de Livourne, Valentin fixe la proportion à 100 : 120, tandis qu’elle n’est que de 100 : 404 parmi les chrétiens de cette cité. C'est à tort que l’on a considéré la polygamie des Orientaux comme une cause d’accroissement des naissances féminines.

$ 2. — Mortalité.

À la naissance et pendant la première année de la vie, la mortalité est plus forte chez les hommes que chez les femmes, et cette différence se maintient pendant les dix premières années dela vie, quoique plus prononcée dans la première période quinquennale, Vers le temps de la puberté, c’est-à-dire de dix à quinze ans, la mortalité l'emporte parmi les femmes ; mais, de quinze à vingt ans, le rapport devient inverse : d’où l’on voit que les préparatifs de la puberté compromettent plus la vie des femmes que l'établissement définitif de cette phase organique. Après l’âge de la puberté, la morta-

(1) Annuaire du Bureau des longitudes pour 1842. — Ibid. pour 1856, p. 192 et sulv.

Lh2 HYGIÈNE PUBLIQUE.

lité devient plus forte, et cette augmentation devient surtout très sensible pour le sexe féminin jusqu’à l’âge de vingt ans ; ces cinq ou six années constituent donc pour les femmes une période critique, et c’est la seule où leur mortalité l'emporte sur celle de l’autre sexe (1). » La grossesse, l'accouchement, l'allaitement, n'interviennent pas non plus d’une manière décisive dans la mortalité du sexe féminin; mais celle-ci est généralement plus forte depuis la vingtième jusqu’à la trente-cinquième année. La ménopause est moins critique que l’on ne croit (voy. tome |, page 270): ses préludes le sont peut-être plus que son établissement définitf, car, tandis que la mortalité des femmes s'élève de trente à quarante ans, elle est faible de quarante-cinq à cinquante-cinq ans, comparativement à celle des hommes. Parmi les individus qui franchissent la quatrevingt-dixième année, on compte plus de femmes que d'hommes. D'après Sussmilch, le nombredes veufs est à celui des veuves comme 400 à 150. La Srafistique générale de la France pour 1851 signale 836 509 veufs pour 1 687 583 veuves; le nombre de celles-ci est done plus que double de celui des veufs. Il est vrai que les hommes se marient à un âge plus avancé, qu'ils contractent un plus grand nombre d’unions en secondes noces, qu'ils exercent des professions plus pénibles ét qui exposent davantage leur vie. Il faut surtout considérer que, les femmes se mariant en moyenne à vingt-quatre ans et demi, leur vie probable à partir de cette époque est encore detrente-neuf ans, tandis qu'à l'âge de vingt-huit ans où les hommes se marient, leur vie probable n’est plus que de trentequatre ans (Legoyt). Mais, toutes ces causes mises en ligne, il reste encore à faire une part notable, dans ce résultat de la statistique, à la plus longue durée de la vie des femmes. En somme, les décès masculins l’emportent sur les décès féminins : pendant une période de vingt-cinq ans les premiers sont représentés en France par 61, les autres par 60 (2).

Page 1