‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 3)Chapitre 70 sur 155 · Î.— INFECTION, CONTAGION, ENDÉMIE, ÉPIDÉMIE · texte numérisé non relu

Î.— INFECTION, CONTAGION, ENDÉMIE, ÉPIDÉMIE

4° Infection. Ce mot exprime le mode de propagation de certaines maladies dont la cause est l’action exercée sur l’homme par un air contaminé. L’infection suppose : 1° un foyer d’émanations délétères; 2° le rôle intermédiaire de l'air qui leur sert de véhicule; 3° chez ceux qui en sont pathologiquement affectés, une aptitude spéciale à en subir l'influence. Le principe infectieux a été appelé effluve quand les marais sont le foyer qui le dégage, miasme quand il s'échappe de l’organisme vivant, sain ou malade, ou d’une substance animale en putréfaction. Fréd. Hoffmann désignait l'agent infectieux par le mot ferment, qu'un chimiste contemporain, Dumas,emploie dans le même sens. Indiquons rapidement les sources de l'infection et les principales maladies qui se rattachent à chacune d'elles.

A. Matières végétales en macération (voy. tome À, £aux stagnantes). Les résultats de l’intoxication marécageuse sont les fièvres intermittentes, rémittentes, subcontinues, c’est-à-dire à stades fébriles si rapprochés que l’apyrexie s’efface ; pseudo-continues ou pyrexies, qui, dès leur invasion ou vers leurs dernières périodes, revêtent la forme continue; la fièvre jaune, dont Chervin a démontré l’origine infectieuse et dont Valentin, Devèze, Dalmas à Saint-Domingue et dans l'Amérique du Nord, Lefoulon, Rouvier à la Guadeloupe, Gilbert, Decourt, Guyon aux Antilles, etc., avaient signalé la coïncidence ou l’alternation avec les endémies de fièvres intermittentes, rémittentes et subcontinues. D’après un relevé de 496 épidémies de fièvre jaune, 106 se sont manifestées entre l’équateur et le 30° degré de latitude nord; 76 entre le 30° et le 40° degré ; 43 entre le 40° et le 50° degré; 1 entre le 50° et le 60° degré; point entre le 60°etle 90° degré. Enfin, la dysenterie qui règne dans les pays à marais, concurremment avec les fièvres intermittentes, paraît reconnaître en partie la même origine.

B, Matières animales en putréfaction : principes toxiques four-

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nis par le corps de l’homme ou des animaux vivants et malades. Ces deux causes agissent séparément ou se confondent pour la production des mêmes effets. Les exemples abondent de linfluence pernicieuse des exhalaisons qui se dégagent de la matière animale morte et altérée par la fermentation putride : des diarrhées, des dysenteries, des fièvres malignes ont frappé un grand nombre de personnes lors de l’exhumation des cadavres enterrés dans le cimetière des Innocents. Vaidy, cité par Desgenettes, rapporte qu'en 1796, près de Nuremberg, des hommes chargés quelques jours après une bataille d’ensevelir Îles cadavres de soldats morts furent atteints de fièvres graves. Les fossoyeurs sont exposés aux mêmes dangers s'ils procèdent sans précaution à l’exhumation de cadavres enterrés depuis longtemps. De Lassone (1) a mentionné avec détail une épidémie de fièvres malignes qui sévit en 1749 dans la maison de l’Enfant-Jésus ; elle cessa dès qu'on eut couvert de chaux et d’une grande quantité de terre le fossé voisin de lPétablissement, où l’on avait enterré à peu de profondeur un grand nombre de vaches, Forestus, Ambroise Paré, Maret, Ramazzini, Fourcroy, Requin, Chevallier, Guérard, etc., rapportent des faits qui établissent l’action funeste des émanations cadavériques. Dans la discussion que souleva cette question en 1528 à l’Académie de médecine, Chomel, Brichieteau, Moreau, ont appuyé cette opinion, qui fut combattue, ou du moins frappée d’un doute, par Villermé, Andral et Bailly. Warren (2) en Amérique, et Parent-Duchâtelet ont exagéré, on peut le dire, la doctrine de limnocuité des exhalaisons putrides. Ce n’est point que les faits contradictoires fassent défaut : si l’on ne peut arguer sérieusement de la santé des bouchers et des charcutiers, celle des ouvriers est digne de remarque dans les raffineries de sucre où l’on emploie du sang de bœuf, dans les tanneries, les mégisseries, les boyauderies, dans les clos d’équarrissage ; on signale avec raison le bon état des égoutiers, des vidangeurs, des garçons d’amphithéâtre ; en 1814, après la bataille de-Paris, 4000 chevaux dépouillés restèrent quinze jours sur le terrain par une température moyenne de plus de 15° + c.; ceux qui furent chargés de les réunir en tas pour les brûler ne furent point incommodés. On ajoute à ces faits d’autres faits qui ont une signification purement individuelle : celui d'Antoine Dabois enlevant impunément des cadavres pendant la nuit au cimetière pour approvision-

(1) Mémoires de la Société royale de médecine, année 1776, t. I. (2) Journal du progrès. Paris, 1830, t, IX, p. 66.

ner son amphithéâtre, ayant sous son lit des pièces anatomiques en macération, celui de quelques naturalistes disséquant de gros animaux dans un local mal ventilé du Muséum {1}. Warren et P.-Duchâtelet n’ont pas assez tenu compte des conditions suivantes. 4° II ne suffit pas que l’agent toxique soit répandu dans l'atmosphère, il faut que l'organisme soit apte à en recevoir l'impression. 2° L’habitude peut neutraliser plus ou moins complétement les propriétés toxiques de certaines émanations ; les étudiants en médecine s’acclimatent aux salles de dissection ; les tanneurs, les boyautiers à leurs ateliers, etc. 3° La force de constitution et le régime aident à cette résistance et la font durer; généralement, les égoutiers, les vidangeurs, etc., sont des hommes robustes; ces professions éloignent les individus faibles ; le taux de leur salaire leur permet une alimentation substantielle. 4° Mais la condition la plus essentielle c’est le travail à l'air libre ou dans une atmosphère à peu près close ; toutes les professions qu'on a alléguées en faveur de l’innocuité des odeurs putrides s’exercent à l’air libre ou dans des locaux ventilés. Qui donc soutiendrait que l’on peut respirer impunément dans un caveau, dans une fosse d’aisances”? Enfermez doncles peauciers, les tanneurs dans le méphitisme de leurs ateliers ! Nous ne prétendons même pas que, déversées incessamment dans l’atmosphère de nos banlieues, les émanations des voiries n’exercent aucun effet fâcheux sur la santé des populations. A cet égard, les recherches statistiques manqueront toujours de précision : ces populations ne sont pas immobiles ; la direction variable des vents interrompt l’espèce d'expérience qu’elles subissent ; leurs vicissitudes sanitaires

ne sont pas observées avec assez de suites etc., mais la dissipation des miasmes à l'air libre sera toujours la meilleure prophylaxie de l’infection. 5° Les ouvriers à professions méphitiques ont, en outre, leurs repos, leurs jours fériés, pendant lesquels ils s’éloignent des lieux d'infection ; le tanneur, le fossoyeur, n’habitent pas jour et nuit dans le cimetière, dans l'atelier ; or, les causes morbifiques dont l’action est fréquemment interrompue, n'émettent point tout leur effet ; celui-ci se borne à des troubles passagers, à des atteintes superficielles qui bientôt ne se renouvellent plus. La continuité, ou du moins une certaine durée d'action de ces mêmes causes, produira des désastres. Établissez un campement d'armée au voisinage des cimetières d’ambulances où les imhumations ont été superfcielles; maintenez pendant deux ans la même armée dans ce campe-

(1) Fleury,1{occtt.,et. Lups 227

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ment, sur un terrain parsemé de cadavres d'animaux mal enfouis, à l’usage des eaux qui filtrent à travers un sol riche en débris de putréfaction humaine, et vous verrez surgir le typhus de Crimée. En février 4855, l’ambulance de la 1'° division du premier corps eut une violente invasion de typhus : trois médecins succombèrent en peu de jours sur six; deux autres furent frappés ainsi que le général de la division, campé à proximité (1). Des cadavres mal enterrés au voisinage de l’'ambulance, telle fut la cause du mal, signalée par enquête ; l'ambulance fut déplacée et le typhus ne s’y développa plus sur place. Nous trouvons, du reste, ici l'appui de Parent-Duchâtelet lui-même qui a fait une distinction pratique entre les émanations des bassins à matières fécales et celle des chantiers d'équarrissage : « Si les monceaux de matières animales en putréfaction répandent sur le lieu même une odeur bien plus repoussante que les matières fécales, cette odeur putride se dissémine et se fond, pour ainsi dire, plus facilement dans l'air que celle qui provient des matières fécales réunies en très grandes quantités. Ainsi l'odeur particulière à ces dernières matières sera encore reconnaissable à plusieurs kilomètres de distance, tandis que l'odeur des premières cessera d’être sensible à quelques centaines de pas, c’est, du reste, ce qui s'explique aisément par l’'ammoniaque que les matières fécales fournissent en bien plus grande quantité que les autres matières animales. On sait, en effet, que l’ammoniaque est, en quelque sorte, le véhicule des odeurs, qu’elle les développe et leur donne, pour ainsi dire, des ailes. » Il sait de là que les émanations cadavériques n’agissent qu'à une certaine distance, tandis que la sphère d’action des émanations fécales est beaucoup plus étendue; c’est ce que l'expérience médicale des camps vérifie souvent : on sait combien les latrines y sont mal installées, peu surveillées : aussi, pas de camp sans dysenterie, même en France, même à Versailles (2). 6° Cette observation conduit à prendre en considération les différences dans la nature des matières putrescibles et dans le mode de décomposition auquel elles sont soumises ; elles se rangent naturellement en deux catégories : la première comprenant les substances organisées, azotées, sulfurées et phosphorées, c’est-à-dire la plupart des produits animaux et une partie des produits végétaux ; la seconde les substances organiques peu azolées, et, par conséquent, la majeure partie des végétaux. Les matières de la première catégorie

(1) Le général de division Bouat.

(2) Camp de Satory.

sont très aptes à la fermentation putride, et ce phénomène intervient avec énergie dans leur putréfaction qui donne des produits en partie alcalins et d'autant plus fétides qu'il entre plus de soufre et de phosphore dans leur composition. Les matières de la seconde catégorie fermentent plus difficilement, et la fermentation n’a qu’un faible rôle dans l'acte de leur putréfaction, dont les produits sont plutôt acides et beaucoup moins infects. Girardin (7raité de chimue) a groupé dans le tableau suivant ces deux séries de résultats fournis par la putréfaction :

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