CATÉGORIE. 2€ CATÉGORIE
Matières facilement putrescibles, Matières difficilement putrescibles, Gaz acide carbonique. Gaz acide carbonique.
— hydrogène carboné. — hydrogène carboné.
— azote, beaucoup. — Azote, traces.
— hydrogène sulfuré. Eau.
— hydrogène phosphoré. Acide acétique.
Ammoniaque, Substance huileuse. Eau. Résidu noir dans lequel le charbon pré- Acide acétique. domine.
Résida terreux peu considérable, com- posé de sels, de charbon, d'huile et d'ammoniaque.
Il est difficile d’assigner à ces produits leur part de nocuité ; l'acide sulfhydrique et l'hydrogène phosphoré, qui se dégagent surtout pendant la première période de la putréfaction de l'abdomen des animaux, constituent un méphitisme dont personne ne nie le danger ; mais outre les gaz asphyxiants et toxiques qui se dégagent par la putréfaction des matières organiques des deux règnes, il y a le miasme animal et le miasme végétal. Celui-ci donne lieu à la production des fièvres palustres, celui-là à celle des fièvres malignes, putrides, typhiques ; deux groupes d'états morbides qui se mêlent parfois, surtout aux armées, mais qui, observés séparément, révèlent une essence différente et tendent, l’un à la dissolution du sang par la diminution de la fibrine et les hémorrhagies, l’autre à lhydrémie par le déchet de l'élément globulaire et de l’albumine.
Nous sommes donc loin d'admettre l’innocuité des émanations qui proviennent des matières animales en patréfaction , nous avons cherché à préciser quelques-unes des circonstances qui en atténuent, qui en paralysent l'influence. Encore moins penchons-nous à l’opinion étrange qui leur attribue une action favorable ct prophylactique (Fleury, t. [, p. 230). Si un inspecteur de Bondy, Chevreux, revenu cachectique de la Sologne, s’est bien trouvé du séjour de la
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voirie (4), il y a dans le résultat isolé de cette substitution du méphitisme animal au méphitisme palustre une particularité intéressante, peut-être un enseignement pour la thérapeutique, mais non la justification d’une doctrine qui ramènerait au désordre et à l'incurie en matière d'hygiène publique.
L'encombrement n’est autre chose qu’une expérience d'infection; il produit la pourriture d'hôpital, le typhus des prisons, des vaisseaux, des hôpitaux. Dès que le nombre des malades excède les proportions du cube atmosphérique d’un hôpital, on voit les maladies se modifier gravement dans leur aspect et dans leur marche, des complications insolites surgir, telles que les gangrènes, les phlébites, les érysipèles, les accidents de résorption purulente. La viciation du sang se manifeste par les phénomènes de stupeur, d’ataxie, de prostration des forces, en un mot par l’état typhoïde qui marque d’un sceau commun les affections les plus diverses par leur siége et leur forme initiale. L’encombrement n’est pas étranger à l'extension de l’érysipèle, du croup, de la coqueluche, et surtout de l’ophthalmie chez les jeunes sujets admis à l’hôpital des Enfants. En1854, l'hôpital de Péra, ouvert à Constantinople à nos blessés et à nos fiévreux de Crimée, avait été coté par l’intendance et porté à 1800 lits. Sa contenance salubre m'a paru être de 4000 à 4100 lits : toutes les fois que cette limite a été dépassée, les accidents de septicémie se sont multipliés dans les salles au point d'interdire aux chirurgiens la pratique des opérations toujours suivies de résultats funestes. La morve se développe particulièrement dans les écuries de faible capacité, humides et difficiles à aérer : peut-être l'infection où sont plongés les chevaux morveux suffit-elle pour communiquer à l’homme cette maladie terrible, quoiqu’elle se propage le plus souvent par contagion ou par inoculation.
L’atmosphère des grandes villes 5e rapproche des conditions de l'air confiné, par les émanations incessantes de toute espèce dont elle s’imprègne : la hauteur des édifices, létroitesse et la sinuosité desrues, l'existence des égouts, la dissipation quotidienne des excreta d’une population immense, les résidus de vastes marchés, etc., que faut-il de plus pour déterminer une perpétuelle imminence d’épidémies miasmatiques? Pendant le choléra, les quartiers du centre de Paris, les rues étroites et abritées ont fourni une proportion démesurée de victimes. Glascow, malgré sa prospérité et la civilisation
(1) A. Tardieu, Voiries et cimetières (thèse de concours), 1852, p. 119, — Dictionnaire d'hygiène publique, 2° édition, 1862, t, IV, p. 401, art, Vornies.
de ses habitants, subit le fléau de l'encombrement. Les statistiques de Rob Corvan nous montrent cette ville en proie à une mortalité croissante par fièvre typhoïde : en 1835, 6180 attaqués, 412 morts —1 sur 15 de la population ; en 1837, 21 800 attaqués, 2180 morts — 1 sur 10. Londres, ravagé par la peste en 1666, brûlé, puis rebâti, a vu remplacer ses cloaques par des rues larges et bien alignées, et jouit aujourd’hui d'une sorte d’immunité relative contre les épidémies. Nous avons signalé plus haut l'amélioration de la santé publique à Paris. Faut-il s'étonner si les villes autrefois sales, basses, humides, tortueuses, étroites, ont été visitées par les maladies pestilentielles ? Les constructions élevées par les Européens sur les côtes des Antilles et des États-Unis n'ont-elles pas contribué à donner un essor épidémique à la fièvre jaune, qui ne s’est montrée sous cette forme que deux siècles après leur établissement aux Antilles, et qui jusqu'alors s'était confondue à l’état sporadique avee les fièvres rémittentes du pays ?
2 Contagion. — Tandis que les maladies infectieuses sont engendrées par un principe qui se dégage d’un foyer commun, et qu'en s’'éloignant de ce dernier on se soustrait à leur atteinte, les maladies contagieuses se transmettent d'individu à individu, à de grandes distances, et par le contact immédiat ou médiat. Si l’on veut éviter les hypothèses et se borner à l’énonciation sommaire des faits observés, on dira qu'il y a contagion lorsqu'un individu, affecté d’une maladie, la communique à d’autres individus qui se trouvent dans des conditions d’aptitude spéciale pour la recevoir, et qui, à leur tour, la propagent avec les mêmes caractères et dans les mêmes circonstances. Anglada (1) a donc raison d’assigner à la contagion, pour condition essentielle, l'élaboration morbide d’un principe spécifique virtuellement doué du pouvoir de transmettre l'affection qui l’a engendré.
Quel est le véhicule de la contagion, l’agent reproducteur de la maladie ? Le définir, c’est en même temps indiquer ses divers modes de transmission ; il est deux sortes de contagium qui ne peuvent donner lieu au doute ni à l’équivoque : l’un n’est autre chose qu'un animalcule ou un végétal, le sarcopte de la gale, le cryptogame de la teigne ; l’autre est la matière inoculable de la variole, de la syphilis. Dans le premier cas, le contagium est un être animé que le microscope révèle à l'œil ; dans le second, une matière non moins évidente dans son origine et dans ses effets. La contagion parasitaire
(1) Ch. Anglada, Traité de La contagion, etc. Montpellier, 1833, t. E, p. 14.
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et la contagion virulente révèlent sous une forme appréciable à tous les regards, le mécanisme de la propagation morbide, mais celle-ci a d’autres modes encore. La rougeole, la scarlatine, la coqueluche, le typhus se communiquent par l'intermédiaire de l'air, par une émanation incoercible et spécifique des malades qui présentent ces affections : c’est la contagion halitueuse des uns, miasmatique des autres. Ici, comme dans les autres modes de contagion, l'agent morbifique provient d’un organisme malade, et, se communiquant à un ou à plusieurs individus prédisposés, en dehors de tout foyer d'infection, il donne lieu à une maladie identique avec celle dont il est le produit.
Ainsi la source des contagions réside dans un malade, dans une réunion de malades en proie à la même affection ; elles sont mobiles et suivent les directions que prennent les malades ; en frappant d’autres individus, elles reproduisent la maladie type dont elles procèdent ; isolées, elles s’éteignent sur place. Les maladies infectieuses ont, au contraire, un foyer d’origine local, circonserit ; elles ne se développent que dans la sphère plus ou moins étendue de ce loyer ; elles ne disparaissent que par la destruction de celui-ci; elles ne se réduisent pas à un type unique, invariable, spécial. Le virus variolique ne produit que la variole, le miasme scarlatineux ne propage que la scarlatine : les expressions pathologiques qui traduisent l'impaludation ont moins de constance, moins d’uniformité : tantôt aiguës, tantôt lentes, fièvre intermittente ou continue, dysenterie avec où sans hépatite, cachexie séreuse, etc. Dans les salles encombrées des hôpitaux, on voit survenir sous l'impression d’une même cause, l'infection, des érysipèles, des diphthérites, des accidents de pourriture et de gangrène, des phénomènes typhoïdes, la diarrhée, etc.
Toutefois les distinctions entre l’infection et la contagion sont plus faciles à tracer dans un livre que dans la pratique, parce qu’à côté des maladies de contagion certaine et permanente, il en est beaucoup qui ne revêtent ce caractère que d’une manière acci= dentelle, et sous l'empire de circonstances plus où moins définies. Telle affection d’origine infectieuse, arrivée à un haut degré de gravité ou d'extension, manifeste des propriétés contagieuses qui ne lui sont pas habituelles; ainsi se comportent, dans leur marche ascendante, le typhus et la dysenterie des armées (1); Pringle a
(1) Voyez Pringle, Maladies des armées (Encyclopélie des sciences médicales, 1837, p. 183).
toujours vu celle-ci plus ou moins contagieuse dans les hôpitaux et dans les habitations pauvres ; Sarcome, Tissot, Zimmermann sont du même avis: Gendron (1), qui s’est appliqué judicieusement à l'analyse des épidémies des petites localités, a remarqué que, lorsque la dysenterie sévit aux environs de sa ville, elle a presque toujours été importée par des journaliers revenant de la Beauce où ils ont fait la moisson. Demandez aux médecins de l’armée d'Orient et de la flotte si le typhus des camps, des hôpitaux de guerre et des vaisseaux, né de l'infection, ne développe pas un contagium halitueux : à Marseille et à Toulon, deux infirmiers attachés aux magasins des effets de l’hôpital ont succombé au typhus après avoir manié les effets qui provenaient des typhiques débarqués d'Orient. La fièvre puerpérale ne s’élève-t-elle pas dans quelques circonstances à la gravité d'un typhus éminemment contagieux ? Dans certaipes situations qui se reproduisent fréquemment dans les grands hôpitaux et aux armées, il est impossible de démêler l'infection et la contagion. Le transport de certaines maladies à de grandes distances n’éclaireit point ce doute. Si la contagion voyage avec l'être vivant qui en est pour ainsi dire le laboratoire, les maladies infectieuses ont aussi la propriété de se déplacer avec les masses, qui se comportent alors en quelque sorte comme des foyers d'infection mobiles : est-ce la couche d’air adhérente aux vêtements et aux effets d'équipement ou l’organisme lui-même qui sert de véhicule au miasme ? Les faits ne démontrent qu’une chose, mais avec une évidence irrésistible, savoir, la translation du choléra, de la méningite cérébro-spinale, du typhus, des fièvres éruptives, etc., par lintermédiaire des troupes, parcourant de grandes étendues de territoire. Il me suffira de rappeler qu’en juin 1854 le bateau /’A lexandre, qui m'a conduit en Orient, ayant embarqué des militaires en état d’incubation cholérique, porta cette maladie de Marseille où elle sévissait, au Pirée où il n’en existait pas un cas, à Gallipoli où on ne l'avait pas encore signalée, etc. À cette difficulté du diagnostic s'ajoute celle de la possibilité du développement spontané des affections contagieuses, autre problème, diversement résolu, de la pathogénie populaire ; il ne répugne pas à Anglada, après avoir rattaché toute contagion à l'action d’un virus, d’un germe élaboré par un organisme malade sur un organisme sain, d'admettre (2) que le germe préalable n’est pas absolument nécessaire pour la manifesta-
1) Gendron, Journal des connaissances médico-chirurgie,, t. IT, 1835, p. 129. 2)1Lo0.veitett. Trp4iis:
CIRCUMFUSA.—- CONTAGION. 459 tion d’une maladie contagieuse, et que celle-ci peut être le produit d’un acte spontané de la nature vivante sans provocation virulente.
L'hygiène publique gagnerait en précision et en autorité à la solution de ces questions ; mais, sous le bénéfice de certaines réserves, elle peut assurer le terrain de ses préceptes. Là où l'infection et la contagion semblent se confondre et mêler leurs effets, son rôle est tracé ; elle s'applique à détruire les foyers infectieux ; elle ne néglige point certaines mesures de séparation et d'isolement, réglant sa marche sur les résultats mêmes qu’elle obtient; c’est là une sorte d'analyse toute pratique et même instinctive qui reflète quelque lumière sur la nature des actions pathologiques qui sont intervenues. Le point essentiel est de ne pas méconnaître à priori que l’air puisse se charger des principes contagieux et les présenter pour ainsi dire à nos organes. On arrive ainsi à grouper les maladies contagieuses en deux catégories : 1° celles qui sont exclusivement transmissibles par le contact direct et immédiat ou par inoculation : rage, syphilis, vaccine, pustule maïigne, gale, teigne ; 2° celles qui, susceptibles ou non de se transmettre par ce premier mode, peuvent, en outre, se communiquer, sans contact direct, soit par une viciation spécifique de l'atmosphère, soit par l'intermédiaire d'objets matériels contaminés: variole, morve, farcin, typhus, scarlatine, rougeole, dvsenterie épidémique, diphthérite, coqueluche, pourriture d'hôpital.
L'énergie de la contagion n'est pas la même dans les maladies qui en sont douées, abstraction faite d’ailleurs des conditions individuelles et des circonstances extérieures qui peuvent la modifier ; si l’on écarte les degrés variables de l'aptitude individuelle et le caprice des prédispositions, les maladies contagieuses peuvent, d’après Requin, se classer comme il suit : 1° évidemment contagieuses : gale, variole, vaccine, rage, syphilis, rougeole, scarlatine, teigne faveuse, coqueluche, typhus, pustule maligne, charbon épizootique, morve ; 2° vraisemblablement contagieuses : peste, fièvre jaune, dysenterie épidémique, fièvre typhoïde, suette, vrai croup, angine gangréneuse, muguet malin ou confluent des nouveau-nés ; 3° peu probablement contagieuses : choléra, dartres, phthisie pulmonaire. Mais il nous paraît peu rationnel d'envisager les manifestations morbides à propagation contagieuse en dehors de leur cadre historique, en dehors du milieu où elles se réfractent ; la contagion n’a rien d’absolu ni d’inévitable ; elle peut n’accompagner une maladie qu'à une phase déterminée de son évolution; loin d’exclure la propagation par épidémicité, elle se combine avec ce mode et souvent ne se développe qu'à sa suite. Les contagions les plus énergiques sont
h60 HYGIÈNE PUBLIQUE.
celles qui résultent du mode d'action le plus intime, de l’inoculation ou insertion sous-épidermique.
Parmi les principes contagieux, les uns émanent de notre espèce et se communiquent de l’homme à l’homme; les autres sont le produit d’une élaboration morbide des animaux, qui peuvent, dans certaines circonstances, les propager à l'espèce humaine. Bouchut (1) a essayé de classer dans un tableau ces provenances et ces échanges de maladies virulentes; bien qu’il ne date que de quelques années, ce tableau exige déjà des rectifications :
Variole.
Syphilis (2).
Rougeole.
Scarlatine.
Pourriture d’hôpital , elc.
Transmissibles Rage.
Transmissibles à cer-
tains animaux, I, Maladies virulentes originaires de l’homme. Non transmissibles
aux animaux.
à d’autres espèces, } Maladie aphtheuse.
Cow-pox.
Rage.
Morve,
Farcin.
Pustule maligne.
Eaux aux jambes.
Gale (3),
Clavelée.
Typhus du gros bétail.
Maladie aphtheuse.
Transmissibles à
À et ; Ms IT, Maladies virulentes originaires l’homme.
des animaux.
Non transmissibles à l'homme.
HIT. Maladies virulentes commu-" nes, c’est-à-dire originaires de » Maladies charbonneuses, l’homme et des animaux.
Cette diversité d’origine des maladies contagieuses explique leur degré de fréquence dans certaines professions : la pustule maligne,
(1) Bouchut, Mémoire sur les maladies contagieuses (Gazette médicale de Paris, 1848, p. 406).
(2) Auzias-Turenne paraît avoir réussi, depuis la publication de ce tableau, à inoculer le pus syphilitique à diverses espèces animales, notamment aux singes.
(3) Cette contagion a été démontrée par Delafont et Bourguignon (Société biologique, février 1856, et Comptes rendus de l’Académie des sciences, du 4 février 1856). Des hommes devenus galeux en soignant des lions affectés de cette maladie, leur ont offert des parasites identiques avec ceux qu’ils avaient trouvés sur ces animaux; l’acare qui produit la gale du chat n’en diffère que par le volume, Plus récemment, de nombreux cas de contagion psorique du cheval à l’homme, notamment chez huit élèves de l'école d’Alfort, ont mis hors de doute la transmission de la gale des herbivores à l’homme, avec cette particularité que le cheval est sujet à deux espèces de gale, avec des phénomènes et des
CIRCUMEUSA . — CONTAGION. h61
qui provient des maladies charbonneuses du gros bétail, se montre surtout chez les bergers, les bouviers, les mégissiers, les équarrisseurs, les vétérinaires, les bouchers, les matelassiers, etc.; la morve et le farcin chez les palefreniers, charretiers, cochers, cavaliers, équarrisseurs, vétérinaires et chez les médecins ; tandis que les affections à contagion halitueuse ou miasmatique, telles que le typhus, la dysenterie, la diphthérite, la pourriture, etc., sévissent dans les hôpitaux, dans les camps mal entretenus, dans les agglomérations d'hommes malades où cachectiques, etc.
L'organisme présente à l’absorption des contages une large surface par les voies respiratoires, par la muqueuse buccale, etc. Le derme dénudé (inoculation, morsure) leur est une voie non moins sûre. En est-il de même de la surface digestive? L'usage alimentaire des chairs ou du lait d'animaux morts de maladie contagieuse peut-il introduire dans l’économie vivante le germe de la même affection ? Cette question se présentera plus loin (voy, Police bromatologique, viandes.) Contentons-nous de répéter ici, avec A. Tardieu (1), qu’il n’existe pas un seul fait avéré, un seul exemple positif d’un pareil mode de transmission dans les maladies virulentes. Delafond (d’Alfort) rous a dit qu'il n’y avait lieu d’exclure de l’alimentation publique que les viandes provenant d'animaux morts d’affections charbonneuses. L'opinion de notre ami E. Renault, inspecteur général des écoles vétérinaires, est encore plus absolue en cette matière.
Le principe contagieux conserve son activité jusqu’après la mort
acares différents; une seule de ces deux espèces se transmet à l’homme, et Pacare qui la produit est identique avec celui de l’homme. Au reste, en consignant ici la classification de Bouchut, nous avons fait nos réserves qui portent en particulier sur les maladies parasitaires; à côté de l’acarus de la gale, il faudrait mentionner le trichophyton de l’herpes tonsurans, l'oidium albicans du muguet, d’autres parasites ictozoaires, tels que différentes espèces de pediculus ,etc, On comprend toutefois le rapprochement que beaucoup d’anteurs ont fait entre les affections contagieuses et les maladies parasitaires : entre le germe ou ferment des uns et l'être microscopique qui produit les autres, quelle difference y a-t-il? Celles-ci ne sont-elles pas comme une image grossière et une forme palpable d’un mécanisme de propagation morbide dont les effets différent, suivant qu’il agit du dehors au dedans, de la circonférence au centre ou en sens inverse ? Dans le premier cas, souffrance locale, périphérique, et à la longue, troubles réactionnels et cachexies; dans le second, souffrance profonde, interne, troubles aigus et déterminations secondaires sur les téguments, (1) A.Tardieu, Dictionn., d'hugiène publique et de salubrité, 2° édit.,t, f[, p, 423.
de l'individu chez lequel il s'est produit sous l'influence d’un travail pathologique. Deux fossoyeurs ayant exhumé le cadavre d’un homme mort de variole depuis dix ans furent attaqués de cette maladie, qui prit chez eux un caractère de malignité (1). Du virus de vipère conservé pendant trois ans dans des vessies, et apporté de l'Inde à Breschet, fit périr presque instantanément des pigeons auxquels on l’inocula délayé dans un peu d’eau avec la pointe d’une lancette (2). Le garçon d’amphithéâtre qui a procédé, dans l’hôpital de la marine française de Thérapia, près Constantinople, à l’ouverture du corps du maréchal Saint-Arnaud, mort du choléra en Crimée, a succombé presque immédiatement après cette autopsie à une attaque de choléra foudrovant. Ces faits sont authentiques ; ils démontrent la persistance d'action de certains principes morbifiques, sans qu’il soit possible d’en fixer la durée. Les exagérations de la peur, la crédulité des médecins eux-mêmes ont accumulé les fables sur ce sujet : à Livourne, d’après Estienne, une momie ayant été débarrassée de ses enveloppes, la peste fit périr celui qui avait pratiqué cette opération ; si l’on en croyait Diemerbroeck, la peste aurait été transmise par le contact du pied avec de la paille de pestiféré qui avait été exposée aux Influences de l'air libre pendant un automne et un hiver. Le doute est ici plus que licite ; mais reste un fait démontré dont l'hygiène publique est tenue de faire état, c'est la survivance, si l’on peut ainsi dire, des principes contagieux aux corps dans lesquels ils ont pris naïssarice par une élaboration spécifique; de telle sorte que la vérité médicale manque au proverbe : « Morte la bête, mort le venin. » L'efficacité des inoculations faites avec le vaccin conservé pendant plusieurs années devrait faire réfléchir les sceptiques de parti pris. Qui osera démentir les faits rapportés par Pringle et témoignant de la transmission du typhus après plusieurs mois par des objets de literie ?
Les objets matériels susceptibles de s’imprégner des principes contagieux et de les transmettre à de grandes distances ont été diversement classés, et ont servi à dresser une échelle d’aggravation dans les mesures sanitaires. Dans l’ancien système, ils ont été le motif ou le prétexte d'acerbités quarantenaires et d’exploitations intéressées ; on les accusait de transporter au loin le germe de maladies pestilentielles dont le caractère contagieux n’était nullement démontré. Les travaux préparatoires et les recherches auxquelles
(1) Ozanamn, Épidémies, 9 édition, t. 1, p. 65. (2) Sestiëèt, Thèse d'agrégation, 1838, p. 15.
CIRCUMFUSA .— CONTAGION. 163 s'est livré Mêlier pour l’organisation de la conférence sanitaire internationale (1852) l'ont conduit à cette conclusion que, pas une seule fois, les maladies pestilentielles dont il lui a été possible de préciser l'origine n’ont été importées par des marchandises (peste de Marseille, 1720, pestes de Malte, de Corfou, de Noia, dans les Deux- Siciles). À quelles dispendieuses mesures de sanification n’a-t-on pas soumis pendant longtemps les cotons ? Or, les cotons n’ont jamais servi de véhicule aux maladies contagieuses ; ils n’ont jamais communiqué rien de morbide aux portefaix occupés à porter, à ouvrir les balles. Le verre, rangé autrefois parmi les substances non susceptibles, conserve parfaitement les virus inoculables. Dans la conférence internationale, il ne s’est trouvé personne pour défendre la classification surannée des marchandises en susceptibles et en non susceptibles. Le règlement interprétatif de la convention sanitaire du 3 février 4852 s’est borné à les ranger en trois classes pour le cas où le navire arrive en patente brute ou aurait eu pendant la traversée des morts ou des malades suspects : 1° Quarantaine obligatoire avec purifications : les hardes et effets à usage, les drilles et les chiffons, les cuirs et peaux, les plumes, crins et débris d'animaux en général, enfin la laine et les matières de soie; 2° (uarantaine facultative : coton, lin et chanvre ; 3° Æ£xempts de mesures quarantenatres : toutes les marchandises et objets quelconques qui ne rentrent pas dans les deux premières classes. En patente brute de peste, les marchandises de première classe sont toujours débarquées au lazaret et soumises aux purifications. Même en patente nette, les cuirs, les crins, les chiffons et les drilles pourront encourir des mesures sanitaires dont l'autorité déterminera la nature et la durée; il en est de même des marchandises et des objets altérés où décomposés, que l'autorité aura le droit de faire jeter à la mer ou détruire pat le feu. Il était difficile de faire plus pour l'intérêt sérieux de la sécurité publique, et moins pour les appréhensions traditionnelles des populations du littoral. L'avantage de la nouvelle classification est la précision et une juste appréciation des chances réelles de contamination, À ceux qui y verraient encore trop de difficultés et de détriment pour le commerce, on pourra demander, avec Riberi, si, par hasard, le commerce n’a que des droits et pas de devoirs à remplir (1).
La distance à laquelle les principes contagieux peuvent agir par
(1) Ribéri, Relazione fatta al senaio del regno sardo al progetlo di legge per La sanione della convenzione sanilaria internazionale,
l'intermédiaire de l'air, dépend de la température, de l'hygrométrie, du repos ou de la ventilation de l'air. Dans l'Orient, durant le règne de la peste, les Européens se préservent par la réclusion ; les couvents y jouissent d’une immunité qu'ils doivent à l'élévation de leurs murs et à l'interruption des rapports extérieurs. Desgenettes va jusqu’à dire qu’un fossé de quelques pieds entre un pestiféré et un homme sain met ce dernier à l’abri de la contagion. On objectera que l'isolement ne préserve que de l'influence des maladies, non de celle des causes épidémiques générales; mais cette dernière influence étant nulle en dehors des foyers pestilentiels qui sont ordinairement circonscrits, et dans les pays sains, il s'ensuit que l'influence des pestiférés et des foyers qu'ils peuvent développer subsiste seule et constitue, à vrai dire, l'unique ou le principal danger. Or, contre celui-ci, l'isolement est un moyen de prophylaxie certaine (1). Les foyers pestilentiels peuvent persister après l'enlèvement des pestiférés (2). La transmission de la peste ne paraît s'effectuer efficacement que par les miasmes qu’exhalent les pestiférés. L’inoculation de leur sang, du pus de leurs bubons, de la sérosité des phlyctènes de ces bubons, n’a donné que des résultats équivoques. Rien de positif quant à la transmissibilité de la peste par le seul contact des malades, par l’usage de leurs hardes et vêtements, par les marchandises provenant d’un pays infecté. La peste peut se propager hors des foyers épidémiques par l’air chargé des émanations des malades; de Jà, formation de nouveaux foyers, comme, par exemple, à bord des navires, susceptibles à leur tour d’être transportés à de grandes distances, mais peu redoutables pour les pays qu'ils atteignent s'ils n’y rencontrent dans le climat et dans l’atmosphère un ensemble de conditions favorables à leur activité. La peste sporadique, dépourvue des caractères qui appartiennent aux maladies épidémiques, ne frappe qu'un petit nombre de malades qui ne paraissent point aptes à créer des foyers d'infection.
Le typhus, en tant que maladie contagieuse, n’a pas non plus une sphère d'activité très étendue ; il a frappé en Crimée et à Constantinople (1856) les médecins, les infirmiers, les aumôniers, les sœurs de charité, c'est-à-dire ceux qui passaient une partie de leurs Journées au contact des typhiques ; 1l a épargné les forictionnaires
(1) Rapport à l’Académie sur la peste el les quarantaines, par le docteur Prus, accompagné de pièces et documents, etc, Paris, 1846, p. 203, conclusion xxx. (2) Jbid., conclusion xxiv.
CIRCUMEUSA. — CONTAGION. 165
administratifs qui sont appliqués à des travaux de contrôle ou de comptabilité en dehors des salles de malades, ou qui n’y font que des apparitions intermittentes. Les foyers secondaires de typhus qui se sont développés à Constantinople par suite des évacuations de Crimée n’ont acquis une si grande intensité qu’en raison de l’encombrement ; il s’en est formé d’autres, plus restreints, à bord de quelques navires qui ont transporté des troupes en France : mais, suivant la prévision formulée dans le rapport à l’Académie sur la peste et les quarantaines, ils se sont atténués dans l'atmosphère maritime, et les cas presque rares, environ deux cents, fournis par les premiers 50000 hommes ramenés d'Orient en France, n'ont pas manifesté de tendance à se propager, soit que la maladie, si loin de son foyer d’origine, eût perdu de sa force expansive, soit que le climat de la France et d’autres conditions hygiéniques fussent un obstacle suffisant à son développement.
Le système sanitaire des nations, fondé sur la doctrine de la contagion, implique deux notions essentielles, celle de toutes les maladies qui présentent positivement ce caractère, et celle de la durée possible de leur incubation. Malheureusement cette double notion est encore incertaine.
La rage s’est développée huit mois après la morsure (Fracastor), onze mois (Mead), etc. Dans la peste de Nimègue, Diemerbroëk a noté, à côté des incubations de quelques jours, d’autres faits qui en portent la durée à deux ou trois semaines et même à quelques mois (1). D’après Prus, il paraît certain que loin des contrées où la peste est endémique, en dehors de ses foyers épidémiques et de ses foyers d'infection, elle n’a jamais fait explosion chez les individus suspects après un isolement de huit jours (2). Les maladies d'origine infectieuse offrent des variations non moins étendues dans la durée de leur période d’incubation; des militaires qui ont contracté en Afrique le germe des fièvres intermittentes n’en réalisent les accès qu'après leur arrivée en France. Sur 744 cholériques traités en 1854 dans un hôpital sous tente, près Varna (hôpital du Monastère, n° 1), 170 avaient la diarrhée prémonitoire depuis plus de quinze jours quand elle s’est convertie en choléra. Combien de circonstances peuvent accélérer ou retarder l'explosion ! En première ligne, les conditions hygiéniques, la saison, le climat, l'âge, etc. Les pustules vaccinales apparaissent en été plus tôt qu’en
(1) Diemerbroëk, De peste, lib. [, cap. X.
(2) Rapport à l'Académie sur la pesle, étc., passim,
h66 HYGIÈNE PUBLIQUE.
hiver. Le législateur a dû s'arrêter à des limitations à peu près justifiées par une longue expérience. La convention sanitaire du 27 mai 1853 a fixé la durée de la quarantaine pour la peste à dix jours-minimum, à quinze jours-maximum, pour la fièvre jaune de trois à quinze jours, pour le choléra à cinq jours. La corvette /a lecherche, partie de Brest pour la Martinique, arrive le 25 août 1855 à Cayenne, où régnait la fièvre jaune, y séjourne dix-sept jours, s'en éloigne le 11 septembre sans malade, arrive le 18 du même mois au fort de France (Martinique), où il n'existait pas trace de fièvre jaune ; le 22, c’est-à-dire onze jours après le départ de Cayenne, le premier cas de cette affection survient à bord, et sur un effectif de 24 hommes d’équipages et de 66 passagers, on compte 44 malades et 15 décès dans Ja traversée de Ia Martinique en France. Parmi ces hh cas, 28 appartiennent franchement à la fièvre jaune. Vers la fin de septembre 1854, j'ai vu arriver à Varna, après une traversée de soixante à soixante-dix Jours, des artilleurs embarqués avec du matériel de leur arme à bord de bateaux voiliers; partis de Marseille où régnait le choléra, plusieurs d’entre eux ont succombé en débarquant à cette maladie alors entièrement éteinte à Varna. Les exemples d’incubation prolongée sont nombreux, et à quelque limite que s'arrête la fixation de quarantaine, elle sera toujours arbitraire. La conciliation des intérêts de la navigation et du commerce avec ceux de la préservation publique est une œuvre délicate; des deux côtés, l’exagération semble inévitable : le scepticisme des anticontagionistes accommode les uns, le faux terrorisme des intendances sanitaires exploite les autres.
3° Endémaes. — Les endémies sont expression pathologique des localités; et 1l devrait en être question à ce mot; mais comme l’atmosphère est l'agent direct ou le véhicule du principe de beaucoup d'endémies, et qu'il est utile de les comparer aux épidémies, nous en parlerons ici. Les causes des endémies varient et souvent échappent à l'analyse; mais les maladies qu’elles produisent ont un caractère Commun, savoir, d’appartenir en propre à certains pays et d'y être permanentes, quoique plus actives parfois à certaines époques de l’année. Les épidémies, au contraire, règnent passagèrement et se généralisent davantage. Les premières naissent pour la plupart de conditions météorologiques et cosmiques que l’on peut apprécier jusqu à un certain point ; les autres se développent sous l'empire de modifications presque toujours inconnues de l'air. Ceite distinction entre les deux groupes de maladies précitées est consacrée par les anciens et les modernes (Hippocrate, Galien,
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van Swieten, Fodéré, etc.), et nous l’admettons. Toutefois des endémies, circonscrites à leur naissance, telles que la peste, la fièvre jaune, peuvent s'étendre sous forme épidémique, sans que leur diffusion s'explique toujours par l’addition d’un élément contagieux.
Les auteurs qui se sont occupés des endémies (Finke, Schnurrer, Virey), les ont classées par ordre géographique; mais leurs tableaux comprennent des maladies qui ne sont point le résultat constant des influences locales, et il nous sera difficile d'éviter entièrement le même inconvénient dans l’énumération suivante qui renferme des renseignements nécessaires à l'hygiène publique.
1° Æurope. — Norvége, Suède, Finlande, Russie, Danemark, Poméranie, Courlande : scorbut, pneumonie, rhumatisme, phlegmasies catarrhales ; l’ophthalmie règne en Laponie, le nôma (espèce de gangrène scorbutique) en Suède (1), le raddesyge (espèce de syphilis) en Suède et en Norvége; le ginklose ou tétanos des nouveau-nés en Islande ; les fièvres pernicieuses avec pourpre et miliaire en Hongrie ; la plique (trichoma) dans la Pologne, la Lithuanie, la Transylvanie, la Hongrie; le spleen (hypochondrie), la fièvre intermittente, le diabète, l'albuminurie, la dysenterie, en Angleterre; en Hollande, outre les maladies des pays froids et humides qui y sévissent comme en Angleterre, les aphthes, les tubercules pulmomaires, le scorbut, la scrofule, la suette miliaire, etc. Dans notre France, la suette (département de Seine-et-Oise, de lOise, la Picardie) ; le goître (Ariége, Hautes-Pyrénées, Hautes-Alpes, Puyde-Dôme, Vosges): l'ichthyose, les dartres (côtes de la Bretagne, Champagne); la gangrène sèche avec nécrose (Orléanais, Sologne) ; la pustule maligne (Bourgogne); les convulsions du pays d’Auge (Normandie); le malvat, éruption carbonculeuse (Languedoc); la diphthérite (Touraine) : les fièvres de marais (voy. tome 1). Dans le Piémont, les mêmes fièvres, dues aux rizières, avec ou sans éruptions miliaires et pétéchiales. Dans la Suisse, le Valais, la haute et la basse Maurienne, crétinisme, goitre, scrofule, rachitisme. Le tarentulisme s’observe dans la Pouille, la Calabre et l’Abruzze ; la pellagre dans le bas Milanais, le Pavesan, le Lodesan et le Navarrois. La fégra ou fégarite, qui règne en Espagne et en Portugal, consiste dans des ulcères de mauvais caractère et siégeant
(4) Le nôma paraît avoir régné épidémiquement en Hollande où il a été appelé cancer aquatique (Waterkanker) par van de Woord (1662). (Voyez la thèse de Jules Tourdes, Sur le nôma ou sphacèle de la bouche, Strasbourg, 1848.)
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dans la bouche. Madrid est en proie à une colique qui porte son nom.
2° Asie. — D'après Pallas, l'hystérie, l’hypochondrie, la folie sont fréquentes dans les régions les plus septentrionales de l'Asie. Les maladies du foie et du système nerveux, les dysenteries, le choléra, les ophthalmies sont endémiques dans l’Asie australe ; le vomissement bilieux règne à Goa, le flux dysentérique sur la côte du Malabar, du Coromandel, à Java ; la calenture sous la zone torride, la colique nerveuse et la lèpre au Japon et à la Chine; le béribéri dans l'Inde, l’éléphantiasis chez les Chingulais.
3° Afrique. — Les endémies de l'Égypte sont la peste, la lèpre, l’'ophthalmie, les dartres, le scorbut, la scrofule, le tétanos. La filaire est celle de Médine; le dragonneau celle des îles du golfe Persique, sur les bords de la mer Rouge et chez les peuples répandus sur un sol argileux et imprégné d’eau de mer (Kæmpfer, Smyttam, Anderson). En Algérie règnent les fièvres palustres, la dysenterie, l'hépatite ; la dysenterie domine plus à Oran que dans d’autres régions de nos possessions africaines; le ténia est très fréquent à Batna et à Sétif; le bouton de Biskara, affection tuberculeuse et ulcéreuse de la peau, n’est pas sans rapport avec celui d'Alep; j'en ai vu trois cas à Biskara même (oct. 1851). À Maroc, en Guinée et dans le Sennaar, on mentionne le tétanos et les névroses ; à Loango et à Benguela, une espèce de tarentulisme, la jaunisse et les cachexies bilieuses; l’éléphantiasis à l’île Bourbon, l’hématurie à l’île de France.
h° Amérique. — Le nord de ce continent répète la plupart des endémies du nord de l’Europe{scorbut, rhumatismes, gangrènes, affections cutanées, etc.). Dans les États-Unis, fièvres intermittentes, dysenterie. etc. Dans le Mexique, fièvre jaune ; au Pérou, syphilis et maladies de la peau ; aux Antilles, fièvre jaune et dysenterie; à Cayenne, fièvres intermittentes, plan, ring Worm, tétanos ; à Surinam, coliques analogues à celles des côtes de Malabar ; au Brésil, chique ou maladie produite par un insecte qui pénètre dans les chairs (pulex penetrans).
Nous n'avons signalé que les endémies les plus saillantes du globe, car elles sont extrêmement nombreuses dans le sens trop étendu de ce mot; et surtout elles sont loin d’avoir été suffisamment scrutées dans leurs analogies ou leurs dissemblances. On a confondu les affections qui semblent être un produit de localité avec la pathologie plus générale des climats, les résultats temporaires de l'infection ou de l’extension épidémique et même avec
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ceux d’une contagion spécifique! Le pian, le sibbens, le raddesyge, ne sont-ils pas des formes de la syphilis? La lèpre squameuse, qui s'est propagée dans toutes les îles de l'Océanie, accuse en partie la même origine (1). Quoi qu'il en soit, les endémies étant déterminées par la spécialité d’un ou de plusieurs modificateurs hygiéniques (air, sol, nourriture, etc.), on doit les retrouver partout où la même cause ou le même ensemble de causes agit d’une manière prononcée: c’est ce que l’observation confirme. Le mal de ventre sec du Malabar, la colique du Poitou, celle des Asturies, de Madrid, de Surinam, le béribéri, etc., ayant pour caractères communs la brusquerie de l'invasion, des accidents convulsifs, etc., appartiennent aux localités élévées ou voisines des montagnes neigeuses, exposées à de grands refroidissements périodiques de l’atmosphère. Rayer (2) a rapproché le mal de la rosa des Asturies et la pellagre de la Lombardie. Le goître, que l’on croyait confiné dans les vallées subalpines, a été observé par de Humboldt dans quelques cantons du Mexique: on le voit à Java, à Sumatra, sur les bords du Niger, etc. On trouve le crétinisme dans la Carinthie, la Tartarie chinoise, à Staunton, dans les parties montueuses de la Chine. La scrofule existe dans les contrées les plus chaudes comme dans les pays les plus froids, ce qui implique pour elle un autre agent pathogénique que les qualités de l'air. La plique appelée polonaise se rencontre en Suisse, dans la Prusse, dans la Tartarie, dans la Hongrie, dans la Transylvanie, etc. Les fièvres paludiques sont semées sur le globe comme la cause qui les engendre.
La prophylaxie hygiénique des endémies ne peut reposer que sur la connaissance exacte des influences qui les font naître; malheureusement leur étiologie est peu avancée, remplie d’obscurités et de controverses : là même où le rapport de causalité que l'on recherche se prononce jusqu’à l'évidence, on ignore et l’on ne découvrira peut-être jamais certains éléments nécessaires à la solution du problème. Nous savons bien que la composition géologique des terrains, leur exposition, la quantité et le mode de distribution des eaux qui les arrosent, la nature des végétaux qui y croissent, jouent un rôle dans la production de certaines maladies; mais, pour expliquer ce rôle, que se présente-t-il? Des hypothèses. Quelques auteurs attribuent au lait les maladies lymphatiques et le rachitisme qu'ilsprétendent être communs chez les peuples pasteurs
(1) Lesson, Voyage de la Coquille, 1822 à 1825. (2) Traité des maladies de la peau. Paris, 1835, t. II, p. 864 et 889.
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des montagnes ; et les expériences de Jules Guérin et Trousseau ont démontré que le lait guérit les rachitiques. Quelle endémie est plus étroitement liée avec les conditions de localité que le goitre, et combien il importerait à l'hygiène publique de préciser l’origine de cette affection ou plutôt de cet état général dont le goître est le prodrome ou l’accompagnement, ei qui a pour terme le erétinisme? On l’a attribué à l'atmosphère mal renouvelée des vallées obscures, sinueuses, humides, où on l’observe particulièrement; mais on le retrouve dans des pays plats, tels que la Lombardie, le Milanais, le Soissonnais, etc., dans les plaines élevées de la Colombie, où 1l se progage «le plus en plus (Roulin). Il serait banal d’en accuser la mauvaise alimentation ou les excès de liqueurs. La constitution du sol, d’après Mac-Cleland, médecin de l’armée anglaise aux Imdes, donnerait la clef de l'énigme : ce voyageur, qui a visité de village en village la population goitreuse d’une province indienne dite Kemaou, a vu que partout, dans le fond des vallées comme au sommet des montagnes, le goître coïncide avec le terrain calcaire et qu'il disparaît là où les sources d’eau s’échappent d’un sol argileux ou de roches siliceuses, quels que soient d’ailleurs le niveau des localités au-dessus de la mer et l’état de stagnation de l'air ou des eaux. D’autres, au contraire, admettent une zone orographique dans laquelle se renferme l’endémie du crétinisme : dans les Alpes Noriques, celui-ci stationne entre 1394 et 3600 pieds au-dessus du niveau normal, et le docteur Berchtold guérit, dit-on, des enfants crétins en les élevant simplement sur l’Ademberg, au-dessus de cette limite. Bouchardat (1) rattache le développement du goître à l’usage des eaux calcaires, particulièrement à l’action du sulfate de chaux ; il remarque que toutes les eaux qui donnent le goître, sont séléniteuses ; ce qui n'empêche pas le docteur Roesch (2) de restreindre de beaucoup l'importance que d’autres accordent à la présence de la chaux carbonatée dans l'eau, tout en rappelant que l'opinion la plus générale impute aux eaux séléniteuses le développement du goitre. L'analyse chimique qui démontre une grande quantité de carbonate calcique dans les eaux d'Aoste, retire ce sel aussi abondamment des eaux de Cormajor, où ne s'étend point le crétinisme (3). Les eaux minéralisées par les sels calcaires
(1) Bulletin de l’Académie de médecine, t. XVI, p. 436 et suiv.
(2) Untersuchungen ueber den Kretinismus. Erlangen, 1844.
(3) Leistungen in der medicinischen Geographie von Heusinger, dans Jahresbericht über die Fortschritte der gesæmmten Medicin, ete. Erlangen,1848, t.II, p.194.
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sont répandues sur toute la surface du globe, et, cependant, le goître et le crétinisme sont confinés dans un petit nombre de locahités (1). Boussingault (2) a cherché aussi la cause du goître dans l'eau : celle qui le produit, suivant lui, n’est pas oxygénée où l’est à peine. Cette théorie concilie assez bien les faits en apparence opposés. Dans les lieux très élevés, où le goître est endémique, la disparition où la diminution notable de l'oxygène dans l’eau s’explique par le degré de la pression atmosphérique; ailleurs, comme dans le village de Mariquita, l’élévation n’est que de quelques centaines de mètres au-dessus du niveau de la mer ; mais à Mariquita Veau des glaciers provient de la Cordillère centrale : si le goître est répandu à Socorro (700 mètres de hauteur), c’est que l'eau de cet endroitcontient par litre 16 cent.cubes d'acide carbonique et 42 d'air seulement ; dans les contrées goitreuses, où l’on ne consomme ni eaux de neige, ni eaux calcaires, les eaux habituellement employées ont séjourné sur de la tourbe, des feuilles mortes, du bois pourri, etc. Or, toutes les matières organiques, très avides d'oxygène, eñlèvent ce principe à l’eau ; aussi les faits cités par Fodéré prouvent que le goître est rare dans fes lieux sillonnés par des cours d’eau rapides. Pourquoi les défrichements de la vallée d’Aoste (1792) ont-ils réduit le chiffre des goitreux ? C’est qu'ils ont amené la dessiccation des marais et permis l’arrivée des vents.
La théorie de Chatin s'empare des mêmes faits pour y attacher une signification différente, ainsi que nous le verrons tout à l'heure ; elle survit à toutes celles qui ont pour base une donnée chimique ou géologique. Grange lui-même, après avoir proclamé que le goître et le crétinisme sont indépendants des latitudes, des hauteurs, des chmats, des conditions d'habitations, de pauvreté, etc., et se lient à la présence: de la magnésie dans les eaux, en est venu à expliquer labsence de ces infirmités au bord de la mer par l'existence de liode dans les aliments et les boissons que Fon y consomme. Marchand a démontré que les eaux de Saint- Valery en Caux et celles du Havre, où le goître n'existe pas, contiennent autant de magnésie que celles de la vallée de Pisère, où cette affection est endémique; celle-ci a régné endémiquement à Reims, où les rivières et les eaux de puits sont dépourvues de magnésie, tant queles habitants firent usage de ces dernières eaux. Dans
(1) Eug. Marchand, Des eaux potables en général, etc. (Mémoires de l Académie de médecine, t. XIX, p. 194).
(2) Annales de physique et de chimie, t XLVIII,
beaucoup de cantons du Piémont, on boit les eaux de neige sansqu'il en résulte des goîtres; c’est que les eaux de cette provenance contiennent des traces d’iode. L’usage de ce médicament dissipe les gonflements de la glande thyroïde. L’iode se rencontre dans le vin, la bière, le cidre ; les plantes terrestres en contiennent et l’enlèvent aux eaux qui les arrosent ou s’infiltrent autour de leurs racines. De là les différences de composition des sources : celles qui s’échappent d’un sol boisé manquent d’iode. On s'explique ainsi la diminution du nombre des goîtreux par suite des défrichements dans certaines localités, notamment dans le Valais (Fodéré, Rambuteau) et à Sainte- Marie-aux-Mines (Freppel, cité par Marchand). Si le goître et le crétinisme cessent à des altitudes plus où moins considérables, à 1000 ou 1200 mètres au-dessus du niveau de la mer (Saussure, Ferrus), c’est que la végétation y perd de son énergie et n’enlève plus aux eaux tous leurs principes iodés. Des sources qui, à leur point d’'émergence, abreuvent une population saine et vigoureuse, peuvent, après avoir parcouru quelques prairies, perdre de leur salubrité avec une partie de leur iode, et quand elles continuent de couler au contact des végétaux, elles achèvent de se dépouiller de cet élément précieux et finissent par entretenir à l’état endémique, chez les populations qui les boivent, l’altération organique générale dont le goitre et le crétinisme sont les expressions. Dans les Alpes, Chatin a constaté que l’air et les eaux pluviales sont moins iodurés qu'à Paris: ‘dans les vallées goîtreuses, il n’a plus trouvé d’iode dans les eaux de sources et de torrents qu’on y boit. Observateur exact, Ferrus, bien qu’opposé à cette doctrine étiologique, arrive involontairement à la confirmer : « Entre les villages d’Arien et d’Ayet (Pyrénées), il y a presque identité dans les conditions de l'air et dans celles des lieux; elles ne diffèrent que par un seul point : le village d’Arien est plus abrité que celui d’Ayet ; en outre, les eaux qui servent dans chacune de ces localités aux usages de la vie, bien que provenant de la même source, affectent à certains égards des qualités bien différentes. A Ayet, les habitants recueillent les eaux et les utilisent à leur sortie même du sol; elles sont fraiches, limpides, sans saveur appréciable; les habitants d’Arien les reçoivent pour ainsi dire de seconde main : elles traversent des prairies pour leur arriver, et tout en conservant une certaine transparence, elles perdent naturellement dans leur trajet de leur fraicheur et de leur pureté. Des remarques analogues, ajoute Ferrus (1),
(1) Bulletin de l'Acadénvie de médecine, t, XVI, p. 233.
CIRCUMEUSA. — ENDÉMIES. 173
peuvent aussi s'appliquer tant dans le Valais que sur les bords du Rhin, et dans la vallée de Rozières (Meurthe). » Les animaux ne sont pas exempts du goitre et du crétinisme, les bœufs, les moutons, les chèvres, et surtout les chiens y sont sujets. Or, dans les Alpes, dans les Pyrénées, dans les Vosges, le goître, endémique sur l’homme, ne se montre pas enzootique sur les animaux. A quoi les partisans de l’iode répondent que ceux-ci se nourrissent de végétaux contenant des traces de ce principe, excepté le chien qui, plus rapproché de l’homme, participe à son mode d’alimentation ; aussi la race canine est-elle, après l'espèce humaine, la plus exposée à cette dégénérescence.
A côié de ces doctrines se place celle de Ferrus, qui rattache le crétinisme à un état morbide de l’encéphale; celle de Baillarger, qui y voit un arrêt de développement ; celle du docteur Roesch, qui professe qu'il dérive de la génération et se transmet par hérédité ; suivant ce médecin, il tient à la faiblesse des parents, à de mauvaises conditions durant le coït ou la grossesse, telles qu'ivresse, chagrins, frayeurs, etc. En général, les symptômes du crétinisme ne se manifestent qu'après la naissance, par un arrêt de développement du système nerveux; les influences auxiliaires sont : le défaut de soins des enfants, une mauvaise nourriture, la malpropreté, de mauvais vêtements, des habitations insalubres, une éducation négligée, les maladies ; la qualité de l’eau, et surtout la proportion de chaux carbonatée qu’elle contient, n’exerce que peu d'influence. Lebert, qui a étudié le crétinisme dans les lieux où il est endémique, le fait consister essentiellement en un développement incomplet des centres nerveux, surtout de l'intelligence et des organes des sens, et il le sépare complétement des affections scrofuleuses et tuberculeuses, malgré l'opinion de Hufeland, qui a dit que-dans le crétinisme l’homme tout entier devient scrofule (1). Malgré notre estime pour les belles et infatigables recherches de Chatin, il nous reste quelques doutes sur le rôle qu'il attribue à liode à dose homæopathique, et nous penchons à admettre, avec Baillarger et Roesch, sinon la série exacte des causes qu'ils mvoquent, mais le principe de létiologie complexe du goître et du crétinisme. 11 existe probablement peu d’endémies caractérisées auxquelles ne s'applique ce principe; dans les investigations dont elles sont l’objet, il faut interroger tous les ordres de modificateurs qui atteignent les masses : parfois tel d’entre eux paraîtra prédo-
(1) Lebert, Trailé pratique des maladies scrofuleuses, 1849, p. 91.
minant ; rarement l'action exclusive d'un seul rendra compté de la permanence ou du renouvellement périodique et circonscrit de faits pathologiques toujours les mêmes, et formant en quelque sorte l’un des traits de l'identité historique d’une population.
h° £'pidémies proprement dites. — 1] ÿ a dans ce mot toute une doctrine médicale dont la tradition hippocratique a fourni la base, que Sydenham a achevé d’édifier, et qui repose sur l'autorité des plus éminents observateurs des derniers siècles. Quand on considère en général le mouvement pathologique d’un pays, d’une cité, d’un grand hôpital, il se présente d’abord un certain nombre de maladies qui se manifestent isolément et sans caractère commun chez un petit nombre d'individus. Ces maladies ont reçu et conservé depüis Sydenham le nom de maladies intercurrentes ou $poradiqués. D’autres n'apparaissent qu'à de certaines époques et ont une durée variable, on les appelle maladies épidémiques; sous le nom de constitution épidémique, on désigne l’espace de temps pendant lequel elles règnent, et sous celui de génie épidémique, lin fluence que cette constitution exerce sur la forme, la marche, la nature et la gravité des maladies qui se montrent alors. On distingue trois sortes de constitutions épidémiques qui tiennent sous lear dépendance trois genres de maladies épidémiques :
4° Constitution stationnaire ou fixe. Elle est inflammatoire, bilieuse, nerveuse, catarrhale ou muqueuse (dite aussi rhumatique), enfin putride où maligne, suivant l'aspect général des maladies régnantes et le caractère des réactions auxquelles elles donnent lieu, quels que soient d’ailleurs leur localisation et leurs éléments anatomiques. Pendant les années 1763, 1764 et 1765, Lepecq de la Clôture a observé une constitution catarrhale ef rhumatismale qui a imprimé son cachet à toutes les maladies {1). Ozanam a vu la constitution inflammatoire se maintenir pendant plus de dix ans à Milan. D'après les épidémistes, les constitutions stationnaires n’ont point leur origine dans les changements des saisons. Suivant Sydenham : A4 occulta potius et inexplicabili quadam alteratione in ipsis terrcæ visceribus perdent, unde aer ejusmodi effluviis contaminatur, que humana corpora huie aut illi morbo addicunt, determinantque.
2 Constitutions temporaires ou saisonnières actuelles : on les appelle aussi constitutions médicales régnantes. Elles expriment la liaison qui existe entre les maladies et les phénomènes météorologi-
(4) Voyez Max. Simon, Etude pratique sur le traitement des épidémies au xvu siècle, etc, Paris, 1854.
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ques propres à chaque saison ; elles n’influencent que les affections intercurrentes, tandis que la constitution fixe se réfléchit et sur les dernières et sur les saisonnières. Quand l’année est régulière, les quatre constitutions épidémiques qui correspondent aux saisons se déroulent nettement : on dit alors qu’elles sont légitimes, parce qu'elles sont le produit des qualités météorologiques qui caractérisent les saisons normales d’un climat, d’une localité donnée. Si l'année est irrégulière, c’est-à-dire marquée par des combinaisons insolites des qualités météorologiques de l'air, elle offrira des perturbations parallèles dans les phases de sa pathologie (voy. tom. f, page 595). Huxham, Lepecq de la Clôture, Geoffroy, Raymond, etc., mentionnent de fréquents exemples de ces renversements de saisons, que Furster appeile intempéries. Nous avons expliqué ailleurs tome E, p. 595) ce que les épidémistes entendent par constitutions médicales mixtes, l’entre-deux de Sydenham. La constitution propre à chaque saison résulte de celle de chaque jour ; la somme des constitutions saisonnières détermine celle de l’année. La maladie qui a régné avec le plus d’intensité, de fréquence ou de durée, décide le caractère général de la constitution annuelle : on retrouve dans cette maladie les symptômes locaux propres à telles lésions organiques où à tel trouble fonctionnel ; mais, en même temps, le génie épidémique, c'est-à-dire la cause inconnue qui modifie la maladie, lui impose un symptôme insolite qui prédomine, altère sa marche, augmente sa gravité par une Complication constante et uniforme. Dans d’autres cas, la constitution médicale est masquée, et les ma ladies ordinaires n’ont d'autre lien commun qu’un élément mtime et spécial qui se dégage dans les expériments de la thérapeutique.
äe É pidémies accidentelles. — Elles se développent brusquement, sans cause évidente : tantôt elles ne sont que l'extension d’une maladie sporadique et connue, tantôt elles réalisent une forme pathologique sans analogue parmi celles que l’on observe dans les contrées soumises à leurs ravages. Saisons, climats, barrières naturelles ou factices, différences d’äge, de sexe, de complexion, etc., rien ne les arrête, quoiqu’elles s’appesantissent principalement sur les classes abruties et misérables. Point de fixité ni dans leur durée ni dans leur itinéraire ; foudroyantes au début, terribles dans leur stade ascendant, elles annoncent leur déclin par quelques oscillations dans le chiffre des invasions et des décès. Parfois elles nmterrompent subitement leur période descendante pour rétrograder et sévir avec une nouvelle furie (recrudescence); elles font taire les autres maladies ou en réduisent le nombre ; elles étouffent dès leur apparition une
épidémie antérieure. En Orient, on voit la peste cesser quand se développe une épidémie de variole. Elles modifient la santé des individus aussi bien qne la physionomie des maladies intercurrentes ; enfin elles rencontrent dans leurs divagations meurtrières des races qui leur résistent. D’après Fabrice de Hilden, l'épidémie de Bâle n'attaquait que les nationaux. Degner rapporte que les Français et les Israélites échappèrent seuls à l’épidémie dysentérique de Nimègue. Souvent les épizooties coïncident avec les épidémies.