‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 115 sur 163 · II. — Constitution, hérédité · texte numérisé non relu

II. — Constitution, hérédité

Les professions, si l'on en excepte celles qui sont dites libérales, se recrutent presque invariablement dans les classes inférieures a moyennes; celles-ci fournissent aux carrières libérales un contingent annuel, mais il est faible en proportion de celui des classes plus aisées. Il s'ensuit que l'influence de beaucoup de professions se grave en traits permanents sur Uorganisation de certaines classes de la société et donne lieu à des modifications héréditaires qui se combinent avec celles de la race, du climat, etc. Telle est la prédominance du système nerveux parmi les personnes adonnées aux travaux de l'esprit ; telle est la disposition à la phthisie pulmonaire, transmise aux enfants par des parents que leurs professions dévouent à cette maladie. Ainsi M. Lombard, de Genève (1), a trouvé que sur 1,000 décès, la phthisie avait fourni les proportions suivantes :

Professions à émanations miné-

rales et végétales 176

— à poussières diverses 145

— à vie sédentaire 140

— à vie passée dans les ateliers. 1 38

— à air chaud et sec 127

— à position courbée 122

Professions à mouvements de bras

par secousse 1 16

— à exercice musculaire et vie active 80

— à exercice de la voix 7o

— à vie passée à air libre "3

— à émanations animales 60

— à vapeurs aqueu.ses 53

Dans les manufactures, la masse des travailleurs est affectée de scrofule (2) ; ce fléau marque les enfants, les jeunes gens de ses cicatrices, de ses tumeurs, de ses infirmités, de ses déformations hideuses; il attaque plus particulièrement les tisserands et leurs familles. Ces populations sont faibles, chétives ; courbées sur leurs métiers et élevées à l'ombre, elles s'étiolent comme des plantes. Depuis le développement qu'ont pris les manufactures dans le dé-

(1) Annales d'hygiène. Paris, 1834. 1" série, t. XI, p. 5 et suiv.

(2) Tableau de l'état physique et moral des ouvriers, etc., par Villermé, 1840, t. II, p. 244.

UESTA. — POPULATION PROFESSIONNELLE. 773

parlement du Haut-Rhin (de 1810 à 182 3), la taille moyenne n'y a pas augmenté dans les mêmes proportions que dans les départements voisins. Les documents officiels prouvent que la population des pays de fabrique est moins vigoureuse que celle des campagnes. Tout concourt à l'épuiser : placée comme auxiliaire à côté de la dévorante activité de la vapeur ou d'une chute d'eau qui ne se repose jamais, elle porte aux dernières limites le développement de ses forces ; dans les grandes réunions de tout âge et de tout sexe, les passions s'allument, la contagion du vice sévit avec une sorte de fureur, et les excès de la débauche accélèrent l'altération des constitutions les plus robustes. Ainsi s'appauvrissent et se corrompent les sources de la procréation : conçus dans la misère et le libertinage, les frêles rejetons de cette population abâtardie passent à leur tour sous l'empire des mêmes causes de dégradation physique et morale : c'est un cercle sans fin où la santé et la vie vont s'atténuant comme la matière brute que l'industrie met en œuvre.

m. — Sexes.

La faiblesse relative des femmes les expose à plus de dangers dans les travaux qu'elles exécutent en commun avec les hommes, et les livre davantage à l'atteinte des causes nuisibles qui sont attachées à chaque profession ; aussi fournissent-elles dans les états exercés par les deux sexes plus de maladies et plus de décès que les hommes. Ce résultat est dû encore à la différence des gains, qui sont moindres pour les femmes, parce qu'elles n'ont pas autant de force à dépenser. Jusqu'à l'âge de quinze à seize ans, les salaires diffèrent peu pour les deux sexes ; mais à partir de cette époque, celui de la femme reste de beaucoup inféi ieur à celui de l'homme et, passé vingt ans, elle n'obtient, en général, que la moitié des gains de l'homme. Or, le salaire, c'est la nourriture, l'habit, le logement : l'ouvrière est donc mal nourrie, mal vêtue, mal logée; elle languit dans la gêne, souvent dans la misère, qui achève d'épuiser sa constitution. Et comme la privation des jouissances n'en éteint point le goût ni le désir, comme le besoin est mauvais conseiller et triomphe des faibles résistances d'une conscience sans lumières, le libertinage, puis les excès de tout genre viennent consommer l'œuvre de destruction commencée par la détresse. Certains métiers ont une pente plus rapide au mal : les couturières, lingères, brodeuses, modistis,etc.,fournissenttoujoursplus à la classedes filles

HYGIÈNE PUBLIQUK.

publiques que les brossières , les cotonnières, les ravaudeuses, etc La separaiioii des sexes dans les ateliers est une mesure qu'exige la moralisation dans la population ouvrière.

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