III. — Excrétions buccales
Elles se composent du mucus fourni par les cryptes des parois de la bouche et de la salive sécrétée par les glandes salivaires; il s'y mêle un peu de liquide nasal (mucosités et larmes) qui se déverse dans la bouche, en arrière par l'ouverture postérieure des fosses nasales, en avant par les conduits naso-palatins. Tous ces fluides ont pour efletde lubrifier la cavité buccale et les voies de la déglutition, de faciliter cet acte, et en général les mouvements de la langue, par conséquent aussi la phonation. La salive joue un rôle essentiel dans la mastication et dans la digestion ; elle est toujours alcaline chez les individus sains qui jouissent d'un bon appétit et
qui digèrent bien; pendant la mastication, elle imprègne les aliments de son eau et de ses sels, les ramollit, rend plus liquides ceux qui sont déjîi en bouillie, dissout les matières solides comme le sucre, la gomme, la gélatine, etc.; aussi est-elle sécrétée avec plus d'abondance pendant les repas, et même sous la seule incitation de l'appétit que provoque la vue des aliments. Nick évalue à 1 livre la quantité de salive qui se forme ordinairement en vingtquatre heures ; mais rien de fixe à cet égard ; elle augmente en raison de la dureté et de la sécheresse des aliments; elle est toujours en proportion de l'altération préliminaire que les aliments exigent pour être chymifiés dans l'estomac. Chez quelques personnes qui appartiennent au tempérament lymphatique et nerveux, la sécrétion salivaire est habituellemenl assez abondante pour qu'elles soient forcées d'en rejeter une partie par expuition ; mais le plus souvent la salivation est provoquée par certaines pratiques, telles que l'habitude de fumer, de mâcher du tabac, etc. ; elle peut donner lieu à des pertes qui affaiblissent la constitution et entraînent l'amaigrissement général ; même alors que la sécrétion n'est point exagérée, une déperdition trop abondante de salive entraîne de mauvaises digestions et finit par compromettre la nutrition ; c'est ce que l'on observe dans la paralysie des muscles buccinateurs, où la salive s'écoule continuellement au dehors, tandis que dans l'état normal elle est avalée à mesure qu'elle afdue dans la bouche.
La surface buccale est douée d'une grande puissance d'absorption : le vin, gardé dans la bouche, restaure et peut même enivrer; le mercure, l'huile de tabac, d'autres poisons y sont rapidement absorbés; il en est de même des virus contagieux; aussi Cullerier remarque qu'un verre, une pipe, une cuiller peuvent servir de véhicule à la syphilis; M. Londe a vu un enfant de trois mois infecté par un baiser donné sur la bouche, f.ors d'une petite épidémie de stomatite scorbutique qui régna en 1832, dans le 24' régiment de ligne, à Aix, nous vîmes la maladie se propager rapidement à trente hommes d'une même compagnie, qui buvaient au même vase; la séquestration des malades et l'adoption de verres à boire contribuèrent à arrêter le mal. Les indications de prophylaxie qui découlent de ces faits s'appliquent aussi aux surfaces oculo-palpébrales et nasale; la transmission des coryzas et de certaines ophthalmies ne peut être l'objet d'aucun doute.
L'hygiène de la bouche se rapporte aux excrétions dont elle est le siège ou le passage ; c'est donc ici le lieu de parler de la conser-
H^l UYGIÈNE PltlVÉE.
vation des dents ; aussi bien, le tartre qui contribue le plus souvent h leur altération est produit par la salive et par les humeurs que versent les membranes muqueuses de l'intérieur de la bouche.
Les caractères normaux des dents se déduisent de leur situation, de leur arrangement, de leur forme, de leur texture et de leur couleur. Les dents, disposées symétriquement sur les bords alvéolaires des deux mâchoires, représentent les deux moitiés d'un ovoïde partait dont l'arcade supérieure l'orme la grosse extrémité, et l'inférieure la petite; les deux arcades se correspondent exactement en arrière ; mais en avant la rangée supérieure dépasse un peu l'inférieure en la croisant. Les incisives supérieures sont légèrement inclinées en avant, les inférieures ayant une direction perpendiculaire. Aucune dent ne doit l'emporter sur les autres en longueur ni en saillie latérale, excepté les canines qui seules diffèrent souvent des incisives sous ce rapport (1). Les dents de bonne nature sont bien nourries, plutôt courtes que longues, d'un tissu dur, recouvertes d'un émail uni et épais à leurs bords libres ; les mauvaises dents se reconnaissent à leur forme allongée, maigre, étroite, à leur texture tendre et facilement attaquable par la lime, à la téimité de leur couche d'émail; un tel appareil dentaire présente des incisives minces à leur extrémité tranchante, des canines effilées en pointe, de grosses molaires à couronne ovoïde; il est plus sensible à l'atteinte des agents chimiques et physiques. La couleur des dents est un sûr indice de leur solidité, et se lie d'un manière remarquable à l'ensemble de la constitution : elle promet des chances décroissantes de conservation, suivant qu'elle est d'un blanc tirant sur le jaune, d'un blanc mat, d'un blanc gris, d'un blanc azuré. Les dents à reflet jaunâtre ont pour base un ivoire dense, serré et pesant ; on les observe chez les sujets robustes bilieux ou sanguins. Les dents d'un blanc de lait ou bleuâtres ont moins de compacité et se détruisent vite; plus perméables, elles transmettent facilement à la pulpe dentaire l'impression des qualités froides, chaudes, acides des corps soumis à la mastication. Simons, Camper et Blumembach ont rencontré principalement chez les phthisiques, les dents à teinte azurée, phénomène qui
(1) Voyez la série d'articles publiés par M. Oudet, daas le tome X du Dictionnaire de médecine (1835), et qui constituent une excellente monographie sous le double rapport de la physiologie et de la pathologie dentaire ; voyez aussi l'article Dent par M. Bégin, dans le DicHonnaire de médecine et de chirurgie pratiques.
EXCRETA. — DENTS ET fiENCIVES.
Il tient souvent ;i une altération déjà commencée do l'ivoiro. D'après M. Oudet, les sels organiques abondent dans les dents jaunâtres et peu impressionnables, tandis que la matière animale domine dans les dents délicates et sensibles. Les parties dont se composent les dents, émail, os dentaire et cément, ne diiîèrent guère des os quant à leur composition. L'émail, sorte de vernis dur et lisse, contient,
d'après Berzelius :
Phosphate de chaux avec fluorure de calcium 88,5
Carboualc de chaux 8,0
Phosphate de magnésie 1,5
Membrane brune tenant à l'os dentaire, alcali, eau 2,0
L'os dentaire, partie intérieure de la couronne et de la racine, creusé d'un canal central où sont logés les nerfs et les vaisseaux nourriciers de la dent, a donné :
Cartilage et vaisseaux 28,0
Phosphate de chaux avec fluorure de calcium 64,3
Carbonate de chaux 5,3
Phosphate de magnésie 1,0
Soude avec un peu de chlorure de sodium 1,4
Enfin le collet, c'est-à-dire la portion recouverte par la gencive et la racine, est entouré par le cément, substance osseuse dont M. Lassaigne a fixé la composition :
Matière animale. 42,18
Phosphate de chaux 53,84
Carbonate de chaux 3,98
Les règles hygiéniques portent sur le nombre , l'arrangement et les concrétions des dents :
1° Il peut y avoir absence ou exubérance des dents ; dans le premier cas, que la lacune porte sur les dents temporaires ou sur les dents permanentes, l'art est impuissant pour la combler autrement que par des pièces factices dont l'application doit être ajournée jusqu'après l'accroissement terminé du sujet ; alors seulement la sortie des dents tardives devient improbable, et, jusqu'à ce moment, il convient de la favoriser en prévenant l'induration fîbrocartilagineuse des gencives que produirait l'usage constant d'ali-
^^^^ IIYGIKNH PRIVÉE.
iiHJiiLs secs el sc)liclt3s (liéyin), I.a supei lélalion alTecto ordinairement les canintîs ou les incisives siaii(îs. Parfois, en dehors ou (!n dedans (les molaires perinanentcs, perce une grosse tient surimméraire qui proémiiie dans la bouclie ou vers la joue; il est de rares exemples d'arcades dentaires entièrement doubl('!es sur l'une et sur l'autre mâchoire. Pendant son internat à l'IIôtiil-Dieu , M. Oudet trouva, dans une tumeur correspondant aux bicuspides inférieures du côté droit, et qui fut prise pour un amas de tartre , une agglomération d'au moins vingt-cinq dents distinctes, et réunies entre elles, soit immédiatement, soit au moyen d'une substance analogue au cément des dents. On fait l'extraction des dents exubérantes , et presque toujours elle est suivie du redressement des autres dents. 11 importe seulement de ne pas confondre, au moment de l'opération , les dents permanentes déviées avec les temporaires : les premières sont plus larges, plus solides, d'un blanc moins lacté; et quand ce sont des incisives, elles présentent à leur extrémité libre des inégalités résultant du défaut de frottement.
2° Surveiller , régulariser l'éruption et l'arrangement des dents permanentes, c'est prévenir bien des accidents et des souffrances que prépare ou fait naître l'aveugle travail de la nalm'e. Nous ne pouvons entrer dans tous les détails qui constituent cette branche importante de l'art du dentiste ; nous renvoyons aux préceptes qu'une expérience vraiment scientifique a suggérés à M. Oudet (1).
Les directions vicieuses affectent ordinairement les canines et les incisives, rarement les dents primitives, et presque jamais les mo- | laires : dues au développement imparfait de l'arcade alvéolaire, à l'exubérance ou à la largeur des dents, à la persistance de quelques dents primitives près des points d'émersion des dents secondaires, elles consistent dans les inclinaisons des dents en avant ou en arrière, ou dans leur rotation sur l'axe de la racine. La marche de la seconde dentition doit donc être surveillée avec soin ; et de six à quatorze ans , il y a souvent lieu d'agir préventivement contre les irrégularités de l'évolution dentaire; d'extraire une dent primitive qui gène la sortie d'une dent de remplacement , quelquefois même de sacrifier une ou plusieurs dents permanentes. Tantôt c'est l'incisive médiane inférieure qui incline en avant : il faut l'extraire; tantôt, bien rangée, elle doit encore être sacrifiée à la conservation d'une incisive latérale inclinée en arrière ou en avant, parce que
(1) Loc, cit.,P- 151.
celle-ci, plus longue et plus forte, suffit pour remplir le vide. A la mâchoire supérieure, mieux vaut conserver les incisives médianes : les plus fréquemment déviées sont les canines supérieures et inférieures; mais comme elles sont plus visibles quand on rit ou qu'on parle, et qu'elles sont moins sujettes à la carie que les petites molaires, on fait le sacrifice de ces dernières. Quand une dent secondaire tend à s'incliner latéralement, il faut respecter les dents voisines qui servent à la contenir. Le rapport convenable d'une rangée dentaire avec l'autre influe sur la facilité de leur fonction et sur leur conservation ; quand ce rapport est rendu vicieux par la seule direction des dents, on y peut remédier dans le principe. Ainsi, les incisives supérieures se dirigent-elles en dedans, la pression répétée du doigt et de la langue réussit à les ramener en avant ; sont-elles assez sorties pour toucher en arrière les incisives supérieures , la lime, le doigt et la langue détruisent la résistance que celles-ci opposent à la direction des incisives supérieures. Si les dents sont assez déviées pour se toucher sur une ligne de hauteur, on les tient écartées au moyen d'une plaque d'or ou de platine recourbée en forme de gouttière et fixée sur une des molaires. Quand l'arcade inférieure croise la supérieure, en passant devant elle, il en résulte une difformité improprement appelée menton de galoche^ et qui accélère Tusure des dents. On peut alors faire usage du plan incliné , pour rétablir le rapport normal entre les deux rangées dentaires ; appliqué sur l'inférieure , il presse, dans l'occlusion de la bouche, les dents supérieures d'arrière en avant, et les oblige à passer devant les autres. Lorsqu'il y a lieu d'empêcher le rapprochement complet des arcades dentaires, on recouvre les deux premières molaires inférieures de chaque côté d'une espèce de coiffe métallique quadrilatère qui les embrasse exactement (bâillon dentaire); elle préserve les dents antérieures de toute pression réciproque, sans gêner aucune fonction. M. Oudet recommande avec raison de nettover fréquemment les calottes métalliques des parcelles alimentaires et des résidus d'humeurs buccales qui s'y introduisent et détériorent la dent vainement abritée. Quelquefois les deux rangées dentaires pré* sentent une obliquité générale en avant, et soulèvent les lèvres. Cette difformité nuit au rapprochement des lèvres , à l'articulation des sons, fait paraître les dents trop longues, et donne lieu à la projection de la salive en parlant. Héréditaire dans quelques familles elle peut être déterminée par l'habitude qu'ont les enfants de porter leur langue en avant pour la succion de leur pouce, etc. On a pro-
MB HYGIÈNE PUIVÉE.
posé, pour la combattre, l'extraction de la petite molaire de chaque côte, et l'application de plaques tendant à repousser les dents vers la bouche , ou de fils niétallicpies qui, passant au-devant d'elles, vont se fixer à un palais arliliciel, et sont chaque jour serrés davantage ; mais ces moyens peu elTicaces risquent d'ébranler les dents et d'en occasionner la chute prématurée. Trop rapprochées latéralement , les dents subissent, par leurs bords correspondants, une pression qui hâte leur usure et leur carie ; la lime lait cesser cet inconvénient. Le redressement des dents est assez facile jusqu'à quatorze à quinze ans. Au delà de cet âge, les divers procédés de redressement compromettent la solidité des dents , et l'on se bornera à réduire la difformité par l'action de la lime, ou par l'avulsion des dents les plus déviées et les plus gênantes.
3° Les liquides buccaux agissent sur les dents par les altérations qu'ils subissent sous l'influence de divers états morbides locaux ou généraux, et notamment des inflammations du tube digestif; une diète sévère produit le même effet, en s'opposant au renouvellement des humeurs de la bouche par le travail de la mastication : et l'on a même remarqué, chez des sujets d'ailleurs sains, la sécrétion d'une salive abondante, filante, à réaction acide, et par conséquent nuisible aux. dents, particularité qui coïncidait avec une coloration rouge plus vive de la muqueuse buccale et une énergie prépondérante des fonctions digestives. Habituellement les liquides buccaux laissent déposer sur les dents une matière blanchâtre ou jaunâtre, plus ou moins épaisse, qui se dessèche sous forme d'enduit limoneux ou noirâtre. Produite en plus grande abondance pendant la nuit, elle se dissipe par la mastication ou par des soins journaliers. Par l'omission de ces soins, ou sous l'influence delà constitution, de maladies des dents, des gencives ou de l'estomac, on la voit s'accumuler et durcir jusqu'à former de vraies concrétions calcaires, appelées tartre. Vauquelin et Laugier l'ont analysé, ainsi que Berzélius qui y a trouvé: ptyaline, 1,0; mucus, 12,5; phosphates terreux, 79,0; matière animale dissoute par l'acide chlorydrique 7,5. Le tartre est donc constitué en majeure partie par un phosphate insoluble. 3L Dumas (1) en explique la déposition par l'action de la salive alcaline sur le liquide acide de la bouche; l'acide libre une fois saturé, les phosphates in.solubles se précipitent. Plus fréquentes chez les gens avancés en âge,
(l) Chimie appliquée aux arts. Paris, 1846, t. VIII, p. G85.
lymphatiques ou bilieux, les concrétions de tartre se forment surtout à la face interne des incisives inférieures, se limitent à quelques dents, ou envahissent un seul côté ou la totalité des arcades dentaires; très adhérentes, elles paraissent d'abord près du collet des dents, et s'étendent sous les gencives qu'elles soulèvent un peu. En augmentant de volume, elles s'élèvent vers l'extrémité libre de la couronne qu'elles finissentpar recouvrir, irritent et refoulent les gencives, déchaussent le collet des dents et les tirent peu à peu de leurs alvéoles ; elles donnent à la bouche un aspect sale et hideux, rendent l'haleine fétide, nuisent quelquefois à la mastication, déterminent l'ulcération des gencives, des joues, de la langue, enfin l'ébranlement et la chute des dents. Le régime n'est pas étranger à leur production : elles sont rares chez les gens de la campagne qui vivent sobrement et qui divisent avec leurs dents un pain ferme et résistant. Le tartre une fois formé, il faut l'enlever par couches et fragments à l'aide de rugines, grattoirs et autres instru- "ments appropriés que l'on porte entre les dents, ou que l'on promène à leur surface. Lorsque les dents ont été longtemps chargées de tartre, leur dénudation subite peut les rendre impressionnables à l'air et aux corps extérieurs. Il convient alors de les débarrasser en plusieurs séances et à des intervalles éloignés ; le léger écoulement de sang qui accompagne cette opération a l'avantage de dégorger les gencives, et parfois il y a lieu d'y joindre quelques scarifications.
Il" Les soins ordinaires qu'exige le bon entretien des dents et des gencives se rapportent autant au régime qu'à certaines pratiques locales. Un régime doux et régulier, dit avec raison M. Bégin, l'absence de tous les excès, l'exécution libre et normale des principales fonctions, surtout de la digestion, tels sont les meilleurs moyens de conserver la fraîcheur de la bouche, la fermeté des gencives, la solidité ainsi que l'intégrité des dents. On y joindra l'attention de promener tous les matins, sur les dents, une brosse douce et trempée dans l'eau dégourdie. Ces frictions doivent se faire de haut en bas pour les dents supérieures, de bas en haut pour les dents inférieures; puis en travers le long des arcades dentaires ; enfin, en dedans, et à la surface libre de celles-ci. Après chaque repas, et le soir avant de se coucher, on doit se laver la bouche avec de l'eau dégourdie et enlever, à l'aide d'un cure-dent en plume, les parcelles d'aliments qui se sont insinuées dans les intervalles dentaires. Les frictions avec la brosse ne doivent pas être rudes ni
120 HYGIÈNE PRIVÉE
offenser le bord lil)re des gencives. Si elles ne suffisent pas pour détacher le tartre trop adhérent, on peut charger la brosse de poudres inertes, parfaitement porphyi'isées, telles que celle de charbon, de corail, de pierre-ponce colorée avec une pincée de laque ou de carmin, d'os de sèche et de magnésie calcinée que l'on colore par de la cochenille et que l'on aromatise avec quelques gouttes d'huile essentielle de menthe. On peut mêler à ces substances, en cas de fétidité de l'haleine, deux ou trois grains de chlorure d'oxyde de sodium en poudre par gros de poudre. Que l'on s'abstienne des opiats, des poudres dentifrices dont on ignore la composition ; que l'on rejette les acides qui ne blanchissent les dents qu'en attaquant leur émail et en ramollissant leur tissu. Le quinquina, le sang de dragon et d'autres substances toniques que l'on prodigue dans les préparations dont l'usage est journalier, ne doivent pas être appliquées sur des gencives saines; c'est une ressource qu'il faut réserver pour les états morbides où elle convient. On les emploie avec avantage lorsque les gencives sont molles, blafardes, engorgées, saignantes; on peut leur substituer de l'eau aiguisée par quelques gouttes de teinture alcoolique de cochléaria, de benjoin, de cannelle, etc. Mais il ne faut pas abuser de ces préparations qui finissent par échauffer la bouche; toutes les fois que le tissu des gencives sera chaud, douloureux, tendu, les décoctions émoUientes devront les remplacer. En résumé, les dentifrices agissent d'une manière mécanique, chimique ou médicinale; les premiers, poudres dures et inertes, nettoient les surfaces par frottement, et l'on doit veiller à ce que leur action ne soit pas portée jusqu'à rayer et user l'émail ; les dentifrices qui attaquent le tartre chimiquement finissent toujours par entamer l'émail; quant aux substances dont on attend un effet thérapeutique, elles doivent nécessairement varier suivant l'état des parties; le charlatanisme le plus absurde peut seul proposer un dentifrice unique pour l'usage de tout le monde. Les cure-dents servent à enlever les corps étrangers et les débris alimentaires qui se logent entre les dents; il faut proscrire ceux qui ne sont pas faits de plume, de bois tendre, d'écaillé ou de corne; leur emploi trop fréquent finit par irriter les gencives et les membranes alvéolaires. Les causes qui déterminent l'usure prématurée des dents sont leurs frottements trop rudes contre des corps durs, tels que poudres trop compactes, aliments trop solides, tuyaux de pipe, grincement spasmodique habituel des dents; la partie usée de couronne ne se régénère pas; mais une
ossification nouvelle se produit ordinairement dans la cavité dentaire et refoule le bulbe nerveux qui, malgré cette couche supplémentaire d'ivoire, devient plus sensible à l'impression du froid, du chaud, etc. Une lame de liège, placée de chaque côté entre les dents molaires, empêche les grincements nocturnes des dents; la lime servira à niveler une dent qui appuierait assez sur son opposite pour en déterminer l'usure, à faire disparaître les aspérités susceptibles de léser la langue, les lèvres ou les joues; si la cavité de la dent usée vient à s'ouvrir, il reste à la nettoyer et à la plomber. Dans le cas où les dents paraissent se détériorer par le contact des sécrétions acides de la bouche et de l'estomac, on pourrait user de poudres dentifrices alcalines. Certains abus de régime contribuent puissamment à l'altération des dents : tels sont le verre de vin obligé après un potage chaud, les liqueurs fermentées, les assaisonnements caustiques ou salés, les boissons à la glace alternant avec des mets brillants, etc. Les dents noircissent par l'habitude de fumer, et comme les fumeurs ingèrent ordinairement des liquides froids, il en résulte pour les dents une vicissitude soudaine de température; les incisives latérales droites et supérieures s'usent à la longue par le frottement des pipes, surtout dos pipes de terre; celles dont le tuyau est court entretiennent par la proximité de leur fourneau une chaleur nuisible sur les dents dont l'émail se fend, sur les gencives qui s'engorgent et déterminent ainsi l'ébranlement et la chute des dents. Les longs tuyaux de jasmin, de lilas, d'érable, qui sont usités en Pologne et en Russie, l'oukas des Turcs qui fait passer la fumée par un conduit llexible de plusieurs pieds et à travers une sorte de bain-marie, ne nécessitent point une plus grande force d'aspiration que les tuyaux ordinaires et privent la fumée d'une partie de son calorique et de sa mordacité. L'addition d'un bout de plume à l'extrémité du tuyau compléterait la préservation des dents ; ce bout est simple et facile à renouveler. Le cigare, formé de feuilles de tabac roulées sur elles-mêmes, n'a que les inconvénients communs au tabac fumé; sa substitution aux pipes est un progrès désirable, puisqu'il n'exerce point sur les dents un frottement assez dur pour les user. Le tabac mâché mêle aux liquides sécrétés par la bouche des principes acres qui agissent chimiquement sur les dents et qui irritent les gencives en même temps que les glandes salivaires ; à la longue, néanmoins, ces organes s'émoussent à la stimulation, et la salivation elle-même rentre dans les limites ordinaires; mais le goût s'affaiblit; les
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cryptes do la muqueuse buccale et les glandes salivaires répondent moins à l'excitation physiologique des aliments soumis à la mastication et ne versent plus avec la même abondance les Iluides nécessaires h leur imprégnation; une partie des liquides de la bouclie, déglutie, vient d'abord irriter, puis amortir la muqueuse gastrique; l'appétit diminue, l'haleine contracte l'odeur du tabac, et tôt ou tard la perturbation fonctionnelle de l'extrémité supérieure du canal alimentaire réagit sur ses autres portions, et par suite sur l'acte de la nutrition.