III. — Propëylaxie hygiénique
1° Précautions (jénérales. Tolites les l'ois qu'une population parait menacée de l'invasion d'une épidémie d'origine infectieuse ou contagieuse, là police sanilàii-e fidit redoubler dë vigilàfice poiir écarter toutes les causes qui pourraient servir d'occasion ou d'auxiliaire au fléau : l'examen des denrées et liquides livrés à la consOrrimàlion, la propreté et l'aération des demeures pubiicjnes et privées, le prompt enlèvement des immondices, les distributions plus copieuses d'aliments et de vêtements aux pauvres, le régiinè et là salubrité de tous les établissements qili C(ititiérniélit Uës l-éiinidiis d'hommes, le soin de la tranquillité morale des èilûyLms, l'oi^gHiiisatidh des premiers secours en casd'appài ition de symptômes éipiiv oques.etc, tels sont en partit- les devoirs de l'autoriié. Quant aux individus, on ne peut prescrire un régime piévenlif qui convietme également à tous les lempéran)ents, à tous les états de santé, etc.; mais on peut assurer que tous se trouveront bien de l'observance des règles suivantes : Habitation dans des appartements spacieux, où la lumière et l'air pénètrent facilement ; l'exercice au grand air dans des lieux élevés, mais jamais | oussé jusfju'a la fatigue ; des vêten)ents épais qui abritent le corps contre les elî-^ls de l'humidité et des variations de température ; des soins minutieux de propreté, des bains savonneux ou alcalins qui nettoient la peau s:ins <lébiliter le corps; une nourriture substantielle, réparatrice et facde a digérer; l'usage d'un bon vin pour ceux qui ont I habituded'en boire; la régularité dans les évacuations alviiies ; point d'abus ni d'écarts de régime, ^ ils seraient funestes : les ivrognes et les goiwmands forment avec les faibles, les inhrmes et les mi^érables, le principal contingent de la mortalité dans toutes les épidémies ; la pi écnution de ne pas sortir à jeun le matin pour se rendre thins les hôpitaux , d;ms les lieux insalubres, le calme et la h-rmelé d'esprit, l'éloignemcnt de tontes les circonstances qui peuvent exciter ia tristesse, la peur, les passions violentes, la colère, etc.; un sommeil suflisammeiit prolongé; le traitement immédiat de toute indisposition naissante ; tels soul
CIRCUMFl'SA. •— JfRUPHÏLAXlS ©ES ÉPIDÉMIKS. 4ë§
les préceptes auxquels doivent se soumettre ceux <ini vivent dans» une almosplière cuiitamit)ée ou à proxitnité d'un foyer de conlaL-ion. Les classes aisées peuvent s'y coujornier sans peuie, et c'est dans leurs rangs que les épidéuiies tout le moins de victimes. Les relevés publiés par M. Aubert-Hoclie prouvent que les ravages de la peste elle-même sont en rHison directe de la misère, parmi les indigènes connue parmi les Européens (1), Dans les pays à marais, même résultat d'observation et de stalisli(|ue. Travailler à l'accroissement de l'aisance dil peuple, c'est a^ir préventivement contre les fléaux épidémiques qui épouvantent les gouvernants et les gouvernés; or c'est là l'œuvre lente et progressive de la civilisation qui a déjà réduit leur fVécjuence et leur intensité et qui finira par étouffer leur germe. i\lais en même temps répétons au peuple (\ue les excès, les desordres, les pas^ions, les terreurs prédisposent aussi à l'atteinte du mal, en ôlant à l'organisme son ressort de réaction C!)nlre les principes morbiliques que l'air ou le contact présente à son pouvoir absorbant.
) j A l'approche des épidémies, l'autorité a des devoirs à remplir : elle vediera avec pius de rigueur a l'exécution des règle.nents de grande et de p. tite voirie, elle fera visiter les maisons insalubres pour les améliorer d'olfice ou pour fermer celles qui ne peuvent être assainies; elle fera en'ever les amas d'immomlices, nettoyer les égouts, écouler les eaux croupies, laver journellement les ruisseaux, cesser rentassemenl des ouvriers dans les garnis et toutes les agglomérations insolites, car elles no lardent pas à se convertir en loyers épidémiques; elle favorisera l'émigration de divers éléments de la population flottante si elle est devenue trop considérable; elle instituera dt^s services médicaux en nombre suffisant, elle préviendra l'encombrement d(!S casernes, des hôpitaux, des prisons. Des visites médicales préventives à do icile peuvent être d'une grand.! utilité en temps d'epidéniie cholérique. Elle provoquera les libéralités des classes aisées pour procurer aux indigents des vêtements, de bons aliments, du combu>tible, du lin-e, rappelant aux premières que celle assistance conlribuera etficaceme.il à réduire la durée et l'intensité du (léau dans les résidences envahies, a l'éloigner peut-être de celles qui . n sont encore exemptes. Gaymard et Girardm rapportent qu a Breslau le choléra s'arrêta grâce à ces mesures auxquelles on ajouta l'assainissement des maisons
(1) Revue médicale, janvier 184S.
HYGIÈNE PUBI.iyUE.
la iermelure des habitations les plus mauvaises, la dissémination des familles nombreuses entassées dans des locaux étroits. Dans Lambeth-square , à Londres, dit le vicomte Edrington (1), la population était particulièrement atteinte en temps d'épidémie; on a fait des travaux d'assainissement dans ce quartier, et depuis il est resté complètement à l'abri du choléra et des autres maladies épidémiques, typhus, fièvres, etc. La cité de Londres, placée au cœur de la ville, a deux énormes désavantages sous le rapport hygiénique : une population très compacte et la proximité de la Tamise, qui est dans un état de fétidité repoussante et marécageuse par endroits; mais on l'a assainie maison par maison, on y a fait arriver l'eau, on a intercepté les communications avec les égouts du dehors, et le chiffre de la mortalité s'est abaissé dans la cité au-dessous de celui de ffampstead-road, quartier très élevé de Londres et d'une salubrité notoire, mais où les habitations n'ont pas reçu les mêmes améliorations.
Des soins prompts et réguliers, des lits bien espacés, le renouvellement continu de l'air, un personnel suffisant d'infirmiers, une surveillance assidue des médecins et des administrateurs, une répartition intelligente des malades, la séparation des convalescents, etc., contribuent, en temps d'épidémie, à diminuer dans les hôpitaux le chiffre de la mortalité. C'est à un pareil ensemble de mesures ordonnées à l'avance et exécutées avec suite que j'ai dû, en 18Ù9, les résultats relativement favorables du traitement de 1200 cholériques dans mes salles du Val-de-Grâce. Le premier à Paris j'ai isolé ces malades dans des bâtiments assez distants des locaux qui recevaient les autres malades, et tandis que les hôpitaux civils de Paris, où on avait laissé les uns et les autres en promiscuité, comptaient par centaines les cas de choléra dits îJî^mW.ç, c est-à dire développés dans les salles mêmes, au Val-de-Grâce nous ne les avons comptés que par rares unités.
Une prévision triste, mais nécessaire, s'applique aux inhumations. Dans les jours néfastes de l'épidémie de 1832, les moyens de transport aux cimetières ont été insuffisants. Il convient d'assurer ce service, d'en dérober aux yeux de la foule l'appareil trop répété, de prévenir les inhumations précipitées et l'accumulation des cadavres par la création de salles mortuaires, de veiller à la salubrité des cimetières, etc.
(1) Compte rendu du Congrh de stalixiique. Paris, mai I85fi, p. :U1.