CHAPITRE m
S I. — Données générale».
La vie se manifeste par le mouvement : mouvement moléculaire de décomposition et de recomposition de la trame org^misée, liiou-
vement propre des organes dans la sphère individuelle de leurs fonctions, mouvements do solidarité qui constituent les sympathies, mouvements d'ensemble de la machine. Chaque existence, lancée dans l'espace et dans le temps, s'élève, plane à une certaine hauteur et retombe. Pour l'organisme, ni halte ni repos. Depuis l'instant mystérieux où l'ovule et le zoosperme se sont combinés pour lui donner naissance, jusqu'au jour où il émigré de l'utérus au monde extérieur, depuis la première inspiration jusqu'à la mort, il ne cesse de se modifier, de se transformer, et dans les attributs de son extériorité, et dans les conditions de sa structure, et dans le mode de son activité : facultés physiques et morales, forme et fond, tout est incessamment remué dans l'homme. Les principes dont sa trame se compose existent hors de lui; il les renouvelle par des échanges non interrompus avec la nature extérieure, dont il résume en lui les forces ; produit d'une association temporaire de certains éléments de la matière, il ne se maintient, comme tous les autres êtres, que par la circulation perpétuelle de ces éléments, et il est lié par tous les points de son organisation, par tous les atomes de sa substance, au système d'une mervdileuse et universelle métempsycose.
Les changements que subit le corps humain dans le cours de la vie se succèdent dans un ordre régulier, s'enchaînent dans un rapport nécessaire ; la complication progressive des fonctions, leur perfection, leur alfaiblissement plus ou moins rapide, sont en raison directe de transformations anatomiques qui s'accomplissent au sein de l'économie ; et le meilleur argument dont puisse s'étayerla médecine organique, c'est la liaison constante, rigoureuse entre les conditions matérielles des instruments organiques et les nuances de leur activité aux différentes époques de la vie. Considérée à de longs intervalles, l'organisation diffère singulièrement d'elle-même : de là l'idée des âges, coupes plus ou moins arbitraires de la carrière humaine; car, nous l'avons dit, les mutations de la matière organisée présentent une série continue. Les âges sont donc des périodes de la vie auxquelles correspondent un certain nombre de changements survenus dans l'état matériel et fonctionnel de l'organisme. La plupart des divisions des âges sont purement arithmétiques, c'est-à-dire qu'elles ont pour base la numération des années. Hallé s'est efforcé de tenir compte à la fois et de la succession des jours depuis la naissance, et des changements accomplis dans l'économie animale. Voici la division qu'il a suivie : 1° la première
9ft llYC.llîNE PMIVÙH.
enfance [infantia), de 1 à 7 ans; "i" la deuxième enfance {ptieritia), de 7 à 13-15 ans; 3" la pubtrté ou adolescence, caractérisée par l'aptitude, à la re|)roduclion : elle s'éttînd pour les femmes de 13 k 21 ans; pour les hommes, de 15 à 25 ans ; W la virilité, qui dure chez les femmes, de la 21» à la 50* année; pour les hommes, de la 25* à la 60" année : Hallé la subdivise en trois périodes, virilité croissante, virilité confirmée, virilité décroissante ; 5" la vieillesse, qu'il partage encore en première vieillesse, de 00 à 70 ans; en vieillesse avancée, saison des infirmités; enfin, en décrépitude, transition extrême de la vie à la mort. Nous renvoyons aux ouvrages de physiologie pour la controverse des fixations d'âges, La division la plus prati(iue des âges nous paraît être celle de Daubenlon (1); elle comprenait: 1" l'enfance, étendue depuis la naissance jusqu'à l'âge de puberté; 2° l'adolescence, qui se prolonge jusqu'à l'âge de 20 à 25 ans; 3" la jeunesse, de 25 jusqu'à 30, 35 ans ; U° l'âge viril, qui dure jusqu'à à 65 ans ; 5'' l'âge de retour, de 45 à 60, 65 ans ; 6" enfin, l'âge de la viedlesse ou la caducité. La division la plus simple est celle de M. Longet : 1° enfance et jeunesse, 2° adolescence et maturité; 3° vieillesse et décrépitude (2).
Mais les âges ne se limitent pas en réalité d'une façon aussi tranchée que ces divisions pourraient le faire supposer; leurs gradations se confondent : il n'y a que la puberté qui se caractérise avec une sorte d'éclat par la maturité des organes reproducteurs; les seules époques fixes dans la vie sont celles que signalent leurs vicissitudes fonctionnelles. Sous ce dernier rapport, la vie se partage en trois péi iodes distinctes marquées, la première par leur imperfection et leur inertie, la seconde par leur exercice, la troisième par leur atrophie et leur repos ; mais cette division encore est démentie par les individualités. Il arrive que les fonctions de la génération s'exécutent encore à un âge avancé, surtout chez l'homme, tandis que la cessation du flux menstruel peut entraîner prématurément chez la femme l'inaptitude à la reproduction.
L'échelle de l'existence humaine ne présente en définitive que deux degrés qui résument dans leur généralité les phénomènes de l'organisation. Celle-ci ne passe en effet (lue par ces deux phases : accroissement et déclin; dès qu'elle cesse de gagner, elle commence à perdre; le travail de formation terminé, la destruction
(1) Leçons professées aux écoles normales, l. Vlîl, p. 313.
(2) Longet, Traité de physiol., 1850, t. U, p. 284.
débute et marche. Ce qu'on a nommé la période d'état comprend les années pendant lesquelles les actes organiques s'accomplissent avec le plus de régularité, où l'éronomie semble avoir atteint la plus juste proportion de toutes les fondions, et déploie dans sa vie de relation la plus grande somme de puissance et de spontanéité ; mais si cet Age est remarquable en général par la plénitude de l'activité physiologique, rien n'est stationnaire dans le corps ; les phénomènes de la vie ne comportent point la fixité qu'on leur attribue à cette époque.
L'évolution de l'organisme ne se fait point dans tous les individus suivant des vitesses égales; l'enchaînemeut des actes par lesquels elle s'opère est invariable, mais la rapidité de leur succession est subordonnée à une foule de circonstances, les unes inhérentes à l'être lui-môme, les autres existant au dehors de lui et telles que le climat, l'alimentalion, le genre de vie, les passions , etc. Il y a des vieillards de trente ans ; il y a des septuagénaires florissants par la vigueur de la constitution et la légitimité de leurs appétits. A part même les effets du genre de vie et le poids des antécédents, la nature apporte elle-même dans la balance des éléments d'inégalité ; les matériaux primitifs de la constitution influent fatalement sur les développements ultérieurs : c'est ici que l'hérédité intervient avec une efficacité tantôt heureuse, tantôt funeste; le tempérament légué par les parents à leur progéniture la fait précoce ou tardive. La détermination des âges n'a donc rien d'absolu.
A chaque période de la vie correspond une forme de santé, une manière d'être générale; il est essentiel d'en tenir compte dans l'indication des règles hygiéniques. La digestion de l'enfant diffère autant de celle de l'adulte que diffère chez ce dernier et chez le vieillard l'exercice de la vue ou l'excrétion des urines : les mêmes prescriptions d'hygiène sont-elles applicables à la même fonction, quand, par le laps des années, elle s'est altérée dans son mécanisme et dans ses résultats? La connaissance des changements amenés par l'âge n'est pas moins nécessaire au praticien. L'auscultation ne fait-elle point reconnaître de notables différences entre les phénomènes sonores de la respiration puérile et ceux de la respiration sémle?Le pouls de l'enfant donne plus de cent battements par muuite; celui du vieillard souvent n'en fournit que la moitié. Quoi de commun entre les phlegmasies pseudo-membraneuses, dont les voies aériennes de l'enfant sont si fréquemment le siège et les bronchorrhées des vieillards, si promptement suivies de congestions
96 HYCliNE l'lUVÉE.
étendaes du poumon ? Nous aurons occasion de revenir [iraminence morbide) sur les prodisposilions spéciales que cliaque âge suscite à rorganismc; riiygiénisle doit les connaître pour diriger sur les points menacés sa sollicitude préservatrice. Cliaque période de la vie change le rapport de l'organisme avec le monde extérieur, parce qu^l change le rapport physiologique des appareils et des viscères entre eux. La prépondérance des organes, celle même des systèmes généraux, n'est point stable contre l'atteinte des années ; les idiosyncrasies changent, les tempéraments s'allèrent, les mouvements vitaux se concentrent vers telle ou telle cavité splanchique : c'est ainsi que dans le premier tiers de la vie ils se portent vers la tête, dans le deuxième tiers vers la poitrine ; enfin l'activité organique s'établit graduellement vers l'abdomen dans le stade de décroissance et de sénilité.
S 2 — Des changements qui caractérisent les âges.
Nous n'avons pas à tracer ici en détail l'histoire du développement successif de chaque organe, de chaque appareil d'organes : ce serait transporter dans l'hygiène l'anatomie et la physiologie ; notre but est d'esquisser à grands traits les caractères généraux que présente l'organisme à travers les périodes de son évolution. Quoique la période d'accroissement ne se termine qu'au premier moment du déclin, l'inégale manifestation des forces plastiques permet de partager sa durée en deux stades distincts. En effet, depuis la naissance jusqu'à l'adolescence, la nutrition s'exerce avec une exubérance et une énergie qui diminuent déjà dans la jeunesse et baissent encore davantage pendant la virilité : aussi a-t-on fait de ce dernier âge la période d'état, erreur que nous avons combattue ; il se distingue de l'enfance et de l'adolescence par le ralentissement de l'activité nutritive et par une autre direction des mouvements vitaux
qu'elle détermine.
Dans la période la plus énergique de l'accroissement, le caractère général de l'organisme, c'est la prépondérance de l'appareil vasculaire à sang rouge, prépondérance que démoidrent la fréquence des battements du cœur, l'élan de la circulation artérielle ; les ventricules du cœur sont volumineux, les artères larges, le système veineux moins apparent ; toute la surface tégumentaire, externe et interne, est injectée chez l'enfant nouveau-né. A l'activité de la circulation se lie celle de l'hématose, et secondairement, de toutes les fonctions qui s'exercent immédiatement sur les matériaux du
sang : sécrétions iirinaire, salivaire, sécrétions des follicules mucipares et sébacés, exhalations cutanée, pulmonaire, séreuse et adipeuse. Le poumon, dont la première inspiration a doublé le poids et le volume, devient rosé, mou, crépitant, vésiculeux, de brun et compacte qu'il était; pendant toute l'enfance, il conservera une vascularité plus abondante. Cette énergie de l'hématose est nécessaire, car à cette époque de la vie la plasticité est à son maximum ; toutes les parties du corps croissent et se développent, tous les tissus tendent à se perfectionner : aussi sont-ils abreuvés de sucs, infiltrés de matériaux plastiques. Le tissu cellulaire, encore à demi rauqueiix, acquiert tous les jours plus de densité; sa disposition en cellules et lamelles se prononce ; le système lymphatique n'est pas moins développé, et il s'accroît rapidement jusqu'après la deuxième dentition ; sa portion abdominale, qui forme l'appareil chylifère, est surtout le siège de cette fluxion nutritive etses ganglions présentent un grand volume. Cette surabondance de fluides plastiques imprime à la constitution del'enfant uneapparencelymphatique, sansquei'on en puisse conclure, suivant nous, à l'existence du tempérament de ce nom ; la mollesse des tissus, leur imprégnation parles sucs nourriciers, l'ampleur flottante des formes qui en résulte, ce sont là non les signes d'un tempérament, mais les conditions nécessaires d'une phase de l'évolution organique ; chaque jour les corrige, chaque progrès dans la vie en fait disparaître une partie. Beaucoup d'enfants s'animent d'ailleurs d'une nuance sanguine qui n'est point davantage pour eux l'augure infaillible du tempérament sanguin. La chimie vivante ne pouvant s'eff"ectuer, comme celle des corps inorganiques, qu'à la faveur d'une extrême division de la matière ramenée pour ainsi dire à sa forme atomistique, c'est là ce qui explique chez l'enfant la prédominance des fluides sur les solides, la disposition de toutes les surfaces à sécréter avec abondance, la turgescence vasculaire de toute la trame organique.
Les phénomènes les plus saillants de l'accroissement correspondent aux deux dentitions et à la puberté ; ces grandes mutations une fois accomplies, la puissance formatrice perd de son activité, et l'appareil vasculaire à sang rouge en suit pas à pas les dégradations. Exaltée à son plus haut degré dans les commencements de la vie extra-utérine, elle doit s'affaiblir et s'aff'aiblit, en effet, à mesure que l'organisme approche du terme de sa croissance. Elle finit dans la période de virilité, par ne plus s'exercer que dans la mesure nécessaire pour compenser les déperditions, pour assurer aux tissus
3" ÉDIT. I. ry
98 lIYGlfîNK PRIVÉE.
la permunonce de leurs éléments, aux organes leurs condilions de texture et de volume, à l'économie entière la plénitude et la stabilité de ses ibnctions.
Le système lympbati(iue, qui est parvenu à un grand développement dans le milieu du premier âge, a déjà perdu de sa puissance physiologique à l'époque de la deuxième dentition et s'affaiblit encore vers celle de la puberté ; il en résulte que l'appareil vasculaire à sang rouge, dont l'activité s'est maintenue, l'emporte chez l'adolescent sur l'appareil lymphatique.
Quant aux instruments de la vie de relation, ils se développent, se fortifient par degrés pendant la première période de la vie ; en même temps leurs fonctions tendent à se régler. Le système nerveux, centre de la vie relative, témoigne d'abord de sa sensibilité par des mouvements automatiques qui s'exécutentrapidement sous l'influence des stimulations extérieures ; plus tard l'action du système nerveux sur le système nmsculaire se régularise, se consolide. Les appareils des sens, plus développés, deviennent autant de sources d'impressions nouvelles ; la sphère des réactions cérébrales va s'agrandissant ; avec la puissance de l'incitation nerveuse augmente celle des instruments (os, muscles, etc.) par lesquels elle se manifeste, et il importe à l'hygiéniste d'observer attentivement ce parallélisme de développement entre le système nerveux et les différentes pièces de l'appareil locomoteur : il y a là plus d'une question d'éducation phvsique; ou plutôt celle-ci se résume presque entière dans la modération des rapports entre l'axe cérébro spinal et les organes qu'il met en jeu. Le caractère de la vie relative dans le premier âge, c'est la vivacité et la mobilité des impressions qui font naître des' actes de locomotion désordonnés, automatiques. Dans la deuxième enfance, les impressions ne donnent pas encore lieu à des perceptions exactes et justes ; le cerveau les apprécie mal encore, et les déterminations qu'elles sollicitent ne sont pas pondérées'par la raison. La vie de relation suit les progressions de la vie organique ; les actes par lesquels elle se manifeste n'ont acquis toute leur régularité, toute leur perfection qu'au terme de l'accroissement ; alors seulement le cerveau commande, coordonne, dirige tous les mouvements suivant les impressions qui lui sont transmises ou suivant les volilions dont il est à la fois le foyer et l'instrument. La gradation de son activité implique celle de son développement. C'est donc à tort que l'on a dit et répète que des la naissance l'encéphale possède à peu près tout le volume qu'd con-
servera plus lard (Kostaii) ; l'accroissement ne paraît même pas cesser pour la ti'te à l'époque assignée comme terme de la croissance générale, il semble au contraire continuer jusqu'à soixante ans (Parcliappe). L'augmentation de volume porte à peu près exclusivement sur le développement circulaire horizontal de la tête et principalement sur le développement de la partie antérieure ; elle est due en grande partie à l'agrandissement des sinus frontaux. Au delà de soixante ans, le volume de la tête diminue; le crâne perd aussi de sa pesanteur sous l'influence de la vieillesse.
Les changements organiques, ainsi que nous l'avons dit, nes'interrompent pas durant la période dite d'état ; mais ils s'accomplissent alors avec une certaine lenteur, et pour les apprécier, il est nécessaire de comparer l'organisme à lui-même, à des intervalles éloignés, par exemple, dans le milieu de la virilité et aux approches de l'âge de retour. Toutefois c'est à cette époque que les fonctions ont le plus de consistance : les deux principes universels de l'économie, le sang et la matière nerveuse, semblent unis dans leur plus juste proportion ; les organes approchent le plus par leur volume, par leur structure et par leur activité, du type physiologique idéal, et c'est à cet âge que les différences individuelles ont le moins de saillie.
Les mutations qu'amène le déclin de la vie sont inverses de celles qui signalent les années d'accroissement; les fonctions s'exécutent avec une lenteur qui augmente de jour en jour; le système artériel perd de son activité, ses extrémités capillaires se laissent à peine soupçonner dans les tissus, la circulation devient languissante dans des canaux qui n'ont plus leur élasticité, les sécrétions diminuent; les veines, plus prononcées que dans l'âge moyen, cèdent à l'elfort latéral du sang et se laissent distendre jusqu'à l'état variqueux ; les muscles se décolorent, leur fibre durcit et se contracte laborieusement. Tous les tissus participent à une sorte de dessiccation qui a pour eff"et de les racornir; turgescents dans l'enfance, d'une texture plus compacte dans l'âge moyen, ils se réduisent et se dessèchent chez le vieillard ; les nerfs qui les parcourent sont grêles et d'une densité telle, qu'ils ont paru desséchés comme les autres tissus; des sels calcaires se déposent sur différents points de l'arbre vasculaire artériel, dans les parties articulaires ; les cartilages intervertébraux s'affaissent, s'incrustent de phosphate calcaire à leur centre, de telle sorte que plusieurs vertèbres, soudées ensemble par cette ossification, ne forment plus qu'une seule masse. Les os
présentent plus de volume, un tissu plus compacte, des cavilt-s intérieures plus étendues ; la substance médullaire des os longs est plus liquide et presque huileuse, la taille et le poids du corps diminuent (1). Même décadence de la vie de relation. Le cerveau, qui en est le centre, acquiert une consistance, une dureté qui, de quelque manière que l'on conçoiv'e le mécanisme de son action, doit l'entraver de plus en plus; vibration fibrillaire ou circululioii d'un fluide peut-être analogue à l'électricité, l'innervation doit s'opérer difficilement par l'intermède d'un viscère affaissé et lente • ment parcouru par un sang moins stimulant. Les appareils des sens se détériorent l'un après l'autre : la vue faiblit, puis l'ouïe, et les impressions sensitives ébranlent à peine le système nerveux. Le viedlard lutte contre l'imminence de l'anarchie fonctionnelle, les mouvements ne s'accomplissent plus que par l'eflbrt soutenu de la volonté; encore est-elle mal obéie, à cause de l'affaiblissement des instruments dont elle dispose.
Telle est la série des phénomènes que déroule l'organisation depuis le berceau jusqu'à la vieillesse confirmée. Mais pour avoir une notion complète des résultats déterminés par les âges, il ne suffit point d'envisager les caractères généraux des périodes de la vie : la loi de continuité qui régit la nature ne l'empêche point de manifester par intervalles une plus grande énergie dans ses développements, et quoique les différents âges se confondent à leurs limites, il est dans la vie des transitions moins ménagées ; il est des changements organiques d'une allure si brusque, ou d'une influence si décisive, qu'on a pu les appeler avec raison les révolutions des âges • subordonnées aux lois conservatrices de l'individu ou de l'espèce, amenées par une progression de modifications, elles impriment néanmoins, en éclatant, de fortes oscillations à la santé, et viennent grossir la somme des prédispositions morbides. 1 est indispensable d'arrêter notre attention sur ces crises physiologiques ; elles se terminent toujours, ou par l'inauguration dans 1 économie de certaines fonctions auxquelles elle ne devient apte qu a une époque plus ou moins éloignée de la naissance, ou par la suppression d'actes physiologiques dont la durée est limitée, ou par l'établissement de conditions organiques qui changent d emb ee le rhythme général de la vie. Le passage du sein maternel a 1 existence aérienne, la première et la deuxième dentition, la puberté, 1 époque
(1) Voy. ctiap. Yi,§6.
DES AGES. lOi
tlu retour, entin la cachexie sénile, voilà les points culminants de riiistoire de l'évolution humaine; voilà des échelons posés à long intervalle dans la vie et sur lesquels l'organisation apparaît successivement sous une forme toute particulière.
La première révolution qui s'opère dans l'organisme à l'instant même de la naissance consiste dans le conflit de l'air atmosphérique avec la peau et la surface aérienne. La peau n'est plus en contact avec les eaux de l'amnios; débarrassée delà matière grasse qui la recouvrait, elle devient, dès le premier ou le second jour, le siège d'une exfoliation épidermique par lamelles plus ou moins étendues. Ce phénomène dure en moyenne dix à douze jours et peut ne se terminer qu'au bout de trente, quarante et même soixante jours. Jusqu'à la régénération complète de l'épiderme, la peau est ronge, très irritable, surtout aux plicatures où ce travail s'opère plus lentement. Dès que la tête de l'enfant arrive à l'air, il éprouve des mouvements convulsifs aux angles des lèvres et aux ailes du nez, sa bouche s'ouvre, sa poitrine se dilate, l'épiglottese redresse ; la glotte, presque entièrement fermée jusqu'alors, devient et reste béante ; la trachée-artère se déplisse, les poumons augmentent de hauteur (1 centimètre), de largeur [U centimètres), de capacité (1 pouce 1/2 cube), et de poids ; celui-ci est porté de 11 gros hjk à 21 gros 1/2, plus par l'afflux sanguin que par le volume d'air inspiré (1). Par la distension du poumon et l'abaissement du diaphragme, le cœur est repoussé de droite à gauche et de haut en bas. Le sang de la veine cave inférieure, au lieu de passer par le trou de Botal, dans l'oreillette gauche, se porte, avec celui de la veine cave supérieure dans le ventricule droit et dans l'artère pulmonaire; le sang projeté dans ce vaisseau n'est plus dérivé par le canal artériel dans l'aorte descendante; celle-ci enfin cesse de le verser dans les artères ombilicales. Aussi les organes de transition qui se rattachent à la vie fœtale ne tardent point à se flétrir : tels sont les vaisseaux omplialo-mésentériques, le canal artériel, le canal veineux, les capsules surrénales. Toutetbis ces changements offrent encore une gradation dans leur rapidité; le trou de Botal ne se ferme pas brusquement, le canal artériel n'est oblitéré que vers le troisième jour par un caillot, en attendant sa transformation en un cordon fibreux ; les artères pulmonaires n'acquièrent que par degrés leur calibre normal à mesure que les mouvements respiratoires)
(l)Longet, Op. cit., l. II, p. 285.
103 llYGliîNK l'UlVÉE.
activent, en se répétant, la marche du sang vers les poumons; ceux-ci ont donc une amplintion progressive et s'accoutument par degrés au contact du sang et de l'air, ce qui lem* épargne les funestes liypérémies dont les eût menacés la soudaine agression de ces deux agents (1). Le thymus s'atrophie plus tardivement ; dans le cours de la deuxième enfance et jusqu'à la lin de la lactation, il augmente avec les autres organes. L'enfanI, dès qu'il icspire, a cessé de recevoir pour sa mitrition le tribut maternel de matériaux tout sanguifiés ; il faut donc que son système digestif entre en jeu avec une activité proportionnelle aux besoins de l'assimilation. Tous les actes de sa vie organique sont modiliés en raison du mouvement nutritif ; et de même que la première inspiration a donné le signal de ce changement à vue dans l'ensemble des phénomènes de la vie végétative, de même le premier eflleurement du sein où la nature lui a préparé le lait éveille ses fonctions de relation : il palpe instinctivement le réceptacle vivant de sa nourriture, il perçoit la température du milieu ambiant. C'est par la peau, c'est par la surface sensitive la plus développée qu'il se met d'abord en communication avec le monde extérieur, comme si la nature avait voulu lui en atténuer les premières impressions en les disséminant sur une grande étendue; comme si le toucher général et confus du tégument externe devait le préparer à des spécialités plus délicates de la même fonction, à la vision, à l'ouïe, à l'odorat, etc., qui ne sont
(l) Des reclierches importantes ont été faites dans ces derniers temps sur les différences de la respiration aux dilTéreules époques de la vie ; nous mentionnerons plus loin les résultais obtenus par MM. Andral et Gavarrct. M. Bourgcry, dans un mémoire lu à l'Académie des sciences (23 janvier 1843), énonce, cuire autres conclusions, les suivantes : La plcnilude de la respiration dans les deux sexes appartient à râge de trente ans; chez les sujets bien constitués, le chiffre de la respiration forcée, à cet âge, est dans l'homme de 2''' ,50 à 4'"-,b0, et dans la femme de l'"-,10 à 2'i'-,20 ; le jeune garçon de quinze ans respire 2 litres, et le vieillard de quatre-vingts ans l''S35. Le volume d'air dont un individu a besoin pour une respiration ordinaire augmente graduellement avec l'âge. Les rapports entre les âges de sept, quinze, vingt, quatre-vingts ans, sont géométriques et représentés par les non»bres 1, 2, 4, 8. L'augmentation progressive ou le besoin d'un plus grand volume d'air n'exprime que la diminution d'énergie de l'hématose pulmonaire, c'est-à-dire que cette faculté décroît de l'enfant au vieillard dans un rapport représenté par les nombres fractionnels inverses des premiers, \, 1/2, l/4, 1/8. Voilà des résultats capables de satisfaire les esprits amoureuîc d'exactitude. Le mémoire de M. Bourgcry en contient plusieurs autres formulés avec la même rigueur; reste à les vériOer.
I dans leur mécanisme intime qu'un loucher plus subtil et diversifié suivant la nature des excitants fonctionnels. Le pouvoir calorifique
I de l'enfant n'est pas celui de l'adulte; de là un danger, et pour riivgiène une base d'impérieuses prescriptions. Chez vingt adultes, Edwards a trouvé que la température variait entre 35", 5 et 37°, moyenne = 36°,12; chez dix enfants bien portants, âgés de quelques heures à deux jours, entre 3/i° et 35", 5, moyenne = 36",75. M. Roger, dans des recherches plus récentes et plus multipliées (1), où la température a été prise constamment dans le creux axillaire, est arrivé aux résultats suivants :
1" Chez des enfants naissants, dans la première demi-heure de
leur existence aérienne:
Température moyenne 36°, 14
— maximum 37°, 75
— minimum 35°, 25
L'enfant qui offrait 3 7°, 7 5, examiné dans la première minute après sa naissance, participait sans doute encore à la température de sa mère.
2° Chez trente-trois nouveau-nés de un à sept jours :
Température moyenne 37°, 8
• — maximum 39°, 00
— minimum 36°, 00
3° Chez treize enfants de quatre mois à six ans inclusivement :
Température moyenne 37°, il
— maximum 37°, 75
— minimum 36°, 75
Personne ne conteste plus la conclusion de M. Gavarret, qui a discuté avec une minutieuse précision tous les faits acquis sur cette question : <;< Toutes choses égales d'ailleurs, la température des enfants est d'autant plus influencée par celle du milieu ambiant, et leur puissance de calorification est d'autant plus faible, qu'on les observe à une époque plus rapprochée de leur naissance (2). »
La première dentition, pas plus que la seconde, ne doit être considérée comme une maladie; elle constitue par elle-même et par une série coïncidente de phénomènes d'accroissement, une de ces
(1) De la température chez les enfants. Paris, 1844.
(2) De la chaleur produite par les êtres vivants, Paris, 1855, p. 325.
104 HYGIÈNE PBIVKE.
mutations aiguës qui concourent à fonder l'indépftndance individuelle de l'être nouveau. Les incisives moyennes delà mâchoire inférieure se montrent en premier lieu , elles sont suivies de celles de la mâclioire supérieure; viennent ensuite les incisives latérales inférieures et les incisives latérales supérieures; en troisième ordre apparaissent les premières molaires inférieures et supérieures (1); les canines inférieures et supérieures sortent vers deux ans et demi ; enfin les deuxièmes molaires complètent vers la quatrième année cet appareil transitoire de mastication. L'ordre d'éruption n'est pas constant : les canines sortent quelquefois avant les quatre premières molaires ou après toutes les dents de ce nom; les incisives latéiales peuvent se montrer avant les médianes, etc. Les sensations continuelles de chatouillement, de démangeaison ou de douleur, dont s'accompagne l'éruption des premières dents, déterminent parfois une surexcitation céréhrale qui se traduit par un état fébrile, la chaleur à la tête, l'insomnie, des cris d'impatience, des convulsions. La suractivité vitale des gencives, des glandes salivaires, de toute la bouche , se traduit par la turgescence sanguine de ces parties, par l'accroissement notable des artères qui s'y rendent, par une salivation exagérée. Ces conditions, jointes aux efforts de succion, à une constitution mauvaise et à une mauvaise hygiène, favorisent le développement du muguet, des inflammations buccales à tendance gangréneuse, etc. La première odontogénie est plus critique que la seconde ; l'une s'achève en deux ans, l'autre en seize à
(1) M. Trousseau a cherché à établir, par le résultat de ses observalious, que les dents sortent par groupes chez les enfants à la mamelle. La première deolition, dit-il, s'accomplit en cinq temps : premier groupe, deux incisives inférieures ; deuxième groupe, quatre incisives supérieures ; troisième groupe, quatre premières molaires et deux incisives latérales inférieures ; quatrième groupe, quatre canines ; cinquième groupe, quatre dernières molaires. Ce qui donne pour le nombre, 2, 4, 6, 4, i dents: total, 20. L'époque d'éruption de ces groupes est assez peu certaine; pourtant, en général, M. Trousseau croit pouvoir l'établir à peu près de la manière suivante (Journal de médecine, par MM. Fouquier, Trousseau et
Beau, février 1843, p. iO) :
1" groupe: Deux incisives médianes inférieures vers l'Age de sept à huit mois.
2* groupe : Quatre incisives supérieures de onze à douze mois.
3' groupe: Quatre premières molaires, deux incisives latérales inférieures, vers l'âge de dix-sept à dix-huit mois.
4* groupe : Quatre canines vers l'âge de deux ans.
5* groupe : Quatre dernières molaires vers l àge de trente mois.
vingt ans. Avec les vingt dents de lait coexistent les germes de trentedeux dents permanentes qui les remplaceront plus tard; les mâj choires alimentent donc simultanément cinquante-deux dents formées ou en germes. En même temps que s'achève la première dentition, les muscles masticateurs se renforcent, la mâchoire inférieure se courbe, ses branches se redressent; les glandes salivaires et le pancréas s'accroissent; l'estomac devient plus actif, et les aliments y séjournant plus longtemps, la fréquence du besoin de manger diminue; les valvules conniventes augmentent de nombre et se prononcent; les cryptes mucipares se dévelojtpent, le tube digestif présente plus de longueur, la bile devient plus épaisse; les évacuations alvines sont plus jaunes, plus consistantes et plus rares. Même progrès des fonctions de relation : les sens externes sont en activité, le tact se perfectionne; les impressions, plus variées, plus multipliées, sollicitent les facultés cérébrales. Naguère le volume de la îête contrastait avec la petitesse des membres; le rachis, plus gros supérieurement qu'en bas, n'offrait qu'une seule courbure, et par l'absence des apophyses épineuses fournissait un moindre espace à l'insertion des muscles des gouttières vertébrales; le bassin, par son obliquité sur le rachis, faisait proéminer le ventre et dirigeait en avant le poids du corps; les fémurs ne trouvaient pas dans les cavités cotyloïdes encore cartilagineuses un point d'appui assez solide, etc. En un mot, les conditions nécessaires pour la station et la progression manquaient en totalité; mais pendant la durée delà période qui nous occupe, la marche rapide de l'accroissement y a pourvu en grande partie : d'essai en essai, l'enfant est parvenu à reproduire les attitudes de ses parents, comme il a fini par répéter leurs sons, leurs syllabes, leurs paroles, leur langage.
Les germes de la deuxième dentition sont, comme ceux de la première, visibles déjà dans le fœtus, représentés par une série de trente-deux follicules membraneux situés dans un rang d'alvéoles qui existent en arrière des alvéoles à dents infantiles. Leur éruption s'opère quand leur couronne est parfaite et que leurs racines sont à peu près formées; elle est précédée parla chute des dents de lait dont la racine est résorbée en partie ou en totalité. De sept à dix ans paraissent les incisives, puis les bicuspidées, ensuite la canine; vers onze à douze ans, la seconde grosse molaire; la première grosse molaire sort dans le cours de la première dentition , c'est vers vingt ans seulement que se produit la cinquième molaire. Ces dents ne sont qu'ébauchées dans leurs racines au moment de leur
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apparition et ne les perfectionnent que dans un espace de deux à trois ans. Les arcades dentaires continuent de s'agrandir jusqu'à vingt ans, et la face en reçoit plus de hauteur et de largeur. La révolution pliysiologi(iue de la deuxième dentition se termine à la puberté, quoique le nouvel appareil dentaire ne se complète que plus tard : elle a une marche moins rapide, moins turbulente; l'accroissement général se modère dans la même proportion , le système nerveux ne manifeste jjoint l'orageuse impressionnabilité de l'âge précédent. Déjà ses actes se sont régularisés, perfectionnés; les facultés intellectuelles et morales se déploient avec une intensité progressive ; les organes du mouvement ont acquis toute leur souplesse et leur agilité; la surcharge graisseuse du premier âge n'existant plus , les muscles dessinent leurs reliefs , les articulations se sont débourrées, etc. Le système osseux appelle fortement sur lui le mouvement nutritif.
Mais voici l'époque d'une transformation des plus complètes et des plus rapides : les organes génitaux viennent d'acquérir le développement nécessaire à l'exercice de leurs fonctions; tout s'est préparé dans l'économie pour cette révolution ; quelques mois ont suffi à la nature, si soigneuse des intérêts de l'espèce, pour imprimer au corps la puissance et la vitalité que réclame l'office de la reproduction. Vers la puberté, la croissance du corps se fait en grande partie sur la colonne vertébrale , et en même tenaps que cette tige osseuse, point d'appui des efforts musculaires, s'est renforcée, ses cartilages intervertébraux, plus extensibles, facilitent ses mouvements; les différentes pièces du squelette achèvent de se consolider, la plupart de leurs épiphyses se soudent à leur partie moyenne. Souvent on observe une élongation rapide du corps ; les muscles se contractent avec énergie, la poitrine s'agrandit et s'ombrage de poils; le tempérament sanguin domine, les sécrétions muqueuses sont moins abondantes; le duvet de l'adolescence fait place à la barbe, les cheveux se rembrunissent; le larynx se développe, la glotte s'élargit et s'allonge : de là le timbre plus grave de la voix et par moments des intonations incertaines. En peu de temps, les testicules doublent de volume, le pénis grossit et manifeste une propriété nouvelle, si des pratiques funestes ne l ont deja provoquée prématurément, celle d'entrer en érection ; le scrotum se ride et brunit, et par une excitation sympathique que nous verrons éclater plus vivement chez la femme, les seins du jeune homme se gonllent et parfois laissent suinter quelques rares gouttelette.
d'un Iluide lactescent. Mais le phénomène le plus remarquable qui se produit à cette époque chez l'homme, c'est l'apparition des zoospermes dans la Uqueur séminale. Ce phénomène est constant (1) et suffirait à lui seul pour caractériser la puberté. On l'observe aussi chez les animaux : à l'époque de leur rut, la présence des zoospermes se lie à chaque retour de leur excitation génitale : « Quand le rut, dit Lallemand, est dans toute son énergie, les zoospermes sont tellement entassés dans les canaux sécréteurs du testicule, qu'ils y occupent plus déplace que le liquide ambiant.. . Ainsi l'accroissement d'activité du testicule a pour résultat essentiel la production des zoospermes. » Le tempérament de la femme se modifie moins profondément aux approches de la puberté, et il conserve en général sa nuance lymphatique; aussi ses formes s'arrondissent au lieu de prononcer leurs saillies musculaires. ].e système pileux, qui chez le jeune homme reçoit une impulsion de croissance universelle, ne se développe chez la femme qu'aux aisselles, aux parties génitales et sur le crâne; mais ses glandes mammaires se prononcent, le bassin prend l'ampleur qu'exigera plus tard l'opération naturelle de l'accouchement, les lèvres du pudendum s'allongent, les ovaires doublent aussi de volume comme les testicules et prennent leur forme bosselée; les follicules de de Graaf deviennent plus nombreux, plus gros, plus superficiels, et le liquide qui les emplit contient une plus forte proportion d'albumine (2) ; l'utérus s'élargit surtout vers son fond, devient un centre de fluxion mensuelle et réalise par là un acte organique qui caractérise éminemment la période de l'activité sexuelle. Si la sécrétion du sperme n'a point son analogue chez la femme, il faut dire néanmoins que les cryptes muqueux qui existent dans ses voies génitales subissent aussi une sorte d'orgasme et versent avec abondance les fluides de leur sécrétion, soit dans l'exercice du coït, soit par le seul etîet de la stimulation morale. Un dernier trait de ce tableau de la puberté, c'est cette stimulation morale elle-même, source de tant de souffrance et de poésie, de bonheur et de regrets; c'est ce désir d'autant plus ett'ervescent qu'il est nouveau, et qui, suivant les dispositions cérébrales, revêt des nuances, des expressions si différentes, depuis la vague rêverie jusqu'aux aspirations brûlantes de l'amour enthou-
(1) Lallemand, Des perles séminales involontaires, t. II, 2* partie, p. 442.
(2) A. Raciborski, De la imhcrlé et de l'âge critique chez la femme. Paris, 18i4, p. 9.
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siaste, depuis la pMeur d'une concentration difficile jusqu'aux explosions d'une fougue désordonnée. Nous avons reconnu le rôle de l'encéphale dans la production de ces phénomènes moraux qui dramatisent la vie intime de la jeunesse; mais ils prouvent aussi l'influence des organes génitaux sur le cerveau et le rapport qui lie à leur développement celui de l'économie entière. Les effets déterminés par la castration en fournissent encore l'irrésistible preuve : les eunuques ou castrats sont destitués des attributs de la virilité, l'ensemble de leur constitution porte un cachet féminin ; leur système pileux ne se prononce ni au thorax ni au visage, leur voix sonne d'un timbre enfantin, comme celle des femmes; comme les animaux châtrés, ils engraissent en peu de temps ; la virilité morale leur fait défaut non moins que celle du corps ; ils ont les vices des natures faibles et désarmées, ils sont faux , hypocrites; leur vengeance est sinueuse, leur esprit fertile en tromperies. Ne disons pas que l'absence ou l'atrophie des testicules produit cet ensemble d'effets, que leur présence et leur intègre évolution produisent un ensemble de résultats contraires; mais déclarons qu'il existe entre ces faits une corrélation , une connexion étroite et constante. La puberté influe énergiquement sur la marche des maladies. Grâce à l'acuité des phénomènes d'évolution qu'elle engendre, beaucoup de maladies de l'enfance qui, malgré leur curabilité, ont été vainement combattues jusqu'alors, disparaissent comme par enchantement; stalionnaires longtemps, elles redeviennent actives et tendent à se résoudre. En revanche, les affections chroniques du premier âge, et qui sont devenues incurables, empruntent delà puberté une force nouvelle et s'enfoncent pour ainsi dire plus profondément dans l'organisme : « Si qua gênera morbormn in infantem incidenmt ac neque pubertate , neque pr irais coitibus, neque in femina primis menstruis finitarent, fere longa sunt : sœpius tamen his morbi puériles qui diutius manserunt terminantur (1). » Une fois la crise de la puberté terminée, les maladies ne sont plus gouvernées dans leur développement et dans leur durée que parle genre de lésion et l'état constitutionnel des sujets ; que si elles se sont mamtenues à travers les mutations organiques de la puberté, elles font partie de la constitution et souvent ajoutent une fonction de plus a celles de l'économie. Ainsi telle sécrétion morbide qui n'a pomt
ii)A. Cornelii Celsi de re medica Hbri oclo. Parisiis, 1773 (éail. Valart), lib. II, cap. l, p. 43.
disparu dans le tourbillon d'une crise d'âge, subsiste pour le reste de la vie et ne saurait plus même être supprimée sans danger. Les individus scrofuleux , les rachitiques, sont des variétés de l'espèce humaine en possession d'une santé relative, résultat de l'équilibration des fonctions avec les conditions spéciales de leur constitution.
L'âge de déclin, ou la virilité décroissante;, estj, comme la deuxième dentition, unerévolution d'âge moins aiguë que les autres ; il prépare la révolution plus rapide de la décadence sénile, comme la deuxième dentition conduit par degrés à l'explosion de la puberté. Les systèmes digestif, respiratoire et circulatoire perdent de leur activité, parce que les besoins de la nutrition sont moindres; la pléthore veineuse s'établit de plus en plus ; les phénomènes congestionnels qu'elle suscite prédominent vers l'abdomen. Les indices de la déchéance organique s'étendent à l'encéphale et à ses dépendances: la peau se plisse et se dessèche ; les appareils des sens ont moins de délicatesse dans leur structure, leur portion de matière nerveuse se durcit ; l'atrophie commençante du cerveau se révèle par un abaissement de la puissance intellectuelle, la pensée est moins rapide, la mémoire moins fidèle, la parole moins abondante, les veilles plus difficiles; au courage, à l'esprit d'entreprise et d'indépendance succèdent le calcul et la pusillanimité. Les attitudes sont analogues à l'état de l'axe cérébro-spinal: les muscles cèdent, fléchissent; Tallure altière et droite de l'âge mûr n'existe plus ; déjà le corps tend vers le sol. Toutefois ces changements surviennent dans une gradation si modérée, que l'illusion de la stabilité est longtemps possible ; mais la réduction de la puissance génitale vient enfin la détruire: entre quarante-six et soixante ans, durée de l'âge de retour, l'homme voit diminuer sa faculté génératrice, la femme perd la sienne. Avec la fécondité s'en vont les attributs extérieurs du sexe; les seins se dessèchent, ou si l'embonpoint se conserve, il est flasque et mou ; les ovaires s'atrophient, l'utérus se rapetisse: il semble que le foyer de la vie morale s'épuise en même temps que la puissance sexuelle, et peu de femmes gardent encore au delà de cette abdication physique l'animation passionnée qui déverse un charme si doux sur leur commerce.
Autant l'élan de la plasticité est remarquable dans l'âge inaugural de la vie, autant la décadence s'opère avec promptitude dans la période de sénilité: triste et dernière révolution qui ne laissera après elle que des ruines. Il faudrait énumérer tous les organes pour montrer sur chacun d'eux l'empreinte de la destruction : les
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dents et les poils tombent, VvAnl squameux de la peau el la roideur des articulations nuisent à l'exercice du toucher; les nerfs des sens s'atrophient, l'œil s aplatit, le cristallin prend de l'opacité, l'iris et la choroïde pâlissent; le crâne, dont les sutures sont effacées, semble formé d'un seul os, comme le bassin; le système osseux est imprégné de sels calcaires, et ses cavités se sont agrandies, double circonstance qui favorise les fractures; les cartilages de prolongement des côtes, les iibro-cartilages intervertébraux, les symphyses du bassin s'ossifient, ainsi que les articulations des os du carpe, du tarse, le larynx, les cartilages de la trachée-artère et des bronches, les plèvres; la rigidité et la décoloration des muscles, l'ossification fréquente de leurs tendons, la siccité des coulisses où ceux-ci ne glissent plus, rendent les mouvements lents, chancelants, impossibles même. Les organes de la génération s'atrophient dans les deux sexes parfois au point de n'être plus reconnaissables, etc. L'atrophie sénile frappe tous les organes glanduleux, glandes salivaires, ganglions mésenlériques, follicules intestinaux; les plis de la membrane muqueuse du tube digestif deviennent plus courts et moins nombreux ; le foie se condense et durcit; les poumons sont moins expansibles, emphysémateux, parsemés de dépôts et comme infdtrés de matière noire ; leur surface aérienne a moins d'étendue; la respiration plus de fréquence et moins d'amplitude ; la cage thoracique s'affaisse et se rétrécit. La circulation s'affaiblit et se ralentit, les vaisseaux capillan^es se dilatent, les veines sont plus apparentes, les varices se multiplient; les parois des artères, roides et cassantes, sont fréquemment ossifiées. La température, d'après Edwards, varie chez les sexagénaires entre 35° et 36°; chez les octogénaires, entre 3Zi° et 35°. M. Roger a trouvé chez sept vieillards compris entre soixante-douze et quatre-vingt-quinze ans, 36°,23 en moyenne, 37" pour maximum et 35", 50 pour minimum. Ces résultats ne s'accordent pas avec ceux de M. Despretz qui a fixé la température humaine pour l'âge de dix-huit ans, à 36°, 99; pour celui de trente ans, à 37°,!^; pour l'âge de soixante-huit ans, à 37",13.M. Gavarret {loc. cit.), s'est servi des recherches de J. Davy pour concilier ces divergences. Dans le Westmoreland, chez des vieillards bien portants, âgés de quatre-vingt-sept à quatre-vingt-quinze ans, assis au coin de leur feu et dans un air maintenu entre 11",! et 15°,5, la température, prise neuf fois, a oscillé entre 36° et 37°, 5, moyenne = 36°, 7. La température de la chambre s'étant abaissée progressivement de 15", 5 à 12", 8 et 6", 7, le thermomètrequi, placé sous la langue
d'un vieillard de qualre-vingt-liuit ans, marquait 37°, 5, est descendu à 36°,6 et h 35",5. A Ceylan, un centenaire observé par J. Davy, hors de son habitation et avec un vêtement très léger, accusait une sensation de IVoid par une température atmosphérique de 22'',8; le thermomètre ne marquait que 35° sous sa hmgue et 33°,7 sous son aisselle. Si donc les vieillards, placés dans de bonnes conditions de santé et de température ambiante, maintiennent celle de leur corps presque au même niveau que l'adulte, ils se refroidissent rapidement dès que la température extérieure s'abaisse ou que leurs vêtements sont insuffisants : tant il est vrai que le cercle de la vie va se rétrécissant de jour en jour autour d'eux ; les sources immédiates où le corps puise le sang, et le sang ses propriétés, se tarissent graduellement. Telle est la cachexie sénile.
La mort est le terme de cette série de détériorations qui, préparées dans la période d'état, commencées pendant l'âge de retour, aggravées par la vieillesse, se précipitent vers la décrépitude et impriment aux dernières années le caractère d'une révolution d'âge, signalée surtout par la prédominance de sels terreux dans le sang et par l'atrophie générale des organes. Tandis que les liens consensuels des organes se relâchent, et que la solitude se fait pour ainsi dire autour de quelques viscères, derniers réceptacles d'une vitalité défaillante, la solitude s'opère au dehors autour du vieillard, et la presque interruption de ses rapports avec le monde ambiant le réduit à l'existence végétative. Celle-ci s'épuise à son tour; nulle excitation ne vient plus l'entretenir. Plus de besoins, plus d'instinct; les excrétions s'accomplissent à l'insu et contre la volonté du vieillard, et si la raison jette encore par intervalles quelques lueurs, elle ne fait que lui donner la conscience de sa destruction. Cependant il y a des organisations privilégiées même contre la mort; des centenaires ont conservé l'usage de leurs facultés sensoriales et intellectuelles jusqu'au dernier jour ; un court sommeil, une syncope, un léger accès de fièvre erratique a couvert la transition de vie à trépas. Moins heureux, la plupart des hommes qui épuisent la longévité de leur constitution meurent par degrés, envahis de la circonférence au centre; et quand la dernière expiration, simple effet du retour élastique des parois thoraciques sur elles-mêmes, les laisse dans l'éternelle immobilité, depuis longtemps ils ont cessé tout échange avec le monde extérieur : l'action cérébrale alimentait encore un reste d'hématose, mais elle ne suffisait plus aux actes de relation.
La mort sénile ou naturelle, c'est l'épuisement de la virtualité
organique; chaque constitution puise dans son essence primordiale une force de durée ; la longévité varie comme la santé, suivant les organisations individuelles : organisation, santé, longévité, sont les trois termes d'une proposition de la nature, et se traduisent logiquement par le sujet, le moyen et le bat. C'est l'homme, c'est la société qui déplace les termes, qui contrario la divine proposition : la mort accidentelle, soit qu'elle résulte violemment de l'action des causes extérieures, soit qu'elle termine le cours fatal des maladies, est une violation des lois de la nature. La mission de l'hygiène, d'accord avec la morale et la religion, est d'assurer à tout homme le bénéfice de son organisation, sa mesure primordiale de longévité; elle lutte contre les influences matérielles qui tendent à la réduire; la religion et la morale combattent des influences d'un autre genre, ; mais aussi funestes à la conservation de l'individu et de l'espèce.
Combien différentes nous apparaissent maintenant les conditions anatomiques et physiologiques de chaque âge, et combien les prescriptions de l'hygiène doivent varier en proportion! Pour l'hygiène | et pour la médecine pratique, quelles ressources à la fois et quels écueils dans ces mutations, tantôt aiguës, tantôt graduelles, qui ) constituent les révolutions d'âge ! Chacune d'elles peut fournir la matière d'un code spécial de préservation, chaque âge a défrayé des volumes : circonscrit dans une limite étroite, nous n'avons pu qu'ébaucher les caractères saillants de chaque période de la vie, de chaque phase importante de l'organisme, et nous en déduirons ultérieurement des règles particulières de direction hygiénique, en traitant des divers modificateurs et de leur action, nous bornant ici à quelques indications spéciales qui n'auraient pas trouvé leur place ailleurs.
L'hygiène de l'enfant commence dans le sein de sa mère. On ne peut nier aujourd'hui qu'à côté des anomalies de développement qui dépendent d'une influence tout à fait inconnue de la génération sur l'embryon, il en est d'autres qui résultent de l'action des modificateurs sur la mère postérieurement à la conception : Geofî'roy Saint- Hilaire a fait voir que, dans le plus grand nombre des cas , cette action se traduit par "des déviations céphaliques. Parmi les causes qui agissent sur l'enfant par l'intermédiaire de la mère et qui déterminent les déviations congénitales, il faut mentionner en première ligne les coups, les chutes, les violences extérieures qui portent A principalement sur l'abdomen. Les expériences de M. Depaul ont ■ démontré l'influence du régime débilitant et des saignées sur le dé- ■ veloppement du fœtus pendant la vie intra-utérine; la diminution ■
des aliments, quand la femme s'y soumet rigoureusement, est très puissante pour restreindre la nutrition de l'embryon et réduire ses proportions (t). La pléthore chez les femmes enceintes détermine de fortes contractions de l'utérus qui pressent le fœtus et impriment aux membres ou au tronc des directions vicieuses. On s'accorde aussi à considérer les émotions morales soudaines ou trop énergiques, trop prolongées, comme une cause perturbatrice de l'évolution régulière du fœtus. Quant aux envies des femmes et à leurs relations avec les nœvi materni, l'observation n'a point confirmé, à cet égard, l'opinion populaire, et il n'y a lieu de tenir compte de ces appétences que si elles sont sincères et sans danger. Les plus siàres garanties de ce que l'on peut appeler l'hygiène fœtale résident dans la moralité et l'intelligence de la femme ; si elle a conscience de sa responsabilité envers l'être qu'elle porte dans son sein, envers la famille et la société, elle exercera sur ellemême, sur ses habitudes, sur ses passions, une surveillance que nulle autre ne peut suppléer; elle évitera tous les ébranlements physiques et moraux : riche, elle saura renoncer au monde, aux plaisirs bruyants, à la gêne des toilettes et des parades ; pauvre, elle opposera une calme résignation aux impressions tristes, aux chagrins, aux inquiétudes qui ont une influence particulièrement détériorante sur le produit de la conception. Point d'efforts violents qui puissent amener d'avortement ; point de constrictions ni de pressions sur l'abdomen ; la danse, la natation, l'équitation, la vectation dans des voitures mal suspendues ou sur des chemins mal entretenus, sont également contre-indiquées. Un exercice modéré, l'habitation de la campagne, un appartement spacieux, sec et bien exposé, un air fréquemment renouvelé, le libre accès de la lumière dont nous dirons plus loin [circumfusa] les effets plastiques, une nourriture substantielle et mesurée qui prévienne deux états également nuisibles, la pléthore et l'hydrémie; des repas peu copieux et plus répétés quand le développement de l'utérus restreint la capacité des organes digestifs, etc. (Voy. 1" section, chap. n, § 3, chap. m, § 2, chap. iv, § 3, etc.)
Les accidents à prévenir pendant l'accouchement sont du ressort de l'obstétrique. Il faut se tenir en garde contre les hémorrhagies qui succèdent à la chute du cordon ombilical ; celui-ci se flétrit du
(I) Voyez le Mémoire de M. Depaul, BuUeAin de thérapeutique, juillet et août iU9.
Il'» IIVGllîNE PRIVÉE.
premier nu troisième jour, se dessèche du sommet à la hase el se sépare du quatrième au sixième jour. La plaie se cicatrise du sixième au douzième jour. Les hémorrhagies surviennent du septième au treizième jour après la naissance. Le cordon coupé et lié, et la respiration hien étahlie, on lave l'enl'ant couvert de sang et d'un enduit cérumineux dans un bain à 28" environ ; quelquefois cette ablution est précédée d'une onction faite avec de l'huile d'olive, du beurre, du cérat ou préférablement avec un jaune d'œuf; on dispose ensuite l'appareil pour maintenir le cordon, et l'on habille l'enfant (voy. chap. iv, Vêtements suivant l'âge]. Pour sa toilette comme pour son couchage, ni trop ni trop peu de chaleur ; il ne résisterait pas au froid ; un excès de chaleur l'agiterait jusqu'à la fièvre. Point de maillot ; des bandes larges et des couches modérément serrées à l'aide de cordons et non d'épingles, pour la tête un béguin de toile recouvert d'un ou deux autres de coton ou de flanelle, une chemisette, une brassière d'étoffe de laine, un fichu pour le cou ; pour les parties inférieures, trois pièces, la première de toile, les deux autres de laine épaisse, rattachées par des liens à la brassière; ces langes doivent être a.ssez longs pour flotter librement quand la température est douce, et pour se replier et se fixer aux autres pièces de l'habillement quand la saison est froide ; on peut ajouter, en hiver, de petites chaussures de laine tricotée aux pieds. Pour préserver cet appareil vestimentaire de la souillure des excréments, on dispose en plein , sous les fesses de l'enfant , une serviette dont deux angles sont ramenés en ceinture autour du tronc et noués en avant, et dont l'angle inférieur passe entre les jambes pour se fixer aux deux autres sur l'abdomen. L'enfant ne sera jamais couché dans le lit de sa mère ou de la nourrice ; autant que possible, on le placera dans une chambre distincte, vaste, bien aérée, d'une température constante jour et nuit, et assez élevée pendant les huit premiers jours (19 à 30 degrés, Gazeaux). Pas d'alcôve, pas de rideaux ; dans le berceau, la plume et la laine seront remplacées par de petits paillassons remplis de paille d'avoine ou de zostère qu'on remplace facilement ou que l'on fait sécher, lorsqu'ils ont été salis. Pendant le sommeil, on couvre un peu plus l'enfant sans le surcharger. L'usage de le bercer n'a d'autre inconvénient que d'exposer aux chutes et de créer une habitude tyrannique ; mieux vaut y renoncer. Que l'enfant s'endorme dans son berceau , non sur les genoux de la mère ou de la nourrice ; sinon il arrivera à exiger, par ses cris, à
chaque réveil, le même maniement, et bientôt il ne dormira plus que sur les genoux, dans des attitudes vicieuses et pénibles. Vers l'âge de trois à quatre mois , on fait quelques modifications dans sa toilette ; une petite jupe de laine, des bas et des chaussons remplacent les langes intérieurs. Deux ablutions par jour, rapides, générales, de une à deux minutes, avec de l'eau tiède pendant les quinze premiers jours de la vie (voy. Bains chauds, 2* section, chap. m), puis avec l'eau froide de 10 à 15° c. environ ; on n'arrive à ces lotions froides que par des transitions graduées; on les fait avec rapidité, on essuie avec un linge doux et l'on frictionne un peu la peau pour amener une réaction qui réchauffe. Encore faut-il s'en abstenir chez les enfants faibles, et, pour cet âge, la règle est le lavage à l'eau tiède. En hiver l'enfant ne doit pas être porté à l'air extérieur avant le quinzième jour. On doit donc désirer que les exigences de la loi civile et de l'Eglise s'adoucissent en faveur des nouveau-nés soumis à la condition immédiate du baptême dans l'église et de la présentation à l'officier de l'état civil pour la déclaration de naissance. M. l.oir a plus particulièrement insisté sur l'utilité de constater la naissance à domicile, et d'obtenir l'ondoiement ou le baptême à domicile au moins dans les cas de naissance avant terme et dans les cas de maladies vérifiées ou évidentes qui mettent par elles-mêmes en danger les jours du nouveau-né. Plusieurs grandes municipalités, Douai, Lille, Versailles, ont adopté la première de ces réformes, et M. Trébuchet, qui fait autorité en matière d'hygiène administrative, a donné une excellente raison de plus pour la généraliser, savoir : que la vérification du sexe se fera plus régulièrement à domicile qu'à la mairie, où l'on s'en rapporte presque toujours, à cet égard, à la déclaration des parents. Une fois que l'enfant a été soumis heureusement à l'épreuve de l'air extérieur, il convient de le faire sortir tous les jours, et, par les mauvais jours même, on profitera d'un moment favorable pour remplir cette importante indication. Le bain d'air, en été, doit durer presque autant que la journée. Dans les autres saisons, trois à quatre heures au moins (voy. 2" section, chap. i, art. 6, § 3). L'impressionnabililé du système nerveux est extrême chez le nouveau-né ; lui graduer l'impression optique et acoustique, lui épargner d'intempestives excitations, les chatouillements, les piqûres d'épingles, les pressions douloureuses, etc., c'est prévenir des accidents convulsifs dus parfois encore à la chaleur, à l'air confiné, à la rétention du méconium ou de l'urine, et dont on recherche les
causes dans des états morbides sans réalité. Sur ralimonlation de cet âge, nous donnons ailleurs les détails et préceptes nécessaires (voy Infjcata, nllaitenieiit malornely mixte ^ artificiel, sevrage, tic).
L'alluilomont est impossible dans les cas d'imperforation, d'absence, de brièveté ou de longueur et de volume excessifs du mamelon ; les crevasses, gerçures, érosions, excoriations, fissures du mairelon, diverses maladies du sein, entraînent même impossibilité, au moins temporairement ; car la plupart de ces lésions, bien soignées, guérissent assez, vite pour permt.'ltre ensuite l'allaitement ; la succion directe et souvent répétée, l'application de bouts de sein, de ventouses, obvient à la brièveté des mamelons, etc. Toute suspicion d'bérédité morbide (cancer, tubercule, sypliilis), l'existence d'une aflection des voies digeslives, d'une maladie cbronique grave, l'altération du lait, des tendances irrésistibles vers le monde et ses plaisirs, un manque de bon vouloir, sont autant de contre-indications à l'allaitement maternel.
Beaucoup de médecins attendent vingt-quatre à quarante-huit heures pour commencer l'allaitement, donnent provisoirement à l'enfant de l'eau sucrée tiède qui les fait vomir, et voire même, pour chasser le méconium, des laxatifs qui, d'après M. Moreau, peuvent o:?casionner l'ictère. Ces pratiques sont surannées et nuisibles. Si l'état de la mère le permet , elle essaiera d'allaiter deux à douze heures après la délivrance ; les succions de l'enfant aident à la montée du lait, modèrent le gonflement et les douleurs des seins, façonnent le mamelon et rendent presque nulle la fièvre de lait (Cazeaux) ; le colostrum est le seul laxatif qui convienne pour l'expulsion du méconium. Les seins auront été préalablement débarrassés, par une lotion d'eau tiède, des matières sébacées amassées dans les sillons où s'ouvrent les conduits lactifères. Au début, on épargne à l'eidani des tâtonnements et des efforts en lui mettant le mamelon dans la bouche, en ayant soin de lui tenir les narines ouverteset de constater si la succion et la déglutition s'effectuent réellement, ces actes pouvant être entravés par un état de faiblesse congénitale, la division du voile du palais et de la voûte palatine, la brièveté du frein de la langue, etc. M. Donné conseille, avec raison, de régler, dès les premiers jours, le régime de l'enfant, de lui faire, au sein qui l'allaite, des repas à intervalles à peu près égaux, très rapprochés d'abord et successivement plus éloignés; toutes les deux heures le jour, trois ou quatre fois la nuit, plus tard toutes les trois heures. « Le premier soin , dit M. Cazeaux, est de s'assurer
qu'il a réellement besoin de leler, car il ne faut jamais lui présenter le sein clans le but unique d'apaiser ses cris, comme le font I la plupart des jeunes mères. Il ne faut pas croire, en effet, que lo cri soit toujours l'expression d'une souffrance ou d'un besoin réel ; l'enfant crie comme nous parlons... Le cri de la faim s'accompagne, en général, d'une agitation a.ssez vive des membres supérieurs ; l'enfant tourne la tète à droite et à gauche, ouvre la bouche comme pour chercher le sein de la nourrice, saisit avidement le bout du doigt ou un corps quelconque souple et arrondi qu'on place entre ses lèvres, et exerce inmiédialement sur lui des efforts ré()étés de succion. » La raiion de lait est en rapport avec les besoins de la nutrition et du développement ; de récentes expériences de M. Natalis Guillot tendent à préciser ce rapport : suivant lui, un enfant robuste exige 1000 grammes de bon lait par jour pendant le premier mois, et plus de 2 kilogrammes ensuite ; son accroissement régulier dans la période diurne est de plus de 50 grammes : « Tous les enfants sains gagnent un poids régulier, en quelquesorte normal, tous les jours ; les enfants malades perdent irrégulièrement, mais perdent toujours jusqu'à la mort, souvent même avant que personne ail pu distinguer un état maladif (1). » La maladie, une iudisposition même légère suffit pour déterminer, en quelques jours, des pertes considérables (500 grammes en cinq jours), mais qui sont rapidement compensées après le rétablissement de la santé.
Vers lage de sept mois, crise de la première dentition, plus ou moins aiguë et turbulente, suivant que les époques d'éruption sont séparées par des intervalles plus ou moins longs qu'on appelle époques de repos. La durée d'une période d'éruption dépend du nombre de dents qui, par leur sortie simultanée, constituent chaque groupe; elle est de huit jours en moyenne pour le premier groupe, et peut durer plus de six semaines pour le troisième. Quelquefois le travail odonlogénique n'offre aucune intermittence. En général, les mauvaises conditions hygiéniques où sont placés les enfants leur préparent des dentitions difficiles ; un bon lait, des vêtements convenables, des soins de propreté, écartent ou atténuent les troubles qui les accompagnent; la constitution et l'hérédité interviennent pour une part dans leur production, car il est certain que beaucoup d'enfants, entourés d'un luxe de soins
(1) Arch. génér. deméd., novembre 1853, p. 520.
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et (le précautions, n'échappent point à cette tourmente. La première règle est de combattre la tendance aux (luxions, aux liypérémies vers l'extrémité cépludi(|uc : couvrir modérément le corps, moins encore la tôtc ; éviter toute coiistriction sur le tronc, au cou ; entretenir la liberté du ventre , empêcher l'érélhisme nerveux par des bains tièdos, etc. Les hocliets ont aussi leur utilité ; les enfants les portent instinctivement à la bouche, les pressent contre les gencives ; à défaut de ces objets plus ou moins durs (or, ivoire, cristal, racine de guimauve), ils mordillent leurs doigts. J.-J. Rousseau, Gardien, Billard, prétendent que les hochets durs rendent les gencives calleuses et la sortie des dents plus difticile; Rosen, Antoine Petit, leur prêtent des propriétés contraires. Guersant reconnaît qu'ils servent à aplatir le bord tranchant des mâchoires, à seconder l'écarteraent des deux tables entre lesquelles se développent les alvéoles,
La seconde dentition exige moins de sollicitude de la part de l'hygiéniste, si ce n'est pour la régularité et la beauté des dents (voy. Excréta, hygiène de la bouche). On observe rarement le gonflement inflammatoire des gencives, des aphthes, des angines, presque jamais des convulsions ; Guersant a vu des accès épileptiformes coïncider avec l'éruption des premières molaires.
On trouvera plus loin [Imminence morbide) l'indication des états morbides qui menacent la puberté, comme les autres époques importantes de la vie. Les impulsions et les déviations du sens génésique sont le principal danger de cet âge (voy. Habitudes morbides). .
L'âge de retour a, suivant nous, un caractère certam dans la décadence rapide des organes et des fonctions de )a reproduction ; de là son hygiène, sans négliger les autres indications qui résultent des habitudes contractées, de l'imminence morbide (voy. chap VI et viii). Les limites de cette période, variables suivant les individualités, sont généralement comprises entre quarante-six et soixante ans ; elle commence plus tôt pour la femme. M. Flourens la recule davantage ; après avoir signalé, comme un complément du développement en longueur et en grosseur, un travail intérieur, profond, qui agit dans le tissu le plus intime de nos parties et qui rend toutes ces parties plus achevées, plus fermes, les tonct.ons plus assurées, l'organisme entier plus complet, il ajoute : « Le deinier travail, que j'appelle travail d'invigoration, se lait de quarante à quarante-cinq ans ; et, une fois fait, il se maintient ensuite plus
I OU moins jusqu'à soixante-cinq ou soixante-dix ans (1). L'illustre physiologiste ne peut avoir en vue qu'une classe de privilégiés, car il y en a dans l'ordre physiologique. A mesure que le sens génital s'émoussG, les jouissances de la table augmentent ; la pléthore des gourmands à cheveux gris, avec les siestes et l'inertie musculaire, amène l'obésité, l'imminence apoplectique, la goutte, la gravelle, les hémorrhoïdes, etc. La sobriété, les exercices du corps, les frictions sèches et quelques pratiques hydrothérapiques (voy. 2^ section, chap. III, art. 2, Ablutions, etc.) destinées à exciter la circulation capillaire générale, contribueront efficacement à entretenir le jeu régulier des grandes fonctions de l'économie. La faculté procréatrice se conserve plus longtemps chez l'homme que chez la femme ; son déclin s'annonce par la corrugation moins prononcée du scrotum, par l'atrophie des testicules, par la diminution de quantité, d'odeur et de consistance du sperme qui n'offre plus au microscope qu'un petit nombre de spermatozoaires languissants par la faiblesse et la fugacité des érections. Qu'on évite alors les stimulants artificiels ; le libertinage est, pour l'homme sur le retour et pour le vieillard, une cause d'épuisement rapide. Il n'y a pas de règle absolue à leur imposer, si ce n'est celle d'une réserve strictement calculée d'après les besoins réels et l'état général, deux conditions dont l'une peut toujours être appréciée par les médecins et l'autre par le sujet lui-même, s'il est exempt de passions tardives et d'illusions ridicules.
Notre plan ne comportant pas une série de monographies hygiéniques, nous avons spécifié, dans chacun des chapitres qui se rapportent soit à l'individualité, sujet de l'hygiène, soit aux divers modificateurs, le détail des prescriptions qui en découlent pour les vieillards, comme pour les autres âges, comme pour les sexes, les tempéraments, etc., et nous avons rejeté, dans la deuxième partie de ce livre (Hygiène publique) , les données qui les intéressent collectivement (er./an^s trouvés, crèches, salles d'asile, refuges pour les vieillards, etc.). La vieillesse confirmée, c'est la détérioration progressive des diverses fonctions de l'organisme, c'est l'usure plus ou moins accélérée de la force vitale, se traduisant sommairement par deux phénomènes : la prédominance du mouvement de décomposition sur le mouvement de composition interstitielle, et la vascularité décroissante des tissus par l'oblitération des vaisseaux capil-
{\) De la longévité humaine, etc., 2" édit. Paris, 1835, p. 52.
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laires, par les dépôts cartilagineux et osseux sous la membrane interne des artères moyennes, des gros vaisseaux et du cœur. Il s'agit ici, non de perlectionncr, mais de conserver ; non de régulariser l'activité tbnclionnelle, mais de la prolonger. La première condition est d'écarter les causes de déchet, de surcroît dans la dépense organique, d'aftaiblissement du système nerveux, toujours voisin de l'adynamie : les grands travaux de l'esprit, les fatigues du corps, les veilles, les émotions, ne sont plus de saison. S'il faut épargner au vieillard les inlluences excessives qui l'épuiseraient promptement il n'importe pas moins de lui dispenser une juste mesure de stimulation, de maintenir chez lui l'énergie de l'influx nerveux par une alimentation substantielle et par l'emploi des moyens propres à favoriser la circulation. Éviter le froid, l'humidité, les variations de température, est pour lui une impérieuse nécessité. Emphysème pulmonaire, congestions sanguines passives, hypostases pulmonaires, catarrhes chroniques avec surabondance de mucosités, pneumonie, dyspnée, asthme, œdème et gangrène du poumon, tel est le cortège des maladies qui le menacent du côté de la respiration, sans compter les morts subites observées par Prus et rattachées par lui à l'emphysème pulmonaire ; presque toujours atteint de catarrhe bronchique, il doit redouter encore toutes les causes propres à faire passer cette affection au type aigu, tout ce qui peut provoquer des quintes de toux, une accélération des mouvements respiratoires, etc. Nous maintenons donc pour lui les conseils que nous avons formulés ailleurs (voy. Vêtements) et qu'un écrivain a taxés d'exagération, parce qu'il y a des vieillards ingambes, actifs, qui ne portent qu'un vêtement. Ajoutons, avec Reveillé-Parise, « qu'un vieillard peut être causeur, mais les efforts de poitrine et de parole qu'exigent l'acteur, le professeur, l'orateur, lui sont interdits ; bien plus encore ceux de chanteur. » Ce spirituel et judicieux médecin en qui nous regrettons un ami, résume en ces règles 1 hygiène du vieillard : savoir être vieux, se bien connaître soimême, disposer convenablement la vie habituelle, combattre toute maladie dès son origine. Avec ces quatre règles et les conseils pratiques qui en découlent, « on ne vivra pas plus que sa vie, mais on vivra toute sa vie, c est-à-dire tout ce que permet d'espérer la constitution particulière de chaque individu, combinée avec les lois générales de la constitution de l'espèce (1). »
(1) Réveillé -Parise, Tmilc de la vieillesse h>jgiciiique, médical cl philosophique. l^.iris, 1853, p. 278. — Flourcus, loc. cit., p. 7 7.