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IV. - h aux stagnantes

On peut assimiler l'action des marais aux effets d'une intoxication spéciale, comme l'a fait Audouard. Nous renvoyons, pour l'étude détaillée des états morbides qui en sont le produit, aux monographies et notamment à l'excellent article de Fournier- Pescay et Bégin, lequel, publié en 1818 (2), présente la substance de la plupart des idées et développements qu'a reçus de nos jours la question de la pathologie paludique. Dans cette étude, il faut le dire, on s'est préoccupé trop généralement de l'intermittence, et même de l'état fébrile ou pvrétique. Pour beaucoup de médecins, la fièvre intermittente proprement dite est encore l'expression complète de l'action des marais ; la rémittence et la subcoiitinuité sont considérées comme une aggravation accidentelle du type primitif et universel, qui est l'intermittence. Cette manière d'envisager les effets des eaux stagnantes a faussé parfois la pratique médicale des pays chauds et consolidé l'erreur par le langage traditionnel de la science. Il convient de faire entrer dans un seul groupe nosologique toutes les maladies engendrées par les marais, quels que soient d'ailleurs leur type et leur forme : ainsi se trouveront rapprochées pour leur traitement, comme elles le sont par leur origine, les fièvres intermittentes, rémittentes, subintrantes, larvées, perni-

(1) Annales (Thygièno publique, 1830, l. ill, p. 243.

(2) Dictionnaire des sciences médicales , art. Marais, t. XXX, p. 516 et suiv.

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cieuses, certaines lièvres coiitiiiiies des pays cliaïuls, etc.; sans oublier toutefois, que même clans les pays chauds, on rencontre des ! fièvres continues de leur nature, intermittentes par accident, et qui I procèdent d'une étiologie mixte. Torti rappelle fréquemment le j passage de l'intermittence, non-seulement au type rémittent, mais I à la continuité (1); Monro (2) fait remarquer que la fièvre rérait- I lente, quand elle devient mortelle, se change pour l'ordinaire en fièvre continue. J. Clark (3) a signalé judicieusement le rapport de l'intermittence et de la continuité des fièvres avec l'intensité de la cause morbifique. « Les maladies observées dans les contrées marécageuses, disent Fournieret Bégin, peuvent être rangées sous deux divisions ; les unes sont exemptes de réaction fébrile, les autres sont caractérisées par l'état de fièvre. Parmi les premières se rangent quelques diarrhées, des dyseniéries et dans plusieurs cas le choléra-morbus ; les fièvres intermittentes et rémittentes simples { ou pernicieuses et les fièvres dites ataxiques continues sont les plus remarquables parmi les secondes. » Bailly remarquait, en 1825 (ti), que si l'intermittence constituait à elle seule le fond de la maladie, l'expérience n'aurait jamais donné aux médecins qui pratiquent

(l; Cas. Broussais fait remarquer avec raison que toute fièvre rémittente a l'apparence de la contiouilé et pourrait recevoir la qualification de pseudo- I continue, traduction hybride de spuria conlinens (Torti) ; après avoir étudié en I Afrique les rémittentes sous toutes leurs formes, il déclare qu'il n'y a lieu d'installer dans la pyrétologie paludique une troisième catégorie de fièvres sous le I nom depseiidu-continues. « Toutes les fois qu'une maladie, par son origine, son » aspect ou sa marche, tenait à l'influence eudérao-épidémique, elle offrait quel- » qu'un des symptômes que nous avons dit appartenir à l'ordre des intermit- » tentes, quelque chose de paroxystique qui nous mettait sur la voie, malgré j >> l'apparence de continuité. Si nous avions voulu former de ces sortes d'affec- I » tions une troisième catégorie, la seconde aurait disparu ; il n'y aurait plus eu » de fièvre rémittente. » {Notice sur le climat et les maladies de l'Algérie, etc., I Recueil de mémoires de médecine militaire, t. LX, p. 86.) Qui donc, ayant connu i le talent d'observation et l'impartialité de notre regrettable ami, n'attacherait i une valeur réelle aux remarques qu'il a consignées dans cette notice, prodrome I d'une publication plus étendue dont il avait recueilli les matériaux; il est mort avant d'avoir pu les rédiger Nemini flebUior quam mihi.

(2) Médecine d'armée, traduction de Le Bègue de Presle. Paris, 1769, t. II, |i p. 320.

(3) 06s. on Ihe Diseases in long Voyages to hot Counlries. London, 1773.

I (4) Traité anatomo-pathologique des fièvres inlermill entes simpleset pernicieuses, y Paris, I82r., in-8.

UYUIÈNK l'lUVÉK.

dans les puys maréiiageux l'idcuMiu'iine maliulic dont les syn)|>tûines sont continus, peut cependant avoir le i'und des /ièureaa (/uinyuinu, et il aime mieux donner celle dénomination que celle d'inlermittenle à une alleclion qui peut ne pas l'être. Gaspard Roux (l)ne dislingue pas dansi la pratique les lièvres intermittentes, rémittenles et continues. Les affections qui résultent de l'intoxication des marais diffèrent, non-seqiement par le mode de succession de leurs symptômes, mais encore par leur physionomie propre et par l'ensemble de leurs phénomènes. Qui ne sait sous quelles Ibrmes variées se produisent les fièvres des pays chauds et marécageux, formes qu'il nous arrive parfois d'observer sporadiquement dans nos chmats pendant la saison des fortes chaleurs ! De là, les fièvres dysentérique, tétanique, cholérique, comateuse, algide,délirante,etc. On peut \5oir dans les épidémies d'Hippocrate, que les résultats de l'intoxication des marais n'ont jamais varié; et M. Littré, qui a rétabli les descriptions hippocraliques dans leur véritable significatioii, après avoir démontré l'identité des fièvres que les observateurs modernes constatent aujourd'hui dans la Grèce avec celles qui ont été décrites par le médecin de Cos, s'écrie avec raison : « La Grèce antique et la Grèce moderne sont, à vingt-deux siècles de distance, atfligées par les naèmes fièvres; et cela prouve que les conditions climatologiques n'y ont pas essentiellement changé ; car l'homme, qui en est un des réactifs les plus sensii)les, y donne aujourd'hui, comme alors, la même réaction (2). » En parcourant les ouvrages des épidémistes qui ont observé dans les pays à marais, on rencontre une foule de cas qui, par leurs symptômes, se rapprochent, les uns delà fièvre jaune, les autres du choléra, d'autres encore de la peste. Dans les fièvres qui attaquèrent les troupes françaises en Morée, G. Roux observa souvent la douleur à l'hypochondre droit et la coloration ictérique. En août et septembre 185^, nous avons observé dans le littoral de la Bulgarie un grand nontbre de cas. analoguesqui auraient pu en imposer pour des typhus icterodes sans le succès significatif de la médication quinique. Noire ami, M. Fauvel, a vu céder au même moyen des afiections qu'il a observées a Silislrie et à Choumla, et qu'au premier abord il prenait lui-même pour des typhus ictérodes. La fièvre jaune, dit M. Monlalcon (page 330), est l'extrême degré des fièvres pernicieuses ; elle naît des mêmes modi-

{{] Hmire médicale de l'armée française en Morce, 1829. (2) Œuvres d'Hippocrate, trad. parE. Lillré, l. II, P ^>^^-

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ticaleursel cilfecte les mêmes organes. La fièvre jaune, dit Gilbert (1), n'est autre chose que le maximum des fièvres rémittentes bilieuses, qui n'entraînent que successivement dans les fonctions, les désordres qui sont produits tous ensemble par la fièvre jaune. Chervin a consacré sa vie à la démonstration de l'identité de nature de la fièvre jaune et des fièvres paludiques; et dans son rapport sur le mémoire de M. Rufz (2), il l'a renouvelée avec une force de con- : viction irréfutable. Il est certain que la fièvre jaune sévit avec prédilection à proximité des plages marécageuses et de l'embouchure destleuves; on l'a observée particulièrement à Pensacola, à la Vera-Cruz, à la Havane, sur les rives de Rio-Morte, à Carthagène, I à Saint-Pierre de la Martinique et dans toutes les localités désolées j par des eaux stagnantes ; il est certain que, précédée presque tou- I jours ou accompagnée de fièvres intermittentes, elle apparaît aux \ mêmes époques que celles-ci, et se développe sous les mêmes con- I ditions; et tandis (lu'elle moissonne les Européens transplantés, j les fièvres intermittentes se montrent parmi les indigènes comme une expression atténuée de la même cause ; M. Rufz a vu la fièvre jaune passer du type continu au type rémittent et intermittent dans l'épidémie qui régna à la Martinique de 1839 à ISkO ; enfin, ce qui achève l'assimilation de cette maladie terrible à celle que produisent les émanations des marais, c'est qu'il suffit, suivant l'observation de M. deHumboldt, de passer quelque temps aux environs de i la Vera-Cruz pour en contracter le germe, tant l'influence des eaux stagnantes, combinée avec celle d'un climat de feu, s'y fait sentir i ^vec une pénétrante énerg.e. La peste doit-elle être rattachée éga- 1 lement, par son étiologie, à la famille des maladies de marais? quand le Nil inonde l'Égypte, elle disparaît comme par enchantement, de même qu'on voit cesser les fièvres intermittentes par la submersion des marais; mais lorsque la retraite des eaux laisse les terrains couverts d'un limon fangeux, les émanations qui s'en élè- I vent ne tardent point à ramener le fléau ; le peu de profondeur des sépultures, attaquées par les infiltrations du fleuve débordé, ajoute à son intensité. D'après l'observation de M. Pugnet (3), l'appariliou de la peste coïncide toujours avec l'époque où la vase du Nil

(1) Histoire médicale de T armée de Saint-Domingue. Paris, an XI.

(2) Bulletin de l'Académie royale de médecine. Paris, 1842, t. VII, p. 1045 et 8uiv.

^3) Mémoire sur les fièvres de mauvais caractère du Levant et des Anltilles, 1804.

llYGlIiNK PlUVÈE.

est mise en contact avec l'air et le calorique, et la gravité de l'épidémie se proportionne à l'étendue de l'inondation : ainsi elle sévit plus sur les côtes que dans le reste de la basse Egypte, où elle diminue en progressant vers le Delta ou haute Égypte , qui n'en offre plus de traces. Le choléra est, aux plaines du Bengale inondées par le Gange, ce que la peste est aux bords du Nil et la fièvre jaune à ceux du Mississipi , c'est-à-dire une forme d'intoxication spécifique ; hors des régions tropicales on voit éclater sporadiquement, sous cette forme redoutable, l'affection des marais; les accès cholériques algides sont fréquents en Algérie (1).

Ce n'est point ici le lieu de rappeler les épidémies qui se sont développées sous l'inlluence des émanations marécageuses, et qui ont été observées par Ramazzini, Lanzoni, Lancisi, Flacci, Sennert, Dekkers, leBoë, Blane, Pringle, etc. Les marais ont fait périr plus d'hommes qu'aucun autre fléau; ils ont détruit plus d'une armée, dépeuplé plus d'un pays, effacé du sol et presque de la mémoire des hommes plus d'une ville jadis florissante. Des épidémies décrites par François le Boë, la seconde (1669-1670) enleva les deux tiers de la population de Leyde; en 1762, 30 000 nègres et 800 Européens succombèrent, au Bengale, à l'atteinte pernicieuse des marais (Lind); en 17/il, 12 000 Anglais, sous le commandement de l'amiral Vernon , furent réduits au tiers par la même cause; Pringle raconte que, pendant l'année 1747, en Zélande, les troupes anglaises eurent tellement à souffrir des fièvres de marais que peu de corps avaient conservé cent hommes valides ; à la fin de la campagne, le Royal ne comptait que quatre hommes qui se fussent toujours bien portés. L'île de Walcheren fut deux fois funeste, en 1806 et en 1809, aux troupes anglaises et françaises (Blane, Hamilton); en dernier lieu, les deux tiers des deux armées furent mis hors de combat par les fièvres. De semblables désastres se sont fréquemment renouvelés en Afrique ; en 1837, une compagnie du 11' de ligne, stationnée à Bouflaric,et composée alors de 82 hommes, passa tout entière à l'hôpital, excepté un sous-officier et l'officier qui la commandait, et qui est mon frère. Coutanceau a décrit l'épidémie de fièvres intermittentes qui ravagea Bordeaux en 1805, lors des travaux de dessèchement du marais de la Chartreuse : en cinq mois, 12 000 personnes en furent atteintes et 3 000 succombèrent. Les marais du Brouage ont aflligé de vingt éjiidémies la

(1) Mémoires de médecine, chirurgie et pharmacie militaires, t. XXXV, p. 36.

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