‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 5)Chapitre 49 sur 94 · CIUCAIMFIISA. — DES EAUX. '«SI · texte numérisé non relu

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population de Roclielbrt, où il mourait, il y a cinquante ans, 1 individu sur 15, tandis que, pour la France, la proportion générale de mortalité est de 1 sur UO. Il est inutile de multiplier les exemples des ravages épidémiques qu'exercent les marais, et auxquels s'ajoutent des épizoolies non moins meurtrières. Hippocrate fournit encore ici son témoignage toujours vrai ; après avoir dépeint la constitution de ceux qui vivent près des marais : « Cet état maladif leur est habituel, tant en été qu'en hiver ; en outre, les hydropisies y sont très fréquentes et très dangereuses; car, pendant l'été, les habitants sont affligés par des dysentéries, par des diarrhées, par des fièvres quartes de longue durée, maladies qui, prolongées, se terminent, dans de pareilles constitutions, par des hydropisies et par la mort (1). » L'observation des siècles s'accorde donc à reconnaître que dans les contrées à marais sévissent des maladies différentes de celles qui appartiennent aux localités exemptes de cette source d'insalubrité ; que ces maladies, malgré leur dissemblance symptomatique, malgré la diversité de leurs types et de leurs foNues, accusent la même origine, et cèdent au même traitement ; que leur apparition, leur, aggravation et la durée de leur règne coïncident avec l'époque, l'abondance et la période du dégagement miasmatique des marais ; d'où l'on conclura avec raison qu'entre la présence des eaux dormantes et l'état pathologique de la population, il existe une relation de causalité.

S'il importe de noter cette échelle de manifestations morbides, qui succèdent à l'absorption du miasme, et qui s'élèvent du simple accès fébrile jusqu'à la sidération, de la diarrhée légère jusqu'aux fièvres pestilentielles, l'hygiéniste doit peut-être s'attacher avec plus d'attention encore à l'altération lente et graduelle que subissent les individus dont la vie se passe au milieu des marais, soit qu'elle ait été précédée ou non d'accidents fébriles. Telle est la transformation qui s'opère insensiblement en ceux qu'elle atteint, qu'on serait tenté de les considérer comme une variété misérable de notre espèce. Un voyageur, visitant les pâles habitants du bassin Pontin, demandait à Tun d'eux comment ils y pouvaient vivre : « Nous ne vivons pas, nous mourons. » Cette lugubre réponse peint d'un trait l'état des populations si nombreuses sur le globe, qui languissent en proie au fléau permanent des émanations palustres (2).

1) Op. cit. y t. II, p. 29.

(2) Cofnparez E. Carrière, Le cHmal del'Ualie. Paris, 1849, p. 292 et

^82 llYr.IÈNK FIUVKK.

« Les hiibilanlsdu Phase, dit le miiître imtnorlel de Cos, que nous lie nous lassons pas de citer, occupent une contrée marécag<!use, (îliaude, humideet boisée; les pluies y sont, dans toutes les saisons, aussi fortes que fréquentes. Ils passent leur vie dans les marais ; leurs habitations de bois et de roseaux sont construites au milieu des eaux ; ils ne marchent que dans la ville et dans le marché ouvert aux étrangers; mais ils se transportent dans des pirogues faîtes d'un seul tronc d'arbre, montant et descendant les canaux, qui sont nombreux. Ils font usage d'eaux chaudes, stagnanles, corrompues parla chaleur du soleil et alimentées par les pluies.... c'est pour cela que les habitants du Phase différent des autres hommes ; ils sont en elfet d'une haute taille et d'un embonpoint si excessif, qu'on ne leur voit ni articulation ni veine; leur coloration est aussi jaune que celle des ictériques; leur voix est plus rude que partout ailleurs.... ils sont peu propres à supporter les fatigues corporelles » [loc. cit.^ page 61); et en parlant des eaux dormantes : « Ceux qui en font usage ont toujours la rate volumineuse et dure, le ventre resserré, émacié et chaud, les épaules et les clavicules décharnées. Les femmes sont sujettes aux œdèmes et à la leucophlegmasie ; elles conçoivent difficilement, et leur accouchement est laborieux. Les nouveau-nés sont gros et boursouflés; mais pendant la nourriture, ils maigrissent et deviennent chélifs.... de sorte que la longévité est impossible avec de pareilles constitutions; la vieillesse arrive avant le temps (page 29]. » Ce tableau a conservé sa vérité; seulement, les localités en modifient quelques traits. Ce qui contribue le plus à nuancer la physionomie toujours spéciale des populations établies sur les bords des marais, c'est le degré de chaleur inhérent aux climats; mais si elles représentent, suivant les lieux, des individualités distinctes dont les caractères ne peuvent se fondre dans une description générale, elles ont cela de comnmn que partout l'ensemble des phénomènes propres à chacune d'elles se résume dans une détérioration profonde de l'économie, dans la décadence prématurée des facultés physi(iues, intellectuelles et morales. Les habitants de la basse Bresse sont de petite stature, souvent affectés de déformations, soit du tronc, soit des membres; une peau fine et blafarde, des formes molles et sans reliefs musculaires; des tissus sans vigueur et sans élasticité, abreuvés de lluides aqueux, et qui gardent l'empreinte du doigt qui les presse, des cheveux plats et une teinte claire, une barbe rare, un œil terne et dont le regard tombe avec tristesse, une expression

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d'idiotisme ol d'apalhie, le cou maigre et allongé, la poitrine resserrée, le ventre gros et saillant, le pouls mou et petit, une peau toujours sèche, ou couverte d'une transpiration habituelle qui débilite, une démarche lente et pénible, une voix gutturale et irauque, et dont les sons sont paresseusement articulés ; tels se présentent à la fleur de l'âge les habitants d'une partie du département de l'Ain. Frappés au berceau par une cause d'insalubrité qu'ils endurent avec une résignation inerte, ils n'ont connu ni l'enjouement de l'enfance, ni l'alacrité de la jeunesse; valétudinaires jusqu'à la tombe, qui pour eux s'ouvre de bonne heure, ils restent étrangers aux passions généreuses, aux jouissances vives comme aux douleurs aiguës de l'àme; également incapables de regrets et d'espérances, enfants deshérités de la nature qui ne leur a donné qu'un air délétère et des aliments sans force, il faudrait les plaindre entre tous, s'ils avaient conscience de leur misère. Les habitants de la Sologne et de la plaine du Forez se rapprochent des Bressans : même retard dans le développement, même caducité avant l'âge, même indolence, même débilité radicale, même hébétude du cœur et de l'intelligence; à leur maigreur, à leur teint plombé, jaunâtre ou verdâtre pendant l'automne, on dirait îles squelettes ambulants ; vieux à quarante ans, décrépits à cinquante, ils parviennent rarement à la soixantième année; chez eux nulle sensibilité, et, comme dit Fodéré, on ne rit point sur le berceau de celui qui naît, on ne pleure point sur le cercueil de celui qui meurt. L'habitant de la Brenne apporte en naissant le stigmate de la cachexie de ses parents: a A peine a-l-il quitté le sein de sa nourrice, qu'il maigrit; une couleur jaune teint sa peau et ses yeux, ses viscères s'eiigoi gent, il meurt souvent avant d'avoir atteint sa septième année. A-l-il franchi ce terme, il ne vit pas, il végète ; il reste cacochyme, boursouflé, hydiopique, sujet à des fièvres putrides, malignes, â des. fièvres d'iimtomne interminables, à des hémorrhagies passives et à des ulcères aux jambes qui guérissent fort difficilement» (Monfalcon, page 119). Sa vie est une longue agonie; dès sa vingtième ou trentième année, il penche vers le déclin; ses facultés se dégradent, et communément la mort vient fermer à cinquante ans cette carrière de souffrances. Au centre des marais Pontins, le spectacle difl'tii ait peu avant les travaux exécutés par ordre du pape Pie V, et depuis, il s'est médiocrement amélioré. Dans nosposses sions d'Afrique, l'action lente des miasmes conduit quelquefois les malades, sans accident notable et par une pente insensible, à la

HYGIKNE rillVKF.

(tachexie et au marasme, (lui, dans li-s circoiislaiices ordiiiaiiïs, clAtiireiit \\w. longue soriede n'-cidives pvrfttiques. Cet élat est caractérisé par raffaiblissement général, la pâleur cutanée, l'inliltration et l epancliement séreux dans les cavités des viscères et les lames du tissu cellulaire, et l'appauvrissement marqué du sang; la peau est Icrreuse, écailleuse; le moindre mouvement épuise les forces e[ détermine des suffocations, les facultés sont engourdies, les sens obtus, l'appélit seul persiste. La cachexie dite africaine, décrite par le docteur Craigie (1), et qui décime la race noire dans les Indes occidentales, principalemont dans l'Amérique du Sud, at-olle quelque parenté avec celle que l'influence des marais occasionne dans les contrées extra-tropicales? L'analogie de causes, de symptômes et d'altérations analomiques porte à croire que celte affection est, aux nègres des régions équaloriales, ce que la traîne est aux riverains des marais de la Bresse et de la Sologne. La cachexie africaine survient après plusieurs rechutes de fièvre, elle se caractérise par un état de langueur qui dégénère en insensibilité complète, par l'appauvrissement du sang, par la décoloration des lèvres, de la paume des mains et de la plante des pieds, par l'empâtement des tissus cutanés, particulièrement de la face et des extrémités ; à une époque avancée, l'appétit se déprave , les fonctions digestives se troublent, la diarrhée s'établit, le foie et la rate se tuméfient, ainsi que les glandes lymphatiques; plus tard encore, les malades rejettent les aliments inaltérés peu d'heures après leur ingestion, etc. La cachexie africaine sévit parmi les nègres esclaves ou libres qui travaillent sur les plantations, c'est-à-dire qui remuent une terre riche en débris organiques, à la surface de laquelle naissent et périssent de nombreux produits, et que l'on voit tour à tour convertie en limon par des pluies diluviales et desséchée par les chaleurs.

Tels sont les effets aigus et lents de l'intoxication des marais. Dans quelles bornes se manifestent-ils? L'expérience a-t-elle permis de circonscrire avec quelque précision la sphère d'activité des eaux stagnantes? Le dégagement des effluves peut avoir lieu dans un air calme ou mobile : dans le premier cas, et pour les pays tempérés, on évalue, en général, à ^jOO ou 500 mètres cubes le diamètre vertical, et à 300 mètres le rayon horizontal de la sphère dans laquelle ils se propagent ; mais une pareille détermination ne

(1) Gaz.méd., 1836, p. 280.j

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i peut avoir rien de rigoureux; les variations hygrométriques et 1 barométriques de l'air influent nécessairement sur l'extension des I miasmes; elle est surtout subordonnée à la température qui difl'ère : suivant les saisons et les climats. Comment assigner, d'ailleurs, à 1 l'action des marais des limites presque mathématiques, quand on n'a pour les fixer que les réactions variables de l'organisme! Tel . s'exposera impunément à des distances que tel autre ne pourra , franchir sans accuser par une perturbation fonctionnelle le voisi- S nage d'une eau stagnante ; l'air, faiblement vicié au delà de 300 ou ,' ZiOO mètres, ne pourra rien sur des corps robustes ou acclimatés, I tandis qu'il produira chez des individus nouveaux venus ou affaiblis ; des maladies dont le caractère et l'allure ne permettront aucun ! doute sur leur étiologie. On ne peut énoncer ici que deux proposi- 1 lions constamment vérifiées par le fait: 1" l'intensité de l'infection I miasmatique est en raison inverse de la dislance du foyer ; '2° excepté les circonstances où les mouvements de l'air ambiant chassent les mi.ismes dans une direction déterminée, leur pesanteur j spécifique les entrahie vers le sol ; le danger est donc d'autant plus grand que l'on séjourne dans des couches d'air inférieur! s : c'est là, au rapport de Rigaud de l'Isle, ce qui rend les gorges d'Ardée inliabitables ; c'est là ce qui justifie le conseil hygiénique de ne se coucher jamais à terre au voisinage des eaux dormantes ; dans les contrées marécageuses, ceux qui vivent dans les endroits bas, encaissés, dépourvus de ventilation, sont plus maltraités que les habitants des coteaux et des lieux élevés. Cette observation s'applique : aussi à toutes les villes qui se composent d'une partie basse et d'une partie située sur une hauteur; le chiffre de la mortalité est I constamment moindre dans la partie élevée de Genève ; nous avons t constamment observé moins de fièvres dans les citadelles de Bastia, I de Corte, de Calvi, de Navarin, dont la position est élevée, que dans les quartiers bas de ces villes. Dans certains quartiers de Rome, la fièvre atteint inévitablement les habitants de la partie inférieure des maisons ; on s'y soustrait en montant d'un étage. En arrivant en Corse, on est frappé de voir les classes les plus aisées de la population se loger de préférence dans les étages les plus élevés : mais en se familiarisant avec la pathogénie de ce pays, on ne tarde point à sanctionner cet usage. La même sagesse a voulu qu'en Afrique les pièces situées aurez-de-chaussée fussent généralement converties en magasins. Faut-il s'étonner si les épizooties les plus funestes et les plus nombreuses ont paru dans les pays marécageux,

IIYGIÈNK PllIVÉK.

pendant les clialeurs de l'étd, après dos brouillards épids, ou dans le voisinagft de maros dont les eaux élaifint croupissantes (l) ? I>lon gés dans les couches infimes de ralniospiière, où s'accumulent les particules miasmatiques, les ardnriaux les absorbent plus abondamment par les voies respiratoires; elles pénètrent encore en eux avec les substances dont ils se nourrissent dans les champs, et qui en sont imprf^gnées, Et comme la gravité des maladies est en raison directe de la quantité de matière iriiasmali(iue qui s'insinue dans 1 organisme, on comprend que les animaux qui en absorbent beau coup, et dont le tégiimerit, recouvert déplumes, de laine ou de poils, n'élimine point le poison, présentent, comme expression d'une plus grande intensité de cause, le type continu de l'affection endémique; dès lors il devient inutile d'agiter la question fie savoir si les animaux sont susceptibles de contracter la (lèvre intermittente. Le professeur Metaxa, de Rome, n'accorde cette propriété qu'au cheval ; M. Bailly croit les animaux peu sujets à la fièvre d'accès; M. Dupuy, au contraire, a vu périr un grand nombre de bêtes après avoir pâturé dans des marais. Cette discussion peut se traduire autrement : les animaux qui offrent une maladie dans sa forme la plus grave peuvent-ils l'éprouver à un moindre degré quand la cause agit elle-même avec moins de force? On le voit encore ici : bien poser la question, c'est souvent la résoudre.

Quand l'atmosphère est agitée, les émanations des marais peuvent être transportées à de grandes distances : elles suivent alors la direction du courant atmosphérique, et ne laissent dans tous les autres sens qu'une viciation légère de l'air; cecourantdangereuxscheurte, se divise, s'arrête, se réfléchit sur les obstacles qu'il rencontre, tels que montagnes, coteaux, forêts, habitations : ceux-ci se chargent des miasmes dont il est le véhicule, dans les points où ils supportent l'effort du courant; alors se produit un effet généralement constaté: c'est l'insalubrité remarquable de la partie moyenne et inférieure de certaines collines, tandis que, entre les élévations et le marais, et plus près de ce dérider, le séjour est infiniment moins périlleux; c'est que la couche d'air dont le déplacement pioduit le vent n'est pas celle qui confine au sol, et les couches qui sont audessous ne se pénètrent, à certaines distances du foyer, que d'une miinme proportion d'effluves. Des faits nombreux prouvent la dissé-

(1) Dictionnaire des sciences médicales , f. XIII, p. 6.

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mination des miasmes par les vents; trente personnes de Rome, se trouvant en promenade vers l'embouchure du Tibre, le vent vint à souffler du midi sur des marais infects, et vingt-neuf d'entre elles furent prises de fièvre tierce (Lancisi). Fodéré a été témoin de semblables accidents dans le Manlouan, dans leFerrarais, aux environs deMontpellier. Aux Indes occidentales, des vaisseaux mouillés à 1500 toises des rivages marécageux furent infectés de fièvres par l'effet du vent. Lancisi attribue l'insalubrité de Rome à la coupe d'une forêt qui l'abritait contre le vent qui souffle des marais Pontins. En 1826, Ihs fièvres de marais, après avoir désolé épidémique.'iientla Hollande, passèrent la mer à la faveur dos vents d'est, et firent subitement invasion en Angleterre, où elles sévirent avec intensité. L'hôpital de Wolwicb, où la fièvre intermittente est excessivement rare, en reçut alors jusqu'à 300 cas; la seule commune de Marston compta 25 décès sur une population de 300 âmes. \\ importe de se rappeler l'effet propagateur des vents en présence des fièvres d'accès développées dans des lieux qui, par leur situatiqn élevée ou isolée de tout foyer d'infection, sembleraient devoir en être entièrement affranchies. Il y a des localités en Corse qui, malgré leur éloignement des marais, sont visitées par les fièvres intermittentes sous l'influence de certains vents; et Raymond Faure, avant d'imputer à la chaleur solaire la production des fièvres intermittentes qu'il a rencontrées dans quelques parties de la Grèce situées loin des marais, avait à prouver qu'elles n'étaient dues ni à des foyers locaux, ni au transport des émanations palustres p^r l'intermédiaire des courants atmosphériques, ni à l'action des eaux pluviales sur des terrains desséchés d'une certaine nature. C'est ainsi que l'eau stagnante du lac d'Agnano dégage des effluves délétèresqui s'étendeni jusqu'au couvent des Camaldules, éloigné d'une lieue, et situé sur une haute montagne, et c'est ainsi que, malgré l'absence (le tout marais, la malaria règne avec une pernicieuse intensité, non- seulement dans les vallées basses des environs de Volterra, mais encore sur le flanc des collines, et même à une certaine élévation ; le terrain de ces localités est constitué en grande partie par des marnes argileuses grises, altérées et imprégnées de gypse et de sel marin, soulevées par des roches ignées qui forment les cimes des monts; desséchés en été, ces terrains fermentent par l'aclion des eaux pluviales, et dégagent les miasmes fébrifères, ce qui fait dire communément que la terre bout; Brocchi (1) et Savi

l\} De l' état physique du sç^r^mai'Tkt 27^.

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insistent sur la vérité de cette étiologic populaire des fièvres dans certaines contrées, bien confirntiée par l'observaliori de nos médecins d'Afrique. Suivant M. Carrière (1), la matière organique qui existe dans l'eau stagnante, à la surface du sol humide et gras, dans l'épaisseur de la litière végétale dont les champs se couvrent en automne, jouerait un rôle dans les conditions de composition de quelques-uns des vents qui prédominent sur la lisière occidentale de l'Italie ; là existent, à peu d'exceptions, des marécages d'une puissance nosogène plus considérable, qu'il impute à la prépondérance de la ventilation occidento-méridionale ; il y a prééminence miasmatique, dit -il, toutes les fois que le sol est exposé aux influences plus ou moins directes de cette ventilation ; ainsi s'expliquerait la nocuité variable d'un même bassin marécageux suivant le repos ou la translation violente des masses aériennes ; et c'est aux vents qui soufflent sur certains marécages qu'est due l'inutilité de tous les travaux exécutés pour les assainir : la terre est soumise au bras de l'homme; l'atmosphère est son maître.

La latitude et la hauteur modifient le rôle pathogénique des marais. On peut appliquer à ces deux conditions climatériques ce que Lancisi a dit de la saison des chaleurs: nAdaudo vero œstu, febres continuœ, atque etiam exitiales urgent. » Cet axiome est vrai, soit que l'accroissement de la chaleur dépende de la saison ou de la progression climalérique du pôle à l'équateur : les fièvres de marais augmentent, en effet, de nombre et de gravité, du nord au midi, mais en suivant moins la direction des parallèles que celle des lignes isothermes: il en doit être ainsi, en raison des conditions du dégagement et de la dispersion des miasmes fébrifères; ceux-ci ne peuvent s'élever que par l'abaissement des eaux lacustres et marécageuses; la chaleur produit ce résultat en activant l'évaporalion jusqu'à mettre la vase en contact avec l'air; elle a pour triple effet la fermentation vaseuse, la volatilisation de la matière qui constitue le miasme et la formation d'une certaine quantité de vapeur aqueuse, véhicule ordinaire du miasme. L'influence de la latitude se subordonne donc ici aux inflexions des lignes isothermes ; c'est pourquoi les fièvres intermittentes, rares à Saint-Pétersbourg, qui est cerné de marais et situé par le 59"= degré de latitude N., ne se montrent plus en Asie vers le 57% tandis qu'elles régnent en Suède au delà du 63" de même latitude, et, d'après Mackensie, atteignent

(1) Le climat de l'Italie, etc. Paris, 1849, p. 308.

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même un peu plus à l'ouest les îles Slietland. La limite boréale des fièvres intermittentes se confond donc avec la ligne isotherme que représente une température moyenne annuelle de 5 degrés centigrades avec une moyenne de zéro en hiver et de 10 degrés en été. Entre les limites extrêmes oi:i leur règne expire, les fièvres paludiques se manifestent avec une fréquence et une intensité proportionnelles à la chaleur atmosphérique: c'est une règle qui, d'après FournieretBégin, souffre peu d'exceptions : elle ressort de l'histoire des endémies des différents pays de marais. En Hollande, les fièvres intermittentes quartes, tierces ou quotidiennes attaquent un grand nombre d'individus, mais leur marche est lente, et permet à l'art de les combattre presque à loisir. La forme dite pernicieuse est assez rare dans la basse Alsace, où les fièvres intermittentes abondent annuellement. Passez en Hongrie, et vous verrez déjà ces maladies revêtir fréquemment la forme rémittente, et se compliquer des symptômes de la dysentérie dite putride. Dans le voisinage des marais Ponlins, à Rome, et dans les maremines de la Toscane, l'intermittence tend à s'effacer de plus en plus, les fièvres continues et rémittentes éclatent souvent avec l'appareil phénoménal de l'ataxie. L'Espagne nous laisse voir, dans ses endémies, comme un reflet du fléau qui désole les côtes de l'Afrique et de l'Amérique, vomissements de matières noires, couleur ictérique de la peau, délire violent, etc. Enfin, dans les contrées plus voisines del'équateur, qui subissent, à certaines époques de l'année, le maximum du dégagement miasmatique, sous la double influence de l'humidité et de la chaleur excessives, c'est la fièvre jaune, c'est la dysentérie putride, c'est le choléra . masques eff'rayants qu'impriment à la même maladie un certain nombre de conditions spéciales, inhérentes aux localités, mais dont la première est sans contredit l'exubérance du principe toxique des marais. Il n'échappera [loiiit aux observateurs que, dans cette progression des pays tempérés vers les zones brûlantes, les phases de la végétation deviennent à la fois plus puissantes et plus rapides, les races animales plus variées, et surtout la génération des insectes et des reptiles de toute espèce plus abondante. La circulation de la matière est plus rapide dans les régions tropicales: il en résulte que les foyers de fermentation organique y font plus multipliés, et empruntent peut-être à la nature de leurs matériaux une activité plus délétère.

Dans une même contrée, la succession des saisons répèle jusqu'à

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un cerlain point les ellVls d»; la pioyressiun climatéruiue du pôle à i'équaleur; ainsi, dans les climals lempérés de l'Europe, l'hiver frappe les marais d'impuissance en les couvrant d'une croûte de glace; alors leur voisinage est sans péril. Au i)rinlcnips, noyés par les eaux qui proviennent des pluies abondantes ou de la fonte des neiges, ils ne peuvent nuire que par l'humidité qu'ils comnrjuniquent à l'air. Mais par les fortes chaleurs de l'été, la plus grande partie de la masse liquide s'évapore, le fond vaseux est mis à nu ; les plantes, les insectes, les animaux aquatiques de toute espèce qui y pullulent, meurent et se putréfient ; les émanations qui s'échappent de ce loyer de déconjposilion plus ou moins étendu, se répandent dans l'atmosphère, et c'est ce moment, c'est-à-dire la lin de l'été et lecommencementde l'automne, que signale l'explosion desendémies propres aux pays marécageux de l'Europe. Dans nos possessionsde l'Alrique, en Corse et en Italie, la période de salubrité atmosphérique s'étend du mois de janvier au mois de juin; dans cet intervalle, on y observe les maladies propres aux pays tempérés et exempts de marais ; pendant le reste de l'année, et surtout depuis juin jusqu'à la fin d'octobre, on y voit les maladies s'aggraver en proportion de la température, passer de l'intermittence à la rémiltence et à la continuité, et simuler les formes pathologiques qui appartiennent aux climats de l'Amérique et de l'Urient. La plus grande mortalité correspond dcîiis les pays marécageux à la période des chaleurs, et dans les localités qui en sont dépourvues, aux mois les plus humides et les plus f;'oids de l'année. Les nombreuses statistiques que nous avons faites de notre service au Val-de Grâce nous ont toutes fait voir que, du mois de mai au mois d'octobre, le chilï'redes maladies et de la mortalité se tient constamment en baisse, et se relève dans une proportion notable depuis novembre jusqu'à la fin de n)ars ; le contraire a lieu, comme nous l'avons dit, dans nos possessions africaines et généralement dans les pays chauds.

L'élévalion du sol agit, comme la latitude, sur le type, sur la forme et sur la fréquence des fièvres paludiques. Et de même que, dans les deux hémisphères, elles disparaissent au delà d'une certaine latitude, ainsi on les voit s'éteindre complètement à une hauteur très considérable. La ville de Sezza, située à 3U6 mètres au-dessus du niveau de la mer, brave le voisinage des marais Ponlins, et n'offre point de fièvres intermittentes : dans certaines régions marécageuses de l'Afrique, et sur des plages situées au niveau de 1^ raer, les fièvres se développent en été sous le type continu, puis

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à. des hauteurs croissantes elles deviennent successivement rémittentfs, puis interniittenles, quolidieiuies, tierces, jusqu'à ce qu'elles cessent entièrement à une certaine limite. D'après M. Carrière (1), !a limite oii le mauvais air n a plus de traces est entre 120 et 150 mètres de hauteur, et les Italiens indiquent, comme il suit, la série décroissante des effets de la malaria : aria pessima, catdva, sospetta, sufficiente buona, fina ou ottima. L'influence de l'altitude ressort bien de la statistique du déparlement de l'Ain; M. Bossi, ancien préfet de ce département, a constaté, pour les années 1802, 1803 et 180/), la progression suivante de mortalité:

DaQS les communes de la montagne I décès annuel sur 38,3 habitants.

— — de rivage — — 26,6 —

— — de la plaine emblayée. — — 24,6 —

— — d'étangs et de marais. — — 20,8 —

Toutefois des foyers marécageux se rencontrent jusque sur les plateaux et dans les anfractuosités des montagnes; Hnmboldt en a vu dans les Landes; sur les sommets les plus élevés des Vosges existent de véritables marais sous forme de tourbières. En Afrique, M. F. Jacquot (2) a trouvé des nappes stagnantes dans les montagnes, près d'Aïn-Temouchent, etc. A défaut de marais, les concavités plusoM moins étendues que présentent les flancs des montagnes servent à recueillir les eaux pluviales, et les transforment en menus foyers d'intoxication.

La fièvre jaune et la peste diminuent aussi de fréquence et d'intensité en s'élevant dans les couches supérieures de l'atmosphère ; à un niveau déterminé, elles expirent comme les fièvres de marais. D'après M. de Humboldt, la ferme de l'Encéro, située à 928 mètres au-dessus du, niveau de la mer, marque la limite verticale de la fièvre jiiune sur les côtesde la Vera-Cruz. Une observation deBlane, rapportée par M. Boudin, prouve qu'à Sainte-Lucie les ravages delà ûèvre jaune furent réduits de moitié à une hauteur de 277 mètres. Le docteur Brayer assure qu'un village bâti à cing lieues de Constantinople.sur la montagne d'Alem Daglie, à une hauteur d'environ 500 mètres au-dessus du niveau de la mer, n'a jamais été atteint par la peste. Dans la peste qui frappa notre armée d'Égypte, la citadelle

(I) Le climal de l'ilaiie s(ms le rapport hygiénique et médical. Paris, 1849 , p. 3U, • ' • vtA;

{^ J^echerchessur les fièvres à ((xtinquina, ^tc, 1848, p. 44.

HY(;iÉNH l'KIVKE.

du Caire fut épargnée; dans celle de 1835, elle jouit de la même immunité (Clot-Bey). Pariset, Bally et François, lors de l'épidémie de fièvre jaune qui désola Barcelone, ont remarqué que la citadelle de cette villojouissait d'un privilège analogue. La hauteur k laquelle commence l'immunité est déterminée par la loi de décroissement du calorique dans le sens vertical; elle ne peut donc être la même pour les divers climats. Le fait mentionné par Blane semble indiquer qu'aux Antilles la fièvre jaune ne dépasse point une élévation de 550 mètres, tandis qu'aux environs de la Vera-Cruz elle ne s'arrête qu'a 928 mètres. Une seule maladie du groupe nosologique des marais, le choléra indien, se joue de cette loi de propagation suivant la latitude et la hauteur; il a atteint le 65" degré de latitude boréale; en 1822, il sévissait a Erzeroum, dont l'élévation, d'après le voyageur Brown, est égale à celle de l'hospice du mont Saint-Gotliard, c'est-à-dire de 2128 mètres au-dessus du niveau des mers.

L'époque de l'année qui favorise le plus l'action des marais est celle qui produit leur dessèchement : cette époque a lieu dans nos climats, en juillet, août, septembre et octobre, surtout vers le midi, où ces mêmes mois deviennent alors ordinairement le temps (le la plus forte mortalité, tandis qu'ils offrent très peu de décès dans les cantons parfaitement salubres. Dans noshuit départements les plus marécageux, le maximum des décès occasion nés par les marais pèse sur le mois de septembre pour les jeunes enfants, et pour la masse des individus qui ont louché au moins leur cinquième année, sur celui d'octobre. L'époque du dessèchement des marais, et par conséquent celle des maladies et de la forte mortalité qu'elles déterminent, avance dans le midi de notre hémisphère, et retarde dans le nord. Lorsque la marche des saisons se précipite ou se trouve retardée, lorsque le dessèchement des marais se prolonge ou bien est abrégé, les maladies et la mortalité qu'elles produisent se déclarent plus tôt ou plus tard, et se continuent dans l'automne longtemps après les chaleurs, ou disparaissent pendant que celles-ci durent encore, fc.es années les plus malsaines sont, dans les localités sèches, celles qui sont pluvieuses, et dans les localités humides, celles qui se font remarquer par des chaleurs intenses ou par une sécheresse opiniâtre. Dans ks pays chauds, les premières ondées de l'hivernage, succédant à une longue sécheresse, font naître des maladies d'intoxication miasmatique, qui s'éloignent ensuite par la continuité et l'abondance des pluies. Dans les contrées équinoxales et dans les zones méridionales de l'Europe l'influence des marais

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sévil le plus à IV'poque de l'année où l'iiygromètre indique pendant le jour le minimum d'humidité; dans les régions septentrionales, au contraire, c'est lorsque l'hygromètre marche de nouveau vers l'humidité. Quantaux phases iiychthémères de l'activité des marais, on sait qu'elle atteint son maximum aux heures du soir, pendant la uuit et le matin, c'est-à-dire à l'époque diurne du refroidissement et de la plus grande humidité de l'air ; tant que le soleil est au-dessus de l'horizon, leurs émanations sont moins à redouter ; au milieu du jour, en l'absence de tout brouillard, leur innocuité est à peu près complète (1).

Les effets fébriles de l'impaludation ne se manifestent quelquefois que longtemps après l'introduction des miasmes dans l'économie. M. Ferrus (2) a cité un exemple remarquable de cette sorte d'incuhation : beaucoup de militaires qui ont séjourné en Afrique ont eu leurs premiers accès de fièvre à leur retour en France; nous avons eu sous les yeux des faits de ce genre, notamment chez un chirurgien sous-aide. Les phénomènes d'intoxication antimoniale, si bien étudiés par M. Millon, expliqueraient d'une manière satisfaisante ces apparentes anomalies, ainsi que les rechutes à long intervalle en des pays salubres, s'il était permis de conclure d'un genre d'intoxication à un autre de nature très différente. La distribution du poison dans les divers organes ferait dépendre de leur degré de sensibilité et de leurs affinités sympathiques le mode et l'énergie de la réaction fébrile ; l'imprégnation toxique de tout l'organisme donnerait la clef des cachexies de marais. Les accès ou les rechutes tardives seraient l'expression des efforts d'élimination tardive de l'économie. N'a-t-on pas retrouvé l'émélique dans plusieurs organes et tissus de chiens tués trois mois et demi, quatre mois après l'ingestion de cette substance ? L'apparente immunité serait-elle autre chose que la concentration des miasmes absorbés sur des parties moins réactionnaires, comme il advient de l'antimoine accumulé particulièrement dans le tissu cellulaire, le foie, les os des chiens, trois et quatre mois après la cessation du régime antimonial? Enfin, le rôle de l'hérédité dans l'état cachectiqne des populations riveraines des marais est éclairé par la constatation d'une forte quantité d'antimoine dans le foie de petits chiens dont

(1) Villermé, De l'influence des marais sur la vie {Annales d' hygiène et de médecine légale, t. II, p. 345).

(2) Dictionnaire des sciences médicales, loc, cit.

HY(iIÈNE l'RiVKE.

la inère avait pris do l'ériKHique (|iiitizfi jours avant dt; inetlie bas.

L'action dos marais diffôre encore suivant leur nature ; les marais d'eau salée, et ceux qui sont formés par un mélange permanent d'eaux douces et salées, paraissent plus nuisibles. Le mélange accidentel des eaux douces et des eaux salées donne lieu au dégagement le plus énergique d'ellluves : ainsi, l'éta!)g norntné Poura qui reçoit pendant la saison des pluies les eaux de plusieurs ruisseaux, et celui d'Engrenier, près de Marligues (1), dont les eaux sont salées, communiquent ensemble par une galerie souterraine, les endémies les plus funestes se développent fréquemment dans les localités environnantes. M. Gaetano Giorgini a publié en 1825 plusieurs faits relatifs à des localités d'Italie, et qui montrent les maladies endémiques s'aggravant ou diminuant suivant que les marais d'eau douce communiquaient avec les eaux de la mer, ou en étaient séparées par des écluses. L'influence pernicieuse du mélange des eaux d'origine diverse n'avait point échappé à Hippocrate: «Les unes sont douces, les autres salées et aluraineuses; d'autres proviennent de sources chaudes ; dans le mélange, leurs propriétés .sont en lutte. » Ce passage contient la mention d'un fait perdu de vue et que Savi vient de restituer à l'histoire de l'impaludation, à savoir, l'influence nocive du mélange des eaux minérales (.sources chaudes) avec les eaux marécageuses; le lac de Ritnigliano, avant 1832, en offrait un exemple: il recevait par la fossa calda les eaux minérales et thermales de Caldana, contenant des bicarbonates et des chlorures calciques et magnésiques ; sur son fond formé d'une couche noire d'origine marine végétait une .seule plante, le ChmHi Inspida, et sa vase dégageait du gaz hydrogène sulfuré avec une matière organique. Les eaux minérales détournées et le lac épuisé par écoulement, une végétation florissante a rapidement couvert le sol de cet ancien marais (2). Les recherches du chinmiste anglais Daniel sur les eaux de la côte occidentale d'Afrique, celles de Hatiy et Balard sur les eaux du port de Marseille (3), et précédemment celles de M. Caventou {'a), prouvent que dans le mélange des eaux douces et des eaux salées, la décomposition des sulfates par la matière organique donne lieu au dégagement de

(îj C'est à Marligues qu'cxpéiimcntant les succédanés du quinquina, Fodéré fit usage des préparations arsenicales précouisées d'abord par Fowler. {2) Ann. de chimie, iSH.

(3) Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1815, p. 89.

(4) Considérations chimiques sur les eaux de Seltz, etc., 182é.

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l'hydrogène sulfuré, lié sans cloute à des émanations de nature organique. M. Mélier remarque à celte occasion (1) que beaucoup de marais ordinaires, renfermant aussi des sulfates, présentent au même degré que les marais mixtes ou saumfitres, la double condition à laquelle paraît se lier la production des fièvres intermittentes, décomposition des sulfates et destruction de la matière organique: peut-être le danger ou l'innocuilé des marais est-elle èn proportion des éléments qu'ils fournissent à la production de ces deux séries de pliénoniènes combinés. Il est intéressant de rapprocher de ces données les inductions que fournit la chimie actuelle sur la ! fermentation spontanée d'un liquide par l'addition d'un autre i liquide (catalyse). M. Gaultier de Claubry, expérimentant sur les j eaux d'une féculerie, les a vues produire par leur mélange avec i les eaux et la vase de l'étang de la Briche, unedécomposition putride extrêmement forte.

Les maladies qui régnent autour des marais sont-elles dues aux émanations de la végétation spéciale qui s'y développe? Question posée en 1832 par Savi (2), eflleurée par M. Monfalcon (pages 71 et 105), renouvelée par M. Motard (3) et par M. Boudin. Suivant cet écrivain, la stagnation de l'eau et la matière végétale décomposée ne produisent le miasme que d'une manière médiate, en favorisant le développement d'une végétation spéciale dont les émanations seraient les causes directes et réelles de l'intoxication des marais. C'est à la diversité de cette végétation dans les différentes parties du monde qu'il est disposé à rapporter la diversité des manilestations pathologiques, peste, choléra, fièvre jaune. Il s'appuie sur l'opinion populaire qui attribue à la llouve {Anthoxanthum odoratum), plante très commune dans la basse Bresse, la production des fièvres intermittentes: cette plante fleurit pour la seconde fois au commencement de l'automne, et répand aloi-s une odeur très infecte; quelques algues, dit encore M. Boudin, notamment le Chara yw/g'f/r/s, sembleraient douées de la propriété fébrifère ; même observation quant au rhizophoreetau calamus. Entin il cite M. deHumboldt, qui voit une cause de la fièvre jaune dans la décomposition d'une grande quantité de fucus, d'ulves et de méduses, mis à décou-

(1) Rapports sur les marais salanls, dans Alémoires de l'Académie nationale de médecine. Paris, 1847, t. XIII, p. 691.

(2) Recherches physiques et chimiques sur le Chara, 1832.

(3) Op. cit., t. 1, p. 180.

ftyO IIYGIENK l'UlVhE.

vert par la maré.î ilescendaiile. M. Boudin revmidiqun ce l'ail pour son hypothèse, en écartant les edcls de la putréfaction de ces substances. Cette manière de raisonner ne détruit i)oint la signification qu'un observateur qui a nom de Humboldt attache au même lait, tel qu'ille présente lui-même; quanta l'action palliogénique decertaines algues, elle s'explique par la vase qui y adhère ou par leur putréfaction. Elle rappelle un fait intéressant observé en Algérie, savoir, la production de fièvres intermittentes parmi des militaires qui avaient couché dans une cabane improvisée avec des joncs encore souillés du limon des marais. Savi signale des localités, telles que le pot t de Vuda, le Porto nuovo di Piornbino, l'ancien port de Tdamone, etc., où les fièvres intermittentes et pernicieuses se développent par suite de la putréfaction des amas d'algues baignés par dos eaux douces en communication avec celles de la mer; il remarque, à cette occasion, que l'algue ne se putréfie point dans l'eau pure, la présence des sulfates dans l'eau étant nécessaire au dégagement de l'hydrogène sulfuré. Le préjugé relatif à la flouve est sans fondement : ainsi pensent des médecins qui ont vécu et observé dans la Bresse même, MM. Nepple et Monfalcon : cette graminée, une des plus répandues dans l'Europe, n'est accusée qu'en Bresse de propriétés malfaisantes. Toutefois nous reconnaissons avec tout le monde qu'il existe des principes toxiques tout formés dans un certain nombre de végétaux palustres, comme dans les renoncules, les ombellifères, les champignons, etc. Les effets spécifiques de ces plantes, et d'autres qui sont étrangères à la flore des marais, ne peuvent être niés, soit qu'ils résultent de l'absorption de particules vénéneuses, soit qu'ils aient lieu par impression nerveuse ; mais il y a loin de ces effets accidentels, instantanés, fugaces, aux manifestations morbides, périodiques ou continues, qui constituent les maladies des marais, et qui se déroulent sur la presque lolalilé du globe avec tant de constance et d'uniformité. Ce qui achève de ruiner l'hypothèse précitée, c'est la propriété qu ont certains terrains desséchés de produire, sous l'action des eaux pluviales, des émanations fébrifères; c'est encore le fait si connu de la lente bonification des maremmes de Toscane ; ces terrains, même après l'écoulement de leurs eaux marécageuses et déjà recouverts par des atterrissements artificiels, restent encore un foyer d'insalubrité jusqu'à ce que la couche saine superposée ait acquis assez d'épaisseur et de compacité pour soustraire entièrement le terrain marécageux aux influences atmosphériques.

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Celte disoussion nous conduit à examiner la cause prochaine de l'action délétère des marais. L'influence pernicieuse des marais est hors de doute : « Avec des degrés plus ou moins grands et des différences dans Tinteiisilé des effets, elle est la même dans tous les pays et n'a pas varié depuis les premiers documents que nous fournit l'histoire (1). » Mais quelle en est la cause matérielle? Sans parler des insectes et des animalcules invisibles, admis les uns par Vitruve et Varron, les autres par Lancisi, pour expliquer la production des fièvres , il n'est possible de ne les attribuer ni à l'humidité ni à la chaleur, isolées ou combinées. Au rapport de Lind et de Sinclair, Madère, les îles Canaries, les îles Saint-Antoine, Saint-Nicolas, contrées chaudes et humides, mais sans marais, sont affranchies du tribut des fièvres, et possèdent un climat sain ; il en est de même des Barbades, des Bermudes. L'Écosse, surtout au voisinage du lac Lomond, les îles Orcades, le Canada, pays humides et froids, présentent des populations saines et de fréquents exemples de longévité. Le gaz que l'on recueille sur les marais, quand il est préparé artificiellement, peut être respiré souvent dans des proportions considérables et pendant un temps fort long; rarement il détermine des accidents, lesquels n'ont rien de commun avec les fièvres de marais (Orfila et Parent-Duchàtelet, loc. cit., page 303). Le gaz hydrogène sulfuré existe en forte proportion dans les émanations des solfatares et des lagoni du Siennois et du Volterrano, et cependant elles ne déterminent point les maladies des i^Jaremmes; même innocuité de l'air des lagunes de Venise (Savi). Mais le gaz des marais, nous l'avons dit, ne se produit pas isolément; sa formation semble liée à la cause même de leur insalubrité : avec lui se dégagent des émanations organiques qu'il entraîne, comme elles sont entraînées par la vapeur d'eau qui se forme simultanément à la surface des marais. Le gaz préparé dans les laboratoires ne lui est donc pas identique, et son innocuité ne prouve rien. Le principe qu'il accompagne s'échappe par la volatilisation des substances végétales et animales d'espèces particulières, lesquelles gisent en putréfaction dans la vase des marais : ce principe, M. Boussingault a pu le saisir dans l'air des plaines dangereuses de l'Amérique, et il en a démontré la nature organique. Sans doute l'analyse de ce chimiste, celle de Vauquelin, l'observation de Dupuytren et

(1) Orfila et Parent-Duchâtelet, Influence des féculeries el des émanations marécaçicuses {Annales d'hy g. el de méd. légale. Paris, 1834, t. XI, p. 251 et suiv.)

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ilieimi d ne u»moigiieiit que d'une clioso. de la présence d'un pi inoipe organique dans l'at iiosplière do certains lieux ; el il n'en résulte pas que cette matière soit positivement celle qui, |»ar son iniroduction dans l'organisme, y développe les phénomènes si singuliers des fièvres intermittentes. Mais l'induction est ici légitime; toutes les probabilités, tous les faits observés, une somme de coïncidences invariables, autorisent à considérer le principe organique qui s'exhale des eaux stagnantes comme le miasme lébrifere. Ajoutorjs qu'en raison de la constitution même des marais et de la spécialité de leurs elfets pathologiques, il est impossible de refuser aux émanations qui s'en élèvent un caractère spécifique.

Parmi les conditions individuelles, celles qui font le plus varier l'action aiguë ou lente des marais , sont l'âge, l'état de faiblesse primitive ou acquise, le régime, l'habitude. M. Villermé (/oc. «7.) a démontré, par des recherches statistiques, le l'ail ignoré jusqu'alors, savoir que les jeunes enfants succombent en énorme proportion par l'influence des marais. En comparant la mortalité des enfants dans les cantons salubres et dans les huit déparlements les plus marécageux de la France, il est arrivé à la proportion de 1,000 : l,5ù6. Les enfants qui n'ont pas achevé leur première année fournissent moins de décès que les enfants nés depuis un an jusqu'à quatre, sans doute parce qu'ils sont tenus dans l'intérieur des maisons, et sont ainsi moins exposés aux émanations. Après l'âge de dix ans, l'influence des marais est moins à redouter qu'avant; elle l'est moins encore depuis l'âge de quinze à dixhuit ans jusqu'à celui de vingt-cinq; depuis trente-cinq ou quarante ans jusqu'à cinquante ou cinquante-cinq, cette influence se prononce davantage, mais jamais autant que chez les jeunes enfants, Ce sont les vieillards qui paraissent résister le plus à l'action nuisible des marais, peut-être aussi parce qu'ils sont sédentaires; en outre, ils ont acquis le bénéfice de l'habitude. L'nir marécageux fait périr un grand nombre d'enfants, nonseulement par une sorte d'inoculation de maladies spéciales, mais encore en aggravant les maladies ordinaires de cet âge ; il semble aussi que leur organisation délicate et spongieuse s'imprègne des uioindres doses du principe (oxiquedes marais, car leursémanations <iffeclent ces petits êtres à des distances où elles sont trop mélangées avec l'air salubre pour agir sur les adultes. Quoi qu'il en soit, la diarrhée, lu dysentérie, une affection gaslro intestinale aigué, et eu tout temps le carreau, sont les formes morbides que l'empoison-

CIKCU.VIKUSA. — DES EAUX.

nement palustre revêl ou dôvaloppe chez eux de prétéreiice. D'après quelques niétlecins, il est très difficile de conserver des enfants en Afrique, et, en général, l'élève d^^'S jeunes animaux y est soumise à de nombreuses diflicultés. Les constitutions débiles, usées par les excès, par les souffrances physiques ou morales, résistent moins à l'action des eaux stagnantes; la nostalgie, l'épuisement consécutif aux privations, aux déplétions sanguines, aux fatigues de tous genres, etc., y prédisposent de môme. C'est surtout en temps de guerre que l'influence des marais est fatale aux troupes qui exécutent des marches de nuit, et qui ont une nourriture insuffisante, de mauvaise qualité, ou irrégulièrement distribuée. Nos médecins militaires en ont acquis l'expérience dans les campagnesde l'Empire, dans quelques localités de l'Algérie (Bone, Bougie), où les maladies décimèrent nos soldats, et plus récemment dans l'expédition fatale de la Dobrudsa. Grâce aux. travaux d'assainissemeiit exécutés en Afrique, et à une bonne organisation des services administratifs, la mortalité a diminué là, comme elle diminuerait dans tous les pays marécageux , par de semblables améliorations, dont la plus essentielle doit consister dans une alimentation substantielle et tonique. Dans nos cantons les plus infestés par les émanations palustres, on constate une grande différence, quant à la santé et à la longévité, entre les classes mal logées, mal nourries, mal vêtues, et les classes favorisées par l'aisance; le seul usage d'une boisson fermentée suffit pour atténuer le danger de l'intoxication miasmatique. Le même contraste se reproduit en Afrique et dans les colonies, entre les soldats et les officiers: dans les expéditions, au milieu des camps, les uns et les autres sont soumis aux mêmes influences du sol et de l'atmosphère; mais le bien-être rehtif des officiers, comparé aux privations de la troupe, explique la disproportion du tribut que ceux-ci paient aux maladies locales. En outre, les officiers commettent moins d'excès, et savent mieux se défendre des aff^ections morales, qui détruisent toute force de réaction. Indépendamment du degré de résistance organique qui résulte de la constitution, du rét^ime, etc., il est des dispositions individuelles qui modifient les eff'ets des miasmes marécageux. Lind rapporte, et ces cas sont nombreux, que plusieurs personnes ayant été soumises pendant le n^éme espace de temps au souffle infect d'un marais, l'une est morte le premier jour comme par sidération l'autre, le second jour, d'un accès pernicieux ; quelques-unes ont donné des inquiétudes durant quatre à cinq jours ; d'autres n'ont

>'>^"l HYlilHNK IMlIVKK. [

(fpi'ouv)' (iirmift lifîvifi siiDpIfi nu un malaise passager. Kiilin il psi 1 d'une observ ation cnnstanleque leseiidémiesdes ronirées insalubres exercent nrioins de ravages sur les indigènes que sur les nouveaux I venus; et tandis que ceux-ci meurent en grand nombre, les autres ne sont parfois atteints que légèrement. Ces différences sont dues ! à l'babitude : elle préserve rarement, mais elle amortit l'inlluence ; fébrifère. En Afri(iue, quand le dégagement des miasmes est encore faible, l'Arabe se porte bien, tandis que le Français nouvellement j débarqué commence à fébriciler. Quand le dégagement s'active, les ! fièvres pernicieuses régnent parmi nos troupes, et les fièvres intermittentes simples parmi les Arabes qui sont au service français. Toutefois il ne faudrait pas croire que les indigènes jouissent a un ' haut degré de cette immunité relative. Dans les saisonsépidémiques, la fièvre envahit les tribus, des peuplades entières, et mal combattue, elle laisse sur elles, après d'interminables récidives, la trace certaine de ses ravages. On rencontre chez le pâtre de la Corse, sous la tente de l'Arabe, comme chez nos soldats, les grosses rates, les foies volumineux, diverses formes d'hydropisie, les lésions profondes des fonctions digestives, les diarrhées rebelles, le marasme qui en est la suite. Chargé du service sanitaire de la direction des affaires arabes à Alger, souvent appelé à pratiquer dans les tribus, M. Périer a vu des indigènes des deux sexes et de tout âge, affligés de cette cruelle série de symptômes, sans avoir jamais ingéré la moindre dose de quinine ; ce qui, soit dit en passant, juge les préventions encore populaires dans l'armée contre le précieux fébrifuge (1). Les personnes acclimatées aux marais doivent en craindre d'autant plus les effets que le climat qu'elles ont quitté diffère plus de celui qu'elles abordent. L'émigration d'un pays marécageux dans un autre plus méridional renforce l'imminence morbide. Déjà Lind avait remarqué qu'il est dangereux de quitter un canton marécageux de l'Europe pour le Sénégal ; et M. Tliévenot a vu les fièvres intermittentes contractées à Rochefort, se réveiller sur le sol d'Afrique et se compliquer rapidement d'affections graves, telles que dysentérie, hépatite. Nous avons observé les mêmes effets chez beaucoup de militaires pris en Algérie et débarqués à Varna en 185^i.

L'hygiène des contrées palustres se résume dans un grand devoir qui incombe aux gouvernements éclairés, celui de combattre, de sup-

(1) De l'infection paludéenne en Afrique (Journal de médecine de M. Jicau, mars 1844, p. 72).

ClKCUMb'USA. — UKS EAUX.

primer OU de restreindre au moins la source première des endémies qui les désolent Certaines précautions du régime, de vêtement, d'habitation, etc., peuvent, comme on l'a vu, en atléiiuer, en retarder, en éloigner les atteintes réitérées; mais cette lutte est précaire, elle n'est permise qu'aux classes aisées, et tôt ou lard l'influence qu'elles s'exercent à vaincre, deviendra prépondérante. Obvier aux alternatives d'inondation et de sécheresse des sols marécageux, prévenir la stagnation des eaux croupissantes, telle est l'indication à remplir, et cette tâche, supérieure à tous les efforts individuels, sollicite l'intervention active de l'administration. La connaissiince de la nature du sol et du sous-sol, delà configuration du territoire, et de la provenance des eaux, sert à fixer le choix des moyens d'assainissement. Si l'eau n'existe qu'à la surface des terrains, le nivellement du sous-sol, l'établissement de fossés, de rigoles ou de canaux souterrains suffiront pour l'écouler. C'est ainsi qu'on était parvenu à assainir la plaine de la Seybouse près de Bône qui n'est redevenue insalubre en 1852 que par le défaut d'entretien des travaux précédemment exécutés pour l'écoulement des eaux de cette rivière et de la Boudjima. Un canal de ceinture ou un canal central doit recevoir les eaux affluentes et les porter soit dans des réservoirs établis sur des points plus bas, soit dans une rivière ou un cours d'eau indépendant du marais et dans une situation également plus déclive que lui. Les terres provenant de ces déblais, seront relevées en digue sur les bords du canal. Après avoir intercepté les cours d'eau qui auraient grossi le marais, il s'agit d'écouler celui-ci dans le canal de ceinture ou dans le canal central pour le diriger vers une partie plus déclive du territoire; quelquefois il faut percer un obstacle qui arrête leur écoulement, tel quedesattérissements qui se sont formés spontanément dans le cours d'eau naturel de la contrée. En Sologne le curage des cours d'eau a quelquefois produit cet assainissement. Les marécages si insalubres des environs de Carenlan et d'Isigny (Basse-Normandie), sont dus en grarifle partie à la résistance qu'opposent au passage des eaux les amas de tangues et les plages sablonneuses qui les séparent de la mer. Un systènie de rigoles et de fossés parallèles sert à conduire les eaux des marais dans des canaux secondaires ou dans le canal de ceinture, et de là dans des réservoirs particuliers, on a soin de • planter d'arbres les bords de ces fossés, de ces rigoles, de ces canaux, pour dessécher et assainir le sol ; les osiers, les frênes, les saules, les aunes conviennent à cet usage; ils opposent l'écran de

MYGIÈNK l'HIVKK.

leurs oxpansioiis foliac(''es à la dimision des miasmes et par l'intricalion ou la multiplieité de leurs racines, ils consolident le talus des canaux, etc. A défaut d'écoulement sur le sol, si la couche imperméable du sous-sol n'a pas trop d'épaisseur, on peut la traverser et creuser des puisards qui seront, dans tous les cas, d'utiles auxiliaires pour le dessèchement.

Si les eaux stagnantes ne peuvent être dissipées ni à la surface du sol ni souferrainement, les Hollandais nous ont appris à recourir aux machines élévatoires, ils ont exécuté de vastes desséchemonts à l'aide de moulins à vent ; le polder de Cohorn de 1 ,560 hectares, est encore soumis en ce moment à l'action épuisante de deux moulins à vent de 27 mètres d'envergure, faisant mouvoir deux vis d'Arcliimède de 2 mètres de diamètre. La mécanique moderne fournit aux ingénieurs des machines hydrauliques d'une grande puissance, les norias, les turbines, les siphons, les machines à vapeur. L'épuisement du lac ou merde Harlem, commencé en 1830, se poursuit à l'aide de trois machines à vapeur de la force de ZiOO chevaux; il est presque achevé et aura coûté 21 millions de francs.

L'atlérissement naturel qui se produit à l'embourhiire des fleuves, a suggéré l'idée du colmatage, sorte d'alluvion artificielle amenant l'exhaussement des terrains bas et marécageux au moyen des dépôts qui y laissent, après un séjour plus ou moins prolongé, des eaux bourbeuses détournées de leurs cours et retenues temporairement à leur surface. Ce procédé a réussi dans la Gironde, proposé par Lacuée à Napoléon pour l'assainissement des maremmes toscanes que l'on a vainement esayé de dessécher par l'évacuation des eaux, il est appliqué avec persévérance par le grand-duc actuel de Toscane; il consister dériver les eaux limoneuses de l'Ombron et de plusieurs torrents pour irriguer et colmater les marais près de la ville deGrossetto, et à diriger ensuite vers la mer les eaux dépouillées de leurs matières terreuses. Dans une petite île de la Camargue, on est parvenu à constituer aussi cetle soi-te de sol nouveau en y conduisant les eaux troubles du Rhône et en les écoulant après la déposition de leur limon.

Quand la disposition du sol en bassin ou d'autres conditions ne permettent ni d'épuiser le marais ni de le colmater, et que son existence ne dépend pas de l'obstruction des cours d'eau réguliers du pays, il faut le maintenir en pleine eau et le noyer en pratiquant des N;urf.ges et eu établissant des berges el de.< systèmes d'empelleme it appropriés.

CIRCUMFUSA. — DU SOL.

Des écluses bien disposées préviendront le mélange délétère des eaux salées et des eaux douces; l'ingénieur Giorgini a démontré, par des applications dans les maremmes de Toscane , l'efficacité de cette mesure.

Si l'on ne peut ni dessécher ni tenir les marais en pleine efni, un autre ingénieur, M. de Bellegarde a établi par des faits empruntés à l'histoire et à l'observation que l'on peu! arriver à préserver les habitations exposées aux émanations palustres, en coupant les vents par des rideaux d'nrbres serrés et croisés dans les marais, par des plantations faisant obstacle aux vents régnanls(]ui pussent sur les marais.

Enfin n'oublions pas que dans les contrées à sol argilo siliceux et à sous-sol imperméable, dans la Sologne, la Dombes, la Gas-eogne, le déboisement a produit les landes, les bruyères, les marais, les étangs, causes permanentes d'insalubrité et de di^pnpulalion. Le creusement de canaux, l'irrigation, le marnage, le boisement sont les moyens formulés dans tous les projets d'amélioration de la Sologne ; ils ont réussi dans quelques parties de la Bresse et dans les polders de la Hollande, convertis en riches pâturages, en bonnes terres de labour. Ces résultats doivent encoui-ager les entreprises de dessèchement, vainement prescrit par les ordonnances de Henri IV, deLouisXIV, par les lois de l'Assemblée constituante et de l'Empire.

Les ouvriers appliqués à ces travaux, ne les supporteront guère qu'au printemps et au commencement de l'été ; en hiver les eaux sont trop abondantes; ou ne les occupera qu'une ou deux heures après le lever du soleil et jusqu'à une ou deux heures avant son coucher; ils auront besoin d'une nourriture tonique, devin, de café, de vêtements de laine; ils éviteront les excès; ot dès la première manifestation des accidents d'intoxication palustre, on devra les éloigner. Nos soldats ont souvent payé cher en Afrique les remuements intempestifs du sol.

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