IV. — Propriétés du sol
La densité d'un terrain étant connue, on peut en déduire approximativement la nature des principaux éléments qui le constituent ; de toutes les matières minérales qui entrent dans la composition de la terre arable, les sables calcaires et siliceux sont les plus denses et l'argile la moins dense ; l'humus l'est encore moins. Une forte densité de terre (2,50 à 2,60) indique la prédominance de la silice; une faible densité (2 à 2,20) celle de l'humus. Les terres s'imbibent, c'est-à-dire retiennent l'eau et l'empêchent de s'évaporer trop rapidement; les sables siliceux et calcaires, ainsi que le gypse, s'imbibent le moins; un litre d'argile pure, pesant l'"',251 à l'état de complète dessiccation , absorbe 0«',875 d'eau ; l'humus
HYUIÉNK PUIVÉE.
pèse, à l'ôlal K(!c, 0,Z,93 par lilru ; mouillé, il relient 0^',93.^ dVaiJ ; le ciilcaire, sous Ibrmo de poudie line, absorbe 85 d'eau pour 100 parties de terre, tandis qu'à l'état de sable, il n'en prend que 29 pour 100 ; de ces reclierclies dues à M. Sehiibler (1), il résulte que la plus grande durée d'immectation appartient aux terres végétales riches en humus ; ce qui explique leur aptitude à dégager des effluves (ebrifères. Lu nature du sous-sol et le degré d'épaisseur du sol se combinent pour déterminer la degré et la persistance de l'humidité dans les terres; un sous-sol imperméable convie-it aux terrains légers qui retiennent difficilement l'eau pluviale, si ceux-ci ont une épaisseur suffisante ; dans le cas contraire, trop rapproché delà surface, il rend le sol humide en hiver et lui enlève les matières nutritives et l'oxygène fourni par l'air. Un sous-sol perméable, recouvert de terres fortes, compense pour la culture et pour là salubrité, les effets d'un climat pluvieux.
Le degré de cohésion et d'adhérence ou la ténacité des terres n'est point en raison directe de leur facilité d'imbibition ; l'humus et le calcaire en poudre, qui prennent plus d'eau que l'argile, ont moins de ténacité ; celle-ci, à l'état pur, a le maximum de ténacité, représenté en poids par 'H^",10; la terre argileuse 9^'', 25, l'argile grasse 7^",64, l'humus 0,97, le gypse 0,81 ; le sable siliceux, ainsi que le sable calcaire, 0,0—. La tendance des divers éléments du sol à la dessiccation intéresse autant l'hygiène que l'agriculture; elle détermine la rapidité do l'évaporation et le retrait des terres, d'où résultent les fissures et crevasses, réceptacles d'eaux pluviales et foyers souvent inaperçus de dégagements miasmatiques. Le sable et le gypse sont les substances qui laissent échapper le maximum d'eau dans un temps donné, et l'humus le moins; mais celui-ci se rétracte le plus ; 1,000 parties cubes d'humus se réduisent par dessiccation à 817; l'argile pure à 8/j6 pour 1,000. La porosité des terres et leur proportion de sels déliquescents donnent la mesure de leur propriété hygroscopique, différente de celle qui relient dans le sol l'eau qu'il a absorbée ; on peut voir, par les chiffres ci-dessous que nous empruntons à M. Scliùbler, que la faculté d'absorption décroît à mesure que les terres deviennent plus humides :
(i) Annales de Vagricullure françme, t. XL, 2* série.
CIRCUMFUSA. — DU SOL. 515 SOO CKiitigr. de lerre, élendui' sur une surface do 3G,000 millim.
carres, ont
iibsorbe' eu
Desiguuliou des lerres.
12 heures.
24 heures.
48 heures.
72 heures.
CtMiligr.
Centigr.
Centigr.
Centigr.
Calcaire en poudre fine.
L'absorption du gaz oxygène, condition essentielle de la végétalion, s'effectue par l'intermédiaire de l'eau et des racines. L'eau, en pénétrant dans les plantes parles racines, leur apporte avec ellede l'air, du gaz acide carbonique et d'autres matières que réclame leur nutrition, mais les terres ont la propriété d'absorber directement divers gaz. T. de Saussure a fait des expériences sur le pouvoir absorbant de certains corps pour le gaz ammoniac, l'acide sulfureux, l'hydrogène sulfuré, l'azote, l'hydrogène, l'oxygène, à la pression ordinaire de l'air; elles placent en première ligne, sous ce rapport, le charbon de bois, les roches argileuses. L'argile absorbe des gaz ammoniacaux et s'en sature ; il en est de même de la marne (calcaire marneux) et du plâtre; c'est pourquoi le plâtre s'empare des émanations ammoniacales qui s'échappent des fumiers, en donnant lieu probablement à une double décomposition qui fournit du sulfate d'ammoniaque et du carbonate de chaux. Les oxydes de fer participent à ce pouvoir absorbant, et, d'après M. Boussingault, l'efficacité des terres argileuses pour l'oxygène, lient à la présence en elles de l'oxyde ferrique au minimum d'oxydation. Enfla l'humus emprunte de l'oxygène à l'air et le lui restitue en partie sous forme d'acide carbonique.
Les terres ne sont pas au môme degré conductrices du calorique; voici les résultats de M. Scliûbler, qui a mesuré ce pouvoir par la méthode du refroidissement :
51fi
HYP.IKNE PRIVKK.
Donignutioii des Ion es.
Sable calcaire
Sable siliceux
Gypse
Argile maigre
Argile grasse
Terre argileuse
Argile pure
Calcaire en poudre fine Humus
Fiinill)- àif iRtciiii' la cbuleur, relie du .sulile étunt (ic i(K).
On comprend, d'après ces données, pourquoi les terrains sablonneux conservent, en été, une température élevée même pendant la nuit. Au reste, réchauffement du sol dépend de sa composition, de l'état de sa surface, de la proportion d'eau qu'il retient et de l'incidence des rayons solaires ; pour la même incidence solaire, ce sont la couleur et l'humidité qui influent le plus sur la quantité de chaleur acquise par les terres dans un temps déterminé; les différences qu'elles entraînent vont jusqu'à iU ou 15 degrés; l'état de la surface et la composition des terres influent beaucoup moins; l'obliquité des rayons solaires produit des différences qui s'élèvent à 25 degrés centigrades.
On doit avoir égard, 1" à la nudité du sol; '1° à l'existence et à la spécialité de la végétation spontanée; 3° aux changements opérés par la culture; ^° à la présence ou à l'absence des forêts.
Dans les points où le sol, dépourvu de culture et de végétation naturelle, montre à nu les couches dont il est composé, la quantité des rayons solaires qu'il émet, absorbe ou réfléchit, varie suivant l'état d'agrégation, la couleur et le poli de sa surface. On comprend qu'il doit exister sous ce rapport des contrastes entre les formations blanches de calcaires secondaires ou tertiaires, degrés quarlzeux avec les basaltes, les mélaphyres, les calcaires bleus ou noirs de transition, les micaschistes d'un reflet métallique, etc. « Quelle différence d'effets entre les déserts rocheux ou sablonneux, les savanes couvertes de gazon, les steppes ou plaines herbageuses, offrant des dicotylédonées non frutescentes de six à sept pieds de hauteur, les forêts marécageuses et les pays d'ancienne culture (1). »