‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 5)Chapitre 60 sur 94 · CIKCUMFUSA. — DES CLIMATS. JO · texte numérisé non relu

CIKCUMFUSA. — DES CLIMATS. JO

dans les contrées niarécngeuses. Aux gradations météorologiques qui fondent une saison dans la saison suivante, correspondent des gradations dans les étals pathologiques qui caractérisent l'une et l'autre à leur apogée : la prédominance bilieuse de l'été colore pour ainsi dire d'un reflet iclérique les affections initiales de l'automne; celles du printemps trahissent le processus inflammatoire de l'hiver ; plus tard, les maladies régnantes relèvent davantage de la constitution catarrhalequi résulte de l'humidité printanière, et, vers le déclin de la saison, leurs symptômes se compliquent des préludes de l'influence estivale : c'est ce que Sydenham appelait l'entre-deux du printemps et de l'été. En indiquant celte corrélation entre les éléments météorologiques des saisons et l'aspect des maladies régnantes, notre pensée n'est point d'adjuger à l'atmosphère une sorte d'omnipotence sur la pathogénie ; nous tenons compte en même temps de la spontanéité organique, qui comprend toutes les conditions de structure individuelle, et des causes occasionnelles qui concourent à la localisation des résultats morbides; mais tout médecin dont le coup d'œil s'est exercé longtemps au milieu de grandes réunions de malades, a pu constater sur eux la réaction uniforme, quoique nuancée, des modifications atmosphériques, et vérifiei- dans une certaine mesure l'intervention des saisons dans la production et dans la forme des affections. Au reste, celles-ci se diversifient dans les trois régions du nord, du midi et du centre dont se compose la zone tempérée; c'est en France, en Allemagne et en Angleterre, qu'elles accusent avec une certaine netteté l'action distincte de chaque saison , tout en se subordonnant aux inteirqiéries qui troublent, même au centre des climats tempérés, l'évolution météorologique de l'année. L'influence des localités contre-balance et souvent surpasse celle des saisons: Plymouth, Prague et Copenhague représentent un triangle géographique dont le sommet est occupé par la capitale de la Suède ; celle-ci est séparée des deux autres villes par 5 à 6 degrés de latitude. Entre Prague et Plymouth, on compte 19 degrés de longitude ; néanmoins les observations des médecins danois et celles de Huxham et de Joseph Plenciz attribuent à ces trois localités la prépondérance des maladies catarihales etmuqueuses (1). Le plateau de Madrid doità sa hauteur, qui dépasse celle de tous les plateaux un peu étendus de l'Europe, les affections inflammatoires qu'on n'observe plus en

(1) Fusier, p. 570.

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permanence à Valence, à N.iples, dans les îles Haléareset en Grèce, pays situés sous les mêmes latilurles.

S 4- — De raccliiiiatcineni.

Le fait le plus général (|ui résulte de l'examen comparatif des climats et des modilîcalions qu'ils impriment à l'économie, c'est que l'homme est coordonné au milieu qu'tl habite ; soit que l'on recherche en lui les sij^nes qui le rattachent à telle ou telle race, soit que l'on se borne à observer le mécanisme de ses fonctions, l'action du climat se révèle par une empreinte profonde. Suivant la différence des conditions extérieures que lui font l'air, les eaux et le sol, l'organisme est forcé d'exalter certains actes, de ralentir certains autres ; et soit condition initiale ou conséquence de ces mutations fonctionnelles, l'état du sang et le dynamisme nerveux sont profondément modifiés; delà la nécessité de changer le régime, les habitudes, le genre de vie, pour donner à ses relations avec le monde ambiant la stabilité, la régularité et la force qui constituent la santé. Les mutations qu'il opère sur lui-même, et par lesquelles il s'accommode àdes influences nouvelles, représentent dans l'œuvre complexe de l'acclimatement la part de la spontanéité humaine ; la manière dont s'accomplissent ces mulatioris, leur lenteur ou leur acuité, leur étendue, le degré de danger qui les accompagne, expriment les variétés infinies de la réaction individuelle. Dans l'appréciation des phénomènes de l'acclimatement, il faut se tenir également éloignéde deux exagérations, dont l'une consiste à prêter à l'oi'ganisalion une puissance d'initiative qui lui permette de se jouer des modificateurs externes, et dont l'autre nous livre fatalement, comme un objet inerte, à l'atteinte des forces de la nature. Ce que nous voyons pendant le cours des saisons arrive aussi dans les diverses régions du globe où l'homme se transporte. La succession des saisons éprouve diversement les individus; chez les uns, elle détermine des perturbations passagères; chez les autres, des dérangements profonds et qui portent sur différentes fonctions, suivant l'âge, le sexe, le tempérament, etc. ; il en est enfin qui traversent les phases do l'année sans aucune oscillation de fonctions et de santé: telle est aussi lintervention des dispositions organiques dans la série des phénomènes auxquels donne lieu la transplantalion d'une zone dans une autre. Ces dispositions fixent la limite de l'influence des climats et en nuancent les effets ; elles nous font

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comprendre pourquoi les colons anglais et hollandais qui ont quitté leur tVoide et bruineuse patrie conservent, sous le ciel brûlant de l'Inde et du cap de Bonne-Espérance, les traits bien reconiiaissables de leur structure originaire. La dissémination des Israélites, laquelle a commencé bien avant la mort du Christ, est, pour le médecin, comme une expérience instituée à travers les siècles et l'espace pour la vérification de l'action climatérique : l'Israélite hollandais, gros, spongieux et allongé, porte sur toute sa personne le cachet de la prédominance lymphatique ; le Juif de l'Algérie a le corps maigre et bien proportionné, la taille plutôt petite que giande, le teint brunâtre, les cheveux noirs, les mouvements agiles et souples ; en un mot, il ressemble à son corapalriote l'Arabe. Or voilà ce qu'a fait le climat. Mais si vous comparez la physionomie du Juif hollandais et du Juif africain, la parenté vous frappe; les mêmes traits déclarent une origine commune, et c'est ce qui témoigne de l'efficacité des dispositions organiques contre l'action réunie et prolongée des influences du dehors.

L'acclimatement est donc un conflit entre l'ensemble des circonstances qui caractérisent une zone, une région, une localité et les dispositions organiques qui forment le fond de l'individualité liumaine et le type collectif des familles et des races. Cette lutte entre les forces extéi'ieures et l'homme tend à assimiler ce dernier aux indigènes du pays qu'il vient habiter. En effet, l'organisation la mieux adaptée à un climat quelconque est celle de la population qui s'y trouve implantée de temps immémorial ; elle est liée à son climat par une harmonie parfaite d'actions et de réactions; elle apporte en naissant la constitution la mieux assortie à l'équilibre spécial, qui est la condition de la vie sous des latitudes très distantes l'une de l'autre; de telle sorte que, dans toutes les grandes divisions du globe, le problème de l'acclimatement est au fond le même. Il s'agit: \° de connaître l'organisation et la fonctionnalité des indigènes ; 2" d'ordonner sur ce modèle l'activité physiologique des nouveaux venus et de les rapprocher, par une transformation graduelle, du type organique des indigènes, avec lesquels néanmoins ils ne se confondront jamais.

L'homme a-t-il assez de flexibilité organique pour s'adapter tour à tour à des influences extrêmes d'un ordre contraire, pour réussir sous tous les climats? Ceux qui adoptent cette opinion allèguent la diffusion de l'espèce humaine depuis le 60° degré sud jusqu'au 70* degré nord L'homme vit sur des hauteurs de 4101 mètres

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dans les excavations prolbrules (lu sol, sous mui pression supéiieuiv; à celle du niveau des mers ; il a poilé passagèrement sa demeuie au delà de ces limites. Saussure, dans les Alpes ; Houyner, dans les Cordillères, ont atteint à des sommités élevées d'environ 6Û00 mètres; Parry et d'autres se sont frayé une voie à travers les glaces par delà le 82* degré de latitude nord. Ainsi, l'homme subsiste dans un milieu dont la température dépasse celle de son propre sang. 11 triomphe d'un froid assez intense pour congeler le mercure; son existence n'est point compromise immédiatement par une pression moindre environ de moitié que celle qu'il supporte à la surface du sol, à des hauteurs où l'ébullition de l'eau s'obtient à 66° 2/3 centigrades et sous une colonne barométrique de U à 16 degrés au lieu de 28 degrés. Ceux qui refusent à l'homme la faculté de vivre et de se perpétuer sous toutes les latitudes, affirment la formation multiple de notre espèce, insistent sur les diflérences des races, sur les elîets funestes de la translation d'un climat dans nn autre. Trois cer)ts Allemands, envoyés à Cayeime, en 1765, furent réduits en moins de deux mois à trois individus, dont un seul avait échappé à toute maladie. Sept cents Français, dirigés sur un canton du Mexique par M Laisné de Ville-Lcvesque, fournirent en deux ans cinq cent trente décès. Suivant Lind, les nouveaux venus dans les Antilles, même entourés de précautions, succombent dans la proportion d'un cinquième par année. Le docteur Twining, qui a longtemps pratiqué dans l'Inde anglaise, assure que l'influence du climat est telle que, dans la presqu'île du Gange, la troisième génération d'Européens de pure race n'existe point. Cette remarque s'applique aux Anglais et aux Portugais. Les nègres résistent un peu mieux, mais cependant périssent très rapidement. Il en est de même pour Ceylan (1). De 1730 à 1752, Batavia a vu succomber plus d'un million de nouveaux venus. L'armée anglaise perd, dans sa patrie et en temps de paix, 1,2 sur 100 officiers, et 1,7 sur 100 soldats; dans les Indes, les mômes troupes éprouvent une mortalité troi.'^ fois plus grande, d'après une moyenne de trois ans établie par M. Kdmondre. Dans les Antilles anglaises, les calculs de MM. Marshall et Tulloch fixent la proportion des décès parmi la troupe à 1 sur2/j; elle s'élève, au Sénégal, jusqu'à 1 sur7 (Thévenot). On peut multiplier des exemples de mortalité excessive observés chez les individus qui se sont transportés dans des con-

(1) Bulletin de l' Académie de médecine, l. I, p. 320.

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trées lointaines ; mais tous les faits de ce genre, accumulés par la statistique, ne prouvent rien contre l'aptitude que l'homme peut avoir à supporter des climats très différents; car il faudrait démontrer préalablement que la mortalité doit être attribuée exclusivement à l'action du climat. Quant à l'extinction des immigrants à la deuxième ou troisième génération, a-t-eile été la conséquence certaine de l'essai d'acclimatement dans les localités intertropicales? ou n'a-t-elle été que l'épisode funèbre de tentatives décolonisation dirigées sans prudence sur des pays dont l'insalubrité était flagrante? Les Européens, dont la postérité s'est desséchée si rapidement au souffle de la zone équatoriale, avaient-ils acquis, avec les signes d'un acclimatement achevé, la prérogative d'engendrer désormais une progéniture assortie au milieu dans lequel elle devait naître? Avant de jeter sur cette terre inéprouvée des existences nouvelles, avaientils parcouru la série des transformations qui pouvaient les rendre aptes à y vivre eux-mêmes? Les enfants ont-ils reçu les soins et la direction hygiénique que prescrivait le climat? Quelle a été l'hygiène des colons jetés brusquement de l'Europe dans les Antilles? Que peut-on conclure du sort déplorable des émigrants que la misère chasse en foule de leurs campagnes natales, et qui, dès le jour de leur embarquement pour leur destination lointaine, fléchissent sous le poids de la nostalgie, des souffrances passées et des fatigues d'une longue route? Qui ne connaît les excès, les bizarres excentricités, les usages nuisibles qui pèsent sur la vie des Anglais dans les Indes? Johnson retrace le spectacle digne de pitié qu'ils présentent, quand, emprisonnés par une coutume tyrannique dans l'étau de leurs étroits uniformes, ils sont inondés par des flots de sueur qui coulent à travers les plis de leurs vêtements.

Dans le problème de l'acclimatement entrent des éléments complexes qu'il importe de démêler et de classer : tout climat a des coudiiions fondamentales qui dépendent de ses quantités extrêmes et moyennes de température, de pression, d'hygrométrie, d'électricité, delà composition du sol, delà proportion et de l'orientation de ses masses continentales ou solides, etc. Il est donné à l'homme de s'exercer à ces influences combinées, de lutter contre leurs variations; là où elles sont excessives, il paiera d'abord un tribut parfois très rude, mais la tolérance du milieu finit par s'acquérir. La température moyenne du littoral de l'Algérie est d'environ 17°, 5 • or dans les tierras templedas du Mexique, où la moyenne est de 20 à 21 degrés, « on rencontre, dit Humboldt, le beau climat de Xa-

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lappa, (le Tasco et de Tliilpanziugo, trois villes célèbres par l'extréiuo salubrité de leur climat. » Pour cet illustre voyageur, ijul doute sur la réalité de racclimalement et sur refficacité du séjour prolongé pour l'acquérir ; les chances de longévité paraissent nriéme plqs favorables aux acclimatés qu'aux indigènes. Huniboldt cite les données suivantes :

Sur 100 blancs créoles (Espagnols), 8 ont dépassé SO ans. Sur 100 Indiens, 6 4/5 —

Sur 100 mulâtres, 7 —

Sur 100 individus de castes mêlées, 0 —

Et il ajoute : «Ces calculs, en confirmant l'admirable uniformité qui règne dans toutes les lois de la nature, paraissent indiquer que la longévité est un peu plus grande dans les races les mieux nourries et chez lesquelles l'époque de la puberté est plus tardive (1). » Les descendants des Espagnols peuplent aujourd'hui les Canaries ; à Ténériffe les terres sont cultivées par les Espagnols et par des peuplades normandes qui, après trois siècles, se distinguent encore par la blancheur de leur peau ('2). La population de Madère se compose en grande partie de Portugais qui cultivent le sol. Catane et Messine, qui ont une moyenne thermométrique annuelle de 19°, 6 et de 18°, 8, voient prospérer la race européenne; nos troupes d'occupation de l'Océanie comptent moins de décès qu'en France, 17,7 (en iSUU) et 12,9 (en 1845) sur 1000, au lieu de 20 sur 1000, chiffre de la mortalité militaire de nos garnisons réunies.

Quelles sont donc les causes de la nocuité plus grande de la plupart des résidences du littoral d'Afrique où la température moyenne annuelle ne s'élève guère au-dessus de 17°,5? Ce sont celles qui s'ajoutent aux conditions fondamentales du climat qui dérivent soit de l'état inculte des terres et des défrichements qu'ils nécessitent, soit de hi formation accidentelle des marais par suite des débordements, des dépressions du sol, etc. De là l'insalubrité périodique ou permanente de nombreuses et vastes régions du globe, de là un surcroît de chances et d'épreuves pour le colon. Portés à un haut degré, ces éléments accidentels de la climatologie acquièrent une force de destruction qui brise l'organisation humaine; les régnicoles l'éprouvent aussi bien que les étrangers. Sur les bords du Nil,

(1) Essai politique sur la Nouvelle- Espagne, grande édition, t. I, p. 40.

(2) llumboldt et Bonpland, Relalion du voyage daus l'Amérique méridionale, I, p. 183 et suiv.

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du Sénégal et de la Gambie, les épidémies frappent les indigènes, quoiciuMls réagissent encore avec succès contre des quantités de toxique qui tuent l'Européen. Moins prononcés, ces éléments spéciaux du clinial perdent de leur nocuité, à mesure que l'on s'y habitue; et sans arriver à l'immunité complète, l'économie devient peu à peu réf'ractaire à des doses de matière miasmatique qui, absorbées par le nouveau venu, lui susciteraient les plus graves accidents. Rien ne prouve mieux la possibilité de l'acclimatement, en dehors de ces conditions surajoutées, que la longévité qui, d'après l'observation de Humboldt, est départie à l'espèce humaine dans les pays très chauds, mais secs à la fois, longévité peut-être plus grande que dans la zone tempérée. Dans les contrées très chaudes et humides naissent les foyers d'insalubrité que la culture et la civilisation restreignent, compriment, effacent, mais qui, par l'incurie d'une société demi-barbare se multiplient, s'étendent et développent une effroyable puissance de destruction. Les climats affranchis de ces fléaux provoquent seulement l'organisme, qui réussit presque toujours à s'équilibrer avec leurs propriétés; ceux qui présentent la complication de l'insalubrité accidentelle de l'intoxication palustre, attaquent directement les sources de la vie qu'ils altèrent ou tarissent ; ici l'acclimatement c'est la civilisation.

Changer de climat, c'est naître à une autre vie : des mutations deviennent nécessaires dans l'exercice alternatif ou simultané des principaux organes, dans le régime, dans les habitudes morales et sociales; mais si profondes que doivent être ces mutations, elles peuvent s'accomplir sans entraîner nécessairement la maladie et la mort. Grâce à l'élasticité de noire fibre, grâce à l'amplitude de nos oscillations fonctionnelles, il nousest donné de nous accommoder à tout un ensemble d'influences nouvelles, de nous implanter partout où l'humanité est représentée par quelques-unes de ses nombreuses tribus; mais c'est à la condition de nous conformer aux convenances de la transition et de combattre par les soins modérateurs de l'hygiène les provocations du climat et les irrégularités de la réaction organique. Que la statistique obiluaire des Européens dans les paya chauds ne nous soit point un sujet de terreurs exagérées; nous répétons qu'à part un nombre restreint de localités néfastes, elle proclame moins l'insalubrité radicale de certains climats que les complications délétères, mais non absolument incorrigibles, de leur topographie, telles que l'existence de marais, de vastes amas de détritus organique, etc. ; elle proclame surtout les conséquences de

•>y<> HYGIÈNE PRIVÉE.

l'oubli fiinesifi des lois de l'Iiygi^ine. Le séjour de Batavia n'est plus aussi malsain fpi'au siècle dernier. Les phases de notreoecupatioride la Moréeet de l'Afrique viennent à l'appui de ce que nous avançons : lors du débarquement de l'armée dans la plaine de la Dyalowa , en race de Navarin, les maladies fondirent sur elle et multiplièrent les victimes; plus tard, quand les troupes furent mises en possession de tous les avantages d'une bonne hygiène, l'état sanitaire devint excellent. Les premières années du séjour de nos soldats en Algérie réveillent des souvenirs de deuil et de mort : une terre inconnue, la pénurie des objets nécessaires au traitement des malades, le manque de casernes et d'hôpitaux bien organisés, l'infection des ruines, la corruption des citernes, le croupissement des eaux pluviales, la fermentation d'un sol dépourvu de pavage ; ces causes, auxquelles il faut en ajouter beaucoup d'autres, et surtout la nostalgie et la démoralisation, font comprendre l'intensité meurtrière des épidémies qui ont sévi dans plusieurs localités du littoral. Depuis, les constructions, la régularité d^ services administratifs, l'assainissement des villes, le dessèchement partiel des marais, les cultures, une plus grande familiarité du pays, et la sécurité quepuise le soldat dans la conscience des soins dont il est l'objet, ont amorti les ravages de la maladie et augmentées chances heureuses de la pratique. En 18^40, l'armée y perdait encore 0,143 ; en 18Zi3, elle n'y perdait plus que 0,074; en 1845, 0,050. Les données suivantes ne sont pas moins rassurantes : dans nos cinq colonies de la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, le Sénégal, l'île de la Réunion, la mortalité a été de 132,4 pour 1000 militaires dans une période de 9 ans, de 1819 à 1827 ; de 7,42 dans une période de 10 ans, de 1827 à 1837 ; de 6,95 dans une autre période de 10 ans, de 1837 exclusivement à 1847 inclusivement. Un document peut-être plus significatif encore, c'est la statistique des militaires malades évacués de la province d'Alger sur la France de 1840 à 1847: dans cette période de 8 ans, la progression décroissante des évacuations est comprise entre ces deux chiffres : 4,885 à 51. Naguère, on eût désespéré de l'implantation définitive de la race française dans ce pays; aujourd'hui il n'est plus permis de la mettre en doute. C'est l'hygiène quia fait ce loisir à la mort: sans hygiène, point d'acclimatement. On a prétendu, d'après les recherches de M. Mac-Tulloch (1), que la prolongation du séjour, loin d'aider à l'acclimate-

(1) Stat. reports on the sickneas and mortalily among the tfoops. London , 1839, 1840.

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ment, augmente les chances de mortalité, et la statistique, toujours souple et obéissante à tous les paradoxes, s'est empressée de grouper ses chiffres autour de celte opinion . Les faits sainemen t observés la réfutent : sur 1220 militaires décédés à Alger et pris au hasard, les 3/^ n'avaient point dépassé 17 mois de séjour en Algérie (Martin et Foley). Nous avons mentionné le décroissement numérique des évacuations : sur 1575 dysentéries observées pendant 10 ans en Afrique, 838 appartiennent à la première année, 235 à la seconde, 150 à la troisième, 86 à la cinquième, 35 à la septième, 1 7 à la huitième et 2 à la dernière année. Voici en quels termes Desgeneltes résume l'expérience d'acclimatement en Égyple, tentée par une armée tout entière : « Maintenant, quels sont les résultats de cette expérience, » suivie plus de trois ans et demi sur 30,000 hommes transportés » d'Europe en Afrique, et ayant fait en Asie une pénible campagne? » La première question qui se présente est celle de l'acclimatement: n on le voit se faire en deux ans environ. Les Anglais, que le sort » de la guerre rend nos prisonniers, le subissent comme nous; il est )j marquépardeséruptionsàlapeau.des ophthalmies, des diarrhées » et des dysentéries. Cependant la salubrité du climat del'Égypte, 9 et surtout de la Haute, est définitivement jugée par le nom- » bre comparatif des malades, moindre dans l'armée d'Orient que » dans aucune des autres armées de la république en Europe (1). » M. Aubert-Roche (2) aftirme, d'après son observation sur les lieux, l'acclimatement des Européens sur le littoral de la mer Rouge. Les Européens s'acclimatent facilement au Brésil, à la Vera-Cruz et dans les tierras calientes de la Nouvelle-Espagne : au milieu des épidémies de vomissement noir, les indigènes et les Européens, déjà acclimatés depuis quelques mois, jouissent de la santé la plus parfaite (Humboldt et Bonpland). Est-ce à dire que des régiments européens, exposés aux fatigues , au service de nuit, aux marches, aux travaux de toute espèce, livrés aux excès alcooliques, à la nostalgie, etc., ne fourniraient point sous les mômes latitudes une mortalité croissante? C'est ce que nous n'oserions promettre, pas plus qu'il ne nous arrivera denier l'insalubrité suprême de maintes localités, l'inacclimatement dans des foyers presque inextinguibles d'infection palustre; mais ces exceptions constatées par de lamentables essais, ne constituent que des faits particuliers.

(1) Desgeneltes, Histoire de Vannée d'Orient, 2" édilion, 1840, p. 235.

(2) Annales d'hygiène. Paris, 1844, l. XXXI, p. 5317 elsuiv.

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