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I. — Acclimatement dans les pays chauds

Les phénomènes et les cliances de racclimatement ne sont pas les mêmes dans toutes les régions de la zone torride, ni même dans deux pays chauds situés sous une même latitude. Dans les Antilles, à la Vera-Ci-uz, les inHuences qui saisissent le nouveau venu diffèrent de celles qui l'attendent aux Indes orientales. Sur 1000 hommes de troupes anglaises qui arrivent à la Jamaïque, le tiers et presque la moitié sont enlevés pendant les huit premiers mois; à Madras il ne périt dans le même laps de temps que la trnizième'ou quatorzième partie; mais au bout de cinq à six ans, la mortalité at teint dans ces deux contrées le même niveau, parce qu'elle se ralentit dans l'une et s'accroît dans l'autre pendant les premières années qui suivent la transplantation. Dans l'Amérique, elle est due surtout aux ravages de la fièvre jaune, fléau des inacclimatés; s'ils surmontent ou évitent cette épreuve, ils ne tardent point à s'accoutumera la température non excessive des Antilles. Au contraire, dans les Indes orientales, les endémies congénères à la fièvre jaune n'existent que dans quelques localités; elles sont donc une cause moins générale de mortalité; mais, par compensation, l'élévation beaucoup plus considérable de la température, la soudaineté et l'amplitude des variations atmosphériques finissent par occasionnera la longue un grand nombre de maladies funestes. Les circonstances individuelles n'influent pas moins sur la marche et l'i.ssue de l'acclimatement, ce que l'on comprendra sans peine en réfléchissant que l'Européen se présente dans les pays chauds avec un excès d'activité digestive, d'hématose et de pouvoir calorifique: le danger sera donc plus grand pour les sujets sanguins et robustes, habitués à une nourriture substantielle et copieuse, comme le sont en général les Allemands, les Hollandais et les Anglais; aussi ces classes d'étrangers se plient mous facilement aux conditions de l'acclimatement, et meurent en plus grand nombre que les Français, les Italiens, les Espagnols. Cette observation a été faite à la fois par Poupé-Desporles, par Bajon, par Leblond, parRochoux. Tliéveuot a vu, à Saint-Louis du Sénégal, qu'à l'hôpital et en ville, la mortalité de notre flotte marchande est plus forte pour les marins originaires du nord et du centre que pour les marins du midi de la France: ces derniers se trouvent plus rapprochés, par la modalité de leurs fonctions et le caractère de leur constitution, du type des

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indigènes. Il y a dans ce fait un avertissement pour le choix des troupes à envoyer dans nos possessions intertropicales, et même pour la composition à donner à notre armée d'Afrique. Les cotps de troupes, envoyés d'Afrique en Orient, tels que les zouaves, les tirailleurs indigènes, la légion étrangère, etc., ont le mieux résiste à Varna et en Crimée; aussi, d'après nos conseils, une bonne partie des renforts qu'a reçus successivement l'armée d'Orient, a été choisie par M. le maréchal Vaillant parmi les régiments stationnés en Afrique. M. Rufz (1) a remarqué qu'à la Martinique les individus de complexion sanguine, fortement musclés et bien colo^ rés, sont le plus promptement et le plus gravement atteints par la fièvre jaune; les gens nerveux, très impressionnables, sont également dans de mauvaises conditions : le tableau qu'il a donné dës malades envoyés par les navires à l'hôpital, avec indication de leur provenance, confirme le fait bien connu, dit Cliervin (2), qu'en général les hommes du Nord qui se rendent dans les Indes occidentales y souffrent de la fièvre jaune en raison directe de l'élévation de latitude des pays d'où ils arrivent. Les personnes délicates et sobres, les lymphatiques, et par conséquent les femmes, ont moins à redouter le climat des tropiques que les hommes à exubérance sanguine et d'une constitution énergique. Le même avantage n'est pas réservé aux enfants, quoiqu'ils se rapprochent des femmes par la forme générale de leur organisation ; plus faibles, plus irritables, dépourvus d'ailleurs des ressources de réaction que créent l'intelligence et la raison, ils périssent en foule dans les contrées dont il s'agit ; tous les observateurs s'accordent à signaler les difficultés qu'éprouvent les parents à les élever et à les conserver. Les Européens qui parviennent jusqu'à la soixantaine peuvent presque compter sur une augmentation de leurs chances ultérieures de vie et sur une santé plus stable qu'ils ne l'auraient eue en Europe (Rochoux). Ajouterons-nous que l'état moral, qu'il ne faut jamais perdre de vue dans l'hygiène dfs hommes, est un élément capital de l'acclimatement. Comment mettre en doute l'influence soudaine et profonde de ces émigrations qui jettent l'homme dans un monde nouveau, au contact d'une nature spéciale, au milieu d'une société qui ressemble si peu à nos sociétés occidentales? S'il regarde autour de lui, il voit sur tous les visages une pâleur fiévreuse, une expres-

(1) Mémoires de V Académie royale de médecine. Paris, 1843, t. X, p. 223.

(2) bullelin de V Académie de médecine. Paris, 1842, t. Vil, p. 1076.

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sion de froideur inusitée, l'empreinle d'un état de langueur et de souffrance Familières: point de gaieté, point d'expansion vive. Nulle trace de cette agitation et de ce mouvement soutenu qui animent Ja physionomie de nos cités européennes ; mais partout l'indolence et l'affaissement d'une vie qui doit se faire passive pour durer : la violence des maladies contraste avec le rliythme modique de cette vie; il s'effraie et de la brusquerie des catastrophes, et de l'allure vacillante des convalescences, et de la multiplicité des rechutes. Une terreur secrète ou déclarée plane sur la première période du séjour; peu de nouveaux venus réussissent à s'en défendre : elle les livre, victimes inertes, aux coups des épidémies. Chervin invoque à cet égard le témoignage d'un grand nombre de médecins qui ont pratiqué dans les Antilles, à Saint-Domingue, etc. ; lui-même a vu des militaires qui avaient affronté la mort dans cent combats, trembler au seul nom de fièvre jaune, être frappés de la maladie et succomber rapidement.

La révolution, qui a pour résultat d'imprimer à une constitution exotique les caractères de l'indigénat tropical, s'accomplit d'une manière aiguë ou graduelle, par l'apaisement des actes d'hématose et de nutrition, par l'exaltation physiologique de la transpiration cutanée et de la sécrétion biliaire. Il s'opère donc un renversement d'activité fonctionnelle entre les poumons et le foie et la peau. Puisqu'il existe un rapport constant entre l'énergie de la respiration et la quantité de chaleur animale développée, plus le climat est chaud, plus les combustions respiratoires diminuent d'intensité; et la production de la chaleur diminue dans la même proportion. La réduction de l'activité digestive et respiratoire est donc la première nécessité d'acclimatement pour l'Européen qui arrive avec une surabondance de sang rouge, épais, riche en fibrine: il faut qu'il perde un excédant de forces organiques, il faut que ses fluides perdent de leur plasticité, et cessent de porter dans tous les tissus une stimulation désormais dangereuse. La chimie moderne a démontré que les transmutations organiques sont en proportion de la quantité d'oxygène absorbé; celle-ci, pour un même volume d'air, est moins considérable dans les pays chauds que dans les climats froids; le mouvement vital qui se règle sur cette absorption d'oxygène diminue donc dans les mêmes conditions et dans le nième rapport; or 1rs besoins correspondent aux pertes qu'entraîne le mouvementde décomposition ; celui-ci étant ralenti, les pertes son», moindres, et par consé(iuent les besoins sont moins prononcés: de

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là, diminution de l'appétit, affaiblissement de la nutrition, appauvrissement des matériaux organiques, notamment du sang. La décoloration générale des indigènes révèle assez les conditions de ce tluide; le nouveau venu doit parvenir au même degré de défibrinationet de déchet globulaire; quand ill'a atteint, il se fait remarquer, comme l'indigène, par l'étiolement de la peau, par l'abaissement de la calorification (Edwards, Davy), par un mr de maladivité, par la lenteur des mouvements; alors son système nerveux ne s'exalte plus que par saccades, par paroxysmes qui augmentent consécutivement le collapsus général ; alors il est bien et dûment débilité; alors il produit sur les arrivants la même impression qu'il a ressentie en débarquant à l'aspect de la population indigène, il est acclimaté, il est indigénisé, suivant l'expression du docteur Celle.

Les indications hygiéniques sont les suivantes : 1° Graduez la transition d'un climat dans un autre par une halte prolongée dans les régions intermédiaires et par un régime propre à disposer l'économie à la prépondérance de certaines fonctions; la tempérance dans les aliments et dans les boissons est une favorable préparation, on ne saurait trop la recommander longtemps avant le départ et pendant la traversée. Lorsqu'on est destiné à aller habiter dans le voisinage des tropiques, ou dans la zone même, il est sage de séjourner quelque temps dans un canton méridional de l'Europe: c'est ainsi que nos régiments sont préparés, par les garnisons du midi de la France, à l'épreuve du climat d'Afrique. La lenteur de la navigation à voile a l'avantage d'acheminer progressivement vers un foyer d'influences nouvelles; la vapeur, en abrégeant extraordinairement la durée des traversées, peut avoir l'inconvénient de supprimer unegradation utile, et délivrer l'émigrant à l'agression brusque d'un climat très différent de celui qu'il vient de quitter (1).

2° L'époque la plus opportune pour le débarquement dans les pays chauds est la saison qui s'écoule entre les hivernages; la saison fraîche et sèche n'est pas la période des épidémies annuelles, des insectes, des eaux corrompues et des viandes de mauvaise

(1) Celte remarque est imprimée dans notre première édition (1844), t. I, ce qui n'empêche pas M. Tardieud'en attribuer la priorité au docteur Celle, dont l'ouvrage sur l'hygiène des pays chauds a paru en 1848 {Dict. d'hygiène publ. et salubr., t. I, p. 15).

qualité; elle n'est dangereuse que pour les individus détériorés par des maladies antérieures, et ceux-là ne doivent point s'exposer aux cliances d'une transplantation. Dans les contrées chaudes et marécageuses, l'arrivée doit coïncider avec la cessation de l'endémie annuelle qui s'éteint en novembre. Thévenot recommande qu6 l'arrivée ait lieu au Sénégal vers la fin de décembre et de jan^ vier(l); à cette époque, il n'y a ni marais, ni chaleurs extrêmes, m pluies; une période favorable de six mois s'ouvre pour les inacclimatés ; s'ils débarquent à la fin de mai, ils s'exposent trop brusquement aux premières chaleurs de l'hivernage, et risquent d'être pris de phlegmasies meurtrières.

3« Une fois rendu sur les lieux, il importe d'être fixé sur les con^ ditions relatives à l'habitation, à la nourriture, au vêtement, à l'exercice, etc. Il faut placer sa demeure sur un terrain sec, fuir les vallées, le voisinage des eaux croupissantes; on recherche, en général, l'exposition au nord et à l'ouest, à cause de la fraîcheur des brises qui soufflent de ces côtés; mais c'est une jouissance perfide: les vents changent brusquement, et la brusque alternative de chaleur et de froid qu'ils déterminent engendre bien des maladies. L'exposition à l'est est préférable ; pourvu qu'on ait soin de se garantir contre l'action directe du soleil. Pour l'individu comme pour les masses d'immigrants, le choix des emplacements est la question de vie et de mort. Depuis longtemps les Anglais, nos maîtres en matière de colonisation, recherchent dans les pays chauds les stations élevées. M. Aubert-Roche a signalé avec insistance, lorsqu'il s'agit de s'établir dans les régions équatoriales, la nécessité de choisir les lieux les plus élevés et les plus salubres. L'altitude, nous l'avons déjà dit, est le correctif de la latitude. M. Boudin reconnaît lui-même que dans les contrées tropicales les plus malsaines, les stations élevées et bien choisies suffisent pour assurer aux agglomérations d'hommes de race caucasique un état Sanitaire aussi satisfaisant que dans les bonnes résidences des climats tempérés. Tant que les nouveaux venus ne participent pas encore à la débilité naturelle des indigènes, tant qu'ils pèchent encore contre le climat par l'exubérance des forces et par un état trop fibriiieux du sang, leur régime doit être peu substantiel, et composé particulièrement d'aliments végétaux; par là seulement ils échapperont

(1) Traité des maladies des Européens dans les pays chauds. Paris, 1840, p. 306.

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à l'imminence plilegmasique qui enveloppe la plupart d'entre eux durant les premiers temps de leur émigration; qu'ils réduisent à deux le nombre de leur repas, qu'ils en baimissent le gibier et les condiments incendiaires, si recherchés par les marins; toute surcharge alimentaire apour conséquence d'élever la chaleur du corps, ce qu'il faut éviter avec soin. La diminution d'appétit et la crainte d'un affaiblissement excessif par l'abondance de la transpiration portent souvent les Européens à recourir à une nourriture excitante ; mais ils ne peuvent le faire impunément, car l'apparente langueur des digestions n'exclut pns l'aptitude du canal alimentaire et surtout des gros intestins aux diverses nuances d'irritation et de phlogose. Un régime trop nutritif, trop stimulant, est une infraction directe aux lois physiologiques de l'acclimatement, qui ne peut s'effectuer que par la diminution de l'hématose et de la chylification. Il en est de même de l'usage, et, à plus forte raison, de l'abus des alcooliques: c'était naguère un préjugé général parmi les Anglais, qu'à leur arrivée dans les pays chauds, l'emploi des boissons stimulantes était nécessaire pour tonifier la fibre et tempérer les sueurs excessives : cette erreur devait conduire aux excès, et faire bien des victimes. Johnson observe que la sobriété tend à renaître dans les Indes par l'expérience mêmedes résultats funestes de l'intempérance alcoolique. Les médecins de notre armée d'Afrique préconisent la nécessité d'une alimentation réparatrice et de la stimulation alcoolique dans nos possessions, qni sont pour la plupart en butte aux effets de l'impaludation ; en effet, des troupes presque toujours en action et soumises à beaucoup de fatigues, ne sauraient s'accommoder du régime qui convient au colon sédentaire des Antilles ou des grandes Indes; il nous semble néanmoins qu'on oublie quelque peu en Afrique la distinction essentielle à établir, relalivemet)t au régime, entre les nouveaux venus et les acclimatés ; les premiers se trouveront toujours bien, dans les pays chauds, de boire plus d'eau que de vin. L'eau coupée avec du lait, l'eau acidulée, la limonade, dont l'excès seul est nuisible, sont les boissons qui conviennent aux Européens pendant la première année de leur séjour aux Indes, dans le Sénégal, etc. (Andral, Thévenot, etc.). La nature leur offre d'ailleurs, pour élancher leur soif, des fruits délicieux, dont le parenchyme est imprégné de sucs acidulés, aromatiques ou sucrés, des oranges, des pastèques, des grenades, des ananas, etc. Si une consommation immodérée de ces produits pèUt déranger les voles digestives, donner lieu à des flux bilieux et

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môme à des accidents cholériques, ils corivieniieiit dans nue juste mesure, et suivant leurs qualités particulières, à tous les estomacs, à tous les tempéraments. Il importe ici d'établir une distinction entre les immigrants libres, en possession des aises de la vie, et les troupes appliquées aux expéditions, aux travaux déroute et de défrichement, etc. Celles-ci ont besoin de boissons toniques et même stimulantes: dans les circonstances de guerre, rien ne remplace pour le soldat l'usage du vin pris modérément et celui du café; nous avons préservé plus d'hommes en Orient, guéri plus de malingres et de cachectiques avec ces deux moyens qu'a l'aide de toutes les richesses du formulaire pharmaceutique. Le genre d'habillement est indiqué par hi modo populaire; dans tous les pays chauds, on peut remarquer le soin avec lequel les indigènes protègent la tête contre l'irradiation solaire; le lurban des Orientaux répond complètement à cette nécessité; le burnous de l'Arabe et le caban du Moréote sont munis d'une espèce de capuchon qui sert au même usage. D'amples ceintures devront entourer de leurs replis moelleux le ventre, qui est dans ces pays la partie la plus sujette à ressentir l'effet des variations de température, comme les organes thoraciques le sont dans les climats froids. Ces ceintures sont plus utiles, si elles couvrent immédiatement l'abdomen, que si elles sont appliquées sur le pantalon. Aux étoffes de toile on substituera le coton et la laine. M. Rochoux attribue en partie la diminution de la mortalité dans les Antilles à l'introduction des vêtements de drap. Les habits de coton, mauvais conducteurs du calorique, isolent la surface cutanée du milieu ambiant; ils ne transmettent pas au corps l'impression des températures excessives, et quand celles-ci s'abaissent brusquement jusqu'au froid, ils lui conservent sa chaleur propre; ils sont préférables à la flanelle, qui devient lourde par l'imbibition de la sueur, et qui irrite parfois la peau jusqu'à provoquer des éruptions. Johnson assure qu'on modère le flux de la peau en reprenant plusieurs fois les vêtements qu'on a fait sécher après leur imprégnation par la sueur. L'exercice qui active la circulation et le mouvement centrifuge des fluides est évidemment nuisible; durant les heures les plus brûlantes de la journée, les indigènes s'enferment dans leurs demeures, où ils entretiennent, par des courants et par l'évaporation, une agréable fraîcheur : c'est un exemple de plus à imiter. Les nouveaux venus dédaignent ces habitudes d'iiidolence instinctive; ils bravent le soleil, s'agitent, se fatiguent : or, cet exercice intempestif

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contribue certainement à la mortalité qui les frappe. Nous avons observé en Grèce et en Corse l'avantage de la réclusion des troupes pendant les heures de la plus vive insolation. Que la nature des travaux puisse contrarier, empêcher l'acchmatement, on ne saurait le nier, et dans les entreprises de colonisation, il faut tenir compte de ce fait. Entre les deux lignes isothermes de 18 degrés centigrades, il est difficile que l'Européen s'applique à la culture du sol, si ce n'est sur des points où l'altitude compense en partie l'action solaire. Appeler, comme on l'a fait, des Alsaciens, des Bretons, des Suisses à défricher les terres d'Afrique, à remuer sous un soleil ardent, une énorme épaisseur de détritus organique qui constitue en partie l'humus vierge des vallées, c'est compliquer l'expérience de l'acclimatement, c'est la fausser; par ce mot aucun esprit sensé n'a jamais entendu la transition immédiate d'un climat à un autre beaucoup plus chaud, avec les mêmes habitudes, les mêmes travaux, la même mesure et le même mode d'activité; encore moins l'application d'un ramassis d'ouvriers et d'oisifs de nos grandes villes de France à la profession agricole en Afrique. Nous avons eu mission d'inspecter l'état sanitaire des colonies agricoles de la province de Constanline, et les enquêtes auxquelles nous avons procédé sur les lieux, nous autorisent à dire que les tentatives de colonisation n'ont pas été réglées de manière à pouvoir fournir des arguments contre la possibilité de l'acclimatement. La rosée et la fraîcheur pénétrante des soirées ne sont pas moins à craindre ; aussi convient-il de se coucher de bonne heure. Les lits composés de matelas de crin, seront exhaussés au-dessus du sol; on les remplacera utilement par l'innovation anglaise des cadres suspendus en forme de hamacs ; une gaze les défendra contre les insectes. L'insomnie est l'un des tourments des Européens. Leur rendre le sommeil, dit M. Andral, c'est mettre en leur faveur une grande chance de santé. Les b.iins froids pris le soir y disposent; ils ne sont pas moins indiqués pendant le jour pour modérer la transpiration, pour débarrasser le corps d'un excès de calorique qui l'accable, pour l'habituer à l'impression du froid dans un climat où les mutations atmosphériques sont fréquentes. Les onctions huileuses paraissent également tempérer les sueurs, et s'opposent peut-être à la pénétration des miasmes par la voie cutanée.

Quand l'immigrant commence à présenter les signes de l'acclimatement, son régime alimentaire exige des modifications : il ne s'agit plus de réprimer l'essor de la vie nutritive; il faut songer à

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prévenir l'épuisement fies forces, le relàcliement des tissus, h dissolution desfluides. Lemomenlest v(!ini de rendre l'alimentàtion plus

excitante, nnoins ténue; lu langueur des fbnclioMsdigestivesexpiime alors l'atonie de cet appareil. Mais encore ici des ménagemenls sont nécessaires. Ne passez point subitement de la sobriété au luxe des repas abondants et toniques ; tenez compte d'ailleurs des maladies qui ont existé anlérieurement, et qui ont laissé peut-être, dans les organes digestifs, des traces de phlegmasie promptes à se rallumer. Dans les pays chauds, mais variables et marécageux, les aliments doux, féculents, les végétaux, la volaille, les œufs, le poisson, peu de gibier, du vin généreux en petite quantité: tel est le meilleur régime à suivre. Les vins de Provence et du Roussillon, qui sont distribués aux troupes dans nos colonies, sont trop chargés d'alcool. A une époque plus avancée de l'acclimatement, quand la fusion de l'Européen et du créole est presque complète, la stimulation alimentaire pourra être portée plus loin ; mais, malgré l'autorité de Bajon.nous n'oserions conseiller les aliments pimentés, les boissons toniques, les vins généreux, le tafia, comme bases du régime des acclimatés ; fût- il vrai, conime le raconte le voyageur Pérou, que les naturels de l'île de Timor se préservent de la dysenterie par l'usage des épiceries et par la mastication habituelle du bétel (1), nous nous garderions de renouveler aux nouveaux venus dans ces parages le précepte de Salerne :

Dura Romae fueris, romano vivite more.

Ceux qui résistent à ce régime incendiaire, dit M. Forget (2), font parade d'impunité, tandis que les victimes ne reviennent pas témoigner de leurs erreurs. La sagesse veut que les acclim^ités se rapprochent du genre de vie des indigènes, mais non qu'ils en adoptent les vices, les excès ou les ignorantes routines, dont un régime trop stimulant n'est pas la moins funeste.

La durée de la transformation organique, dont le ferme est l'acclimatement, nous semble difficile à préciser. M. Hoohoux la porte au moins à deux ans révolus. M. Rufz a vu la fièvre jaune attaquer,

(1) Mélange très âcre, composé ordinairement avec la feuille d'une espèce de poivrier, une assez grande quantité de feuilles de tabac, de la chaux vive et de la noix d'arec. (Voyez Mérat et Dclens, DicUonnaire de madère médicale et de thérapeutique générale. Paris, 1829, t. 1, p. 383.)

(2) Médecine navale, t. I, p. 336.

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au début de l'épidémie de 1838, des personnes qui se trouvaient à la Martinique depuis trois à dix ans; mais elles furent moins gravement affectées. Desgenettes fixe à deux ans la révolution de l'acclimatement à l'égard de la peste d'Égypte ; dans les parages des Antilles, Lind promet ce bénéfice au bout d'un an aux matelots qui ne quittent presque jamais la mer. D'après M. Périer (1), une ou deux années de séjour en Algérie modifient l'homme assez profondément pour qu'il ait désormais toutes les chances en sa faveur, s'il n'a pas été gravement malade jusqu'à ce moment; s'il a déjà l)eaucoup souffert, l'avenir lui prépare des épreuves plus redoutables encore ; car il ne saurait espérer contre les rechutes et réci^ dives des maladies locales (diarrhée, dysentérie, fièvres paludiques) l'espèce d'immunité qui résulte communément des attaques de la fièvre jaune, du choléra, de la peste, probablement aussi des fièvres éruptives et des fièvres typhiques ; au contraire, les premiers accès de fièvre intermittente ou rémittente disposent l'organisme à la répétition des mêmes accidents, et chaque retour fébrile augmente la détérioration générale et accélère la cachexie. Au demeurant, il serait hasardeux de déterminer la période exigée pour l'appropriation de l'organisme aux influences d'un milieu nouveau ; les conditions hygiéniques, la prudence des nouveaux venus, leur force morale, les habitudes sont les régulateurs de cette transformation; la diversité des lieux et leur mesure ou leur nature d'insalubrité en décident la marche et l'issue. L'équilibre avec les modificateurs essentiels du climat s'établit avant l'épuisement des induences accidentelles qu'il comporte, et dont la plus constante, la plus dangereuse, la plus opiniâtre n'est autre que l'intoxication palustre. Dans les contrées qu'elle infeste, point de garantie stable, point de sécurité à échéance fixe. Dans l'Algérie, des individus épargnés par les premières épidémies sont atteints à une époque où ils s'en croyaient définitivement à l'abri ; aux États-Unis •tl'Amérique, on a étendu jusqu'à neuf ans de résidence non interrompue le temps nécessaire pour la préservation de la fièvre jaune à son plus haut degré. L'acclimatement s'obtient, tantôt sans maladie ni souffrance, tantôt après une phlegmasie intense du tube digestif, du foie ou de l'encéphale, précédée ou non de troubles divers. Dans les contrées chaudes et marécageuses, c'est par les accidents aigus ou lents de l'impaludation que passe le nouveau

{i) Hygiène de l'Algérie. Paris, 1847.

venu. Lnmode d'acclimalement le plus lieureux est celui qui assimile graduellement le colon aux indigènes, sans secousse grave ni souffrance apparente ; il l)lén)it, perd son embonpoint, une partie de ses forces ; ses traits se rident ; il vieillit et tend au repos ; cette sorte d'atonie générale s'étend, quoiqu'à un faible degré, à ses facultés intellectuelles et morales; il a adopté les mœurs locales; il a subi, comme on l'a dit, une sorte de créolisation. Il y a des organisations qui ne peuvent se plier aux influences du nouveau climat ; si elles ne sont enlevées par la catastrophe d'une affection suraiguë, elles se consument lentement, et livrent presque toujours au scalpel les vestiges d'une lésion chronique du foie ou du canal digestif.

L'acclimatement se perd par suite d'absence prolongée ; en d'autres termes, l'organisme change ses allures, suivant les modificateurs qui agissent sur lui; les créoles qui sont envoyés dans un âge tendre en France, les colons éloignés depuis douze à quinze ans, rentrent dans les conditions de l'Eui'opéen inacclimaté, et, à leur retour dans les pays chauds, ils redeviennent tributaires des endémies qui y régnent; delà pour l'autorité militaire l'indication de n'accorder aux soldats acclimatés d'Afrique et des colonies que des congés d'une durée assez courte pour ne point les exposer à perdre le bénéfice de l'acclimatement. L'acclimatement assimile l'immigrant aux indigènes sous le rapport pathologique: il devient sujet aux mômes maladies, passible des mêmes influences. Avant cette époque, les phases de sa santé alternaient avec celles de la santé des indigènes: le printemps, froid, humide et dangereux pour ces derniers, produisait sur lui la sensation inoffensive d'une chaleur modérée; il tombait malade en été qui est une saison salubre pour les indigènes ; réduit à leur niveau physiologique par un séjour prolongé, il endure les chaleurs estivales, et comme eux il redoute le ventde mort (nord), qui leur jette au printemps nombre de phlegmasies intenses. Dans une même contrée, l'acclimatement peut offrir des conditions diverses en rapport avec les conditions propres des localités, de telle sorte que le colon, équilibré avec les influences d'une province, ne pourrait sans risque émigrer dans une autre ; chaque zone, chaque résidence a son type d'insalubrité et sa spécialité palhogénique ; l'habitant d'Alger, qui se rend à Bone, doit redouter plus particulièrement les fièvres graves; s'il se dirige vers Oran, c'est la dysentérie qui le menace ; s'il s'élève sur les ondulations de l'Atlas, autre imminence morbide qui, suivant

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l'altiliule, so rapprocluî de celle des climats tompérps chauds et tempérés froids. Pour les enfants, le danger est encore plus grand, comme nous l'avons vu ; mais leur mortalité en Afrique tient en partie, dans certaines classes de la population, au défaut d'appropriation du régime, au manque de soins hygiéniques, à l'incurie des parents. On a remarqué qu'elle est généralement beaucoup moindre chez les cnfunls des Israélites; les esprits prévenus n'y voient qu'affaire de race, et d'une race qu'ils outragent; l'observateur impartial fera la part des vertus de famille et de la sollicitude des parents juifs pour leurs enfants.

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