DES DIFFÉRENCES INDIVIDUELLES
Les différences que les hommes présentent entre eux sont de deux sortes. Les unes dépendent de l'action prolongée des influences extérieures : telles sont celles que déterminent le climat, le mode d'alimentation, etc.; elles s'offriront successivement à notre étude, quand nous passerons en revue les groupes des raoditicateurs hygiéniques. Les autres paraissent inhérentes à leur constitution et sont les traits spécifiques des individualités humaines : ce sont les différences que nous devons examiner ici, parce cju'elles gouvernent pour ainsi dire la matière de l'hygiène.
Plus on s'élève sur l'échelle des êtres organisés, plus la vie s'individualise ; la complication des instruments par lesquels elle se maniléste multiplie, sous le même type d'organisation générale, la variété des types individuels. L'homme confirme au plus haut degré celte loi de corrélation : le nombre, la délicatesse des rouages dont se compose sa machine, les rapports sympathiques qui les unissent, comportent une série illimitée de nuances, soit dans la structure iiitimedes organes, soit dans la manière dont ils fonctionnent et correspondent entre eux. Diversité dans l'unité : la nature se plaît à résoudre incessamment ce problème, et c'est l'espèce humaine qui témoigne surtout de l'inépuisable originalité de sa puissance productrice; races, nations, familles, individus, sont les branches et les rameaux d'un même tronc, mais des branches séparées, et qui, tombées dans un autre sol, plongées dans une autre atmosphère, végètent chacune à sa manière et communiquent î| ; leurs rejetons une vitalité particulière. Les dissemblances infinies . que l'on observe entre les hommes ne sont pas qw fait sans portée;:
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elles concourent à la perpétuité de l'espèce lium:iine. Celle-ci ne se régénère sainement que par le croisement des races et des familles, c'est-à-dire par la combinaison des éléments organiques qui engendrent les dilférences individuelles. La nécessité de ces mélanges est si grande, que les dillérences d'organisation qui se rencontrent dans une môme famille ne suffisent point à renouveler les sources de la reproduction ; les générations viciées par la consanguinité se dégradent rapidemeni, et finissent par s'éteindre dans le cercle où elles ont circonscrit leurs alliances.
Les caractères spécifiques de l'économie sur lesquels nous devons fixer notre attention sont ceux que lui impriment le tempérament, les idiosyncrasies, l'îige, le sexe, l'habitude, l'hérédité; ce que l'on appelle généralement la constitution est l'effet complexe de ses causes, la résultante des impulsions diverses que subit l'homme avant et après sa naissance. La constitution résume les éléments que le tempérament, l'hérédité, le sexe, etc. , ont déposés dans l'organisme; aussi n'en parlerons-nous qu'après avoir analysé ces éléments.
Est-il besoin de démontrer combien il importe de tenir compte des différences individuelles dans l'appréciation des effets produits sur l'organisme par les agents extérieurs; combien il est nécessaire de les approfondir pour dispenser avec sagesse les moyens hygiéniques par lesquels le médecin cherche tous les jours à modifier l'homme sain aussi bien que l'homme malade? L'air, le vêtement, ja nourriture, l'excitation morale, ne doivent-ils pas être prescrits diversement suivant les tempéraments? Les personnes sur qui pèsent les perpétuelles menaces de l'hérédité morbide ne sollicitentelles point des ménagements et des soins dont s'affranchit impunément la vigoureuse progéniture d'une famille intacte ? La flexibilité de l'organisation humaine ne permet-elle pas d'y introduire des aptitudes nouvelles, d'émousser ou d'aiguiser celles qui lui sont normalement départies? Toutes ces conditions veulent être connues, et nous devons les indiquer : elles sont les prémisses des. applications de l'hygiène; elles sont à cette science ce que les indications sont à la clinique; elles rendent la pratique de l'une aussi flottante que celle de l'autre. Rien donc de plus juste que le rapprochement que nous avons fait entre ces deux branches de l'art médical. De même que les symptômes d'une maladie se nuancent à l'infini suivant les sujets qu'elle frappe, ainsi les éléments intrinsèques de l'hygiène, ou, si l'on peut s'exprimer ainsi, les symptômes
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; de la santé déroulent dans la série des sujets une variété sans I bornes. S'il est vrai de dire que jamais deux cas d'une même affec- ! tion ne se ressemblent exactement, il n'est pas moins certain que sur un millier de personnes réputées bien portantes, deux ne s'offrent point dans une parfaite identité de conditions. Ce qui fait le mérite et le succès du médecin, c'est de savoir manier avec souplesse les moyens thérapeutiques, de les adapter avec opportunité aux cas multiples qu'il observe; une médication uniforme, distribuée sur une série de malades avec une énergie presque égale, dénonce la fausseté de la théorie qui la suggère. Et de même, en hygiène, varier l'emploi des modificateurs, non-seulement quant à leur nature, mais encore dans leurs proportions, doser avec prudence la stimulation fonctionnelle, contenir et maintenir avec tact et mesure, telle est la difficulté, tel est l'honneur du ministère modérateur qui nous est attribué sur l'organisme : or cet art des dispensations hygiéniques est au prix d'une appréciation suffisante des différences individuelles : « La nature ne présente, et l'art ne traite que l'individu (1). »